Introduction
Nous abordons la dernière partie du chapitre 31 de Jérémie - le grand chapitre de consolation. Le prophète, jusqu'alors prophète de colère et de châtiment, a ici le privilège de proclamer une prophétie de délivrance : le retour des enfants sur leur territoire, la reconstruction des villes, une nouvelle alliance qui ne sera jamais rompue et la reconstruction de Jérusalem, qui ne sera plus jamais détruite. Nous suivrons l'ordre des versets, principalement selon le commentaire du Malbim, enrichi des explications de Rachi et du Radak.
Jalons, repères et voie pavée - Le chemin du retour est tout tracé
הַצִּיבִי לָךְ צִיֻּנִים, שִׂמִי לָךְ תַּמְרוּרִים, שִׁתִי לִבֵּךְ לַמְסִלָּה דֶּרֶךְ הָלָכְתְּ, שׁוּבִי בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל שֻׁבִי אֶל עָרַיִךְ אֵלֶּה׃ - Dresse-toi des jalons, place pour toi des repères, applique ton cœur à la chaussée, au chemin que tu as suivi ; reviens, vierge d'Israël, reviens vers tes villes que voici !
Le Malbim explique : lorsqu'on aménage un chemin pour qu'il soit praticable par le public, on y dresse des repères (ציונים) - ce que nous appellerions aujourd'hui des panneaux indicateurs. On indique qu'un virage à droite mène ici, un virage à gauche là-bas, et que le prochain carrefour conduit à tel endroit. Quand la voie est encore mieux aménagée, on plante sur ses bas-côtés des tamrourim, de petits palmiers plantés de part et d'autre de la route, qui constituaient une marque indubitable de voie publique : en voyant des palmiers des deux côtés, on savait qu'il s'agissait d'un axe principal. Et quand le chemin est encore plus perfectionné, on y aménage une chaussée (מסילה) - on retire les pierres et l'on aplanit la route.
C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, dit aux enfants d'Israël qui cherchent le chemin vers la terre d'Israël : vous le trouverez grâce aux jalons, et plus encore grâce aux palmiers indicateurs, et bien davantage encore si tu prêtes attention à la chaussée et que tu constates qu'une voie y a déjà été tracée. Tous ces signes vous indiquent la bonne direction. Dès lors - reviens, vierge d'Israël, de ton exil ; retourne vers ces villes qui se dressent devant toi et n'attendent que ton retour. La voie est déjà toute frayée pour revenir en terre d'Israël.
Il y a ici une allusion remarquable dans les termes mêmes du Malbim, qui écrit : « Et c'est à ce sujet qu'Il a dit aux enfants d'Israël qui cherchent le chemin d'Erets Israël : ne le trouverez-vous pas grâce aux jalons (*tsiyounim*) ? » En écho à cela, il est dit dans les Psaumes (69, 36) : « Car Dieu sauvera Sion et bâtira les villes de Juda ; ils s'y installeront et en prendront possession. » D'abord, ils s'établiront dans le pays, puis ils en prendront possession : cela commence par l'installation en terre d'Israël, et ce n'est qu'ensuite que viennent les guerres et la prise de possession. Et par qui cette possession s'accomplira-t-elle ? Le verset poursuit : « Et la descendance de Ses serviteurs en héritera » - des serviteurs, un niveau spirituel encore modeste ; et seulement ensuite : « et ceux qui aiment Son Nom y résideront » - ceux qui Le craignent y demeureront. On constate ainsi qu'au départ, l'héritage s'opère au rang de simples serviteurs et non de fils, mais ceux qui se sont installés sur cette terre se rapprochent d'Hachem, et en fin de compte, « ceux qui aiment Son Nom y résideront ».
« La femme entourera l'homme » - La terre va au-devant de ses enfants
עַד מָתַי תִּתְחַמָּקִין הַבַּת הַשּׁוֹבֵבָה, כִּי בָרָא יְהֹוָה חֲדָשָׁה בָּאָרֶץ נְקֵבָה תְּסוֹבֵב גָּבֶר׃ - Jusqu'à quand resteras-tu à l'écart, fille rebelle ? Car l'Éternel crée une nouveauté sur la terre : la femme entourera l'homme.
Pour ainsi dire, Hachem s'adresse à la terre d'Israël : jusqu'à quand te déroberas-tu aux enfants de l'exil ? Le Malbim explique que cette métaphore dépeint le pays comme un élément féminin et le peuple qui l'habite comme un élément masculin. Nous en trouvons déjà l'expression dans le verset : « Comme un jeune homme épouse une vierge, ainsi tes enfants t'épouseront » - la terre est semblable à une vierge, et ceux qui viennent s'y installer à un jeune homme qui la prend pour épouse, au sens de prise de possession (baalout). Et selon la coutume du monde, où l'homme tourne autour de la femme et lui fait la cour, il en va d'ordinaire de même lorsqu'un peuple s'efforce de conquérir une terre par les armes pour s'y établir : ce sont eux qui la conquièrent, eux qui fournissent l'effort.
Mais à l'époque du Second Temple, lorsqu'ils retournèrent sur leur terre, il n'y eut ni conquête ni guerre : ce fut par décret royal de Cyrus et de Darius, et c'est dans ce sillage que nous avons pris possession du pays. Il s'avère donc que c'est pour ainsi dire la terre elle-même qui nous sollicite, qui se prépare à accueillir l'homme qui vient à elle. Et c'est là toute la nouveauté : en temps normal, c'est la femme qui est entourée et courtisée par l'homme, mais ici la réalité s'inverse - « la femme entourera l'homme », c'est le féminin qui recherche le masculin. C'est la terre qui réclame ses enfants, sans que ceux-ci aient besoin de livrer bataille pour la conquérir. Et c'est en ce sens qu'Hachem dit : jusqu'à quand resteras-tu à l'écart, fille rebelle, jusqu'à quand te cacheras-tu au lieu d'aller à la recherche de tes enfants ?
La demeure de justice et la montagne sainte
כֹּה אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל, עוֹד יֹאמְרוּ אֶת הַדָּבָר הַזֶּה בְּאֶרֶץ יְהוּדָה וּבְעָרָיו בְּשׁוּבִי אֶת שְׁבוּתָם, יְבָרֶכְךָ יְהֹוָה נְוֵה צֶדֶק הַר הַקֹּדֶשׁ׃ - Ainsi parle l'Éternel Tsévaot, Dieu d'Israël : On dira encore cette parole dans le pays de Juda et dans ses villes, quand Je ramènerai leurs captifs : Que l'Éternel te bénisse, demeure de justice, montagne sainte !
Le Radak remarque que cette section concerne elle aussi l'avenir, tout comme les sections suivantes jusqu'au passage s'ouvrant par « La parole qui fut adressée à Jérémie ». Le pays de Juda est mentionné expressément car c'est dans son territoire que se trouve le Beth Hamikdach, et c'est ce que rappelle la fin du verset : « demeure de justice, montagne sainte ». On dira : « Que l'Éternel te bénisse » - le Beth Hamikdach sera désormais béni, et il n'y aura plus jamais de destruction ni d'exil.
Et le Malbim explique : « quand Je ramènerai leurs captifs » - lorsque les villes retrouveront leur grandeur première. Et pourquoi l'Éternel bénira-t-Il ? « Demeure de justice » - telle en est la raison : c'est parce que la justice a, pour ainsi dire, établi ici sa résidence, la justice a trouvé son foyer en ce lieu. Et le mont Sion sera appelé « montagne sainte », car la sainteté y a bâti sa maison. Et puisque ces lieux seront empreints de sainteté et de droiture, il n'y aura naturellement plus d'exil ni de ruine.
וְיָשְׁבוּ בָהּ יְהוּדָה וְכָל עָרָיו יַחְדָּו, אִכָּרִים וְנָסְעוּ בַּעֵדֶר׃ - Juda et toutes ses villes y habiteront ensemble, les laboureurs et ceux qui cheminent avec les troupeaux.
« Y habiteront » - dans cette justice et dans cette demeure habiteront Juda et toutes ses villes. La métaphore exprime que les villes et les hommes résideront tous dans cette demeure de justice, comblés de droiture et de sainteté. Tant les laboureurs qui travaillent la terre que ceux qui partent constamment au loin : les bergers avec leurs troupeaux. Les bergers et leurs troupeaux étaient autrefois associés aux voleurs, tandis que les laboureurs incarnaient l'ignorance, ces « amei haarets » dont toutes les préoccupations se limitaient au travail matériel de la terre. Le prophète annonce : aussi bien les agriculteurs, jugés inférieurs sur le plan du savoir et de la spiritualité, que les pasteurs, jugés défaillants en raison des fautes commises - ils n'erreront plus d'un lieu à un autre, mais s'établiront durablement dans cette demeure de justice, se conduisant selon la rectitude et la probité.
כִּי הִרְוֵיתִי נֶפֶשׁ עֲיֵפָה, וְכָל נֶפֶשׁ דָּאֲבָה מִלֵּאתִי׃ - Car Je désaltère l'âme épuisée, et Je rassasie toute âme languissante.
L'âme d'Israël, lasse et assoiffée en exil - l'Éternel déclare : Je vais désormais la désaltérer aux sources du salut, selon les termes du Radak. Le Malbim explique pour sa part : celui qui était épuisé par le dur labeur, Je l'abreuverai. « Et toute âme languissante » (néfesh déava) - l'homme dénué de tout ce dont il a besoin, Je comblerai ses manques, de sorte qu'on n'aura plus besoin d'extorquer ni de dérober. Et le Radak explique que « déava » renvoie à l'inquiétude et à l'affliction : une âme angoissée et endolorie par les épreuves, à propos de laquelle le Saint, béni soit-Il, dit : Je l'ai remplie de joie, ce qui ôtera d'elle la peine, la souffrance et la douleur.
« C'est alors que je me suis réveillé » - Une prophétie reçue dans la joie
עַל זֹאת הֱקִיצֹתִי וָאֶרְאֶה, וּשְׁנָתִי עָרְבָה לִּי׃ - C'est alors que je me suis réveillé et que j'ai vu, et mon sommeil m'a été agréable.
Rachi explique : voici ce que dit Jérémie - durant tout ce temps où je dormais et somnolais au milieu des prophéties de malheur, Jérémie qui avait été le prophète du courroux et des calamités, c'est ici, au moment où je reçois enfin un message réconfortant décrivant la délivrance, que « je me suis réveillé » de ma torpeur. Ce sont ces merveilles qui m'ont éveillé.
Le Radak explique que la prophétie survient la plupart du temps en rêve, et cite le Targoum : « Le prophète a dit : à cette bonne nouvelle des jours de consolation appelés à venir, je me suis éveillé et j'ai contemplé, et mon sommeil m'a été doux » - à l'annonce de cette prophétie, voyant soudain de si belles perspectives, je me suis réveillé plein d'allégresse, puis je me suis rendormi et mon sommeil m'a été doux. En effet, d'ordinaire son sommeil ne lui était jamais agréable : c'était un sommeil agité de terreurs, de cauchemars et de sinistres prophéties, alors que cette fois-ci, mon sommeil m'a été agréable.
Et le Malbim apporte un éclairage plus profond : Jérémie ne pouvait pas percevoir sa prophétie à l'état de veille, car pour recevoir une vision prophétique éveillé, l'homme doit se trouver dans un état de prophétie, or cet état exige la joie. Ainsi, lorsque l'on voulait faire reposer l'esprit prophétique sur un prophète, on faisait venir un musicien, comme il est dit : « tandis que le musicien jouait, la main de l'Éternel fut sur lui ». Jérémie, qui ne voyait constamment que des visions d'épouvante, ne pouvait accéder à cette joie ; c'est pourquoi la prophétie ne se manifestait à lui qu'en rêve. Mais ici, s'agissant d'une prophétie d'allégresse et de rédemption, il affirme : « C'est alors que je me suis réveillé et que j'ai vu » - celle-ci, je l'ai contemplée éveillé, car je me trouvais véritablement dans un état de joie. Puis je me suis rendormi, « et mon sommeil m'a été agréable », sans être tourmenté par ces nuits d'effroi qui accompagnaient habituellement les prophéties de rigueur.
Semence d'homme et semence de bête - L'exil comme un ensemencement
הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם יְהֹוָה, וְזָרַעְתִּי אֶת בֵּית יִשְׂרָאֵל וְאֶת בֵּית יְהוּדָה זֶרַע אָדָם וְזֶרַע בְּהֵמָה׃ - « Voici que des jours viennent, dit l'Éternel, où j'ensemencerai la maison d'Israël et la maison de Juda d'une semence d'homme et d'une semence de bête. »
Rachi explique : « semence d'homme » désigne les hommes de bien et doués d'intelligence ; « et semence de bête » désigne ceux dont les actes s'apparentent à ceux des bêtes. En d'autres termes, Je les ensemencerai tous, afin que tous M'appartiennent, aussi bien les hommes intègres que ceux qui ne le sont pas. Et Yonatan traduit : « Je les élèverai comme des êtres humains et Je les ferai prospérer comme des bêtes ». Quelle prospérité la bête connaît-elle ? Rachi précise : ses fautes ne lui sont pas imputées. De même, nous connaîtrons une telle faveur que nos fautes ne seront plus rappelées ni retenues contre nous.
Le Radak développe plusieurs explications : tout comme d'une petite pièce de monnaie naissent de nombreuses pièces, de même Je les ensemencerai. On met en terre une seule graine, et il en sort un oranger chargé de fruits, le tout issu d'une graine unique. Hachem répandra sur eux Sa bénédiction et les multipliera, et nulle femme ne sera stérile ou ne perdra ses enfants. Il explique également que la lettre vav de « et semence de bête » sert de comparaison, mettant en vis-à-vis deux éléments, comme dans le verset « De l'eau fraîche pour une gorge altérée, telle est une bonne nouvelle venue d'un pays lointain ». Le sens est donc : une semence d'homme pareille à celle de la bête, c'est-à-dire que les hommes se multiplieront à l'égal des troupeaux, ainsi qu'il est écrit : « Je les multiplierai en hommes comme un troupeau ». Il apparaît donc que le texte évoque ici la profusion et l'abondance.
Le Malbim explique quant à lui que le prophète dépeint la condition d'Israël en exil à l'image d'une graine. Lorsqu'on sème une graine, elle commence par pourrir, s'abîmer et se décomposer en terre, et ce n'est qu'ensuite qu'elle donne naissance à un arbre majestueux. L'exil est donc assimilable à la décomposition de la semence, car avant toute renaissance, il y a toujours une phase de néant et de mort apparente. Vous, maison d'Israël en exil, vous êtes comparables à cette semence, à cette disparition momentanée. Même si Je vous ai semés et dispersés dans toutes les contrées au point que vous ayez semblé cesser d'exister en tant que peuple, sachez bien que ce n'est pas pour vous anéantir, mais en vue d'un rassemblement et d'une floraison future. Tout comme l'homme prend une graine et l'enfouit sous terre, semblant la détruire, alors qu'il n'agit ainsi que pour faire pousser un arbre admirable. « Semence d'homme et semence de bête » : qu'il s'agisse des plus éminents ou des plus humbles, c'est de l'ensemble d'Israël que jaillira la délivrance.
וְהָיָה כַּאֲשֶׁר שָׁקַדְתִּי עֲלֵיהֶם לִנְתוֹשׁ וְלִנְתוֹץ וְלַהֲרֹס וּלְהַאֲבִיד וּלְהָרֵעַ, כֵּן אֶשְׁקֹד עֲלֵיהֶם לִבְנוֹת וְלִנְטֹעַ נְאֻם יְהֹוָה׃ - « Et il arrivera que, tout comme j'ai veillé sur eux pour arracher, pour démolir, pour détruire, pour faire périr et pour faire du mal, de même je veillerai sur eux pour bâtir et pour planter, dit l'Éternel. »
« Tout comme j'ai veillé sur eux » : de même que Je Me suis appliqué à déraciner et à démolir, de même Je M'appliquerai à bâtir et à planter. Le Malbim précise : l'arrachage consiste à déraciner les plantations de leur emplacement, et cette action a pour but une replantation nouvelle ; de même, la démolition est faite en vue de la reconstruction. Tout ce qui s'est produit jusqu'à présent sous la forme d'« arracher et démolir » avait pour dessein ultime de rebâtir. Lorsqu'on souhaite construire une demeure sur un terrain encombré de ruines, on est contraint de démolir avant de pouvoir bâtir. Et si l'on veut aménager un verger splendide là où végètent des arbres gâtés, il faut d'abord les arracher et les ôter afin de procéder à une plantation convenable. C'est exactement le même principe que celui de la graine enfouie dans le sol qui s'y décompose avant de donner un arbre d'une grande magnificence.
« Les pères ont mangé des raisins verts » - Quand la faute des pères est-elle retenue ?
בַּיָּמִים הָהֵם לֹא יֹאמְרוּ עוֹד אָבוֹת אָכְלוּ בֹסֶר וְשִׁנֵּי בָנִים תִּקְהֶינָה׃ כִּי אִם אִישׁ בַּעֲוֺנוֹ יָמוּת, כָּל הָאָדָם הָאֹכֵל הַבֹּסֶר תִּקְהֶינָה שִׁנָּיו׃ - « En ces jours-là, on ne dira plus : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées. Mais chacun mourra pour sa propre faute : tout homme qui mangera des raisins verts aura lui-même les dents agacées. »
Le Radak explique : « Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées » est une parabole désignant le fauteur. Dans les générations précédentes, on disait : nos pères ont fauté et ils ne sont plus, et c'est nous qui portons le poids de leurs péchés. Menaché n'était plus de ce monde, et pourtant l'exil est venu châtier les fautes de Menaché, ainsi que le prophète le rappelle à plusieurs reprises. Les pères ont dévié et péché, et ce sont les enfants qui en subissent les conséquences.
Le Radak soulève alors une difficulté : s'il est vrai que parmi les attributs du Créateur béni soit-Il figure celui de « faire porter la faute des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération », comment se fait-il qu'en ces jours futurs on ne répète plus ce proverbe ? Il répond : ce principe est réel, mais pour qu'il s'applique, deux conditions indispensables doivent être réunies. Première condition : que les enfants s'obstinent dans les errements de leurs pères. Deuxième condition, souvent méconnue : qu'il s'agisse de la faute majeure de l'avoda zara (idolâtrie). D'où le sait-on ? Le Rambam, dans le Guide des égarés, le déduit de l'expression « car l'Éternel ton Dieu est un Dieu jaloux » : or, le terme de « Dieu jaloux » n'est employé que vis-à-vis de l'idolâtrie, le Saint, béni soit-Il, manifestant pour ainsi dire Sa jalousie devant les faux cultes. Il en résulte que pour que se vérifie la maxime « les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées », il faut d'une part que les enfants imitent les actes paternels, et d'autre part qu'il s'agisse d'un péché aussi grave que l'avoda zara.
Et le Radak conclut : ici, le Saint, béni soit-Il, promet que dans les temps futurs, notre cœur sera entier avec Hachem et que la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, de sorte que les fauteurs se feront rarissimes. Et non seulement ils se feront rares, mais les fautes graves comme l'idolâtrie disparaîtront totalement. Bien plus, le Saint, béni soit-Il, différera leur punition - « et le pécheur âgé de cent ans sera maudit », ce qui signifie que même une existence d'un siècle sera considérée comme brève, et ce n'est qu'à cet âge-là qu'il sera frappé de malédiction. À plus forte raison, le fils ne subira plus aucun châtiment pour les fautes de son père : même si le père a commis une faute, les dents du fils ne seront nullement agacées par les raisins verts consommés par son père.
Le Malbim explique cela de façon remarquable et renvoie à Yé’hezkel (18, 2). Nos Sages enseignent : quatre paroles ont été dites par Moché, et quatre prophètes sont venus les annuler. L’une d’elles est la suivante : Moché a dit : « Il sanctionne la faute des pères sur les enfants », et Yé’hezkel est venu l’annuler : « L'âme qui pèche, c’est elle qui mourra ». Et quel est le sens profond ? Comme ce verset ne s’applique qu’à l’idolâtrie, ainsi que l’explique le Radak et que l’explicite le Rambam, et que Yé’hezkel a vécu à l’époque des membres de la Grande Assemblée, où le penchant pour l’idolâtrie a été aboli - Yé’hezkel est donc venu abolir le principe selon lequel « les pères ont mangé du raisin vert », car cette règle ne concernait que l’idolâtrie. Dès lors que le penchant pour l’idolâtrie a disparu, ce principe est devenu caduc : chacun mourra désormais pour sa propre faute.
C’est exactement ce que dit notre verset : En ces jours-là, on ne dira plus : les pères ont mangé du raisin vert et les dents des enfants en sont agacées - cette formule n’aura plus lieu d’être, car elle ne s'appliquait qu’à l’idolâtrie, et en ces temps-là, le mauvais penchant de l’idolâtrie disparaîtra, tout comme ce fut le cas au Second Temple. Dès lors, il ne sera plus question que les pères mangent du raisin vert et que les dents des enfants en soient agacées : chacun mourra pour sa propre faute, et les enfants ne porteront plus la peine des pères.
Une alliance nouvelle - et non une Torah nouvelle
הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם יְהֹוָה, וְכָרַתִּי אֶת בֵּית יִשְׂרָאֵל וְאֶת בֵּית יְהוּדָה בְּרִית חֲדָשָׁה׃ - Voici que des jours viennent, oracle de l’Éternel, où Je conclurai avec la maison d'Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle.
Qu’est-ce qu’une « alliance nouvelle » ? Le Radak explique : c’est une alliance qui sera renouvelée par Hachem. L'alliance qu'Il avait conclue avec nous au mont Sinaï a été rompue, et la voici renouvelée. Quiconque prétendrait que le prophète annonçait une nouvelle Torah différente de celle reçue au Sinaï commettrait une grave erreur. En effet, nos Sages soulignent : quelle était l’alliance conclue avec leurs pères ? « Eux ont rompu Mon alliance », tandis que cette alliance-ci, ils ne la rompront pas. Voyez la suite : « Je mettrai Ma Torah au-dedans d'eux, et Je l'écrirai sur leur cœur » - afin qu’elle ne soit plus jamais oubliée. Il ne s’agit donc absolument pas d’une nouvelle Torah, mais d’un engagement que nous n’avions pas su respecter jusqu’alors et que nous accomplirons désormais pleinement.
Le Radak fait encore remarquer avec précision : Malakhi, le sceau des prophètes, comment conclut-il son livre ? « Souvenez-vous de la Torah de Moché Mon serviteur, à qui J'ai prescrit en 'Horev, pour tout Israël, des lois et des ordonnances » - or toute cette fin est une prophétie pour les temps futurs. S’il devait un jour y avoir une nouvelle Torah, quel sens y aurait-il à dire « la Torah de Moché Mon serviteur » ? Il est donc indubitable que la Torah ne sera jamais remplacée et qu'il n'y aura aucune autre Torah. De même, il conclut : « Voici, Je vous envoie Eliya le prophète » - preuve supplémentaire qu’il n'y aura jamais de Torah nouvelle : celle donnée au mont Sinaï, « prescrite en 'Horev », subsistera pour l’éternité.
Qu'est-ce qui est alors renouvelé ? L'alliance. Une alliance est un pacte, un engagement, une union intime entre nous et Hachem, et ce lien s'était relâché. Le Saint, béni soit-Il, dit alors : c’est en cela que consistera l’alliance nouvelle - elle ne sera plus rompue, le pacte entre nous ne sera plus brisé comme autrefois. Et comment cela se traduira-t-il concrètement ? Le Malbim explique : jadis, il existait la possibilité de fauter, mais à l'avenir, cette éventualité n'existera plus du tout. Il s'agira d'un lien d'une nature nouvelle entre nous et Hachem, un attachement indissoluble. Car tant qu'il y a possibilité de pécher, il y a risque de rupture ; mais dès lors que le péché devient impossible, l’union devient perpétuelle.
לֹא כַבְּרִית אֲשֶׁר כָּרַתִּי אֶת אֲבוֹתָם בְּיוֹם הֶחֱזִיקִי בְיָדָם לְהוֹצִיאָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם, אֲשֶׁר הֵמָּה הֵפֵרוּ אֶת בְּרִיתִי וְאָנֹכִי בָּעַלְתִּי בָם נְאֻם יְהֹוָה׃ - Non pas comme l'alliance que J'avais conclue avec leurs pères, le jour où Je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d'Égypte, alliance qu'eux-mêmes ont rompue, alors que J'étais leur maître, oracle de l'Éternel.
Le Malbim explique : cette alliance ne sera pas comme celle conclue avec leurs pères, car celle-là fut rompue. Et pourquoi l'avaient-ils rompue ? Parce qu'à cette époque, ils n'étaient pas encore prêts ni intérieurement mûrs pour la perfection et la réparation. Remarquez la formule du verset : « le jour où Je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d'Égypte ». Qui tient-on par la main pour le faire marcher ? Un infirme ou un petit enfant. Un adulte en pleine santé n'a pas besoin qu'on le soutienne par la main. Autrement dit, dans leur condition d'alors, ils n'étaient pas à la hauteur ; Je les ai extraits en hâte avant qu'ils ne se corrompent totalement, car s'ils s'étaient attardés encore un peu, ils auraient sombré dans la cinquantième porte de l'impureté et il n'aurait plus été possible de les délivrer.
« Alliance qu'eux-mêmes ont rompue » - la nature même du peuple libéré d'Égypte restait encore imprégnée du mal (« les Égyptiens nous ont rendus mauvais ») et ils avaient contracté chez eux le culte des idoles ; c’est pourquoi ils rompirent l'alliance. Quarante jours à peine après la sortie d'Égypte, ils fabriquaient déjà un veau de métal et annulaient l'engagement. « Alors que J'étais leur maître (veanokhi ba'alti vam) » - Je m'imposais à eux comme un maître souverain, malgré eux, sans que cela découle d'un élan spontané de leur cœur. Le Radak rapporte d’ailleurs au nom de son père que chaque fois que le verbe Ba'al est employé avec la préposition Beth (« ba'alti vam »), il a une connotation péjorative et s’apparente à Ba'hal (« avoir du dégoût ») : Je Me suis lassé d'eux, oracle de l'Éternel, avec ce sentiment de répulsion que l'on éprouve face à une chose dont on est écœuré.
Quatre innovations dans l'alliance nouvelle
כִּי זֹאת הַבְּרִית אֲשֶׁר אֶכְרֹת אֶת בֵּית יִשְׂרָאֵל אַחֲרֵי הַיָּמִים הָהֵם נְאֻם יְהֹוָה, נָתַתִּי אֶת תּוֹרָתִי בְּקִרְבָּם וְעַל לִבָּם אֶכְתְּבֶנָּה, וְהָיִיתִי לָהֶם לֵאלֹהִים וְהֵמָּה יִהְיוּ לִי לְעָם׃ - Car voici l'alliance que Je conclurai avec la maison d'Israël après ces jours-là, oracle de l'Éternel : Je mettrai Ma Torah au-dedans d'eux et Je l'écrirai sur leur cœur ; Je serai leur Dieu, et ils seront Mon peuple.
La première nouveauté : « Je mettrai Ma Torah au-dedans d'eux » - ils accompliront la Torah par l'éveil de la raison, au point qu'elle leur devienne naturelle, profondément ancrée en eux. Car aujourd'hui, lorsqu'un homme accomplit la Torah, il éprouve une résistance intérieure, et il agit pourtant ainsi parce que telle est la volonté d'Hachem. Nous avons déjà mentionné les paroles du Gaon de Vilna : lorsqu'un homme est face à un dilemme et ne sait quel parti choisir, qu'il voie vers quel côté il penche spontanément et avec envie, et qu'il choisisse l'autre. C'est dire à quel point notre réalité actuelle est imprégnée d'une attirance vers le mal. Et comme le formule le Vidouy de Rav Nissim Gaon : « Et de même qu'il est dans Ta nature de pardonner » - il est devenu naturel de fauter. La nature humaine est attirée vers le mal, le bien et le mal y sont mélangés. Mais ici, le prophète annonce que la Torah sera accomplie sous l'impulsion de l'intellect et deviendra comme une seconde nature présente au plus profond d'eux-mêmes, infusée en eux et faisant partie intégrante de leur être.
Et à tel point - « et Je l'écrirai sur leur cœur » : il ne sera plus nécessaire de consigner la Torah dans un livre avec de l'encre, elle sera directement gravée sur leur cœur. Le cœur représente le libre arbitre et la force dirigeante de l'âme, il est considéré comme le souverain de tous les membres. Dès lors que la Torah est inscrite sur le cœur, c'est sur le souverain de tout le corps qu'elle se trouve gravée, comme s'il n'existait aucune autre voie ni aucun autre choix : les lois de la Torah seront gravées en eux et feront partie de leur nature même.
Soit dit en passant, cela correspond parfaitement à ce qui est rapporté au sujet d'Avraham Avinou. Nous avons déjà expliqué que l'hospitalité (Hakhnassat Orhim) est plus grande encore que l'accueil de la Présence divine, la Chékhina. D'où le sait-on ? Du fait qu'Avraham dit à Hachem : « De grâce, ne passe point outre auprès de Ton serviteur », car j'ai des invités à accueillir - on constate qu'Avraham s'éloigne en quelque sorte d'Hachem pour courir accueillir des hôtes. Et nous avions demandé : nous l'apprenons d'Avraham, mais Avraham lui-même, comment le savait-il ? D'où puisait-il l'audace de laisser le Saint, béni soit-Il, pour aller recevoir des invités ? Nous avions répondu qu'il n'y a là aucune difficulté, car chez Avraham, la situation était l'exact opposé de ce que le Gaon de Vilna décrit pour nous : dès qu'Avraham sentait ses membres attirés par une action, il savait qu'il s'agissait de la volonté divine. C'est pourquoi, en ressentant cette puissante inclination à accueillir ces voyageurs, il comprit que la volonté d'Hachem résidait dans cette hospitalité, et il dit : « De grâce, ne passe point outre auprès de Ton serviteur », et courut les accueillir. Et d'où cela lui venait-il ? Il est écrit au sujet d'Avraham que ses deux reins étaient comme deux sources jaillissantes de sagesse. Voyez combien cela est admirable et s'accorde avec « Je mettrai Ma Torah au-dedans d'eux et Je l'écrirai sur leur cœur » : comme l'écrit le Malbim, ils n'auront plus besoin d'un texte écrit à l'encre, tout sera gravé dans leur cœur. Telle était la réalité d'Avraham : tout était gravé dans son cœur et dans ses reins, et par conséquent, lorsque son corps était attiré vers un acte, il savait immédiatement que cet acte constituait la volonté d'Hachem.
La deuxième nouveauté : « Et Je serai leur Dieu, et ils seront Mon peuple ». Le Malbim explique : dans notre conduite actuelle, tout commence par un éveil d'en bas (It'arouta déletata), suivi par un éveil d'en haut (It'arouta dil'éla) - c'est à toi d'amorcer le mouvement, et tu bénéficies ensuite de l'aide divine (Siyata Dichmaya). Mais ici, l'ordre s'inverse : d'abord « Je serai leur Dieu », et seulement ensuite « et ils seront Mon peuple ». L'éveil à notre égard proviendra directement de la bonté d'Hachem. La raison en est simple : puisqu'il n'y aura plus aucune possibilité de choisir le mal, rien ne s'oppose plus à ce qu'Hachem soit d'emblée notre Dieu, avant même que nous devenions Son peuple.
וְלֹא יְלַמְּדוּ עוֹד אִישׁ אֶת רֵעֵהוּ וְאִישׁ אֶת אָחִיו לֵאמֹר דְּעוּ אֶת יְהֹוָה, כִּי כוּלָּם יֵדְעוּ אוֹתִי לְמִקְּטַנָּם וְעַד גְּדוֹלָם נְאֻם יְהֹוָה, כִּי אֶסְלַח לַעֲוֺנָם וּלְחַטָּאתָם לֹא אֶזְכָּר עוֹד׃ - Et ils n'enseigneront plus chacun son prochain, et chacun son frère, en disant : « Connaissez l'Éternel ! », car ils Me connaîtront tous, depuis le plus petit d'entre eux jusqu'au plus grand, parole de l'Éternel ; car Je pardonnerai leur iniquité, et de leur faute Je ne Me souviendrai plus.
La troisième nouveauté : aucune erreur ne sera plus possible dans les voies d'Hachem par manque de maîtres pour nous enseigner et nous indiquer la bonne voie. « Et ils n'enseigneront plus chacun son prochain, en disant : Connaissez l'Éternel » - ils n'auront plus besoin de personne pour leur inculquer la connaissance, car tous Me connaîtront, depuis le plus petit d'entre eux jusqu'au plus grand.
Et la quatrième nouveauté : ils ne craindront pas non plus qu'Hachem Se souvienne de leurs fautes passées. Car nous avons péché, et l'on aurait pu craindre que le Saint, béni soit-Il, n'oublie pas les offenses causées. À ce propos, il est dit : « Car Je pardonnerai leur iniquité ». Selon la démarche du Malbim, on ne peut interpréter cela comme se rapportant aux fautes futures, puisqu'il a déjà été dit qu'il n'y aura plus de libre arbitre orienté vers le mal ni de penchant au mal (Yetser Hara) ; il s'agit donc bien des fautes commises par le passé. « Je pardonnerai leur iniquité (Avon) » - pour ce qui a été commis intentionnellement ; « et de leur faute (Hatat) », terme qui désigne la faute par inadvertance, « Je ne Me souviendrai plus » - pour l'inadvertance, ils n'auront même pas besoin d'un pardon formel, car Je ne m'en souviendrai tout simplement plus ; tandis que l'iniquité volontaire requiert un pardon, et c'est à ce sujet qu'Hachem déclare qu'Il leur pardonnera.
Et le Radak fait remarquer : il n'est nullement écrit ici que tous seront égaux en sagesse, ce qui est impossible, et à plus forte raison que les petits soient aussi savants que les grands. Que signifie alors « ils Me connaîtront tous, depuis le plus petit d'entre eux jusqu'au plus grand » ? Il s'agit de la connaissance d'Hachem, c'est-à-dire Le craindre et marcher dans Ses voies. Qu'on n'aille donc pas s'imaginer qu'après la venue du Rédempteur, le savoir intellectuel sera identique chez chacun ; c'est dans la conscience d'Hachem et l'attachement à Ses voies que tous seront égaux : le grand érudit comme l'homme simple, tous marcheront dans la voie d'Hachem.
Comme les lois du ciel et de la terre - L'éternité d'Israël
כֹּה אָמַר יְהֹוָה נֹתֵן שֶׁמֶשׁ לְאוֹר יוֹמָם, חֻקֹּת יָרֵחַ וְכוֹכָבִים לְאוֹר לָיְלָה, רֹגַע הַיָּם וַיֶּהֱמוּ גַלָּיו, יְהֹוָה צְבָאוֹת שְׁמוֹ׃ - Ainsi parle l'Éternel, qui donne le soleil pour éclairer le jour, les lois de la lune et des étoiles pour éclairer la nuit, qui soulève la mer et fait mugir ses flots, l'Éternel Tsévaot est Son nom.
Les éléments mentionnés ici sont des réalités stables et éternelles, établies dès l'origine et immuables. Le soleil brille avec constance pour éclairer le jour. « Les lois de la lune et des étoiles pour éclairer la nuit » - le Radak explique qu'elles sont qualifiées de « lois » (houkot) parce que les règles de leur course relèvent d'une sagesse prodigieuse que l'esprit humain ne saurait appréhender dans toute sa profondeur. « Qui soulève la mer et fait mugir ses flots » - le Saint, béni soit-Il, apaise les eaux de la mer ou en suscite le tumulte ; d'autres commentateurs expliquent que cela fait référence à l'ouverture de la mer Rouge pour Israël, où, malgré le déchaînement des flots, Hachem les maîtrisa et les calma.
אִם יָמֻשׁוּ הַחֻקִּים הָאֵלֶּה מִלְּפָנַי נְאֻם יְהֹוָה, גַּם זֶרַע יִשְׂרָאֵל יִשְׁבְּתוּ מִהְיוֹת גּוֹי לְפָנַי כָּל הַיָּמִים׃ - Si ces lois venaient à cesser devant Moi, parole de l'Éternel, la descendance d'Israël cesserait aussi d'être une nation devant Moi pour toujours.
Tout comme ces lois - le soleil pour éclairer le jour, la lune et les étoiles pour éclairer la nuit, la mer et ses flots - sont perpétuelles, gravées dans la nature et ne s'interrompront jamais, de même Israël ne cessera jamais d'être une nation devant Moi, d'être Mon peuple, à tout jamais.
Le Malbim explique ici deux points en détail. Premièrement : il n'y aura plus aucune possibilité de faire le mal. Tout comme les lois de la nature sont immuables, leurs actes ne changeront pas non plus : ils deviendront comme une seconde nature, et ils ne pourront plus commettre le mal ; il n'y aura plus de réalité du mal ni de libre arbitre orienté vers le mal. Deuxièmement : leur choix ne faiblira jamais, ils choisiront toujours le bien. Il parle des temps futurs, où il n'y aura plus d'attrait pour le mal, mais où ils choisiront toujours d'être « une nation devant Moi tous les jours » - un peuple qui sert Hachem, se tenant devant Lui pour Le servir à jamais.
Un amour sans fin et insondable
כֹּה אָמַר יְהֹוָה אִם יִמַּדּוּ שָׁמַיִם מִלְמַעְלָה וְיֵחָקְרוּ מוֹסְדֵי אֶרֶץ לְמָטָּה, גַּם אֲנִי אֶמְאַס בְּכָל זֶרַע יִשְׂרָאֵל עַל כָּל אֲשֶׁר עָשׂוּ נְאֻם יְהֹוָה׃ - Ainsi parle Hachem : Si les cieux en haut peuvent être mesurés, et que les fondements de la terre en bas puissent être sondés, alors Moi aussi Je rejetterai toute la descendance d'Israël pour tout ce qu'ils ont fait, parole d'Hachem.
Le Radak explique : concernant les cieux, le terme de mesure est approprié, car les cieux sont déployés au-dessus de nous, selon l'expression « les cieux sont étendus au-dessus de nous », et l'on pourrait donc concevoir de les mesurer. Et Hachem dit : essaie donc de mesurer les cieux ! D'ailleurs, jusqu'à aujourd'hui, malgré tous les instruments scientifiques les plus sophistiqués, nul n'a réussi à mesurer les cieux. En revanche, pour les fondements de la terre, le Malbim explique qu'il est possible de les mesurer - on nous parle bien de la taille du globe terrestre et du noyau de la Terre -, mais les sonder ? Toutes nos connaissances sur le noyau terrestre et sur ce qu'il renferme ne sont qu'estimations et hypothèses. Les scientifiques ont récemment découvert qu'il s'y trouve de l'eau sans savoir d'où elle provient, et c'est l'un des éléments majeurs - comme le mentionne le Rav Zamir Cohen - qui mène à la conclusion que la Terre entière a été submergée d'eau à une certaine époque, ce qui confirme en fait le récit du Déluge. Les dimensions, on les connaît, mais sonder les profondeurs, qui a pu le faire ? Il faudrait descendre au cœur même de la Terre pour parvenir à scruter ce qui s'y passe réellement. Ainsi : nul n'a jamais pu mesurer les cieux, et quant aux fondements de la terre, on a pu les mesurer, mais nul n'a pu les sonder. Hachem déclare donc : le jour où ces choses seront possibles, « alors Moi aussi Je rejetterai toute la descendance d'Israël ». C'est dire à quel point le pardon sera total : tout comme il sera à jamais impossible de mesurer les cieux et de sonder la terre, ne va surtout pas imaginer qu'il puisse exister une situation où Je ne leur pardonnerais pas ; il y a là une promesse éternelle que Je ne les rejetterai jamais et que Je leur pardonnerai tout ce qu'ils ont fait.
Le Malbim dévoile ici la profondeur magnifique de ce verset : cette expression témoigne de l'amour infini que le Saint, béni soit-Il, nous porte. Le Saint, béni soit-Il, dit en substance : l'amour que J'éprouve pour le peuple d'Israël n'a aucune limite sur le plan de la quantité. Tout comme la mesure des cieux n'aboutit à aucun terme, puisqu'on ne parvient jamais à une fin, ainsi Mon amour pour vous est sans fin, sans commune mesure. Et si vous tentez de comprendre d'où provient cet amour - ce qui exigerait de sonder et d'enquêter -, le verset ajoute qu'il est également insondable. « Et que les fondements de la terre en bas puissent être sondés » : si vous cherchez par l'analyse à comprendre pourquoi le Saint, béni soit-Il, nous aime, vous ne parviendrez à aucune explication rationnelle.
De là découlent deux principes fondamentaux : une chose dont la quantité est infinie ne peut être annulée par les fautes, car les fautes ont une limite et un nombre défini, alors que Mon amour pour vous est infini, et l'on ne saurait annuler une réalité infinie par une réalité finie. L'amour illimité surpassera toujours les fautes, car aussi nombreuses soient-elles, elles demeurent finies, tandis que l'amour reste infini. De plus : une chose insondable et sans explication rationnelle, précise le Malbim, est d'ordre « ségouli » (inhérente à l'essence spirituelle profonde), et elle ne pourra donc jamais s'annuler. En effet, lorsqu'une chose repose sur une raison et une cause, dès que la cause disparaît, la chose disparaît avec elle. Mais lorsqu'une chose dépasse toute raison, aucune cause ne peut venir l'annuler.
La reconstruction de Jérusalem qui ne sera plus jamais détruite
הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם יְהֹוָה, וְנִבְנְתָה הָעִיר לַיהֹוָה מִמִּגְדַּל חֲנַנְאֵל שַׁעַר הַפִּנָּה׃ - Voici que des jours viennent, parole d'Hachem, où la ville sera rebâtie pour Hachem, depuis la tour de Hananel jusqu'à la porte de l'Angle.
« La ville sera rebâtie pour Hachem » - cette partie de Jérusalem n'appartiendra pas seulement au territoire de Binyamin, mais sera « pour Hachem », c'est-à-dire consacrée à l'ensemble du peuple d'Israël, sainte pour Hachem.
וְיָצָא עוֹד קָו הַמִּדָּה נֶגְדּוֹ עַל גִּבְעַת גָּרֵב, וְנָסַב גֹּעָתָה׃ - Et le cordeau à mesurer s'étendra encore en face vers la colline de Garev, et tournera vers Goah.
Le « cordeau à mesurer » est la corde avec laquelle on prend les mesures, et il s'étirera jusqu'à l'endroit nommé la colline de Garev, « et tournera » - fera le tour. En d'autres termes : l'espace s'étendra, la ville s'agrandira.
וְכָל הָעֵמֶק הַפְּגָרִים וְהַדֶּשֶׁן וְכָל הַשְּׁדֵמוֹת עַד נַחַל קִדְרוֹן עַד פִּנַּת שַׁעַר הַסּוּסִים מִזְרָחָה, קֹדֶשׁ לַיהֹוָה, לֹא יִנָּתֵשׁ וְלֹא יֵהָרֵס עוֹד לְעוֹלָם׃ - Et toute la vallée des cadavres et de la cendre, et tous les champs jusqu'au torrent du Kidron, jusqu'à l'angle de la porte des Chevaux vers l'orient, seront consacrés à Hachem ; elle ne sera plus jamais déracinée ni détruite à perpétuité.
Qu'est-ce que « la vallée des cadavres » ? Rachi explique : la vallée où tombèrent les cadavres du camp de San'hériv. Et « la cendre » (hadéchen) désigne le lieu d'évacuation des cendres sacrificielles qui se trouvait à l'extérieur de Jérusalem ; tout cet espace sera désormais intégré à l'intérieur des remparts - Jérusalem s'agrandira et tout sera inclus dans la ville fortifiée. Le Radak apporte une autre explication : le mot « déchen » se rapporte aux cadavres eux-mêmes, désignant le camp d'Assyrie dont les soldats étaient vigoureux et florissants (déchénim), et l'endroit où ils périrent deviendra partie intégrante de Jérusalem.
Et que sont les « chédémot » ? Au sens simple, ce sont les champs attenants à la ville, qui se trouveront tous désormais à l'intérieur de la cité et de ses remparts. Une autre explication est fournie par le Targoum Yonatan : « arita », à l'instar d'« arita dedalaï », c'est-à-dire le canal d'irrigation servant à arroser les champs, qui sera lui aussi englobé dans l'enceinte de la ville.
« Jusqu'à l'angle de la porte des Chevaux vers l'orient » - le Radak cite le Targoum Yonatan qui traduit par « tara beit rissa demalka ». Le « beit ris » est une mesure de soixante-dix roseaux (kanim), chaque roseau mesurant six coudées et un empan, ce qui correspond approximativement à près de deux cents mètres. C'était le lieu de course des chevaux : le roi s'y rendait avec ses cavaliers, et c'était une piste plane où les chevaux pouvaient galoper. Tous ces lieux seront « consacrés à Hachem, cela ne sera plus jamais déraciné ni détruit à perpétuité » - ils subsisteront pour toujours, et il n'en sera pas comme du premier et du second Temple qui furent détruits, mais l'édification de la ville et celle du Sanctuaire ne seront plus jamais renversées ni abandonnées.
En conclusion :
Dans cette partie du chapitre, la prophétie dépeint une route balisée de repères, de signaux et d'une chaussée frayée pour le retour des enfants, ainsi qu'une terre qui courtise elle-même ses enfants - « une femme courtisera l'homme ». Les villes retrouveront leur grandeur pour devenir une demeure de justice et une montagne sainte, les laboureurs et les bergers agiront dans la droiture et l'équité, et l'âme altérée sera pleinement rassasiée. Yirmiyahou, qui recevait toujours ses prophéties en rêve dans la douleur, a le privilège ici de contempler à l'état de veille et dans la joie. L'exil se révèle être comme des semailles dont la décomposition fait germer l'arbre, et le déracinement comme la démolition ne sont que le prélude à la construction et à la plantation. On ne dira plus « les pères ont mangé des raisins verts », car le penchant à l'idolâtrie sera anéanti ; et une alliance nouvelle sera conclue - non pas une nouvelle Torah, à Dieu ne plaise, mais un lien indéfectible : la Torah déposée en leur for intérieur et gravée sur leur cœur comme une seconde nature, une rédemption initiée d'En haut, la connaissance d'Hachem partagée par tous, du plus petit au plus grand, et un pardon absolu. Et tout comme les lois immuables du soleil et de la lune ne cesseront jamais, de même la descendance d'Israël ne disparaîtra point ; et de même que les cieux sont insondables et que les fondements de la terre ne peuvent être explorés, de même l'amour d'Hachem à notre égard est infini et sans condition - et donc irrévocable. En conclusion : la ville sera rebâtie pour Hachem et s'étendra, et tout sera consacré à Hachem, pour ne plus jamais être déraciné ni détruit à perpétuité.