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Chapitre 25 - Le lien éternel créé par l'accomplissement d'une mitsva

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Dans la continuité de ce que nous avons appris : lorsqu'un homme accomplit une mitsva, il crée un lien avec la Divinité, et cela dans son âme, dans son corps et dans ses levushim (les « vêtements » de l'âme : pensée, parole et action). Or ce lien, une fois créé, est éternel.

Il se peut, comme nous allons l'expliquer, qu'ici-bas l'homme se soit interrompu pour passer à tout autre chose : il s'est mis à des paroles vaines, il a cessé son étude, il ne s'occupe plus de la mitsva, et dès lors il ne ressent plus l'acte extraordinaire qu'il accomplissait cinq minutes plus tôt. Mais cet acte n'a pas pris fin : il est éternel, et il est en son pouvoir d'y revenir à chaque instant. Lorsqu'il fera techouva et se reliera à nouveau au Créateur, il se relie du même coup à ce point qu'il avait créé, puisque ce point existe toujours. Dans le spirituel, il existe en permanence ; ce n'est que dans son ressenti animal et matériel qu'il y a des montées et des descentes. Il peut y revenir, il peut, à Dieu ne plaise, s'en enfuir, mais dans son essence spirituelle, cette union est éternelle et subsiste toujours.

Si l'homme intériorise cela, il ne voudra plus se détacher ne serait-ce qu'un instant, et il fera tous les efforts pour créer ce lien à chaque instant, car il s'agit d'un lien infini et éternel avec la Divinité.

Même celui qui accomplit une mitsva sans kavana (sans intention), comme nous l'avons déjà évoqué à d'autres occasions, la mitsva existe. Il est certain que s'il l'accomplit avec kavana, le lien sera plus profond et d'une intensité plus grande ; et il y a là des degrés : même celui qui a agi avec profondeur et intention, un autre agira avec une intention encore plus grande, et ainsi à l'infini. Et pourtant, l'acte lui-même, en tant que tel, crée le lien.

À tel point que l'on cite l'exemple d'un homme à qui une pièce est tombée de sa poche sans qu'il le sache le moins du monde, et qui a déjà renoncé à la retrouver ; cette pièce parvient entre les mains d'un nécessiteux qui s'en sert pour ses besoins. Cet homme est considéré comme ayant accompli la mitsva de tsedaka, même à son insu : c'est de son argent qu'un Juif a subsisté, et il a donc accompli une mitsva. Même sans aucune conscience, un lien infini avec la Divinité a été créé ici.

Dans les termes de l'Alter Rebbe : « וְיִחוּד זֶה לְמַעְלָה », « et cette union, en haut ». L'unité qui s'est formée entre l'homme et la Divinité s'est créée ici-bas, avec son corps et avec ses levushim, et en bas elle connaît des interruptions ; mais en haut, « הוּא נִצְחִי לְעוֹלָם וָעֶד », « elle est éternelle, à tout jamais ». L'union formée en un instant donné est éternelle. Pourquoi ? « כִּי הוּא יִתְבָּרֵךְ וּרְצוֹנוֹ לְמַעְלָה מֵהַזְּמַן » : « car Lui, béni soit-Il, et Sa volonté sont au-dessus du temps ».

Reprenons l'exemple que nous avons tiré de l'intellect : l'intellect est au-dessus du temps. Un plus un font deux, aujourd'hui comme demain, dans l'obscurité comme dans la lumière, en Terre Sainte comme à l'étranger, et cela ne dépend pas de l'âge. La Divinité, à plus forte raison, est au-dessus du temps ; et dès lors, un lien avec la Divinité ne dépend pas du temps et ne s'y tient pas : ce n'est pas « aujourd'hui oui et demain non », c'est une réalité vraie dans son essence même. C'est pourquoi il s'est créé ici, en essence, un lien qui est éternité.

« וְכֵן גִּלּוּי רְצוֹנוֹ שֶׁבְּדִבּוּרוֹ שֶׁהִיא הַתּוֹרָה הוּא נִצְחִי » : « et de même, la révélation de Sa volonté dans Sa parole, qui est la Torah, est éternelle ». Lorsqu'un homme étudie une ligne de Torah, il étudie la parole de Dieu telle qu'Il la prononce en cet instant même. On ne peut pas dire : le Saint béni soit-Il a dit cela il y a des milliers d'années, que m'importe d'étudier une chose ancienne ? Il l'a dit alors et Il le dit aujourd'hui, et cette parole est éternelle. Les paroles de Dieu sont éternelles : en cet instant même, c'est le don de la Torah, en cet instant même ces paroles sont dites exactement de la même manière.

Comme le dit le prophète Isaïe : « וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב: וּדְבַר אֱלֹקֵינוּ יָקוּם לְעוֹלָם », « et comme il est écrit : la parole de notre Dieu subsiste à jamais ». Les commentateurs du texte rapportent ce verset aux paroles des prophètes : tout ce que disent les prophètes, ce sont des paroles de Dieu, et c'est pourquoi elles « subsistent à jamais », elles sont éternelles. L'Alter Rebbe donne ici une lecture qui va bien plus loin que celle des commentateurs : même les choses dites dans la Torah orale, et même tout ce qu'un élève chevronné est appelé à innover un jour, chaque mot écrit dans la Torah est « la parole de notre Dieu » dite à l'instant même, et elle « subsiste à jamais ».

« וּדְבָרָיו חַיִּים וְקַיָּמִים כו' », « et Ses paroles sont vivantes et subsistantes » : c'est la formule que nous disons chaque matin dans la bénédiction « Emet veyatsiv », parmi les bénédictions du Chema, et de même dans le « Yigdal Elokim 'hai » : « וְלֹא יַחֲלִיף וְלֹא יָמִיר דָּתוֹ לְעוֹלָמִים כו' », « Il ne changera ni n'échangera jamais Sa loi ». Les paroles de Dieu sont éternelles de façon permanente, et par conséquent, lorsque l'homme se relie à la parole de Dieu, il se relie à l'éternité et se relie à ce qui est éternel, à tout moment.

« אֶלָּא שֶׁלְּמַטָּה הוּא תַּחַת הַזְּמַן », « sauf qu'en bas, il est soumis au temps ». Nous sommes des êtres temporels, nous accomplissons la mitsva dans une case précise du temps, et c'est pourquoi nous ne ressentons le lien que « וּבְאוֹתָהּ שָׁעָה לְבַדָּהּ שֶׁעוֹסֵק בָּהּ בַּתּוֹרָה אוֹ בְּמִצְוָה », « et durant cette heure-là seulement où il s'occupe de Torah ou d'une mitsva ». À l'instant où l'homme pose les tefilin sur son bras, il ressent qu'un lien avec la volonté divine vient de se créer ; et dès qu'il les retire, apparemment, l'affaire est close.

Cependant, si après avoir retiré ses tefilin l'homme passe à la mitsva suivante, poursuit son étude de la Torah et va d'un sujet à l'autre, rien ne s'est achevé : le lien demeure en permanence, simplement il le prolonge, selon la volonté du Créateur, d'un domaine à l'autre. Et même celui qui part à son travail, puisque telle est la volonté du Créateur, et qu'il le fait selon les directives de la Torah dans les affaires, avec honnêteté, etc., ne s'est nullement détaché : il prolonge ce lien sous une autre forme.

« כִּי אַחַר כָּךְ, אִם עוֹסֵק בְּדָבָר אַחֵר, נִפְרָד מֵהַיִּחוּד הָעֶלְיוֹן לְמַטָּה » : « car ensuite, s'il s'occupe d'autre chose, il se sépare en bas de l'union d'en haut ». C'est-à-dire lorsqu'il s'occupe d'une chose qui le coupe, à cet instant, de l'unité divine ici-bas, « וְהַיְינוּ שֶׁעוֹסֵק בִּדְבָרִים בְּטֵלִים לְגַמְרֵי שֶׁאֵין בָּהֶם צוֹרֶךְ כְּלָל לַעֲבוֹדַת ה' » : « c'est-à-dire lorsqu'il s'occupe de choses totalement vaines, qui ne sont d'aucune nécessité pour le service de Dieu ».

Le Rebbe relève la précision de la formule : « des choses totalement vaines, qui ne sont d'aucune nécessité pour le service de Dieu ». Cela implique qu'il existe des choses vaines qui, elles, ont une utilité. Un homme qui parle à son travail avec son collègue d'affaires et de commerce ne dit pas des paroles de Torah, et ce sont peut-être des devarim betelim, des paroles vaines, mais elles sont nécessaires et font partie d'un processus auquel il est tenu. Tant qu'il s'occupe de choses nécessaires au service de Dieu, il prolonge le lien, à tel ou tel niveau. Mais s'il s'occupe de choses qui n'ont aucune nécessité pour le service de Dieu, des paroles creuses, sans la moindre signification, à cet instant même une coupure se produit.

Et où cette coupure se produit-elle ? Ici-bas uniquement. En haut, dans les mondes spirituels, au niveau spirituel, la coupure n'existe pas. Mais en bas, dans le ressenti de l'homme, dans son temps et dans son petit monde, une coupure s'est bel et bien produite, puisqu'il est passé à autre chose.

Comment l'homme renverse-t-il la roue ? « וְאַף עַל פִּי כֵן, כְּשֶׁחוֹזֵר וְשָׁב לַעֲבוֹדַת ה' אַחַר כָּךְ לַתּוֹרָה וְלַתְּפִלָּה, וּמְבַקֵּשׁ מְחִילָה מֵה' עַל שֶׁהָיָה אֶפְשָׁר לוֹ לַעֲסוֹק אָז בַּתּוֹרָה וְלֹא עָסַק - ה' יִסְלַח לוֹ » : « et malgré tout, lorsqu'il revient ensuite au service de Dieu, à la Torah et à la prière, et qu'il demande pardon à Dieu d'avoir pu alors s'occuper de Torah et de ne pas l'avoir fait, Dieu lui pardonnera ». L'homme réalise soudain qu'il s'est détaché du lien, il regrette cette coupure et désire revenir ; et lorsqu'il décide vraiment de revenir, le Saint béni soit-Il rétablit immédiatement la situation d'avant, « כְּמַאֲמַר רַזַ"ל: עָבַר עַל מִצְוַת עֲשֵׂה וְשָׁב - לֹא זָז מִשָּׁם עַד שֶׁמּוֹחֲלִין לוֹ » : « comme l'ont dit nos Sages : celui qui a transgressé un commandement positif et qui fait techouva, il ne bouge pas de là avant qu'on ne lui pardonne ». Et « il ne bouge pas de là » ne signifie pas qu'il doive rester à sa place, mais qu'aucune démarche supplémentaire ne lui est demandée : dès l'instant où il fait techouva, on lui pardonne, et ce pardon est immédiat.

Une précision maintenant dans les termes de l'Alter Rebbe : pourquoi a-t-il ajouté ces quelques mots, « au service de Dieu, ensuite, à la Torah et à la prière » ?

Il aurait pu, semble-t-il, abréger et écrire simplement « lorsqu'il revient et demande pardon ». Qu'apporte-t-il de nouveau en précisant qu'il revient au service de Dieu ? La chose va de soi : s'il ne revient pas au service de Dieu, quelle techouva est-ce là ? C'est l'image bien connue du « tovel ve-chérets be-yado », celui qui s'immerge au mikvé pour se purifier de son impureté tout en tenant dans sa main le reptile impur, et qui continue de le tenir pendant l'immersion : sa purification ne lui sert à rien. Il est donc évident que celui qui fait techouva revient au service de Dieu, à la Torah et à la prière. Alors pourquoi ajouter ces mots ?

Le Rebbe explique une chose très intéressante : du point de vue de la techouva elle-même, il n'y avait certes pas lieu de le dire ; l'Alter Rebbe ajoute ici une allusion. Du temps où le Temple était debout, celui qui avait commis une faute et faisait techouva devait apporter un sacrifice : la techouva, et aussi le korban. Aujourd'hui, le Temple n'étant pas encore reconstruit, la techouva demeure, et à la place du sacrifice il y a la prière. C'est pourquoi l'Alter Rebbe souligne que celui qui revient a besoin aussi de la prière : qu'il prie le Saint béni soit-Il et Lui demande que sa techouva soit agréée. Et bien sûr, dans la prière de la Amida figurent la bénédiction de la techouva et la bénédiction « Sela'h lanou ». La prière est comme le sacrifice qui vient parachever la techouva. Voilà un premier point.

Second point : il s'agit ici d'un homme dont le problème a été de s'occuper de choses vaines, ou d'étudier des choses interdites, etc. Dès lors, il ne suffit pas de faire techouva : il lui faut encore réparer ce qu'il a abîmé. Quel est son tikoun ? Celui qui a atteint son cerveau doit réparer son cerveau : qu'il étudie la Torah et fasse entrer la Torah dans son cerveau. C'est pourquoi l'Alter Rebbe souligne ces deux points, Torah et prière : non pas pour énoncer l'évidence, que celui qui fait techouva revient au service de Dieu, cela n'avait pas besoin d'être écrit, mais pour faire allusion au fait que le baal techouva doit se souvenir que s'il y a eu une atteinte au cerveau, il étudiera la Torah pour la réparer, et que la prière, elle, doit toujours être là : de même que la techouva nécessitait un sacrifice, elle nécessite la prière.

« וְלָזֶה תִּקְּנוּ בִּרְכַּת 'סְלַח לָנוּ' שָׁלֹשׁ פְּעָמִים בְּכָל יוֹם » : « et c'est pour cela qu'ils ont institué la bénédiction 'Sela'h lanou' trois fois par jour ». On peut l'expliquer de deux manières :

  1. Puisque l'homme désire, au plus intime de son cœur, en raison de l'ahava messoutéret (l'amour caché de Dieu enfoui dans toute âme juive), se réveiller sans cesse et renouveler son lien avec la Divinité, nos Sages ont institué qu'il ait la possibilité de demander pardon toutes les quelques heures, dans les trois prières de la journée.

  2. Puisque le Saint béni soit-Il lui pardonnera toujours, nos Sages ont donné l'occasion d'en profiter : Dieu pardonne, et c'est pourquoi ils ont institué de demander pardon trois fois par jour dans la bénédiction « Sela'h lanou ».

[Il convient de noter que l'intervalle entre une prière et l'autre n'est pas fixe : on peut dire min'ha à 13h00 et arvit à 23h00 ; à l'inverse, on peut prier cha'harit longuement et la terminer près du coucher du soleil, puis enchaîner aussitôt min'ha et arvit, si bien que presque aucun temps ne s'est écoulé. Les choses sont dites de manière générale.]

En résumé : dans cette partie, nous avons appris que le lien créé par l'accomplissement d'une mitsva est éternel, car Lui, béni soit-Il, et Sa volonté sont au-dessus du temps ; de même la Torah, qui est la révélation de Sa volonté dans Sa parole, est éternelle, « la parole de notre Dieu subsiste à jamais », et cela inclut même tout ce qu'un élève chevronné est appelé à innover. En bas, l'homme est soumis au temps, et c'est pourquoi il ne ressent le lien que durant l'heure même où il s'occupe de Torah ou d'une mitsva ; celui qui s'occupe de choses nécessaires au service de Dieu prolonge le lien, tandis que celui qui s'occupe de choses totalement vaines se sépare de l'union d'en haut, mais en bas uniquement. Et lorsqu'il revient à la Torah et à la prière et demande pardon, on lui pardonne immédiatement. De là aussi la précision de la mention de la Torah et de la prière : la prière à la place du sacrifice, et l'étude de la Torah pour réparer l'atteinte portée au cerveau. Et c'est pour cela que nos Sages ont institué la bénédiction « Sela'h lanou » trois fois par jour.

Dans la partie suivante, nous poursuivrons dans les termes mêmes de l'Alter Rebbe, au chapitre 25.