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Chapitre 48 - Sovev kol almin

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Dans la partie précédente, nous avons étudié la lumière divine qui réside dans les mondes selon deux modes : memalé kol almin (la lumière qui remplit tous les mondes) et sovev kol almin (la lumière qui les entoure). Nous allons maintenant préciser la définition exacte de ce second concept, sovev kol almin, l'une des notions fondamentales de la 'hassidout, dont l'Alter Rebbe écarte dans ce chapitre plusieurs compréhensions erronées.

L'hypothèse la plus naïve, à savoir que cette lumière se trouverait en haut, pour ainsi dire à l'étage supérieur, et ne serait pas présente là où se trouve la créature, est écartée d'emblée : il n'est même pas nécessaire de se donner la peine de la réfuter. D'une réalité spirituelle, on ne peut absolument pas dire qu'elle se tient dans un lieu physique au-dessus d'un autre lieu physique.

Mais de là surgit une question : que signifie au juste affirmer qu'une réalité spirituelle se trouve partout ? Cela est-il seulement vrai de toute réalité spirituelle ?

Prenons un raisonnement intellectuel, qui est assurément une réalité spirituelle. Se trouve-t-il partout ? L'intellect, de toute évidence, ne se trouve pas à l'intérieur de la table. « Se trouver dans un lieu » veut dire se trouver à l'intérieur de ce lieu ; or l'intellect ne réside que dans le cerveau et dans la conscience. C'est là qu'il est saisi, non pas par les mains ni par les pieds, ni par l'un des sens grossiers, mais par l'organe du cerveau, la conscience étant le mode de perception adapté à la saisie d'une idée. Il apparaît donc que, même d'une réalité spirituelle limitée, on peut dire : ici elle se trouve, et ici elle ne se trouve pas. Et lorsqu'on dit du Saint béni soit-Il qu'Il se trouve en tout lieu, et qu'il est écrit « toute la terre est remplie de Sa gloire », ce n'est certainement pas de cette manière-là.

Pour affiner la question, observons les forces spirituelles présentes dans notre monde : le minéral, le végétal, l'animal et l'être parlant. La force spirituelle propre au minéral n'est pas celle du végétal, et le moindre enfant perçoit la différence : la pierre est inerte, tandis que dans la plante on voit croissance et mouvement ; chez l'animal on voit tout autre chose, et chez l'homme à plus forte raison. Dirait-on que la vitalité de l'homme se trouve réellement à l'intérieur de l'animal, l'animal ne la ressentant simplement pas ? Ou que la vitalité du végétal se trouve dans la pierre, la pierre ne la ressentant simplement pas ? Certainement pas. La vitalité du végétal ne se trouve que dans le végétal, et dans le minéral elle ne se trouve absolument pas, et cela pour deux raisons :

  • Du côté du réceptacle : le minéral n'est pas un kli, un réceptacle apte à recevoir la vitalité du végétal.

  • Du côté de la lumière : la vitalité du végétal est trop élevée pour descendre et résider dans le minéral.

Puisqu'il n'y a aucune adéquation entre les deux, ni dans un sens ni dans l'autre, il n'y a entre eux aucune « rencontre », et la vitalité n'est tout simplement pas là.

Revenons alors à notre question : lorsqu'on dit de la vitalité divine illimitée qu'elle entoure les créatures, cela signifie-t-il qu'elle ne se trouve pas du tout en elles, comme la vitalité du végétal ne se trouve pas dans le minéral ? À Dieu ne plaise de parler ainsi du Créateur, dont l'infinité est présente en tout lieu.

Deuxième réfutation : « sovev » au sens d'un niveau plus élevé.

Quand nous parlons, dans les catégories qui nous sont familières, d'une chose qui se situe à un niveau supérieur, cela revient finalement à dire qu'elle n'est pas du tout présente au niveau inférieur. Qu'un enseignant de CE1 vienne exposer ses notions à un enfant de maternelle : l'idée ne se trouve nullement dans l'esprit de l'enfant. Il n'a pas compris, la chose ne lui est pas parvenue, et elle n'est tout simplement pas là.

Dirions-nous qu'il en va de même ici, que la vitalité divine infinie est si grande et si élevée qu'elle ne se trouve pas à l'intérieur de la créature mais l'entoure seulement de l'extérieur ? L'Alter Rebbe répond : à Dieu ne plaise. Ce n'est pas là le sens de « sovev », car selon cette lecture, il faudrait conclure qu'elle n'est pas là.

Il faut savoir qu'avant la révélation de la 'hassidout, certains comprenaient effectivement le texte ainsi, et parmi eux de grands maîtres d'Israël : ceux qui soutenaient le tsimtsoum kipchouto, la contraction prise au sens littéral. Lorsqu'on leur objectait : mais il est écrit « toute la terre est remplie de Sa gloire », comment dire qu'Il n'y est pas ? ils répondaient qu'il existe des situations où une réalité supérieure n'est pas présente dans le lieu inférieur et exerce pourtant une influence sur lui.

L'exemple classique, cité d'innombrables fois dans la 'hassidout, se trouve dans le livre de Daniel. Daniel se tenait avec un groupe d'hommes lorsqu'il reçut soudain une vision prophétique : le Créateur du monde se révéla à lui par l'intermédiaire de l'ange. Les hommes qui se trouvaient à ses côtés ne virent rien, et pourtant ils se mirent tous à trembler, comme il est dit : « Et les hommes qui étaient avec lui ne virent rien, mais une grande terreur tomba sur eux ». La Guemara demande : s'ils n'ont rien vu, qu'ont-ils donc vu ? Et elle répond : « bien que lui-même n'ait pas vu, son mazal a vu ». Autrement dit, leur âme a perçu qu'une révélation avait lieu, mais la chose n'est pas entrée dans leur conscience, et c'est pourquoi elle n'a fait que les influencer.

Nous avons donc ici une réalité qui n'était pas dans la conscience de ces hommes, parce qu'ils étaient trop bas et la vision trop haute. Daniel était un kli, un réceptacle, et il a reçu ; eux n'étaient pas des réceptacles et n'ont rien reçu. Et pourtant, la chose a agi sur eux, de manière enveloppante, en mode makif et sovev.

De là, ils expliquaient que tel est le sens de « toute la terre est remplie de Sa gloire » : la lumière divine ne se trouve pas réellement à l'intérieur de chaque chose, car elle est infinie, et comment entrerait-elle dans la chose ? Mais cela ne veut pas dire non plus qu'elle est absente et sans rapport aucun avec elle : elle influence chaque chose, l'éclaire, peut même la transformer, mais à la manière d'une réalité supérieure qui, de l'extérieur, agit sur ce qui se trouve en bas. (Quant à l'influence qui passe par l'ange préposé à chaque chose, elle relève de la lumière limitée, alors que nous traitons ici de la lumière illimitée.)

Vient l'Alter Rebbe dans le Tanya et déclare qu'affirmer cela, à Dieu ne plaise. Et c'est là un 'hidouch considérable : la lumière illimitée se trouve réellement en tout lieu, dans toute sa puissance, à l'intérieur de chaque détail, même le plus infime. Le sovev et le memalé se trouvent l'un comme l'autre, et dans la même mesure, à l'intérieur de la créature ; en eux-mêmes, il n'y a entre eux aucune différence.

Pourquoi, dès lors, cette lumière est-elle appelée sovev kol almin ? Parce que, relativement à la créature, celle-ci ne la ressent pas. Dans la lumière limitée, appelée memalé kol almin, le Créateur a fait en sorte que la créature la ressente ; et dans la lumière appelée sovev kol almin, Il a fait en sorte qu'elle ne la ressente pas. Mais cela ne signifie nullement qu'elle n'est pas là : elle y est bel et bien.

C'est ce que la 'hassidout appelle le tsimtsoum chelo kipchouto, la contraction qui n'est pas à prendre au sens littéral : le tsimtsoum est relatif à la créature, de sorte que les créatures éprouvent comme si la lumière n'était pas présente à leur conscience, et disent que seule la lumière contractée est en elles tandis que la lumière supérieure serait restée en haut. Ainsi le ressent la créature ; mais du point de vue de la vérité divine, à Dieu ne plaise de parler ainsi : en vérité, elle se trouve réellement, réellement, à l'intérieur de chaque détail, à chaque instant. Et si on l'appelle « sovev », c'est uniquement parce qu'elle n'est pas révélée.

Dans les termes de l'Alter Rebbe : « ואין הפירוש סובב ומקיף מלמעלה בבחינת מקום, חס ושלום, כי לא שייך כלל בחינת מקום ברוחניות » (« et le sens n'est pas qu'il entoure et enveloppe d'en haut au sens du lieu, à Dieu ne plaise, car la notion de lieu n'a absolument aucune pertinence dans le spirituel »). Ici, « spirituel » désigne la Divinité. Dans le Créateur, la notion de lieu est inapplicable : on ne peut pas dire ici Il est, et là Il n'est pas ; ici c'est en haut, et là c'est en bas.

De niveaux limités, en revanche, on peut effectivement le dire, même s'ils sont spirituels : la lumière du végétal est dans le végétal et non dans le minéral ; l'intellect est dans le cerveau et non dans les mains. Parce que ces réalités sont limitées, on peut les localiser et dire : ici oui, ici non. Mais le Créateur ne peut être localisé, et c'est pourquoi l'Essence et la lumière sans limite se trouvent réellement en tout lieu.

Pourquoi, alors, parle-t-on de « sovev » ? « אלא רצונו לומר סובב ומקיף לעניין בחינת גילוי השפעה » (« il veut dire qu'il entoure et enveloppe quant à la révélation de l'influence »). Uniquement par rapport à la révélation : la lumière n'est pas révélée à la créature. En elle-même, elle est partout présente, toujours et dans la même mesure, et « sovev » ne se dit que relativement au ressenti de la créature, qui n'en perçoit pas la révélation.

« כי ההשפעה שהיא בבחינת גילוי בעולמות נקראת בשם הלבשה » (« car l'influence qui est en mode révélé dans les mondes est appelée revêtement »). C'est cette lumière que la créature ressent de façon révélée, une lumière que l'on peut situer et dont on peut dire : ceci est minéral, ceci végétal, ceci animal, ceci parlant ; ceci est le monde de Assia, ceci Yetsira, ceci Beria, ceci Atsilout ; ceux-ci sont des anges et ceux-là des âmes. Tous ces niveaux, dont la créature perçoit les différences, relèvent de la lumière qui s'est revêtue. Et de même qu'un vêtement se revêt sur l'homme avec une adéquation des deux côtés, le vêtement convenant à celui qui le porte et celui qui le porte au vêtement, de même il s'agit d'une lumière limitée « שמתלבשת בעולמות, כי הם מלבישים ומשיגים ההשפעה שמקבלים » (« qui se revêt dans les mondes, car ils revêtent et saisissent l'influence qu'ils reçoivent ») : les créatures reçoivent cette influence dans leur intériorité et la saisissent.

« מה שאין כן ההשפעה שאינה בבחינת גילוי ואין העולמות משיגים אותה - אינה נקראת מתלבשת אלא מקפת וסובבת » (« tandis que l'influence qui n'est pas en mode révélé et que les mondes ne saisissent pas n'est pas appelée revêtue, mais enveloppante et entourante »). Les mondes ne la saisissent pas, et pas seulement sur le plan de l'intellect : ils ne l'appréhendent pas, ils ne l'intériorisent pas, ils n'ont aucune relation avec elle. C'est pourquoi on ne la dit pas « revêtue » mais « makif ve-sovev », enveloppante et entourante, non pas parce qu'elle est absente, mais parce qu'elle n'est pas en révélation : elle demeure cachée et dissimulée.

« הלכך מאחר שהעולמות הם בבחינת גבול ותכלית » (« puisque les mondes relèvent de la limite et de la finitude »), tous les mondes étant limités, « נמצא שאין השפעת אור אין סוף מתלבשת ומתגלית בהם בבחינת גילוי » (« il en résulte que l'influence de la lumière de l'Ein Sof ne se revêt ni ne se dévoile en eux de façon révélée »). Ce que le Créateur a donné et permis de dévoiler dans le monde n'est « רק מעט מזער - הארה מועטת מצומצמת מאד מאד » (« qu'un infime fragment, une lueur minime, extrêmement contractée »), dite contractée non pas en elle-même, mais parce que les créatures peuvent la recevoir de façon révélée, « והיא רק כדי להחיותם בבחינת גבול ותכלית » (« et cela uniquement pour les faire vivre selon la limite et la finitude »). En revanche « אבל עיקר האור בלי צמצום כל כך » (« mais l'essentiel de la lumière, sans une telle contraction »), la lumière cachée, illimitée, où il n'y a pas de tsimtsoum, « נקרא מקיף וסובב, מאחר שאין השפעתו מתגלית בתוכם, מאחר שהם בבחינת גבול ותכלית » (« est appelée enveloppante et entourante, puisque son influence ne se dévoile pas en eux, car ils relèvent de la limite et de la finitude »). Elle est présente et agit sur eux, mais ils ne sont pas des réceptacles capables de la révéler et de la contenir.

Il ne faut donc pas se tromper en croyant que le terme « sovev » désignerait un niveau plus élevé. Dire d'une chose qu'elle est d'un niveau supérieur, c'est encore la délimiter : elle est haute, elle est élevée. Or « sovev » ne se dit que relativement à la créature, qui ne dévoile pas la lumière, et c'est pour cette raison seulement que la lumière porte ce nom.

En résumé : dans cette partie, nous avons écarté trois interprétations erronées du concept de sovev kol almin. Premièrement, que la lumière se trouverait en haut au sens spatial. Deuxièmement, qu'elle ne se trouverait pas du tout dans la créature, comme la vitalité du végétal ne se trouve pas dans le minéral. Troisièmement, qu'elle n'y serait pas en raison de l'élévation de son niveau, comme le pensaient les tenants du tsimtsoum kipchouto, qui le prouvaient par le verset de Daniel « et les hommes qui étaient avec lui ne virent rien, mais une grande terreur tomba sur eux », expliqué par « son mazal a vu » : une réalité supérieure influence même sans être présente en bas. Le 'hidouch de l'Alter Rebbe est que la lumière illimitée se trouve réellement à l'intérieur de chaque détail, dans toute sa puissance, et que le sovev et le memalé sont présents dans la créature dans une mesure égale. La différence ne tient qu'à la révélation : la lumière limitée se « revêt » dans les mondes parce que les créatures la revêtent et la saisissent, tandis que l'essentiel de la lumière est appelé makif ve-sovev parce qu'il ne se dévoile pas en elles, puisqu'elles relèvent de la limite et de la finitude. Ce point est capital à comprendre, car on rencontre la notion de sovev kol almin d'innombrables fois dans la 'hassidout, et celui qui n'en saisit pas la définition exacte se trompe précisément sur ce que l'Alter Rebbe lui-même écarte par les mots « à Dieu ne plaise ».

Dans la partie suivante, nous poursuivrons les paroles de l'Alter Rebbe dans le chapitre 48, et nous verrons comment ce principe se développe dans la suite de son propos.