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Fin du chapitre 41 : les combinaisons de lettres et la crainte du Ciel

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Revenons à notre sujet : les combinaisons de lettres (tzirufim). Un Nom de quatre lettres comporte vingt-quatre combinaisons possibles. Ainsi, le Nom אדנ״י, formé de quatre lettres, alef, dalet, noun, youd, se décline en vingt-quatre combinaisons.

La Kabbale enseigne que, durant les douze heures de la nuit, seules douze de ces vingt-quatre combinaisons illuminent, tandis que durant les douze heures du jour ce sont les douze autres combinaisons du Nom הוי״ה qui illuminent. La vocalisation elle aussi change d'un Nom à l'autre.

Sur ce point, le Rebbe développe une longue analyse selon la voie de la Kabbale. Retenons-en une question à méditer : combien de combinaisons compte le Nom הוי״ה ? A priori vingt-quatre. Mais si l'on fait l'essai sur le papier, on n'en obtient que douze, puisque deux lettres du Nom sont identiques, les deux hé, de sorte que le total n'atteint pas vingt-quatre.

L'explication du Rebbe, en substance : bien que les deux hé soient identiques, et que l'écriture sur la page ne puisse produire plus de douze combinaisons, chacun des deux hé symbolise une réalité divine différente, l'un bina et l'autre malkhout, deux contenus distincts. Dès lors, si l'on tient compte du contenu des combinaisons, il y en a bel et bien vingt-quatre. L'Alter Rebbe n'entre pas dans tout cela ; nous l'avons évoqué ici seulement en passant.

Ce que dit ici l'Alter Rebbe, c'est qu'à chaque heure règne une combinaison particulière. Et, soit dit en passant, à chaque mois également règne une autre combinaison du Nom הוי״ה, comme le rapportent certains Sidourim.

Il ne s'agit pas d'une heure de soixante minutes. L'Alter Rebbe parle en effet des « douze heures du jour », or un jour d'hiver, du lever au coucher, ne contient pas douze heures de ce type. Il s'agit d'heures proportionnelles (chaot zmaniot) : on prend la durée qui sépare le début du jour de sa fin, et on la divise en douze parts. Une heure peut donc valoir tantôt cinquante minutes, tantôt soixante-dix, mais il y a toujours douze heures, aussi bien en été qu'en hiver. Ce découpage a des conséquences halakhiques dans de nombreux domaines : la fin du temps du Chema, la fin du temps de la prière, et ainsi de suite, dont les horaires se calculent en heures proportionnelles.

Quoi qu'il en soit, à chacune des douze heures du jour règne une combinaison différente. C'est pourquoi, à chaque heure, l'homme doit s'arrêter et réfléchir : que suis-je en train de faire ici ? Qu'est-ce que j'étudie ici ? C'est la Torah de Hachem que j'étudie. Le but est de relier la Torah et mon esprit au Saint béni soit-Il : voilà le don de soi, la messirout nefesh, envers Hachem.

*

Rappelons-nous ce que nous avons appris dans la partie précédente et évoqué au début du cours : dans l'amour d'un Juif pour son Créateur, il existe un niveau propre aux gens ordinaires et un niveau propre aux tzadikim. Les gens ordinaires recherchent leur propre proximité et leur propre satisfaction, tandis que les grands tzadikim ne pensent pas à eux-mêmes mais à l'ensemble d'Israël, car c'est là le na'hat, la satisfaction, du Saint béni soit-Il.

À la fin du chapitre, l'Alter Rebbe innove : même celui qui pense à lui-même, qui n'est pas réellement capable de ressentir l'ensemble d'Israël ni la soif de procurer du na'hat au Créateur, mais seulement la soif de relier sa propre âme, celui-là aussi peut élever quelque peu son intention et se demander : pourquoi est-ce que je veux me relier au Créateur ? Non pas pour que cela me fasse du bien, mais parce qu'ainsi je procure une satisfaction au Créateur. Celui qui recherche ce lien uniquement parce qu'il s'y sentira bien reste dans le cadre de l'égoïsme : un égoïsme spirituel et divin, mais un égoïsme tout de même. Et en quoi consiste le na'hat procuré au Créateur ? Tout père qui voit son fils arriver à la maison en éprouve assurément de la joie.

Dans les mots de l'Alter Rebbe : והנה כל כוונתו במסירת נפשו לה' על ידי התורה והתפלה להעלות ניצוץ אלקות שבתוכה למקורו, « toute son intention, dans le don de son âme à Hachem par la Torah et la prière, est d'élever à sa source l'étincelle divine qui est en elle ». Toute son intention, pendant la Torah et la prière, porte sur son étincelle personnelle, qu'il cherche à relier au Créateur. Qu'il ne pense pas uniquement à lui-même et au bien qui lui en reviendra, mais תהא רק כדי לעשות נחת רוח לפניו יתברך, « qu'elle soit seulement afin de procurer une satisfaction devant Lui, béni soit-Il ». Même lorsqu'il pense à son propre attachement, qu'il le fasse parce qu'il veut par là procurer du na'hat au Créateur.

כמשל שמחת המלך בבוא אליו בנו יחידו בצאתו מן השביה ובית האסורים כנ״ל, « à l'image de la joie du roi lorsque son fils unique vient à lui, à sa sortie de captivité et de la prison, comme il a été dit plus haut ». Un fils de roi sorti de prison après un long temps, s'il est un véritable fils, se réjouit davantage du visage rayonnant de son père que de sa propre libération. Il voit la joie de son père de le revoir enfin, et cela lui procure un plaisir plus grand que sa propre délivrance.

Ainsi doit ressentir le Juif : j'étais dans la prison du yetzer hara avec toutes ses sottises, et j'ai réussi à m'élever. Certes, je me réjouis d'avoir réussi, mais je dois penser davantage à la joie que je procure au roi dont le fils est sorti de prison. C'est ici que l'Alter Rebbe exige que même celui qui reste dans le cadre de lui-même et ne se tient pas au niveau de « tout Israël » s'élève un peu, et ne pense pas seulement à lui mais se demande ce que le roi, Lui, en retire. Chacun est concerné, car au fond, tout le monde pense toujours à l'endroit qu'il occupe lui-même dans le tableau.

Et cette intention est authentique : והנה כוונה זו היא אמיתית באמת לאמיתו לגמרי בכל נפש מישראל בכל עת ובכל שעה, מהאהבה הטבעית שירושה לנו מאבותינו, « et cette intention est véritable, d'une vérité absolue, entièrement, dans chaque âme d'Israël, en tout temps et à toute heure, en raison de l'amour naturel qui nous vient en héritage de nos pères ». Dans la nature profonde de chaque Juif, héritée d'Avraham, Its'hak et Yaakov, est implanté le fait de ne pas penser à soi mais au Saint béni soit-Il. S'il ne le ressent pas, c'est que cette nature est pour l'instant enfouie en lui, et il est en son pouvoir de l'éveiller, pour que son amour du Créateur dépasse son amour de lui-même.

Pour parvenir à ce niveau, il faut apparemment reprendre l'étude depuis le chapitre 1 jusqu'au chapitre 41, quarante et un chapitres, les réviser, voir tout le cheminement et se relier à cette idée à chaque instant, ou du moins à chaque heure. Mais l'Alter Rebbe affirme que chacun peut atteindre cet état : nul besoin, pour cela, d'être un tzadik accompli.

Celui qui affronte une épreuve, qui se demande ce que le Saint béni soit-Il voudrait qu'il fasse, qui tranche en conséquence et agit : à cet instant précis, il ne pense pas à lui-même, et à cet instant précis il est un beinoni. Comme nous l'avons dit bien des fois, personne n'a à se demander s'il sera beinoni toute sa vie. Les gens disent parfois : « Je veux tout ou rien, ou bien je suis religieux ou bien je ne le suis pas, je ne veux pas rester entre les deux. » C'est une vision extrême que le yetzer hara installe dans l'homme, et elle est fausse. Cela n'existe pas : à chaque instant il y a le « tout » de cet instant, et à l'instant suivant le « tout » de l'instant suivant. C'est un examen à chaque instant. À l'instant où l'homme a réussi, s'est relié et a tenu bon dans l'épreuve, à cet instant il est un beinoni. Et l'instant d'après ? Avec l'aide de Hachem, de même, et ainsi de suite.

L'Alter Rebbe conclut : bien que nous ayons dit que cette disposition existe chez chacun par nature, il ne faut pas se contenter de l'éveil de la nature seule, רק שצריך לקבוע עתים להתבונן בגדולת ה', « mais il faut fixer des temps pour méditer sur la grandeur de Hachem ». Que l'homme ne se dise pas : puisque cela est déjà dans ma nature, à quoi bon étudier le Tanya, méditer et travailler sur moi ? J'éveillerai ma nature et cela suffira. Non : il doit fixer des temps pour méditer sur la grandeur de Hachem et étudier ce qui élargit sa conscience divine. Et plus il étudiera, plus il intériorisera, jusqu'à להשיג דחילו ורחימו שכליים, « atteindre une crainte et un amour intellectuels », c'est-à-dire un sentiment qui naît de la compréhension.

Et même dans le cas où, sur le terrain de l'épreuve, l'homme ne tiendrait pas bon, supposons qu'il ait étudié quarante et un chapitres puis qu'il affronte une épreuve et échoue, que Dieu préserve, la chose le tourmentera ensuite et il décidera de ne pas recommencer, parce que les quarante et un chapitres agissent sur lui. Autrement dit, même s'il est tombé, l'étude n'a pas été perdue : elle le travaillera, elle produira son effet, et la prochaine fois il aura bien plus de force pour surmonter l'épreuve. De là l'immense importance de fixer des temps d'étude, afin que les choses s'inscrivent sous forme de di'hilou ou're'himou sikhliyim, une crainte et un amour nés de l'intellect qui comprend et intériorise, et non de s'appuyer seulement sur la nature juive présente en lui.

וכולי האי ואולי וכו' כנ״ל, « et malgré tout cela, peut-être... comme il a été dit plus haut ». Après tout l'effort et tout le travail, peut-être quelque chose s'éveillera-t-il, peut-être quelque chose touchera-t-il, peut-être quelque chose agira-t-il. Assurément, cela ne se produit pas en appuyant sur un bouton : chacun, selon sa manière et selon sa voie, parviendra à ce point.

Résumé du chapitre 41

On peut diviser le chapitre 41 en deux moitiés. La première a traité en détail de l'importance de la crainte du Ciel et en a présenté différents niveaux : depuis la crainte réellement ressentie dans le cœur, en passant par celui qui ne la ressent pas mais la désire, jusqu'à celui qui ne la désire même pas mais se conduit au moins ainsi dans les faits. Dans ce cadre sont rapportées les paroles de Rabban Yo'hanan ben Zakaï à ses disciples : « Que ce soit Sa volonté que la crainte du Ciel soit sur vous comme la crainte d'un être de chair et de sang. »

En résumé : à quelque niveau que ce soit, si un homme s'abstient de commettre une faute parce qu'il pense, qu'il sait, qu'il veut, ou même qu'il ne veut pas mais se souvient que le Saint béni soit-Il le regarde, et que cela l'arrête, c'est de la crainte du Ciel. Il y a certes des degrés très différents, mais tous ces degrés sont de la crainte du Ciel, sans laquelle toute la base du service divin fait défaut. Il est juste de dire qu'elle est le commencement du service, son essentiel et sa racine : le point de départ, la partie centrale, et aussi la racine qui pénètre dans tous les détails et jusque dans les détails des détails.

C'est là le dénominateur commun de tous les niveaux de crainte du Ciel dont l'Alter Rebbe a parlé dans ce chapitre. Comme il l'écrit à la fin de la page 57, à la dernière ligne, tous ces degrés de crainte sont appelés yira tata'a, la crainte inférieure, une crainte de base qui, malgré ses différents niveaux, se range tout entière sous cette appellation générale.

Pour résumer : dans cette partie, nous avons étudié les vingt-quatre combinaisons d'un Nom de quatre lettres, et le fait qu'aux douze heures du jour comme aux douze heures de la nuit, une combinaison différente illumine à chaque heure proportionnelle (et de même à chaque mois). Nous nous sommes arrêtés sur l'explication du Rebbe concernant les deux hé du Nom הוי״ה, qui symbolisent bina et malkhout, de sorte que, du point de vue de leur contenu, il y a bien vingt-quatre combinaisons. Nous avons appris l'innovation de l'Alter Rebbe à la fin du chapitre : même celui dont l'intention, dans la Torah et la prière, est d'élever sa propre étincelle, qu'il ait en vue de procurer par là une satisfaction au Créateur, à l'image du fils du roi sortant de prison ; et cette intention est authentique dans chaque âme d'Israël, par la force de l'amour naturel hérité de nos pères. Pour autant, il faut fixer des temps pour méditer sur la grandeur de Hachem et atteindre une crainte et un amour intellectuels, sans se reposer sur la seule nature. Nous avons enfin résumé la première moitié du chapitre 41, consacrée aux niveaux de crainte du Ciel appelés yira tata'a.

Dans la prochaine partie, nous aborderons la seconde moitié du chapitre 41 et nous poursuivrons avec le chapitre 42.