Dans la partie précédente, nous avons étudié les Dix Commandements gravés dans les Tables de pierre et le caractère miraculeux de cette gravure. Dans cette partie, nous allons préciser le niveau de révélation divine qui éclairait dans les Tables, le niveau de Chekhina qui résidait dans le premier Temple, et le changement qui s'est produit dans le second Temple.
Que ressort-il de tout cela ? D'un côté, les Tables sont une chose matérielle ; mais la hishtalshelus (la descente graduelle) de la lumière divine venue graver les lettres dans la pierre matérielle ne s'est pas faite selon le processus habituel par lequel descend toute chose matérielle dans le monde. Les Tables sont descendues dans le monde et on pouvait les voir avec des yeux de chair, mais elles ne sont pas descendues dans la saisie matérielle du monde et ne fonctionnaient pas selon les lois de sa nature.
Il ne s'agit donc pas d'une chose invisible aux yeux de chair, comme les anges par exemple, qui existent d'emblée au niveau du monde de Yetsira et que l'homme, de ce fait, ne voit pas. Les Tables, elles, on les voyait bel et bien avec des yeux physiques, et en même temps on voyait qu'elles n'obéissaient pas aux règles du monde. Voilà une première preuve : les Tables n'appartenaient pas au monde d'Assiya, puisqu'elles n'en remplissaient pas les critères. Nous allons montrer ensuite qu'elles n'appartenaient pas davantage au monde de Yetsira.
Comme nous l'avons appris, dans chaque monde, la Chekhina qui réside dans le Saint des Saints de ce monde contient toute la vitalité et toute l'énergie de ce monde entier. Ainsi, la Chekhina qui réside dans le heikhal Kodech haKodachim du monde spirituel d'Assiya contient toute la vitalité du monde d'Assiya ; et c'est de ce monde spirituel d'Assiya que descendent lumière et vitalité vers ce monde-ci, matériel, lui-même inclus dans le monde spirituel d'Assiya. Toutes les lois de la nature qui existent dans le monde d'Assiya reçoivent leur vitalité de son Saint des Saints.
Or, dans les Tables, on voit justement qu'elles ne reçoivent pas du monde d'Assiya, mais d'un endroit plus élevé : si elles recevaient d'Assiya, elles en respecteraient les critères. On comprend donc que les Tables sont au-dessus de la nature de ce monde matériel, lequel est alimenté par le rayonnement de la Chekhina qui se trouve dans le heikhal Kodech haKodachim d'Assiya.
« אלא בחינת חכמה עילאה דאצילות, שהיא כללות התורה שבעשרת הדברות » : « mais bien l'aspect de 'Hokhma ila'a (la Sagesse supérieure) d'Atsilout, qui est la Torah dans sa globalité contenue dans les Dix Commandements ». La révélation des Dix Commandements est une révélation de la Chekhina elle-même au niveau de 'Hokhma ila'a du monde d'Atsilout. Et pour descendre jusqu'aux Tables matérielles, « נתלבשה במלכות דאצילות ודבריאה לבדן » : « elle s'est revêtue dans Malkhout d'Atsilout et de Beria uniquement ». Elle s'est contractée dans Malkhout d'Atsilout, est descendue dans Malkhout de Beria, et de là est descendue dans les Tables matérielles, en sautant par-dessus le monde de Yetsira et le monde d'Assiya. Dans le premier Temple, on pouvait donc voir avec des yeux de chair une chose qui était une révélation du niveau du monde de Beria.
Certes, ce revêtement dans la pierre constitue assurément un tsimtsoum (une contraction) par rapport à la lumière qui éclaire dans les Dix Commandements eux-mêmes, et c'est grâce à ce tsimtsoum qu'on pouvait les voir des yeux ; mais ce n'est pas le tsimtsoum du monde d'Assiya. C'est une contraction qui reste au-dessus de tout ce qui relève de la création, au-dessus du monde de Yetsira et au-dessus du monde d'Assiya.
Malkhout d'Atsilout et de Beria est la source d'où viennent à l'existence les mondes de Yetsira et d'Assiya, « והן לבדן המיוחדות באור אין סוף שבתוכן » : « et elles seules sont unies à la lumière infinie qui est en elles ». La révélation de 'Hokhma ila'a qui éclaire dans la sefira de Malkhout d'Atsilout et de Beria est unie à la lumière divine qui est en elles, et « הן הנקראות בשם שכינה השורה בקודש קודשים דבית ראשון, על ידי התלבשותה בעשרת הדברות החקוקות בלוחות שבארון בנס » : « ce sont elles que l'on appelle la Chekhina qui résidait dans le Saint des Saints du premier Temple, par son revêtement dans les Dix Commandements gravés miraculeusement dans les Tables placées dans l'Arche ».
En résumé, pour le niveau du premier Temple :
Du côté de la lumière : une lumière de Malkhout d'Atsilout.
Du côté du revêtement : une descente jusqu'au monde de Beria, et pas plus bas que cela.
Une précision s'impose : dans tout le Temple il y avait révélation de la Divinité. Dix miracles s'y produisaient, et certains de ces miracles concernaient Jérusalem tout entière et pas seulement le Temple ; il y avait des miracles à l'autel et bien d'autres encore, et l'on voyait de façon tangible que ce lieu ne fonctionnait pas selon les lois de la nature. Mais la grande révélation divine appelée « révélation de la Chekhina », c'est-à-dire ce qui est au-dessus du lieu se révélant à l'intérieur du lieu, n'existait avec cette intensité que dans le Saint des Saints. C'est pourquoi seul le Cohen Gadol y entrait, uniquement à Yom Kippour, et seulement pour un court instant.
Jusqu'ici, nous avons prouvé que les Tables sont au-dessus du monde d'Assiya. D'où savons-nous qu'elles sont aussi au-dessus du monde de Yetsira ? De la suite du verset : « ומעשה אלקים חיים », « et l'œuvre du Dieu vivant ». La 'hassidout explique que le Nom « Elokim 'Hayim » désigne une révélation qui relève du monde de Beria, comme le note l'Alter Rebbe entre parenthèses : « הוא עלמא דאתכסייא המקנן בעולם הבריאה כנודע ליודעי ח"ן », « c'est le monde caché qui niche dans le monde de Beria, comme le savent ceux qui connaissent la sagesse cachée ». Dès lors, en disant des Tables qu'elles sont « l'œuvre du Dieu vivant », on affirme que la révélation présente dans la pierre est une révélation du monde de Beria. Et ce savoir lui-même provient de la dimension intérieure de la Torah, donnée au Sinaï lors de ce même événement où fut donnée la partie révélée de la Torah : c'est là qu'il nous est dévoilé que « Elokim 'Hayim » désigne le monde de Beria.
Quelle est la différence entre la vitalité présente dans la main, dans le pied ou dans la bouche, et la vitalité présente dans le cerveau ? La vitalité du cerveau est une vitalité générale : elle englobe tous les membres, tous les ordres et tous les systèmes. Sa nature et son intensité sont donc totalement différentes : une petite atteinte au cerveau, à Dieu ne plaise, affecte de nombreux systèmes, et l'on voit bien que le cerveau commande tout le corps. En revanche, la vitalité particulière de chaque membre est une vitalité qui possède sa force et ses actions remarquables (écrire, marcher, etc.) ; et même s'il ne faut pas minimiser cette force, elle est sans commune mesure avec la puissance du cerveau.
Il en va de même dans le nimchal, même s'il est difficile d'en donner une image, puisque nous ne comprenons rien à la révélation divine, ni petite ni grande : « révélation de la Chekhina » signifie la révélation de la vitalité générale, celle qui englobe tous les détails qui en découlent. Quels détails ? Cela dépend du niveau de Chekhina dont on parle : une Chekhina au niveau de Malkhout d'Atsilout englobe toutes les créatures de Beria, de Yetsira et d'Assiya ; une Chekhina d'un monde plus bas englobe les créatures de ce monde-là, et ainsi de suite.
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Ce chapitre se divise en trois étapes : la révélation de la Chekhina dans le premier Temple, sa révélation dans le second Temple, et sa révélation au temps de l'exil, « Chekhinta begaluta », c'est-à-dire comment on la révèle de nos jours. Jusqu'ici nous avons traité du premier Temple ; passons maintenant au second.
On sait que cinq choses très importantes manquaient dans le second Temple, et l'une d'elles touche directement à notre sujet : l'Arche et les Tables ne s'y trouvaient pas. L'Arche et les Tables ont été dissimulées ; la Guemara discute de l'endroit où se trouve l'Arche, et il existe un témoignage selon lequel elle aurait été emportée à Babylone. Le Rambam écrit qu'elle fut cachée par le roi Yochiahou, à la fin du premier Temple, dans des souterrains profonds et sinueux. Quoi qu'il en soit, il est clair que dans le second Temple il n'y avait ni Arche ni Tables.
Il convient de noter que même après la dissimulation de l'Arche, le Cohen Gadol continuait d'accomplir à Yom Kippour les mêmes services dans le Saint des Saints. On ne peut pas dire que, faute d'Arche, le Saint des Saints se soit ouvert au public et que chacun ait eu le droit d'y entrer. Comme nous allons le voir à l'instant, il n'y avait certes plus la révélation dans l'intensité du premier Temple, mais il y avait assurément une révélation supérieure à celle du monde dans son ensemble.
Et dans les termes de l'Alter Rebbe : « ובבית שני שלא היה בו הארון והלוחות אמרו רז"ל שלא היתה שכינה שורה בו », « et du second Temple, où ne se trouvaient ni l'Arche ni les Tables, nos Sages ont dit que la Chekhina n'y résidait pas ». Serait-ce qu'il n'y avait aucune Chekhina dans le second Temple ? L'Alter Rebbe précise : « פירוש - מדרגת שכינה שהיתה שורה בבית ראשון שלא כדרך השתלשלות העולמות », « c'est-à-dire : le niveau de Chekhina qui résidait dans le premier Temple, d'une manière qui ne suivait pas l'ordre de la hishtalshelus des mondes ». Autrement dit, ce qui manquait dans le second Temple, c'est précisément ce niveau de Chekhina du premier Temple, qui venait hors de l'ordre de la hishtalshelus : une révélation de la lumière de Malkhout d'Atsilout revêtue dans le seul monde de Beria.
Mais une révélation résidait bel et bien dans le second Temple : « אלא בבית שני היתה שורה כדרך השתלשלות והתלבשות מלכות דאצילות במלכות דבריאה, ודבריאה במלכות דיצירה, ודיצירה בהיכל קודש קודשים דעשיה, וקודש קודשים דעשיה הרוחנית היה מתלבש בקודש הקודשים שבבית המקדש שלמטה » : « mais dans le second Temple, elle résidait selon l'ordre de la hishtalshelus et du revêtement de Malkhout d'Atsilout dans Malkhout de Beria, de celle de Beria dans Malkhout de Yetsira, de celle de Yetsira dans le heikhal Kodech haKodachim d'Assiya, et le Saint des Saints de l'Assiya spirituelle se revêtait dans le Saint des Saints du Temple d'en bas ».
Il ressort donc que dans le second Temple, la révélation descendait jusqu'à Malkhout de Yetsira, et de là jusqu'au heikhal Kodech haKodachim d'Assiya, mais elle ne descendait pas jusqu'à Malkhout d'Assiya. Dans chaque monde, pour que viennent à l'existence les créatures de ce monde, la révélation doit descendre du niveau de son Saint des Saints jusqu'à la Malkhout de ce monde ; or dans le second Temple, il suffisait que la révélation parvienne jusqu'au niveau du Saint des Saints du monde spirituel d'Assiya. La Chekhina qui s'y trouvait, c'est Malkhout de Yetsira revêtue dans le Kodech haKodachim d'Assiya, soit un degré au-dessus du monde dans son ensemble.
Et parce qu'il s'agissait d'une révélation supérieure à l'ensemble de la création, l'Alter Rebbe conclut : « ולכן לא היה רשאי שום אדם ליכנס שם », « c'est pourquoi personne n'avait le droit d'y entrer ». Ce n'était pas un lieu comme tous les lieux du monde, mais un lieu où la révélation était plus grande ; c'est pourquoi tout un chacun ne pouvait y pénétrer, « לבד כהן הגדול ביום הכיפורים », « à l'exception du Cohen Gadol, à Yom Kippour », et pas davantage. Et si le Cohen Gadol n'en était pas digne, il ne survivait pas à l'année ; ce fut d'ailleurs le cas dans le second Temple, où la plupart des Cohanim Guedolim n'en étaient pas dignes, puisqu'ils achetaient la fonction, et où ils changeaient chaque année. On voit par là que la sainteté qui régnait là dépassait l'ensemble de la création.
En résumé : l'écart entre le premier et le second Temple est immense, au point que nos Sages ont dit du second que la Chekhina n'y résidait pas. Dans le premier Temple, du côté de la lumière il s'agissait d'une lumière de Malkhout d'Atsilout, et du côté de l'attraction et du revêtement, elle descendait jusqu'à Malkhout de Beria, hors de l'ordre de la hishtalshelus des mondes, en sautant par-dessus Yetsira et Assiya. C'est pourquoi on pouvait voir de ses yeux de chair des lettres gravées dans la pierre qui ne se conduisaient pas selon les lois de la nature, et les Tables furent appelées « l'œuvre du Dieu vivant », une révélation du monde de Beria. Dans le second Temple, où il n'y avait ni Arche ni Tables, il n'y avait ni cette lumière ni ce revêtement, mais une hishtalshelus ordonnée : de Malkhout d'Atsilout à Malkhout de Beria, de là à Malkhout de Yetsira, et de là au heikhal Kodech haKodachim d'Assiya, qui se revêtait dans le Saint des Saints d'en bas. Une révélation qui dépasse le monde dans son ensemble, mais qui reste sans commune mesure avec celle du premier Temple.
Dans la partie suivante, nous aborderons la troisième étape du chapitre : « Chekhinta begaluta », quel est l'état de la révélation de la Chekhina de nos jours, et comment la révéler aujourd'hui.