Le chapitre 49 de Jérémie rassemble une série de prophéties adressées aux nations. Comme nous l'avons déjà souligné, le prophète ne s'adresse pas uniquement à Israël, mais annonce également le sort des nations et les châtiments qui les attendent. Dans ce chapitre, il commence par une prophétie concernant les enfants d'Ammon, avant de poursuivre avec celle sur Édom. Cette étude est consacrée à la prophétie sur Ammon et au début de celle sur Édom.
לִבְנֵי עַמּוֹן כֹּה אָמַר יְהֹוָה, הֲבָנִים אֵין לְיִשְׂרָאֵל אִם יוֹרֵשׁ אֵין לוֹ, מַדּוּעַ יָרַשׁ מַלְכָּם אֶת גָּד וְעַמּוֹ בְּעָרָיו יָשָׁב׃ - Sur les enfants d'Ammon, ainsi parle l'Éternel : Israël n'a-t-il pas de fils, ou n'a-t-il point d'héritier ? Pourquoi leur roi a-t-il hérité de Gad, et pourquoi son peuple s'est-il établi dans ses villes ?
« Israël n'a-t-il pas de fils ? » - c'est une interrogation rhétorique empreinte d'étonnement : le peuple d'Israël manquerait-il d'enfants ? « N'a-t-il point d'héritier ? » - n'a-t-il donc pas d'héritiers légitimes ? Pourquoi alors le roi des enfants d'Ammon est-il allé prendre possession du pays de Gad et s'installer dans ses villes ? Rappelons le contexte : les enfants de Gad et de Réouven s'étaient établis sur la rive orientale du Jourdain, et Ammon et Moab étaient leurs voisins. Lorsque Gad et Réouven furent exilés et que la région se vida, Ammon et Moab vinrent s'y installer. Ils étaient convaincus que ce territoire leur revenait de droit, brandissant quelque vieux titre de propriété vieux de plusieurs siècles - et puisque la Cour suprême donne toujours raison aux ennemis d'Israël, elle leur a donné raison en ordonnant d'évacuer : ce territoire leur aurait appartenu avant même notre arrivée et notre conquête.
« Malkam » - selon le Radak, ainsi que selon le Malbim, ce terme désigne leur roi, ce qui correspond au sens littéral. Rachi explique quant à lui que « Malkam » fait référence à Milkom, l'abomination idolâtre des enfants d'Ammon, comme il est dit : « et pour Milkom, l'abomination des enfants d'Ammon ». Selon cette lecture, le reproche du prophète s'adresse tant aux Ammonites qu'à leur fausse divinité, au nom de laquelle ils prétendent commettre leurs abominations.
לָכֵן הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם יְהֹוָה, וְהִשְׁמַעְתִּי אֶל רַבַּת בְּנֵי עַמּוֹן תְּרוּעַת מִלְחָמָה, וְהָיְתָה לְתֵל שְׁמָמָה וּבְנֹתֶיהָ בָּאֵשׁ תִּצַּתְנָה, וְיָרַשׁ יִשְׂרָאֵל אֶת יֹרְשָׁיו אָמַר יְהֹוָה׃ - C'est pourquoi voici, des jours viennent, oracle de l'Éternel, où je ferai retentir contre Rabbah des enfants d'Ammon le cri de guerre ; elle deviendra un monceau de ruines désolé, et ses villes secondaires seront consumées par le feu ; alors Israël héritera de ceux qui l'avaient dépossédé, dit l'Éternel.
Puisqu'il s'est approprié la terre de Gad, le dévastateur viendra - et remarquez bien : non seulement en Gad, mais jusqu'au cœur de la capitale royale elle-même, Rabbah des enfants d'Ammon - pour la détruire ainsi que ses localités dépendantes. En d'autres termes : ne t'imagine pas que, parce que tu as occupé Gad sans droit, l'ennemi se contentera de t'en expulser ; non, il marchera contre la capitale elle-même. « Un monceau de ruines désolé » - le lieu sera dévasté sous les coups de l'envahisseur. « Et ses filles » - c'est une formule biblique courante désignant les villes satellites, les localités périphériques et plus petites, à l'image des « filles de Juda » ou des « filles de Jérusalem », qui renvoient aux bourgades avoisinantes. Ces cités seront incendiées par Nabuchodonosor, qui combattra à cette époque également contre les enfants d'Ammon.
Sur la fin du verset, « alors Israël héritera de ceux qui l'avaient dépossédé », le Radak soulève une difficulté : le peuple d'Israël doit un jour déposséder ceux qui ont pris la place des tribus de Gad et de Réouven, or nous ne trouvons pas trace d'un tel événement dans l'histoire, car même la reconquête sous Ezra et Néhémie n'incluait pas les territoires situés en Transjordanie orientale. Le Radak propose une première réponse : cette prophétie vise l'époque messianique, où le peuple d'Israël héritera de toute la terre dont les frontières s'étendront d'une mer à l'autre ; c'est alors qu'Israël rentrera en possession de ce que ses spoliateurs lui avaient pris. Et l'on peut fort bien considérer que cela s'applique déjà à notre époque, où certaines parties de la Transjordanie qui nous appartiennent, telles que le Golan et les territoires voisins, constituent précisément cet héritage d'Ammon dont parle le texte.
Le Radak propose une explication complémentaire, selon laquelle cette prophétie a également pu trouver une application plus immédiate : les enfants d'Ammon furent frappés par la Médie et la Perse, comme l'annonce la prophétie d'Ézéchiel : « Voici, je te livre en possession aux fils de l'Orient ». Or, Israël est remonté d'exil sur décret de Cyrus, roi de Perse ; et puisque le roi de Perse avait conquis Ammon et nous avait accordé l'autorisation de revenir sur la terre, il est tout à fait plausible qu'il nous ait également concédé des droits sur ce territoire conquis sur les enfants d'Ammon. Selon cette perspective, la prophétie s'est déjà accomplie lors de la montée d'Ezra et de Néhémie.
הֵילִילִי חֶשְׁבּוֹן כִּי שֻׁדְּדָה עַי, צְעַקְנָה בְּנוֹת רַבָּה, חֲגֹרְנָה שַׂקִּים סְפֹדְנָה וְהִתְשׁוֹטַטְנָה בַּגְּדֵרוֹת, כִּי מַלְכָּם בַּגּוֹלָה יֵלֵךְ כֹּהֲנָיו וְשָׂרָיו יַחְדָּיו׃ - Pousse des gémissements, Heshbon, car Aï est dévastée ! Poussez des cris, filles de Rabbah, ceignez-vous de sacs, lamentez-vous et errez le long des clôtures, car leur roi partira en exil, ses prêtres et ses princes ensemble.
Le prophète énumère ici les étapes par lesquelles passe l'ennemi, et en chaque lieu où il parvient, la nation crie sous l'effet de sa détresse. L'ennemi arrive par Aï de Moav, c'est pourquoi il est dit : « Pousse des gémissements, Heshbon, car Aï est dévastée » ; de là, il gagne Rabba des enfants d'Amon, d'où l'appel : « Poussez des cris, filles de Rabba » - ces villes satellites dont le verset précédent disait : « et ses bourgs [filles] seront brûlés par le feu ». « Ceignez-vous de sacs » - le port du sac exprime le deuil. « Lamentez-vous » - il s'agit de l'oraison funèbre. « Et errez le long des clôtures » - elles seront contraintes d'errer entre les enclos, car elles n'auront plus de maisons, celles-ci ayant été détruites.
Rachi cite le Targoum Yonatan : « Ve'ithamomane bessi'ane » - « si'ane » désigne des troupes, des groupes, et « ithamomane » dérive de la racine du tumulte ou de la stupeur (hamam), c'est-à-dire : rassemblez-vous en troupes, des bandes de soldats en maraude. Rachi rapporte une autre explication : « roulez-vous dans le fumier des enclos du bétail », considérant que « hitshotatna » exprime l'avilissement et le mépris, à l'instar de « et Ésaü méprisa le droit d'aînesse » (vayivez Essav), traduit par « ou-shat Essav », où la racine shat renvoie au dédain. C'est-à-dire : vous serez avilis, semblables à celui qui se vautre dans le fumier.
Le Metsoudat David écrit : « vehitshotatna baguederot - ils écoutaient çà et là » ; on pourrait chercher longtemps à comprendre ce que cela signifie, et même dans d'autres éditions figure la même leçon. Mais il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une coquille, d'une erreur de copiste : non pas « ils écoutaient » (hayou chome'im), mais « ils erraient » (hayou chotetim). Le mem ressemble au tet, le 'ayin ressemble au tet, et les lettres ont été interverties. La preuve en est apportée par le Metsoudat Tsiyone, qui commente ces mots : « vehitshotatna - notion d'aller çà et là, comme dans 'Parcourez [shotetou] les rues de Jérusalem' ». Il ne s'agit donc nullement d'audition. Le sens est bien qu'ils erraient çà et là pour se cacher parmi les clôtures, lieu de repos du bétail.
מַה תִּתְהַלְלִי בָּעֲמָקִים, זָב עִמְקֵךְ הַבַּת הַשּׁוֹבֵבָה, הַבֹּטְחָה בְּאֹצְרֹתֶיהָ מִי יָבוֹא אֵלָי׃ - Pourquoi te glorifies-tu de tes vallées ? Ta vallée ruisselle, fille rebelle, toi qui te fies à tes trésors en disant : « Qui viendra contre moi ? »
« Pourquoi te glorifies-tu » - pourquoi tires-tu vanité ? Et quelle est cette gloire tirée des vallées ? Rachi explique que leur pays est une terre de vallées fertiles, ne souffrant ni de la sécheresse ni du manque de pluie, et où l'ardeur du soleil ne sévit pas. Quant à « ta vallée ruisselle », selon Menahem [ben Sarouq], il s'agit d'un châtiment : prépare-toi à essuyer un déluge de pluies, au point que les eaux déborderont dans la vallée et qu'une grande inondation s'abattra sur eux. Le Radak explique : cette même vallée dont tu te glorifies ruissellera du sang de tes victimes - le sang des tués qui tomberont à Rabba. Et Yonatan a traduit « ta vallée ruisselle » par : « ta puissance sera détruite ».
Le Malbim explique que la ville de Rabba était appelée « la ville des eaux », un lieu traversé de fleuves et une vallée gorgée d'eau ; on ne pouvait la conquérir, car elle était ceinte de cours d'eau de toutes parts. Telle était la source de son orgueil : « Pourquoi te glorifies-tu de tes vallées ? » - parce que « ta vallée ruisselle », il y a ici des rivières dans toutes les directions et la cité est imprenable. En outre, elle possédait d'immenses richesses : « toi qui te fies à tes trésors », et c'est pourquoi elle disait : « Qui viendra contre moi ? » - qui pourra venir me conquérir ?
הִנְנִי מֵבִיא עָלַיִךְ פַּחַד נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה צְבָאוֹת מִכׇּל סְבִיבָיִךְ, וְנִדַּחְתֶּם אִישׁ לְפָנָיו וְאֵין מְקַבֵּץ לַנֹּדֵד׃ - Voici que Je fais venir sur toi l'effroi, oracle du Seigneur, D.ieu Tsevaot, de tous tes alentours ; vous serez chassés chacun devant soi, sans personne pour rassembler les fugitifs.
Le Saint, béni soit-Il, fait tomber sur eux l'effroi afin qu'ils fuient leur forteresse. « Vous serez chassés chacun devant soi » - explique le Radak : chacun s'enfuira dans la direction qui s'offre immédiatement à lui, droit devant soi. Lorsque la peur n'est pas extrême, l'homme réfléchit à son chemin et calcule où il lui convient de fuir ; mais quand la terreur est immense, chacun s'échappe tout droit, sans aucun calcul. Et ce n'est pas tout : « sans personne pour rassembler les fugitifs » - les bannis ne pourront se regrouper. Or, lorsque des exilés se rassemblent, dit le Radak, « ils se réconfortent l'un l'autre », ils s'unissent et dressent des plans ensemble ; mais lorsque chacun s'enfuit et se retrouve isolé, c'est une détresse supplémentaire, privés qu'ils sont de tout soutien mutuel.
Le Malbim analyse avec précision la nuance entre « nidakh » (l'exilé, le repoussé) et « noded » (l'errant, le vagabond) : le nidakh est celui qui a été chassé de son lieu, et il est possible qu'il ait été banni d'ici tout en se trouvant regroupé ailleurs. En revanche, le noded est celui qui erre de lieu en lieu, dispersé, impossible à rassembler. C'est pourquoi le texte précise « sans personne pour rassembler le fugitif [lanoded] », et non à propos du nidakh - car le proscrit peut éventuellement être réuni aux siens, mais pour l'errant solitaire, nul rassemblement n'est possible.
וְאַחֲרֵי כֵן אָשִׁיב אֶת שְׁבוּת בְּנֵי עַמּוֹן נְאֻם יְהֹוָה׃ - Mais après cela, Je ramènerai les captifs des enfants d'Amon, oracle de l'Éternel.
Après qu'ils auront reçu leur rétribution, Hachem annonce qu'Il ramènera les captifs des enfants d'Amon, et ils retourneront dans leur contrée.
לֶאֱדוֹם כֹּה אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת, הַאֵין עוֹד חׇכְמָה בְּתֵימָן, אָבְדָה עֵצָה מִבָּנִים נִסְרְחָה חׇכְמָתָם׃ - Sur Édom, ainsi parle Hachem Tsevaot : n'y a-t-il plus de sagesse à Téman ? Le conseil a-t-il disparu des hommes intelligents, leur sagesse s'est-elle corrompue ?
Selon le Radak, cette prophétie regarde l'avenir : elle ne parle pas de ce qui se déroule alors, mais des temps futurs. Le Malbim, quant à lui, explique que la prophétie traite à la fois de l'époque du prophète et de l'avenir lointain, faisant référence aux deux destructions qu'Édom a connues et connaîtra. « Téman » désigne Édom, car Téman était l'un des fils d'Élifaz, fils d'Éssav, et Éssav est Édom. Une telle prophétie apparaît également dans Ovadia : « Et Je ferai disparaître les sages d'Édom ». Le Targoum Yonatan traduit « Téman » par « Droma », c'est-à-dire les habitants du pays du Sud.
Le Radak fait remarquer que cette formulation laisse entendre qu'Édom était réputé pour sa sagesse. C'est pourquoi, lorsqu'ils ont commis un acte insensé, le prophète s'en étonne : « N'y a-t-il plus de sagesse à Téman ? » De fait, à travers l'histoire, Édom, Rome et les nations européennes ont été perçus comme plus ingénieux que les peuples arabes. Même si par le passé, à l'époque du Rambam, de grands savants ont émergé parmi les nations arabes, par la suite, ils se sont mis à manipuler des bombes plutôt que des livres, et c'est là tout leur génie aujourd'hui : si un ingénieur se distingue, c'est pour fabriquer des explosifs. On n'entend guère parler de savants arabes de renom, ni de découvertes scientifiques ou d'avancées majeures issues du monde arabe ; et même pour développer l'atome, ce qui requiert des esprits instruits, tout est importé de Russie ou d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, Édom avait la réputation de compter des sages en son sein. C'est pourquoi le prophète s'étonne : leur sagesse a-t-elle donc péri, et comment un tel malheur s'est-il abattu sur eux ?
« Le conseil a-t-il disparu des hommes intelligents (mibanim) » : Yonatan traduit « mibnaya », c'est-à-dire littéralement de leurs enfants. Mais le Radak explique que « mibanim » se rattache à la racine de la tévouna (le discernement), comme dans le verset « baneta léréei » au qal, tandis que « tévouna » relève d'une forme dérivée. En d'autres termes, leur discernement a disparu. Le Malbim rattache également « mibanim » à nevonim (les esprits avisés) : jusqu'alors, ils comptaient des hommes de discernement parmi eux, mais désormais « leur sagesse s'est corrompue », ils ont agi avec folie et tout bon conseil a péri.
Le Malbim rappelle ici la distinction classique entre tévouna et 'hokhma, telle qu'il la développe fréquemment dans son commentaire du livre de Michlé : la 'hokhma (sagesse) est ce que l'homme reçoit d'autrui, tandis que la tévouna (discernement) est ce qu'il déduit et comprend par lui-même, en concevant une idée à partir d'une autre. Le prophète dit donc : à supposer même qu'ils n'aient pas fait preuve de sagesse reçue d'autrui, ne pouvaient-ils pas réfléchir par eux-mêmes ? N'avaient-ils aucun discernement propre pour réaliser que la démarche qu'ils entreprenaient était vouée à l'échec ?
נֻסוּ הׇפְנוּ הֶעְמִיקוּ לָשֶׁבֶת יֹשְׁבֵי דְּדָן, כִּי אֵיד עֵשָׂו הֵבֵאתִי עָלָיו עֵת פְּקַדְתִּיו׃ - Fuyez, tournez le dos, enfoncez-vous pour habiter dans les profondeurs, habitants de Dedan ! Car Je fais venir la ruine sur Éssav, au temps où Je lui demande des comptes.
Le Malbim pose ici un court préambule : dans Isaïe 21, nous apprenons que la ruine d'Édom est survenue à la suite d'un piège qui lui a été tendu. Quel était ce piège ? Les fils de Dedan étaient éloignés, et les Édomites sont partis guerroyer contre eux. En mobilisant toute leur armée, ils se sont éloignés des frontières de leur propre pays ; l'ennemi en a profité pour pénétrer sur leur territoire, qui est tombé entre ses mains comme un fruit mûr. C'est à ce sujet que le prophète s'étonne : « N'y a-t-il plus de sagesse à Téman ? » Quelle folie de poursuivre les fils de Dedan au loin, tout en laissant sa patrie sans défense face à l'ennemi !
D'après le Malbim, l'injonction « Fuyez, tournez le dos, enfoncez-vous pour habiter dans les profondeurs, habitants de Dedan » s'adresse aux fils de Dedan qui ont fui au loin, entraînant à leur suite les Édomites lancés à leur poursuite. C'est par ce biais que « Je fais venir la ruine sur Éssav » : l'ennemi est survenu et a conquis le pays d'Édom, vidé de ses guerriers. « La ruine d'Éssav » (eid Éssav) désigne le désastre qui lui était destiné selon l'ordre naturel des choses et la peine qu'il devait subir. « Au temps où Je lui demande des comptes » ('et pekaditiv) renvoie au moment fixé par la Providence pour sa chute, l'heure où Hachem lui réclame le compte de ses fautes et fait fondre sur lui ce qui a été décrété.
Le Radak, quant à lui, explique que Dedan est un autre nom pour désigner Édom, ainsi qu'il est écrit dans la prophétie de Yé'hezkel : « et ceux de Dedan tomberont par l'épée ». Dès lors, « fuyez, tournez le dos, enfoncez-vous pour habiter dans les profondeurs » s'inscrit dans la continuité de l'appel du prophète adressé à Édom elle-même : lorsque l'ennemi marchera contre vous, fuyez ! Car de même qu'il la nomme tantôt Édom et tantôt Téman, il l'appelle ici Dedan.
אִם בֹּצְרִים בָּאוּ לָךְ לֹא יַשְׁאִירוּ עוֹלֵלוֹת, אִם גַּנָּבִים בַּלַּיְלָה הִשְׁחִיתוּ דַיָּם׃ - Si des vendangeurs venaient chez toi, ne laisseraient-ils pas des grappillons ? Si des voleurs venaient de nuit, ils ne détruiraient que ce qui leur suffit !
Un verset similaire se trouve dans la Haftara de Vayichla'h, dans la vision d'Ovadia : « Si des voleurs venaient chez toi... si des vendangeurs venaient chez toi, ne laisseraient-ils pas des grappillons ? » Rachi fait remarquer à ce propos qu'Ovadia a prophétisé sur Édom selon ce même modèle ; or, comme plusieurs prophètes peuvent recevoir une même inspiration mais qu'aucun prophète ne s'exprime dans le même style qu'un autre, les termes diffèrent légèrement. En d'autres termes, l'idée de fond est identique, mais la formulation varie, et il ne s'agit pas d'une reproduction mot à mot de la même prophétie.
L'Abravanel explique (sur Isaïe 2, 2) qu'il est possible que le fond du message perçu soit identique chez deux prophètes, sans que les paroles soient identiques, mais au contraire variables. Le fond et le message sont identiques, mais la formulation diffère, car la prophétie passe à travers le prophète ; en transitant par lui, elle s'imprègne de sa propre personnalité, d'où ces nuances stylistiques. Sans cela, s'il y avait eu deux prophètes comparables à Moché Rabbénou, ils se seraient exprimés exactement dans les mêmes termes. Pourquoi ? Parce que la grandeur unique de Moché résidait dans le fait qu'il contemplait à travers une « loupe lumineuse » (l'ispaklaria haméira), un miroir poli sans le moindre défaut, recevant directement la parole divine. Chez tout autre prophète, lorsque le message passe par lui, il retient le goût du récipient ; mais Moché - « Et nous, que sommes-nous ? », lui le plus humble de tous les hommes - ne prenait aucunement place, et la parole d'Hachem entrait et sortait telle quelle, sans aucune empreinte personnelle du prophète. C'est pourquoi, s'il existait deux prophètes comme Moché, la règle selon laquelle « deux prophètes ne prophétisent pas dans le même style » ne s'appliquerait pas.
Quant au sens littéral du verset, le Malbim explique : les ennemis qui ont fondu sur Édom sont venus d'un côté comme des voleurs, arrivant sans que le maître des lieux ne s'en aperçoive, et d'un autre côté comme des vendangeurs, car le voleur vient la nuit tandis qu'eux sont venus de jour ; ils se sont en effet permis d'attaquer parce que les Édomites n'étaient pas chez eux, étant partis combattre les enfants de Dedân. Le texte vient donc affirmer qu'ils sont pires que des vendangeurs et pires que des voleurs. « Si des vendangeurs venaient chez toi » - c'est-à-dire ceux qui vendangent de jour - ne laisseraient-ils pas des grappillons ? Ils laissent d'ordinaire les petites grappes qu'il ne vaut pas la peine de cueillir. Le terme « Olélot » (grappillons) vient de la racine d'« Olel » (nourrisson), désignant les petites grappes, comme l'explique Ibn Ezra. Or ici, ils n'ont rien laissé du tout.
De même, ils sont pires que les voleurs : le voleur ne prend certes pas la peine de laisser des grappillons, puisqu'il vient de nuit et s'empare de tout sans trier, mais quoi qu'il en soit, « ils n'auraient détruit que ce qui leur suffit » - il ne pille que selon ses besoins et s'en tient là, sans détruire ce dont il n'a pas l'utilité. De plus, de nuit, le voleur ne connaît pas toutes les cachettes secrètes, car dans l'obscurité il est difficile de les repérer. Ici au contraire, ils ont tout fouillé et tout détruit, comme il est écrit dans Ovadia : « Comme Ésaü a été fouillé, ses trésors cachés ont été mis au jour ! » - même les recoins les plus secrets ont été éventrés et mis à nu. Il s'avère donc que la situation d'Ésaü est bien pire que celle d'un homme pillé par des voleurs ou dévalisé par des vendangeurs : ceux-là laissent toujours quelque chose, alors qu'ici, il n'est rien resté.
כִּי אֲנִי חָשַׂפְתִּי אֶת עֵשָׂו גִּלֵּיתִי אֶת מִסְתָּרָיו וְנֶחְבָּה לֹא יוּכָל, שֻׁדַּד זַרְעוֹ וְאֶחָיו וּשְׁכֵנָיו וְאֵינֶנּוּ׃ - Car c'est Moi qui ai dénudé Ésaü, J'ai dévoilé ses cachettes et il ne peut se dissimuler ; sa descendance a été dévastée, ainsi que ses frères et ses voisins, et il n'est plus.
« Car c'est Moi qui ai dénudé Ésaü » - Je l'ai dépouillé des forteresses qui l'entouraient et sur lesquelles il comptait, persuadé que nul ne pourrait l'atteindre. « J'ai dévoilé ses cachettes » - les lieux où il se dissimulait. « Et il ne peut se dissimuler » - celui qui se trouve dans la ville cherche un refuge pour s'y cacher, mais celui qui en est sorti pour combattre ses ennemis, comme les Édomites partis contre Dedân, n'a nulle part où se terrer ; il n'était même pas chez lui pour pouvoir s'abriter. C'est le sens de : « Sa descendance a été dévastée, ainsi que ses frères et ses voisins, et il n'est plus » - sa descendance, ses frères et ses voisins ont été pillés, et lui-même, où est-il ? Il n'est plus là : il est parti faire la guerre aux enfants de Dedân et ne se trouve point dans sa demeure.
Le Malbim analyse avec précision la nuance entre « 'Hassafeti » (J'ai dénudé) et « Guiliti » (J'ai dévoilé) : l'action de dénuder (« 'Hassifa ») s'applique lorsque l'on retire un élément adhérant à un autre, comme l'écorce d'un arbre - « ma'hssof halavan » (mettant à nu le blanc), lorsque Yaakov retira l'écorce des bâtons qu'il fendit près des abreuvoirs. Par extension, cette expression désigne tout ce qui est constamment recouvert et dont on retire la couverture, même si elle n'y est pas collée, comme dans « 'Hassoufé chet » (les fesses dénudées), qui signifie être dévêtu. Ici, le sens est que le Saint béni soit-Il a fait tomber leurs forteresses. En revanche, le dévoilement (« Guilouï ») ne consiste pas nécessairement à mettre à nu une chose matériellement recouverte, mais constitue une notion plus large et abstraite, comme dans « mégalé sod » (dévoiler un secret), où il n'y a aucun retrait physique de couverture.
עׇזְבָה יְתֹמֶיךָ אֲנִי אֲחַיֶּה, וְאַלְמְנוֹתֶיךָ עָלַי תִּבְטָחוּ׃ - Laisse tes orphelins, c'est Moi qui les ferai vivre, et que tes veuves se fient à Moi !
Le Malbim explique que ces paroles sont prononcées sur le ton de l'interrogation réprobatrice : aurais-tu donc abandonné tes orphelins ici, quittant ton pays et les laissant sans protection pour aller combattre les enfants de Dedân, et ce serait à Moi de les faire vivre ? « Et que tes veuves se fient à Moi » - compterais-tu sur Moi pour veiller sur tes veuves ? Tu les as toi-même délaissées en partant, personne n'est là pour prendre soin d'elles, et elles en paieront donc le prix fort, comme nous le verrons dans le verset suivant.
Le Radak explique différemment : « Laisse tes orphelins, je les ferai vivre » est la parole qu'adresse un soldat à son compagnon mourant au combat, lorsque ce dernier s'inquiète du sort de ses enfants et de son épouse ; son ami lui dit alors : ne crains rien, confie-moi tes orphelins et je les ferai vivre, et que tes veuves s'en remettent à moi. Le texte vient souligner qu'ici, nul ne sera là pour prononcer de telles paroles, car ainsi qu'il est dit dans la prophétie d'Ovadia : « et il n'y aura pas de survivant pour la maison d'Essav ». Dès lors qu'il n'y a plus aucun survivant, qui donc pourrait s'engager auprès de son camarade tombé au front à prendre la charge de ses orphelins ? En fin de compte, tous périront.
כִּי כֹה אָמַר יְהֹוָה, הִנֵּה אֲשֶׁר אֵין מִשְׁפָּטָם לִשְׁתּוֹת הַכּוֹס שָׁתוֹ יִשְׁתּוּ, וְאַתָּה הוּא נָקֹה תִּנָּקֶה, לֹא תִנָּקֶה כִּי שָׁתֹה תִּשְׁתֶּה׃ - Car ainsi parle Hachem : voici, ceux pour qui il n'était pas prescrit de boire la coupe la boiront certainement, et toi, serais-tu tenu pour quitte ? Non, tu ne seras point tenu pour quitte, car assurément tu la boiras.
Pourquoi ceux à qui il n'incombait pas de boire la coupe doivent-ils la boire aussi ? Le Malbim explique : parce qu'ils sont atteints par le sort collectif du lieu, à la manière d'un feu qui se propage, rencontre des ronces et consume les meules de foin ou le blé sur pied, brûlant et dévorant tout sans distinction. Dès lors que le bâton de la colère divine s'est abattu pour ébranler des royaumes, il ne fait plus de différence et détruit tout. Par conséquent, dans la suite de l'étonnement « Laisse tes orphelins, je les ferai vivre » - penses-tu vraiment que Je vais les faire subsister ? Alors même que celui qui ne devait pas subir ce châtiment doit boire la coupe, toi qui en es l'instigateur, toi par la faute de qui le destructeur s'est déchaîné car tu es le véritable coupable, comment pourrais-tu espérer rester impuni ? C'est absolument impossible. Non seulement tu ne seras point épargné, mais « assurément tu la boiras » - la justice exige que tu boives cette coupe amère jusqu'à la lie, et ton sort sera pire que celui de toutes les autres nations : les autres peuples, après avoir bu, seront lavés de leur faute, tandis que toi, même après avoir bu la coupe, tu ne seras pas déchargé de ton iniquité.
Le Radak apporte une raison supplémentaire : aucune des autres nations n'était le frère d'Israël, alors qu'Essav est le frère de Yaakov. D'un frère, on était en droit d'attendre un soutien, qu'au moment de l'adversité, quand d'autres se dressent contre nous, il se montre une aide secourable pour nous arracher à leurs mains. Non seulement il ne nous a été d'aucun secours, mais il n'a cessé lui-même de nous opprimer et de nous traquer, comme l'a proclamé Ovadia dans sa prophétie : « À cause de la violence commise envers ton frère Yaakov, la honte te recouvrira, et tu seras anéanti à jamais ». La sentence d'Édom est donc de boire la coupe de fureur bien plus lourdement que les autres peuples : d'une part, parce que les autres nations, bien qu'elles nous aient affligés, n'ont jamais atteint le degré d'acharnement des peuples issus d'Édom qui nous ont pourchassés tout au long de l'histoire, et le sol européen est imprégné du sang d'Israël à travers les générations ; d'autre part, parce qu'on attend davantage d'un frère et qu'au contraire, leur devoir était de nous secourir.
כִּי בִי נִשְׁבַּעְתִּי נְאֻם יְהֹוָה, כִּי לְשַׁמָּה לְחֶרְפָּה לְחֹרֶב וְלִקְלָלָה תִּהְיֶה בׇצְרָה, וְכׇל עָרֶיהָ תִהְיֶינָה לְחׇרְבוֹת עוֹלָם׃ - Car c'est par Moi-même que J'ai juré, oracle de Hachem : Botsra deviendra un sujet de désolation, d'opprobre, de ruine et de malédiction, et toutes ses villes seront des ruines éternelles.
Hachem déclare : J'en ai fait le serment par Moi-même, ta situation ne ressemblera en rien à la leur. Pour eux, le châtiment prendra fin, tandis que pour toi : désolation, opprobre, ruine et malédiction, une terrible accumulation de fléaux. Un temps viendra où la métropole royale d'Édom sera dévastée pour devenir un désert et une ruine perpétuelle. Et selon la démarche du Malbim, affirmant qu'il y a là deux prophéties distinctes - l'une sur la chute immédiate d'Édom à l'époque où ils partirent traquer les fils de Dedan, et la seconde pour les temps à venir - ces termes d'une extrême sévérité ne concernent pas la ruine présente. Que personne ne dise : voici qu'Édom n'est pas demeuré en ruines perpétuelles ! Cette prophétie a été énoncée pour les temps messianiques : c'est alors qu'Édom deviendra désolation, opprobre, ruine et malédiction, s'effondrant une seconde fois pour sombrer dans une dévastation absolue sans jamais plus être relevée.
Le Malbim analyse précisément l'enchaînement de ces termes : « Horev » (ruine) désigne un lieu bâti, signifiant que les édifices s'écrouleront ; tandis que « Chemama » (désolation) s'applique à l'ensemble du territoire, indiquant que tout le pays deviendra désertique. Plus encore : plus une cité est peuplée et prospère, plus son effondrement est retentissant. C'est pourquoi « désolation et opprobre » s'applique à la province entière, alors que « ruine et malédiction deviendra Botsra » - la capitale densément habitée - où s'abattra non seulement l'opprobre mais la malédiction, et non seulement la désolation mais la destruction matérielle totale. Plus un lieu est important et florissant, plus sa dévastation est immense.
Dans ce chapitre, le prophète débute par un avertissement aux enfants d'Amon, qui s'étaient emparés du patrimoine de Gad après la déportation des tribus de Gad et de Réouven : non seulement ils devront évacuer ces terres, mais l'assaillant pénétrera jusqu'à la cité royale de Rabba, ses villes tributaires périront par le feu, et Israël prendra possession de ses usurpateurs - que ce soit à la fin des temps ou à l'époque de Cyrus et du retour d'Ezra et Néhémie. Le prophète dépeint la détresse des cités en larmes, la vaine gloriole de leurs vallées fertiles et de leurs réserves opulentes, ainsi que l'effroi qui les dispersera au point que « nul ne rassemble les fuyards », avant de clore par la promesse : « Mais après cela, Je ramènerai les captifs des enfants d'Amon ». Puis la prophétie s'oriente vers Édom : un peuple réputé pour sa sagesse, qui a perdu toute lucidité et tout discernement en partant pourchasser les fils de Dedan et en découvrant ses propres frontières. L'adversaire qui fondit sur lui fut plus impitoyable que des vendangeurs ou des pillards nocturnes, ne laissant rien après lui ; personne ne subsiste pour consoler son frère en disant « laisse tes orphelins », et nul moyen n'existe d'échapper à la coupe amère : non pas parce que les autres ont été épargnés, mais précisément parce qu'Édom est le grand coupable et le frère félon. C'est pourquoi « tu ne seras point tenue pour quitte, car assurément tu la boiras », et dans les temps futurs, Botsra deviendra désolation, opprobre, ruine et malédiction, et toutes ses cités des décombres éternels.