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Chapitre 48 - Le jugement de Moav - 1ère partie

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Introduction : La prophétie de châtiment sur Moav

Le chapitre 48 de Yirmiyahou est entièrement consacré à une prophétie sur Moav. La toile de fond de cette prophétie réside dans les persécutions que Moav a infligées au peuple d'Israël, et le Saint, béni soit-Il, vient pour ainsi dire venger notre cause. Tout au long du chapitre, le prophète accompagne la description de la destruction d'un conseil pratique adressé au peuple de Moav : ne pas combattre, mais s'enfuir et se sauver. Comme nous le verrons, le Malbim fait de ce conseil un axe central pour comprendre l'ensemble du chapitre.

Verset 1 : Malheur à Névo

לְמוֹאָב כֹּה־אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל, הוֹי אֶל־נְבוֹ כִּי שֻׁדָּדָה, הֹבִישָׁה נִלְכְּדָה קִרְיָתָיִם, הֹבִישָׁה הַמִּשְׂגָּב וָחָתָּה. - Sur Moav, ainsi parle Hachem Tsévaot, Dieu d'Israël : Malheur à Névo car elle est dévastée ! Kiryataïm est couverte de honte et prise ; la forteresse est confuse et terrifiée.

« Hoï » (« Malheur ») est un cri de détresse. « Chouddada » (« dévastée ») vient de la notion de pillard (« choded ») venu sur elle, dépouillant ses biens et frappant ses habitants. Quant à « Kiryataïm », pourquoi cette forme duelle au lieu de « Kiryatam » ? Le Radak avance deux explications : soit le nom de la ville était Kiryataïm, comme dans « à Chavé-Kiryataïm » ; soit la ville comportait deux tours, et puisqu'une cité (« kiryah ») est souvent désignée d'après sa tour de guet, elle fut appelée Kiryataïm en raison de ces deux tours.

« La forteresse (Hamisgav) est confuse et terrifiée (vahata) » - « hata » exprime la frayeur et l'effondrement, comme dans « ne crains rien et ne t'effraie pas » (« al tira vé'al tehat »). Selon le Radak, « Hamisgav » est un nom de lieu. Mais on peut aussi l'expliquer comme un terme générique désignant un refuge où l'homme cherche à se mettre à l'abri et à être sauvé, comme dans « un refuge pour l'opprimé » (« misgav ladakh »). C'est ainsi que traduit le Targoum Yonatan : « Ils ont eu honte de leur lieu de confiance » - ils ont été déçus de leur forteresse. On pensait trouver le salut en ce lieu, mais il s'est avéré impuissant à protéger, d'où cette honte et cette déception.

Verset 2 : À 'Hechbon, on médite son malheur

אֵין עוֹד תְּהִלַּת מוֹאָב, בְּחֶשְׁבּוֹן חָשְׁבוּ עָלֶיהָ רָעָה, לְכוּ וְנַכְרִיתֶנָּה מִגּוֹי, גַּם־מַדְמֵן תִּדֹּמִּי אַחֲרַיִךְ תֵּלֶךְ חָרֶב. - Elle n'est plus, la gloire de Moav ! À 'Hechbon, on complote le mal contre elle : « Venez, retranchons-la du nombre des nations ! » Toi aussi, Madmen, tu seras réduite au silence ; l'épée marchera derrière toi.

Puisque Névo, Kiryataïm et Hamisgav, qui étaient les cités les plus glorieuses et importantes, ont été dévastées, « elle n'est plus, la gloire de Moav » - les lieux qui faisaient votre fierté et vos éloges n'existent plus. De plus, à 'Hechbon, les ennemis ont délibéré ensemble et comploté sa ruine : « Venez, retranchons-la du nombre des nations ». Quant à Madmen, située à la frontière extrême, vers laquelle les Moabites s'enfuyaient pour se réfugier, elle aussi « sera réduite au silence » (tidomi), et l'épée poursuivra les fugitifs pour les exterminer. C'est à ce propos qu'il est dit dans Yechayahou : « Car les eaux de Dimon sont pleines de sang, car J'imposerai à Dimon de nouvelles épreuves » - il s'agit du même lieu, dont les eaux du cours d'eau furent remplies du sang des fugitifs.

Le Radak relève ici un jeu de mots (« lachone nofel al lachone ») : parce que la ville s'appelle 'Hechbon, le verset dit « bé-'Hechbon 'hachevou aléha ra'ah » ('Hechbon / 'hachevou, méditer) ; et parce que la ville s'appelle Madmen, il est dit « Madmen tidomi » (Madmen / tidomi, réduite au silence ou détruite). C'est analogue à « 'Ekron té'aker » ('Ekron / té'aker, déracinée). Et le mot « tidomi » a ici le sens déjà vu plus haut dans « nidmetah Achkelon », au sens d'anéantissement et de retranchement. Madmen est elle aussi vouée à être détruite, et le glaive poursuivra ceux qui s'y réfugient.

Versets 3-5 : La descente de 'Horonaïm et la montée de Lou'hit

קוֹל צְעָקָה מֵחֹרוֹנָיִם, שֹׁד וָשֶׁבֶר גָּדוֹל. נִשְׁבְּרָה מוֹאָב, הִשְׁמִיעוּ זְּעָקָה צְעִירֶיהָ. - Un cri retentit de 'Horonaïm : pillage et grand désastre ! Moav est brisée, ses plus jeunes font entendre leurs clameurs.

Le Malbim explique cela à la lumière de ce qui est écrit dans Isaïe (Yeshaya) : « Mon cœur gémit sur Moab, ses fuyards vont jusqu'à Tso'ar, Eglat Chelichiya ; car la montée de Louhit, c'est en pleurs qu'on la gravit ; car sur le chemin de Horonayim, ils poussent des cris de désastre ». Le Malbim y explique que les fugitifs ne combattent pas, mais fuient devant l'ennemi jusqu'au lieu appelé Tso'ar, et ils s'enfuient par une descente, la descente de Horonayim. Or, il est bien connu que lorsqu'un ennemi poursuit un peuple en fuite dans une pente descendante, il lui est bien plus facile de l'atteindre, de lui décocher des flèches et de le massacrer. Et de fait, c'est là qu'ils essuyèrent une terrible défaite. Quant à celui qui réchappa de cette descente, il gravit la montée de Louhit, et il la gravit en pleurant, en constatant l'immensité du désastre et de la catastrophe. C'est là « le son d'un cri venant de Horonayim » - de ce lieu même où se trouvait la descente, par où ils s'étaient enfuis, et où régnèrent le pillage et une grande ruine.

« Moab est brisé, ses petits font entendre des cris » - qui sont ces petits (Tse'ireha) ? Rachi explique, conformément au Targoum, qu'il s'agit des rois et des dirigeants. Les Metsoudot interprètent au sens littéral : les jeunes et les enfants, et peut-être sont-ils mentionnés en premier lieu car ils sont les premiers à s'affoler. Quant au Malbim, il explique que « Tse'ireha » n'est pas un qualificatif mais un toponyme : les habitants de Tso'ar. Dans la mesure où les fugitifs s'étaient enfuis vers Tso'ar, les habitants de Tso'ar apprirent le malheur et poussèrent des cris de détresse.

כִּי מַעֲלֵה הַלֻּחִית בִּבְכִי יַעֲלֶה־בֶּכִי, כִּי בְּמוֹרַד חוֹרֹנַיִם צָרֵי צַעֲקַת־שֶׁבֶר שָׁמֵעוּ. - Car la montée de Louhit, c'est dans les pleurs qu'on la gravit, car dans la descente de Horonayim, les oppresseurs ont entendu un cri de désastre.

Horonayim était un lieu en déclivité et Louhit un lieu d'élévation. Dans la descente de Horonayim, située en contrebas, les adversaires faisaient entendre des cris de brisement, car leurs hommes étaient tués, et ils criaient dans l'amertume de leur âme en gravissant la montée de Louhit. Et que signifie « dans les pleurs il monte des pleurs » (Bivkhi ya'aleh bekhi) ? Le Metsoudat David explique que les pleurs ne faisaient que s'amplifier : ils étaient en larmes, et cela suscitait de nouveaux pleurs. Le Malbim précise que le premier terme renvoie à l'action et le second au nom : par le fait même de pleurer, on provoquait les sanglots, c'est-à-dire que l'on ajoutait encore aux gémissements.

Verset 6 : Fuyez, sauvez votre vie

נֻסוּ מַלְּטוּ נַפְשְׁכֶם, וְתִהְיֶינָה כַּעֲרוֹעֵר בַּמִּדְבָּר. - Fuyez, sauvez votre vie, et soyez comme un buisson solitaire dans le désert.

Le prophète leur donne pour ainsi dire un conseil : fuyez pour sauver votre vie. Et que signifie « comme Aroër dans le désert » ? Rachi explique qu'Aroër désigne la tour d'Aroër qui se trouvait dans le désert ; or, une tour dressée dans un lieu inhabité et où personne ne réside ressemble à une ruine. C'est-à-dire : fuyez, et soyez comme une tour dans le désert, dénuée d'habitants. Rachi cite également Menahem ben Sarouk, et c'est aussi ainsi que traduit le Targoum Yonatan, selon qui Aroër désigne une espèce d'arbre des bois, un arbuste solitaire perdu dans le désert - d'où l'expression bien connue « comme un genévrier dans le désert ».

Le Metsoudat David explique que le prophète leur dit : fuyez et abandonnez votre argent, ne vous attardez pas à rassembler vos richesses, car de toute façon vous serez comme Aroër dans le désert et il n'y a aucune chance que vous parveniez à emporter vos biens tout en restant en vie ; sauvez donc seulement votre âme. Le Malbim explique lui aussi que ce conseil revient à ne pas engager le combat. Là où il existe une chance de l'emporter sur l'ennemi par les armes, bien au contraire, combats ! Mais lorsque la prophétie annonce qu'il n'y a aucun espoir de vaincre l'ennemi, pourquoi combattre ? L'unique issue serait de tomber dans la bataille, ce qui relèverait d'une forme de suicide. C'est pourquoi : « Fuyez, sauvez votre vie ». Et d'après le Malbim, Aroër était une ville de Moab située dans le désert, et le prophète leur recommande ainsi : allez vous établir dans le désert et quittez vos villes habitées.

Verset 7 : La confiance dans les trésors

כִּי יַעַן בִּטְחֵךְ בְּמַעֲשַׂיִךְ וּבְאוֹצְרוֹתַיִךְ גַּם־אַתְּ תִּלָּכֵדִי, וְיָצָא כְמוֹשׁ בַּגּוֹלָה כֹּהֲנָיו וְשָׂרָיו יַחְדָּיו. - Car, parce que tu as mis ta confiance dans tes biens et dans tes trésors, toi aussi tu seras prise ; et Khemosh ira en exil, ses prêtres et ses princes ensemble.

Le prophète s'étonne : pourquoi ne fuyez-vous pas ? Parce que vous vous fiez à vos possessions et à vos trésors. Le Radak explique : « tes œuvres » (ma'asayikh) renvoie à tes acquisitions, comme il est dit au sujet de Naval le Carmélite : « Il y avait à Maon un homme dont les biens (ou l'activité) étaient au Carmel » - ses œuvres désignant sa fortune et ses troupeaux. Tu mets ta confiance dans tes possessions et dans tes réserves d'or, selon le Targoum Yonatan. Et il lui déclare : « Toi aussi tu seras prise » - à l'image des autres nations qui ne possédaient pas de trésors et ont pourtant été capturées, toi aussi tu seras prise, et tes trésors ne te seront d'aucun secours. Il arrivait souvent qu'un peuple fortuné soudoie le souverain adverse : prends nos richesses et laisse-nous tranquilles. Ici, le prophète avertit que ses trésors ne la sauveront en rien, puisque même Khemosh, sa divinité sur laquelle elle s'appuie, sera lui aussi capturé et partira en exil.

Le Malbim propose une autre explication : il ne s'agit pas de l'espoir d'acheter l'ennemi avec leurs trésors, mais plutôt du fait qu'il est difficile pour l'homme de se détacher de ses biens matériels.

Et c'est précisément ce qui s'est passé ici. Le Malbim explique : ils ne voulaient pas fuir pour ne pas abandonner leurs biens et leurs récoltes dans les champs ; comme ils possédaient une grande fortune, il leur en coûtait de s'enfuir et de tout laisser derrière eux. C'est à ce propos que le prophète leur dit : sachez que non seulement l'ennemi s'emparera de vos trésors, mais il vous massacrera également, et Kémosh ainsi que ses prêtres et ses ministres partiront en exil. Dès lors, n'eût-il pas été préférable pour vous d'abandonner ici tous vos biens et de fuir pour sauver votre vie ? Au moins, vous auriez sauvé votre vie.

Verset 8 : La vallée périra et la plaine sera détruite

וְיָבֹא שֹׁדֵד אֶל־כָּל־עִיר וְעִיר לֹא תִמָּלֵט, וְאָבַד הָעֵמֶק וְנִשְׁמַד הַמִּישֹׁר, אֲשֶׁר אָמַר יְהֹוָה. - Le dévastateur viendra sur chaque ville, et aucune ville n'échappera ; la vallée périra et la plaine sera détruite, comme l'a dit l'Éternel.

Non seulement les villes périront, mais également la vallée et la plaine, pourtant moins peuplées. Le Malbim analyse avec précision les termes employés : la vallée périt lorsqu'elle est comblée de terre, car c'est ainsi qu'une vallée disparaît - elle cesse d'être une vallée. En revanche, pour la plaine, le terme de disparition ou de perte n'est pas approprié, puisqu'une plaine reste une plaine ; c'est pourquoi il est dit à son sujet « sera détruite » (ve-nichmad). Comment est-elle détruite ? Lorsque l'endroit se transforme en une terre de sel qui ne sera plus jamais ensemencée ni fertile. La destruction (chémed) signifie ici la dégradation de la forme et de la qualité du lieu, et non l'anéantissement de son existence matérielle.

Dès lors, ne vous dites pas : peut-être ne viendra-t-il pas, peut-être pouvons-nous nous attarder pour amasser encore des richesses. Le dévastateur viendra sur chaque ville, pas une seule n'en réchappera, et pas seulement les villes, mais aussi la vallée et la plaine. Et pourquoi ? « Comme l'a dit l'Éternel » (acher amar Hachem) - c'est-à-dire « selon ce que l'Éternel a dit », une tournure semblable à « tu mangeras des matzot comme Je te l'ai ordonné » (acher tsivitikha). Dès lors qu'Hachem l'a décrété et affirmé, cela devait immanquablement s'accomplir.

Verset 9 : Donnez des ailes à Moav

תְּנוּ־צִיץ לְמוֹאָב כִּי נָצֹא תֵּצֵא, וְעָרֶיהָ לְשַׁמָּה תִהְיֶינָה מֵאֵין יוֹשֵׁב בָּהֵן. - Donnez des ailes à Moav, car elle s'envolera au loin ; ses villes deviendront une désolation, sans aucun habitant.

Rachi et le Radak expliquent que « tsits » désigne ici une aile. Le Radak rappelle que la nageoire d'un poisson est appelée « tsitsine », comme l'ont enseigné nos Sages : ce sont les nageoires grâce auxquelles le poisson « vole » - ce que les ailes sont à l'oiseau, les nageoires le sont au poisson ; le poisson vole dans l'eau et l'oiseau vole dans les airs. De même, Rachi enseigne que tout ce qui pend et fait saillie chez l'homme ou l'animal est appelé « tsits », comme dans « et cela formera pour vous des franges (tsitsit) » ou « il me saisit par une boucle (tsitsit) de ma tête ». Il s'agit donc d'une excroissance du corps, c'est-à-dire l'aile. Que leur dit le prophète ? Donnez à Moav des ailes pour qu'il s'envole promptement et s'échappe, car ce lieu est menacé et les ennemis vont bientôt fondre sur lui. Tel est le sens de « ki natso tetse » - semblable à « voler, il s'envolera », de la racine « notsa » (plume), comme dans « car ils se sont envolés (natsou) et ont erré ». C'est par la force des ailes qu'ils partiront et seront dispersés ; donnez-leur donc des ailes pour qu'ils s'en aillent vite et ne restent pas pour être massacrés par l'ennemi.

Le Targoum Yonatan propose une autre approche : selon lui, « tsits » fait référence au frontal d'or, c'est-à-dire la couronne royale. Il traduit ainsi : « Otez la couronne de Moav, car elle partira en exil » - les Moabites perdent la royauté et s'apprêtent à partir en captivité. Notons ici une précision textuelle : dans certaines éditions courantes du Targoum Yonatan, le texte porte « idou bitra », une formule tout à fait obscure qu'on ne retrouve nulle part dans le Targoum ni dans le Talmud de Jérusalem. En réalité, tant Rachi que le Radak citent explicitement la leçon « kitra » (la couronne), et les manuscrits anciens attestent clairement qu'il s'agit bien de la variante authentique.

Le Malbim interprète le passage selon une perspective différente, dans la droite ligne de tout ce chapitre : le prophète conseille aux Moabites de fuir, leur expliquant que ce n'est qu'en fuyant qu'ils subsisteront et pourront refleurir ; s'ils restent sur place, ils seront exterminés et ne pourront plus jamais bourgeonner. Ainsi, « Donnez un bourgeon à Moav, car elle s'enfuira » signifie : c'est uniquement grâce à la fuite préconisée que Moav conservera un germe et une pousse, et pourra fleurir de nouveau, selon l'expression « elle fit éclore des fleurs (vayatsets tsits) et produisit des amandes ». C'est seulement en prenant la fuite que vous survivrez, pour pouvoir revenir plus tard et relever la puissance du royaume. Mais si vous vous obstinez à rester dans vos villes - « ses villes deviendront une désolation », et vous n'aurez aucun avenir. Ne croyez pas que l'envahisseur vous laissera sur place pour être vignerons et laboureurs, à l'image des premiers exils d'Israël ; si vous restez ici, vous périrez, tandis que si vous fuyez, Moav gardera un bourgeon capable de reverdir et de s'épanouir.

Verset 10 : Maudit soit celui qui accomplit l'œuvre de l'Éternel avec négligence

אָרוּר עֹשֶׂה מְלֶאכֶת יְהֹוָה רְמִיָּה, וְאָרוּר מֹנֵעַ חַרְבּוֹ מִדָּם. - Maudit soit celui qui accomplit l'œuvre de l'Éternel avec négligence, et maudit soit celui qui retient son épée loin du sang.

Selon le Radak, il y a ici un encouragement adressé aux nations à tirer vengeance de Moab. Moab a opprimé le peuple d'Israël, c'est pourquoi une sombre prophétie s'abat sur eux, à l'image du verset : « Fille de Babylone, vouée à la dévastation, heureux qui te rendra la pareille... Heureux qui saisira tes petits enfants et les brisera contre le rocher ! » L'œuvre de Dieu consiste en ce qu'Hachem a ordonné d'exiger des comptes de Moab ; par conséquent, maudit soit celui qui n'ira pas châtier Moab conformément à la volonté divine, car il accomplirait l'ordre du Créateur et Son œuvre avec négligence et tromperie, sans agir comme il se doit pour réaliser la parole d'Hachem. Et maudit soit celui qui retient son épée de verser leur sang, pour leur rendre le mal qu'ils nous ont fait.

Le Radak fait remarquer : cela a été dit à propos de Moab et non des autres nations - nous ne trouvons nulle part ailleurs le prophète maudire, au nom de la parole d'Hachem, quiconque négligerait de se venger d'elles. Pourquoi donc spécifiquement ici ? Parce que la colère d'Hachem contre lui est immense, car Dieu avait averti Israël : « N'attaque pas Moab » (al tatsar et Moav). Il s'ensuit que nous nous sommes montrés prudents à leur égard et ne leur avons causé aucun tort, alors qu'eux ont agi méchamment et nous ont opprimés. Si une nation avait craint que nous lui fassions du mal et nous avait attaqués, on aurait pu parler de légitime défense ; mais Moab savait pertinemment que nous avions reçu l'ordre « N'attaque pas Moab ». Dès lors, ils n'avaient rien à craindre pour eux-mêmes : pourquoi donc sont-ils allés nous persécuter ? C'est par excès d'orgueil et par une trop grande tranquillité qu'ils ont accru la détresse du peuple d'Israël ; c'est pourquoi ce malheur va s'abattre sur eux.

Le Malbim adopte une approche opposée : « Maudit soit celui qui fait l'œuvre d'Hachem avec tromperie » n'a pas été dit au détriment de Moab, mais pour son bien. Puisque le prophète leur conseille de fuir, avertissant que quiconque reste périra, tandis que celui qui s'enfuit aura droit au « bourgeon » et à une nouvelle floraison - il s'ensuit que l'œuvre d'Hachem et Sa volonté sont précisément qu'ils partent et abandonnent les lieux. Dès lors, celui qui ne part pas et choisit de rester accomplit l'œuvre d'Hachem avec tromperie et ne prend pas au sérieux l'ordre divin ; il mérite donc la mort. Hachem veut te sauver et te conseille de fuir, mais tu t'obstines à rester : c'est en toute justice que la mort t'attend. Quant à la suite, « et maudit soit celui qui retient son épée loin du sang », elle s'adresse à l'ennemi : maudit soit celui qui refuserait de passer par le fil de l'épée ceux qui sont restés, car ils sont voués à la malédiction.

Remarquez la divergence entre les commentateurs : selon le Radak, les deux parties du verset s'appliquent à quiconque ne frapperait pas Moab, ce qui implique une répétition de la même idée en des termes différents (kefel inyan be-milim chonot). Le Radak suit souvent cette ligne, alors que pour le Malbim, cela est exclu : toute répétition de termes ou d'expressions vient apporter une nuance supplémentaire, sans jamais de redondance purement stylistique. C'est pourquoi, chez le Malbim, la première malédiction vise l'habitant de Moab qui reste sur place, tandis que la seconde est un ordre intimé à l'ennemi de massacrer tous ceux qui s'obstinent à s'accrocher à leur terre au lieu de s'exiler selon l'ordre d'Hachem.

Verset 11 : Moab vivait tranquille depuis sa jeunesse

שַׁאֲנַן מוֹאָב מִנְּעוּרָיו וְשֹׁקֵט הוּא אֶל־שְׁמָרָיו, וְלֹא־הוּרַק מִכְּלִי אֶל־כֶּלִי וּבַגּוֹלָה לֹא הָלָךְ, עַל־כֵּן עָמַד טַעְמוֹ בּוֹ וְרֵיחוֹ לֹא נָמָר. - Moab vivait tranquille depuis sa jeunesse, il reposait sur sa lie ; il n'a pas été transvasé de récipient en récipient et n'est point parti en exil ; c'est pourquoi son goût lui est resté et son arôme ne s'est pas altéré.

Ce verset est bien connu à travers un Midrach Aggada sur la Meguilat Esther. Quand Assuérus voulut faire exécuter Vachti, il fit appel aux sages « qui connaissaient les temps » (yod'é ha-itim). Nos Sages expliquent qu'il s'agissait des sages d'Israël, experts dans le calcul des années embolismiques et la connaissance des temps. Il leur demanda : « Selon la loi, que faut-il faire à la reine Vachti ? » Ils comprirent immédiatement que, quelle que soit leur réponse, ils courraient à leur perte. S'ils disaient : « Mon seigneur le roi, épargne-la ; certes, elle s'est montrée insolente, impose-lui une sanction, mais laisse-la en vie », le roi rétorquerait : « Mon honneur vous importe si peu ? » et il les ferait exécuter, car elle avait insulté le roi avec véhémence et mépris, et les sages d'Israël n'en auraient cure. Et s'ils lui disaient : « Tu as raison, élimine-la », une fois dessoûlé, il demanderait qui sont les insensés qui lui ont donné un tel conseil ; on lui désignerait les sages d'Israël, et il les mettrait à mort. Quoi qu'ils fassent, cela se terminerait mal, et dans une telle situation, il faut être avisé plutôt qu'avoir raison. Ils lui dirent alors : « Nous, le peuple d'Israël, avons été exilés, et dans un tel état, "la sagesse de ses sages s'est évanouie, et l'intelligence de ses prudents s'est cachée" ; tu dois consulter des hommes qui n'ont jamais connu l'exil - les sages de Moab, dont il est dit : "Moab vivait tranquille depuis sa jeunesse, il reposait sur sa lie ; il n'a pas été transvasé de récipient en récipient et n'est point parti en exil ; c'est pourquoi son goût lui est resté et son arôme ne s'est pas altéré." Adresse-toi à eux : ils possèdent des sages et sauront te répondre. » C'est ainsi qu'ils refilèrent cette braise brûlante aux sages de Moab.

Venons-en maintenant à l'explication du verset dans son contexte textuel. Le Radak fait remarquer que le Noun porte un pata'h - « Cha'anan » - car il s'agit d'une forme passée : jusqu'à ce jour, Moab a vécu sereinement. Depuis sa jeunesse, il reposait sur sa lie, tel un vin qui repose sur ses dépôts. Or, on sait que lorsqu'on transvase un vin d'un récipient à l'autre, son arôme s'échappe et son goût commence à s'altérer. Les connaisseurs en vin disposent d'ailleurs de verres spécifiques pour chaque cru : certains vins nécessitent un verre large pour que leur bouquet se déploie, d'autres un verre étroit pour éviter qu'il ne se disperse. En Halakha également, un vin laissé à découvert est impropre pour le Chabbat (le Qiddouch), car le simple fait d'être découvert lui fait perdre sa saveur, et son transvasement répété l'altère. Or Moab n'a jamais été transvasé de récipient en récipient, c'est-à-dire qu'il n'est jamais parti en exil. Le peuple d'Israël, lui, a été transvasé d'un récipient à l'autre et a connu l'exil, tandis que Moab y a échappé. C'est pourquoi son goût lui est resté et son arôme « ne s'est pas altéré » (lo namar) - n'a pas changé, ou ne s'est pas affaibli. Le Targoum traduit par « lo fag », au sens de disparition ou d'altération (comme une date d'expiration), ou encore au sens de repos, comme dans « la Torah s'engourdit » (tafoug Torah) ou « ne t'accorde aucun répit » (al titni fougat lakh).

Le Malbim explique que le prophète répond ici à une interrogation tacite : pourquoi Hachem a-t-Il décrété l'exil contre vous ? Parce que Moab vivait tranquille depuis sa jeunesse, sans que personne ne vienne l'inquiéter. Et quelle est la nuance entre « tranquille » (cha'anan) et « reposant sur sa lie » (choket el chmarav) ? L'inquiétude provient de l'extérieur : aucun roi ni aucune nation étrangère n'était venu troubler leur paix. Tandis que la lie provient de l'intérieur : « reposant sur sa lie » signifie que de l'intérieur non plus, il n'y a eu aucune sédition et personne ne s'est soulevé contre le pouvoir royal.

Le Malbim approfondit encore le sens de la parabole : lorsqu'on transvase le vin d'un récipient à un autre, la lie demeure dans le premier récipient et l'on obtient un vin débarrassé de son dépôt. La lie du vin est constituée des sédiments - les peaux et les pépins issus du pressurage des raisins - qui se déposent au fond du fût, et l'on décante le vin pour le séparer d'eux. Or Moab est resté sur sa lie : on l'a laissé dans son récipient originel sans jamais le transvaser. C'est pourquoi son goût lui est resté, car un vin que l'on sépare de sa lie perd une part de sa puissance et de son parfum.

L'application de la parabole (le nimchal) est la suivante : un peuple qu'on exile de lieu en lieu finit par adopter les manières et les coutumes de la nation qui l'accueille, c'est une réalité constante. Les enfants d'Israël qui ont été exilés en Europe ont acquis des manières européennes ; ceux qui sont partis en Irak, au Yémen, au Maroc ou ailleurs ont assimilé les mœurs et usages de ces contrées. Lorsqu'un peuple s'exile au sein d'une autre nation, il s'imprègne de ses coutumes ; et tout comme un vin transvasé voit son arôme se modifier, de même le caractère (« le goût ») de la nation évolue - son mode de vie et ses comportements se modèlent sur les autochtones. Mais Moab n'a pas été transvasé de récipient en récipient, il n'est point parti en exil : il est établi sur sa terre depuis des temps immémoriaux sans subir de mutation. C'est là le sens de « et son arôme ne s'est pas altéré » (lo namar), qui se rattache à l'idée de changement (temoura).

En conclusion :

Dans cette partie du chapitre, le prophète ouvre sur une prophétie de châtiment contre Moav, qui a opprimé Israël : Névo, Kiryataïm et Misgav sont dévastées, la gloire de Moav s'est évanouie, les ennemis complotent à 'Hechbon pour l'anéantir, et le glaive poursuit même ceux qui s'enfuient vers Madmen. La clameur monte de la descente de 'Horonaïm et de la montée de Lou'hit, et le prophète donne ce conseil : ne combattez pas, mais fuyez et sauvez votre vie, et ne placez pas votre confiance dans vos acquisitions et vos trésors - car Kémoch lui-même, avec ses princes et ses prêtres, part en exil. Selon le Malbim, la fuite constitue en soi l'œuvre d'Hachem, et quiconque s'y refuse et demeure sur place est maudit, car l'épée frappera ceux qui restent. Enfin, la racine du jugement est mise en lumière : Moav, qui a coulé des jours tranquilles depuis sa jeunesse, n'a été troublé de l'extérieur ni secoué par des révoltes intérieures, n'a jamais été transvasé d'un récipient à un autre et n'a pas connu l'exil ; c'est pourquoi son goût lui est resté intact et son odeur ne s'est pas altérée - et c'est de cette quiétude et de cet orgueil qu'il a puisé l'audace d'opprimer Israël. C'est pourquoi l'heure du déversement et de l'exil est désormais venue.