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Chapitre 42 - Le monde comme instrument de révélation de la divinité

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Dans la partie précédente, nous avons relevé les deux questions que soulève l'expression « un œil qui voit et une oreille qui entend » : d'abord, comment peut-on employer un tel langage à propos du Saint béni soit-Il ; ensuite, comment l'homme sera-t-il concrètement touché par la conscience que le Créateur est présent à chaque instant, qu'Il veille et qu'Il regarde, alors même qu'il ne Le voit pas de ses yeux. À la première question nous avons déjà répondu : on peut bien dire qu'Il voit et qu'Il entend, mais sans les limites qui affectent notre vue et notre ouïe, et bien au-delà encore : Sa connaissance est connaissance de Lui-même. Nous abordons maintenant la seconde question, celle qui touche à la pratique.

Pour que ces vérités agissent réellement sur l'homme et éveillent en lui la crainte du Ciel, il lui faut quelque chose de tangible. La question est donc : où le Saint béni soit-Il a-t-Il placé pour nous ce support concret, à partir duquel la crainte du Ciel s'éveillera effectivement ?

Avant de lire le texte lui-même, introduisons une histoire rapportée par le Rebbe précédent au sujet de Reb Zousha d'Anipoli. C'est une histoire étrange, mais puisqu'elle a été mise par écrit et n'est pas restée secrète, on peut la raconter : Reb Zousha souffrait un jour de constipation, et cela le faisait beaucoup souffrir. Il cherchait un moyen de se soulager, et l'on sait qu'un sentiment de frayeur relâche le corps. Il sortit donc au milieu de la nuit, contempla les étoiles, et médita, à partir de leur vision, sur la force divine qui s'y trouve à chaque instant et qui dirige leur course : et quiconque comprend un peu l'ordre du mouvement des astres sait quelle chose immense cela représente. Il médita, médita encore, jusqu'à atteindre une telle crainte de la divinité que non seulement il fut soulagé, mais, selon les termes mêmes du récit : « jusqu'à ce que cela sorte avec beaucoup de sang ».

On pourrait objecter : si Reb Zousha voulait méditer, il pouvait rester assis dans sa chambre et réfléchir au fait qu'il existe des étoiles et qu'une force divine agit en elles, et éveiller ainsi exactement la même chose. Pourquoi devait-il sortir dehors et voir les étoiles de façon matérielle ? On apprend de là que pour mettre en mouvement la méditation intérieure, la vision est nécessaire : la vue physique agit, elle élargit et renforce la compréhension intérieure.

Prenons un exemple plus simple. Lorsque Réouven parle à Chimon, à qui parle-t-il ? Ni à son front ni à son nez, mais à son âme et à sa personne. Et pourtant, en parlant, c'est précisément son visage et ses yeux qu'il regarde, et pas seulement par politesse. Car l'âme elle-même, il ne la voit pas ; ce qu'il voit, ce sont des yeux et un corps matériel. Mais ce corps matériel lui sert de lunette qui lui montre l'âme. Il ne s'agit pas de voir un morceau de chair et d'en déduire par raisonnement qu'une âme se cache derrière : en regardant le visage, il voit immédiatement l'âme et la personnalité, et avant même la moindre réaction il voit si l'autre est joyeux ou triste, tendu ou serein. Car « la sagesse de l'homme illumine son visage », et le visage dévoile l'intériorité. C'est pourquoi on regarde le visage de son prochain, et non sa nuque ou quelque autre endroit.

On voit de là que méditer sur une idée abstraite ne suffit pas : il faut un appui tangible. Et c'est exactement ce qui s'est passé pour Reb Zousha : voulant méditer sur la réalité de la force divine, il est sorti voir les étoiles, et cette vision a amplifié la méditation qui l'occupait à ce moment-là.

C'est dans cet esprit que l'Alter Rebbe explique comment l'homme peut parvenir, à chaque instant, à la conscience du Créateur par la méditation sur la création, puisque la création tout entière est l'expression de la force divine. L'argument « je ne vois pas le Saint béni soit-Il » ne tient pas : l'âme de son prochain non plus il ne la voit pas, et pourtant, en le regardant dans les yeux, il comprend bien qu'il voit son âme et qu'il parle à son âme. Ainsi l'homme doit-il parvenir, par l'exercice et la méditation, à un état où il regarde le monde et voit que le monde est le vêtement du Saint béni soit-Il, et dès lors il verra la divinité à tout moment. Voilà le support concret que le Saint béni soit-Il nous a donné pour nous rapprocher de Ses forces, et il va de soi que cela exige méditation et accoutumance.

Voici les termes de l'Alter Rebbe dans ce chapitre : « והנה כל אדם מישראל, יהיה מי שיהיה » (« Or tout homme d'Israël, qui qu'il soit »), tout Juif, « כשיתבונן בזה שעה גדולה בכל יום » (« lorsqu'il méditera là-dessus un long moment chaque jour »), c'est-à-dire qu'il réservera chaque jour un temps prolongé, « איך שהקב"ה מלא ממש את העליונים ואת התחתונים ואת השמים ואת הארץ ממש, מלא כל הארץ כבודו ממש » (« comment le Saint béni soit-Il remplit littéralement les mondes supérieurs et les mondes inférieurs, les cieux et la terre eux-mêmes, toute la terre est réellement remplie de Sa gloire »), que le Saint béni soit-Il est présent dans chaque détail et fait vivre chaque détail, y compris les cieux et la terre matériels. L'homme voit une feuille tomber : qu'il se dise que c'est la force divine qui agit en cet instant même. C'est un entraînement auquel il faut s'habituer : voir cela dans chaque chose du monde.

[Il convient d'être précis : l'Alter Rebbe ne dit pas de voir les mondes supérieurs, mais de méditer sur le fait que le Saint béni soit-Il remplit les mondes supérieurs et les mondes inférieurs. La méditation vient d'abord.]

« וצופה ומביט ובוחן כליותיו ולבו וכל מעשיו ודבוריו וכל צעדיו יספור » (« Il observe, Il regarde et Il sonde ses reins et son cœur, tous ses actes et toutes ses paroles, et Il compte tous ses pas »), c'est-à-dire que le Saint béni soit-Il est présent en tout lieu, qu'Il regarde l'homme et examine chaque détail à chaque instant.

« אזי תקבע בלבו היראה לכל היום כולו » (« alors la crainte s'ancrera dans son cœur pour toute la journée »), la méditation prolongée de chaque matin lui servira pour la journée entière. Comment cela ? « כשיחזור ויתבונן בזה אפילו בהתבוננות קלה » (« lorsqu'il reviendra y méditer, fût-ce par une méditation légère »). Après avoir, le matin, installé largement ce thème dans sa conscience, lorsque le yétzer prendra le dessus au milieu de la journée et qu'un désir s'éveillera en lui de voir ou d'entendre une chose interdite, un seul instant de rappel de tout ce qu'il a pensé durant ce long moment lui suffira : cette méditation légère le soutiendra. Ainsi, « בכל עת ובכל שעה יסור מרע ויעשה טוב במחשבה דיבור ומעשה, שלא למרות ח"ו עיני כבודו אשר מלא כל הארץ » (« en tout temps et à toute heure il s'écartera du mal et fera le bien, en pensée, en parole et en action, afin de ne pas défier, à Dieu ne plaise, les yeux de Sa gloire qui remplit toute la terre ») : à chaque instant il aura la force de tenir dans la crainte du Ciel et de ne pas transgresser la volonté divine, sachant que le Créateur est ici, qu'Il sonde, qu'Il regarde et qu'Il compte ses pas.

« וכמאמר רבן יוחנן בן זכאי לתלמידיו כנ"ל » (« selon la parole de Rabban Yochanan ben Zakkaï à ses disciples, comme mentionné plus haut »), ainsi que nous l'avons étudié au chapitre 41 (page 57a, en bas), lorsqu'il dit à ses élèves : « Puisse la crainte du Ciel être sur vous comme la crainte d'un être de chair et de sang. » Car celui qui sait qu'une caméra cachée surveille ses faits et gestes à chaque instant adapte aussitôt sa conduite ; et l'homme doit savoir qu'une caméra, elle, est braquée sur lui ouvertement à chaque instant : c'est cela, « un œil qui voit et une oreille qui entend ».

Ici l'Alter Rebbe revient à l'ouverture du chapitre, au verset par lequel il a introduit le thème de la crainte du Ciel : « Que demande l'Éternel ton Dieu de toi, sinon de craindre » : « וזהו שאמר הכתוב כי אם ליראה את ה' אלקיך ללכת בכל דרכיו » (« c'est le sens du verset : sinon de craindre l'Éternel ton Dieu, d'aller dans toutes Ses voies »). À quel niveau de crainte chaque homme peut-il parvenir ? À une crainte qui agira sur lui pour « aller dans toutes Ses voies », une crainte qui le garde dans l'accomplissement concret, « שהיא יראה המביאה לקיום מצוותיו יתברך בסור מרע ועשה טוב, והיא יראה תתאה הנ"ל » (« c'est la crainte qui conduit à l'accomplissement de Ses commandements, en s'écartant du mal et en faisant le bien, et c'est la yirah tataah mentionnée plus haut »), une crainte élémentaire : que l'homme redoute la faute et ne veuille pas trébucher, parce qu'il sait que le Roi le regarde à chaque instant.

« ולגבי משה, דהיינו לגבי בחינת הדעת שבכל נפש מישראל האלקית, מילתא זוטרתי היא » (« et à l'égard de Moché, c'est-à-dire à l'égard de la dimension de daat qui est dans chaque âme divine d'Israël, c'est une petite chose »). Où se trouve Moché ? Chez chacun d'entre nous, car Moché Rabbénou donne à chaque Juif la dimension de la daat. Et qu'est-ce que la daat ? « שהדעת הוא המקשר מצפוני בינת הלב אל בחי' גילוי במחשבה ממש כידוע לי"ח » (« car la daat est ce qui relie les profondeurs cachées de la binah du cœur jusqu'à leur révélation effective dans la pensée, comme le savent les initiés »). Comme nous l'avons dit plus haut, la yirah tataah, la crainte naturelle, est déposée dans la binah du cœur, et c'est la daat qui la révèle concrètement dans la pensée.

L'Alter Rebbe poursuit et revient à cette même question, à l'objection de l'homme : « Maître du monde, je médite bien là-dessus, mais je demande à voir quelque chose de tangible. » « ועוד זאת יזכור, כי כמו שבמלך בשר ודם עיקר היראה היא מפנימיותו וחיותו ולא מגופו » (« et qu'il se souvienne encore de ceci : de même que, s'agissant d'un roi de chair et de sang, l'essentiel de la crainte vient de son intériorité et de sa force vitale, et non de son corps »). De quoi l'homme a-t-il peur devant le roi ? De sa personne et de sa grandeur, non de sa main ni de son pied. Et la preuve : « שהרי כשישן אין שום מורא ממנו » (« car lorsqu'il dort, il n'inspire aucune crainte »). Quand le roi dort, on peut passer à côté de lui sans en être effrayé, tandis que lorsqu'il est éveillé, qu'il regarde et qu'il examine, la crainte est là. Or si la peur venait de son corps, son corps est devant nous aussi pendant son sommeil. C'est donc que la crainte vient de l'âme du roi.

Mais ici resurgit exactement la même difficulté : voit-il donc l'âme du roi ? « והנה פנימיותו וחיותו אינה נראית לעיני בשר, רק בעיני השכל » (« or son intériorité et sa force vitale ne sont pas visibles aux yeux de chair, mais seulement aux yeux de l'intelligence »). L'intériorité du roi ne se voit pas avec des yeux physiques, mais avec les yeux de l'intellect, « על ידי ראיית עיני בשר בגופו ולבושיו, שיודע שחיותו מלובש בתוכם » (« par la vision des yeux de chair sur son corps et ses vêtements, car il sait que sa force vitale y est revêtue »). L'homme voit le corps, et l'intellect lui dit qu'à l'intérieur de ce corps, dans les os, les nerfs et le sang, une âme est revêtue ; et c'est de cette âme qu'il a crainte.

De là l'Alter Rebbe établit qu'il en va exactement de même à l'égard du Saint béni soit-Il : « ואם כן ככה ממש יש לו ליראה את ה' על ידי ראיית עיני בשר בשמים וארץ וכל צבאם, אשר אור אין סוף ברוך הוא מלובש בהם להחיותם » (« et donc, exactement de la même manière, il lui faut craindre l'Éternel par la vision de ses yeux de chair sur le ciel, la terre et toute leur armée, dans lesquels la lumière de l'Ein Sof béni soit-Il est revêtue pour les faire vivre »). L'homme médite sur le fait que le Saint béni soit-Il fait vivre le monde entier à chaque instant. Le monde, ce « corps matériel », il le voit de ses yeux ; qu'il médite alors sur le fait qu'à l'intérieur se trouve revêtue l'âme, la vitalité divine.

Il y a bien sûr une condition. Un homme fruste, un paysan qui n'a jamais mis les pieds en ville et qui ignore totalement ce qu'est un roi, s'il voit le roi, verra un homme debout sans savoir qui il est, et cela ne l'impressionnera pas le moins du monde, bien qu'il en voie le corps. Tandis que l'homme doué d'intelligence, qui comprend qu'il y a là une personne d'envergure, en est saisi. Il en va exactement de même pour le monde : celui qui le regarde avec des yeux de paysan dit : « Je vois un monde, et moi je demande à voir le Saint béni soit-Il. » L'Alter Rebbe lui répond : regarde le monde avec méditation ; médite sur le fait que le Saint béni soit-Il fait vivre le monde à chaque instant et qu'Il est ici en cet instant même, dans chaque détail. Dès lors, en regardant la création, il finira par y voir l'âme, la réalité divine qui veille sur chaque détail, à chaque instant et en toute chose, et il lui sera plus facile de révéler en lui la crainte du Ciel.

Et celui qui n'a ni cette conscience ni cette méditation, les choses lui restent obscures, et il lui faudra une compréhension plus profonde et une méditation plus profonde. Mais celui qui médite regardera la pluie qui tombe et dira : quelle bénédiction descend du ciel, une bénédiction divine ; il regardera le soleil qui se lève le matin et dira : quelle force divine. Et ainsi de chaque chose, puisqu'Il veille sur chaque détail. Cette méditation l'aidera assurément à renforcer et à éveiller la crainte du Ciel.

Voilà donc le principe : l'homme a besoin d'un détail matériel qui le soutienne, et le Saint béni soit-Il nous a donné des supports concrets qui nous conduisent à l'intériorité des choses. Certains regardent le monde comme un obstacle et un voile ; mais le Saint béni soit-Il ne nous a pas donné le monde comme un obstacle. Il nous a donné un monde dont toute la fonction est de nous aider, de nous révéler et de nous rapprocher de la réalité divine.

En résumé : dans cette partie, nous avons traité la seconde question soulevée par l'expression « un œil qui voit et une oreille qui entend » : comment l'homme sera-t-il concrètement influencé par une providence qu'il ne voit pas de ses yeux. Nous avons appris que l'éveil intérieur réclame un appui tangible, comme Reb Zousha qui sortit voir les étoiles, et comme l'homme qui regarde le visage de son prochain et y voit son âme, car « la sagesse de l'homme illumine son visage ». Sur cette base, l'Alter Rebbe enseigne de méditer chaque jour un long moment sur le fait que le Saint béni soit-Il remplit les mondes supérieurs et inférieurs, qu'Il observe, regarde et sonde ; alors la crainte s'ancre dans le cœur pour toute la journée, et une méditation légère suffit ensuite à la réveiller. C'est la yirah tataah qui conduit à « s'écarter du mal et faire le bien », révélée par la dimension de la daat dans l'âme, laquelle fait sortir les profondeurs cachées de la binah du cœur jusqu'à la révélation dans la pensée. Enfin, nous avons étudié la parabole du roi : l'essentiel de la crainte vient de son intériorité et non de son corps, et pourtant elle naît de la vision de son corps et de ses vêtements. Il en va exactement ainsi du regard porté sur le ciel, la terre et toute leur armée, dans lesquels la lumière de l'Ein Sof est revêtue pour les faire vivre.

Dans la prochaine partie, nous poursuivrons avec l'aide de Dieu le texte même de l'Alter Rebbe au chapitre 42.