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Chapitre 38 - L'acte n'a rien d'inférieur

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Dans la partie précédente, nous avons dégagé la différence entre l'accomplissement de la mitsva par l'acte et par la parole, et la kavana, l'intention qui accompagne la mitsva. Reste maintenant à préciser: en quoi la kavana est-elle supérieure à l'acte?

Une précision s'impose d'emblée: il ne s'agit pas d'une supériorité essentielle. Il ne faut surtout pas croire que, dans l'acte, l'homme serait diminué et de moindre valeur parce que l'acte est matériel, tandis que dans la kavana il s'élèverait. Quant à l'essence de la chose, il n'y a entre les deux aucune différence. La supériorité de la kavana se mesure par rapport à l'homme lui-même, à son ressenti: dans la kavana, une lumière plus grande rayonne en lui. Mais cela ne change rien à l'essence.

Un Juif qui met les tefillin concrètement, sans la moindre kavana, a accompli la volonté du Créateur à cent pour cent, et du moment qu'il accomplit Sa volonté, il se relie à Lui à cet instant même. Comparons à quelqu'un qui branche une prise sans comprendre comment cela fonctionne: il n'a jamais entendu parler d'électricité, il n'y connaît rien, il sait seulement que lorsqu'il branche, le résultat se produit. Parce qu'il n'avait aucune intention particulière, le résultat concret serait-il moindre? Il en va de même pour l'acte de la mitsva: celui qui l'accomplit se relie. Et la kavana elle-même, dans le nimchal, n'est elle aussi rien d'autre qu'une volonté divine, comme cela va être expliqué.

Il en va de même pour la prière. Une kavana générale est évidemment requise: l'homme doit savoir qu'il se tient maintenant devant le Saint béni soit-Il et qu'il Lui parle. Mais même s'il n'a pas eu l'intention sur chaque mot, même s'il n'a pas pensé au sens des mots, dès lors qu'il a prononcé toute la Amida, la halakha ne lui demande pas de recommencer (sauf pour la première bénédiction, comme nous l'avons étudié). Il n'y a de manque ni dans les mitsvot de la parole, ni dans celles de l'acte.

Voyons le texte à l'intérieur (page 100, environ huit lignes avant le bas):

« ולא שדבקות המחשבה ושכל האדם בו יתברך, היא מצד עצמה למעלה מדבקות קיום המצוות מעשיות בפועל ממש », « et non que l'attachement de la pensée et de l'intellect de l'homme à Lui soit, en soi, supérieur à l'attachement que produit l'accomplissement concret des mitsvot de l'acte ». Il ne faut pas s'imaginer que l'attachement de la pensée serait plus élevé dans son essence, qu'il y aurait là une qualité plus grande que dans l'accomplissement pratique. Du point de vue de la chose elle-même, du point de vue de la volonté divine, il n'y a entre les deux aucune différence.

C'est le sens de l'expression bien connue: « si l'on nous avait ordonné de couper du bois ». Si l'ordre avait été de couper du bois, telle aurait été la mitsva. Il nous a été ordonné de mettre les tefillin: nous mettons les tefillin. Toute la grandeur de la mitsva tient à ce qu'elle est la volonté divine, et non à ce qu'elle nous procurerait des sentiments ou des compréhensions. La kavana, elle non plus, n'est pas un simple supplément: elle est, à cent pour cent, volonté divine, exactement comme l'acte. Du point de vue du contenu divin de la chose, il n'y a pas de différence entre kavana et acte: il faut l'une et l'autre, et c'est le Saint béni soit-Il qui a fixé ce qui est indispensable et ce qui ne l'est pas. Mais de Son côté, que l'homme dirige son intention ou qu'il accomplisse un acte, dans les deux cas il réalise la volonté divine et se relie à Lui par là. Il n'y a pas ici un « plus proche » et un « moins proche »: les deux se situent exactement au même niveau, avec la même intensité de révélation et de liaison.

[Il est évidemment clair que Sa volonté est que ces choses soient aussi présentes dans l'esprit et dans le cœur de l'homme, et que lorsqu'elles n'y sont pas au moment de l'acte, il y a là un manque dans l'accomplissement de la volonté divine: un corps sans âme. Mais cela n'empêche pas la validité de la mitsva, et le manque ne porte pas non plus sur la valeur spirituelle de la chose: l'homme ne doit pas ressentir qu'en ayant eu la kavana il serait plus proche du Créateur. Il a accompli une volonté supplémentaire et a parachevé la mitsva, mais il ne s'est pas rapproché davantage.]

Prenons une comparaison avec deux mitsvot: la mezouza et les tefillin. Si une mezouza est requise et que je ne l'ai pas posée, il manque évidemment l'accomplissement de la mitsva. Mais la mezouza rapproche-t-elle l'homme du Créateur plus que les tefillin, du point de vue de la volonté divine? Non. Ceci est volonté divine et cela est volonté divine. Il faut bien sûr et la mezouza et les tefillin, mais quant à la grandeur fondamentale qui se produit ici, le fait d'être volonté divine, l'acte n'a rien d'inférieur. C'est précisément ce que l'Alter Rebbe tient à souligner: ne pense pas que l'acte serait une volonté divine au rabais et la kavana une volonté divine à l'état parfait. Du point de vue de la volonté divine, l'acte est volonté divine et la kavana est volonté divine; et là où Il veut que tu aies la kavana, la kavana est Sa volonté, et c'est en cela seulement que réside toute sa grandeur. La kavana n'a aucune supériorité en tant que kavana.

Il vaut la peine de souligner aussi le revers de ce principe: une kavana seule, sans acte, n'a aucune valeur, et la kavana en elle-même ne justifie aucune bénédiction.

« S'il n'a pas eu la kavana, il ne s'est pas acquitté »:

Nous l'avons appris au début du chapitre 38, à propos du premier verset du Chema: celui qui n'y a pas eu la kavana ne s'est pas acquitté de son obligation. Là, la volonté du Saint béni soit-Il est qu'il y ait également la kavana. De même qu'Il veut que les tefillin soient posés sur le bras gauche, l'un sur la tête et l'autre sur le bras, de même Il veut que sur ce verset il y ait une kavana. Telle est Son instruction précise, mais non parce que, par la kavana, l'homme serait plus proche. De Son côté, il n'y a pas de différence, et toute la supériorité de la kavana ne concerne que l'homme.

Et selon son expression: « אלא מפני שזהו גם כן רצונו יתברך לדבקה בשכל ומחשבה ובכוונת המצוות מעשיות ובכוונת קריאת שמע ותפילה ושאר ברכות », « mais parce que telle est également Sa volonté: s'attacher à Lui par l'intellect et la pensée, par la kavana des mitsvot de l'acte, par la kavana du Chema, de la prière et des autres bénédictions ». La valeur de la kavana ne tient pas à ce qu'elle est une kavana, mais à ce qu'elle est la volonté divine: le Saint béni soit-Il veut qu'en ces occasions et en d'autres nous nous attachions à Lui par l'intellect et par la pensée.

« והארת רצון העליון הזה, המאירה ומלובשת בכוונה זו היא גדולה לאין קץ למעלה מעלה מהארת רצון העליון המאירה ומלובשת בקיום המצוות עצמן במעשה או בדיבור בלי כוונה », « et le rayonnement de cette Volonté suprême, qui éclaire et se revêt dans cette kavana, est infiniment plus grand que le rayonnement de la Volonté suprême qui éclaire et se revêt dans l'accomplissement des mitsvot elles-mêmes, par l'acte ou par la parole, sans kavana ». Voilà toute la précision: ce n'est pas la volonté elle-même qui serait plus grande, puisqu'il s'agit d'une seule et même volonté, mais le rayonnement de cette volonté. Dans la kavana, le rayonnement de la volonté est plus grand; dans l'acte sans kavana, il est plus restreint.

« כגודל מעלת אור הנשמה על הגוף שהוא כלי ומלבוש הנשמה », « comme la supériorité de la lumière de l'âme sur le corps, qui est le réceptacle et le vêtement de l'âme ». Et le nimchal, s'agissant des mitsvot: « כמו גוף המצווה שהוא כלי ומלבוש לכוונתה », « tout comme le corps de la mitsva est le réceptacle et le vêtement de sa kavana ».

Et l'Alter Rebbe le souligne encore, en des termes plus clairs: « ואף שבשתיהן », « et bien que dans les deux », c'est-à-dire dans la mitsva et dans sa kavana, « מלובש רצון אחד פשוט בתכלית הפשיטות בלי שום שינוי וריבוי חס ושלום », « se revêt une seule volonté, simple au degré ultime de la simplicité, sans aucun changement ni multiplicité, à Dieu ne plaise ». La volonté divine est absolument simple: elle n'est pas davantage présente ici et moins là, et la volonté divine n'est pas plus « pure » d'un côté et plus « épaisse » de l'autre, à Dieu ne plaise. On ne peut pas diviser la volonté. Dès lors, toute la valeur des actes et des kavanot tient uniquement à ce que, par eux, nous nous relions à la volonté divine, et cette volonté est présente dans les deux à égalité, elle qui est « מיוחד במהותו ועצמותו יתברך בתכלית הייחוד », « unie à Son essence même dans une unité absolue ». La mitsva de la kavana s'unit à Lui dans une unité absolue, et la mitsva de l'acte s'unit à Lui dans une unité absolue, sans la moindre différence.

Quelle est donc malgré tout la différence entre elles? « ההארה אינה שווה בבחינת צמצום והתפשטות », « le rayonnement n'est pas identique quant au tsimtsoum et à l'expansion ». Reprenons une image déjà évoquée: dans le monde matériel, toute la différence entre le minéral, le végétal, l'animal et le parlant ne tient qu'au degré d'expansion ou de contraction (tsimtsoum) de la vitalité, tandis que le Créateur est présent en tous de façon égale, sauf que là, la chose est voilée. Ici, c'est l'inverse: dans la kavana comme dans l'acte, le Créateur est présent de façon révélée, dans les deux, et toute la différence porte sur le tsimtsoum ou l'expansion du rayonnement.

Car la grandeur de l'homme tient à ce qu'il est doté d'intellect: par l'intellect il ressent davantage, et l'intellect agit sur son cœur et sur sa dimension intérieure. C'est pourquoi, lorsqu'il a la kavana, la volonté divine rayonne davantage en lui, et lorsqu'il ne l'a pas, la volonté divine ne rayonne pas autant en lui. Mais ce manque ne concerne que le rayonnement chez l'homme: quant à la liaison même avec la volonté divine, rien ne manque.

Deux illustrations de ce principe:

La première: la campagne des tefillin. Le Rebbe a demandé que l'on sorte dans la rue pour mettre les tefillin avec des Juifs, et beaucoup se sont demandé à l'époque (certains se le demandent encore) à quoi cela sert: emmène ce Juif à un séminaire, assieds-toi un mois avec lui, change sa vision du monde et son intériorité, là tu pourras dire que tu as fait quelque chose. Mais qu'as-tu accompli en lui faisant mettre les tefillin une seule fois, après quoi il reprend sa vie comme avant? La réponse est précisément le principe exposé ici: veux-tu relier des Juifs au Saint béni soit-Il, ou les relier à eux-mêmes, à leurs émotions et à leur intellect? Si tu veux les relier au Saint béni soit-Il, fais ce que le Saint béni soit-Il veut: aujourd'hui, il doit mettre les tefillin, mets-les avec lui. Tu veux ensuite étudier avec lui? Étudie, c'est certainement une mitsva également. Mais il ne faut pas traiter la pose des tefillin avec dédain ni en minimiser la valeur, car ce dédain témoigne d'une incompréhension fondamentale de ce qu'est la liaison avec le Saint béni soit-Il: elle ne vient pas de nous, elle vient de Lui. Si la chose dépendait de nous, si c'était à nous de grimper jusqu'à Lui, nous n'arriverions jamais à rien. C'est Lui qui est descendu vers nous, « et Hachem descendit sur le mont Sinaï », et nous a dit: voici, Je vous donne des moyens de vous relier à Moi. Et ce qu'Il nous a donné est ce qui nous relie: Il nous a donné un acte et Il nous a donné une kavana, et tout ce que nous avons à faire, c'est de nous relier à Ses volontés.

La seconde illustration, dans un tout autre domaine: le Tikoun de la nuit de Chavouot. La nuit de Chavouot, on a l'usage de dire le Tikoun, qui consiste essentiellement en une lecture de la Torah. Qui en connaît la structure sait qu'il est fait de passages accolés les uns aux autres, dont le lien n'est pas toujours apparent: il y a de longs passages intelligibles, et parfois trois versets du début d'une paracha et trois versets de sa fin. À première vue, à quoi bon prononcer des mots sans comprendre? Ne vaudrait-il pas mieux s'asseoir et étudier une seule paracha en profondeur, en comprenant chaque mot? Et de fait, certains regardent cela avec dédain. Or c'est exactement là qu'est le point: la nuit de Chavouot, fête du don de la Torah, tu dois intérioriser que ce qui te relie à la Torah n'est pas d'abord ton intellect, mais le fait qu'elle est la Torah du Créateur. Si tu penses que ta liaison avec le Saint béni soit-Il découle de ton intellect, alors cherche uniquement ce qui est intéressant et compréhensible. Mais la vérité est que tu te relies à Lui parce que c'est Sa Torah et que ce sont Ses lettres saintes, et que tu aies compris ou non ne change rien à l'essentiel.

[Il en va de même lorsqu'on étudie un sujet qui, apparemment, ne nous concerne pas, comme les lois des korbanot, et que l'on demande: « en quoi cela nous concerne-t-il? ». C'est exactement le même point, et avec l'aide de Hachem cela nous concernera très concrètement, immédiatement. On pourrait multiplier les exemples de ce genre.]

En résumé: dans cette partie, nous avons appris que l'acte n'a aucune infériorité par rapport à la kavana. La volonté divine revêtue dans la mitsva et dans sa kavana est une volonté unique, simple au degré ultime de la simplicité, sans changement ni multiplicité, unie à Son essence même dans une unité absolue, et il est impossible de la diviser. La mitsva accomplie par l'acte relie l'homme au Créateur exactement comme la mitsva de la kavana. Toute la valeur de la kavana tient à ce qu'elle est, elle aussi, Sa volonté, et la seule différence porte sur le rayonnement de la Volonté suprême: dans la kavana il est en expansion, dans l'acte sans kavana il est en tsimtsoum, et cela uniquement par rapport à l'homme. De là découle le principe tout à fait pratique: notre liaison avec le Saint béni soit-Il vient de Lui et de Ses volontés, et non de notre compréhension ni de nos sentiments.

Dans la partie suivante, nous poursuivrons l'explication des paroles de l'Alter Rebbe au chapitre 38.