Nous arrivons dans le Tanya à la dernière partie du chapitre 48. Nous nous étions arrêtés page 68b (page 136), en haut de la page, à la ligne qui commence par « בתכלית », jusqu'au point qui suit les mots « אם לא על ידי צמצומים ». Reprenons brièvement ce que nous avons étudié jusqu'ici, puis poursuivons.
Ce cours est dédié à la refoua chelema de Bracha Ayelet bat Hamami.
Rappel de ce que nous avons appris :
Ce chapitre ne traite que d'un seul sujet, et ce sujet est en lui-même abstrait et complexe, comme nous l'avons déjà signalé dans les cours précédents : l'Alter Rebbe y explique la notion de tzimtzoum (la contraction de la lumière divine), pourquoi il a fallu un tzimtzoum, et en quoi cela touche à la compréhension de toute cette série de chapitres.
Nous avons appris que le Saint béni soit-Il agit, se soucie et aime chacun : le peuple d'Israël dans son ensemble, et chaque individu en particulier. Cette méditation doit éveiller chez l'homme ce qu'exprime le verset « comme dans l'eau le visage répond au visage » : de même que le Saint béni soit-Il agit pour nous et nous aime, de même doit-il y avoir de notre côté une révélation de même nature envers Lui, comme dans la longue parabole étudiée au chapitre 46.
L'un des points essentiels que nous abordons maintenant (et dont nous verrons la conclusion, avec l'aide de Dieu, au chapitre 49) est que le Juif doit se contracter lui-même, faire son propre tzimtzoum, devant la volonté du Saint béni soit-Il. Autrement dit : lorsque d'un côté se tiennent ses désirs, ses envies et ses occupations, et de l'autre côté la volonté du Créateur, la Torah le conduit, et avec elle l'Alter Rebbe au fil de ces chapitres, à cette conclusion : il doit se mettre lui-même de côté au profit de ce que le Créateur attend de lui, et ne pas se conduire uniquement selon ce qui lui convient et l'arrange.
D'où le Juif tirera-t-il une telle conclusion ? C'est pour cela que vient tout ce long développement : pour que l'homme puisse exister ici, et en réalité pour que le monde entier existe à chaque instant, le Saint béni soit-Il contracte pour ainsi dire Sa lumière divine.
L'essentiel de ce que nous avons appris sur le tzimtzoum :
La lumière divine, en elle-même, est infinie et sans limite, et cette lumière se trouve dans la création et dans le monde, en tout lieu, sans qu'il existe un endroit où elle ne soit pas.
La manière dont elle s'y trouve est celle de sovev, d'une lumière qui entoure et enveloppe. Cela ne veut pas dire, à Dieu ne plaise, qu'elle serait à l'extérieur de la chose, puisqu'elle se trouve à l'intérieur de chaque détail, mais cela se dit par rapport au ressenti de la créature et du monde : la créature ne perçoit ni l'infini ni l'illimité ; ce qu'elle perçoit est une limite contractée et très réduite. L'infini, elle ne peut ni le saisir ni le ressentir, puisque c'est précisément l'infini ; et si l'infini était révélé, la création n'existerait pas telle qu'elle est, elle serait elle-même infinie. C'est pourquoi cette lumière se trouve sur le mode de sovev, enveloppante relativement au ressenti de la créature, alors qu'en vérité elle se trouve en tout lieu.
Ce que la créature perçoit et saisit effectivement, ce qui se trouve dans son intériorité, c'est une lumière et une vitalité contractées. Il en ressort que, pour qu'il y ait une création, il fallait nécessairement un tzimtzoum : c'est là le sujet qui nous explique toute cette notion.
Nous avons terminé le cours précédent par la parabole que l'Alter Rebbe apporte pour rapprocher l'idée de notre intelligence. Que cherche-t-il à rapprocher ? Comment il est possible que ces deux contraires coexistent : la force divine infinie se trouve en tout lieu, et malgré cela la créature, ce petit détail, ne ressent rien de tout cela ; elle est à la fois présente et non ressentie dans la réalité de la créature.
La parabole : un homme qui voit un objet, une maison qu'il vient de voir ou qu'il a vue il y a quelque temps, se représente dans son esprit et dans son imagination toute la maison avec tous ses détails, toutes les pièces et tous les étages, et le tout se trouve réellement dans sa pensée. Et pourtant, la maison elle-même n'a pas la moindre sensation de se trouver en cet instant dans la tête et dans la pensée d'un tel, et il n'y a entre eux aucun lien. Voilà donc un exemple où, d'un côté, tous les détails, jusqu'aux plus infimes, se trouvent à l'intérieur de l'homme, et où, en même temps, la chose qui s'y trouve n'en a aucune conscience ni perception.
Mais cet exemple est très éloigné de la réalité du nimchal, et la différence est immense : dans la parabole, qu'est-ce qui se trouve dans la tête de l'homme ? Seulement l'image de la maison, une représentation purement extérieure, et non la maison elle-même. Tandis que dans le nimchal, dans la connaissance du Créateur se trouvent toute la création et tous ses détails tels qu'ils sont réellement, et non seulement leur image ou leur représentation. Et puisque le Créateur connaît la chose, c'est pour cela qu'elle existe, car son existence est née de Sa parole, et c'est la connaissance du Créateur qui lui donne sa vitalité. Quoi qu'il en soit, la parabole rapproche un peu de notre intelligence ce point : il peut y avoir une connaissance complète et détaillée d'une chose, alors que cette chose elle-même n'a aucune idée du fait qu'une telle connaissance détaillée existe à son sujet.
Dans les termes de l'Alter Rebbe :
אבל הקב"ה דכתיב ביה כי לא מחשבותי מחשבותיכם כו', הרי מחשבתו ודעתו שיודע כל הנבראים מקפת כל נברא ונברא מראשו ועד תחתיתו ותוכו ותוך תוכו הכל בפועל ממש
« Mais le Saint béni soit-Il, au sujet duquel il est écrit : Car Mes pensées ne sont pas vos pensées, etc., Sa pensée et Sa connaissance, par lesquelles Il connaît toutes les créatures, entourent chaque créature de sa tête jusqu'à son extrémité, son intérieur et l'intérieur de son intérieur, le tout de manière réelle et effective. » L'accent porte sur « de manière réelle et effective » : chez l'homme, la maison ne se trouve pas réellement dans son cerveau, mais seulement son image et l'extériorité de la représentation ; et même si cette représentation comprend tous les détails des détails, ce n'est pas la chose elle-même, seulement sa figure. Chez le Créateur, en revanche, il est certain que chaque détail se trouve dans Sa connaissance de manière réelle et effective.
Que signifie « Mes pensées ne sont pas vos pensées » ? Que les pensées ne se ressemblent pas. Mais il y a là une précision à faire : il est pourtant écrit « à notre image, selon notre ressemblance », et l'âme est « une parcelle de Dieu d'en haut ». Il existe donc bien un aspect de ressemblance entre nous et le Créateur ; pourquoi, alors, le verset souligne-t-il précisément la pensée, qui, elle, ne ressemble pas, et non d'autres choses ? La réponse : c'est justement la pensée qui ne ressemble pas.
Dans la parole : la parole divine agit assurément, elle forme et elle crée. Et la parole de l'homme aussi agit et influence celui qui l'entend (même si la mesure et la manière de cette influence varient). On ne peut donc pas dire qu'il n'y a aucune ressemblance entre notre parole et celle du Créateur : ce ne serait pas exact, car il y a une ressemblance générale dans le fait même que la parole agit, même s'il est impossible de comparer en quoi que ce soit le degré de cette action : la parole du Créateur forme et crée, la nôtre agit sur autrui.
Dans la pensée : même si la pensée qu'un homme a au sujet de son prochain exerce sur lui une influence sur le plan spirituel, lorsqu'un homme pense à un tel, à l'autre bout du monde, qu'il fasse telle et telle chose, sa pensée n'agit pas et ne le fait pas bouger de façon consciente. Il existe certes une situation où un homme concentre sa pensée sur quelqu'un et le fixe du regard, ce qui peut amener l'autre à se retourner vers lui ; mais, d'ordinaire, quand un homme pense à quelqu'un, il a simplement fait passer sa pensée sans rien produire. Sur ce point, il n'y a aucune ressemblance entre notre pensée et celle du Créateur, dont la connaissance est l'existence même de la créature. Et c'est de cela qu'il est dit : « Car Mes pensées ne sont pas vos pensées. »
En résumé : dans cette partie, nous avons repris la question du tzimtzoum du chapitre 48 : la lumière divine est infinie et sans limite et se trouve en tout lieu, sauf que, relativement au ressenti de la créature, elle est sur le mode de sovev, enveloppante, tandis que ce qui se trouve dans l'intériorité de la créature est une lumière contractée, car sans tzimtzoum aucune création n'aurait été possible. Nous nous sommes arrêtés sur la parabole de la maison qui se trouve dans la pensée de l'homme sans que la maison le ressente, et sur la différence entre le machal et le nimchal, puisque dans la connaissance du Créateur chaque créature se trouve « de sa tête jusqu'à son extrémité, son intérieur et l'intérieur de son intérieur, le tout de manière réelle et effective ». Enfin, nous avons expliqué la précision du verset « Car Mes pensées ne sont pas vos pensées » : c'est précisément dans la pensée qu'il n'y a aucune ressemblance, à la différence de la parole, où existe une ressemblance générale du fait même qu'elle agit.
Nous arriverons par la suite à la conclusion qui découle de tout cela pour le service de l'homme : il lui faut se contracter lui-même et contracter ses propres désirs devant la volonté du Créateur, comme cela sera expliqué au chapitre 49.