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Chapitre 39 - La récompense de la mitsva et les degrés du ressenti

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Lors du cours précédent, nous nous sommes arrêtés au chapitre 39, page 53a (page 105), au passage qui s'ouvre par les mots « והנה שכר מצוה מצוה ». Avant de poursuivre, récapitulons brièvement le chemin parcouru dans les chapitres précédents.

Vue d'ensemble des chapitres précédents :

  • Chapitres 35 à 37 : nous avons longuement étudié que l'importance la plus grande se trouve dans les mitsvot concrètes, accomplies par l'action, car le Saint béni soit-Il a ordonné « de Lui faire une dirah betachtonim », une demeure dans les mondes inférieurs. C'est pourquoi l'acte est l'essentiel.

  • Chapitre 38 : malgré toute cette primauté de l'acte, l'intention (la kavana) reste nécessaire, car « une mitsva sans intention est comme un corps sans âme ». C'est à partir de là que l'Alter Rebbe entre dans le détail des degrés et des modes de la kavana.

Puisque l'on compare l'intention à l'âme, l'acte de la mitsva étant le corps et la kavana son âme, l'Alter Rebbe a précisé que la notion même d'âme comporte des degrés : l'âme de l'animal, dont les actions et même les émotions sont naturelles, ne procédant ni d'une compréhension, ni d'une réflexion, ni d'un raisonnement, mais de la nature que le Créateur a déposée en lui ; et, face à elle, l'âme de l'être parlant, l'homme doué d'intellect, de libre choix et de conscience, dont les émotions elles-mêmes sont censées naître d'une raison et d'un discernement.

De la même manière, il existe deux modes dans la kavana, c'est-à-dire dans le ressenti de l'amour et de la crainte de Hachem :

  • Un ressenti naturel (comme l'âme de l'animal) : en chaque Juif, du simple fait qu'il est né Juif, existe un amour caché pour le Saint béni soit-Il, et il lui revient de l'éveiller et de le mettre en action. Celui qui sert Hachem avec un tel ressenti n'a pas créé cet amour, il n'a fait que révéler ce qui était déjà en lui, à l'image de l'animal qui possède lui aussi une émotion, mais une émotion innée et déjà présente, et non une émotion qu'il aurait produite et façonnée.

  • Un ressenti issu de la hisbonenus, la méditation (comme l'âme de l'être parlant) : un homme a médité, a étudié la grandeur du Créateur et s'y est approfondi, et de cette méditation est né en lui un éveil émotionnel à la mesure de sa compréhension. Voilà un ressenti infiniment plus profond et plus intérieur.

Dans les deux cours précédents, nous avons expliqué la répercussion de tout cela dans les mondes supérieurs : tout ce qu'un Juif étudie et accomplit monte en haut. Le service de Hachem accompli avec le ressenti naturel, qui relève de l'âme animale, s'élève vers les dix sefirot du monde de Yetsira ; tandis qu'un service issu de la hisbonenus et de la compréhension s'élève vers un monde plus haut, le monde de Beria. Nous avons également mentionné entre parenthèses, et l'Alter Rebbe y fera allusion ici aussi, qu'il existe un troisième degré : les grands tsadikim, dont le service ne relève ni du ressenti naturel ni même du ressenti né de la méditation, mais qui sont dans un bittul total à l'Élokout, à la manière d'un char (merkava), totalement annulé devant celui qui le conduit. C'est pourquoi leur service appartient au monde d'Atsilout.

Le point commun de ces trois degrés est que l'étude et l'action se font avec vitalité, avec ressenti et avec intériorité, et non comme un simple geste technique. Même dans l'étude de la Torah, où il n'y a apparemment pas de dimension technique puisqu'elle comporte réflexion et compréhension, la question demeure : qu'est-ce qui attire l'homme vers cette étude ? Étudie-t-il uniquement parce que la chose est belle et intéressante, comme on étudie, toutes proportions gardées, d'autres sagesses, ou bien se relie-t-il, dans son étude, à la sainteté de la chose, au fait qu'il s'agit d'un sujet divin et d'une mitsva ? C'est là toute la question de la « Torah lichma », dont nous traiterons par la suite.

« והנה שכר מצוה מצוה » :

L'Alter Rebbe poursuit : « והנה שכר מצוה מצוה », selon le langage de la Michna dans les Pirkei Avot, « la récompense de la mitsva, c'est la mitsva », « פירוש שמשכרה נדע מהותה ומדרגתה », c'est-à-dire que de la récompense de la mitsva on peut déduire son essence et son niveau.

Pour bien saisir ce point, examinons d'abord ce qui se passe avec une récompense qui n'est pas celle d'une mitsva. Un homme raconte qu'il a reçu ce mois-ci un salaire de dix mille chékels : le montant de son salaire nous apprend-il en quoi consistait son travail ? Absolument pas. La raison en est que le salaire n'est pas le résultat direct du travail lui-même : il a travaillé à ce qu'il a travaillé, et il a reçu en contrepartie de l'argent.

Pour les mitsvot, il en va tout autrement. La récompense de la mitsva est la mitsva elle-même : à quel niveau d'Élokout et de sainteté elle s'est élevée, et vers quel monde elle monte. Dès lors, connaître la récompense, c'est comprendre du même coup le niveau du service : si le service divin d'un homme appartient au monde de Beria, on comprend que son service procédait d'un ressenti né de la hisbonenus ; et si sa Torah et ses mitsvot s'élèvent vers le monde de Yetsira, on comprend que son service se faisait avec le ressenti naturel. Voilà le sens de « la récompense de la mitsva, c'est la mitsva » : de sa récompense nous connaissons son essence et son niveau.

Parmi les trois degrés que nous avons mentionnés, le plus élevé, celui qui relève du monde d'Atsilout, est l'apanage des grands tsadikim appelés « char » de l'Élokout, et il ne concerne nullement la majorité du peuple d'Israël. C'est pourquoi l'Alter Rebbe écrit : « ואין לנו עסק בנסתרות שהם צדיקים הגדולים שהם בבחינת מרכבה », nous n'avons pas affaire aux choses cachées, à savoir les grands tsadikim qui sont à la manière d'un char. Leur niveau d'attachement au Créateur relève du caché : il ne nous concerne pas et nous ne comprenons même pas de quoi il s'agit (et comme nous l'avons déjà signalé dans notre étude du Tanya, il est question avant tout des saints Patriarches).

En revanche, les deux degrés inférieurs, Beria et, en dessous, Yetsira, concernent aussi celui qui n'est pas au niveau des grands tsadikim. À leur sujet, l'Alter Rebbe écrit : « רק הנגלות לנו שאחריהם כל אדם ימשוך, לידע נאמנה מהות ומדרגת עבודת ה' », seulement ce qui nous est révélé, et vers quoi tout homme peut être attiré. Dans ces degrés dévoilés, chacun peut être attiré et comprendre de quoi il retourne, et savoir de façon claire et intérieure quelles sont l'essence et le niveau de son propre service, afin de savoir où il lui faut peiner et vers quoi s'élever. Et il ne s'agit nullement de distribuer des notes à autrui, mais que chacun sache, pour lui-même, à quoi il appartient.

  • Si c'est « בדחילו ורחימו בהתגלות לבו שהן הנמשכות מן הבינה ודעת בגדולת אין סוף ברוך הוא », avec une crainte et un amour révélés dans le cœur, qui découlent de la bina et de la daat dans la grandeur du Ein Sof béni soit-Il, c'est-à-dire un amour et une crainte ressentis de manière manifeste, qui ne sont pas le simple éveil d'un sentiment déjà présent mais qui viennent après une méditation profonde sur la grandeur du Créateur, à la manière de l'âme de l'être parlant, alors « מקומה בי' ספירות דבריאה », sa place est dans les dix sefirot de Beria.

  • Et si c'est « בדחילו ורחימו הטבעיים », avec la crainte et l'amour naturels, cet amour et cette crainte présents par nature chez chaque Juif, et par la force desquels il prie, étudie et accomplit les mitsvot, porté par le sentiment naturel qu'un Juif doit prier et servir son Créateur, il s'agit alors d'un degré inférieur, et sa place est dans les dix sefirot de Yetsira.

En résumé : dans cette partie, nous avons repris les fondements étudiés dans les chapitres 35 à 38 : la primauté des mitsvot accomplies par l'action, du point de vue de la dirah betachtonim, et, d'autre part, la nécessité de la kavana, qui est comme l'âme du corps de la mitsva, laquelle comporte deux modes : un ressenti naturel, à la manière de l'âme animale, et un ressenti issu de la hisbonenus, à la manière de l'âme de l'être parlant. Nous avons étudié le principe « la récompense de la mitsva, c'est la mitsva », à savoir que de la récompense de la mitsva nous déduisons son essence et son niveau, à la différence d'un salaire matériel qui n'apprend rien sur la nature du travail accompli. Il a également été expliqué que « nous n'avons pas affaire aux choses cachées », au niveau des grands tsadikim qui sont un char et qui relèvent du monde d'Atsilout, mais à ce qui nous est révélé : un service avec une crainte et un amour découlant de la bina et de la daat dans la grandeur du Ein Sof béni soit-Il, dont la place est dans les dix sefirot de Beria, et un service avec la crainte et l'amour naturels, dont la place est dans les dix sefirot de Yetsira.

Dans la partie suivante, nous poursuivrons les propos de l'Alter Rebbe et traiterons de la question de la « Torah lichma » : qu'est-ce qui attire l'homme dans son étude, et comment le fait de se relier à la sainteté de la chose détermine le niveau de son service.