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Chapitre 48 - Le jugement de Moav - Deuxième partie

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Le chapitre 48 de Yirmiyah est tout entier une prophétie sur Moav. Dans cette partie, nous poursuivons la parabole introduite par le prophète - Moav semblable à un vin tranquille sur ses lies, qui n'a pas été transvasé d'un récipient à l'autre et n'est pas parti en exil, et dont le goût est resté intact et l'odeur ne s'est pas altérée - et nous passons au grand renversement : le récipient est sur le point d'être vidé, l'outre est sur le point d'éclater, et ce puissant royaume est sur le point d'être brisé. Suivons l'ordre des versets, à la lumière des explications du Malbim, de Rachi, du Radak et des Metsoudot.

Le récipient se videra - Une fermentation interne qui fera éclater l'outre
לָכֵן הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם ה' וְשִׁלַּחְתִּי לוֹ צֹעִים וְצֵעֻהוּ, וְכֵלָיו יָרִיקוּ וְנִבְלֵיהֶם יְנַפֵּצוּ׃ (יב) - C'est pourquoi voici, des jours viennent, dit l'Éternel, où Je lui enverrai des transvaseurs qui le transvaseront ; ils videront ses récipients et briseront leurs outres. (12)

Hachem déclare : voici que des jours viennent où Je lui enverrai des « transvaseurs » (tso'im) - des hommes qui le videront. Si jusqu'à présent Moav était comparé à un vin reposant sur ses lies sans avoir été transvasé d'un récipient à l'autre, ils seront désormais vidés d'un endroit à un autre. « Et briseront leurs outres » (venivlehem yenapetsou) - Rachi explique que « yenapetsou » signifie briser, tandis que le Radak cite au nom de son père que ce terme signifie vider, comme dans l'expression « et elle vida sa cruche » (vaté'ar kadah), ou encore l'expression talmudique relative à l'homme qui veut répudier son épouse et la « jette au dépotoir » (menapetsèt la-achpah), qui est une formulation délicate pour exprimer la même idée. En tout état de cause, le Radak explique qu'Il leur annonce ici que viendront des déportateurs qui les exileront - pour les vider d'un lieu à l'autre, et selon le Targoum Yonatan : « des pillards viendront et les pilleront ». La parabole annonce ainsi que les enfants de Moav sont voués à partir en exil.

Le Malbim approfondit cette parabole. Le vin, lorsqu'il est hermétiquement clos, peut entrer en fermentation, et si le récipient est totalement scellé, la pression interne finit par le faire exploser. C'est pourquoi on a coutume de fermer le vin en phase de fermentation avec un tissu plutôt que par un scellage hermétique. C'est ce qui est dit dans Iyov : « Voici, mon ventre est comme un vin sans issue, comme des outres neuves il va éclater » - un vin que l'on n'a pas ouvert, et les outres se rompent sous l'effet de la fermentation intérieure.

Selon cette perspective, le Malbim explique que « des transvaseurs qui le transvaseront » (tso'im vetsé'ouhou) évoque l'ébullition du vin et sa tourmente interne - tso'ah, zo'ah, so'ah et so'er participent tous d'une même idée de tempête intérieure qui bouillonne au-dedans. Ainsi, le Saint béni soit-Il ne dit pas ici qu'un ennemi viendra de l'extérieur briser la cruche, mais que des pressions s'exerceront à l'intérieur même du récipient, à l'image du vin en fermentation. C'est la métaphore de tensions internes : une effervescence éclatera au sein du pays, une rébellion se déclenchera, et les frères s'entre-déchireront par l'épée. Sous l'effet de cette fermentation, l'outre éclatera et le vin qu'elle contient se répandra - de la même façon, les villes de Moav se videront et seront dévastées.

La honte de l'idolâtre
וּבֹשׁ מוֹאָב מִכְּמוֹשׁ, כַּאֲשֶׁר בֹּשׁוּ בֵּית יִשְׂרָאֵל מִבֵּית אֵל מִבְטֶחָם׃ (יג) - Et Moav aura honte de Kemosh, comme la maison d'Israël a eu honte de Beth-El, qui était leur confiance. (13)

Le dénouement ultime est que Moav aura honte de Kemosh, sa divinité. La plus grande honte pour un adorateur d'idoles survient lorsqu'il constate que son idole s'avère incapable de le sauver. Il l'a entretenue, nourrie, honorée, lui a offert des sacrifices - parfois même ses propres enfants - et voilà que survient le moment de vérité, et l'avoda zara ne remplit aucunement son rôle. On lui demande alors : où est ton dieu ? « Le peuple de Kemosh est perdu ». Vous aviez mis votre confiance en Kemosh, et voilà que ce dieu a flétri (kamach) et péri sans rien pouvoir faire.

« Comme la maison d'Israël a eu honte de Beth-El, qui était leur confiance » - de la même façon qu'Israël a eu honte des veaux d'or érigés à Beth-El, sur lesquels ils comptaient et qu'ils servaient, lorsqu'ils ont vu ces mêmes veaux partir en captivité avec eux. Les conquérants les ont également emportés, preuve éclatante que les idoles sur lesquelles ils s'étaient appuyés ne leur ont été d'aucune utilité.

« Nous sommes des héros » - Par nature et par entraînement
אֵיךְ תֹּאמְרוּ גִּבּוֹרִים אֲנָחְנוּ וְאַנְשֵׁי חַיִל לַמִּלְחָמָה׃ (יד) - Comment pouvez-vous dire : « Nous sommes des braves, et des hommes vaillants pour la guerre » ? (14)

Comment pouvez-vous prétendre être forts pour partir en guerre ? Où est votre vaillance, où est votre puissance ? Le Malbim explique cette répétition : un « guibor » (homme vaillant) l'est par nature, tandis qu'un « ish 'haïl » (homme de guerre) est une personne entraînée aux tactiques militaires. Vous prétendez donc deux choses : être vaillants de nature, mais aussi vous être exercés dans les meilleures écoles militaires et maîtriser toutes les ruses de combat. Comment pouvez-vous tenir un tel discours ?

שֻׁדַּד מוֹאָב וְעָרֶיהָ עָלָה, וּמִבְחַר בַּחוּרָיו יָרְדוּ לַטָּבַח, נְאֻם הַמֶּלֶךְ ה' צְבָאוֹת שְׁמוֹ׃ (טו) - Moav est dévasté, l'ennemi est monté contre ses villes, et l'élite de ses jeunes gens est descendue au massacre, déclare le Roi, dont le Nom est Hachem Tsevaot.

Vous voyez bien qu'il n'y a en vous aucune vaillance. Le Malbim explique que « et ses villes il est monté » signifie « et contre ses villes l'ennemi est monté pour le massacre », l'expression « pour le massacre » s'appliquant aux deux membres du verset. C'est là que réside toute l'ironie : c'est une règle fondamentale de l'art militaire, aujourd'hui encore, qu'on ne peut demeurer passif. On peut à la rigueur survivre en restant sur la défensive, mais pas remporter la victoire. Pour vaincre, il faut être actif ; c'est pourquoi, face à une menace, la consigne est d'aller au contact. Il ne faut pas s'abriter dans un recoin pour observer ce qui se passe - pendant ce temps, l'assaillant continue de frapper. Il faut foncer vers lui, engager le contact, et alors seulement on peut le neutraliser. Quiconque cherche un abri pour simplement jeter un coup d'œil n'a aucune chance.

Dès lors, le prophète interroge : comment se fait-il que l'ennemi soit « monté contre ses villes pour le massacre » ? Vos guerriers auraient dû monter à l'assaut des remparts ennemis pour les affronter, or c'est l'inverse qui s'est produit : l'ennemi est venu et a gravi vos propres murailles. Ce n'est pas ainsi qu'agit un homme vaillant. Le héros ne reste pas sur place à attendre l'assaillant, il s'élance et passe à l'attaque. Mais ici, l'ennemi est monté sur les villes de Moav pour y semer le massacre, tandis que les habitants se sont cachés et se sont terrés à l'intérieur des cités.

« Et l'élite de ses jeunes gens est descendue au massacre » - dans l'ordre naturel des choses, les hommes de guerre montent sur les remparts pour combattre, et les simples civils descendent s'abriter. Or ici, les rôles se sont inversés : les citadins sont montés sur les fortifications pour y être massacrés, tandis que les héros n'ont même pas essayé de monter ou d'intervenir, mais « sont descendus au massacre ».

Proche et rapide - deux notions distinctes
קָרוֹב אֵיד מוֹאָב לָבוֹא, וְרָעָתוֹ מִהֲרָה מְאֹד׃ (טז) - La ruine de Moav est proche d'arriver, et son malheur se hâte grandement.

Le mot « eid » signifie la ruine, le brisement, comme dans « car le jour de leur ruine est proche ». La chute de Moav est imminente. Et ne croyez pas que, bien qu'elle soit proche, elle tardera à survenir : c'est pourquoi il est précisé « et son malheur se hâte grandement ». Le Malbim clarifie cette nuance : « proche » s'oppose à « lointain », et s'applique aussi bien à l'espace (quelqu'un se trouve à deux mètres de vous) qu'au temps (le moment de la délivrance approche). « Rapide », en revanche, s'oppose à la lenteur ou à l'hésitation. Une échéance peut être proche mais s'accomplir très lentement, ou inversement être lointaine mais s'abattre de façon fulgurante une fois arrivée. Ici, les deux dimensions sont réunies : la ruine de Moav est proche dans le temps comme dans l'espace - l'ennemi est déjà aux portes - et lorsqu'elle frappera, elle ne traînera pas, mais surviendra avec impétuosité et célérité.

Sceptre de force et bâton de splendeur
נֻדוּ לוֹ כָּל סְבִיבָיו וְכֹל יֹדְעֵי שְׁמוֹ, אִמְרוּ אֵיכָה נִשְׁבַּר מַטֵּה עֹז מַקֵּל תִּפְאָרָה׃ (יז) - Lamentez-vous sur lui, vous tous ses voisins et vous tous qui connaissez son nom ! Dites : Comment a été brisé le sceptre de force, le bâton de splendeur ?

Le mot « nodou » évoque le hochement de tête propre au deuil et à la déploration, comme dans l'expression « ne le pleurez point ». Le Metsoudat David explique : lorsqu'une personne apprend la perte d'un bien précieux, elle a coutume de hocher la tête, de remuer la tête de droite à gauche en signe de consternation. Le prophète déclare donc : dès maintenant, avant même qu'il ne soit brisé, hochez la tête de douleur sur lui - car le prophète contemple déjà cette scène de manière tangible, et la ruine de Moav est imminente.

« Sceptre de force, bâton de splendeur » - le Malbim explique que le « maté » (sceptre) désigne toujours la royauté et l'autorité souveraine, tandis que le « makel » (bâton) renvoie aux coups et aux châtiments. Lorsqu'un sceptre n'est pas un sceptre de force mais seulement d'apparat, et que le dirigeant gouverne au moyen d'un bâton brutal et tyrannique, ce n'est pas une bonne chose. Mais à Moav, le pouvoir royal était puissant en lui-même.

Donnons une parabole pour bien comprendre la chose. Parfois s'élève un dirigeant qui ne possède pas de véritable royauté, mais n'est qu'un chef de guerre particulièrement violent et dangereux ayant pris le pouvoir par la force, à l'image d'un Kadhafi ou de ses semblables. À son sujet, on ne peut pas parler de « sceptre de puissance » (mateh 'oz), car le sceptre désigne le gouvernement, et lui ne dispose pas d'un pouvoir intrinsèquement fort et établi. Que possède-t-il alors ? Un « bâton de force » (makel 'oz) : il sait frapper, et quiconque ose piper mot contre le souverain est décapité. Le coup est violent, mais le gouvernement en lui-même est faible. En revanche, dans un pays comme les États-Unis, il y a un sceptre de puissance : l'institution gouvernementale est forte et bien assise par elle-même.

Remarquez bien ce principe : lorsqu'un pouvoir est fort, il n'a nul besoin d'un bâton de force, et le bâton n'est là que pour la parure. En effet, quand a-t-on recours à la violence ? N'importe quel écolier sait que l'enseignant violent est en réalité le plus faible. Celui qui possède une autorité naturelle fait régner le silence sans lever la main et sans crier. En revanche, celui qui n'a aucune autorité crie et menace constamment. La nécessité même d'une violence permanente témoigne d'une faiblesse. Les régimes faibles sont condamnés à la violence, car au moindre relâchement, le peuple se révolte.

Il s'ensuit que l'idéal est « un sceptre de puissance et un bâton de parure » : le gouvernement est fort et stable par lui-même, tandis que le bâton ne sert que d'ornement, sans qu'il soit nécessaire de frapper sans cesse. C'est pourquoi, dans la plupart des pays développés, il n'y a ni peine de mort ni torture. En revanche, la situation inverse d'un « sceptre de parure et bâton de force » est déplorable : le gouvernement n'est qu'une façade fantoche qui ne tient que par la terreur, et au moindre écart, on exécute. En Moav, il y avait à la fois un sceptre de puissance et un bâton de parure ; c'est pourquoi retentit cette lamentation : comment a-t-il été brisé ? Comment a pu s'effondrer un pouvoir si solidement établi, doté de toutes ces vertus ?

Descends de ta gloire : habitante de Divon et résidente d'Aroër
רְדִי מִכָּבוֹד וּשְׁבִי בַצָּמָא, יֹשֶׁבֶת בַּת דִּיבוֹן, כִּי שֹׁדֵד מוֹאָב עָלָה בָךְ שִׁחֵת מִבְצָרָיִךְ׃ (יח) - « Descends de ta gloire et assieds-toi dans la soif, population de la fille de Divon ! Car le dévastateur de Moav monte contre toi, il détruit tes forteresses. » (18)

Descends de la gloire où tu siégeais autrefois, cette gloire d'un sceptre de puissance et d'un bâton de parure, où rien ne manquait. « Et assieds-toi dans la soif » : c'est l'exil, comme dans l'expression « desséché par la soif », car les exilés sont coupés des ressources de leur terre, privés d'eau et de nourriture, si bien que l'exil est constamment dépeint par la faim et la soif. « Car le dévastateur de Moav monte contre toi » : l'ennemi est venu ravager tout le pays de Moav, et il a également ruiné tes forteresses. Ces remparts sur lesquels tu comptais n'ont pas pu te sauver ni te protéger. Le Malbim explique que « l'habitante, fille de Divon » représente l'étape suivante : après avoir conquis le reste de Moav, l'ennemi s'est dirigé vers la fille de Divon et a détruit ses fortifications.

אֶל דֶּרֶךְ עִמְדִי וְצַפִּי יוֹשֶׁבֶת עֲרוֹעֵר, שַׁאֲלִי נָס וְנִמְלָטָה, אִמְרִי מַה נִּהְיָתָה׃ (יט) - « Tiens-toi sur le chemin et guette, habitante d'Aroër ! Interroge le fuyard et la rescapée, demande : que s'est-il passé ? » (19)

Le Malbim explique qu'Aroër était située aux confins du désert, comme nous l'avons vu plus haut (« comme un genévrier dans le désert »), une ville très isolée des centres habités. Le prophète lui dit donc de se poster au bord du grand chemin, où elle pourra apprendre les nouvelles. Comment ? Des gens fuient et s'échappent, empruntant cette route. Toi qui résides dans le désert, tu ignores ce qui se passe ; tiens-toi donc sur le chemin et écoute les fuyards et les rescapées te raconter ce qu'ils ont traversé, car personne venant de Moav n'atteignait Aroër elle-même : il fallait donc les intercepter sur la route pour les interroger.

Le Malbim met également en lumière la nuance entre « le fuyard » (nas) et « la rescapée » (nimlata) : l'homme prend la fuite, tandis que la femme est rescapée. Le terme lehimalet implique d'échapper au carnage et d'avoir la vie sauve. En effet, comme le soulignent nos Sages, « la femme porte ses armes sur elle ». Naturellement, l'ennemi ne cherchait pas à tuer la femme, mais à la capturer comme butin, selon l'expression : « une captive ou deux pour chaque guerrier », car on prenait les femmes comme servantes ou concubines. La femme était donc davantage préservée de la mort, et c'est pourquoi on emploie pour elle le terme de sauvetage : nimlata. Les hommes, en revanche, étaient impitoyablement massacrés ; on emploie donc pour eux le terme de fuite éperdue : nas. « Interroge le fuyard », ce sont les hommes ; « et la rescapée », ce sont les femmes.

הֹבִישׁ מוֹאָב כִּי חַתָּה, הֵילִילוּ וּזְעָקוּ, הַגִּידוּ בְאַרְנוֹן כִּי שֻׁדַּד מוֹאָב׃ (כ) - « Moav est couvert de honte, car il est brisé ! Poussez des gémissements et criez ! Proclamez sur l'Arnon que Moav est dévasté ! » (20)

Et lorsque tu interrogeras ces rescapés, ils te répondront : « Moav est couvert de honte, car il est brisé. » Le mot 'hata renvoie à la brisure, et c'est de cet anéantissement que découle la honte. C'est pourquoi lamentez-vous, poussez des cris et annoncez la nouvelle : « Proclamez sur l'Arnon que Moav est dévasté. » L'Arnon marquait la frontière de Moav, et dès lors que Moav est dévasté, la menace pèse désormais directement sur la région de l'Arnon située à ses portes.

Le jugement des villes de la plaine
וּמִשְׁפָּט בָּא אֶל אֶרֶץ הַמִּישֹׁר, אֶל חֹלוֹן וְאֶל יַהְצָה וְעַל מֵיפָעַת׃ (כא) - Le jugement est venu sur le pays de la plaine, sur Holon, sur Yahtsa et sur Méfa'at.

Une fois que l'ennemi eut conquis les forteresses et remporté la victoire, il siégea pour le jugement - au sens de délibérer et statuer - afin de décider quels lieux il détruirait à l'étape suivante. La sentence frappa alors les villes de la plaine : Holon, Yahtsa et Méfa'at. Il est d'ailleurs remarquable que Holon apparaisse dans les Écritures comme une cité du pays de Moab, et l'on peut s'interroger sur la manière dont son nom s'est retrouvé chez nous. En règle générale, on s'efforçait de baptiser les localités d'après les sites bibliques de la région : on refusa ainsi de nommer Telz-Stone de ce seul nom, et l'on constate que son appellation officielle est « Kiryat Yéarim », les recherches ayant montré que la région portait jadis ce nom ; de même, Beth Shemesh se situe approximativement sur le site de la Beth Shemesh biblique, et ainsi de suite. Quoi qu'il en soit, dans le texte biblique, Holon fait bien partie des cités de Moab.

וְעַל דִּיבוֹן וְעַל נְבוֹ וְעַל בֵּית דִּבְלָתָיִם׃ וְעַל קִרְיָתַיִם וְעַל בֵּית גָּמוּל וְעַל בֵּית מְעוֹן׃ וְעַל קְרִיּוֹת וְעַל בָּצְרָה וְעַל כָּל עָרֵי אֶרֶץ מוֹאָב הָרְחֹקוֹת וְהַקְּרֹבוֹת׃ (כב-כד) - Et sur Divon, sur Névo et sur Beth-Diblataïm ; et sur Kiriataïm, sur Beth-Gamoul et sur Beth-Méon ; et sur Kériot, sur Botsra et sur toutes les villes du pays de Moab, les lointaines et les proches.

Toutes ces cités furent englobées dans ce même « jugement » tenu par les ennemis lorsqu'ils décidèrent de fondre sur elles. « Kériot » est le nom d'une ville. « Les lointaines et les proches » : les lointaines sont celles qui se trouvent à la frontière, et les proches sont situées à l'intérieur du pays. Le Metsoudat David explique, quant à lui, que cette distance s'apprécie par rapport à la rivière de l'Arnon : celles qui en sont éloignées et celles qui s'en trouvent proches.

La corne de Moab est abattue
נִגְדְּעָה קֶרֶן מוֹאָב וּזְרֹעוֹ נִשְׁבָּרָה, נְאֻם ה'׃ (כה) - La corne de Moab a été abattue et son bras est brisé, oracle de l'Éternel.

« La corne de Moab » désigne la royauté de Moab. Et pourquoi la royauté est-elle comparée à une corne ? Cette image revient à de nombreuses reprises dans le Tanakh et dans nos prières ; dès lors que l'on en saisit le principe, le sens s'éclaire partout. La corne est l'organe situé au point le plus élevé du corps de l'animal. C'est pourquoi la royauté est appelée « corne », car elle s'élève au-dessus de tout, domine et dirige l'ensemble du peuple. C'est ainsi que nous demandons : « Élève notre corne », et qu'il est dit : « Il élèvera la corne de Son Machia'h » - c'est-à-dire la royauté de Son Machia'h. Autre explication : la fonction de la corne est d'encorner. Quand on veut décrire une puissance souveraine qui domine les nations, on dit que sa corne s'est élevée, à l'image du verset : « Ma corne s'est élevée par l'Éternel » - j'ai une corne pour frapper mes ennemis. La corne symbolise donc deux éléments : la hauteur souveraine de la royauté, et la force d'impact pour repousser les adversaires. Ici, leur royauté a été abattue et leur puissance anéantie.

« Et son bras est brisé » : le bras figure les ministres et les soldats, qui sont le bras armé du roi et agissent par son autorité. Le Targoum Yonatan traduit « cheltonehon itberou », c'est-à-dire que leur autorité a été brisée, ce qui vise leurs ministres et leurs grands personnages. Le Malbim précise qu'il s'agit de leurs soldats et de leurs places fortes.

Enivrez-le : le chien qui retourne à son vomissement
הַשְׁכִּירֻהוּ כִּי עַל ה' הִגְדִּיל, וְסָפַק מוֹאָב בְּקִיאוֹ, וְהָיָה לִשְׂחֹק גַּם הוּא׃ (כו) - Enivrez-le, car il s'est grandi contre l'Éternel ! Que Moab se vautre dans son vomissement et qu'il devienne lui aussi un objet de risée.

« Enivrez-le » se rapporte à l'ivresse : tendez-lui la coupe de poison pour qu'il la boive jusqu'à la lie. « Car il s'est grandi contre l'Éternel » : le Malbim souligne que cette formule fait écho aux paroles du prophète Tsephania : « J'ai entendu l'outrage de Moab ». Le Radak explicite : devant la détresse d'Israël, les Moabites ont tenu des propos arrogants contre le peuple et contre Hachem, prétendant qu'Il ne serait plus en mesure de les délivrer. Ils sont restés à l'écart, se sont réjouis de notre chute et ont proclamé : « C'en est fait d'eux, Hachem ne peut plus les sauver ! » L'on constate d'ailleurs combien Moab fut un voisin hostile : ils appelaient les envahisseurs et les incitaient à venir frapper Israël. Et quand les assaillants hésitaient, ils les rassuraient : « Vous n'avez rien à craindre, ils se sont adonnés à l'idolâtrie, ils sont coupables et Hachem les a abandonnés ; venez et frappez-les ! » C'est là le sens de la traduction du Targoum : « Car ils se sont enorgueillis contre le peuple d'Hachem », ainsi qu'il est écrit : « Ils ont outragé le peuple de l'Éternel Tsévaot et se sont grandis contre lui ». Moab nous a fait souffrir, a exulté lors de notre malheur et a œuvré pour que nous soyons frappés : ils méritent donc pleinement tout ce que le prophète prédit contre eux.

« Que Moab se vautre dans son vomissement » : le Radak explique que cela décrit l'attitude de l'ivrogne qui, ayant bu outre mesure, roule et se retourne d'un côté et de l'autre au milieu de son propre vomi. Le terme « safak » évoque le fait d'applaudir ou de joindre les mains (« sfikat kapayim »), ce qui dénote l'adhérence : tout comme une paume colle à l'autre, l'ivrogne colle à ses rejets et s'y roule sans fin.

Le Malbim propose une autre explication : « safaq » vient de la racine évoquant le doute (safeq). L'homme ivre est pris d'un doute : un instant, ce que j'ai vomi est-ce du vomi ou du vin ? Et comme il n'en est pas certain, il y goûte pour vérifier, et recommence à boire, qu'Hachem nous en préserve, ce qu'il a régurgité, tel un chien qui retourne à son vomi, et tout le monde se moque de lui. Quelle est la métaphore ici ? De même que l'ivrogne boit ce qu'il a vomi, ainsi en sera-t-il du peuple de Moav exilé de sa terre : après l'exil, certains individus ont commencé à revenir, et leur retour a poussé l'ennemi à venir les exiler une seconde fois ; ils ont donc avalé de nouveau pour vomir encore. C'est le sens de « vesafaq beqi'o » : il a recommencé à boire cela et l'a vomi une seconde fois. C'est pourquoi « vehayah lis'hoq », il sera un objet de raillerie : on se moque de lui et on le méprise, ne te suffisait-il pas d'avoir été frappé une première fois, fallait-il que tu y retournes pour être frappé une seconde fois ?

וְאִם לוֹא הַשְּׂחֹק הָיָה לְךָ יִשְׂרָאֵל, אִם בְּגַנָּבִים נִמְצָא, כִּי מִדֵּי דְבָרֶיךָ בּוֹ תִּתְנוֹדָד׃ (כז) - Israël n'a-t-il pas été pour toi un objet de dérision ? A-t-il été trouvé parmi les voleurs, pour que chaque fois que tu parles de lui, tu te balances de rire ? (27)

N'as-tu pas, toi Moav, ri d'Israël ? Lorsque les enfants d'Israël ont traversé l'épreuve de l'exil, quelques-uns sont retournés dans leur pays, s'infiltrant comme un voleur qui perce les maisons dans l'obscurité, en cachette - car il est impossible de fermer hermétiquement les frontières - et c'est ainsi qu'ils sont revenus secrètement sur leur terre. C'est là le sens de « a-t-il été trouvé parmi les voleurs ». « Car chaque fois que tu parles de lui, tu te balances » : tu parlais de lui et te moquais de lui, or un homme qui rit se balance et se tord de rire. Tu as vu qu'Israël tentait de revenir individuellement pour être à nouveau exilé, et tu en as ri. C'est pourquoi, en fin de compte, Hachem se rira de toi, et tout le monde se moquera de ta déchéance.

Rachi explique que « titnoded » n'exprime pas ici le fait de se balancer de rire, mais une jubilation : lorsque tu parlais de lui, tu jubilais et te réjouissais de son égarement. C'est pourquoi tu seras puni par « titnoded » au sens d'errance (nedoudim) et d'exil : c'est pourquoi tu seras exilé.

Comme la colombe qui niche sur les parois de l'abîme
עִזְבוּ עָרִים וְשִׁכְנוּ בַסֶּלַע יֹשְׁבֵי מוֹאָב, וִהְיוּ כְיוֹנָה תְּקַנֵּן בְּעֶבְרֵי פִי פָחַת׃ (כח) - Abandonnez les villes et habitez dans le rocher, habitants de Moav, et soyez comme la colombe qui niche sur les parois de l'abîme. (28)

Quittez vos villes, comme le prophétise le texte sur leur exil, et demeurez dans le rocher, dans ces crevasses où logent les colombes. Plusieurs explications sont données à l'expression « comme la colombe qui niche sur les parois de l'abîme » (be'evreifi pa'hat).

Rachi rapporte une explication qu'il a entendue : lorsqu'un fleuve déborde ou s'écoule avec impétuosité, il ronge la berge par en bas, tandis que la partie supérieure reste en surplomb au-dessus des eaux, formant une sorte d'avancée de chaque côté. Quand les eaux baissent, les colombes vont nicher en bas, dans cette anfractuosité. « Pa'hat » désigne l'endroit creusé et affaissé par le courant d'eau, et c'est là le sens de « 'evreifi pa'hat ». Mais lorsque l'hiver arrive et que le cours d'eau gonfle à nouveau, il submerge les nids des colombes, qui doivent fuir : pareille à la colombe qui niche au bord du gouffre et doit s'enfuir avec la montée des eaux. Rachi précise : c'est ainsi que j'ai entendu. Cependant, Yonathan n'a pas traduit ainsi, mais : « Comme une colombe qui quitte l'entrée du colombier, descend et demeure au fond de la fosse. »

Le Radak explique : un « pa'hat » est une fosse, un fossé, une tranchée, une cavité profonde, comme dans les expressions « car ils ont creusé une fosse » ou « creusé un piège ». La colombe ne veut pas que l'on atteigne son nid, c'est pourquoi elle recherche un endroit inaccessible, précédé d'une faille. Elle niche de l'autre côté de l'ouverture du précipice, afin que le gouffre empêche quiconque de venir dérober son nid, car il faudrait pour cela sauter par-dessus ce gouffre profond et large, ce qui est impossible. Elle se trouve ainsi protégée de ses ennemis.

Le Malbim quant à lui explique : « 'evreifi pa'hat » désigne un lieu pourvu de deux côtés opposés, de sorte que si l'ennemi arrive d'un côté, la colombe s'enfuit de l'autre, et s'il vient de l'autre côté, elle s'échappe vers le premier - une fosse profonde où la colombe peut fuir d'une issue à l'autre.

En résumé :

Dans ces versets, toute l'assurance de Moav s'effondre. Le vin qui reposait sur sa lie va fermenter de l'intérieur jusqu'à faire éclater l'outre : révoltes et guerres intestines videront les villes ; Kemosh, sa divinité, le couvrira de honte tout comme Israël eut honte des veaux d'or de Beth-El ; les prétentions à la bravoure et à la vaillance s'avèrent illusoires, car c'est l'ennemi qui est monté sur les remparts et l'élite des jeunes gens est descendue au carnage ; la ruine est proche dans l'espace et dans le temps, et s'empresse d'arriver ; le royaume, qui était un sceptre de puissance et un bâton de gloire, a été abattu comme une corne et brisé comme un bras ; et Moav, qui a défié Hachem avec arrogance et s'est réjoui du malheur d'Israël, boira la coupe de poison et deviendra la risée de tous, retournant à son vomi et exilé à maintes reprises, jusqu'à ce que ses habitants abandonnent les villes pour nicher dans les crevasses rocheuses comme la colombe fuyant le chasseur. Il s'en dégage un grand enseignement : il n'y a point de véritable puissance dans la violence et les clameurs, ni de sécurité dans les idoles et les forteresses, mais seulement dans le règne de la vérité et la confiance en Hachem seul.