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Chapitre 24 - Légèreté et gravité dans les transgressions

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Nous sommes dans le dernier tiers du chapitre 24, page 30b (page 60), vers la fin de la page : les sept dernières lignes, à partir de la ligne qui commence par le mot « ורמשים ». C'est aux mots "ומה שפיקוח נפש" (« et le fait que le pikouah nefesh… ») que nous nous étions arrêtés au cours précédent.

Au cours précédent, nous nous sommes arrêtés sur un point fondamental, qui éclaire aussi la suite : en vérité, il n'existe aucune différence entre une faute légère et une faute grave. Dans toute transgression de la volonté du Créateur se crée, au moment même de l'acte, une coupure entre le Juif et le Saint béni soit-Il. Et peu importe qu'il s'agisse de la faute d'avoda zara (idolâtrie), où chacun comprend qu'il y a là une rupture, ou bien de la profanation du Chabbat, de la consommation d'un aliment non cachère, ou encore d'une chose minime et légère.

Et si, malgré tout, l'homme fait dans sa conscience une distinction entre une faute et une autre, se disant, face à une chose grave, qu'il n'a pas la force de transgresser la volonté de Dieu, et face à une chose légère : « après tout, ce n'est qu'un détail », alors cette distinction prend sa source dans le roua'h chetous, l'esprit de folie. Comme l'enseignent nos Sages : « nul ne commet de transgression si ce n'est qu'un esprit de folie est entré en lui ». C'est cet esprit de folie qui lui souffle qu'il y a une différence entre une grande chose et une petite chose ; mais du point de vue de la vérité, il n'y a aucune différence. Et c'est le langage même du Tanya : même chez la plus basse des basses, « אשה מנאפת », la femme adultère dont l'esprit est léger, dès lors qu'il y a conscience de ce que signifie transgresser la volonté de Dieu, une petite chose et une grande chose sont exactement la même chose.

Mais ici surgit une question. S'il n'y a pas de différence entre une petite chose et une grande chose, et si ce qui crée la distinction n'est que l'imagination insensée de l'homme et son yetzer hara qui le trouble, pourquoi donc la Torah elle-même, dans ses lois qui orientent l'homme lorsqu'il y a conflit entre une mitzva qu'il doit accomplir et une transgression qui l'accompagne, distingue-t-elle entre des choses graves et des choses légères ? Dans le langage de l'Alter Rebbe : "ומה שפיקוח נפש דוחה שאר עבירות" (« et le fait que le pikouah nefesh, la sauvegarde d'une vie, repousse les autres transgressions »).

Pikouah nefesh signifie l'obligation de veiller sur l'âme afin qu'elle continue à faire vivre le corps. Prenons l'exemple cité dans la Michna : un homme sur qui une maison s'est effondrée, enseveli sous un amas de pierres, et l'on ne sait s'il est vivant ou mort, mais il se peut qu'il soit vivant. Il est alors obligatoire pour ceux qui l'entourent de tout faire pour déblayer les décombres, en vertu de la mitzva de « ונשמרתם », l'obligation de veiller aussi sur la vie d'autrui. Si cela se produit un Chabbat, l'obligation ne change pas ; simplement, elle implique maintenant une profanation du Chabbat. Et c'est à ce sujet que la halakha dit que le pikouah nefesh repousse les autres transgressions.

Il en va de même dans d'autres cas : un malade dont l'unique remède implique une transgression, ou un homme affamé au point de mourir, et dont la seule nourriture disponible pour ranimer son âme est un aliment non cachère. Dans tous ces cas, la halakha ordonne de transgresser. Et il n'est pas au pouvoir de l'homme de dire : « je suis scrupuleux et je ne veux pas commettre cette transgression ». Il n'y a ici ni délibération ni choix, et celui qui passe outre transgresse l'ordre de la Torah.

En revanche, le pikouah nefesh ne repousse pas trois transgressions : avoda zara (idolâtrie), gilouï arayot (relations interdites) et chefikhout damim (le meurtre). Même si un non-Juif lui dit : « si tu ne te prosternes pas devant cette idole, je te tue », ici on ne lui dit pas de transgresser. Il ressort donc que la Torah elle-même établit une distinction : pour un certain type de transgressions, elle dit à l'homme de ne pas en tenir compte et de continuer à préserver sa vie, tandis que pour ces trois-là, elle lui dit de ne pas transgresser.

Et si l'on objectait que le pikouah nefesh est un cas à part, puisqu'en fin de compte l'homme accomplit par là une mitzva, préserver la vie et la santé d'un être humain, de sorte qu'il y a ici conflit entre une mitzva et une transgression, l'Alter Rebbe ajoute un autre exemple, où l'acte n'implique aucune mitzva : la règle de "וגם יעבור ואל יהרג" (« qu'il transgresse plutôt que d'être tué »). Un non-Juif vient trouver un Juif et lui ordonne de manger un aliment non cachère, faute de quoi il le tuera : la halakha est qu'il transgresse et ne se laisse pas tuer ; ce n'est que pour les trois choses graves qu'il est dit « qu'il soit tué et ne transgresse pas ». De même, si un non-Juif, sachant qu'il a devant lui un chef cuisinier remarquable, exige de lui, pour son seul plaisir, qu'il lui prépare un plat le Chabbat, en menaçant de le tuer s'il refuse : qu'il cuisine, qu'il transgresse et ne se laisse pas tuer. Ici, le Juif n'accomplit absolument aucune mitzva ; au contraire, il transgresse un commandement afin de continuer à vivre.

[Il convient de noter qu'il existe des situations où il faut donner sa vie même pour les autres commandements, lorsqu'il s'agit d'une question de kiddouch Hachem, de sanctification du Nom. La Guemara dans le traité Sanhédrin enseigne que si les nations cherchent à modifier chez les Juifs ne serait-ce que la manière de nouer les lacets des chaussures, « ערקתא דמסאנא » (en araméen, « mesana » : la chaussure, « arketa » : le lacet), et Rachi explique que si la manière des non-Juifs est de nouer ainsi et celle d'Israël autrement, par exemple lorsqu'une façon de nouer exprime la pudeur et l'autre l'impudeur, et que la voie d'Israël est la pudeur, alors même pour ce petit changement, qui ne relève d'aucune mitzva mais d'une simple coutume, il sanctifiera le Nom devant ses compagnons juifs. Car l'intention du non-Juif, à ce moment-là, est de déraciner le judaïsme.]

La question revient donc : on voit que la Torah elle-même distingue entre des commandements graves et des commandements légers. Pourquoi avoir dit plus haut que cette distinction n'est que le produit d'un esprit de folie, et que du point de vue de la vérité il n'y a aucune différence ?

À cela l'Alter Rebbe répond que la raison pour laquelle le pikouah nefesh repousse les autres transgressions est celle-ci : "היינו כפירוש חז"ל: אמרה תורה חלל עליו שבת אחת כדי שישמור שבתות הרבה" (« c'est-à-dire selon l'explication de nos Sages : la Torah a dit, profane pour lui un seul Chabbat afin qu'il observe de nombreux Chabbatot »). Lorsque l'on profane le Chabbat pour un Juif qu'il faut conduire d'urgence à l'hôpital, ce n'est pas une profanation du Chabbat, c'est une mitzva ; car le Chabbat lui-même dit pour ainsi dire que là est sa sanctification : par la profanation d'un seul Chabbat, cet homme continuera à vivre et observera encore de nombreux Chabbatot.

Et de là, l'essentiel : "ולא משום קלות העבירות וחומרן" (« et non pas en raison de la légèreté ou de la gravité des transgressions »). Il ne s'agit pas d'avoir sélectionné des transgressions légères que l'on serait autorisé à commettre, face à des transgressions graves qu'il serait interdit de commettre. La distinction ne dépend nullement de la légèreté ou de la gravité, mais uniquement de ce que le Saint béni soit-Il a décrété.

En résumé : dans cette partie, nous avons étudié la question que pose l'Alter Rebbe sur la distinction même que la Torah établit entre une transgression et une autre : le pikouah nefesh qui repousse les autres transgressions mais non les trois plus graves, ainsi que la règle de « qu'il transgresse et ne se laisse pas tuer », même là où il n'y a aucune mitzva. Sa réponse est que si les transgressions s'effacent devant le pikouah nefesh, ce n'est pas parce qu'elles seraient légères, mais selon l'explication de nos Sages : « profane pour lui un seul Chabbat afin qu'il observe de nombreux Chabbatot ». Tout dépend du décret du Créateur, et non de la légèreté ou de la gravité des transgressions.

Au prochain cours, nous poursuivrons les propos de l'Alter Rebbe dans la suite du chapitre 24.