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Chapitre 5 - L'inauguration du Sanctuaire et les offrandes des princes - Deuxième partie

Introduction : Entre l'appel à la porte et le verrouillage

Le chapitre qui s'ouvre à nous poursuit la scène dramatique du Bien-aimé qui frappe à la porte et de la bien-aimée qui tarde à répondre. Dans cette partie, nous parvenons au moment de rupture : la bien-aimée se lève enfin pour ouvrir, mais le Bien-aimé a déjà disparu. Dès lors commence une quête désespérée, les coups portés par les gardes, le serment prêté aux filles de Jérusalem, et enfin une description splendide du Bien-aimé et de ses vertus. Rachi, selon sa méthode habituelle, explique d'abord la parabole au sens littéral, puis se tourne vers son sens allégorique : les relations entre le Saint, béni soit-Il, et l'Assemblée d'Israël à travers les générations des rois et la destruction du Temple.

Verset 6 : Mon bien-aimé s'est esquivé, il a disparu

פָּתַחְתִּי אֲנִי לְדוֹדִי וְדוֹדִי חָמַק עָבָר נַפְשִׁי יָצְאָה בְדַבְּרוֹ בִּקַּשְׁתִּיהוּ וְלֹא מְצָאתִיהוּ קְרָאתִיו וְלֹא עָנָנִי׃ - J'ai ouvert à mon bien-aimé, mais mon bien-aimé s'était esquivé, il avait passé son chemin ; mon âme défaillait lorsqu'il parlait. Je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé, je l'ai appelé et il ne m'a point répondu.

« Et mon bien-aimé s'était esquivé, avait passé son chemin » - il s'est caché et dérobé à mes yeux. Rachi apporte une explication surprenante du terme « 'hamak » : il le rapproche de « 'hamouké yerekhaïkh » (les contours secrets de tes hanches), qui désigne les parties cachées, car la hanche se trouve en un lieu dissimulé. De même, dans Jérémie, « Jusqu'à quand te déroberas-tu ('tit'hamakin) », adressé à la fille rebelle, signifie : te cacheras-tu et te dissimuleras-tu par honte de m'avoir trahi ? Autrement dit, l'idée de dérobade exprime quelque chose qui vous échappe, que l'on ne voit plus et qui reste caché de vous.

« Mon âme défaillait lorsqu'il parlait » - lorsqu'il m'a dit : « Je n'entrerai pas dans ta maison, puisque dès le départ tu n'as pas voulu ouvrir. » Et quand Hachem a prononcé ces paroles, mon âme s'est pâmée de tant de désirs et de nostalgie pour Sa proximité. Dès cet instant : « Je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé, je l'ai appelé et il ne m'a point répondu ».

Verset 7 : Les gardes qui font la ronde dans la ville

מְצָאֻנִי הַשֹּׁמְרִים הַסֹּבְבִים בָּעִיר הִכּוּנִי פְצָעוּנִי נָשְׂאוּ אֶת רְדִידִי מֵעָלַי שֹׁמְרֵי הַחֹמוֹת׃ - Les gardes qui font la ronde dans la ville m'ont rencontrée, ils m'ont frappée, ils m'ont blessée ; les gardes des remparts m'ont ôté mon voile.

« Les gardes qui font la ronde dans la ville » - ce sont les veilleurs de la cité, ceux qui arrêtent les voleurs rôdant la nuit. C'était autrefois le rôle de la police : attraper les voleurs. Il semble qu'on l'ait un peu oublié aujourd'hui. Il y eut un jour une histoire à Bnei Brak : on voulait appeler la police parce qu'un Arabe se montrait violent, mais personne ne venait. Quelqu'un a alors téléphoné en disant : « Il y a ici un Arabe, et des 'harédim sont en train de le frapper ! » En l'espace de quatre minutes, cinq voitures de police étaient sur place. Un Arabe qui sème le trouble, cela n'intéresse personne ; la police a des affaires bien plus importantes à traiter.

« Ils m'ont frappée, ils m'ont blessée » - ils m'ont meurtrie. Et Rachi précise : une blessure (« pétsa ») est le coup porté par une arme. Il ne s'agit pas d'une maladie corporelle, comme on l'emploierait parfois aujourd'hui, mais bien d'un coup asséné par une épée. « Ils m'ont ôté mon voile (redidi) » - il s'agit de la parure aplatie et martelée qui me couvrait. On avait coutume d'aplatir les bijoux, c'est-à-dire de les étirer très finement en plaques pour y graver des motifs et des figures. Tout le langage de ce passage est celui d'une jeune épouse qui pleure son premier époux et part à sa recherche. Voilà pour la parabole : la bien-aimée va et cherche. Où est son bien-aimé ? Où a-t-il disparu ? Mon époux frappait tout à l'heure, et maintenant, c'est moi qui le cherche.

Le sens allégorique : d'A'haz à Yoshiyahou

À partir d'ici, Rachi se tourne vers l'exemple, vers le sens allégorique. « Mon bien-aimé a avancé la main par l'ouverture » : lorsque j'ai dit « J'ai lavé mes pieds » et que je ne t'ouvrirai point, refusant de renoncer à l'idolâtrie que j'avais choisie, le Saint, béni soit-Il, a étendu Sa main et a manifesté Sa rétribution à l'époque d'A'haz. Il fit venir contre lui les troupes du roi d'Aram, qui lui infligèrent de lourdes pertes et emmenèrent une multitude de captifs, tandis que Pèka'h fils de Remalyahou tua en Judée cent vingt mille hommes en un seul jour. Essayez de mesurer ce chiffre : au festival Nova, environ mille deux cents personnes ont été massacrées ; ici, il s'agit de cent fois plus, cent vingt mille en un seul jour ! C'est le Saint, béni soit-Il, qui a ainsi étendu Sa main : Il a frappé pour nous réveiller.

« Et mes entrailles se sont émues pour lui » - pour le rechercher. Quand cela s'est-il produit ? À l'époque de Hizkiyahou (Ézéchias), fils d'A'haz, qui revint de tout son cœur pour rechercher le Saint, béni soit-Il, et toute sa génération était intègre. Il ne s'est point levé en Israël de génération comparable à la leur, comme l'explique le traité Sanhédrin (chapitre 'Helek), où l'on vérifia de Dan jusqu'à Beer-Shéva sans trouver un seul ignorant (« am haarets »). Et c'est là le sens de « et mes mains ont distillé la myrrhe ». Le peuple de cette génération fit téchouva et se rapprocha d'Hachem à la suite du terrible coup porté sous la génération précédente d'A'haz. De même, au sujet de Yoshiyahou (Josias), il est dit : « Avant lui, il n'y eut point de roi semblable à lui », car il vit le malheur qui s'était abattu sur Ménaché et sur Amon qui l'avaient précédé - accomplissant ainsi : « mon bien-aimé a retiré sa main par l'ouverture, et mes entrailles se sont émues pour lui ». Il vit le châtiment, et cela le poussa à faire téchouva.

Une téchouva venue trop tard : le décret ne fut pas annulé

« J'ai ouvert à mon bien-aimé, mais mon bien-aimé s'était esquivé, avait passé » - Il n'annula point Son décret. Bien que Hizkiyahou et Yoshiyahou fussent droits, Hachem n'annula pas le décret. Concernant Hizkiyahou, il est dit : « Voici que des jours viennent où l'on emportera tout ce qui est dans ta maison... et l'on prendra de tes fils que tu auras engendrés » - ce sont Daniel, 'Hananiah, Mishaël et Azariah, qui furent emmenés au palais du roi de Babylone. Et pour Yoshiyahou, la prophétie fut prononcée par 'Houlda la prophétesse : « Voici que Je fais venir un malheur sur ce lieu et sur ses habitants ». Et il est écrit : « Avant lui, il n'y eut point de roi semblable à lui... Pourtant, l'Éternel ne revint pas de l'ardeur de Sa grande colère dont Il s'était enflammé contre Juda, à cause de toutes les provocations par lesquelles Ménaché L'avait irrité. Et l'Éternel dit : Même Juda, Je l'écarterai de Ma face comme J'ai écarté Israël, et Je rejetterai cette ville ».

Nous constatons ici que la mesure avait été comblée à un point tel qu'il était seulement possible d'adoucir les souffrances, mais non de les annuler. Nous l'avons déjà souligné à plusieurs reprises : la téchouva a une date d'expiration. Le Saint, béni soit-Il, ne garantit pas qu'Il attendra indéfiniment ; Il accorde une fenêtre d'opportunité, et si l'on ne la saisit pas, on la perd complètement. Ici, on a fini par la saisir, mais trop tardivement ; cela a donc permis d'atténuer les souffrances, mais sans modifier ni annuler le décret.

Ménaché : une téchouva partielle

Ménaché en est un autre exemple. Nous l'avions déjà évoqué lors de l'étude du livre des Rois : bien qu'il soit écrit que Ménaché revint vers Hachem de tout son cœur, le décret ne fut pas levé pour autant. Pourquoi ? Parce que Ménaché fit téchouva de l'idolâtrie, mais non des meurtres qu'il avait perpétrés ; or, il avait rempli Jérusalem de sang d'un bout à l'autre - qui peut concevoir une expression aussi terrible ? Et de cela, il ne fit pas téchouva. C'est pourquoi le Malbim explique que sa téchouva n'eut qu'une efficacité très partielle : elle servit à le ramener à Jérusalem, mais non à annuler le décret. Ainsi, même après sa téchouva, le texte répète : « à cause de toutes les provocations par lesquelles Ménaché L'avait irrité » - car cela vise les meurtres, pour lesquels il n'avait pas fait téchouva.

Et si l'on demande : comment peut-on faire téchouva pour un meurtre ? La téchouva s'opère selon ses règles halakhiques : le regret, la confession verbale (vidouï), la résolution pour l'avenir et le délaissement de la faute. Il n'existe pas d'autres lois de la téchouva. La question de savoir ce qui déracine la faute dans les mondes supérieurs est une autre affaire. Il y a deux dimensions dans la transgression : premièrement, j'ai offensé Hachem ; deuxièmement, j'ai causé une altération dans les mondes d'en haut. Lorsqu'on dit que « la téchouva purifie », cela signifie que le Saint, béni soit-Il, pardonne et efface le fait d'avoir transgressé Sa volonté. Cependant, les dégradations provoquées par les actes doivent être réparées, et c'est la raison d'être des jeûnes et des tikkounim institués par le saint Ari zal. Même si nos Sages ont affirmé que l'homme ne bouge pas de là avant qu'on ne lui pardonne, le pardon s'applique au fait d'avoir désobéi à Hachem, mais ce qui a été détruit reste détruit. C'est semblable à la parabole déjà mentionnée : un homme brûle votre véhicule, puis revient deux jours plus tard, plein de remords, pour vous demander pardon, et vous lui pardonnez. La voiture revient-elle pour autant à la vie ? L'assurance revient-elle pour autant à son état initial ? C'est exactement la même chose.

« Mon âme s'est échappée à sa parole » - et la prophétie de Jérémie

« Mon âme s'est échappée à sa parole » - elle m'a quittée lorsqu'Il a prononcé cette parole. Selon l'explication de Rachi ici, c'est comme si j'avais perdu la vie en entendant ce décret redoutable. « Je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé ». Et si l'on objecte : Jérémie ne s'est-il pas dressé aux jours de Yehoyakim et de Tsidkiyahou en prophétisant : « Revenez à Moi et Je reviendrai à vous » ? Comment peut-on alors affirmer : « Je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé », et soutenir que le décret subsistait ? Rachi explique : ce n'était point pour annuler le décret, mais pour adoucir le malheur et pour préparer leur royauté lors de leur retour d'exil, afin de les planter sans déracinement et de les bâtir sans destruction. C'est-à-dire deux éléments : premièrement, que les épreuves soient moins rigoureuses ; deuxièmement, qu'au retour d'exil, Hachem affermisse leur royauté, les plante sans abandon et les bâtisse sans démolition.

Et c'est là le Second Temple : comme l'écrit notoirement le Malbim, sa construction constituait une période probatoire. Si nous avions surmonté cette épreuve avec succès, le Troisième Temple serait descendu du Ciel, bâti de feu, et la délivrance finale serait venue. Mais puisque lors du Second Temple nous n'avons pas réussi l'épreuve : « La moisson est passée, l'été a pris fin, et nous n'avons pas été sauvés ».

Le sens allégorique des gardiens : Nabuchodonosor et les anges du service

« Les gardiens qui font la ronde dans la ville m'ont trouvée » - ce sont Nabuchodonosor et ses armées, venus nous frapper. Rachi soulève une difficulté : pourquoi sont-ils appelés « faisant la ronde dans la ville », alors que nous avons vu précédemment que les gardiens protègent la ville ? Il répond : ces gardiens tournent dans la ville pour accomplir la vengeance de l'Omniprésent. « Ils m'ont ôté mon voile » - c'est le Beth Hamikdach, qui est le voile qui me couvrait et me protégeait, ma parure. « Les gardiens des murailles » - même les anges du service qui gardaient ses murailles, ainsi qu'il est dit : « Sur tes murailles, Jérusalem, J'ai placé des gardiens », ce sont eux qui y ont mis le feu, comme il est dit : « D'en haut Il a envoyé un feu ». Le Saint, béni soit-Il, envoya le feu d'en haut par l'entremise des anges, et ils embrasèrent le Temple.

La deracha de Rav Chalom Schwadron : le pyjama et la douche

אֲנִי יְשֵׁנָה וְלִבִּי עֵר קוֹל דּוֹדִי דוֹפֵק פִּתְחִי לִי אֲחֹתִי רַעְיָתִי יוֹנָתִי תַמָּתִי שֶׁרֹּאשִׁי נִמְלָא טָל קְוֻצּוֹתַי רְסִיסֵי לָיְלָה׃ - « Je dors, mais mon cœur veille. C'est la voix de mon bien-aimé qui frappe : Ouvre-moi, ma sœur, ma compagne, ma colombe, ma parfaite ! Car ma tête est couverte de rosée, mes boucles des gouttes de la nuit. »

Ces versets ont fait les délices des prédicateurs. Rav Chalom Schwadron consacrait toute une deracha à ce passage : « La voix de mon bien-aimé frappe » - Eloul, Eloul, Eloul, réveille-toi ! Et l'homme dort encore, il est encore en pleines vacances de Bein HaZmanim. Le Saint, béni soit-Il, dit : « Ouvre-moi, ma sœur, ma compagne, ma colombe, ma parfaite », et nous répondons : Maître du monde, « J'ai ôté ma tunique, comment la revêtirais-je ? » - j'ai déjà mis mon pyjama. « J'ai lavé mes pieds » - j'ai déjà pris ma douche, je me suis déjà lavé, et il faudrait sortir du lit maintenant ? Il fait un peu froid, « comment les salirais-je ? »

Et alors : « Mon bien-aimé a avancé sa main par l'ouverture, et mes entrailles se sont émues pour lui. Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé » - et aussitôt : « mais mon bien-aimé s'était esquivé, avait disparu ». Et de demander : si je me suis déjà levée pour ouvrir à mon bien-aimé, pourquoi s'est-il esquivé et est-il parti ? Il y a pourtant là, en apparence, une démarche de techouva, et face à une démarche de techouva, on devrait ouvrir ! Sur le fond, nous avons déjà répondu d'après Rachi, mais Rav Schwadron place l'accent sur un mot : « Je me suis levée, *moi* », « j'ai ouvert, *moi* ». C'est-à-dire que nous avons agi avec le sentiment que c'est moi qui fais, moi qui accomplis, que cela vient de ma propre force, que tout s'est fait pour ainsi dire par moi. Il manque ici l'humilité de reconnaître que tout vient de la force d'Hachem - car c'est Lui qui m'a réveillé, c'est Lui qui a frappé à ma porte, c'est Lui qui a patienté. Et dès lors que « je me suis levée, *moi* » et que je m'en attribue le mérite, dans une telle disposition d'esprit : « mon bien-aimé s'était esquivé, avait disparu ; mon âme défaillait quand il parlait. Je l'ai cherché et ne l'ai point trouvé, je l'ai appelé et il ne m'a point répondu ».

Ce n'était nullement mon initiative. À quoi cela ressemble-t-il ? On braque une arme sur la tempe de quelqu'un, et une fois l'arme pointée, il dit : « D'accord, d'accord », pour ensuite aller raconter : je suis venu de mon plein gré ! Comment cela, de ton plein gré ? Sans le pistolet, tu ne serais pas là du tout. Et il s'en attribue encore le mérite ! Tu n'es pas venu, tu ne le voulais pas, on t'a amené de force.

Verset 8 : Je vous en conjure, filles de Jérusalem

הִשְׁבַּעְתִּי אֶתְכֶם בְּנוֹת יְרוּשָׁלָ͏ִם אִם תִּמְצְאוּ אֶת דּוֹדִי מַה תַּגִּידוּ לוֹ שֶׁחוֹלַת אַהֲבָה אָנִי׃ - « Je vous en conjure, filles de Jérusalem, si vous trouvez mon bien-aimé, que lui direz-vous ? Que je suis malade d'amour. »

C'est une bonne chose qu'il y ait des chants : grâce à eux, on retient aussi les versets. Les « filles de Jérusalem » désignent ici les nations, les hommes de Nabuchodonosor, vous qui avez vu 'Hanania, Michaël et Azaria se livrer à la fournaise ardente, Daniel jeté dans la fosse aux lions pour cause de prière, et la génération de Mordékhaï au temps de Haman. Je vous en conjure : si vous trouvez mon bien-aimé dans les temps à venir, au jour du Jugement, lorsqu'il vous sera demandé de témoigner à mon sujet - selon ce qui est dit : « Qu'ils produisent leurs témoins et se justifient ». Et c'est ainsi que nos Sages ont enseigné : qui témoignera en notre faveur que nous avons été des justes ? Nabuchodonosor, Pharaon, et tous ceux qui nous ont tourmentés tandis que nous demeurions attachés à Hachem - ils produiront leurs témoins et se justifieront, ils viendront attester combien ils ont tenté de nous faire abjurer sans jamais y parvenir. Le Saint, béni soit-Il, dit à Nabuchodonosor et à tous les impies : Prépare-toi, tu devras encore venir déposer un témoignage de moralité en faveur du peuple d'Israël.

« Que lui direz-vous ? » - témoignez sur moi que c'est par amour pour Lui que je suis tombée malade au milieu de cruelles souffrances parmi vous. Que Nabuchodonosor vienne témoigner, qu'Éliphas, Tsofar et tous les prophètes des nations viennent attester que j'ai accompli la Torah. C'est pourquoi je vous en conjure, filles de Jérusalem - vous qui résidez autour de Jérusalem.

Et soit dit en passant, les pensées de repentir qui jaillissent en nous à chaque instant proviennent également de Lui, béni soit-Il, de cette voix céleste qui retentit depuis le mont 'Horev et proclame : « Revenez, enfants dévoyés ! » Le Baal Chem Tov demandait : à quoi sert une voix céleste sur le mont 'Horev, alors que nous en sommes si éloignés, et qui peut l'entendre ? C'est précisément l'origine de ces pensées de techouva qui scintillent chaque jour dans chaque cœur. Si quelque chose s'est éveillé ici, cela vient de Lui, béni soit-Il. Et si nous étions venus avec humilité en disant : « Hachem m'a relevé pour ouvrir à mon bien-aimé », la démarche aurait sans doute été agréée.

Verset 9 : Qu'a donc ton bien-aimé de plus qu'un autre ?

מַה דּוֹדֵךְ מִדּוֹד הַיָּפָה בַּנָּשִׁים מַה דּוֹדֵךְ מִדּוֹד שֶׁכָּכָה הִשְׁבַּעְתָּנוּ׃ - « Qu'a donc ton bien-aimé de plus qu'un autre, ô la plus belle des femmes ? Qu'a ton bien-aimé de plus qu'un autre, pour que tu nous conjures ainsi ? »

C'est ainsi que les nations interrogeaient Israël : en quoi votre Dieu est-il différent de toutes les autres divinités, pour que vous acceptiez d'être brûlés et crucifiés pour Lui ? En quoi diffère-t-il des autres dieux ? Chaque peuple a, pour ainsi dire, son propre dieu, son « bien-aimé », son amant - en quoi ton bien-aimé est-il différent du mien ? « Pour que tu nous adjures ainsi » - pourquoi nous adjures-tu de la sorte d'attester devant Lui de ton amour ? En quoi ton bien-aimé est-il si particulier pour que vous donniez votre vie pour Lui ?

Versets 10 - 16 : Description du Bien-Aimé selon le sens littéral

דּוֹדִי צַח וְאָדוֹם דָּגוּל מֵרְבָבָה׃ - Mon bien-aimé est éclatant et vermeil, distingué entre dix mille.

Ici commence la réponse : une description complète des raisons pour lesquelles nous aimons le Bien-Aimé. Rachi expose d'emblée sa démarche : j'expliquerai d'abord tout le passage selon son sens littéral, comme une louange de la beauté d'un jeune homme au teint blanc et aux joues vermeilles, puis j'aborderai l'explication de l'allégorie. En effet, Chir HaChirim est une allégorie, c'est pourquoi nous expliquerons d'abord comment ce jeune homme est magnifié dans sa beauté physique. « Éclatant et vermeil » - d'une blancheur éclatante, comme dans l'expression « plus éclatants que le lait », et avec un visage vermeil. « Distingué entre dix mille » (dagoul mérévava) - entouré de nombreuses armées sous leurs bannières (déguel), car à l'époque, les soldats entouraient le roi avec leurs étendards. « Dix mille » (révava) ne désigne pas ici seulement ce nombre précis, mais d'immenses myriades que l'on nomme ainsi, comme il est dit : « Je t'ai fait croître par myriades comme l'herbe des champs ».

רֹאשׁוֹ כֶּתֶם פָּז קְוֻצּוֹתָיו תַּלְתַּלִּים שְׁחֹרוֹת כָּעוֹרֵב׃ - Sa tête est de l'or le plus pur, ses boucles sont ondulées, noires comme le corbeau.

« Sa tête est de l'or le plus pur » (kètem paz) - sa tête brille comme l'or le plus fin. Et que signifie kètem ? C'est le trésor des rois qu'ils conservent dans leurs réserves, une parure précieuse. C'est en ce sens qu'il est dit « l'or pur s'est altéré », ou encore « si j'avais mis ma confiance dans l'or » - c'est-à-dire si je m'étais appuyé sur ma richesse -, ou encore « une parure d'or fin ». « Ses boucles sont ondulées » (kévoutzotav taltalim) - du sens de ce qui est suspendu (pendants, en ancien français chez Rachi) : les mèches de cheveux sont rassemblées et pendent, ce que nous appelons aujourd'hui des boucles. « Noires comme le corbeau » - tous ces traits font la beauté du jeune homme. À cette époque, on ne recherchait ni les cheveux blonds ni les cheveux châtains, et une chevelure d'un noir profond était considérée comme l'idéal de la beauté, car lorsque l'homme commence à vieillir, ses cheveux blanchissent.

עֵינָיו כְּיוֹנִים עַל אֲפִיקֵי מָיִם רֹחֲצוֹת בֶּחָלָב יֹשְׁבוֹת עַל מִלֵּאת׃ - Ses yeux sont comme des colombes au bord des cours d'eau, se lavant dans le lait, posés dans leur enchâssement.

« Ses yeux sont comme des colombes au bord des cours d'eau » - ses yeux, au bord des cours d'eau, sont aussi beaux que des yeux de colombes. Les cours d'eau offrent un spectacle agréable, et les jeunes gens y vont pour naviguer et nager. Le poète fait ainsi sa louange : lorsque mon bien-aimé regarde vers les cours d'eau, ses yeux ont la beauté de ceux des colombes. On pourrait se demander en quoi réside exactement cette louange : il semble qu'au bord de l'eau, son regard s'illumine davantage et paraît plus éclatant, ou bien que sa beauté générale en ce lieu rehausse celle de ses yeux, au point qu'ils semblent comparables à des colombes.

« Se lavant dans le lait » - il loue ici la blancheur du blanc de ses yeux, pur et brillant comme le lait. « Posés dans leur enchâssement » (yochevot al miléte) - cela exprime également la beauté et l'harmonie : ses yeux ne sont ni trop saillants ni enfoncés, mais parfaitement enchâssés dans leurs orbites, l'œil épousant exactement sa cavité. Le terme miléte signifie qu'ils occupent pleinement leur place, à la manière des pierres précieuses montées dans leur chaton : on creuse un réceptacle et on y insère la pierre. Cette expression s'applique à tout ce qui vient combler une cavité faite pour lui servir d'assise, à l'image des « pierres de remplissage » (avné milouïm) ou de « l'enchâssement de la pierre ».

לְחָיָו כַּעֲרוּגַת הַבֹּשֶׂם מִגְדְּלוֹת מֶרְקָחִים שִׂפְתוֹתָיו שׁוֹשַׁנִּים נֹטְפוֹת מוֹר עֹבֵר׃ - Ses joues sont comme un parterre d'aromates, des terrasses de plantes parfumées ; ses lèvres sont des lys, distillant une myrrhe fluide.

« Ses joues sont comme un parterre d'aromates » - Rachi précise que les mots « des terrasses de plantes parfumées » (migdalot merka'him) ne constituent pas une description distincte, mais le prolongement de la comparaison : ses joues sont semblables à un parterre de senteurs où poussent ces plantes à parfums. Le terme merka'him désigne les compositions aromatiques, ces épices que l'on prépare en les mélangeant, en les broyant et parfois en les faisant cuire pour obtenir un onguent exquis. « Des terrasses d'aromates » - c'est là que l'on cultive ces essences et qu'on les apprête selon l'art du parfumeur, dans le processus de fabrication des parfums.

יָדָיו גְּלִילֵי זָהָב מְמֻלָּאִים בַּתַּרְשִׁישׁ מֵעָיו עֶשֶׁת שֵׁן מְעֻלֶּפֶת סַפִּירִים׃ - Ses mains sont des cylindres d'or, incrustés de chrysolithe ; son corps est un ouvrage d'ivoire poli, couvert de saphirs.

« Ses mains sont des cylindres d'or » - semblables à des anneaux ou des rouleaux d'or. « Incrustés de chrysolithe » - toute expression désignant le sertissage d'une pierre précieuse dans l'or est appelée milat, comme dans « plein enchâssement » (milat even). Lorsque l'on voulait enchâsser une pierre précieuse, comme un diamant dont la pointe est tournée vers le bas ou des pierres rectangulaires dont la base est immergée, on préparait une cavité (milouah) - un logement creux où la pierre était sertie, de manière à ne pas faire saillie au-dessus du bijou mais à affleurer parfaitement à sa surface.

« Son corps est un bloc d'ivoire » - échet désigne un bloc massif, comme dans l'expression « ils sont devenus gras et épais » (chamnou achtou), un amas dense étant nommé échet (massisse en ancien français, bloc). C'est ainsi que l'on frappait le lingot d'or pour forger la Ménorah : on prenait un bloc d'or massif et on le sculptait. « Ivoire » (chen) - tiré des défenses d'éléphant. « Couvert de saphirs » (méouléfèt sapirim) - orné et paré de saphirs, une pierre précieuse. Le terme ilouf a ici le même sens que dans « elle s'enveloppa » (vatit'alef), que le Targoum traduit par « elle se fit belle » (ve-itkanat), une notion de parure. Cela n'a aucun lien avec le dressage, mais signifie paré et embelli.

שׁוֹקָיו עַמּוּדֵי שֵׁשׁ מְיֻסָּדִים עַל אַדְנֵי פָז מַרְאֵהוּ כַּלְּבָנוֹן בָּחוּר כָּאֲרָזִים׃ - Ses jambes sont des colonnes de marbre, posées sur des socles d'or fin ; son aspect est comme le Liban, distingué comme les cèdres.

« Ses jambes sont des colonnes de marbre » - des colonnes de marbre blanc, comme dans la Méguilat Esther : « sur des anneaux d'argent et des colonnes de marbre ». « Posées sur des socles d'or fin » - les colonnes reposent sur des socles qui en forment la base, à l'instar de ce que nous avons vu dans le Mishkan ; ici, les socles sont d'or pur, illustrant la magnificence et la perfection de l'ouvrage. « Son aspect est comme le Liban » - sa stature est élevée comme les cèdres du Liban. « Distingué comme les cèdres » - d'élite parmi les jeunes gens, tout comme le cèdre se distingue au milieu des autres arbres.

חִכּוֹ מַמְתַקִּים וְכֻלּוֹ מַחֲמַדִּים זֶה דוֹדִי וְזֶה רֵעִי בְּנוֹת יְרוּשָׁלָ͏ִם׃ - Son palais n'est que douceur et tout en lui est désirable : tel est mon bien-aimé, tel est mon compagnon, ô filles de Jérusalem !

« Son palais n'est que douceur » - ses paroles sont douces et agréables, car le palais exprime la parole. « Tel est mon bien-aimé, tel est mon compagnon » - voilà à quoi ressemble mon bien-aimé, voilà mon compagnon, et c'est pour toutes ces vertus que je languis d'amour pour lui. En d'autres termes : voici la description de mon aimé et de mon compagnon, et face à tant de qualités sublimes, je suis malade d'amour pour lui et je désire ardemment retrouver sa présence.

Le passage au sens allégorique

Jusqu'ici, Rachi a explicité toutes les qualités du jeune homme selon le sens littéral : la nature des cylindres d'or, de la chrysolithe, de son corps, de l'ivoire issu des défenses d'éléphant, et le sens de l'éloge « altier comme les cèdres ». À partir d'ici, Rachi, fidèle à sa démarche, transpose l'ensemble vers le sens allégorique (le nimchal), c'est-à-dire l'amour de la bien-aimée pour son aimé - Knesset Israël envers le Saint, béni soit-Il. Il appelle cette correspondance hadougmâ : « Et l'application à l'égard du Saint, béni soit-Il, est ainsi... ». Sous l'angle de la parabole, le chapitre est achevé ; nous allons à présent observer comment toutes ces images expriment l'amour profond entre Israël et le Saint, béni soit-Il.

En résumé :

Dans cette partie du chapitre, nous avons vu le moment où la bien-aimée se lève pour ouvrir, mais où le bien-aimé s'est déjà dérobé et a disparu. Dans l'allégorie : le Saint, béni soit-Il, a tendu Sa main à l'époque d'Ahaz pour éveiller les cœurs ; Hizkiyahou, Yochiyahou et leur génération ont effectivement fait téchouva, mais le décret ne fut pas annulé, seulement adouci - car la téchouva a une date limite, et lorsque la mesure est comble, il ne reste plus qu'à atténuer les souffrances et à préparer le retour d'exil. De là, nous avons également tiré un enseignement sur la téchouva incomplète de Ménaché, et sur la distinction entre le pardon pour l'offense faite à Hachem et la réparation des ravages commis. Nous avons rappelé l'explication de Rav Chalom Schwadron sur les mots « Je me suis levée, moi » - montrant que la chute survient lorsque l'homme s'attribue le mérite, alors que tout éveil et toute pensée de repentir proviennent de Lui, béni soit-Il, comme l'enseigne le Baal Chem Tov au sujet de la voix céleste (la Bat Kol) qui retentit du mont Horeb. Enfin, nous avons vu le serment exigé par la bien-aimée auprès des nations afin qu'elles témoignent pour elle dans les temps à venir, ainsi que leur question : « Qu'a donc ton bien-aimé de plus qu'un autre ? », à laquelle Knesset Israël répond par un portrait sublime du Bien-Aimé - description que Rachi a d'abord explicitée au sens littéral, et qu'il interprétera désormais comme l'allégorie des liens profonds unissant le Saint, béni soit-Il, à Son peuple.