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Chapitre 40 - Les lettres du Nom Havaya dans l'image de l'oiseau

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Dans la partie précédente, le chapitre 40 nous a rapporté le langage des Tikouné Zohar (tikoun 45), où les choses sont comparées à un oiseau. Commençons par détailler les parties de l'oiseau telles qu'elles figurent dans le tikoun, et auxquelles correspondent les quatre lettres du Nom Havaya :

  • « רישא דיליה », sa tête : elle correspond à la lettre י.

  • « וגופא », le corps : il correspond à la lettre וא"ו.

  • « ותרין גדפין », les deux ailes : elles correspondent aux deux lettres ה ה כו'.

Ainsi s'achève la citation des Tikouné Zohar. À partir de là, l'Alter Rebbe explique dans une glose (hagaha) l'intention de ces mots : cet oiseau, c'est « Metatron », « והיינו עולם היצירה שנקרא מט"ט, ובו », c'est-à-dire le monde de Yetsira que l'on nomme Metatron, et en lui, dans le monde de Yetsira, « הן גופי הלכות שבמשנה », se trouvent les corps des lois de la Michna.

On sait que la Torah se divise en trois parties : le Mikra (le 'Houmach et tout le Tanakh, soit la Torah écrite), la Michna et la Guemara. Chacune de ces trois parties renvoie à un monde différent : le Mikra au monde de Assia, la Michna au monde de Yetsira, et la Guemara au monde de Beria. (La glose suivante développera ce point ; ici, nous nous contentons de le mentionner brièvement.)

La Michna, qui correspond au monde de Yetsira, fut le premier ouvrage de lois jamais rédigé, l'œuvre de Rabbi Yehouda HaNassi. Vint ensuite la Guemara, qui explique la Michna, puis le Choul'han Aroukh, qui dégage de la Guemara la loi pratique. L'immense majorité de la Michna est constituée de lois, avec, de loin en loin, quelques raisons de ces lois ; la Guemara, elle, est faite de raisons, de discussions, d'explications et de précisions.

Puisque la Michna est liée au monde de Yetsira, l'Alter Rebbe vient indiquer où se trouvent, dans la Michna, les quatre lettres du Nom Havaya. Il convient d'abord de signaler une correction relevée par le Rebbe : la leçon « ובו » n'est pas exacte ; il faut lire « ואו », c'est-à-dire le nom de la lettre ו écrit en toutes lettres (ו-א-ו), le א ayant été remplacé par erreur par un ב. Voici donc le texte :

  • « ואו - הן גופי הלכות שבמשנה » : le ו, ce sont les corps des lois de la Michna. De même que l'essentiel de la réalité de l'oiseau est son corps, de même l'essentiel de la Michna, ce sont les corps des lois.

  • « ורישא דיליה - הן המוחין ובחינת חכמה בינה ודעת שהם פנימיות ההלכות וסודן וטעמיהן » : sa tête, ce sont les mo'hin, le niveau de 'Hokhma, Bina et Daat, c'est-à-dire l'intériorité des lois, leur secret et leurs raisons. Chaque loi a une raison et un secret : voilà la tête. Et c'est dans la Guemara que cela est développé avec le plus d'ampleur.

  • « ותרין גדפין - דחילו ורחימו » : les deux ailes, ce sont la crainte et l'amour. Lorsque l'homme accomplit la loi, il l'accomplit avec amour et avec crainte.

« הן ה' עילאה שהיא רחימו וה' תתאה היא יראה תתאה » : ce sont le hé supérieur, qui est l'amour, et le hé inférieur, qui est la crainte inférieure. Le Nom Havaya comporte deux lettres ה : la première est appelée hé ila'a (le hé supérieur) et la seconde hé tata'a (le hé inférieur), et chacune renvoie à des réalités différentes. De manière générale, l'amour est plus élevé que la crainte ; c'est pourquoi le hé supérieur est le re'himou, l'amour, et le hé inférieur la crainte. Et l'Alter Rebbe précise aussitôt de quelle crainte il s'agit : « yira tata'a », la crainte inférieure.

Car dans la crainte elle-même il existe des degrés : la yira tata'a et la yira ila'a, cette dernière étant même supérieure à l'amour. Quelle est la différence entre les deux ?

  • La yira tata'a, la crainte-peur : un homme voit le roi, sa domination, ses soldats, ses armes, toute la terreur qu'il inspire, et il se tient devant lui tremblant de peur. C'est une crainte extérieure et manifeste, née du décor visible de la royauté, sans aucune perception de l'intériorité du roi ni de la profondeur de son être. Dans les mots de l'Alter Rebbe : « עול מלכות שמיים ופחד ה' כפחד המלך דרך משל, שהיא יראה חיצנית ונגלית », le joug de la royauté céleste et la crainte de Hachem, à l'image de la crainte du roi, qui est une crainte extérieure et manifeste.

  • « מה שאין כן יראה עילאה - ירא בושת », à la différence de la crainte supérieure, qui est une crainte de honte : il s'agit de l'homme qui perçoit l'intériorité du roi, sa grandeur et sa puissance, et qui a honte de commettre devant lui quoi que ce soit d'indigne. Même si le roi venait seul, sans soldats et sans décor, il aurait honte devant lui : il n'a nul besoin de contempler l'extériorité pour craindre, car sa honte naît de la perception même de la grandeur du roi. C'est une crainte de respect, incomparablement plus élevée.

Cette yira ila'a ne figure pas parmi les quatre lettres évoquées plus haut, puisque les ailes sont l'amour et la crainte inférieure. Où se situe-t-elle donc ? « היא מהנסתרות לה' אלוקינו, והיא בחכמה עילאה - י' של שם הוי"ה ברוך הוא, כמו שכתוב ברעיא מהימנא » : elle fait partie de ce qui est caché, « les choses cachées sont à Hachem notre D.ieu », et elle réside dans 'Hokhma ila'a, le י du Nom Havaya, comme il est écrit dans le Raaya Mehemna.

Revenons maintenant au corps du chapitre :

Toute cette glose vient compléter ce qui est écrit dans le corps du chapitre : le prophète Yéchayahou dit de l'ange qu'il a deux ailes avec lesquelles il s'envole. Qu'est-ce que cet envol dans le nimchal, la réalité désignée ? Lorsqu'on dit à un Juif de s'envoler, cela signifie qu'il doit prendre ses « ailes » : ne pas accomplir la mitsva par le seul acte, mais y faire entrer l'âme, le sentiment, l'amour de Hachem et la crainte de Hachem. Telles sont les deux ailes.

Mais pourquoi les appelle-t-on précisément des « ailes » ? Si l'amour et la crainte élèvent tout, pourquoi ne sont-ils comparés qu'à des ailes ?

La réponse : « כי כמו שכנפי העוף אינם עיקר העוף ואין חיותו תלוי בהם כלל », car de même que les ailes de l'oiseau ne constituent pas l'essentiel de l'oiseau et que sa vitalité n'en dépend absolument pas.

La preuve ? Pour savoir si les ailes sont vitales ou non, ce n'est pas un zoologue que nous interrogeons, mais la halakha et le Choul'han Aroukh. La Michna du traité 'Houlin consacre un chapitre entier aux trefot : même un oiseau cacher devient taref lorsqu'il manque ou qu'il est atteint dans l'un de ses organes importants et vitaux, par exemple une lésion du poumon. En revanche, il existe des atteintes qui demandent certes un soin, mais qui ne rendent pas l'oiseau taref. Ainsi, dans les termes de la Michna : « נשתברו אגפיה - כשרה », si ses ailes se sont brisées, elle est cachère. Un oiseau tombé, qui a reçu un coup et dont les ailes se sont brisées, reste cacher : preuve que la brisure des ailes n'atteint en rien sa vitalité.

Le Taz cite ces mots de la Michna et pousse la discussion plus loin : la Michna parle d'ailes qui se sont brisées ; mais quelle est la loi si elles ne se sont pas brisées et qu'elles ont été ôtées par la main de l'homme, c'est-à-dire qu'on les lui a coupées, sans toucher au poumon ni aux organes internes ? Le Taz déduit de la formulation « נשתברו אגפיה כשרה » que même si ses ailes lui ont été retirées par l'homme, elle demeure cachère. Et c'est précisément cette formulation que cite l'Alter Rebbe : « כדתנן ניטלו אגפיה כשרה », comme nous l'avons appris, si ses ailes ont été retirées, elle est cachère. Il ne cite donc pas les mots mêmes de la Michna (« נשתברו »), mais la conclusion qui en découle, telle qu'elle est rapportée dans le Choul'han Aroukh.

Il en ressort que les ailes ne sont pas l'essentiel de l'oiseau, mais bien « והעיקר הוא ראשו וכל גופו », l'essentiel est sa tête et tout son corps, « והכנפיים אינן רק משמשים לראשו וגופו לפרחא להון », et les ailes ne font que servir la tête et le corps pour les faire voler, afin qu'il puisse prendre son envol. Et s'il ne peut plus voler, il reste cacher.

Le nimchal : « וכך דרך משל התורה והמצוות הן עיקר היחוד העליון », de même, par comparaison, la Torah et les mitsvot sont l'essentiel de l'union supérieure. Lorsqu'un homme accomplit la Torah et les mitsvot, même sans aucun sentiment, l'accomplissement lui-même agit et produit les unions supérieures que nous avons étudiées dans la partie précédente, « על ידי גילוי הרצון העליון המתגלה על ידיהם », par la révélation de la Volonté supérieure qui se dévoile à travers elles.

En résumé : dans cette partie, nous avons étudié la glose dans laquelle l'Alter Rebbe explique le langage des Tikouné Zohar. Metatron, c'est le monde de Yetsira, auquel correspond la Michna (Mikra : monde de Assia ; Michna : monde de Yetsira ; Guemara : monde de Beria). Les quatre lettres du Nom Havaya y sont allusionnées : le ו, les corps des lois de la Michna ; le י, les mo'hin et le niveau de 'Hokhma, Bina et Daat, soit l'intériorité des lois, leur secret et leur raison ; et les deux ה, l'amour et la crainte. Nous avons dégagé la différence entre la yira tata'a, la crainte-peur, extérieure, et la yira ila'a, la crainte de honte, dont la place est dans 'Hokhma ila'a et qui relève des « choses cachées, à Hachem notre D.ieu ». Nous avons également appris de la halakha (« נשתברו אגפיה כשרה », et par la précision du Taz : « ניטלו אגפיה כשרה ») que les ailes ne sont pas l'essentiel de l'oiseau mais servent sa tête et son corps. Dans le nimchal : l'essentiel de l'union supérieure, ce sont la Torah et les mitsvot elles-mêmes, qui agissent par la révélation de la Volonté supérieure.

Dans la partie suivante, nous compléterons le nimchal et nous verrons la très grande valeur de l'amour et de la crainte : comment ils agissent par rapport à la Torah et aux mitsvot et les élèvent vers le haut.