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Chapitre 2 - Sonnerie du chofar et téchouva - 1re partie

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Livre de Joël, chapitre 2 : « תקעו שופר בציון והריעו בהר קדשי ירגזו כל ישבי הארץ כי בא יום ה' כי קרוב » - Sonnez du chofar à Sion, sonnez avec éclat sur Ma montagne sainte ! Que tremblent tous les habitants du pays, car le jour de l'Éternel vient, car il est proche ! « Sonnez du chofar à Sion » : le chofar est destiné à éveiller le peuple afin qu'il revienne à Hachem par la téchouva avant que le malheur ne survienne. Nous avons vu en effet une dure prophétie annonçant l'arrivée imminente des sauterelles, destinée à remuer les cœurs pour qu'ils fassent téchouva.

Le Malbim explique qu'il y a une différence essentielle entre le chapitre précédent et celui-ci. Au chapitre précédent, le prophète contemplait en vision prophétique la venue future des sauterelles. C'est de cela que traitaient les versets précédents. La nouveauté de notre chapitre réside dans le fait qu'il décrit le moment où les sauterelles ont déjà commencé à déferler et à fondre sur le pays. Le chapitre précédent se situait au stade de l'avertissement : le prophète avertissait qu'il voyait ce drame en prophétie et qu'il fallait prendre garde. Ici, le texte annonce que les sauterelles atteignent déjà la terre d'Israël. C'est pourquoi le prophète leur ordonne : sonnez du chofar.

La coutume était de donner l'alerte lors des calamités ; la sonnerie du chofar fait donc ici office d'alarme pour avertir que les sauterelles sont là. Le Malbim précise que la teki'a avait également pour rôle de rassembler le peuple : le prophète demande de sonner à Sion, dans toute la cité, afin que tous les habitants l'entendent. La terou'a, en revanche, servait à inspirer l'effroi afin d'inciter au repentir. Il y a donc ici un double objectif : « Sonnez du chofar à Sion » pour convoquer l'assemblée, et « sonnez avec éclat sur Ma montagne sainte » pour éveiller les cœurs à la téchouva, car la terou'a suscite une vive angoisse. « Ma montagne sainte » désigne le Beth Hamikdach. Dès lors, « que tremblent tous les habitants du pays » : ils seront saisis de crainte devant Hachem et comprendront que le jour de l'Éternel arrive, que Son jour est imminent.

Le Malbim explique qu'à propos d'un être de chair et de sang, on ne peut pas affirmer qu'une chose est arrivée tant qu'elle ne s'est pas concrètement produite. On ne peut pas dire qu'une épreuve est arrivée tant qu'elle n'est pas effectivement présente, car tant qu'elle n'a pas atteint son terme, divers empêchements peuvent faire obstacle à sa venue ; de multiples facteurs peuvent survenir pour l'éviter. En revanche, auprès du Saint, béni soit-Il, aucun obstacle n'existe. On ne saurait dire : qui sait ce qui adviendra entre-temps ? Comment cela, qui sait ? Hachem le sait parfaitement, c'est Lui qui façonne la réalité. Ainsi, pour ce qui relève du Saint, béni soit-Il, on peut affirmer « car il est venu » même si l'événement n'est pas immédiat et doit seulement advenir : on peut déjà le qualifier de venu. Chez les hommes, comment parler de venue anticipée ? Des circonstances imprévues pourraient s'interposer. Mais ici, le texte déclare : « car le jour de l'Éternel vient, car il est proche ». Auprès du Créateur, tout relève de la proximité absolue, nul écran ne saurait entraver Son décret. On peut donc proclamer « car le jour de l'Éternel vient », parce que ce dénouement est véritablement proche, et auprès d'Hachem, lorsqu'une issue est proche, elle est comme déjà accomplie. Il n'y a ni obstacle ni empêchement.

« יום חשך ואפלה יום ענן וערפל כשחר פרש על ההרים עם רב ועצום כמהו לא נהיה מן העולם ואחריו לא יוסף עד שני דור ודור » - Jour d'obscurité et de ténèbres, jour de nuée et de brume épaisse, comme l'aurore déployée sur les montagnes, un peuple nombreux et puissant, tel qu'il n'y en a jamais eu depuis toujours, et qu'après lui il n'y en aura plus jusqu'aux années de génération en génération. « Jour d'obscurité et de ténèbres » : le Radak enseigne que la détresse est comparée aux ténèbres. De même que la joie s'exprime par la lumière - « Pour les Juifs, ce ne fut que lumière et joie » -, l'allégresse se traduit par la clarté. À l'inverse, pour évoquer la tristesse, l'affliction et les tourments, on emploie les termes d'obscurité, de ténèbres et de calamités. Le Radak avance une seconde explication : le prophète a voulu indiquer que l'obscurité sera ici matérielle, bien réelle. Lorsqu'une nuée de sauterelles s'abat, que produit-elle ? Elle couvre la surface de la terre au point d'en masquer la vue : leur passage intercepte la lumière du jour. Ce sera donc un jour d'obscurité et de ténèbres, car les sauterelles déferleront en une masse si dense que tout sera assombri et que le soleil disparaîtra.

Le verset ajoute : « tel qu'il n'y en a jamais eu ». Une telle obscurité, ou plutôt une telle invasion de sauterelles, n'avait jamais eu lieu auparavant. On pourrait objecter qu'il y eut jadis l'invasion des sauterelles en Égypte. Les commentateurs ont déjà mis en lumière cette différence fondamentale : la plaie d'Égypte était principalement constituée d'une seule espèce, présente en une quantité astronomique sans précédent. À l'époque de Joël, en revanche, le caractère inédit résidait dans la multiplicité des espèces réunies : le yélek, le hassil, le gazam. Le fléau n'égalait peut-être pas le chiffre absolu des individus d'Égypte, mais il surpassait tout par la variété de ses espèces. La particularité de l'Égypte tenait au volume global, tandis que celle de Joël tenait à la diversité des catégories. Voilà pourquoi le texte affirme pour l'une comme pour l'autre qu'il n'y en eut jamais de semblable et qu'il n'y en aura plus jamais : rien d'égal à l'Égypte sur le plan du nombre individuel d'insectes - des milliards -, mais rien de comparable à l'époque de Joël quant au nombre d'espèces destructrices frappant simultanément.

Le Malbim analyse le redoublement des termes : « obscurité et ténèbres, nuée et brume épaisse ». Lorsqu'on dépeint l'obscurité, on décrit le fait que le jour s'est éteint, créant des ténèbres. Qu'est-ce que ces ténèbres ? La simple absence de lumière : le soleil s'est couché, il fait donc nuit. Le prophète précise que le phénomène dépassera cette simple privation : ce sera un « jour de nuée et de brume épaisse ». Il existe en effet une obscurité par absence de lumière et une obscurité corporelle, substantielle. L'obscurité par privation survient dès que la lumière fait défaut : si l'on ferme les volets, la pièce s'assombrit sans qu'on y ait introduit quoi que ce soit, par le seul retrait du soleil. En revanche, l'obscurité substantielle, telle que la définit le Malbim, est engendrée par des vapeurs opaques et d'épaisses fumées brumeuses qui étouffent l'air. Si un brouillard noir et dense envahissait les lieux, il y aurait une obscurité tangible, presque palpable au toucher. C'est exactement ainsi qu'apparaîtra la nuée de sauterelles, déployée comme l'aurore sur les montagnes au point du jour. Sur les cimes, cette masse miroitera au loin : un peuple immense en quantité et redoutable par sa puissance, tel qu'il n'en exista jamais, regroupant ces quatre espèces réunies. Il y aura donc à la fois l'obscurité née de la privation de lumière solaire et la brume épaisse d'une masse palpable, s'avançant comme l'aurore sur les crêtes, armée formidable sans équivalent dans l'histoire humaine.

« לפניו אכלה אש ואחריו תלהט להבה כגן עדן הארץ לפניו ואחריו מדבר שממה וגם פליטה לא היתה לו » - Devant lui un feu dévore, et derrière lui une flamme embrase ; le pays était devant lui comme un jardin d'Éden, et derrière lui c'est un désert désolé, et rien ne lui échappe. « Devant lui un feu dévore » : le Malbim souligne que cette invasion ne laisse rien subsister. Tout ce qu'elle absorbe est anéanti - arbres, plantations -, à l'image d'un incendie qui consume absolument tout. C'est comme si un feu marchait devant elles pour tout ravager : dès leur passage, le vide est total. Une fois le feu passé et les sauterelles parties, il n'y a plus rien à dévorer : tout ce qui était comestible a été englouti par ce feu en marche, selon une saisissante métaphore poétique. Que se produit-il alors à leur suite ? « Derrière lui une flamme embrase ». Le Malbim relève que la flamme diffère du feu : la flamme vient embraser, après le passage du feu, les racines mêmes enfouies dans le sol. Le feu consume ce qui est visible en surface, mais la flamme continue de consumer en profondeur ce qui demeure en terre. Et le verset rappelle : avant leur arrivée, le pays était semblable au jardin d'Éden, comblé de délices ; après leur départ, il ne reste qu'un désert dévasté. La situation est pire encore qu'après un incendie ordinaire où certains vestiges peuvent être sauvés : ici, « rien ne lui échappe », aucun reste ne subsiste.

« כמראה סוסים מראהו וכפרשים כן ירוצון » - Son aspect est comme l'aspect des chevaux, et comme des cavaliers, ainsi ils courent. Par son impétuosité, cette nuée ressemble à une charge de chevaux. Le Malbim explique qu'à travers cette suite de versets, le prophète compare minutieusement les sauterelles à une armée et à des régiments s'élançant dans la bataille. Les métaphores militaires vont se succéder. On commence par les chevaux : en temps de guerre, la cavalerie s'élance pour conquérir le pays. Le cheval possède par nature une vigueur imposante, il galope avec fracas. D'où l'expression : « son aspect est comme l'aspect des chevaux », il charge dans un bruit assourdissant. Si un homme le monte, il devient cavalier : « et comme des cavaliers, ainsi ils courent ». Un cheval monté par un cavalier va bien plus vite encore, stimulé et cravaché par son maître. Dans le registre poétique de la mélitsa, le texte procède toujours par gradation ascendante : pour exprimer la gravité d'un péril, chaque phrase doit surenchérir sur la précédente afin de renforcer l'impression de puissance. Si l'on disait d'emblée que tout le monde est exterminé, ajouter que les puits seront incendiés n'apporterait rien. Ici, la gradation est rigoureuse : d'abord « comme l'aspect des chevaux », qui courent avec force mais sans atteindre le comble de la rapidité ; puis « comme des cavaliers », le cavalier poussant la monture à son allure maximale. Quel est le sens profond de cette image ? Les sauterelles sont les chevaux, et le cavalier qui les dirige et les précipite vers leur cible n'est autre que le Saint, béni soit-Il. L'ordre divin et Son décret chevauchent pour ainsi dire cette armée pour la mener au ravage du pays.

Si l'on attelle plusieurs chevaux à un char, le vacarme devient plus formidable encore : retentit alors le grondement des roues et des essieux. C'est le sens du verset suivant : « כקול מרכבות על ראשי ההרים ירקדון כקול להב אש אכלה קש כעם עצום ערוך מלחמה » - Comme le bruit des chars sur les sommets des montagnes, ils bondissent, comme le bruit d'une flamme de feu dévorant le chaume, comme un peuple puissant rangé pour la bataille. « Comme le bruit des chars sur les sommets des montagnes, ils bondissent » : le Malbim note qu'en marchant en rangs serrés, ils émettent un grondement semblable à celui d'un déploiement de chars. C'est le son lourd des roues et des attelages multiples. Et bien que les chevaux et les chars ne franchissent pas d'ordinaire les crêtes escarpées, ces troupes-ci bondissent sur les sommets des montagnes. Le texte ajoute : « comme le bruit d'une flamme de feu ». Après avoir décrit le fracas du déplacement, il dépeint le bruit provoqué par leur prédation destructrice : une rumeur semblable à une flamme consumant du chaume. Si le feu brûle parfois silencieusement, lorsqu'il dévore des tiges sèches, il crépite et pétille sans trêve. Ce fléau n'est pas un feu muet, c'est un embrasement bruyant. L'élément sonore revêtait une importance capitale dans les batailles d'autrefois, où la guerre psychologique jouait un rôle prépondérant. Les combattants s'affrontant au corps à corps, chaque camp cherchait à émettre des clameurs terrifiantes pour glacer le cœur de l'adversaire : cris stridents, sonneries de trompes, tout concourait à donner l'illusion d'une masse gigantesque et monstrueuse. Cent hommes pouvaient ainsi produire le vacarme de trois mille, plongeant l'ennemi dans la panique et la déroute. Le prophète applique ces tactiques aux sauterelles : leur fracas instille l'effroi et brise le moral. Enfin, il dépeint leur descente coordonnée des monts vers les cités, parées au combat : « comme un peuple puissant rangé pour la bataille », une armée parfaitement disciplinée marchant à l'assaut.

« מפניו יחילו עמים כל פנים קבצו פארור » - Devant lui tremblent les peuples, tous les visages ont perdu leur éclat. « Devant lui tremblent les peuples » : les nations sont saisies d'angoisse et de terreur. Il est des ennemis qu'on ose affronter, et d'autres devant lesquels on ne peut que fuir éperdu. Dès lors, « tous les visages ont perdu leur éclat » : que signifie « קיבצו פארור » ? Sous l'emprise de la peur et de la détresse, la beauté et la splendeur qui illuminaient les visages se sont retirées. « Parour » est rattaché à « péèr », la parure ou l'éclat ; cet éclat s'est replié, dans le sens d'avoir disparu. Le père du Radak s'interroge sur cette formulation : le terme « kibéts » (rassembler) paraît surprenant, le verbe « assaf » (recueillir, retirer) eût semblé plus approprié, comme lorsqu'il est dit que « Jacob ramena (vayéassof) ses pieds sur le lit ». On aurait attendu l'idée d'un éclat qui se retire du visage. Menahem ben Sarouk et Ibn Ezra partagent également le rapprochement avec « péèr ». Le Malbim, dans son analyse lexicale, propose une autre perspective : « parour » désignerait l'inverse exact de « péèr ». Tout comme la racine hébraïque du mot racine peut signifier selon la forme enraciner ou au contraire déraciner (« mécharèch »), tout comme « liskol » peut signifier lapider ou au contraire débarrasser un champ de ses pierres (« léssakèl »), ou encore « kalès » désigner la raillerie ou l'éloge solennel, de même « parour » exprimerait la privation de la parure, le retrait de toute splendeur par le redoublement de la lettre resh. Une autre interprétation relie le mot à l'effritement (« hitporér ») : un visage serein présente des traits lisses et harmonieux, tandis qu'un visage crispé par l'effroi semble plissé, morcelé en miettes (« pérourim »). Rachi explique quant à lui que leurs visages se sont noircis comme la suie d'une marmite (« parour »), comme dans le verset « et ils cuisirent dans la marmite », le aleph étant une lettre quiescent non prononcée.

« כגבורים ירצון כאנשי מלחמה יעלו חומה ואיש בדרכיו ילכון ולא יעבטון ארחותם » - Comme des héros ils courent, comme des hommes de guerre ils escaladent la muraille ; chacun marche dans sa voie, et ils ne dévient pas de leurs sentiers. « Comme des héros ils courent » : ils s'élancent avec la fougue de vaillants soldats, selon la parabole militaire déjà évoquée. Le texte décrit maintenant la prise des remparts. Après être descendues des montagnes, les troupes fondent sur la cité fortifiée. Pour attaquer une muraille, un assaillant ne saurait marcher d'un pas tranquille, sous peine d'être repoussé par les défenseurs postés sur les hauteurs : il lui faut charger avec une rapidité foudroyante afin d'atteindre le pied du mur, de forcer les accès et de pénétrer avant que l'adversaire n'ait pu organiser sa riposte. C'est pourquoi le verset dit : « comme des héros ils courent ». Ils chargent héroïquement pour dissiper les défenseurs. Puis, mettant en œuvre les tactiques de siège pour franchir l'enceinte, « comme des hommes de guerre ils escaladent la muraille ». Les bataillons s'organisent alors méthodiquement : chaque corps d'armée garde sa trajectoire, tout en prévoyant des voies de contournement. Une armée avisée maintient toujours une issue secondaire pour contourner une résistance imprévue ou prendre l'ennemi en tenaille. C'est ce qu'indique la suite : « chacun marche dans sa voie », et « ils ne dévient pas de leurs sentiers », ils ne gauchissent pas leur déploiement. Le Malbim distingue en effet la grande route principale (« dérekh »), les sentiers secondaires qui s'y raccordent vers les bourgs (« orahot »), et la voie tracée et nivelée (« messila »). Selon le Radak, « ils ne dévient pas » signifie que rien ne vient retarder leur progression. Rachi, Ibn Ezra et le Targoum expliquent qu'il s'agit de ne pas gauchir (« yé'avétoun ») : ils ne s'écartent pas de leur trajectoire rectiligne, malgré la graphie rare par le beth et le teth. Quant à la nuance entre « héros » et « hommes de guerre », le Malbim précise que le héros possède une force physique innée, tandis que l'homme de guerre maîtrise la tactique et l'art du combat, même sans être un colosse.

« ואיש אחיו לא ידחקון גבר במסלתו ילכון ובעד השלח יפלו לא יבצעו » - Et nul ne bouscule son frère, chacun marche dans sa voie frayée ; et à travers les armes ils se précipitent, ils ne sont pas blessés. « Et nul ne bouscule son frère » : ils ne se gênent pas mutuellement et ne cheminent pas dans le désordre. Au combat, les rangs doivent rester impeccables : le soldat affronte l'ennemi et non ses compagnons, évitant de heurter son voisin, d'autant que le maniement des lances et des épées risquerait de blesser ses propres alliés. « Chacun marche dans sa voie frayée », chacun suit sa ligne sans dériver ni bousculer les autres. Le Malbim ajoute qu'une fois la muraille escaladée, les assaillants sautent vers l'intérieur ou s'y glissent les armes à la main. En bas, les défenseurs les attendent lances tendues pour les transpercer lors de leur réception au sol : le terme « chélah » désigne cette arme d'hast. Or, « à travers les armes ils se précipitent » : ils tombent directement sur ces pointes acérées, et là où un homme ordinaire serait grièvement blessé (« yivtsa'ou » étant compris au sens de « yifsta'ou », blessés), il est dit : « ils ne sont pas blessés ». Rien ne les atteint. On peut aussi rattacher ce mot à la coupe (« bitsoa' »), comme lorsqu'on tranche le pain : ils se jettent sur le fer sans être coupés ni entaillés. Le Malbim note que le terme « guéver » (homme vaillant) souligne leur audace surhumaine, bien qu'il s'agisse d'insectes. Il distingue en outre le « hérev », épée à deux tranchants faite pour tailler, du « chélah », arme effilée destinée à percer et transpercer : même face à ces pointes tendues, ils ne subissent aucun dommage. Rachi interprète le mot « chélah » comme désignant la fenêtre : ils pénètrent par les ouvertures en dépit de tout l'appareil militaire. Il rattache « lo yivtsa'ou » à l'absence de lucre (« bétsa ») : ils n'agissent pas par appât du gain, mais accomplissent une mission exclusive pour le Ciel. Le Targoum Yonatan y voit la notion d'envoi (« chlihout ») : ils marchent guidés par la mission que Dieu leur a confiée, sans réclamer d'argent. Or, des assaillants mus par une conviction ardente sont infiniment plus redoutables que des mercenaires vénaux qui reculent pour sauver leur vie : leur détermination fanatique rend le péril extrême. Selon le Radak, le verset souligne qu'alors qu'un assaillant humain peut être stoppé par le fer, ces envahisseurs passent au travers des épées sans être blessés, leur extrême légèreté les rendant invulnérables aux lames.

« בעיר ישקו בחומה ירצון בבתים יעלו בעד החלונים יבאו כגנב » - Dans la ville ils se répandent avec fracas, sur la muraille ils courent, dans les maisons ils montent, par les fenêtres ils entrent comme un voleur. « Dans la ville ils se répandent avec fracas » : que signifie « yachokou » ? Selon une première explication de Rachi, le mot évoque le bruissement et la clameur, à l'image du frémissement des ailes et du tumulte incessant qui emplira la cité. Une autre approche y voit la racine des armes (« néchèk ») : ils feront irruption avec tout leur attirail. Le Radak relie le terme à la jambe (« chok »), image qui convient particulièrement aux sauterelles dotées de longues pattes sauteuses : elles poseront leurs membres partout, arpentant la ville sans relâche. Cela traduit également une agitation perpétuelle, un bouillonnement continu, comme un endroit qui fourmille de vie (« chokék »). Le terme peut enfin suggérer la convoitise et l'avidité dévorante (« michtokék »). Rien ne pourra les arrêter : « dans les maisons ils montent, par les fenêtres ils entrent », les fenêtres ne constitueront aucun rempart, les insectes s'infiltrant partout à l'intérieur des habitations. Le Malbim propose une explication complémentaire : « yachokou » provient des marchés (« chvakim ») et des places publiques. Ils déferleront et feront retentir leur vacarme dans les rues commerçantes, car le marché est le lieu par excellence de la foule et de la rumeur. Le prophète Nahoum emploie d'ailleurs une expression similaire (Nahoum 2, 5) : « dans les rues ils se heurtent avec fracas (yichtakchékoun) », illustrant ce tumulte propre aux artères animées.

« לפניו רגזה ארץ רעשו שמים שמש וירח קדרו וכוכבים אספו נגהם » - Devant lui la terre tremble, les cieux sont ébranlés, le soleil et la lune s'obscurcissent, et les étoiles retirent leur clarté. « Devant lui la terre tremble » : à son approche, la terre frémit, métaphore décrivant une terreur universelle. Rachi explique que les cieux sont ébranlés au sens propre : les milices célestes sont saisies d'effroi, car lorsqu'un malheur frappe Israël, une onde d'angoisse secoue les sphères célestes pour Son peuple. « Le soleil et la lune s'obscurcissent, et les étoiles retirent leur clarté » : les luminaires s'assombrissent et les étoiles retiennent leur rayonnement en elles-mêmes au lieu de le diffuser au dehors, à la manière de celui qui replie ses membres. Le Malbim enseigne que l'ébranlement de la terre et des cieux signifie la suspension des lois de la nature. Cet événement relève d'une providence divine directe où le Créateur n'agit pas à travers les rouages ordinaires du cosmos. Habituellement, les influences matérielles transitent par le soleil, la lune et les constellations célestes ; mais lors de certaines interventions spirituelles, le Saint, béni soit-Il, livre combat depuis les cieux sans emprunter les voies de la nature. Alors que la chute de Babylone s'opérera par le biais des mécanismes naturels providentiellement orchestrés - comme le proclame Isaïe : « J'ébranlerai les cieux et la terre tremblera sur sa base » -, ici, le fléau ne passe par aucun intermédiaire matériel : il procède exclusivement d'Hachem. La terre et les cieux tremblent parce que leur rôle habituel est totalement suspendu devant le gouvernement direct de Dieu ; les luminaires s'obscurcissent et les étoiles retirent leur éclat, cessant d'intervenir, pour laisser le Saint, béni soit-Il, agir par Sa seule Toute-Puissance souveraine.

« וה' נתן קולו לפני חילו כי רב מאד מחנהו כי עצום עשה דברו כי גדול יום ה' ונורא מאד ומי יכילנו » - Et l'Éternel fait entendre Sa voix devant Son armée, car Son camp est très nombreux, car puissant est celui qui exécute Sa parole ; car grand est le jour de l'Éternel et très redoutable, et qui pourra le supporter ? « Et l'Éternel fait entendre Sa voix devant Son armée » : le Malbim souligne qu'ici réside la clé de la suspension des lois naturelles. Hachem a ordonné directement ce décret par Sa providence : avant même l'arrivée de Son armée - les sauterelles -, Il a fait retentir Sa voix pour proclamer que bien que ce camp soit immense, « puissant est celui qui exécute Sa parole ».

On aurait pu comprendre spontanément que « celui qui exécute Sa parole » désigne ce camp de sauterelles envoyé par Hachem, nombreux et redoutable. Mais le Malbim rejette cette lecture : « puissant est celui qui exécute Sa parole » désigne quiconque met en pratique la parole qu'Hachem a dictée ! Et quelle est cette parole ? L'injonction de faire téchouva. Bien que le camp des sauterelles soit extrêmement nombreux, celui qui accomplit la parole divine par le repentir devient plus puissant encore que toute cette armée ! Si l'on fait téchouva, on acquiert la force de vaincre et de faire reculer ce fléau. Le Malbim s'appuie sur le principe fondamental qu'il n'existe aucune redondance stylistique gratuite dans le texte biblique : chaque formulation distincte vient nécessairement révéler un enseignement nouveau.

Ainsi, « Son camp est très nombreux » fait référence aux sauterelles, tandis que « puissant est celui qui exécute Sa parole » se rapporte aux hommes fidèles à Son appel. La parole d'Hachem exige le retour à Lui : quiconque fait téchouva surpasse la puissance de l'invasion et verra le fléau refluer. Le verset poursuit : « car grand est le jour de l'Éternel et très redoutable, et qui pourra le supporter ? » Ce jour fixé pour châtier les pécheurs est terrible ; qui aura le courage de puiser dans la téchouva la force nécessaire pour y subsister et échapper au malheur ? Seul celui qui accomplit un repentir sincère sera capable de l'endurer. Voilà pourquoi Hachem « fait entendre Sa voix devant Son armée » : bien des jours avant l'irruption de la catastrophe, Il a fait retentir Sa voix par la bouche de Son prophète pour avertir Son peuple. Celui qui a su entendre cet appel et faire téchouva a sauvé son âme.