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Chapitre 37 - Yirmiyahou dans la maison d'arrêt

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Le chapitre 37 ouvre une nouvelle étape dans le livre : nous faisons ici un saut de deux générations en avant. Après Yehoyakim régna son fils Konyahou, puis Tsidkiyahou, fils de Yoshiyahou, fut établi roi par Nevoukhadretsar, roi de Babylone. Le chapitre décrit les jours du siège de Jérusalem, la courte accalmie provoquée par la sortie de l'armée de Pharaon hors d'Égypte, et l'emprisonnement du prophète Yirmiyahou à la suite d'une calomnie portée contre lui. Tout cela converge vers un même point : le décret d'Hachem sur la ville ne peut être annulé par des manœuvres politiques ni par de vains espoirs.

Une génération inversée : un roi juste et un peuple qui n'écoute pas
וַיִּמְלׇךְ־מֶלֶךְ צִדְקִיָּהוּ בֶּן־יֹאשִׁיָּהוּ תַּחַת כָּנְיָהוּ בֶּן־יְהוֹיָקִים אֲשֶׁר הִמְלִיךְ נְבוּכַדְרֶאצַּר מֶלֶךְ־בָּבֶל בְּאֶרֶץ יְהוּדָה׃ - Le roi Tsidkiyahou, fils de Yoshiyahou, régna à la place de Konyahou, fils de Yehoyakim, que Nevoukhadretsar, roi de Babylone, avait établi roi dans le pays de Yehouda.
וְלֹא שָׁמַע הוּא וַעֲבָדָיו וְעַם הָאָרֶץ אֶל־דִּבְרֵי יְהֹוָה אֲשֶׁר דִּבֶּר בְּיַד יִרְמְיָהוּ הַנָּבִיא׃ - Mais ni lui, ni ses serviteurs, ni le peuple du pays n'écoutèrent les paroles d'Hachem, qu'Il avait dites par l'intermédiaire du prophète Yirmiyahou.

Remarquez l'ordre des termes dans le verset : « lui, ses serviteurs et le peuple du pays ». À l'époque de Yehoyakim, la situation était inverse : le peuple était droit et écoutait la parole d'Hachem, tandis que le roi était impie. À l'époque de Tsidkiyahou, la situation s'est inversée : c'est le peuple qui n'écoutait pas, et le roi s'est laissé entraîner par lui. Tsidkiyahou lui-même, quant à sa conduite personnelle, était un roi juste - il ne servait pas les idoles et n'agissait pas avec méchanceté. Certes, nous verrons par la suite qu'il a pris des décisions contraires aux directives du prophète, mais sa nature était celle d'un homme juste entraîné par son peuple.

Trois motifs qui auraient dû justifier l'annulation du décret
וַיִּשְׁלַח הַמֶּלֶךְ צִדְקִיָּהוּ אֶת־יְהוּכַל בֶּן־שֶׁלֶמְיָה וְאֶת־צְפַנְיָהוּ בֶן־מַעֲשֵׂיָה הַכֹּהֵן אֶל־יִרְמְיָהוּ הַנָּבִיא לֵאמֹר הִתְפַּלֶּל־נָא בַעֲדֵנוּ אֶל־יְהֹוָה אֱלֹהֵינוּ׃ - Le roi Tsidkiyahou envoya Yehoukhal, fils de Shélèmyah, et Tséfanyahou, fils de Maasséyah le Cohen, vers le prophète Yirmiyahou, pour lui dire : De grâce, prie pour nous auprès d'Hachem notre Dieu.

Le prophète énumère ici trois raisons pour lesquelles la situation d'Israël aurait dû s'améliorer. La première : le roi envoie demander au prophète de prier pour eux. Le simple fait qu'un roi implore le secours d'Hachem constitue en soi un motif d'annulation d'un mauvais décret, comme nous le trouvons au sujet d'Ahav qui s'est soumis, et à propos de qui Hachem dit à Eliyahou : « As-tu vu comment Ahav s'est humilié devant Moi ? » - la soumission elle-même annule le décret.

וְיִרְמְיָהוּ בָּא וְיֹצֵא בְּתוֹךְ הָעָם וְלֹא־נָתְנוּ אֹתוֹ בֵּית הַכְּלוּא׃ - Et Yirmiyahou allait et venait parmi le peuple, et on ne l'avait pas encore mis dans la maison d'arrêt.

C'est la deuxième raison. À l'époque de Yehoyakim, Yirmiyahou était enfermé, alors qu'à présent, ils l'avaient fait sortir de prison et il circulait librement au milieu du peuple. Par là, ils montraient qu'ils accueillaient ses prophéties et étaient disposés à entendre ce qu'il disait au nom d'Hachem - il était donc légitime qu'Hachem fasse preuve de miséricorde envers eux.

וְחֵיל פַּרְעֹה יָצָא מִמִּצְרָיִם וַיִּשְׁמְעוּ הַכַּשְׂדִּים הַצָּרִים עַל־יְרוּשָׁלַ͏ִם אֶת־שִׁמְעָם וַיֵּעָלוּ מֵעַל יְרוּשָׁלָ͏ִם׃ - L'armée de Pharaon était sortie d'Égypte ; les Chaldéens qui assiégeaient Jérusalem en apprirent la nouvelle et s'éloignèrent de Jérusalem.

La troisième raison : l'armée de Pharaon sort d'Égypte pour porter secours à Tsidkiyahou, et les Chaldéens qui assiègent Jérusalem apprennent la nouvelle et lèvent le siège. Non pas qu'ils soient retournés à Babylone, mais ils ont quitté le siège par crainte d'une prise en tenaille : les Égyptiens sur leurs arrières et les Judéens de l'intérieur de Jérusalem, se retrouvant ainsi encerclés des deux côtés. C'est pourquoi ils sont montés à la rencontre de l'armée de Pharaon pour la combattre. Voici que s'amorce, en apparence, un revirement complet - les Égyptiens arrivent en renfort.

La prophétie de la désillusion : l'armée de Pharaon retourne dans son pays
וַיְהִי דְּבַר־יְהֹוָה אֶל־יִרְמְיָהוּ הַנָּבִיא לֵאמֹר׃ כֹּה־אָמַר יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל כֹּה תֹאמְרוּ אֶל־מֶלֶךְ יְהוּדָה הַשֹּׁלֵחַ אֶתְכֶם אֵלַי לְדׇרְשֵׁנִי הִנֵּה חֵיל פַּרְעֹה הַיֹּצֵא לָכֶם לְעֶזְרָה שָׁב לְאַרְצוֹ מִצְרָיִם׃ - La parole de Hachem fut adressée à Yirmiyahou le prophète en ces termes : Ainsi parle Hachem, Dieu d'Israël : Voici ce que vous direz au roi de Yehouda, qui vous envoie vers Moi pour Me consulter : Voici que l'armée de Pharaon, sortie à votre secours, retourne dans son pays, en Égypte.

Hachem dit à Tsidkiyahou : tu comptes sur l'armée de Pharaon ? Tu te reposes sur l'idée que grâce à elle le malheur n'arrivera pas ? Sache que l'armée de Pharaon ne combattra nullement Nevoukhadnetsar, mais s'en retournera en Égypte.

וְשָׁבוּ הַכַּשְׂדִּים וְנִלְחֲמוּ עַל־הָעִיר הַזֹּאת וּלְכָדֻהָ וּשְׂרָפֻהָ בָאֵשׁ׃ - Et les Chaldéens reviendront attaquer cette ville ; ils s'en empareront et la brûleront par le feu.

Et n'allez pas croire que les Chaldéens rentreront chez eux après avoir levé le siège. Dès que l'armée de Pharaon sera rentrée en Égypte, les Chaldéens reprendront immédiatement le siège. Ce n'est ni une trêve, ni une situation où le péril est écarté : le siège recommencera exactement comme auparavant, et Je vous annonce d'ores et déjà son issue - ils combattront la ville, la prendront et la brûleront par le feu.

« Ne vous abusez pas vous-mêmes » - Contre les faux espoirs
כֹּה אָמַר יְהֹוָה אַל־תַּשִּׁאוּ נַפְשֹׁתֵיכֶם לֵאמֹר הָלֹךְ יֵלְכוּ מֵעָלֵינוּ הַכַּשְׂדִּים כִּי־לֹא יֵלֵכוּ׃ - Ainsi parle Hachem : Ne vous abusez pas vous-mêmes en disant : Les Chaldéens s'en vont définitivement loin de nous ! Car ils ne s'en iront pas.

Ne vous persuadez pas vous-mêmes et ne vous bercez pas d'illusions en affirmant : « Voici que les Chaldéens s'éloignent de nous ». Sachez-le bien : ils ne partiront pas. Ils resteront ici, et vous n'avez ni parade ni force face à eux. Et Je vous en avertis à l'avance afin que vous ne nourrissiez pas de vains espoirs en vous disant : « Ça y est, le siège est levé ».

כִּי אִם־הִכִּיתֶם כׇּל־חֵיל כַּשְׂדִּים הַנִּלְחָמִים אִתְּכֶם וְנִשְׁאֲרוּ־בָם אֲנָשִׁים מְדֻקָּרִים אִישׁ בְּאׇהֳלוֹ יָקוּמוּ וְשָׂרְפוּ אֶת־הָעִיר הַזֹּאת בָּאֵשׁ׃ - Car même si vous aviez battu toute l'armée des Chaldéens qui combattent contre vous, et qu'il ne restât parmi eux que des hommes criblés de blessures, chacun dans sa tente, ils se relèveraient pour brûler cette ville par le feu.

Voyez la gravité de ces paroles. Même si vous tailliez en pièces toute l'armée des Chaldéens au point de ne laisser que des blessés agonisants, des hommes transpercés de part en part, eux aussi se relèveraient. Et même s'ils se trouvaient chacun dans sa tente, loin de Jérusalem, ils marcheraient sur la ville et la réduiraient en cendres. Pour ainsi dire, même les cadavres des Chaldéens finiraient par accomplir la mission confiée par Hachem, car le décret divin est sans appel : la ville doit brûler et le peuple doit partir en exil. Ce langage hyperbolique vise à affirmer avec force : ne vous rassurez pas faussement en vous disant « peut-être pourrons-nous les combattre » - il n'y a aucun espoir et aucun recours humain, car telle est la sentence divine.

Le départ de Yirmiyahou et son arrestation à la porte de Binyamin
וְהָיָה בְּהֵעָלוֹת חֵיל הַכַּשְׂדִּים מֵעַל יְרוּשָׁלָ͏ִם מִפְּנֵי חֵיל פַּרְעֹה׃ וַיֵּצֵא יִרְמְיָהוּ מִירוּשָׁלַ͏ִם לָלֶכֶת אֶרֶץ בִּנְיָמִן לַחֲלִק מִשָּׁם בְּתוֹךְ הָעָם׃ - Et lorsque l'armée des Chaldéens se fut éloignée de Jérusalem devant les troupes de Pharaon, Yirmiyahou sortit de Jérusalem pour se rendre dans le pays de Binyamin, afin d'y régler un partage au milieu du peuple.

Yirmiyahou voulait se séparer des habitants de Jérusalem et se rendre en terre de Binyamin ; il sortit donc mêlé à la foule afin de ne pas attirer l'attention.

וַיְהִי־הוּא בְּשַׁעַר בִּנְיָמִן וְשָׁם בַּעַל פְּקִדֻת וּשְׁמוֹ יִרְאִיָּיה בֶּן־שֶׁלֶמְיָה בֶּן־חֲנַנְיָה וַיִּתְפֹּשׂ אֶת־יִרְמְיָהוּ הַנָּבִיא לֵאמֹר אֶל־הַכַּשְׂדִּים אַתָּה נֹפֵל׃ - Comme il arrivait à la porte de Binyamin, il s'y trouvait un officier de garde nommé Yiriya, fils de Chélémia, fils de Hananya, qui arrêta le prophète Yirmiyahou en disant : « C'est vers les Chaldéens que tu passes ! »

Les Chaldéens se trouvaient encore dans le pays de Yehouda. Soudain, un « ba'al pekidout » - un officier en fonction - nommé Yiriya fils de Chélémia, fils de Hananya, l'arrête et l'accuse : « C'est vers les Chaldéens que tu passes ! » En d'autres termes : toi, Yirmiyahou, tu ne cesses de nous annoncer que Jérusalem est vouée à tomber et à être conquise, et voilà que je comprends pourquoi ! Tu es une cinquième colonne parmi nous, et tu pars maintenant rejoindre les Chaldéens pour leur donner des renseignements sur la manière de prendre la ville et sur ce qu'il convient de faire.

וַיֹּאמֶר יִרְמְיָהוּ שֶׁקֶר אֵינֶנִּי נֹפֵל עַל־הַכַּשְׂדִּים וְלֹא שָׁמַע אֵלָיו וַיִּתְפֹּשׂ יִרְאִיָּיה בְּיִרְמְיָהוּ וַיְבִאֵהוּ אֶל־הַשָּׂרִים׃ - Yirmiyahou répondit : « C'est faux ! Je ne passe point aux Chaldéens ! » Mais Yiriya ne l'écouta pas ; il se saisit de Yirmiyahou et l'amena devant les ministres.
וַיִּקְצְפוּ הַשָּׂרִים עַל־יִרְמְיָהוּ וְהִכּוּ אֹתוֹ וְנָתְנוּ אוֹתוֹ בֵּית הָאֵסוּר בֵּית יְהוֹנָתָן הַסֹּפֵר כִּי־אֹתוֹ עָשׂוּ לְבֵית הַכֶּלֶא׃ - Les ministres s'irritèrent contre Yirmiyahou, le frappèrent et le mirent en prison dans la maison de Yehonatan le scribe, car ils en avaient fait une maison d'arrêt.

On l'enferma dans une prison de fortune aménagée dans la maison de Yehonatan le scribe. On avait probablement installé des barreaux autour de la demeure pour la transformer en prison.

כִּי בָא יִרְמְיָהוּ אֶל־בֵּית הַבּוֹר וְאֶל־הַחֲנֻיוֹת וַיֵּשֶׁב־שָׁם יִרְמְיָהוּ יָמִים רַבִּים׃ - Yirmiyahou entra ainsi dans la maison de la fosse et dans les cachots souterrains, et Yirmiyahou y demeura de nombreux jours.

Le verset fait référence au lieu même de sa détention : il s'y trouvait des réduits (les « hanouyot ») et une fosse, et il y resta de longs jours.

Le roi s'enquiert en secret : « Y a-t-il une parole de la part d'Hachem ? »
וַיִּשְׁלַח הַמֶּלֶךְ צִדְקִיָּהוּ וַיִּקָּחֵהוּ וַיִּשְׁאָלֵהוּ הַמֶּלֶךְ בְּבֵיתוֹ בַּסֵּתֶר וַיֹּאמֶר הֲיֵשׁ דָּבָר מֵאֵת יְהֹוָה וַיֹּאמֶר יִרְמְיָהוּ יֵשׁ וַיֹּאמֶר בְּיַד מֶלֶךְ־בָּבֶל תִּנָּתֵן׃ - Le roi Tsidkiyahou envoya le chercher et l'interrogea secrètement dans sa maison, disant : « Y a-t-il une parole de la part d'Hachem ? » Yirmiyahou répondit : « Oui », et il ajouta : « Tu seras livré aux mains du roi de Babylone ! »

Voyez quelle chose extraordinaire : le roi l'emprisonne, le punit, refuse qu'il divulgue ses prophéties - et pourtant, il va le trouver en cachette pour lui demander : « Que dit Hachem ? ». D'un côté, il accorde une foi totale à ses prophéties, mais de l'autre, il refuse qu'il les diffuse, car cela nuit à la royauté et démoralise le peuple.

« Y a-t-il une parole de la part d'Hachem ? » - sous-entendu : y a-t-il du nouveau ? Que la ville doive brûler et que l'endroit soit conquis, nous le savons déjà. Yirmiyahou lui répond : oui, il y a du nouveau - « Tu seras livré aux mains du roi de Babylone ». Il ne s'agit plus seulement de la chute et de l'incendie de la ville, mais de toi-même, qui seras remis entre les mains des Babyloniens. Cette prophétie a certes déjà été mentionnée plus haut, aux chapitres 32 et 34, mais c'est ici qu'elle fut effectivement prononcée. Le livre de Yirmiyahou ne suit pas l'ordre chronologique, et à cet instant précis, c'était une révélation nouvelle.

Qui est Yiriyya fils de Chélémia, fils de 'Hananya ?

Qui est donc cet homme qui arrête Yirmiyahou et l'accuse faussement ? Nos Sages disent : « 'Hananya » - ce nom nous est bien familier. Il s'agit de 'Hananya ben Azour, le faux prophète.

Et c'est ainsi que rapportent nos Sages : lorsque le prophète fut envoyé pour prophétiser à Yarov'am ben Nevat et lui annoncer au sujet de l'autel - sache qu'ici seront brûlés des ossements humains, les prêtres sacrificateurs et tes propres os, tous seront brûlés sur cet autel, car voici qu'un roi se lèvera du nom de Yoshiyahou, qui éliminera l'idolâtrie, sortira des tombes tous les prêtres qui sacrifient sur les autels et les brûlera - ce prophète était le prophète Iddo. Et 'Hananya ben Azour était là-bas un faux prophète ; il invita le prophète chez lui, lui donna à manger et à boire. Il était pourtant interdit au prophète d'agir ainsi, car Hachem le lui avait défendu, mais il y alla tout de même. C'est alors que la prophétie fut précisément donnée au faux prophète, à 'Hananya ben Azour, qui lui dit : ainsi parle Hachem, puisque tu as mangé dans la ville où Je t'avais ordonné de ne pas manger et que tu es retourné par un chemin par lequel il t'était interdit de revenir, à ton départ d'ici tu seras déchiqueté. Et c'est ce qui arriva : il fut déchiqueté par un lion.

Plus tard, nous trouvons Tsidkiya ben Kena'ana qui s'était fait des cornes de fer et disait : « Avec celles-ci, tu frapperas Aram ». De même, 'Hananya affirmait que les ustensiles retourneraient à la Maison d'Hachem - les ustensiles du Beth Hamikdach pris par le roi de Babylone reviendraient d'ici deux ans. Et que répondit Yirmiyahou ? « Amen ! Qu'Hachem fasse ainsi ! ». Nos Sages soulignent qu'il n'aurait pas dû parler de la sorte, car il flattait ainsi le faux prophète, comme s'il lui disait : « Puisse-t-il en être ainsi ! ». Il n'avait donc pas agi convenablement sur ce point précis. Et nos Sages expliquent que c'est pour cette raison qu'il tomba aux mains de Yiriyya fils de Chélémia, fils de 'Hananya : en effet, 'Hananya ben Azour avait laissé cette consigne à ses descendants : faites tout ce qui est en votre pouvoir pour annuler les paroles de Yirmiyahou et pour vous attaquer aux prophètes. C'est pourquoi il trouva ici une occasion d'affronter Yirmiyahou et porta contre lui une fausse accusation : « Tu passes du côté des Chaldéens ! ».

Pourquoi Yirmiyahou voulait-il quitter la ville ?

Une opinion parmi nos Sages soutient qu'il sortit pour acheter le champ - comme nous l'avons vu plus haut, lorsqu'Hachem lui ordonna d'acquérir le champ de 'Hanamel ben Chalom, et qu'il devait pour cela sortir de la ville et prendre sa part d'héritage. Et quel était le dessein divin ? Nos Sages expliquent qu'Hachem, pour ainsi dire, ne voulait pas que Yirmiyahou se trouve à l'intérieur de la ville, de peur qu'il n'invoque des mérites en faveur du peuple ou qu'il n'empêche le malheur par son propre mérite. Que fit-Il ? Il l'incita en quelque sorte à sortir hors de la ville à propos de ce champ ou du partage de l'héritage, et pendant qu'il était dehors, la ville fut conquise. Yirmiyahou s'exclama alors : « J'ai été naïf d'accepter de sortir, car si j'étais resté dans la ville, peut-être Hachem aurait-Il eu pitié d'elle ! ». Hachem avait donc suscité un prétexte pour l'amener à vouloir sortir. Toutefois, selon le sens simple, il s'agit d'un autre épisode, car dans le récit qui nous occupe, nous constatons qu'on le ramena dans la ville et qu'on le jeta en prison.

L'argument de Yirmiyahou et sa supplique
וַיֹּאמֶר יִרְמְיָהוּ אֶל־הַמֶּלֶךְ צִדְקִיָּהוּ מֶה חָטָאתִי לְךָ וְלַעֲבָדֶיךָ וְלָעָם הַזֶּה כִּי־נְתַתֶּם אוֹתִי אֶל־בֵּית הַכֶּלֶא׃ - Et Yirmiyahou dit au roi Tsidkiyahou : « En quoi ai-je péché contre toi, contre tes serviteurs et contre ce peuple, pour que vous m'ayez mis en prison ? »

Quelle faute ai-je commise ? Qu'ai-je fait d'inconvenant pour que vous me mettiez en prison ?

וְאַיֵּה נְבִיאֵיכֶם אֲשֶׁר־נִבְּאוּ לָכֶם לֵאמֹר לֹא־יָבֹא מֶלֶךְ־בָּבֶל עֲלֵיכֶם וְעַל הָאָרֶץ הַזֹּאת׃ - Et où sont donc vos prophètes qui vous prophétisaient, disant : « Le roi de Babylone ne marchera pas contre vous ni contre ce pays » ?

Mes paroles ne vous agréent-elles pas ? Crois-tu aux paroles de vos prophètes ? Où sont-ils donc, ces prophètes ? Ils affirmaient pourtant que le roi de Babylone ne viendrait pas, alors que moi, j'affirmais qu'il viendrait. Les paroles de qui se sont-elles réalisées ? Les miennes.

וְעַתָּה שְׁמַע־נָא אֲדֹנִי הַמֶּלֶךְ תִּפׇּל־נָא תְחִנָּתִי לְפָנֶיךָ וְאַל־תְּשִׁבֵנִי בֵּית יְהוֹנָתָן הַסֹּפֵר וְלֹא אָמוּת שָׁם׃ - Et maintenant, écoute donc, mon seigneur le roi ! Que ma supplique trouve grâce devant toi : ne me renvoie pas dans la maison de Yehonatan le scribe, afin que je n'y meure pas !

Ne me renvoie pas dans cette prison, de peur que je n'y meure. C'est pourquoi je viens implorer devant toi : daigne accueillir ma supplication.

וַיְצַוֶּה הַמֶּלֶךְ צִדְקִיָּהוּ וַיַּפְקִדוּ אֶת־יִרְמְיָהוּ בַּחֲצַר הַמַּטָּרָה וְנָתֹן לוֹ כִכַּר־לֶחֶם לַיּוֹם מִחוּץ הָאֹפִים עַד־תֹּם כׇּל־הַלֶּחֶם מִן־הָעִיר וַיֵּשֶׁב יִרְמְיָהוּ בַּחֲצַר הַמַּטָּרָה׃ - Le roi Tsidkiyahou donna des ordres, et l'on confia Yirmeyahou à la cour de la garde, et on lui donna une miche de pain par jour de la rue des boulangers, jusqu'à ce que tout le pain de la ville fût épuisé ; et Yirmeyahou demeura dans la cour de la garde.

« מִחוּץ הָאֹפִים » - en dehors de ce que l'on cuisait pour le peuple ; on lui préparait une part spécialement pour lui. « עַד־תֹּם כׇּל־הַלֶּחֶם מִן־הָעִיר » - jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de pain et que s'installe la famine. Il resta ainsi détenu dans ce lieu appelé Hatsar HaMatara (la cour de la garde). Cet endroit était manifestement plus convenable que la geôle où il était enfermé auparavant, la maison de Yehonatan le scribe.

En résumé :

Le chapitre 37 présente trois événements qui auraient apparemment pu annuler le décret : la demande formulée par le roi au prophète d'intercéder par la prière, la remise en liberté de Yirmeyahou, et le repli des Chaldéens devant l'armée de Pharaon. Cependant, la prophétie affirme que tout n'est qu'illusion : Pharaon retournera en Égypte, les Chaldéens reprendront le siège, et même s'il ne restait parmi eux que des hommes transpercés de coups - ils se relèveraient pour incendier la ville, car le décret d'Hachem ne saurait rester sans effet. Yirmeyahou, parti en direction du territoire de Binyamin, est arrêté sous un faux prétexte de trahison par Yiriyah fils de Chélèmyah fils de 'Hananyah - descendant du faux prophète 'Hananyah ben Azour, qui avait légué à sa descendance la haine des prophètes de vérité - puis battu et emprisonné. Et bien que Tsidkiyahou le maintienne captif, il le fait mander en secret pour entendre la parole d'Hachem, recevant à nouveau l'annonce qu'il sera lui-même livré entre les mains du roi de Babylone. En fin de compte, le roi accède à la supplication du prophète et le transfère dans la cour de la garde, avec une miche de pain par jour - jusqu'à épuisement complet de tout le pain dans la ville.