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Chapitre 41 - Les quatre cerveaux des tefilines

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Nous voici arrivés, dans le chapitre 41, au folio 56b (page 112), à la deuxième ligne du haut : « ויעמיק במחשבה זו ». Commençons par un bref rappel de ce que nous avons appris depuis le début du chapitre, puis nous poursuivrons.

Le chapitre 41 s'ouvre sur une exigence : l'homme doit se souvenir en permanence de l'essentiel du service divin, la yirat chamayim, la crainte du Ciel. Chaque acte de Torah et de mitsvot, qu'il relève du « détourne-toi du mal » ou du « fais le bien », doit jaillir de ce point de crainte du Ciel. L'amour de D.ieu seul ne suffit pas : la base doit être la crainte (comme nous le verrons plus loin). Nous avons appris que dans la nature même de chaque Juif est plantée une crainte naturelle du Créateur, et qu'il ne reste qu'à l'éveiller.

Le chemin de cet éveil, c'est la hitbonenout, la méditation sur le fait que le Saint béni soit-Il veille sur chaque détail et place toute Sa royauté sur chacun, individuellement. Chaque Juif doit savoir que le Saint béni soit-Il le regarde, sonde ses reins et son cœur, et que toute Son attention, pour ainsi dire, porte sur ce qui se passe avec cet homme-ci et avec cet homme-là : chaque individu se trouve au centre de l'attention. L'homme doit donc servir son Créateur avec crainte, comme quelqu'un qui se tient réellement devant le roi, et non comme quelqu'un qui sait seulement qu'il existe un roi siégeant dans son palais, en un lieu lointain.

C'est ici que l'Alter Rebbe poursuit : « ויעמיק במחשבה זו ויאריך בה כפי יכולת השגת מוחו ומחשבתו וכפי הפנאי שלו », « qu'il approfondisse cette pensée et s'y attarde selon la capacité de saisie de son cerveau et de sa pensée, et selon le temps libre dont il dispose ». Il ne s'agit pas d'un simple rappel superficiel, d'une idée que l'on fait passer dans son esprit, ce que l'on peut faire à tout moment, mais d'un approfondissement qui exige qu'on y consacre du temps. Et la mesure de cet approfondissement varie d'une personne à l'autre : selon sa capacité de compréhension, qui diffère de l'un à l'autre et aboutit donc à un résultat différent, et selon le temps libre dont il dispose, ce qui dépend de son gagne-pain et des occupations qui lui ont été assignées par la hachga'ha pratit, la providence individuelle, et du temps qui lui reste pour méditer en profondeur sur ce seul sujet.

« לפני עסק התורה או המצוה », « avant de s'adonner à la Torah ou à la mitsva ». Cette méditation est requise tout particulièrement avant l'étude de la Torah ou l'accomplissement d'une mitsva : l'homme doit s'arrêter un instant et réfléchir à ce qu'il vient faire. Il vient accomplir la volonté du Créateur, qui le regarde et examine ses actes à cet instant même. La responsabilité est grande, l'attention du roi est tournée vers lui avec intensité, et de là s'éveille la crainte du Ciel, avant même l'accomplissement de quelque mitsva que ce soit.

Une parabole pour comprendre : un homme a reçu du grand roi une invitation à une « ye'hidout », une audience privée. Le roi souhaite s'entretenir avec lui, le rapprocher, lui accorder une heure entière en sa compagnie. Durant tout ce temps, il vit dans l'émotion et dans la pensée de Celui devant qui il va se présenter, de la manière dont il parlera et de ce qu'il dira. Or chaque instant d'accomplissement d'une mitsva ou d'étude de la Torah est une telle heure avec le roi, et c'est précisément là-dessus qu'il faut méditer.

« כמו לפני לבישת טלית ותפילין », « comme avant de revêtir le talith et les tefilines ». Si l'Alter Rebbe a choisi l'exemple du talith et des tefilines, c'est qu'il s'agit des mitsvot par lesquelles l'homme ouvre sa journée : avant de s'envelopper du talith et de poser les tefilines, il doit méditer sur le fait qu'il vient accomplir une mitsva qui est la volonté du roi. De là s'éveillera en lui une crainte du roi, et c'est à partir de cette crainte qu'il accomplira la mitsva.

En plus de la méditation générale expliquée jusqu'ici, à savoir que le roi se tient devant lui et le regarde, l'homme doit aussi « וגם יתבונן איך שאור אין סוף ברוך הוא הסובב כל עלמין וממלא כל עלמין הוא רצון העליון, הוא מלובש באותיות וחכמת התורה או בציצית ותפילין אלו », « méditer également sur la manière dont la lumière de l'Ein Sof béni soit-Il, qui entoure tous les mondes et remplit tous les mondes, qui est la volonté suprême, est revêtue dans les lettres et la sagesse de la Torah, ou dans ces tsitsit et ces tefilines ». Autrement dit : la puissance divine illimitée, sovev kol almin (qui entoure tous les mondes) et memalé kol almin (qui les remplit), notions dont nous avons déjà un peu parlé dans le cours précédent et qui seront longuement expliquées dans les chapitres suivants, est revêtue dans les lettres de la Torah et dans les mitsvot elles-mêmes.

Lorsqu'un homme étude un verset du 'Houmach, une page de Guemara ou un chapitre du Tanya, c'est à l'intérieur même des mots qu'il étudie que se trouve la puissance illimitée du Créateur, qui S'est introduit et contracté dans le cadre de ces lettres. Il en va de même pour les tsitsit et les tefilines : les tefilines sont faites de cuir d'animal, et ce n'est pas le cuir en lui-même qui importe, mais le fait que la volonté infinie du Créateur se contracte et se définit dans quatre passages placés à l'intérieur de boîtiers carrés et noirs. Et lorsque l'homme les pose à leur place et de la manière voulue, il se relie à l'infinité du Créateur.

Qui a décidé que les boîtiers et les lanières seraient noirs et carrés ? Le Saint béni soit-Il, par une halakha transmise à Moché au Sinaï. Dans la Torah écrite figure un verset bref : « וקשרתם לאות על ידך והיו לטוטפות בין עיניך », « tu les attacheras comme un signe sur ton bras et elles seront un totafot entre tes yeux », et c'est la Torah orale qui explique le détail de cette volonté divine. D.ieu aurait tout aussi bien pu ordonner qu'elles soient vertes, jaunes ou rouges, carrées ou rectangulaires : c'est ainsi qu'Il en a décidé.

Il en découle que lorsque l'homme accomplit la mitsva, « ובקריאתו או בלבישתו - הוא ממשיך אורו יתברך עליו, דהיינו על חלק אלוק ממעל שבתוך גופו », « par sa lecture ou par le fait de les revêtir, il attire Sa lumière bénie sur lui, c'est-à-dire sur la part de divinité d'en haut qui se trouve à l'intérieur de son corps ». Car en chaque Juif, comme cela a été expliqué au chapitre 2, se trouve une âme qui est littéralement une part de D.ieu d'en haut ; et à l'heure de la mitsva, cette part est illuminée, elle s'élargit et se relie à une lumière divine illimitée, « ליכלל וליבטל באורו יתברך », « pour être incluse et annulée dans Sa lumière bénie ».

La parabole est celle de la bougie incluse dans la torche : une grande torche brûle, et si l'on allume à ses côtés une petite bougie, la flamme de la bougie ne se voit absolument plus, on ne perçoit même pas son existence. Elle est absorbée, incluse dans la torche et annulée en elle. Ainsi l'âme du Juif, avec toute sa puissance, est-elle incluse et annulée, à l'heure de la mitsva, dans la lumière infinie du Créateur.

Quel est donc le sentiment juste au moment d'accomplir une mitsva ? La yirat chamayim. L'homme se trouve en ye'hidout avec le roi, dans la chambre la plus intérieure, et le roi, pour ainsi dire, fait rayonner tout Son être sur lui, à l'intérieur de l'acte matériel qu'il est en train de faire. La seule méditation sur la signification de la mitsva et de la Torah éveille en l'homme une crainte supplémentaire. Et cela vaut pour toutes les mitsvot : l'Alter Rebbe a pris les tsitsit et les tefilines comme exemple, mais il en va de même pour la mezouza, pour la soucca ou pour la consommation de la matsa le soir du Séder. Dans chaque mitsva qu'il accomplit, l'homme doit savoir qu'il ne s'agit pas d'un acte matériel et technique, mais d'une connexion à la volonté illimitée du Créateur.

Trois étapes dans la hitbonenout :

  1. Une méditation générale, comme nous l'avons appris dans le cours précédent : le Saint béni soit-Il est avec l'homme en tout lieu et sonde ses reins et son cœur, même en dehors de l'accomplissement d'une mitsva et où qu'il se trouve.

  2. Avant l'accomplissement de la mitsva : il doit intensifier sa méditation et savoir à quoi il se relie. Le seul fait d'accomplir une mitsva le relie à la volonté divine, et en cela toutes les mitsvot sont égales.

  3. « Dere'h prat », dans le détail : chaque mitsva possède sa singularité, sa forme propre et son message propre, ce qu'elle exige de l'homme et quelle partie de lui doit s'annuler devant le Créateur et Le craindre. D'où la nécessité d'une étape supplémentaire de méditation sur les détails de chaque mitsva.

Dans les termes de l'Alter Rebbe : « ודרך פרט בתפילין - ליבטל וליכלל בבחינת חכמתו ובינתו שבנפשו האלקית בבחינת חכמתו ובינתו של אין סוף ברוך הוא », « et dans le détail, pour les tefilines : que l'aspect de sa 'hokhma et de sa bina qui est dans son âme divine s'annule et soit inclus dans l'aspect de la 'hokhma et de la bina de l'Ein Sof béni soit-Il ». Dans les tefilines, ce qui est exigé de l'homme, c'est que sa sagesse et son intelligence, c'est-à-dire son cerveau, s'annulent et soient inclus dans l'aspect de la sagesse et de l'intelligence du Saint béni soit-Il.

On sait que les tefilines contiennent quatre passages de la Torah. Selon l'ordre dans lequel ils sont écrits dans la Torah :

  • « Kadech » et « Vehaya ki yeviakha », tous deux dans le livre de Chemot, dans la paracha Bo, l'un après l'autre.

  • « Chema », dans le livre de Devarim, dans la paracha Vaet'hanane.

  • « Vehaya im chamoa », dans le livre de Devarim, dans la paracha Ekev.

Dans les tefilines de la tête, les quatre passages sont séparés, chacun se trouvant dans un compartiment distinct ; dans les tefilines du bras, ils sont tous écrits sur un seul long parchemin et placés dans un unique boîtier. Et pourquoi précisément quatre passages ?

La mitsva des tefilines est l'une des rares mitsvot dont le Choul'hane Aroukh lui-même précise l'intention (kavana) que l'on doit avoir en l'accomplissant : en général, le Choul'hane Aroukh ne détaille pas les kavanot, et des ouvrages spécifiques ont été écrits pour cela. Il y est dit que celui qui pose les tefilines doit avoir à l'esprit que le Saint béni soit-Il est le maître du monde, qu'Il nous a fait sortir d'Égypte et a accompli pour nous des miracles et des prodiges, lesquels témoignent de Sa maîtrise sur toute la création. Et pourquoi les pose-t-on sur le bras et sur la tête ? Le bras est en face du cœur et la tête correspond au cerveau : l'homme doit soumettre son cœur et son cerveau au Saint béni soit-Il.

Or le cerveau, bien qu'on le désigne globalement d'un seul nom, comporte des aspects et des étapes (non pas au sens technique de quatre compartiments) : le cerveau de la 'hokhma, le cerveau de la bina et le cerveau de la daat, ce dernier se subdivisant lui-même en deux. Voilà donc quatre étapes dans le cerveau, correspondant aux quatre passages des tefilines.

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que l'homme doit approfondir et s'attarder dans la pensée de la crainte du Ciel, selon sa capacité de compréhension et selon son temps disponible, et tout particulièrement avant l'étude de la Torah et l'accomplissement de la mitsva, comme quelqu'un qui est convoqué en ye'hidout avec le roi. Nous avons vu que la méditation porte sur le fait que la lumière de l'Ein Sof béni soit-Il, sovev kol almin et memalé kol almin, est revêtue dans les lettres de la Torah, dans les tsitsit et dans les tefilines, et que lorsque l'homme lit ou revêt, il attire Sa lumière bénie sur la part de divinité d'en haut qui est en lui, pour y être incluse et annulée comme la bougie dans la torche. Nous nous sommes arrêtés sur les trois étapes de la hitbonenout : la générale, celle qui précède la mitsva, et celle du « dere'h prat » propre à chaque mitsva. Et nous avons commencé le « dere'h prat » des tefilines : le bittul de la 'hokhma et de la bina, les quatre passages, la kavana des tefilines indiquée par le Choul'hane Aroukh quant à la soumission du cœur et du cerveau, et les quatre étapes du cerveau.

Dans la partie suivante, nous développerons l'explication des quatre cerveaux et de leur correspondance avec les quatre passages, puis nous poursuivrons avec le « dere'h prat » de la mitsva des tsitsit.