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Chapitre 40 - L'élévation du ressenti vers les mondes

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Dans la partie précédente, nous avons appris comment le ressenti qui accompagne la Torah et les mitsvot les fait monter vers le haut. Nous allons voir maintenant jusqu'à quel niveau exactement l'acte s'élève, car cela dépend du niveau du ressenti lui-même :

  • Avec un amour et une crainte naturels (ahava et yira innées), l'acte monte jusqu'à l'Élokout du monde de Yetsira.

  • Avec un amour et une crainte nés de l'intellect, l'acte monte jusqu'à l'Élokout du monde de Beria.

  • Dans l'état de merkava et de bittoul (l'annulation totale de soi devant Hachem), l'acte monte jusqu'à l'Élokout du monde d'Atsilout.

C'est exactement ce que l'Alter Rebbe dit aussitôt : « עד מקומה - ביו"ד ספירות דיצירה או דבריאה », « jusqu'à sa place, dans les dix sefirot de Yetsira ou de Beria ». De quoi dépend-il que l'acte monte vers Yetsira ou vers Beria ? Du niveau de la kavana : « לפי מה שהיא הכוונה בדחילו ורחימו שכליים או טבעיים », « selon que la kavana se fait avec une crainte et un amour (dechilou ourechimou) intellectuels ou naturels ». Si c'est avec une crainte et un amour intellectuels, cela relève du monde de Beria ; si c'est avec une crainte et un amour naturels, du monde de Yetsira.

« כו' כנ"ל », « etc., comme mentionné plus haut ». Que vient faire ici ce « etc. » ? Les Iguerot Kodech rapportent une lettre dans laquelle on interroge le Rebbe sur le sens de ce mot. Le Rebbe écarte la proposition avancée par celui qui pose la question, pour les raisons qu'il y détaille, et explique que ce « etc. » vient faire allusion au niveau le plus élevé : le monde d'Atsilout.

Et pourquoi l'écrire par allusion plutôt qu'explicitement ? Parce que l'Alter Rebbe a déjà écrit au feuillet 53a (en bas), lorsqu'il parlait de ce niveau du monde d'Atsilout : « אין לנו עסק בנסתרות », « nous n'avons pas affaire aux choses cachées ». C'est là le niveau des grands tsadikim qui sont dans l'état de merkava ; nous n'appartenons pas à ces niveaux, et c'est pourquoi on n'en parle pas. Aussi, lorsqu'il veut y faire allusion, il se contente des mots « etc., comme mentionné plus haut » : il existe bien un troisième niveau, évoqué précédemment, mais ce n'est pas le propos de s'y étendre, puisque nous n'avons pas affaire à des degrés aussi élevés. [D'autant plus que ce livre est un « sefer chel beinonim », un livre destiné aux beinonim.]

Que se passe-t-il donc dans cette élévation du ressenti ? Le juif a pris son ressenti, qu'il soit naturel ou intellectuel, il l'a revêtu dans la prière et dans la Torah, et il a ainsi provoqué une élévation vers le haut, « ושם מאיר ומתגלה אור אין סוף ברוך הוא, שהוא רצון העליון ברוך הוא, המלובש באותיות התורה שלומד ובכוונתן, או בתפלה ובכוונתה, או במצוה ובכוונתה » : « et là brille et se révèle la lumière de l'Ein Sof, béni soit-Il, qui est le Ratson Haelyon (la volonté suprême), revêtue dans les lettres de la Torah qu'il étudie et dans leur kavana, ou dans la prière et sa kavana, ou dans la mitsva et sa kavana ».

Voilà la réponse à la question posée plus haut : les mitsvot que le juif accomplit sont bien la volonté suprême, et la Torah qu'il étudie est bien la sagesse divine, alors à quoi sert sa kavana ? La réponse : la mitsva est effectivement la volonté suprême, mais s'il l'accomplit de façon sèche et matérielle, la chose restera limitée, réduite. La volonté suprême s'y revêt, certes, mais d'une manière contractée, et elle ne se révèle pas ici dans son niveau supérieur. Celui qui veut qu'il y ait ici une révélation de la volonté suprême doit élever son acte, et cela se fait par la kavana et par le ressenti.

C'est pourquoi l'Alter Rebbe poursuit en disant que la volonté suprême se révèle dans les lettres de la Torah qu'il étudie et dans leur kavana, ou dans la prière et sa kavana, ou dans la mitsva et sa kavana, « בהארה גדולה לאין קץ », « avec un rayonnement infiniment grand ». Autrement dit, même avant l'accomplissement de la mitsva, la volonté suprême se trouve déjà là : les tefilin sont la volonté suprême, la Torah est la volonté suprême. Seulement, dans des tefilin matériels, et de même dans la Torah, sans ressenti, la volonté suprême se trouve dans un très grand tsimtsoum (une contraction extrême). Et lorsque le juif y introduit son ressenti, cela se met à briller d'un rayonnement infiniment grand, « מה שלא יכול להאיר ולהתגלות כלל בעוד האותיות והמצוה בעולם הזה הגשמי » : « ce qui ne peut absolument pas briller ni se révéler tant que les lettres et la mitsva sont dans ce monde matériel ».

Et chacun selon son niveau : c'est à la mesure du niveau de la personne que la volonté divine se révélera ici. Mais s'il n'y met aucun ressenti du tout, et que l'acte demeure entièrement sec et matériel, la volonté divine ne peut ni briller ni se révéler dans la chose matérielle ; elle s'y trouve, mais sans se dévoiler : « לא מינה ולא מקצתה », « ni elle, ni même une part d'elle ». Aucune révélation, aucun rayonnement de la volonté suprême ne peut se manifester dans la mitsva ou dans la Torah si elles sont dépourvues du ressenti intérieur.

L'Alter Rebbe poursuit : « עד עת קץ הימים שיתעלה העולם מגשמיותו ונגלה כבוד ה' וגו' כנ"ל באריכות », « jusqu'au temps de la fin des jours, où le monde s'élèvera au-dessus de sa matérialité et où la gloire de Hachem se révélera, etc., comme expliqué plus haut en détail ». Lorsque Machia'h viendra, avec l'aide de Hachem, ce sera la fin de toute l'obscurité, de tout le voilement et de toute la dissimulation, et alors se révélera « ימין ה' רוממה », « la droite de Hachem est élevée » : la lumière divine brillera sans aucun voilement ni dissimulation, et le monde s'élèvera au-dessus de sa matérialité.

Aujourd'hui, la matérialité cache et fait obstacle à la révélation de la lumière sans limite, car le matériel est limité, et la limite est l'opposé même d'une lumière infinie. Dans le futur, la limite du matériel ne fera plus obstacle, et l'Élokout se révélera dans la matérialité elle-même. Aujourd'hui, en revanche, cela ne se produit que lorsque l'homme accompagne l'acte matériel d'un ressenti intérieur : alors il y a ici élévation et affinement.

Et quant à la manière dont les mitsvot seront accomplies à cette époque : le regard porté sur les choses, le ressenti qu'elles procureront et la révélation qu'elles contiendront seront d'un tout autre ordre, une révélation de l'Élokout de la façon la plus complète qui soit.

De là, il faut éveiller en soi l'aspiration à cela : ce désir ardent qu'un juif doit susciter en lui-même, que Machia'h vienne enfin, afin de voir enfin la révélation divine. Car aujourd'hui l'homme doit peiner, s'efforcer, méditer et s'élever, jusqu'à ce qu'un certain ressenti s'éveille en lui pour une seconde, et aussitôt après celui-ci lui échappe de nouveau. Tandis qu'au « temps de la fin des jours », la révélation sera pleine et absolue, et alors « le monde s'élèvera au-dessus de sa matérialité et la gloire de Hachem se révélera ».

Et nous l'avons déjà appris dans le Tanya, au chapitre 37 : toute cette situation dépend de « מעשינו ועבודתנו כל זמן משך הגלות », « nos actes et notre service durant tout le temps de l'exil ». Le monde traverse près de deux mille ans d'exil, et durant tout ce temps il subit un travail constant de Torah et de mitsvot, et il s'affine. Et même si nous ne voyons pas cet affinement, parce que le Créateur n'a pas encore levé le rideau pour nous en dévoiler le résultat, cet affinement existe et il est parfait : tout est en ordre, il ne reste plus qu'à « allumer la lumière », et alors se révélera ce qui se passe ici en réalité. Comme nous l'avons expliqué longuement au chapitre 37.

*

La glose (hagaha) se rattache à ce qui est dit dans le corps du texte : lorsqu'un juif accomplit une mitsva, étudie la Torah ou prie avec kavana et avec un ressenti, la chose s'élève à un niveau plus haut, et alors se révèle dans la mitsva et dans la Torah la volonté divine, le Ratson Haelyon. Dans cette glose, l'Alter Rebbe ajoute un point supplémentaire : lorsque la volonté divine se révèle dans la mitsva, autre chose encore se produit, l'union (yi'houd) des sefirot.

Cette notion apparaît dans les livres de Kabbala, elle est expliquée dans les livres de 'hassidout, et elle est imprimée dans presque tous les sidourim. C'est un sujet vaste et développé, et il y a des endroits dans la 'hassidout où il est expliqué de façon particulièrement étendue : par exemple dans l'ouvrage du Tsema'h Tsedek, le Dere'h Mitsvoté'ha, dans la partie intitulée « Chorech mitsvat hatefila », où les chapitres dix et onze s'étendent longuement pour expliquer ce qu'est le yi'houd des midot. Nous allons l'expliquer brièvement, en guise d'introduction à la lecture de la glose.

Nous connaissons la formule qui figure dans l'introduction placée avant « Barou'h chéamar » : « לשם יחוד קודשא בריך הוא ושכינתיה... ליחדא שם י"ק בו"ק », « en vue de l'union du Saint béni soit-Il et de Sa Chekhina... pour unir le Nom Youd-Ké avec Vav-Ké ». Beaucoup ont l'usage de dire cette formule avant chaque prière ou avant l'accomplissement des mitsvot, chacun selon les coutumes d'Israël ; et même celui qui ne la dit pas, la chose est vraie et réelle, et son existence ne dépend pas du fait de la prononcer. Qu'est-ce donc que cette union des midot et des sefirot, que signifie-t-elle, quand se produit-elle et quelle en est l'idée ?

Comme on le sait, il y a dix sefirot supérieures dans chaque monde, et jusque dans l'âme de l'homme, et toutes les influences qui descendent vers ce monde passent par l'ordre du hichtalchelout (l'enchaînement descendant) des dix sefirot. De manière générale, les sefirot se répartissent en deux groupes, l'intellect et l'émotion : 'Ho'hma, Bina et Daat d'un côté, et toutes les autres midot de l'autre. Et de manière plus détaillée :

  • Dans l'intellect : 'Ho'hma, Bina et Daat se divisent en deux, 'Ho'hma étant celui qui donne (machpia) et Bina celle qui reçoit (mekabel).

  • Dans les midot : elles aussi se divisent en deux groupes, les six sefirot que la 'hassidout appelle « Zeir Anpin » (Z'A), et la sefira de Mal'hout, qui est appelée celle qui reçoit.

Toute l'influence des forces divines qui descendent vers ce monde passe de cette manière : de 'Ho'hma à Bina, et de Zeir Anpin, les six midot, à la sefira de Mal'hout, et ainsi de monde en monde, jusqu'à ce qu'elle soit reçue dans ce monde matériel.

Lorsqu'un juif prie et demande au Créateur de faire descendre l'abondance dans le monde, dans la Chemoné Esré et déjà avant elle, et de même lorsque des juifs accomplissent des mitsvot et lorsqu'un juif étudie la Torah, le contenu de cette demande et le sujet même de tout cela, c'est qu'il y ait une union dans les sefirot supérieures.

Et qu'opère cette union ? De même que lorsqu'il y a union entre celui qui donne et celui qui reçoit, le machpia donne au mekabel, et le mekabel, dès lors qu'il a reçu, peut transmettre la chose plus loin. Il en va de même pour le yi'houd des sefirot : s'il y a union entre 'Ho'hma et Bina, alors, puisque dans la sefira de 'Ho'hma brille une lumière divine extrêmement élevée, lorsqu'elle brillera dans la sefira de Bina, il y aura dans Bina une révélation bien plus grande ; et dès lors qu'il y aura une révélation plus grande dans Bina, il y aura une révélation plus grande dans Zeir Anpin, dans les six midot ; et si les six midot s'unissent avec la sefira de Mal'hout, il y aura une révélation plus grande dans Mal'hout, et de là la chose descendra encore plus bas.

Illustrons cela et rendons-le concret à partir de l'âme de l'homme. Un homme veut parler : et que dit-il ? Ce qu'il pense. Et que pense-t-il ? Une chose à laquelle il est relié, pour laquelle il a une midda, un penchant. Et qui détermine quel penchant il aura pour telle chose ? L'intellect lui dit ce qui convient à son niveau et à son âge, et ce vers quoi il est attiré ; cette attraction détermine ce à quoi il va penser ; et dès lors qu'il pense, il parle aussi, et de la parole vient l'acte.

Nous avons là un ordre complet de hichtalchelout : de l'intellect aux midot, des midot à la pensée, de la pensée à la parole, et de la parole à l'acte. Et de même que, dans l'âme de l'homme, tout ce processus passe par une union de 'Ho'hma et de Bina, puis de Bina aux midot, puis des midot à la parole et ainsi de suite, il en va exactement de même dans les mondes supérieurs.

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que l'élévation de la Torah et des mitsvot dépend du niveau du ressenti avec lequel elles ont été accomplies : un ressenti naturel les fait monter au monde de Yetsira, un ressenti intellectuel au monde de Beria, et l'état de merkava et de bittoul au monde d'Atsilout, auquel il est fait allusion par les mots « כו' כנ"ל » parce que « nous n'avons pas affaire aux choses cachées ». Nous avons expliqué que la volonté suprême contenue dans la mitsva et dans la Torah ne brille « d'un rayonnement infiniment grand » que par la kavana et le ressenti, alors que dans un acte sec et matériel elle n'est présente que dans un grand tsimtsoum, et que « ni elle, ni même une part d'elle » ne se révèle, jusqu'au « temps de la fin des jours, où le monde s'élèvera au-dessus de sa matérialité et où la gloire de Hachem se révélera », ce qui dépend de « nos actes et notre service durant tout le temps de l'exil ». Enfin, nous avons introduit la notion de yi'houd des sefirot : l'ordre du hichtalchelout, de 'Ho'hma à Bina et de Zeir Anpin à Mal'hout, par lequel l'influence descend de monde en monde, comme l'illustre l'exemple de l'âme de l'homme.

Dans la partie suivante, nous étudierons la glose elle-même, et nous verrons comment le yi'houd des sefirot se produit par une mitsva, une étude de Torah et une prière accomplies avec kavana et avec un ressenti.