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Chapitre 51 - L'immersion du livre de Babylone - Première partie

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Introduction : Suite de la prophétie sur la chute de Babylone

Le chapitre 51 de Yirmiyah s'inscrit dans la continuité du précédent et traite entièrement de la ruine et de la chute de Babylone. Cette prophétie s'adressait à la génération appelée à voir la fin du règne de Belshatsar et l'avènement de la Médie et de la Perse. Toutefois, selon la règle générale relative aux paroles prophétiques, toute prophétie nécessaire pour les générations futures a été consignée par écrit, et nous verrons plus loin combien ses paroles résonnent encore de nos jours.

Verset 1 : « Lev Kamaï » - de qui s'agit-il ?

כֹּה אָמַר יְהוָה הִנְנִי מֵעִיר עַל־בָּבֶל וְאֶל־יֹשְׁבֵי לֵב קָמָי רוּחַ מַשְׁחִית׃ - Ainsi parle Hachem : Voici que Je suscite contre Babylone et contre les habitants de Lev Kamaï un esprit destructeur.

Que signifie « Lev Kamaï » ? Rachi explique qu'il s'agit des Chaldéens (Kasdim), et la Guémara enseigne que « Lev Kamaï » correspond à « Kasdim » selon le système de l'atbash. Il est intéressant de constater que c'est précisément au sujet de Babylone que ce procédé d'atbash est employé, tout comme nous trouverons plus loin dans ce chapitre le nom de « Chéchakh », qui correspond à « Bavel » en atbash. Il se peut que ce fût une tournure courante à cette époque, et c'est la raison pour laquelle on la retrouve particulièrement à son propos.

Lorsque l'on recherche le sens littéral du texte (pechat), il convient de se tourner vers les Targoumim. Telle est d'ailleurs la démarche constante de Rachi : lorsqu'il cherche un appui pour le sens littéral, il cite « et sa traduction » ou « et Onkelos a traduit », car le Targoum s'en tient généralement au sens premier des termes sans y ajouter d'explications homilétiques (derach). Ici aussi, l'explication voulant que « Lev Kamaï » désigne les Kasdim s'apparente à un derach. Le Targoum Yonatan traduit ainsi : « Voici que J'amène sur Babylone et sur les habitants de la terre des Chaldéens des peuples meurtriers dont le cœur s'élève » - des nations sanguinaires au cœur hautain. Selon cette interprétation, « Lev Kamaï » renvoie à l'orgueil, désignant des hommes dont le cœur se dresse et s'enorgueillit.

« Un esprit destructeur » - le Saint, béni soit-Il, réveille l'esprit des rois de Perse et de Médie afin qu'ils viennent au terme du règne de Belshatsar pour dévaster Babylone. Le Malbim précise ici une nuance essentielle : parfois, un conquérant vient dans le but de faire du butin, et il épargne alors ce qui ne l'intéresse pas ; en revanche, lorsqu'un roi vient pour anéantir, il détruit tout sur son passage. Telle est la prophétie proclamée ici : un souffle destructeur, afin qu'il ne subsiste aucun reste.

Verset 2 : « Vezérouha » - encercler ou disperser

וְשִׁלַּחְתִּי לְבָבֶל זָרִים וְזֵרוּהָ וִיבֹקְקוּ אֶת־אַרְצָהּ כִּי־הָיוּ עָלֶיהָ מִסָּבִיב בְּיוֹם רָעָה׃ - J'enverrai contre Babylone des barbares qui la vanneront et videront son pays, car ils l'entoureront de toutes parts au jour du malheur.

« J'enverrai contre Babylone des étrangers qui la vanneront (zarim vezérouha) » - il y a là un jeu de mots : des hommes venus d'une terre étrangère (zar). Le Malbim explique que « vezérouha » dérive de « zer » (couronne), signifiant qu'ils l'encercleront à la manière d'une couronne. Rachi, quant à lui, commente « ils la briseront et la disperseront », rattachant le terme à l'action de vanner et de disperser, comme dans l'expression rabbinique « celui qui vanne et que le vent seconde ». C'est également le sens de l'expression biblique « elles n'ont été ni nettoyées (zorou) ni bandées », où l'on saupoudrait des remèdes sur la plaie, ce qui constitue la racine du terme « mazor » (guérison ou remède). « Et videront son pays » - Rachi précise : ils dévasteront et videront son territoire.

La fin du verset vient confirmer l'interprétation du Malbim : « Car ils l'entoureront de toutes parts au jour du malheur ». Le Rambam enseigne que lorsqu'on assiège une ville, il ne faut pas la cerner de ses quatre côtés, mais laisser à l'ennemi une issue pour fuir. La raison en est simple : tant que l'ennemi sait qu'il a une voie de salut, il ne se bat pas jusqu'à la dernière goutte de sang ; mais lorsqu'il n'a plus rien à perdre, il lutte avec l'énergie du désespoir, et même si l'on finit par l'emporter, il infligera de lourdes pertes. Il a déjà été souligné qu'il ne s'agit pas seulement d'une règle de stratégie militaire, mais d'une ligne de conduite pour toute la vie : même lors d'un litige avec autrui, il faut toujours ménager une porte de sortie et ne pas acculer son semblable de tous côtés, ce qui ne ferait qu'aggraver la situation. Or ici, le texte stipule qu'ils se tinrent autour d'elle, de chaque côté, sans lui laisser la moindre échappatoire - d'où l'expression « jour de malheur », car une catastrophe inéluctable devait s'abattre sur eux.

Verset 3 : « Que l'archer ne bande point son arc »

אֶל־יִדְרֹךְ הַדֹּרֵךְ קַשְׁתּוֹ וְאֶל־יִתְעַל בְּסִרְיֹנוֹ וְאַל־תַּחְמְלוּ אֶל־בַּחֻרֶיהָ הַחֲרִימוּ כָּל־צְבָאָהּ׃ - Que l'archer tende son arc, et contre celui qui s'élève dans sa cuirasse ! N'épargnez pas ses jeunes hommes, vouez toute son armée à la destruction !

Rachi explique qu'il s'agit d'un verset elliptique : c'est vers l'endroit que J'indique que l'archer doit bander son arc. Le Malbim cite une variante textuelle : « Al [ne bande pas] l'archer son arc », ce qui concorde avec le Targoum qui traduit par « 'al » (terme de négation). Selon cette approche, ces paroles s'appliquent aux Babyloniens eux-mêmes : lorsque l'ennemi s'est abattu sur eux, ils n'ont même pas riposté, ils n'ont point bandé leur arc ni revêtu leur armure - le « siryon » étant la cotte de mailles en fer protégeant des flèches.

Cependant, selon la vocalisation traditionnelle de notre texte, et conformément aux explications de Rachi et du Radak, il s'agit d'un ordre adressé à l'ennemi conquérant : que l'archer bande son arc - vers qui ? « Vers celui qui se dresse dans sa cuirasse », c'est-à-dire vers les Babyloniens qui s'avancent avec leurs boucliers pour tenter de se défendre. Rachi rattache « yit'al » à la racine « té'ala », qui désigne la guérison et le remède en langue sainte : sa cuirasse ne lui apportera aucun remède, c'est-à-dire aucune protection ni salut, car il finira vaincu. Le Malbim et le Radak expliquent quant à eux « yit'al » dans le sens d'élévation et d'arrogance : vers ceux qui s'enorgueillissent et tirent fierté de leur armure, se croyant invulnérables et certains que la flèche ne les touchera point, c'est vers eux qu'il faut bander l'arc. Et le verset poursuit : « N'épargnez pas ses jeunes hommes, vouez toute son armée à la destruction » - jusqu'ici le texte visait les combattants en armes, et désormais il englobe également ceux qui ne portent pas d'armes.

Verset 4 : Des morts et des transpercés

וְנָפְלוּ חֲלָלִים בְּאֶרֶץ כַּשְׂדִּים וּמְדֻקָּרִים בְּחוּצוֹתֶיהָ׃ - Des victimes tomberont au pays des Chaldéens, et des hommes transpercés dans ses rues.

Les « 'halalim » sont les morts tombés au combat, et « medoukarim » fait référence aux coups d'épée et de lance enfoncés dans le corps humain, comme dans l'expression « quiconque sera trouvé sera transpercé ». Or, le Targoum traduit ce passage par : « Veyitremon ketiline be'ara kasda'é oumt'anine beshoukéha ». Le Targoum entend par là des hommes transpercés, mais de nos jours, ce terme araméen prend une résonance saisissante en hébreu moderne : des charges explosives (« mita'anim ») sur les places de marché. Ne le voyons-nous pas de nos propres yeux ? Tous les deux ou trois jours, une voiture piégée explose à Bagdad, faisant quarante ou cinquante morts, au point qu'on cesse d'en parler dans la presse tant cela ne relève même plus de « l'actualité ». De même, la Syrie n'intéresse plus le monde, à moins qu'il n'y survienne un événement tout à fait exceptionnel. La prophétie fut prononcée pour cette époque-là, mais une prophétie nécessaire pour les générations futures a été consignée par écrit, et elle dépeint également une réalité que nous observons de nos jours au pays des Chaldéens : des victimes transpercées et déchiquetées au cœur de ses rues.

Verset 5 : « Car Israël n'est point veuf »

כִּי לֹא־אַלְמָן יִשְׂרָאֵל וִיהוּדָה מֵאֱלֹהָיו מֵיְהוָה צְבָאוֹת כִּי אַרְצָם מָלְאָה אָשָׁם מִקְּדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל׃ - Car Israël et Juda ne sont point veufs de leur Dieu, de l'Éternel Tsévaot, bien que leur pays soit rempli de fautes envers le Saint d'Israël.

C'est ici la source de la célèbre formule « Israël n'est point veuf ». Le Radak commente : Israël n'est pas comparable à une veuve dont le mari est mort, restant délaissée sans personne pour la défendre. La communauté d'Israël est comparée à une épouse, et son époux - le Saint, béni soit-Il - est vivant et éternel. Quand bien même Il l'aurait abandonnée en exil, qu'on n'aille pas s'imaginer qu'elle soit devenue veuve de Lui : Hachem reviendra Se souvenir d'eux avec bienveillance.

Le Malbim met ici en lumière deux enseignements : le premier, c'est qu'Israël n'est point veuf de son Dieu, et que le Saint, béni soit-Il, prendra Sa cause en main ; le second, c'est le sens de « car leur pays est rempli de culpabilité envers le Saint d'Israël » : la terre des Chaldéens est saturée de péchés et de crimes pour avoir outragé le Saint d'Israël, et tout ce qui s'abattra sur eux ne sera qu'une faible rétribution en regard du mal qu'ils nous ont causé. « Le Saint d'Israël » se rapporte à la sainteté du Temple, et plus particulièrement à ce qui s'est produit cette nuit funeste - « cette même nuit où Belshatsar fut mis à mort » - la nuit où il fit apporter et profaner les ustensiles sacrés du Sanctuaire. Voilà donc un pays chargé de culpabilité pour avoir avili le Temple d'Israël.

Verset 6 : « Fuyez du milieu de Babylone »

נֻסוּ מִתּוֹךְ בָּבֶל וּמַלְּטוּ אִישׁ נַפְשׁוֹ אַל־תִּדַּמּוּ בַּעֲוֺנָהּ כִּי עֵת נְקָמָה הִיא לַיהוָה גְּמוּל הוּא מְשַׁלֵּם לָהּ׃ - Fuyez du milieu de Babylone et que chacun sauve sa vie ! Ne périssez point par son iniquité, car c'est un temps de vengeance pour l'Éternel, Il lui rend sa rétribution.

Rachi explique que l'appel s'adresse ici au peuple d'Israël : après que Babylone a été frappée, sortez de l'exil. En revanche, le Malbim, ainsi que le Radak, soutiennent que cet appel s'adresse aux autres nations et aux marchands qui séjournaient à Babylone : si vous ne voulez pas périr par la faute de la ville et être emportés par le malheur, fuyez de là. « Al tidamou » - ne soyez pas retranchés par son péché. « Car c'est un temps de vengeance pour l'Éternel » d'une part, « Il lui paie sa rétribution » d'autre part - selon leurs actes, ils recevront la mesure exacte du mal qu'ils ont commis.

Verset 7 : « Babylone était une coupe d'or dans la main de l'Éternel »

כּוֹס־זָהָב בָּבֶל בְּיַד־יְהוָה מְשַׁכֶּרֶת כָּל־הָאָרֶץ מִיֵּינָהּ שָׁתוּ גוֹיִם עַל־כֵּן יִתְהֹלְלוּ גוֹיִם׃ - Babylone était une coupe d'or dans la main de l'Éternel, enivrant toute la terre ; les nations ont bu de son vin, c'est pourquoi les nations sont devenues folles.

Le Radak explique que le terme « or » se rapporte au vin, selon une expression courante qualifiant une chose d'excellente qualité : comment est cette glace ? De l'or. Comment est ce jeune homme ? En or. De même, on compare l'huile à l'or - « qui vident d'eux-mêmes l'or », ou encore le vent puissant - « Du nord vient l'or », qui désigne le vent du nord. Nous apprenons ainsi qu'une chose remarquable est comparée à l'or. Selon cela, le roi de Babylone était un envoyé entre les mains d'Hachem pour détruire les nations, et il accomplit sa mission, comme il est formulé dans la prophétie : « Prends de ma main cette coupe de vin de fureur et fais-la boire à toutes les nations », et ici « les nations ont bu de son vin ». « Enivrant toute la terre » - tous les peuples frappés par le décret divin burent à cette coupe, et le Saint, béni soit-Il, les abreuva tous par l'intermédiaire de Babylone. « Les nations sont devenues folles » - de la racine de la folie et du délire, comme frappées de démence ; il ébranla les royaumes.

Le Metsoudat David explique différemment : « une coupe d'or » ne décrit pas la mission de Babylone, mais son statut avant qu'elle ne subisse le châtiment - Babylone était pareille à une coupe de vin pur et limpide comme l'or, un empire suprême auquel nul ne pouvait porter atteinte, « enivrant toute la terre », ayant le pouvoir de faire vaciller les nations comme des ivrognes et d'annihiler tous les royaumes. Tout cela jusqu'à présent, car désormais, le Saint, béni soit-Il, vient punir cette même coupe d'or.

Le Malbim explique que le mot « or » ne se rapporte pas au vin comme l'affirment le Radak et le Metsoudat David, mais à la coupe elle-même, ce qui s'avère plus logique du point de vue grammatical et selon le sens littéral : une coupe qui est en or. Sur le fond, il rejoint la ligne du Radak : Babylone avait été jusque-là semblable à une coupe d'or, car elle avait accompli le commandement d'Hachem. Il ne s'agit évidemment pas d'un éloge à leur égard, puisqu'ils n'ont pas agi de leur plein gré ni dans l'intention d'accomplir la volonté divine ; le Saint, béni soit-Il, s'est servi d'eux comme d'un bâton, conformément au verset : « Malheur à Achour, verge de Ma colère ». Et en tant que bâton, ils ont parfaitement fonctionné, remplissant leur rôle et enivrant toute la terre selon la volonté d'Hachem de châtier alors les nations.

Verset 8 : « Soudain Babylone est tombée »

פִּתְאֹם נָפְלָה בָבֶל וַתִּשָּׁבֵר הֵילִילוּ עָלֶיהָ קְחוּ צֳרִי לְמַכְאוֹבָהּ אוּלַי תֵּרָפֵא׃ - Soudain Babylone est tombée et s'est brisée ! Lamentez-vous sur elle, prenez du baume pour sa douleur, peut-être guérira-t-elle !

La chute de Babylone est soudaine. Si Babylone est une coupe dans la main d'Hachem, et que le Saint, béni soit-Il, la tient pour ainsi dire - dès l'instant où Il relâche Sa prise, la coupe tombe soudainement et se brise. « Lamentez-vous sur elle » : le Malbim explique qu'au début, les peuples la tenaient encore en haute estime et cherchaient refuge sous son ombre ; voyant sa chute, ils pleurèrent et se lamentèrent. En effet, la chute de Babylone entraîna aussi la leur, selon un phénomène bien connu : lorsqu'une superpuissance s'effondre, toutes les nations d'alentour en pâtissent - elles y ont des intérêts, attendent son soutien, et ainsi de suite. Bien plus encore : « Prenez du baume pour sa douleur » - ils cherchaient du baume, toutes sortes de remèdes, pour guérir Babylone, « peut-être guérira-t-elle » et pourrons-nous continuer à vivre sous sa protection.

Il ne faut pas confondre : il y avait des nations qui souffraient lourdement de Babylone - c'est à leur sujet qu'il est dit « les nations sont devenues folles », frappées d'hébétude à cause de ses guerres et de ses ravages ; alors qu'ici, il s'agit des nations qui s'abritaient sous sa tutelle, et ce sont elles qui lui cherchent des remèdes pour la sortir de l'état désespéré où elle a sombré.

Verset 9 : « Nous avons soigné Babylone, mais elle n'a pas guéri »

רִפִּאנוּ אֶת־בָּבֶל וְלֹא נִרְפָּתָה עִזְבוּהָ וְנֵלֵךְ אִישׁ לְאַרְצוֹ כִּי־נָגַע אֶל־הַשָּׁמַיִם מִשְׁפָּטָהּ וְנִשָּׂא עַד־שְׁחָקִים׃ - Nous avons soigné Babylone, mais elle n'a pas guéri. Abandonnez-la, et allons chacun dans son pays, car son jugement atteint le ciel et s'élève jusqu'aux nues.

Après avoir cherché un remède pour Babylone, les peuples se disent les uns aux autres : nous avons tenté de la soigner mais elle n'a pas guéri, nous n'avons aucun moyen de l'aider. C'est pourquoi même les alliés de Babylone, qui tiraient profit d'elle et voulaient la secourir, l'abandonnent : « Abandonnez-la et allons chacun dans son pays » - il n'y a plus aucun sens à chercher à la guérir.

« Car son jugement atteint jusqu'aux cieux » - sa chute touche jusqu'au ciel : même la disposition des constellations et des astres, dont les Babyloniens scrutaient l'astrologie, annonce sa perte. « Et s'élève jusqu'aux nues » - les nues (Che'hakim) se situent plus haut encore que les cieux. Lorsqu'on évoque les constellations, on parle d'influences inférieures, mais lorsqu'on parle des nues célestes, il s'agit déjà de la providence (Hachgaha), de la puissance spirituelle suprême qui descend et influe vers le bas. C'est-à-dire : tant du point de vue de l'ordre astral que de celui de la providence divine supérieure, la chute de Babylone est décrétée. Et dans une telle situation, il n'y a plus lieu de chercher à la guérir.

Et il est frappant de constater que l'histoire se répète : la coalition qui a tenté de reconstruire Babylone et de l'aider a vu par la suite comment l'Irak et toutes ses factions dressaient l'épée les uns contre les autres, sans le moindre espoir d'y instaurer la paix, et certainement pas par la voie démocratique, contrairement aux illusions des Européens et des Occidentaux qui s'imaginent qu'on peut agir démocratiquement avec les Arabes. Ils ne saisissent pas que les Arabes ne comprennent qu'une seule chose : la puissance et la force. Quiconque a tenté une autre approche a essuyé un revers. Ils pensaient : prenons un pays du Moyen-Orient, développons-le, faisons-en une destination touristique génératrice de revenus pour le bien-être de ses habitants - et soudain, on découvre que leur mentalité fonctionne tout autrement. L'esprit d'un descendant d'Ismaël n'est pas celui d'un Européen, et il faut changer de logiciel pour comprendre que le langage à tenir avec eux est différent. On comprend alors qu'il s'agit d'un décret d'En haut : « Car son jugement atteint jusqu'aux cieux et s'élève jusqu'aux nues », « Fille de Babylone promise au ravage, heureux celui qui te rendra la pareille » - et nous voyons cela s'accomplir à notre époque.

Verset 10 : « L'Éternel a fait éclater notre justice »

הוֹצִיא יְהוָה אֶת־צִדְקֹתֵינוּ בֹּאוּ וּנְסַפְּרָה בְצִיּוֹן אֶת־מַעֲשֵׂה יְהוָה אֱלֹהֵינוּ׃ - L'Éternel a mis au grand jour nos mérites ; venez et racontons à Sion l'œuvre de l'Éternel, notre D.ieu.

Le peuple d'Israël s'exclamera : voici que maintenant l'Éternel a révélé au grand jour notre bon droit et a défendu notre cause. Et il s'agit précisément de cette génération-là, car la chute de Babylone est survenue avec la mort de Belchatsar. Et pourquoi « racontons à Sion » ? Parce que par la suite, nous avons reçu la permission de monter et de rebâtir la Maison de l'Éternel, et cet événement a été le catalyseur pour aller édifier le second Temple. Ils vinrent alors raconter à Sion à quel point l'Éternel avait été compatissant et miséricordieux envers nous, portant à Babylone un coup fatal et nous plaçant sous l'autorité de Darius et de Cyrus, qui se montrèrent des rois bienveillants envers nous.

Verset 11 : « L'Éternel a réveillé l'esprit des rois de Médie »

הָבֵרוּ הַחִצִּים מִלְאוּ הַשְּׁלָטִים הֵעִיר יְהוָה אֶת־רוּחַ מַלְכֵי מָדַי כִּי־עַל־בָּבֶל מְזִמָּתוֹ לְהַשְׁחִיתָהּ כִּי־נִקְמַת יְהוָה הִיא נִקְמַת הֵיכָלוֹ׃ - Aiguisez les flèches, remplissez les carquois ! L'Éternel a réveillé l'esprit des rois de Médie, car Son dessein contre Babylone est de la détruire, car c'est la vengeance de l'Éternel, la vengeance de Son Sanctuaire.

Tout d'abord, quant à la ponctuation cantilatoire : il faut lire « car c'est la vengeance de l'Éternel - la vengeance de Son Sanctuaire », puisque l'accent du zakef se trouve sur le mot hi (« c'est »), et c'est là que se fait la césure.

« Aiguisez les flèches » (Habérou ha'hitsim) - du sens de flèche nette et polie (barour), c'est-à-dire fourbir, polir et préparer les flèches, comme le traduit le Targoum Yonatan : « Aiguisez les flèches ». Ces paroles s'adressent aux ennemis qui s'apprêtent à la combattre. « Remplissez les carquois » (Milou hachelatim) - que sont les chelatim ? Rachi explique qu'il s'agit des carquois ; le Radak commente qu'il s'agit des boucliers, à l'instar de l'expression « les boucliers des braves », prêts pour le combat. Le Malbim propose une synthèse : le chelet était un type de bouclier muni d'un étui destiné à contenir des flèches, et c'est précisément la différence entre un bouclier classique (maguen) et un chelet : le maguen ne comportait pas d'emplacement pour les flèches, tandis que le chelet en disposait.

Le Radak rapporte au nom de son père que habérou s'apparente à ha'avirou, dérivé de èver (l'aile ou la plume), comme dans les versets « Qui me donnera des ailes de colombe » et « aux longues pennes ». Le sens est le suivant : on fixait des plumes de part et d'autre de l'extrémité de la flèche, ce qui constituait son empennage et garantissait qu'elle vole droit sans dévier de sa trajectoire. Autrement dit : garnissez les flèches d'ailerons pour assurer la rectitude de leur tir. Le Malbim s'inscrit dans cette même idée de « l'aile de la colombe », mais l'interprète autrement : on n'ordonne pas d'attacher une penne à la flèche, mais on s'adresse aux flèches elles-mêmes pour leur enjoindre de déployer leurs ailes - prenez votre essor et volez vers les boucliers, vers les carquois où l'on vous range ! Par cette métaphore soulignant la hâte des préparatifs militaires, le prophète s'adresse aux flèches : envolez-vous dans les pièces d'armement et emplissez les carquois en vue de la bataille.

« L'Éternel a réveillé l'esprit des rois de Médie » - l'Éternel a suscité dans leur cœur l'impulsion de marcher contre Babylone. Et pourquoi ? « Car Son dessein contre Babylone est de la détruire » - puisque l'Éternel a résolu d'anéantir Babylone, Il a éveillé leur courage. Et cette destruction comprend deux dimensions : « la vengeance de l'Éternel » et « la vengeance de Son Sanctuaire ». Il y a eu ici une profanation du Nom divin par le traitement infligé au peuple d'Israël, et il y a eu également la ruine de Son Sanctuaire. Lorsque l'Éternel laisse les nations opprimer Israël, Son Nom est profané, mais lorsqu'Il exerce Sa justice contre elles, Son Nom est sanctifié - et à présent, l'Éternel accomplit Sa vengeance, qui est la vengeance de Son Sanctuaire.

Comment Hachem a-t-Il concrètement « réveillé leur esprit » ?

Le Malbim apporte ici une idée remarquable entre parenthèses. C'est ainsi en effet que Daniel a interprété à Belshatsar l'inscription apparue sur le mur - « Mené, Mené, Tékel ou-Pharsin » - signifiant qu'Hachem a compté les jours de ton royaume et l'a divisé. Le Malbim explique : il est fort probable que la nouvelle soit parvenue aux oreilles des rois de Médie, et qu'à la suite de cela, ils se soient levés et soient partis à la conquête de Babylone. Car il est écrit : « En cette même nuit, Belshatsar fut tué » - cette nuit-là précisément il fut mis à mort, signe qu'ils avaient là-bas quelqu'un qui assistait au festin et qui s'empressa de les en informer.

Selon cette approche, nous gagnons deux éclaircissements majeurs. Premièrement, une explication de « Hachem a réveillé l'esprit des rois de Médie » : il ne s'agit pas seulement d'une inspiration qu'Il leur aurait « mise au cœur » au sens simple, mais le Saint béni soit-Il a accompli un signe et un prodige sur le mur afin de les éveiller. Deuxièmement, s'éclaire l'interrogation : quelle était la raison d'être de cette inscription sur le mur ? Belshatsar a été tué cette nuit-là même, à quoi lui servait donc cette information ? Certes, de nombreuses sources (et le Rav Ovadia Yossef a rédigé un article le démontrant à partir de plusieurs passages) attestent que le Saint béni soit-Il tient à ce que même le non-juif reconnaisse Dieu ne serait-ce qu'un instant avant sa mort : les Égyptiens se noyant dans la mer Rouge ont su un instant avant de périr que cela venait d'Hachem ; de même cet officier qui a vu de ses yeux l'accomplissement de la prophétie juste avant d'être écrasé, et bien d'autres exemples encore, montrant l'importance pour l'homme d'atteindre une prise de conscience ne serait-ce qu'un instant avant son trépas. Mais selon le Malbim, la chose est plus admirable encore : cette révélation n'était pas principalement destinée à Belshatsar, mais bien à réveiller l'esprit des rois de Médie. Ayant eu vent de ce miracle et de cette écriture tracée sur le mur par une main céleste, ils comprirent qu'il s'agissait d'un ordre divin leur intimant de se lever pour conquérir Babylone. C'est là tout le sens de « Hachem a réveillé l'esprit des rois de Médie ».

En conclusion :

Dans les premiers versets du chapitre 51, Yirmiyahou dépeint la chute totale de Babylone : un « esprit destructeur » qui ne laisse aucun vestige, un ennemi qui l'encercle de toutes parts sans aucune issue de secours, et des guerriers incapables de bander l'arc et que leurs cuirasses ne peuvent sauver. En contrepartie, Israël se console : « Israël n'est point veuf » - l'Époux de l'assemblée d'Israël est vivant et éternel, Il prendra Sa cause en main, tandis que le pays des Chaldéens est comblé de culpabilité pour avoir opprimé le Saint d'Israël et profané les vases de Son Sanctuaire. Babylone, qui fut « une coupe d'or dans la main d'Hachem », l'instrument et la verge de Son courroux pour abreuver les nations, glisse soudain de la main et se brise ; les peuples qui s'abritaient sous son ombre se lamentent et cherchent pour elle un baume, avant de reconnaître enfin : « Nous avons voulu soigner Babylone, mais elle n'a pas guéri », car son arrêt a été décrété depuis le Ciel et les nues. Dès lors, Israël s'exclame : « Hachem a manifesté la justice de notre cause, venez et racontons dans Sion ! » - car de sa chute est née l'autorisation de monter en terre d'Israël et de bâtir le Second Temple. Enfin, nous avons appris du Malbim comment Hachem a concrètement « réveillé l'esprit des rois de Médie » : c'est cette écriture prodigieuse sur le mur du palais de Belshatsar, interprétée par Daniel, qui est parvenue à leurs oreilles et les a incités à se mettre en marche pour anéantir Babylone - la vengeance d'Hachem, la vengeance de Son Sanctuaire.