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Chapitre 36 - La révélation de l'avenir (le'atid lavo)

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Dans la partie précédente, nous nous sommes arrêtés sur les vêtements (levushim) par lesquels la lumière divine éclaire les mondes, ainsi que sur les deux sortes de lumière : la lumière sans limite et la lumière sans définition. L'Alter Rebbe en vient maintenant à décrire ce que sera la révélation de l'avenir, le'atid lavo.

Dans le futur, il n'y aura plus aucun vêtement, mais le Roi Lui-même : l'Élokout, sans aucune mesure ni limitation. Dans le monde d'Atsilout, il y a certes un vêtement, mais c'est un vêtement qui révèle ; dans les mondes de Beriah, Yetsirah et Assiah, le vêtement est un vêtement qui dissimule ; et le'atid lavo, il n'y aura aucun vêtement du tout, ni vêtement qui révèle, ni vêtement qui cache.

« Velo yikanef od morékha » :

D'où savons-nous qu'il n'y aura plus aucun vêtement ? Du verset d'Isaïe, chapitre 30, qui dit dans son intégralité : « ונתן לכם ה' לחם צר ומים לחץ ולא יכנף עוד מוריך והיו עיניך רואות את מוריך » (« Et Hachem vous donnera le pain de la détresse et l'eau de l'angoisse, et ton Maître ne se voilera plus, et tes yeux verront ton Maître »). L'Alter Rebbe cite la seconde moitié du verset et insère au milieu, entre parenthèses, son explication : « ולא יכנף עוד מוריך [פירוש, שלא יתכסה ממך בכנף ולבוש] והיו עיניך רואות את מוריך » (« Ton Maître ne se voilera plus [c'est-à-dire qu'Il ne Se couvrira plus devant toi d'un pan de vêtement et d'un levouch], et tes yeux verront ton Maître »).

Pourquoi l'Alter Rebbe a-t-il besoin d'ajouter cette explication ? Parce que, chez les commentateurs, ce verset se lit dans deux directions différentes :

  • Le Radak (Rabbi David Kimhi) : « morékha » vient du mot « pluie » (comme dans l'expression « yoré oumalkoch », les pluies de la saison), et « yikanef » vient d'un terme signifiant rassembler, réunir (comme le mot « knoufia », un groupe, un rassemblement). Le sens est donc : le Saint béni soit-Il ne retiendra plus la pluie auprès de Lui, mais te la donnera en abondance.

  • Rachi : « yikanef » vient de « knaf », le pan du vêtement (comme dans « sur les pans de leurs vêtements »), et « morékha » désigne le Saint béni soit-Il, ton Maître, Celui qui t'enseigne. Le sens est donc : Il ne Se couvrira plus du pan de Son vêtement pour Se dissimuler, mais Se révélera à toi sans aucun voile.

C'est précisément le commentaire de Rachi que l'Alter Rebbe veut souligner, et c'est pourquoi, dès qu'il cite le verset, il y ajoute son explication entre parenthèses, puis poursuit : « והיו עיניך רואות את מוריך » (« et tes yeux verront ton Maître »). Le'atid lavo, la révélation sera une révélation sans définition, et les créatures recevront une force particulière pour la recevoir sans se dissoudre dans leur existence (bittoul bimetsiout), mais au contraire en tenant bon.

L'Alter Rebbe apporte encore d'autres versets qui évoquent la révélation extraordinaire de l'avenir :

  • « כי עין בעין יראו » (« car ils verront, les yeux dans les yeux »).

  • « לא יהיה לך עוד השמש לאור יום... כי ה' יהיה לך לאור עולם » (« le soleil ne sera plus pour toi la lumière du jour... car Hachem sera pour toi une lumière éternelle »).

Les jours du Machia'h et la résurrection des morts : la finalité de la création

Dans les termes de l'Alter Rebbe : « ונודע שימות המשיח ובפרט כשיחיו המתים הם תכלית ושלימות בריאת עולם הזה שלכך נברא מתחילתו » (« il est connu que les jours du Machia'h, et en particulier le temps de la résurrection des morts, sont la finalité et l'achèvement de la création de ce monde, car c'est pour cela qu'il a été créé dès l'origine »). Aujourd'hui, on ne voit pas la révélation de la dirah betachtonim, la demeure divine dans les mondes inférieurs ; mais lorsque le Machia'h viendra, et lorsque les morts ressusciteront, cette révélation sera ici, dans ce monde-ci. Le monde a été créé dès le départ, durant les six jours de la Création, afin d'arriver aux jours du Machia'h et à la résurrection des morts : voilà sa destination.

On comprend par là aussi pourquoi les morts doivent ressusciter. Les âmes se trouvent au Gan Eden : Avraham Avinou, le roi David et tous les géants du monde y sont déjà depuis des milliers d'années. Pourquoi devraient-elles revenir et entrer de nouveau dans un corps, ici-bas ? Parce que c'est précisément ici, dans ce monde-ci, que se produira la plus grande des révélations, et parce que c'est ici que se trouve la finalité de la création. C'est pourquoi, le'atid lavo, l'âme sera nourrie par le corps, et non comme aujourd'hui, où c'est le corps qui est nourri par l'âme.

« Vegam kevar haya le'olamim » : au moment du don de la Torah

L'Alter Rebbe ajoute qu'une révélation de ce genre a déjà eu lieu : « וגם כבר היה לעולמים מעין זה בשעת מתן תורה » (« et quelque chose de cet ordre a déjà existé dans le monde, au moment du don de la Torah »). Les deux sortes de lumière que nous avons étudiées, la lumière sans limite et la lumière sans définition, se sont révélées concrètement au matan Torah, en deux étapes.

La première étape : le Saint béni soit-Il a révélé la Torah, et le peuple d'Israël a entendu « Anokhi Hachem Elokékha », qui est la finalité de toute la Torah. À ce propos, l'Alter Rebbe écrit : « כדכתיב אתה הראת לדעת כי ה' הוא האלוקים אין עוד מלבדו » (« comme il est écrit : il t'a été donné de voir, pour savoir que Hachem est D.ieu, il n'y a rien d'autre que Lui »), et il précise : « הראת ממש בראיה חושית » (« il t'a été donné de voir, littéralement, d'une vision sensible »).

Qu'est-ce qu'une « vision sensible » ? « Entendre n'est pas comparable à voir » : lorsqu'un homme voit une chose, elle devient pour lui une certitude absolue, elle ne peut pas être autrement, puisqu'il l'a vue de ses propres yeux. Ce qui est reçu par l'ouïe, en revanche, ne devient pas un avec la personne : elle a entendu, elle a compris, mais si quelqu'un vient lui dire que ce n'est pas tout à fait exact, elle commencera à douter. Ce qu'elle a vu elle-même, personne n'a le pouvoir de le lui enlever, et mille questions ne changeront rien au fait qu'elle l'a vu. Au don de la Torah, la certitude de la révélation divine n'était pas au niveau de l'écoute, mais au niveau de la vue : chaque Juif présent à ce moment-là l'a ressenti et est devenu un avec la chose, et non comme quelqu'un à qui on l'aurait raconté ou qui l'aurait lu dans des livres.

Et c'est le sens du verset « וכל העם רואים את הקולות » (« et tout le peuple voyait les voix »), que nos Sages expliquent ainsi : « רואין את הנשמע » (« ils voyaient ce qui s'entend »). Ce qui, d'ordinaire, n'est perçu que par l'ouïe, ils le voyaient de leurs yeux. Et nos Sages expliquent encore : « מסתכלים למזרח ושומעין את הדיבור יוצא אנוכי וכו', וכן לארבע רוחות ולמעלה ולמטה » (« ils regardaient vers l'est et entendaient la parole sortir : Anokhi, etc., et de même vers les quatre directions, ainsi que vers le haut et vers le bas »). La révélation venait de tous les côtés et de tous les recoins, preuve qu'il s'agissait d'une lumière sans limite : une chose limitée a une trajectoire définie, d'est en ouest ou du nord au sud, alors qu'ici, de quelque côté que l'homme regardât, c'est de là qu'il entendait. Chaque parcelle du monde criait et disait « Anokhi Hachem Elokékha », comme il est écrit dans les Tikounei Zohar : « דלית אתר דלא מליל מיניה עמהון » (« il n'était pas un lieu d'où Il ne leur parlât »). Il n'y avait ni endroit ni recoin d'où ne sortît la parole « Anokhi ».

Et quelle est la raison d'une révélation aussi immense ? « והיינו מפני גילוי רצונו יתברך בעשרת הדברות שהן כללות התורה » (« et cela, parce que Sa volonté se révélait dans les Dix Commandements, qui sont la Torah tout entière en raccourci »). Les Dix Commandements contiennent toute la Torah, et tout cela est concentré dans « Anokhi » et « Lo yihyé lekha », que le peuple a entendus de la bouche même du Tout-Puissant. « שהיא פנימיות רצונו יתברך וחכמתו ואין שם הסתר פנים כלל » (« car c'est là l'intériorité de Sa volonté et de Sa sagesse, et il n'y a là aucune dissimulation de la Face ») : une révélation absolue, sans voile et sans levouch, « כדכתיב כי באור פניך נתת לנו תורת חיים » (« comme il est écrit : car c'est dans la lumière de Ta Face que Tu nous as donné une Torah de vie »).

Et comment la créature réagit-elle lorsqu'elle reçoit une lumière sans limite ? « ולכן היו בטלים במציאות ממש, כמאמר רז"ל שעל כל דיבור פרחה נשמתם » (« c'est pourquoi ils étaient littéralement annulés dans leur existence, comme le disent nos Sages : à chaque parole, leur âme s'envolait »). La lumière descend bel et bien jusqu'en bas, puisqu'elle est sans limite, mais la créature n'est pas capable de contenir une telle intensité et se trouve annulée dans son existence même.

La seconde étape : « אלא שהחזירה להם הקב"ה בטל שעתיד להחיות בו את המתים, והוא טל תורה שנקרא עוז » (« mais le Saint béni soit-Il la leur a rendue par la rosée avec laquelle Il ressuscitera les morts, qui est la rosée de la Torah, appelée oz, force »). Ici, le Saint béni soit-Il leur a donné une révélation encore plus élevée : non plus une lumière sans limite, mais une lumière sans définition. Et puisqu'elle n'est pas définie, elle peut descendre jusqu'en bas dans toute son intensité sans faire éclater le bas, et le bas peut la contenir. C'est comme si le Saint béni soit-Il leur avait dit : jusqu'ici vous aviez une lumière sans limite et vous ne pouviez pas la recevoir ; maintenant, vous allez recevoir une lumière plus élevée encore, et celle-là, vous pourrez la contenir.

Et il faut être précis : cette seconde étape n'était pas une chose entièrement autre, elle est venue par le biais de cette même Torah, qui contient les deux, la lumière sans limite et la lumière sans définition, et c'est elle qui est appelée « oz », comme il est dit : « Hachem donnera la force (oz) à Son peuple ». Et pourquoi faut-il une force particulière ? Pour tenir bon dans une révélation aussi grande, « כמאמר רז"ל כל העוסק בתורה טל תורה מחייהו » (« comme le disent nos Sages : quiconque s'occupe de Torah, la rosée de la Torah le fait vivre »).

[Et en vérité, aujourd'hui encore, lorsqu'un Juif étudie la Torah, celle-ci contient en elle cette intensité sans limite et sans définition. Seulement, nous sommes bouchés et nous ne voyons ni ne ressentons ce qui s'y trouve. Ce qui adviendra dans les jours du Machia'h et à la résurrection des morts, c'est que se révélera pour nous tout ce qui y est déjà contenu dès maintenant.]

« Akh achar kakh garam ha'het » : ensuite, la faute en fut cause

Pourquoi l'intensité du don de la Torah ne s'est-elle pas maintenue ? « אך אחר כך גרם החטא ונתגשמו הם והעולם » (« mais ensuite la faute en fut cause, et eux-mêmes comme le monde devinrent matériels »). Par la faute du veau d'or, le peuple d'Israël et le monde se sont matérialisés, et à partir de ce moment ils ne furent plus capables de recevoir la lumière puissante qui se trouve dans la Torah. Ils n'ont pas perdu la Torah : ce sont les récipients, les kelim, qui se sont matérialisés.

[Et pourquoi, au fond, cette révélation ne s'est-elle pas maintenue ? Parce qu'elle n'est pas venue de leur travail et de leur investissement, mais leur a été donnée en cadeau ; or ce que l'on reçoit en cadeau ne devient pas une partie de soi. En revanche, la révélation de l'avenir viendra après un travail et un investissement du peuple d'Israël durant des milliers d'années ; c'est pourquoi la part qui aura été accomplie par le travail des créatures demeurera pour l'éternité.]

L'Alter Rebbe poursuit : « עד קץ הימין » (« jusqu'à la fin, le kets hayamin »), c'est-à-dire jusqu'au temps où le Saint béni soit-Il révélera Sa droite (yamin), selon l'expression du Cantique des Cantiques « et Sa droite m'enlacera ». Alors, « שיזוכך גשמיות הגוף והעולם » (« la matérialité du corps et du monde sera affinée ») : la matérialité du corps sera plus limpide encore que l'âme, et le monde tout entier deviendra lui aussi plus pur, « ויוכלו לקבל גילוי אור ה' שיאיר לישראל על ידי התורה שנקראת עוז » (« et ils pourront recevoir la révélation de la lumière de Hachem, qui éclairera Israël par la Torah appelée oz »). Ce même « oz » se trouve dans la Torah aujourd'hui aussi ; simplement, alors, nous le ressentirons et nous le verrons.

L'éclairement des nations du monde

Puisque, à la venue du Machia'h, ce ne sera pas seulement Israël qui sera affiné mais le monde entier, les nations du monde connaîtront elles aussi une grande élévation de leur niveau. Seulement, cet éclairement leur viendra comme une conséquence du peuple d'Israël et par son intermédiaire : « ומיתרון ההארה לישראל יגיה (יאיר) חושך האומות גם כן » (« et du surplus de l'éclairement donné à Israël sera illuminée aussi l'obscurité des nations »). Car Israël est la finalité de tout, et c'est de la révélation faite à Israël que rayonnera la lumière pour le monde entier.

À ce sujet, l'Alter Rebbe cite plusieurs versets :

  • « והלכו גויים לאורך » (« et les nations marcheront à ta lumière »).

  • « בית יעקב לכו ונלכה באור ה' » (« maison de Yaakov, allez, et marchons à la lumière de Hachem ») : les nations diront à Israël, le Machia'h est arrivé, allez, et nous marcherons nous aussi avec vous à la lumière de Hachem.

  • « ונגלה כבוד ה' וראו כל בשר יחדיו » (« et la gloire de Hachem se révélera, et toute chair verra ensemble ») : même les nations du monde, qui sont « chair », verront.

  • « לבוא בנקרות הצורים ובסעיפי הסלעים מפני פחד ה' והדר גאונו » (« pour entrer dans les creux des rochers et les fentes des falaises, devant la crainte de Hachem et la splendeur de Sa majesté ») : les nations du monde verront et ressentiront la révélation, mais elles ne pourront pas y tenir comme y tiendra Israël, et c'est pourquoi elles devront se cacher devant elle, devant la crainte de Hachem et la splendeur de Sa majesté qui se révélera sur tous les habitants de la terre.

  • « והופע בהדר גאון עוזך על כל יושבי תבל ארצך » (« et apparais dans la splendeur majestueuse de Ta force sur tous les habitants de Ton monde »).

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que, le'atid lavo, la révélation sera sans aucun vêtement, ni vêtement qui révèle ni vêtement qui cache, comme il est dit : « ton Maître ne se voilera plus, et tes yeux verront ton Maître ». Car les jours du Machia'h, et plus encore la résurrection des morts, sont la finalité et l'achèvement de la création de ce monde ; c'est donc précisément ici-bas que se produira la grande révélation. Nous avons vu qu'une révélation de ce genre a déjà eu lieu au moment du don de la Torah, en deux étapes : d'abord une lumière sans limite, devant laquelle « ils étaient littéralement annulés dans leur existence » et leur âme s'envolait ; ensuite une lumière sans définition, qui leur fut attirée par la rosée de la Torah appelée « oz », capable, elle, de descendre jusqu'en bas et d'être reçue par la créature. La faute du veau d'or les a matérialisés, eux et le monde, et jusqu'au kets hayamin le corps et le monde iront en s'affinant, jusqu'à pouvoir recevoir la révélation de la lumière de Hachem par la Torah ; et de la grandeur de l'éclairement donné à Israël, l'obscurité des nations sera illuminée elle aussi. Alors se réalisera une demeure pour Lui, béni soit-Il, dans les mondes inférieurs au sens le plus littéral : dirah betachtonim mamach.

Dans la partie suivante, nous aborderons notre propre travail : comment l'homme agit, par son avodah ici-bas, pour faire advenir cette révélation.