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Chant V - La parabole - La séparation définitive

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Introduction : Le cinquième chant - La parabole

Nous abordons le cinquième chant de Chir Hachirim, selon la division établie par le Malbim. C'est le plus long de tous : il s'étend du sixième chapitre, depuis « Où est allé ton bien-aimé, ô la plus belle des femmes », jusqu'au huitième chapitre, et s'achève sur le verset qui précède « Nous avons une petite sœur ».

Rappelons brièvement l'ensemble de la parabole : un berger aimait une jeune femme, et elle l'aimait d'un amour ardent. Le roi Chlomo l'enleva de force pour la conduire dans son palais, où elle se retrouva captive. À chaque occasion, elle tentait de fuir vers son bien-aimé, tandis que celui-ci l'attendait et la cherchait. Sans cesse, elle était attirée vers lui et prenait la fuite, mais les filles de Jérusalem la ramenaient au palais de Chlomo. C'est ainsi que se déroule, tout au long du livre, ce va-et-vient entre la bien-aimée et les filles de Jérusalem du palais, face au bien-aimé qui vient lui rendre visite ou vers qui elle s'échappe au désert, contrainte à chaque fois de regagner sa prison. Et l'allégorie, comme nous l'avons expliqué : l'âme de Chlomo qui s'élève hors du corps pour s'unir à Hakadoche Baroukh Hou par la prophétie, jusqu'à ce que le corps lui impose de nouveau son attache matérielle. Le corps est représenté par Chlomo, et l'âme par la bien-aimée de la parabole.

Dans le cinquième chant, explique le Malbim, le bien-aimé rejoint sa compagne à la fin des jours, dans un silence secret. Les filles de Jérusalem et le roi Chlomo lui-même discutent avec elle et la supplient de ne pas les quitter pour s'unir entièrement à son bien-aimé. Mais alors, portée par la puissance de son amour, elle s'arme de courage, s'élance vers son bien-aimé au désert et ne revient plus jamais. C'est ainsi que finalement, les poètes ont entonné : « Des eaux nombreuses ne sauraient éteindre l'amour » - l'amour de la bien-aimée pour son cher berger a triomphé de tout.

Les filles de Jérusalem prêtes à apporter leur aide
אָנָה הָלַךְ דּוֹדֵךְ הַיָּפָה בַּנָּשִׁים, אָנָה פָּנָה דוֹדֵךְ וּנְבַקְשֶׁנּוּ עִמָּךְ׃ (ו, א) - « Où est allé ton bien-aimé, ô la plus belle des femmes ? Vers où s'est tourné ton bien-aimé, afin que nous le cherchions avec toi ? »

Après que la bien-aimée leur a décrit qui était son ami - « Sa tête est d'or pur, ses boucles sont ondoyantes, noires comme le corbeau » -, elles sont prêtes à l'aider à le retrouver. En entendant ses perfections et son caractère unique, elles se disent : s'il est véritablement si exceptionnel, nous voulons t'aider à t'approcher de lui. C'est pourquoi elles demandent : « Où est allé ton bien-aimé » - quel est son lieu ? Et si tu ne connais pas l'endroit précis, au moins « vers où s'est tourné ton bien-aimé » - vers quelle direction s'est-il dirigé, pour que nous ayons une orientation et le cherchions là-bas, « afin que nous le cherchions avec toi ».

דּוֹדִי יָרַד לְגַנּוֹ לַעֲרֻגוֹת הַבֹּשֶׂם, לִרְעוֹת בַּגַּנִּים וְלִלְקֹט שׁוֹשַׁנִּים׃ (ו, ב) - « Mon bien-aimé est descendu dans son jardin, aux parterres d'aromates, pour paître dans les jardins et cueillir des roses. »

Tandis qu'elles parlent, explique le Malbim, alors qu'ils se trouvent dans le jardin du roi, le bien-aimé - ce berger - descend des montagnes escarpées et pénètre dans le jardin. Remarquez la précision du texte : le but premier de sa venue n'est pas le jardin en lui-même, mais « les parterres d'aromates ». Qui est ce parterre d'aromates ? Sa bien-aimée, qui est le parterre embaumant le jardin tout entier. Le berger est venu contempler les jardins et y faire paître son troupeau, mais il ne cueille pour lui-même que pour « cueillir des roses » uniquement : cette rose unique, son épouse et l'amour de sa jeunesse, pour laquelle il est venu jusqu'ici.

אֲנִי לְדוֹדִי וְדוֹדִי לִי הָרֹעֶה בַּשּׁוֹשַׁנִּים׃ (ו, ג) - « Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi, lui qui fait paître son troupeau parmi les roses. »

La fiancée déclare alors : je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi, par le fait même qu'il m'a apporté des roses en offrande, comme un présent et un gage d'amour.

« Tu es belle, ma compagne, comme Tirtsa » - Le retour de la faveur
יָפָה אַתְּ רַעְיָתִי כְּתִרְצָה, נָאוָה כִּירוּשָׁלִָם, אֲיֻמָּה כַּנִּדְגָּלוֹת׃ (ו, ד) - Tu es belle, ma bien-aimée, comme Tirtsa, gracieuse comme Jérusalem, redoutable comme des troupes sous leurs bannières.

« Kétirtsa » provient du mot ratson (le bon vouloir, l'agrément). Le Malbim explique : tu es belle à mes yeux parce que tu t'es réconciliée avec moi et que ton désir est revenu vers moi. En effet, nous avons vu plus tôt, lors de l'appel « La voix de mon bien-aimé frappe : ouvre-moi, ma sœur, ma compagne », que la bien-aimée s'était laissée absorber par le palais de Salomon et ne recherchait plus son bien-aimé. Le lien semblait rompu : elle s'était tournée vers les plaisirs du palais et s'était attachée au roi Salomon, tandis que le berger qui l'attendait au désert, au-delà des montagnes escarpées, ne touchait plus son cœur. Et lorsqu'elle s'est levée pour ouvrir, « mon bien-aimé s'était esquivé, il avait passé », blessé dans son amour. À présent, ils se retrouvent et s'unissent à nouveau : « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi ». C'est pourquoi il lui dit : tu t'es réconciliée avec moi une seconde fois, et par là même, mon désir de m'unir à toi s'est réveillé. « Gracieuse comme Jérusalem » - comme toutes les filles de Jérusalem. « Redoutable comme des troupes sous leurs bannières » - nidgalot se rattache à « son étendard sur moi est amour », c'est-à-dire de multiples camps et régiments : désormais, les autres craindront de s'approcher de toi, car ils verront que tu es proche de moi, proche de ton bien-aimé.

הָסֵבִּי עֵינַיִךְ מִנֶּגְדִּי שֶׁהֵם הִרְהִיבֻנִי, שַׂעְרֵךְ כְּעֵדֶר הָעִזִּים שֶׁגָּלְשׁוּ מִן הַגִּלְעָד׃ שִׁנַּיִךְ כְּעֵדֶר הָרְחֵלִים שֶׁעָלוּ מִן הָרַחְצָה, שֶׁכֻּלָּם מַתְאִימוֹת וְשַׁכֻּלָה אֵין בָּהֶם׃ כְּפֶלַח הָרִמּוֹן רַקָּתֵךְ מִבַּעַד לְצַמָּתֵךְ׃ (ו, ה-ז) - Détourne tes yeux de moi, car ils me subjuguent. Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres dévalant du Guilad. Tes dents sont comme un troupeau de brebis qui remontent du bain, qui toutes portent des jumeaux et dont aucune n'est stérile. Comme une tranche de grenade est ta tempe derrière ton voile.

« Minegdi » signifie « de loin », à l'instar du verset « Et elle se tint à distance (minegued) ». Il lui dit : détourne ton regard qui se tient vis-à-vis de moi au loin. Jusqu'à présent, tu regardais vers les appartements de Salomon et vers son palais, et vers moi tu ne lançais que des regards furtifs, de côté, comme de loin. Mais à présent - détourne tes yeux et ramène-les vers moi, afin qu'ils s'attachent à moi avec constance. Dès lors, il célèbre sa beauté : tes cheveux, tes dents, et ta tempe pareille à une tranche de grenade.

« Elles sont soixante, les reines » - Pourquoi précisément mon unique ?
שִׁשִּׁים הֵמָּה מְלָכוֹת וּשְׁמֹנִים פִּילַגְשִׁים וַעֲלָמוֹת אֵין מִסְפָּר׃ (ו, ח) - Elles sont soixante, les reines, et quatre-vingts, les concubines, et les jeunes filles sont sans nombre.

Le bien-aimé voit les filles de Jérusalem s'approcher et se placer autour d'elle, comme pour l'empêcher de partir. Il leur dit : Salomon ne possède-t-il pas déjà tant de femmes - soixante reines, quatre-vingts concubines et d'innombrables jeunes filles ? Pourquoi donc prendrait-il ma bien-aimée, elle qui est mon unique ? Il possède toutes celles-ci, alors pourquoi s'est-il emparé précisément de la mienne ?

אַחַת הִיא יוֹנָתִי תַמָּתִי, אַחַת הִיא לְאִמָּהּ בָּרָה הִיא לְיוֹלַדְתָּהּ, רָאוּהָ בָנוֹת וַיְאַשְּׁרוּהָ מְלָכוֹת וּפִילַגְשִׁים וַיְהַלְלוּהָ׃ (ו, ט) - Unique est ma colombe, ma parfaite ; elle est l'unique de sa mère, la préférée de celle qui l'a enfantée. Les jeunes filles l'ont vue et l'ont proclamée bienheureuse, les reines et les concubines l'ont louée.

Elle est unique pour moi, ma colombe, ma parfaite, je n'ai point d'autre compagne ni d'autre amie qu'elle. Bien plus : « elle est l'unique de sa mère » - elle est une fille unique, sa mère n'a point enfanté d'autre fille qui lui ressemble. « La préférée de celle qui l'a enfantée » - bara signifie pure et choisie, comme si sa mère avait réuni en elle toute la beauté et toute la grâce du monde pour en parer cette enfant. Au point que quiconque la contemple proclame son bonheur : « Les jeunes filles l'ont vue et l'ont proclamée bienheureuse », toutes s'accordent à dire qu'il n'en existe aucune pareille à elle. Et même « les reines et les concubines l'ont louée » - bien qu'elles soient ses rivales, et que la réaction habituelle d'une rivale soit de dénigrer sa semblable, ici, au contraire, elles admirent sa vertu et chantent ses louanges. Dès lors, si Salomon possède soixante reines, quatre-vingts concubines et des jeunes filles sans nombre, pourquoi est-ce précisément mon unique qu'il retient ?

« Qui est celle qui apparaît comme l'aube »
מִי זֹאת הַנִּשְׁקָפָה כְּמוֹ שָׁחַר, יָפָה כַלְּבָנָה בָּרָה כַּחַמָּה, אֲיֻמָּה כַּנִּדְגָּלוֹת׃ (ו, י) - Qui est celle qui apparaît comme l'aube, belle comme la lune, pure comme le soleil, redoutable comme des troupes sous leurs bannières ?

À présent, les filles de Jérusalem s'approchent d'elle et s'interrogent. Le Malbim explique : l'aube est le trait d'union entre le jour et la nuit. Comme chacun sait, les spectacles les plus admirables de la nature sont les levers et les couchers de soleil - cet instant où le jour et la nuit se rencontrent est le moment le plus majestueux, où l'on contemple la lune dans sa douceur déclinante et le soleil naissant dans tout son éclat. Et elle ressemble à ces deux luminaires réunis : aux premières lueurs de l'aube, quand la lune est encore visible dans le ciel et que le soleil commence à luire - « belle comme la lune » encore présente, « pure comme le soleil » qui se lève. Et elle est aussi « redoutable comme des troupes sous leurs bannières », à l'image des myriades d'étoiles et de la milice céleste qui scintillent encore aux lueurs de l'aurore.

אֶל גִּנַּת אֱגוֹז יָרַדְתִּי לִרְאוֹת בְּאִבֵּי הַנָּחַל, לִרְאוֹת הֲפָרְחָה הַגֶּפֶן הֵנֵצוּ הָרִמֹּנִים׃ (ו, יא) - Je suis descendue au jardin des noyers pour voir la verdure du vallon, pour voir si la vigne a fleuri, si les grenadiers ont bourgeonné.

La bien-aimée répond aux filles de Jérusalem qui demandaient « Qui est celle qui apparaît comme l'aube », et commence à inventer des prétextes pour expliquer pourquoi elle est sortie de sa chambre et s'est montrée dehors dès l'aurore : je suis descendue au jardin des noyers, je suis allée me promener, contempler la verdure du vallon, et de là voir si la vigne a fleuri et si les grenadiers ont bourgeonné - je fais simplement un tour dans le jardin.

לֹא יָדַעְתִּי נַפְשִׁי שָׂמַתְנִי מַרְכְּבוֹת עַמִּי נָדִיב׃ (ו, יב) - Je ne savais pas : mon âme m'a placée sur les chars d'un noble peuple.

Mais aussitôt, elle revient sur ses propos, explique le Malbim, et avoue : je ne sais pas moi-même pourquoi je suis sortie. C'est « mon âme » - c'est-à-dire mon bien-aimé le berger, qui est l'essence même de mon âme, ma vie et mon souffle - qui m'a placée sur les « chars d'un noble peuple ». Il m'entraîne comme un char lancé à vive allure vers les membres généreux de mon peuple, pour me rattacher de nouveau à mes racines, afin que je ne reste pas captive dans la chambre de Salomon, mais que je sorte, tel un char fendant la route vers mon peuple et vers mon bien-aimé, vers le village et la contrée d'où Salomon m'a tirée. En d'autres termes : moi-même, j'ignore pourquoi je sors, mais c'est mon bien-aimé, ce berger qui est mon âme, qui me fait monter sur ses chars pour me ramener chez lui.

Les filles de Jérusalem supplient : « Reviens, reviens »
שׁוּבִי שׁוּבִי הַשּׁוּלַמִּית שׁוּבִי שׁוּבִי וְנֶחֱזֶה בָּךְ, מַה תֶּחֱזוּ בַּשּׁוּלַמִּית כִּמְחֹלַת הַמַּחֲנָיִם׃ (ז, א) - Reviens, reviens, ô Choulamite ! Reviens, reviens, et que nous te contemplions ! Que contempleriez-vous chez la Choulamite, comme une danse de deux camps ?

Lorsqu'elle leur révèle son intention de partir et de retourner auprès de son bien-aimé, les filles de Jérusalem commencent à la supplier de ne point s'en aller : reviens, reviens dans les appartements de Salomon, nous te contemplerons et nous t'honorerons comme une reine. La bien-aimée leur répond : « Que contempleriez-vous chez la Choulamite » - comment pourriez-vous m'honorer, alors que je suis chez vous « comme une danse de deux camps » ? Je suis constamment entourée de deux camps de gardes pour me surveiller, je suis comme une prisonnière parmi vous ! Et comment osez-vous me dire : reviens comme une reine ? Quelle reine ? Un camp autour d'un autre camp, uniquement pour m'enfermer et m'empêcher de m'enfuir !

« Toute ta beauté n'existe qu'ici » - L'argument des filles de Jérusalem
מַה יָּפוּ פְעָמַיִךְ בַּנְּעָלִים בַּת נָדִיב, חַמּוּקֵי יְרֵכַיִךְ כְּמוֹ חֲלָאִים מַעֲשֵׂה יְדֵי אָמָּן׃ (ז, ב) - Que tes pas sont beaux dans tes sandales, fille de prince ! Les contours de tes hanches sont comme des joyaux, œuvre des mains d'un artisan.

C'est ici que commence le thème qui traversera tous les versets suivants : les filles de Jérusalem prétendent que toutes les qualités de la bien-aimée ne découlent que de sa présence ici, au palais de Salomon. « Que tes pas sont beaux » - tes pas représentent ta démarche, et ils sont certes magnifiques, mais seulement « dans tes sandales » : uniquement lorsque tu es chaussée, et non pieds nus. C'est le palais de Salomon qui te fournit des parures et des souliers, mais si tu t'en vas rejoindre ton berger quelque part dans le désert, là-bas tu n'auras point de sandales, et ta beauté s'en trouvera altérée.

« Les contours de tes hanches sont comme des joyaux » - *'Heli* et *ketem*, explique Rachi, désignent des ornements d'or, à l'image du verset « anneau et collier d'or » (*adi nézem ve'helyata*). Le *ketem* est un bijou en or fin, comme dans *ketem paz*. Les contours de tes hanches ressemblent à des parures d'or, mais seulement s'ils sont l'« œuvre des mains d'un artisan » - seulement si s'y rattachent des joyaux façonnés avec art, uniques, singuliers, raffinés et splendides. En revanche, auprès de ton berger, tu ne disposeras pas de telles parures. En clair : toute ta beauté ne resplendit qu'ici, vêtue de faste dans le palais de Salomon. Mais là-bas, sans souliers et sans bijoux, où sera donc ta beauté ? Retenez bien ces images, car nous verrons ensuite comment elles s'articulent dans la métaphore et le sens allégorique.

שָׁרְרֵךְ אַגַּן הַסַּהַר אַל יֶחְסַר הַמָּזֶג, בִּטְנֵךְ עֲרֵמַת חִטִּים סוּגָה בַּשּׁוֹשַׁנִּים׃ (ז, ג) - Ton nombril est une coupe arrondie où le vin aromatisé ne manque point ; ton ventre est un monceau de blé, entouré de lis.

« La coupe arrondie » désigne un réceptacle où s'amassent les boissons, comme un bassin qui contient du liquide. Et elles avancent cet argument : toi qui as l'habitude de boire du vin à satiété, « où le vin mêlé ne manque point » - ce vin coupé avec art ne se trouve pour toi qu'ici. L'art de couper le vin consistait à y mêler de l'eau avec une grande maîtrise, afin de trouver le dosage parfait. Là-bas, chez le berger, on ne t'en versera point. « Ton ventre est un monceau de blé entouré de roses » : ton ventre non plus ne manquera jamais de blé. Le blé symbolise la nourriture et les vivres, et dans le palais de Salomon, nourriture et subsistance abondent. C'est donc bien ici que tu disposes de parures, d'élégance, de vin, de pain et d'une nourriture raffinée - tout ce qui te manquera dans la modeste demeure du berger.

שְׁנֵי שָׁדַיִךְ כִּשְׁנֵי עֳפָרִים תָּאֳמֵי צְבִיָּה׃ (ז, ד) - Tes deux seins sont comme deux faons, jumeaux d'une gazelle.

Tes deux seins sont comparables à deux faons jumeaux d'une gazelle - le mot « tzeviyah » évoquant à la fois la gazelle et la splendeur (« tsevi »). C'est-à-dire : c'est précisément dans les appartements somptueux du roi, où se trouve tout ce qui est désirable, que ton éclat unique et ta splendeur s'épanouiront pleinement, et non dans la demeure du berger.

צַוָּארֵךְ כְּמִגְדַּל הַשֵּׁן, עֵינַיִךְ בְּרֵכוֹת בְּחֶשְׁבּוֹן עַל שַׁעַר בַּת רַבִּים, אַפֵּךְ כְּמִגְדַּל הַלְּבָנוֹן צוֹפֶה פְּנֵי דַמָּשֶׂק׃ (ז, ה) - Ton cou est comme une tour d'ivoire, tes yeux comme les étangs de Heshbon près de la porte de Bat-Rabbim, ton nez comme la tour du Liban qui regarde vers Damas.

Ton cou ressemble à une tour d'ivoire, et tes yeux sont semblables aux étangs de Heshbon, toujours limpides et étincelants de fraîcheur. Il convient donc qu'ils se trouvent « près de la porte de Bat-Rabbim », c'est-à-dire à Jérusalem et dans le palais de Salomon, lieu où afflue la multitude, et non dans quelque ruine du désert auprès du berger. Il sied qu'ils brillent dans un lieu grandiose et vénérable. « Ton nez est comme la tour du Liban qui regarde vers Damas » : le nez ressemble à la tour du Liban, tournée vers Damas ; or, à l'époque où ce chant fut composé, Damas était une métropole florissante, et non un désert, une ruine ou un champ de bataille. C'est pourquoi elles lui disent : pourquoi aller enfouir toute cette beauté singulière dans les solitudes arides du désert ? Premièrement, toute cette splendeur et cette magnificence n'existent qu'ici, dans les palais de Salomon ; deuxièmement, tu as ici l'abondance du vin et du pain ; et troisièmement, une telle beauté mérite d'être exposée aux portes des cités populeuses, et non reléguée dans un lieu où elle ne recevra aucun éclat.

רֹאשֵׁךְ עָלַיִךְ כַּכַּרְמֶל וְדַלַּת רֹאשֵׁךְ כָּאַרְגָּמָן, מֶלֶךְ אָסוּר בָּרְהָטִים׃ (ז, ו) - Ta tête se dresse sur toi comme le Carmel, et la chevelure de ta tête est comme la pourpre : un roi est enchaîné à tes tresses.

Ta tête s'élève sur toi semblable au Carmel par sa beauté imposante et sa majesté. « La chevelure de ta tête » (« dalat rochekh ») désigne le sommet de la tête, du verbe puiser ou élever (« lidlot »), et Rachi explique qu'il s'agit de la tresse relevée au sommet - éclatante comme la pourpre. Et « un roi est enchaîné aux tresses » (« melekh assour barehatim ») : les « rehatim » renvoient aux boucles ou aux cordons de ceintures avec lesquels on s'attache. Autrement dit : le roi Salomon est captif des liens de l'amour et ne peut plus bouger sans toi, comme s'il était retenu par des chaînes, entièrement lié à toi par cet amour.

מַה יָּפִית וּמַה נָּעַמְתְּ אַהֲבָה בַּתַּעֲנוּגִים׃ (ז, ז) - Que tu es belle et que tu es agréable, ô amour au milieu des délices !

Le sentiment d'amour, combien il est beau et agréable ! Mais tout cela n'est vrai que lorsqu'il s'accompagne de délices. Aimer le roi est beau et doux lorsque cet amour s'entoure des délices décrits ici : bijoux, vin, pain et abondance matérielle. Mais que feras-tu là-bas, auprès du pauvre berger ? De l'amour, peut-être bien, mais de délices, aucun ! Et un tel amour n'a plus rien de beau ni d'agréable. Quel amour est véritablement beau et doux ? Celui qui s'assortit de volupté et de plaisirs - et cela, tu ne le trouveras qu'ici, dans les palais de Salomon.

Salomon lui-même s'adresse à son cœur
זֹאת קוֹמָתֵךְ דָּמְתָה לְתָמָר וְשָׁדַיִךְ לְאַשְׁכֹּלוֹת׃ (ז, ח) - Cette taille qui est la tienne ressemble au palmier, et tes seins à des grappes.

C'est ici que le roi Salomon intervient en personne, explique le Malbim, et tente de fléchir le cœur de la Bien-aimée afin qu'elle ne le quitte pas pour rejoindre son époux et bien-aimé. Il lui dit : ta stature, dressée avec fierté et noblesse, ressemble au haut palmier auquel nul homme ne peut grimper. « Et tes seins à des grappes » : comparables par leur douceur aux grappes de fruits.

אָמַרְתִּי אֶעֱלֶה בְתָמָר אֹחֲזָה בְּסַנְסִנָּיו, וְיִהְיוּ נָא שָׁדַיִךְ כְּאֶשְׁכְּלוֹת הַגֶּפֶן וְרֵיחַ אַפֵּךְ כַּתַּפּוּחִים׃ (ז, ט) - Je me suis dit : je monterai sur le palmier, j'en saisirai les rameaux ; que tes seins soient donc comme des grappes de vigne, et le parfum de ton souffle comme celui des pommes.

Malgré tout, dit Salomon, je me suis dit que je monterais sur le palmier : je ferai tous les efforts possibles pour m'élever jusqu'à ta hauteur et t'atteindre, car elle est déjà sur le point de partir, tournée vers la sortie. Et bien que le palmier soit lisse et que quiconque tente d'y grimper glisse - « j'en saisirai les rameaux », je m'accrocherai à ses branches afin de ne pas tomber pendant mon ascension. Je ferai tout pour obtenir ton amour. Et je te demande : que tes seins soient donc comme des grappes de vigne, car lorsqu'on presse la vigne, le vin en jaillit, à l'image d'une abondance que tu déverserais sur moi, et que le parfum de ton souffle soit semblable aux pommes qui exhalent une si douce odeur.

וְחִכֵּךְ כְּיֵין הַטּוֹב הוֹלֵךְ לְדוֹדִי לְמֵישָׁרִים דּוֹבֵב שִׂפְתֵי יְשֵׁנִים׃ (ז, י) - Et ton palais est comme un vin exquis, coulant tout droit vers mon bien-aimé, faisant frémir les lèvres de ceux qui dorment.

Salomon demande que son palais lui soit comparable à un vin exquis qui réjouit le cœur, tout cela pour la convaincre de rester avec lui. Mais ici, la bien-aimée lui coupe la parole et réplique : « coulant tout droit vers mon bien-aimé ». Ce vin de mon palais que tu désires, ce n'est pas toi qu'il désaltérera et il ne sera point pour toi ; il est destiné à mon bien-aimé - à mon berger bien-aimé. Ne cherche pas à t'élever jusqu'à ma hauteur, n'essaie pas de m'atteindre ni de me solliciter, car c'est vers mon bien-aimé que je vais. Et ce n'est pas moi qui suis la droiture (Mecharim), mais mon bien-aimé est la droiture même, il incarne l'intégrité et la justice, et c'est vers lui qu'il faut tendre.

« Faisant frémir les lèvres de ceux qui dorment » - tant mon désir pour mon bien-aimé est grand, même au moment où mes lèvres dorment, elles continuent de murmurer son amour et ses paroles, proclamant : « Je suis à mon bien-aimé, et son désir se porte vers moi ». Il y a là un principe fondamental : ce qu'un homme prononce dans son sommeil exprime toujours les aspirations les plus secrètes de son cœur. Nous avons développé ce point dans l'étude consacrée aux songes, et quiconque le désire pourra s'y référer aux enseignements de Rabbi Tsadok HaCohen de Lublin : ce qui advient à l'homme durant son sommeil dévoile ce qui gît au tréfonds de son âme. À l'état conscient, l'homme est capable de dissimuler ses désirs, ses passions et ses préoccupations ; mais lorsqu'il perd conscience, son moi intérieur se révèle sans fard ni artifice, sans aucun filtre, et l'homme peut alors discerner véritablement quelles sont ses aspirations, quels sont ses désirs et qui il est au fond de lui-même. C'est pourquoi la bien-aimée déclare : même lorsque je dors, mes lèvres frémissent sous l'intensité de mon désir pour mon bien-aimé - « Je suis à mon bien-aimé, et son désir se porte vers moi ».

« Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs »
אֲנִי לְדוֹדִי וְעָלַי תְּשׁוּקָתוֹ׃ לְכָה דוֹדִי נֵצֵא הַשָּׂדֶה נָלִינָה בַּכְּפָרִים׃ (ז, יא-יב) - Je suis à mon bien-aimé, et son désir se porte vers moi. Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs, passons la nuit dans les villages !

La bien-aimée se tourne alors vers son bien-aimé et lui dit : viens, mon bien-aimé, mon amour, partons d'ici vers les champs, et cette nuit, reposons-nous dans les villages qui entourent Jérusalem.

נַשְׁכִּימָה לַכְּרָמִים נִרְאֶה אִם פָּרְחָה הַגֶּפֶן פִּתַּח הַסְּמָדַר הֵנֵצוּ הָרִמּוֹנִים, שָׁם אֶתֵּן אֶת דֹּדַי לָךְ׃ (ז, יג) - Dès l'aube nous irons aux vignes, nous verrons si la vigne a bourgeonné, si la fleur s'ouvre, si les grenadiers sont en fleur ; là, je te donnerai mes caresses d'amour.

Aux premières lueurs du jour, nous nous lèverons tôt pour aller aux vignes afin de voir si la vigne a fleuri. Remarquez bien les termes employés : il est incertain que la vigne ait fleuri, et il est douteux que les grenadiers aient bourgeonné ; et pourtant, « là, je te donnerai mes caresses d'amour » - c'est mon amour que je te donnerai. En d'autres termes : l'éclosion de la vigne et la floraison des grenadiers sont incertaines, mais mon amour pour toi a indubitablement fleuri et éclos, et c'est à toi seul que je l'offrirai, et non à un autre, et certainement pas à Salomon.

הַדּוּדָאִים נָתְנוּ רֵיחַ וְעַל פְּתָחֵינוּ כָּל מְגָדִים חֲדָשִׁים גַּם יְשָׁנִים, דּוֹדִי צָפַנְתִּי לָךְ׃ (ז, יד) - Les mandragores exhalent leur parfum, et à nos portes se trouvent toutes sortes de fruits exquis, nouveaux et anciens : mon bien-aimé, je les ai réservés pour toi.

Les mandragores sont ces plantes et fleurs que l'on cueille pour leur agréable parfum ; elles « exhalent leur parfum » - or leur senteur n'est pas réservée à leur propriétaire. Celui qui sème des mandragores les voit répandre leur odeur à tous vents : elles sont comme abandonnées dans le champ (hefker), embaumant pour chaque passant. De même, « tous les fruits exquis » se trouvent sur le pas de nos portes ; les mégadim sont des mets délicieux destinés à être mangés, et ils se trouvent sur le pas de la porte, accessibles à tous. « Nouveaux et anciens » - même les fruits nouveaux ressemblent déjà aux anciens, car nous en sommes plus que rassasiés. Ainsi va le monde : au début, toute chose plaît et enthousiasme, puis après deux ou trois fois, la ferveur s'estompe. Mais « mon bien-aimé, je les ai réservés pour toi » - mon amour, je ne le donne point comme une chose usée ni comme un bien abandonné à tous ; il t'est précieusement réservé à toi seul, mon amour n'appartient qu'à toi.

« Puisses-tu être comme un frère pour moi »
מִי יִתֶּנְךָ כְּאָח לִי יוֹנֵק שְׁדֵי אִמִּי, אֶמְצָאֲךָ בַחוּץ אֶשָּׁקְךָ גַּם לֹא יָבֻזוּ לִי׃ (ח, א) - « Puisses-tu être pour moi comme un frère, nourri au sein de ma mère ! Si je te rencontrais dehors, je t'embrasserais sans que l'on me méprise. » (8, 1)

À présent, la bien-aimée s'attriste à l'idée de devoir quitter la maison de sa mère et sa famille pour errer avec son bien-aimé à travers champs et déserts. Elle dit alors : plût au Ciel que l'on te considère comme un frère pour moi, nourri au sein de ma mère ! En effet, lorsqu'un homme embrasse une femme en public - et il ne s'agit pas ici de personnes éloignées de la pratique, mais bien de personnes attachées à la Torah - la chose est perçue comme inconvenante et répréhensible. En revanche, un frère qui embrasse sa sœur, même si cela ne fait pas partie des usages en public, reste bien plus compréhensible et toléré ; alors que si le fils du voisin embrassait la jeune fille d'à côté, même s'il s'agissait d'enfants, la chose susciterait l'opprobre. C'est pourquoi elle s'exclame : si seulement nous avions grandi ensemble et tété la même mère ! Ainsi, si je te trouvais dehors et t'embrassais, nul ne me mépriserait, et cela ne provoquerait ni honte ni commentaires du genre : « Avez-vous vu ce qu'ils font ? ».

אֶנְהָגְךָ אֲבִיאֲךָ אֶל בֵּית אִמִּי תְּלַמְּדֵנִי, אַשְׁקְךָ מִיַּיִן הָרֶקַח מֵעֲסִיס רִמֹּנִי׃ שְׂמֹאלוֹ תַּחַת רֹאשִׁי וִימִינוֹ תְּחַבְּקֵנִי׃ (ח, ב-ג) - « Je te conduirais, je t'amènerais dans la maison de ma mère, tu m'enseignerais ; je te ferais boire du vin parfumé, du moût de mes grenades. Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite m'enlace. » (8, 2-3)

Si tel était le cas, je pourrais aussi te guider et te faire entrer dans la maison de ma mère ; là, tu m'enseignerais, et là, je te ferais boire ce vin d'arômes au grand jour. Alors, « sa main gauche sous ma tête » se vivrait ouvertement, et « sa droite m'enlace » sans aucune honte ni crainte du regard d'autrui.

« Pourquoi éveilleriez-vous, pourquoi provoqueriez-vous » - Elle ne les craint plus
הִשְׁבַּעְתִּי אֶתְכֶם בְּנוֹת יְרוּשָׁלִָם, מַה תָּעִירוּ וּמַה תְּעֹרְרוּ אֶת הָאַהֲבָה עַד שֶׁתֶּחְפָּץ׃ (ח, ד) - « Je vous en conjure, filles de Jérusalem, pourquoi éveilleriez-vous, pourquoi provoqueriez-vous l'amour avant qu'il ne le désire ? » (8, 4)

Les fois précédentes, elle les avait conjurées « par les gazelles ou les biches des champs », en disant : « Si vous éveillez, si vous provoquez » - c'est-à-dire n'éveillez pas et ne provoquez pas. « N'éveillez pas » : ne tentez pas de susciter cet amour de l'extérieur ; et « ne provoquez pas » : dans le sens de « détruisez, rasez jusqu'aux fondations », n'abîmez pas cet amour. En d'autres termes : ne vous immiscez pas dans l'amour qui nous unit, mon bien-aimé et moi. Mais à présent, elle ne les craint plus, car elle se sépare d'elles définitivement et n'a plus peur de manifester son attachement à son bien-aimé. C'est pourquoi sa formule change : « Pourquoi éveilleriez-vous, pourquoi provoqueriez-vous ? » - car vous n'avez plus aucun pouvoir pour susciter ou troubler cet amour, ni pour le déclencher ni pour le briser ; vous n'avez désormais plus aucune prise sur lui.

En conclusion :

C'est ainsi que s'achève le cinquième chant, et avec lui se clôt la trame principale du récit de Shir HaShirim. Le bien-aimé est venu vers sa compagne ; les filles de Jérusalem et Salomon lui-même tentent de la convaincre que toute sa beauté, son opulence et ses plaisirs dépendent du palais - parures, bijoux, vin, mets de choix et place d'honneur aux portes de la cité - mais elle réplique que son bien-aimé est toute droiture et que son amour lui est réservé à lui seul, au point que ses lèvres continuent d'évoquer son souvenir jusque dans son sommeil. Enfin, elle s'élance à sa rencontre et ne redoute plus les filles de Jérusalem : « Pourquoi éveilleriez-vous, pourquoi provoqueriez-vous ? ». Tel est l'heureux dénouement de la parabole : les amants sont réunis, et la tentative d'appropriation de la bergère par Salomon prend fin. Vient ensuite le « chant des mille », dont nous expliquerons le sens en temps voulu, et nous abordons à présent l'application allégorique (le nimchal).

Chant V - La parabole - La séparation définitive · Shir HaShirim · שיר השירים על פי המלבי"ם