Le chapitre 33 de Yirmiyahou est un chapitre de consolation. Yirmiyahou, le prophète de la destruction et des prophéties de rigueur, reçoit précisément ici, au plus fort de la détresse et alors qu'il est incarcéré, une prophétie bienfaisante et réjouissante sur la reconstruction de Jérusalem, le retour des captifs, la royauté de la maison de David et le service sacerdotal qui ne s'interrompront jamais. Nous allons parcourir les versets dans leur ordre, principalement d'après les explications du Malbim, ainsi que du Radak et de Rachi.
וַיְהִי דְבַר־יְהֹוָה אֶל־יִרְמְיָהוּ שֵׁנִית וְהוּא עוֹדֶנּוּ עָצוּר בַּחֲצַר הַמַּטָּרָה לֵאמֹר׃ - La parole de l'Éternel fut adressée une seconde fois à Yirmiyahou, alors qu'il était encore enfermé dans la cour de la garde, en ces termes :
La « cour de la garde » (hatsar hamatara) est la prison. Yirmiyahou y est toujours détenu, et c'est là que le Saint, béni soit-Il, lui adresse Sa prophétie. Quel est le but d'une prophétie précisément en ce lieu ? Le saint Alshikh explique : parce qu'il était enfermé et prisonnier dans la cour de la garde, il était plongé dans la tristesse et l'abattement. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, lui transmet à présent une prophétie favorable, pour le consoler de son chagrin et le réjouir par les magnifiques promesses à venir. C'est la raison pour laquelle le verset insiste : « alors qu'il était encore enfermé dans la cour de la garde » - c'est précisément dans cette situation qu'Hachem a voulu le réjouir. Et cette prophétie est la continuité directe du chapitre précédent.
כֹּה־אָמַר יְהֹוָה עֹשָׂהּ יְהֹוָה יוֹצֵר אוֹתָהּ לַהֲכִינָהּ יְהֹוָה שְׁמוֹ׃ - Ainsi parle l'Éternel qui l'accomplit, l'Éternel qui la façonne pour l'établir, l'Éternel est Son Nom.
Ce chapitre ne mentionne pas explicitement le nom de Jérusalem, car il s'inscrit dans la continuité du chapitre précédent qui traitait de Jérusalem. Le terme « ‘ossah » (qui la fait ou l'accomplit) se rapporte donc à Jérusalem. Et que signifie « la fait » ? Le sens est qu'Il la grandit, comme dans l'expression « et elle fera (ve’asseta) ses ongles » - Hachem l'a élevée au-dessus de tous les pays, tout comme dans « l'Éternel a fait Moché et Aharon », qui signifie qu'Il les a grandis. Quant à « la façonne pour l'établir », le Radak explique : Il la renouvelle et la prépare pour toujours, à l'instar de « voici que Je façonne (yotser) contre vous un malheur » - lehavdil -, car toute formation ou création (yetsira) correspond à la mise en œuvre concrète de la chose.
Le Malbim apporte une explication plus détaillée. Il y a ici trois expressions : Il fait (‘osseh), Il la façonne (yotser otah), pour l'établir ou la préparer (lahakhinah). L'action ou confection (‘assiya) est l'achèvement et l'aboutissement : ce qui est fait. La formation (yetsira) est l'ébauche de la forme avant la réalisation finale. La préparation (hakhana) est ce qui précède tout, le fait que la chose a été préparée dès l'origine en vue de son but ultime. Dès lors, l'ordre naturel devrait être : préparation, formation, réalisation. Or ici, le texte s'ouvre précisément par la fin : « ‘ossah » (qui la fait). Pourquoi ? Parce que chez le Saint, béni soit-Il, tout est déjà fait et parachevé d'avance, par la pensée même. Nous, les êtres humains, avons besoin de plans, puis d'une mise en forme, puis d'une finalisation ; mais le Saint, béni soit-Il, par Sa seule volonté, « a dit, et cela fut ». C'est pourquoi « ainsi parle l'Éternel qui la fait » : auprès de Lui, la chose est immédiatement achevée, comme si elle était déjà concrètement accomplie.
Cependant, pour nous, les créatures d'en bas, il faut que la chose se réalise par le jeu des causes et des effets. Chez le Saint, béni soit-Il, cela n'est pas nécessaire : en un instant Il a parlé et la chose fut. Mais pour nous, selon l'ordre naturel, tout découle d'un enchaînement où un tel veut ceci, un autre accepte cela, et un événement en entraîne un autre. C'est la suite du verset : « l'Éternel qui la façonne » - le façonnement s'adresse aux créatures d'en bas, car Hachem a façonné et agencé toutes les circonstances nécessaires pour que la promesse s'accomplisse dans ce bas monde lorsque viendra le temps de la rédemption finale (kets hayamin). Et c'est à ce sujet qu'il est dit « l'Éternel est Son Nom » : Hachem agit ainsi en tant que Maître de miséricorde et Source de toute existence, car le Nom divin d'Havayah est l'attribut de miséricorde, et la volonté du Créateur est de dispenser le bien.
קְרָא אֵלַי וְאֶעֱנֶךָּ וְאַגִּידָה לְּךָ גְּדֹלוֹת וּבְצֻרוֹת לֹא יְדַעְתָּם׃ - Invoque-Moi et Je te répondrai, et Je t'annoncerai de grandes choses et des choses impénétrables que tu ne savais pas.
Le Radak explique : si tu M'invoques, Je répondrai et J'accomplirai ta volonté. C'est l'exact opposé de ce qui lui avait été dit auparavant : « ne fais monter pour eux ni supplication ni prière ». Ici, bien au contraire, Hachem lui dit : prie pour eux et Je t'exaucerai. « Et Je t'annoncerai de grandes choses et des choses impénétrables (outsourot) » : de grandes et puissantes consolations que tu ignorais, « betsourot » venant du registre de la force, comme une forteresse (mivtsar). Rachi, en revanche, a pour variante de lecture « ountsourot », c'est-à-dire des choses gardées en Mon cœur pour les accomplir, et c'est également ainsi que le Targoum traduit (« ravravan venatiran »), c'est-à-dire gardées et préservées. Il en ressort que la version dont disposaient Rachi et le Targoum Yonathan portait « de grandes choses gardées (ountsourot) » et non « betsourot ».
Le Malbim explique cela à la lumière de ce que nous avons vu au chapitre 15 : Yirmiyahou ne pouvait pas prophétiser quand il le voulait. Le prophète doit être dans la joie lorsqu'il prophétise, or Yirmiyahou, qui transmettait des prophéties de malheur, ne pouvait pas éprouver la joie nécessaire pour énoncer sa prophétie. Quand prophétisait-il donc ? Uniquement lorsque Hakadosh Baroukh Hou le préparait à cela, l'appelant en quelque sorte et le disposant à la prophétie. À présent, Hachem lui dit : Je t'annonce de bonnes nouvelles, tu peux donc M'invoquer. D'ordinaire, tu ne peux pas M'appeler, car tu prophétises des malheurs, et celui qui est dans la tristesse ne peut pas prophétiser ; c'est pourquoi c'est toujours Moi qui t'appelle. Mais maintenant, « Invoque-Moi et Je te répondrai », car il s'agit désormais d'une prophétie favorable. Or, pour une bonne prophétie, tu peux t'éveiller de toi-même, car elle comporte de la joie, et dans la joie, tu peux recevoir la prophétie. « De grandes choses » - des choses qui dépassent l'ordre naturel ; « et inaccessibles » - des choses solides qui ne changeront jamais ; « que tu ne connaissais pas » - des choses que tu ignorais jusqu'à présent. Yirmiyahou est le prophète de la destruction et des prophéties de colère ; c'est pourquoi il n'avait jamais connu de telles prophéties jusqu'ici. Et à présent, Hachem lui dit : Je veux te transmettre une prophétie différente de celles auxquelles tu es habitué, une prophétie de bien.
כִּי כֹה אָמַר יְהֹוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל עַל־בָּתֵּי הָעִיר הַזֹּאת וְעַל־בָּתֵּי מַלְכֵי יְהוּדָה הַנְּתֻצִים אֶל־הַסֹּלְלוֹת וְאֶל־הֶחָרֶב׃ - Car ainsi parle Hachem, Dieu d'Israël, au sujet des maisons de cette ville et des palais des rois de Juda, abattus devant les terrasses de siège et devant le glaive :
בָּאִים לְהִלָּחֵם אֶת־הַכַּשְׂדִּים וּלְמַלְאָם אֶת־פִּגְרֵי הָאָדָם אֲשֶׁר־הִכֵּיתִי בְאַפִּי וּבַחֲמָתִי וַאֲשֶׁר הִסְתַּרְתִּי פָנַי מֵהָעִיר הַזֹּאת עַל כָּל־רָעָתָם׃ - Ils viennent combattre les Chaldéens et remplir ces lieux des cadavres des hommes que J'ai frappés dans Ma colère et Ma fureur, Moi qui ai caché Ma face de cette ville à cause de toute leur méchanceté.
Le Malbim relie les deux versets : « devant les terrasses et devant le glaive, ils viennent combattre » - les maisons de la ville sont démolies par les terrasses de siège et par le glaive, qui avancent avec les Chaldéens venus assiéger la ville et la remplir de cadavres humains. « Vers les terrasses » signifie « par le moyen des terrasses », et c'est ainsi qu'expliquent le Radak et le Malbim. Et que sont ces terrasses (solelot) ? Rachi dit : des tertres amoncelés vers le haut, que les habitants de la ville construisent pour monter vers les terrasses. Mais il semble y avoir ici une erreur de copiste, car on ne peut pas définir les solelot comme des tertres par lesquels on monte vers les solelot - cela n'explique rien ! La version correcte doit manifestement être : des tertres amoncelés vers le haut que l'on construit pour monter sur le rempart. C'est d'ailleurs ce que l'on trouve explicitement dans le Targoum Yonatan cité par le Radak au chapitre 32, verset 24 : un monticule de terre que l'on amoncelle autour de la muraille pour y monter. C'est-à-dire que pour escalader le rempart, on aménageait une sorte de rampe : on apportait de grandes quantités de terre contre la muraille, formant ainsi une pente permettant aux soldats de grimper. Et qu'est-ce que « le glaive » (he'héreve) ? C'est l'instrument lourd avec lequel on abattait les édifices, comme dans « il renversera tes tours avec ses glaives » - une sorte de bélier de fer pour défoncer et abattre la muraille, et non pas une épée destinée à transpercer les hommes.
Les Chaldéens viennent attaquer la ville et remplir les maisons de cadavres humains, tel est leur dessein. Et Hakadosh Baroukh Hou déclare : « que J'ai frappés dans Ma colère et Ma fureur » - ce châtiment découle de la Providence divine, il vient directement de Moi en rétribution de leurs mauvaises actions, parce qu'ils M'ont irrité. Et Il ajoute : « Moi qui ai caché Ma face » - c'est aussi en raison de cette dissimulation de la face divine (hester panim) que les ennemis ont pu venir et les frapper. Toutefois, souligne le Malbim, ce coup et cette dissimulation ne signifient pas qu'Il les a rejetés, mais plutôt « à cause de toute leur méchanceté » : à l'image d'un médecin pratiquant une saignée pour extraire le mauvais sang afin de guérir, ainsi le châtiment et le hester panim visaient à les assainir et à leur faire du bien en fin de compte.
הִנְנִי מַעֲלֶה־לָּהּ אֲרֻכָה וּמַרְפֵּא וּרְפָאתִים וְגִלֵּיתִי לָהֶם עֲתֶרֶת שָׁלוֹם וֶאֱמֶת׃ - Voici que Je vais lui apporter un rétablissement et une guérison ; Je les guérirai et leur dévoilerai une abondance de paix et de vérité.
Au sujet de ces maisons de la ville abattues par les Chaldéens, Hachem déclare : Je leur apporte un rétablissement (aroukhah). Et que signifie « et une guérison » (oumarpé) ? Le Malbim explique : « aroukhah » désigne la réparation de la brèche venue de l'extérieur, tandis que « marpé » concerne la maladie interne. Et comme on le sait, le peuple d'Israël a toujours été confronté à des tourments tant extérieurs qu'intérieurs : à l'extérieur, les ennemis dressés contre nous ; et à l'intérieur, la cinquième colonne et le Erev Rav qui ont sans cesse œuvré contre nous. C'est pourquoi le verset dit « rétablissement et guérison » - rétablissement face aux ennemis de l'extérieur, et guérison face aux ennemis de l'intérieur. « Et Je leur dévoilerai une abondance de paix et de vérité » - Je leur révélerai comment la paix et la vérité leur seront acquises et leur resteront fidèles de manière constante. Et le Radak explique « atérèt » comme un terme désignant la profusion, dans le sens de l'expression de nos Sages « ha'atarat tefila », multiplier les prières ; il s'agit donc d'une abondance de paix et de vérité.
וַהֲשִׁבֹתִי אֶת־שְׁבוּת יְהוּדָה וְאֵת שְׁבוּת יִשְׂרָאֵל וּבְנִתִים כְּבָרִאשֹׁנָה׃ - Je ramènerai les captifs de Juda et les captifs d'Israël, et Je les rebâtirai comme autrefois.
« Je ramènerai les captifs de Juda » - il s'agit de l'exil, qui prendra fin avec leur retour. « Et Je les rebâtirai » - Je rebâtirai la maison royale, Je rebâtirai la ville et Je rebâtirai le Temple.
וְטִהַרְתִּים מִכָּל־עֲוֺנָם אֲשֶׁר חָטְאוּ־לִי וְסָלַחְתִּי לְכָל־עֲוֺנוֹתֵיהֶם אֲשֶׁר חָטְאוּ־לִי וַאֲשֶׁר פָּשְׁעוּ בִי׃ - Et Je les purifierai de toute leur faute par laquelle ils ont péché envers Moi, et Je pardonnerai toutes leurs iniquités par lesquelles ils ont péché envers Moi et par lesquelles ils se sont révoltés contre Moi.
« Et Je les purifierai » - pour le passé, Je les purifierai de la souillure de leur faute. Or la faute délibérée (le 'avon), explique le Malbim, souille l'âme, car le 'avon est toujours une perversion de l'âme. Le Malbim distingue constamment entre le 'het et le 'avon : le 'het est commis par inadvertance ou sous l'impulsion du désir, tandis que le 'avon est délibéré et procède d'une déviation de l'intellect, lorsque l'homme élabore une idéologie autour du péché - ce n'est plus simplement une envie passagère, mais la conviction que « c'est ainsi qu'il faut agir ». Dès lors, face à l'impureté que le 'avon inflige à l'âme, il est dit « et Je les purifierai », et face à l'accusation que la faute fait naître dans le Ciel pour incriminer Israël devant Hachem, il est dit « et Je pardonnerai ».
וְהָיְתָה לִּי לְשֵׁם שָׂשׂוֹן לִתְהִלָּה וּלְתִפְאֶרֶת לְכֹל גּוֹיֵי הָאָרֶץ אֲשֶׁר יִשְׁמְעוּ אֶת־כָּל־הַטּוֹבָה אֲשֶׁר אָנֹכִי עֹשֶׂה אוֹתָם וּפָחֲדוּ וְרָגְזוּ עַל כָּל־הַטּוֹבָה וְעַל כָּל־הַשָּׁלוֹם אֲשֶׁר אָנֹכִי עֹשֶׂה לָּהּ׃ - Et cette ville sera pour Moi un titre de joie, de louange et de gloire parmi toutes les nations de la terre qui entendront tout le bien que Je leur fais ; elles trembleront et s'émouvront pour tout le bien et toute la paix que Je lui procurerai.
Jérusalem sera un titre de gloire, d'allégresse, de louange et de splendeur aux yeux de tous les peuples de la terre ; tous constateront le caractère unique de cette ville et entendront parler de tout le bien qu'Hachem y accorde au peuple d'Israël. Et qui sont ceux qui « trembleront et s'émouvront » ? Le Malbim explique qu'il s'agit des nations : « ils trembleront » se rapporte à la paix - ils constateront qu'il y a là une paix venue d'Hachem et craindront d'entrer en guerre, car on ne combat point une nation bénéficiant de la paix divine ; « ils s'émouvront » se rapporte au bien - la bonté qu'Hachem nous prodigue suscitera l'irritation des nations, car lorsque tout va bien pour Israël, les peuples éprouvent toujours de l'amertume. En revanche, le Metsoudat David explique que cela concerne Israël, les résidents de la ville : ils trembleront à la pensée de fauter, ce qui ferait disparaître ce bien et tarir toute l'abondance, et cette crainte salutaire les retiendra de mal agir.
כֹּה אָמַר יְהֹוָה עוֹד יִשָּׁמַע בַּמָּקוֹם־הַזֶּה אֲשֶׁר אַתֶּם אֹמְרִים חָרֵב הוּא מֵאֵין אָדָם וּמֵאֵין בְּהֵמָה בְּעָרֵי יְהוּדָה וּבְחֻצוֹת יְרוּשָׁלַ͏ִם הַנְשַׁמּוֹת מֵאֵין אָדָם וּמֵאֵין יוֹשֵׁב וּמֵאֵין בְּהֵמָה׃ - Ainsi parle Hachem : On entendra encore dans ce lieu dont vous dites : « Il est en ruine, privé d'hommes et privé de bêtes », dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem qui sont désolées, sans hommes, sans habitants et sans bêtes,
קוֹל שָׂשׂוֹן וְקוֹל שִׂמְחָה קוֹל חָתָן וְקוֹל כַּלָּה קוֹל אֹמְרִים הוֹדוּ אֶת־יְהֹוָה צְבָאוֹת כִּי־טוֹב יְהֹוָה כִּי־לְעוֹלָם חַסְדּוֹ מְבִאִים תּוֹדָה בֵּית יְהֹוָה כִּי־אָשִׁיב אֶת־שְׁבוּת־הָאָרֶץ כְּבָרִאשֹׁנָה אָמַר יְהֹוָה׃ - La voix de l'allégresse et la voix de la joie, la voix du fiancé et la voix de la fiancée, la voix de ceux qui disent : « Rendez grâce à Hachem Tsevaot, car Hachem est bon, car Sa bienveillance est éternelle ! », de ceux qui apportent des sacrifices de reconnaissance dans la Maison d'Hachem ; car Je ramènerai les captifs du pays comme autrefois, dit Hachem.
Voici un bel exemple de versets familiers par le biais des chants, mais dont la lecture dans le texte d'origine réserve bien des surprises. Chacun connaît le refrain : « On entendra encore dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem, une voix d'allégresse et une voix de joie » - or, lorsqu'on cherche un tel verset, on ne le trouve nulle part ainsi formulé. Le verset authentique est bien celui que nous venons de lire, et il n'en existe aucun autre. On a extrait les mots « On entendra encore », retranché « dans ce lieu dont vous dites : Il est en ruine », conservé « dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem », coupé « qui sont désolées, sans hommes, sans habitants et sans bêtes », pour enchaîner directement avec le verset suivant : « voix d'allégresse et voix de joie, voix du fiancé et voix de la fiancée ». Il convient de noter que ce ne sont pas les chanteurs qui ont créé cet agencement, car c'est le texte même des Chéva Berakhot - or la formule de la bénédiction est elle aussi un condensé du texte biblique. Qui plus est, la suite liturgique ne correspond pas davantage au verset : dans le texte biblique, il est écrit « la voix de ceux qui disent : Rendez grâce », tandis que la bénédiction dit « la voix des réjouissances des fiancés sous leur 'houppah et des jeunes gens depuis leur festin musical » - passage qu'on ne retrouve dans aucun verset. Il s'agit d'un ajout propre au rituel de la berakha, et non d'une citation scripturaire.
Venons-en à présent au sens littéral. « Il est en ruine » ('harev hou) renvoie à la destruction, et le Malbim précise que le terme de ruine s'applique aux constructions. « Désolées » (hanchamote) découle de la désolation (chemama), qui frappe le sol tout entier et s'avère en règle générale plus désastreuse que la ruine. Dans ce lieu, à Jérusalem, dont chacun disait que les édifices étaient démolis et la terre déserte, et dans les rues de Jérusalem - le Malbim rappelant régulièrement que les « rues extérieures » ('houtzot) désignent l'arrière des habitations - qui étaient désolées, un état plus sévère encore que la simple ruine, c'est là précisément que retentira la voix de l'allégresse et la voix de la joie, la voix du fiancé et la voix de la fiancée. « Voix d'allégresse » - par les unions qui se noueront et par ceux qui bâtiront de nouveaux foyers en Israël.
Et sur l'expression « voix du fiancé et voix de la fiancée », un vort bien connu est souvent répété lors des fiançailles et des Chéva Berakhot : auraient-ils donc une voix différente des autres ? En vérité, au temps des fiançailles, tout se dit dans la douceur et les égards : « Qu'en penses-tu ? Que préfères-tu ? Ne serait-il pas bon d'agir ainsi ? », « Et toi, quel est ton avis ? Non, c'est toi qui choisis ! » - quelle perfection, quelle harmonie. Telle est la voix du fiancé et la voix de la fiancée pendant les fiançailles. Mais après la noce, le ton a parfois tendance à changer ; comme l'a plaisanté un jour quelqu'un, c'est après le mariage qu'il s'est mis à croire aux soucoupes volantes ! Et nous demandons précisément que retentisse sans cesse « une voix d'allégresse et une voix de joie, la voix du fiancé et la voix de la fiancée » - avec cette même délicatesse et cette même bienveillance des premiers instants, de manière durable et constante.
« La voix de ceux qui disent : Rendez grâce » - pour les miracles que le Saint béni soit-Il accomplira en leur faveur. Et en regard de ce qu'on disait : « Il est en ruine, privé d'hommes », le prophète promet qu'on y entendra une voix de joie ; et en regard de « privé de bêtes », il précisera dans le verset suivant que l'endroit redeviendra une demeure de bergers.
Et le Radak fait une précision remarquable : que dit-on ici à propos des sacrifices ? « Ils apportent des sacrifices de reconnaissance dans la Maison de l'Éternel ». Le texte ne mentionne ni sacrifice expiatoire (’Hattat) ni sacrifice de culpabilité (Acham), car en ce temps-là, il n'y aura plus parmi eux de méchants ni de pécheurs, car tous connaîtront l'Éternel. C'est pourquoi nos Maîtres de mémoire bénie ont enseigné : à l'avenir, tous les sacrifices seront abolis, à l'exception du sacrifice de reconnaissance (Korban Toda), car le sacrifice de reconnaissance vient pour rendre grâce, tandis que les autres sacrifices viennent expier des fautes - or, il n'y aura plus de fautes.
כֹּה־אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת עוֹד יִהְיֶה בַּמָּקוֹם הַזֶּה הֶחָרֵב מֵאֵין־אָדָם וְעַד־בְּהֵמָה וּבְכָל־עָרָיו נְוֵה רֹעִים מַרְבִּצִים צֹאן׃ - Ainsi parle l'Éternel Tsevaot : Dans ce lieu dévasté, privé d'hommes et d'animaux, et dans toutes ses villes, il y aura encore un domaine de bergers faisant reposer leurs troupeaux.
Le lieu qui était dévasté, sans homme - on y entendra la voix de l'allégresse et la voix de la joie, qui sont le propre des hommes ; et le lieu qui était dévasté, sans bétail - deviendra un domaine de bergers, car il y aura aussi des bêtes ici. « Faisant reposer leurs troupeaux » signifie que les bêtes s'y couchent paisiblement, et ce repos allongé implique l'absence totale de crainte : l'endroit sera tellement sûr qu'on pourra y faire coucher le troupeau sans craindre les ennemis.
בְּעָרֵי הָהָר בְּעָרֵי הַשְּׁפֵלָה וּבְעָרֵי הַנֶּגֶב וּבְאֶרֶץ בִּנְיָמִן וּבִסְבִיבֵי יְרוּשָׁלַ͏ִם וּבְעָרֵי יְהוּדָה עֹד תַּעֲבֹרְנָה הַצֹּאן עַל־יְדֵי מוֹנֶה אָמַר יְהֹוָה׃ - Dans les villes de la montagne, dans les villes de la plaine et dans les villes du Néguev, dans le pays de Binyamin, dans les environs de Jérusalem et dans les villes de Juda, les brebis passeront encore sous la main de celui qui les compte, dit l'Éternel.
Dans tous ces endroits, le troupeau sera mené sous la conduite de celui qui le dénombre. Rachi explique : Israël sortira et entrera sous la conduite d'un guide marchant à sa tête. Cela correspond d'ailleurs bien mieux à notre réalité d'aujourd'hui, car qui fait paître des moutons de nos jours ? L'intention est plutôt qu'il y aura un dirigeant pour guider le troupeau, comme il est dit : « Et vous, Mes brebis, le troupeau de Mon pâturage, vous êtes des hommes » - le peuple d'Israël est comparé à un troupeau, et il aura un berger pour le conduire.
Et que signifie « sous la main de celui qui les compte » ? Le Radak explique : Israël est comparé à des brebis et le berger est le roi, et l'habitude du berger est de compter son troupeau pour voir s'il n'en manque pas une seule. On peut ajouter que l'insistance sur « celui qui les compte » vient enseigner : quand le berger compte-t-il son troupeau ? Quand il se soucie de lui. Mais s'il ne s'en soucie pas, qu'une bête s'égare, disparaisse ou soit dévorée, cela lui est bien égal. Le verset nous annonce qu'il y aura des dirigeants d'une tout autre nature, des dirigeants qui prennent le peuple en compte. Aujourd'hui, nous avons des dirigeants qui ne font aucun cas de nous, des dirigeants qui nous affligent et dont l'unique souci est de se favoriser eux-mêmes ; mais à l'avenir, il y aura un dirigeant « qui compte », qui dénombre le troupeau, et pour parler comme aujourd'hui, qui compte avec nous et nous accorde de la valeur. C'est le Roi Machia’h dont nous attendons la délivrance et le salut.
Le Radak propose également une autre explication, selon laquelle ce passage n'a pas une portée positive, mais annonce la disparition des rebelles d'Israël : lorsqu'ils sortiront de l'exil, ces pécheurs disparaîtront. C'est ce qui est écrit dans Yé’hezkel : « Je vous ferai passer sous la verge », où la verge sert à marquer ceux qui continuent et ceux qui ne subsisteront pas. De même ici : « les brebis passeront sous la main de celui qui les compte » - seuls les êtres méritants auront part à la délivrance, et ceux qui ne le méritent pas, que D.ieu préserve, connaîtront le sort inverse.
הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם־יְהֹוָה וַהֲקִמֹתִי אֶת־הַדָּבָר הַטּוֹב אֲשֶׁר דִּבַּרְתִּי אֶל־בֵּית יִשְׂרָאֵל וְעַל־בֵּית יְהוּדָה׃ - Voici que des jours viennent, dit l'Éternel, où j'accomplirai la bonne parole que j'ai prononcée au sujet de la maison d'Israël et de la maison de Juda.
בַּיָּמִים הָהֵם וּבָעֵת הַהִיא אַצְמִיחַ לְדָוִד צֶמַח צְדָקָה וְעָשָׂה מִשְׁפָּט וּצְדָקָה בָּאָרֶץ׃ - En ces jours-là et en ce temps-là, Je ferai éclore pour David un rejeton de justice, et il exercera le droit et la justice dans le pays.
Cette prophétie a déjà été formulée plus haut, au chapitre 23, où le Malbim a développé son explication en détail. Précisons simplement en quelques mots la raison de cette répétition : il s'agit d'une expression de la délivrance, et celle-ci peut survenir selon deux voies : « en son temps » (Bé’ita) ou « Je la hâterai » (A’hichena). Le Malbim y explique que nos versets du chapitre 33 font référence à la rédemption « en son temps », tandis que ceux du chapitre 23 traitent de celle qui est « hâtée » ; il ne faut donc pas s'étonner de ce dédoublement. Le « rejeton de justice », c'est le Roi Machia’h, comme dans les termes de la prière : « Fais promptement fleurir le rejeton de David, Ton serviteur ».
בַּיָּמִים הָהֵם תִּוָּשַׁע יְהוּדָה וִירוּשָׁלַ͏ִם תִּשְׁכּוֹן לָבֶטַח וְזֶה אֲשֶׁר־יִקְרָא־לָהּ יְהֹוָה צִדְקֵנוּ׃ - En ces jours-là, Yehouda sera sauvée et Jérusalem résidera en sécurité ; et voici le nom dont on l'appellera : Hachem notre justice.
En ce temps-là, Yehouda connaîtra la délivrance et Jérusalem habitera en sécurité. Et que signifie « et voici le nom dont on l'appellera : Hachem notre justice » ? Le Radak explique que les habitants de Jérusalem proclameront « Hachem notre justice » : aujourd'hui, ils se livrent à toutes sortes d'idolâtries et de faux dieux, mais le moment viendra où ses résidents s'écrieront « Hachem notre justice ». Le Targoum Yonatan traduit : « Et voici le nom qu'on lui donnera : des mérites nous seront accordés par Hachem qui réside en son sein ». Plus haut, il a été dit au sujet du roi Machia'h : « Et voici le nom dont on l'appellera : Hachem notre justice » ; le Radak souligne que ces deux passages se rejoignent : Jérusalem sera la cité de la justice, tout comme le Machia'h sera notre justice. Le Radak rapporte en outre une autre explication au nom de son père : « et voici Celui qui l'appellera » - qui l'appellera ainsi ? Le Saint, béni soit-Il, qui est Lui-même « Hachem notre justice » ; ce n'est donc pas la ville que l'on nommera ainsi, mais c'est le Saint, béni soit-Il, Lui qui est Hachem notre justice, qui lui donnera ce nom.
כִּי־כֹה אָמַר יְהֹוָה לֹא־יִכָּרֵת לְדָוִד אִישׁ יֹשֵׁב עַל־כִּסֵּא בֵית־יִשְׂרָאֵל׃ - Car ainsi parle Hachem : Jamais David ne manquera d'un successeur assis sur le trône de la maison d'Israël.
Nous avons eu David, roi d'Israël, dont la lignée s'est poursuivie puis s'est interrompue. Hachem déclare qu'à l'avenir, David ne manquera jamais d'un descendant assis sur le trône de la maison d'Israël : cette rupture ne sera pas définitive, mais la royauté subsistera de manière perpétuelle, depuis les temps messianiques et pour toujours.
וְלַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם לֹא־יִכָּרֵת אִישׁ מִלְּפָנָי מַעֲלֶה עוֹלָה וּמַקְטִיר מִנְחָה וְעֹשֶׂה זֶּבַח כָּל־הַיָּמִים׃ - Et les Kohanim lévites ne manqueront jamais, devant Moi, d'un homme pour faire monter l'holocauste, faire fumer l'offrande et accomplir le sacrifice, tous les jours.
« Les Kohanim lévites » : chaque fois que cette formule est employée, elle désigne les Kohanim issus de Lévi, car les Kohanim appartiennent eux aussi à la tribu de Lévi. Ils ne manqueront jamais d'un homme pour faire monter l'holocauste, brûler la Min'ha et accomplir les sacrifices pour toujours ; en d'autres termes, le service divin demeurera à jamais entre les mains des Kohanim. Que vient nous enseigner le texte ? Même si, à terme, la réalité voulait que les premiers-nés reprennent le service - car une opinion dans nos Sages soutient que le culte reviendra aux aînés -, il ne faudrait pas croire que les Kohanim en seront exclus. C'est pourquoi le verset affirme « ils ne manqueront jamais d'un homme devant Moi » : en tout état de cause, les Kohanim continueront de servir et d'offrir des sacrifices devant Hachem. Et d'après Rachi, cela signifie qu'ils auront toujours une descendance digne d'élever l'holocauste et de faire fumer l'offrande.
וַיְהִי דְּבַר־יְהֹוָה אֶל־יִרְמְיָהוּ לֵאמוֹר׃ - La parole de Hachem fut adressée à Yirmeyahou en ces termes :
כֹּה אָמַר יְהֹוָה אִם־תָּפֵרוּ אֶת־בְּרִיתִי הַיּוֹם וְאֶת־בְּרִיתִי הַלָּיְלָה וּלְבִלְתִּי הֱיוֹת יוֹמָם־וָלַיְלָה בְּעִתָּם׃ - Ainsi parle Hachem : Si vous pouvez rompre Mon alliance avec le jour et Mon alliance avec la nuit, de sorte que le jour et la nuit cessent d'être en leur temps,
גַּם־בְּרִיתִי תֻפַר אֶת־דָּוִד עַבְדִּי מִהְיוֹת־לוֹ בֵן מֹלֵךְ עַל־כִּסְאוֹ וְאֶת־הַלְוִיִּם הַכֹּהֲנִים מְשָׁרְתָי׃ - Alors sera aussi rompue Mon alliance avec David, Mon serviteur, pour qu'il n'ait plus de fils régnant sur son trône, ainsi qu'avec les Lévites, les Kohanim qui Me servent.
Rachi explique : si vous étiez capables de rompre l'alliance que J'ai conclue avec le jour et avec la nuit - car il existe un pacte garantissant que le soleil se lèvera toujours et que la nuit viendra toujours en son temps, conformément à ce que le Saint, béni soit-Il, a fixé pour Noa'h et ses fils : « le jour et la nuit ne cesseront pas », marquant une alliance d'immuabilité avec la Création. Le Radak précise : de même que cette alliance ne peut être abolie ni s'interrompre, de même ne sera pas rompue l'alliance scellée avec David garantissant la pérennité de sa royauté, et de même ne sera pas rompue l'alliance conclue avec Aharon assurant que ses fils officieront devant Moi pour toujours, comme il est dit plus haut : « et les Kohanim lévites ne manqueront jamais d'un homme devant Moi ».
Le Malbim ajoute : l'alliance de la royauté et de la prêtrise est une réalité indispensable à l'existence même de toute la création, tout comme les lois de la nature sont indispensables. Tout comme l'on comprend que le monde ne saurait subsister sans soleil, sans jour et sans nuit, il faut comprendre qu'il est inconcevable que la royauté et la prêtrise soient abolies - car tout comme les premiers sont nécessaires au monde, les secondes le sont tout autant. Et non seulement Hachem ne les abolira pas totalement, de même qu'Il ne rompra pas l'alliance du jour et de la nuit, mais il est également impossible que la délivrance ne vienne pas au terme qui lui est fixé, tout comme il est impossible que le jour et la nuit ne viennent pas en leur temps : il faut nécessairement que le jour se lève et que le soleil se couche la nuit. Il y a donc aussi la notion de « en son temps » - tout comme le jour et la nuit ont un moment et une heure fixés, la délivrance a elle aussi son heure et son temps. Tel est le sens des versets : si l'alliance du jour et de la nuit pouvait être rompue, alors Mon alliance avec David pourrait être rompue ; et tout comme il est impossible que le jour et la nuit fassent défaut, il en sera de même de Mon alliance avec David, afin qu'il ait toujours un fils régnant sur son trône, et de Mon alliance avec les Cohanim, qui continueront à Me servir à jamais.
אֲשֶׁר לֹא־יִסָּפֵר צְבָא הַשָּׁמַיִם וְלֹא יִמַּד חוֹל הַיָּם כֵּן אַרְבֶּה אֶת־זֶרַע דָּוִד עַבְדִּי וְאֶת־הַלְוִיִּם מְשָׁרְתֵי אֹתִי׃ - De même qu'on ne peut nombrer l'armée des cieux, ni mesurer le sable de la mer, ainsi Je multiplierai la descendance de David, Mon serviteur, et les Léviim qui Me servent.
Le Radak explique que le texte se lit comme s'il manquait la lettre Kaf (« kaacher », de même que) : de même qu'on ne saurait compter l'armée des cieux ni mesurer le sable de la mer, ainsi Je multiplierai la descendance de David Mon serviteur et les Léviim qui Me servent - afin que se multiplient à la fois les Cohanim et la descendance de David. Et le Radak précise : le terme « mesurer » s'applique au sable de la mer et non à l'armée des cieux, car le sable peut être mesuré - on le place dans un récipient pour en évaluer le volume - tandis que les étoiles du ciel ne se mesurent pas. Le terme « compter » peut s'appliquer aux deux, tant au sable qu'à l'armée des cieux, mais le terme de « mesure » ne convient qu'au sable de la mer.
Le Malbim enseigne quant à lui que cette image vient exprimer que les serviteurs d'Hachem sur terre deviendront aussi nombreux que Ses serviteurs dans les cieux, au point que les deux sphères, la supérieure et l'inférieure, seront en parfaite correspondance, et que l'ordre terrestre possédera une existence durable et éternelle à l'instar de l'ordre céleste. De même que l'ordre d'en haut - les corps célestes et les anges d'Hachem qui accomplissent Sa parole - est éternel, de même l'ordre d'en bas, qui représente l'ensemble du peuple d'Israël, lui sera parallèle et tout aussi éternel.
וַיְהִי דְּבַר־יְהֹוָה אֶל־יִרְמְיָהוּ לֵאמֹר׃ - La parole de l'Éternel fut adressée à Jérémie en ces termes :
הֲלוֹא רָאִיתָ מָה־הָעָם הַזֶּה דִּבְּרוּ לֵאמֹר שְׁתֵּי הַמִּשְׁפָּחוֹת אֲשֶׁר בָּחַר יְהֹוָה בָּהֶם וַיִּמְאָסֵם וְאֶת־עַמִּי יִנְאָצוּן מִהְיוֹת עוֹד גּוֹי לִפְנֵיהֶם׃ - N'as-tu pas vu ce que ce peuple dit : « Les deux familles que l'Éternel avait choisies, Il les a rejetées » ? Et ils méprisent Mon peuple, au point de ne plus le considérer comme une nation devant eux.
Hachem dit à Jérémie : n'entends-tu pas ce que dit ce peuple ? « Les deux familles » sont la famille de David, la lignée royale, et la famille d'Aharon, la lignée sacerdotale. Le peuple blasphème et prétend : ceux-là mêmes qu'Hachem avait choisis pour diriger la nation, Il les a rejetés. Et puisqu'ils voient que D.ieu les a pour ainsi dire délaissés, ils méprisent également leurs descendants, le peuple d'Israël : « Tu vois bien, de quelle délivrance parles-tu ? Moché, Aharon, David - Hachem les a pour ainsi dire rejetés et repoussés ; et de même qu'eux n'ont plus de pérennité, puisqu'il n'y a plus de royauté davidique ni de service des Cohanim, de même le peuple d'Israël n'a plus d'avenir. »
Le Radak rapporte une explication au nom de son père : « Véète 'ami yinaatsoun » s'interprète comme « vé'ami yinaatsoun » (et Mon peuple blasphème) - voyant qu'Hachem les a délaissés, Mon peuple se met lui aussi à blasphémer ; ils ne suivent plus les mitsvot d'Hachem et refusent d'être une nation devant Lui à jamais pour accomplir Ses commandements et Sa volonté.
Le Malbim explique : le Saint, béni soit-Il, avait accordé de sublimes grandeurs à ces deux familles - la royauté à David et la prêtrise à Aharon - et malgré ces insignes prérogatives, Il les a pourtant rejetées. Dès lors, ils tirent un raisonnement a fortiori (kal va-'homer) : à plus forte raison l'ensemble du peuple d'Israël, les tribus ordinaires qui n'ont reçu ni la royauté ni la prêtrise, n'aura-t-il aucune valeur à Ses yeux. S'Il a rejeté ceux qui Lui étaient les plus précieux, les justes et les plus dignes, Il rejettera assurément ceux qui n'ont jamais égalé leur rang. Par conséquent, « ils méprisent Mon peuple » : ils le rabaissent et affirment qu'il est impossible qu'il forme « encore une nation devant eux », c'est-à-dire avant ces deux familles, car le peuple ne saurait leur être supérieur en dignité. Si ces deux familles illustres ont été délaissées, comment le reste du peuple pourrait-il subsister avant elles et jouir d'un rang plus élevé ?
כֹּה אָמַר יְהֹוָה אִם־לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא־שָׂמְתִּי׃ - Ainsi parle l'Éternel : Si Mon alliance avec le jour et la nuit venait à cesser, si Je n'avais pas établi les lois du ciel et de la terre...
גַּם־זֶרַע יַעֲקוֹב וְדָוִד עַבְדִּי אֶמְאַס מִקַּחַת מִזַּרְעוֹ מֹשְׁלִים אֶל־זֶרַע אַבְרָהָם יִשְׂחָק וְיַעֲקֹב כִּי־אָשִׁיב אֶת־שְׁבוּתָם וְרִחַמְתִּים׃ - Alors moi aussi je rejetterais la descendance de Jacob et de David Mon serviteur, refusant de prendre parmi sa postérité des dirigeants pour la descendance d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ! Car Je ramènerai leurs captifs et J'aurai compassion d'eux.
Il est impossible que ne s'accomplisse point l'alliance que J'ai conclue avec le jour et avec la nuit pour qu'ils soient en leur temps, comme nous l'avons vu plus haut, et il est impossible que soient abolies les lois du ciel et de la terre comme si Je ne les avais pas établies. Ainsi : si Je devais rompre cette alliance avec le jour et la nuit, alors Je rejetterais aussi la descendance de Jacob et de David Mon serviteur. Et tout comme il est inconcevable que Je rejette le jour et la nuit, puisqu'ils subsistent à jamais, de même la descendance de Jacob et de David ne sera jamais répudiée. Il s'ensuit que les propos de ce peuple - « les deux familles que l'Éternel avait choisies, Il les a rejetées » - ne sont que vanité ; Hachem ne les a point rejetées, car de même que les cieux, la terre et leurs lois ne cesseront jamais d'exister devant Lui, de même ces familles ne seront jamais abandonnées.
Rachi ajoute : « Et nos Sages ont interprété ce verset au sujet de l'alliance de la Torah, pour en déduire que c'est pour la Torah que le ciel et la terre ont été créés ; toutefois, le Midrach ne s'accorde pas avec l'enchaînement littéral des versets. » Comme il a déjà été souligné à plusieurs reprises, il existe bien des versets pour lesquels toute explication spontanée relève d'une deracha tout à fait digne d'être enseignée, mais ne correspond pas au sens littéral (pchat). En voici une nouvelle illustration : « Si Mon alliance n'était jour et nuit, Je n'aurais pas fixé les lois du ciel et de la terre » - « si ce n'est Mon alliance », ce serait l'étude de la Torah jour et nuit, car l'alliance conclue par Hachem avec nous est la sainte Torah, et sans elle, Il n'aurait pas établi les lois célestes et terrestres. Mais comment s'articulerait alors la suite : « alors moi aussi Je rejetterais la descendance de Jacob et de David Mon serviteur » ? Force est de constater que tel n'est pas le sens obvie du texte, et c'est pourquoi Rachi précise que le Midrach ne suit pas l'enchaînement des versets. « Mon alliance avec le jour et la nuit », selon le pchat, désigne l'ordre immuable par lequel le jour et la nuit, le lever et le coucher du soleil, se succèdent sans faillir ; et Hachem déclare : si cet ordre venait à disparaître, alors « Je rejetterais la descendance de Jacob et de David Mon serviteur ». Tel est le pchat, et il ne traite pas ici de la Torah. Il ne s'agit évidemment pas de récuser l'enseignement de nos Sages, mais de préciser qu'il s'agit d'une interprétation homilétique (deracha) et non du sens premier du texte.
Ce chapitre fut précisément adressé à Jérémie alors qu'il était retenu dans la cour de la prison, afin de le consoler et de le réjouir par ces promesses bienfaisantes. Hachem est Celui qui « fait, façonne et affermit » : chez Lui, la chose est déjà accomplie en pensée, tandis que dans notre monde, elle se déploie selon l'enchaînement des causes et des effets. Jérémie, qui n'avait jusque-là transmis que des prophéties de rigueur et ne pouvait pas solliciter la prophétie de lui-même, s'entend désormais dire : « Appelle-Moi et Je te répondrai », car une prophétie de bienveillance s'éveille dans la joie. Les châtiments, les remparts de siège et l'épée ne procédaient pas d'un rejet, mais d'une saignée thérapeutique destinée à guérir ; c'est pourquoi sont promises « guérison et santé » face à l'ennemi extérieur et contre le mal intérieur, une purification de la faute et le pardon face aux accusations. En lieu et place de l'épée et de la désolation retentiront la voix d'allégresse et la voix de joie, la voix du fiancé et la voix de la fiancée, et la voix de ceux qui rendent grâce ; seul le sacrifice de reconnaissance subsistera à l'avenir, car le péché n'existera plus ; les brebis repasseront sous la main de celui qui les compte - un guide attentif qui dénombre son peuple. Enfin, le Saint, béni soit-Il, garantit que l'alliance royale conclue avec David et l'alliance sacerdotale avec Aaron sont aussi inébranlables que l'alliance avec le jour et la nuit et que les lois des cieux et de la terre. Dès lors, les propos des calomniateurs prétendant que « les deux familles que l'Éternel avait choisies, Il les a rejetées » ne sont que vanité : « Car Je ramènerai leurs captifs et J'aurai compassion d'eux ».