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Chapitre 31 - La consolation de la délivrance et la reconstruction de Jérusalem - 1ère partie

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Introduction : un chapitre de consolation - la suite du chapitre précédent

Le chapitre 31 de Yirmiyahou est un chapitre de consolation et de délivrance, dans lequel le Malbim voit une suite directe du chapitre précédent. Dans le chapitre précédent, nous avons expliqué que l'éveil divin à répandre sur nous Sa bonté proviendra de Lui, béni soit-Il, par un « éveil d'En-Haut » (ita'routa déle'éla). Ici, le prophète vient montrer que ces événements font écho à ce que nous avons vu au tout début du livre : « Je me souviens pour toi de la dévotion de ta jeunesse, de ton amour de fiancée, lorsque tu Me suivais dans le désert ». Là-bas, nous avons vu que le Saint, béni soit-Il, se souvient de la bonté dont le peuple d'Israël a fait preuve envers Lui à l'origine, en reconnaissant Sa souveraineté avant même d'avoir reçu Ses bienfaits. Nous n'avions pas encore reçu la Torah, et déjà « ils crurent en Hachem et en Moché Son serviteur » ; et lorsque Moché vint leur parler, « le peuple crut ». Nous avons suivi Hachem pour ainsi dire les yeux fermés. Ensuite est venu l'amour des fiançailles, où Israël s'est pour ainsi dire uni par le mariage au Saint, béni soit-Il, par le don de la Torah ; puis nous L'avons suivi dans le désert avec une immense confiance (bita'hon). Hachem déclare alors : en écho à tout cela, Moi aussi Je vous rendrai la pareille.

« Il a trouvé grâce dans le désert » - La génération du désert ou le désert des nations

כֹּה אָמַר יְהֹוָה מָצָא חֵן בַּמִּדְבָּר עַם שְׂרִידֵי חָרֶב הָלוֹךְ לְהַרְגִּיעוֹ יִשְׂרָאֵל׃ - Ainsi parle Hachem : Il a trouvé grâce dans le désert, le peuple des rescapés du glaive ; Je marche pour procurer le repos à Israël.

Étudions d'abord selon Rachi, qui suit le sens littéral : « Il a trouvé grâce dans le désert » - la génération du désert a trouvé grâce à Mes yeux. « Un peuple de rescapés du glaive » - un peuple qui a survécu à l'épée : l'épée de l'Égypte, l'épée d'Amalek venu les attaquer, l'épée des Cananéens qui les ont assaillis. « Je marche pour procurer le repos à Israël » - Hachem les a conduits dans le désert afin de les amener vers leur lieu de repos, en Terre d'Israël.

Le Malbim l'interprète différemment. Selon lui, il ne s'agit pas du tout de la génération du Sinaï, mais du « désert des nations », selon l'expression de Yé'hezkel (chapitre 20) : « Et Je vous mènerai dans le désert des peuples ». Le désert dont il est question ici représente l'exil (la Galout). Le Saint, béni soit-Il, dit : ce peuple, rescapé du glaive, a trouvé grâce à Mes yeux pendant l'exil. Après tous les massacres et toutes les persécutions perpétrés par les nations, dont ils ne sont sortis que comme de faibles rescapés, ils trouveront grâce à Mes yeux, et J'allégerai pour eux le joug de l'exil. C'est là le sens de « Je marche pour lui procurer le repos » : Hachem ira vers eux dans le désert et leur apportera l'apaisement. Cela répond à « lorsque tu Me suivais dans le désert » - vous M'avez suivi dans le désert, Moi aussi J'irai à votre recherche dans le désert des nations et Je vous ferai sortir de l'exil.

« De loin Hachem m'est apparu » - Des miracles cachés

מֵרָחוֹק יְהֹוָה נִרְאָה לִי וְאַהֲבַת עוֹלָם אֲהַבְתִּיךְ עַל־כֵּן מְשַׁכְתִּיךְ חָסֶד׃ - De loin Hachem m'est apparu : D'un amour éternel Je t'ai aimée, c'est pourquoi Je t'ai attirée avec bonté.

Le Malbim explique : au départ, Hachem leur apparaîtra de loin. Même s'Il se tient encore à distance, c'est-à-dire que la providence n'est pas manifeste mais voilée sous le secret de miracles dissimulés, ils Le percevront déjà de loin ; ils reconnaîtront déjà qu'Hachem veille sur eux, du fait même qu'Il allège le fardeau de l'exil qui pèse sur leurs épaules.

On peut voir dans ces paroles une description de notre époque. Des miracles sans nombre se sont produits ici, et ce sont des miracles cachés : le peuple d'Israël a pu reconquérir la Terre ; lors de la guerre d'indépendance, ils n'étaient que six cent mille âmes, dont l'immense majorité n'avait jamais tenu une arme, et ils ont pourtant réussi à l'emporter sur les armées arabes. Ce sont de véritables miracles, bien qu'ils soient enveloppés dans les lois de la nature et passent presque inaperçus. Tel est le sens de « De loin Hachem m'est apparu » : au début, la révélation divine se fait à distance, et Hachem allège pour nous le poids de l'exil. Car sans l'ombre d'un doute, malgré toutes les difficultés du quotidien en Terre d'Israël, nous sommes aujourd'hui, Baroukh Hachem, bien loin des tourments de la Galout. Chaque Juif y vit aujourd'hui comme un millionnaire d'il y a deux cents ans, sans même parler du calme, de la quiétude et de la sérénité qu'un Juif peut y connaître.

C'est d'ailleurs une excellente raison pour ceux qui vivent en France, et aujourd'hui également en Amérique ou ailleurs, d'envisager le retour en Terre d'Israël. Certes, en apparence, cet endroit pourrait sembler le plus vulnérable pour le peuple juif, car c'est là que se trouve la plus forte concentration de Juifs, et que quiconque voudrait à Dieu ne plaise porter atteinte au peuple juif dispose d'une cible précise. Pourtant, « sur la montagne de Sion sera le salut, et elle sera sainte ». C'est ce qu'affirmaient les Guédolé Israël, même à l'époque de la Shoah. C'est également ce que répondait le 'Hafets 'Haïm lorsqu'on l'interrogeait. Le 'Hafets 'Haïm est décédé avant la Shoah, mais il voyait dans ses songes de terribles visions d'un feu dévorant qui consumait tout, et il jeûnait ; qui sait si, sans les jeûnes du 'Hafets 'Haïm et ses jeûnes de songe, l'issue de la Shoah n'eût pas été pire encore. Et lorsqu'on lui demandait ce qu'il adviendrait, il répondait : « Sur la montagne de Sion sera le salut, et elle sera sainte ». Quoi qu'il en soit, bien que le peuple d'Israël semble ici en danger, selon les mots du Malbim, Hachem allège le joug de l'exil et leur procure le repos. Et même si ce n'est pas encore la délivrance finale, déjà « de loin Hachem m'est apparu » : on peut déjà discerner la main divine.

C'est alors qu'Hachem leur dira : « D'un amour éternel Je t'ai aimée » - cet amour nuptial d'autrefois se réveillera, et c'est par cet amour que Je te retirerai de l'exil : « c'est pourquoi Je t'ai attirée avec bonté ». Cela fait écho à « ton amour de fiancée » et à « la dévotion de ta jeunesse » : de même que tu as cru en Moi avec dévouement lors de la sortie d'Égypte, de même Je vous accorderai Ma bienveillance avec bonté et vous délivrerai d'une rédemption éternelle. Cet amour surgira précisément grâce à cette grâce trouvée dans le désert, c'est-à-dire par le mérite de l'exil. L'exil est une purification. Tel un père qui a frappé son fils et qui, pris de regret et de pitié, cherche à le ramener vers lui, ainsi le Saint, béni soit-Il, nous a placés en exil pour notre réparation ; et l'épreuve de l'exil elle-même nous fait trouver grâce. Nous trouvons grâce aux yeux d'Hachem en raison de ce « désert » que nous avons traversé, par la longueur de l'exil et par les souffrances que nous y avons endurées ; et Il nous délivrera alors d'une rédemption éternelle.

Le dialogue entre Knesset Israël et le Saint béni soit-Il

Selon le Radak, ces versets expriment un dialogue entre Knesset Israël et le Saint béni soit-Il. Le Radak applique l'expression « a trouvé grâce dans le désert » à l'époque de la sortie d'Égypte. Et voilà que Knesset Israël, en exil, répond : c'est vrai, Maître du monde, le peuple est sorti d'Égypte et a trouvé grâce à Tes yeux dans le désert - mais c'était il y a bien longtemps. « De loin, Hachem m'est apparu » : autrefois, c'était ainsi, mais à présent, dans l'exil, Tu as caché Ta face de moi, et tout ce que je peux dire, c'est que cela appartenait à un lointain passé.

Et la réponse divine résonne : « D'un amour éternel Je t'ai aimée, c'est pourquoi Je t'ai conservé Ma bienveillance ». Le Saint béni soit-Il dit : non, vous vous trompez. Mon amour n'est pas passager, mais éternel. « C'est pourquoi Je t'ai conservé Ma bienveillance » - c'est pour cette raison que Je Me suis révélé à toi dans Ma gloire sur le mont Sinaï, afin de montrer que ce lien est une alliance éternelle et non temporaire. Et même si Je t'ai délaissée, Je te fais encore cette promesse :

« Je te rebâtirai encore, et tu seras rebâtie » - Un troisième Temple qui sera un édifice éternel

עוֹד אֶבְנֵךְ וְנִבְנֵית בְּתוּלַת יִשְׂרָאֵל עוֹד תַּעְדִּי תֻפַּיִךְ וְיָצָאת בִּמְחוֹל מְשַׂחֲקִים׃ - Je te rebâtirai encore, et tu seras rebâtie, vierge d'Israël ! De nouveau tu te pareras de tes tambourins, et tu t'avanceras au milieu des danses enjouées.

Le Saint béni soit-Il déclare : bien que vous affirmiez que Je suis éloigné, Je te le promets : « Je te rebâtirai encore, et tu seras rebâtie ». « Je te rebâtirai » : un ; « et tu seras rebâtie » : deux. Par le passé, tu as connu deux édifices bâtis de main d'homme, le Premier et le Deuxième Temple, et c'est pourquoi ils ont été détruits. Mais Moi, Je te rebâtirai encore : un Troisième Temple, qui sera un édifice éternel.

Le Radak ajoute que l'expression « Je te rebâtirai et tu seras rebâtie » ne concerne pas seulement la structure matérielle. Dans une maison en ruine, les pierres sont dispersées, et lorsqu'on souhaite la reconstruire, on les rassemble et on les réagence. Il en va de même pour le peuple d'Israël, qui ressemble à des pierres dispersées à travers le monde : le Saint béni soit-Il promet de nous rassembler pour reformer l'édifice complet de la maison d'Israël. Il l'appelle « vierge d'Israël », car elle sera semblable à une jeune fille qui n'a jamais été possédée par des maîtres étrangers. Aujourd'hui, nous ne sommes pas comparables à une vierge mais à une femme asservie, car nous subissons le joug de maîtres étrangers ; mais Hachem assure : tu seras la « vierge d'Israël », comme quelqu'un qui n'a jamais appartenu à d'autres souverains. « De nouveau tu te pareras de tes tambourins » - devant l'abondance du bien, tu te réjouiras au son des tambourins et des rondes, qui te tiendront lieu de parure et de joyaux.

Le Malbim explique également que « Je te rebâtirai » fait référence au rétablissement de la royauté et à la reconstruction du Beth Hamikdach, tandis que « tu te pareras de tes tambourins » évoque les miracles que J'accomplirai pour toi. Il y aura des rondes joyeuses, tout comme les femmes s'élancèrent à la suite de Myriam avec des tambourins et des danses lors du prodige de l'ouverture de la mer Rouge ; de la même manière, tu t'avanceras en dansant pour célébrer le rassemblement des exilés et l'édification du Temple.

« De nouveau tu planteras des vignes sur les monts de Samarie »

עוֹד תִּטְּעִי כְרָמִים בְּהָרֵי שֹׁמְרוֹן נָטְעוּ נֹטְעִים וְחִלֵּלוּ׃ - De nouveau tu planteras des vignes sur les monts de Samarie ; des planteurs planteront et en rachèteront les fruits.

Il y a ici la promesse que les monts de Samarie porteront de nouveau des vignes, et cette promesse se réalise sous nos yeux. Le terme « ve-hillelou » (et ils rachèteront) comporte deux explications. Rachi commente : les planteurs planteront et rachèteront la récolte lors de la quatrième année, en la rachetant avec de l'argent - c'est là le rachat (hiloul). En d'autres termes, ils auront le privilège de voir les plantations grandir jusqu'à la quatrième année où il devient permis d'en consommer les fruits, car durant les trois premières années, ils sont soumis à l'interdit de la orla (« ils seront incirconcis, on n'en mangera pas »), et la quatrième année, ils deviennent « une offrande sainte de louanges » (kodesh hiloulim) - on les rachète et on peut alors les consommer.

Et pourquoi le texte mentionne-t-il précisément ce rachat ? Le Radak explique qu'il était d'usage d'accompagner le rachat d'un festin et de réjouissances. Comme nous l'avons souligné à plusieurs reprises, lors de la tonte des brebis ou de la rentrée des récoltes, à l'étape où l'on recueillait enfin les fruits du champ ou le produit du troupeau, on célébrait l'événement avec joie. Il en va de même ici : lorsqu'on rachetait la vigne, c'était le moment où l'on pouvait enfin en profiter, et l'on s'adonnait à la fête et à la danse. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'on avait coutume de danser avec les espèces de la terre, et c'est ce que mentionnent les anciens maîtres pour expliquer la fête de Souccot : à l'époque de la récolte, on prend des espèces issues de la terre et l'on danse avec elles - loulav, etrog, hadas et arava - afin de rendre grâce à Hachem, selon la coutume de l'époque. Et parce qu'on avait l'habitude d'exprimer une immense joie, cette récolte est appelée « kodesh hiloulim », du mot hallel (louange). Or, en temps de terreur, personne ne se livre à la joie ni à la louange. C'est pourquoi le prophète annonce qu'un temps viendra où « des planteurs planteront et en rachèteront les fruits », organisant festins et réjouissances pour célébrer le rachat de leurs vignes.

Et pourquoi mentionner précisément les monts de Samarie (Chomron) ? Le Radak explique : parce qu'à l'époque du Premier Temple, ils y vécurent dans la peur de l'ennemi pendant de longs jours et subirent le siège. C'est pourquoi le texte souligne que ce lieu même, le domaine des dix tribus, connaîtra de nouveau des jours radieux, et que des vignes y seront replantées.

Le Malbim propose une autre explication. Tout d'abord, au sujet de Chomron, il cite Michée (chapitre 1) où il est dit que Chomron deviendrait « un monceau de pierres dans un champ, un terrain à planter de la vigne ». C'est-à-dire que les Kouthim (les Samaritains) installés par Sennachérib y avaient planté des vignes, car Chomron était complètement détruite. Où plante-t-on des vignes ? Non pas dans une zone bâtie, mais dans les champs. Chomron était donc à ce point dévastée qu'elle était devenue semblable à un champ, comme dans le verset « Sion sera labourée comme un champ », et c'est alors que les Kouthim y plantèrent des vignes. Le prophète dit donc : toi, tu y replanteras des vignes, là où « les planteurs ont planté et profané » - et ce terme « profané » (ve-hilelou), selon le Malbim et à la différence de Rachi et du Radak, signifie que les Samaritains qui avaient planté ces vignes en faisaient un usage profane, sans monter en pèlerinage avec leurs récoltes et sans en prélever les prémices (bikourim). À l'endroit même où les planteurs ont fait de leurs fruits un usage profane, toi, tu planteras des vignes et tu monteras en pèlerinage pour apporter de leurs fruits à la Maison d'Hachem en tant que bikourim.

« Des gardiens crient sur la montagne d'Éphraïm » - Qui sont ces gardiens ?

כִּי יֶשׁ־יוֹם קָרְאוּ נֹצְרִים בְּהַר אֶפְרָיִם קוּמוּ וְנַעֲלֶה צִיּוֹן אֶל־יְהֹוָה אֱלֹהֵינוּ׃ - Car un jour viendra où les gardiens crieront sur la montagne d'Éphraïm : Levez-vous, et montons à Sion, vers Hachem notre Dieu !

« Car un jour viendra » - viendra un jour où des « notsrim » crieront sur la montagne d'Éphraïm. Rachi rapporte une première explication selon laquelle les « notsrim » sont des guetteurs, ceux qui se tiennent au sommet des hautes tours pour proclamer d'une voix qui porte au loin. Une autre explication rattache « notsrim » à la racine de la garde et de la préservation, comme dans « Notser 'hessed laalafim » (Il garde Sa bienveillance à des milliers de générations) : viendra un jour où l'on appellera ceux qui ont gardé la Torah et les mitsvot, en leur disant « Levez-vous, et montons à Sion ». C'est ainsi que traduit Targoum Yonatan : il y a une longue durée de jours et un immense bien que le Saint, béni soit-Il, s'apprête à accorder aux justes qui ont gardé Sa Torah dès l'origine. Il en ressort que ces « notsrim » sont ceux qui gardent Sa Torah et Ses préceptes, les fidèles observants de la Torah et des mitsvot.

Et il ne faut surtout pas commettre l'erreur de croire qu'il s'agirait ici de « chrétiens » au sens moderne du terme en hébreu (notsrim). Ce terme, dans ce contexte religieux ultérieur, dérive de la ville de Nazareth, et c'est une appellation beaucoup plus tardive, apparue seulement à l'époque talmudique. Or, nous nous trouvons ici à l'époque du Premier Temple, où une telle notion n'existait même pas en rêve. Il n'y a donc aucun rapport ni la moindre allusion : il s'agit soit de guetteurs postés au sommet des tours, soit de gardiens fidèles, dans le sens de « Notser 'hessed laalafim ».

Le Malbim ajoute : à l'opposé de la situation qui prévalait au temps du prophète, où l'on postait des sentinelles sur la montagne d'Éphraïm pour empêcher les enfants d'Israël de monter à Jérusalem - ces postes de garde que Yarov'am (Jéroboam) avait établis pour entraver le peuple et bloquer son pèlerinage -, viendra un jour où se tiendront des gardiens qui crieront au contraire : « Levez-vous, et montons à Sion ! » Bien plus encore, ils veilleront à ce que chacun monte avec ses récoltes, les fruits de la quatrième année (neta revaï) et les prémices (bikourim), pour monter à Jérusalem en disant : « Levez-vous, et montons à Sion, vers Hachem notre Dieu ! »

« Poussez des cris de joie pour Jacob » - Deux degrés dans la délivrance

כִּי־כֹה אָמַר יְהֹוָה רָנּוּ לְיַעֲקֹב שִׂמְחָה וְצַהֲלוּ בְּרֹאשׁ הַגּוֹיִם הַשְׁמִיעוּ הַלְלוּ וְאִמְרוּ הוֹשַׁע יְהֹוָה אֶת־עַמְּךָ אֵת שְׁאֵרִית יִשְׂרָאֵל׃ - Car ainsi parle Hachem : Poussez des cris d'allégresse pour Jacob, éclatez de joie à la tête des nations ! Faites entendre vos louanges et dites : Hachem, sauve Ton peuple, le reste d'Israël !

Le Radak explique que ces paroles s'appliquent au début de la délivrance : lorsque retentira la bonne nouvelle de la Guéoula, le Saint, béni soit-Il, nous ordonne en quelque sorte : chantez et réjouissez-vous, le temps de votre rédemption est arrivé. « Éclatez de joie à la tête des nations », ce que le Targoum traduit par : réjouissez-vous ouvertement, aux yeux de tous les peuples. La joie se manifestera au grand jour, et non plus dans cette crainte perpétuelle que le peuple d'Israël éprouvait face aux nations. Ce ne sera plus la condition de l'exil, la joie éclatera au vu et au su de tous. « Faites entendre vos louanges et dites : Hachem, sauve Ton peuple » - proclamez la bonne nouvelle, louez Hachem et implorez l'achèvement du salut : de même que Tu nous as fait entendre la promesse, mène à bien la délivrance. Et Hachem répond : J'agirai selon vos paroles. D'où la suite du texte : « Voici, Je les ramène du pays du nord et Je les rassemble ».

Le Malbim apporte une précision remarquable : pourquoi emploie-t-on tour à tour les noms « Jacob » (Yaakov) et « Israël » ? On sait qu'il existe une différence fondamentale entre ces deux dénominations. « Yaakov » désigne le peuple juif dans sa condition modeste, du mot « ékev » (le talon), tandis qu'« Israël » le désigne dans son élévation spirituelle, évoquant la souveraineté (serara). « Poussez des cris de joie pour Yaakov » - dans un premier temps, on célébrera la joie promise à Yaakov. Et quelle est la joie de Yaakov ? « Éclatez de joie à la tête des nations » : le joug de l'asservissement nous sera ôté, et cette libération suffira déjà à susciter des transports d'allégresse. Nous serons à la tête des nations, les peuples nous témoigneront du respect, et après avoir été bafoués et méprisés, nous serons élevés au premier rang. C'est là la joie du commun du peuple : nous avons retrouvé la liberté, la servitude a pris fin, le peuple d'Israël est reconnu parmi les nations. Pour les gens simples, pour la masse du peuple, telle est la délivrance : ne plus être persécutés et jouir d'une place d'honneur dans le monde.

Mais pour « Israël », c'est-à-dire ceux qui ont atteint un degré spirituel plus élevé, les serviteurs d'Hachem, cela ne saurait suffire. La seule délivrance matérielle de Yaakov ne les comble pas. Ils aspirent à la rédemption spirituelle, au retour de la Présence divine (Chékhina) à Sion. C'est pourquoi, en ce temps-là, « faites entendre » et proclamez ouvertement, « louez » Hachem en disant : « Hachem, sauve Ton peuple » - et qui forme « Ton peuple » ? « Le reste d'Israël », les justes. Maître du monde, nous implorons un salut véritable : l'union avec le Saint, béni soit-Il, le retour de la prophétie, la proximité avec Dieu. Voilà le salut que nous recherchons : qu'il émane directement de Toi, qu'il soit manifeste et qu'il soit d'essence profondément spirituelle.

Cela explique également ce qui s'est produit au cours des dernières générations. Le rassemblement des exilés n'a pas été mené par des observants des mitsvot. Certes, par le passé, les fidèles à la Torah étaient en première ligne, comme lors des montées en terre d'Israël inspirées par le Gaon de Vilna, Rabbi Yehouda he-Hassid ou le Baal Chem Tov, époques où arrivaient des Juifs pieux et intègres. Mais dans la rédemption contemporaine, nous constatons que l'entreprise a été conduite par des personnes éloignées de la Torah et des mitsvot. Et que représente la rédemption à leurs yeux ? Comme le souligne le prophète : « Poussez des cris de joie pour Jacob » - quelle est donc la joie de Jacob ? « Éclatez en louanges à la tête des nations », le fait d'obtenir la reconnaissance des peuples. Telle est leur joie. Mais en vérité, ce n'est point là la rédemption complète. Que les champs donnent leurs fruits, c'est assurément une excellente chose, c'est la « fin dévoilée » (le kets megouleh), le prélude de la fin de l'exil. Mais qu'attendons-nous véritablement ? L'édification imposante du palais de justice à Jérusalem ? Le stade Teddy ? La salle Arena ? Lorsque nous supplions qu'advienne la reconstruction de Jérusalem, est-ce là son véritable édifice, ou tout cela ne relève-t-il pas plutôt de sa ruine ? La reconstruction de Jérusalem advient lorsque la Présence divine (la Chekhinah) retrouve Sa place, que les Cohanim accomplissent leur service et que les Léviim se tiennent sur leurs estrades, quand le peuple d'Israël se rapproche d'Hachem, s'attache à Lui et qu'un flux spirituel se répand : voilà la rédemption complète. C'est pourquoi Israël demandera : « Sauve, Éternel, Ton peuple », un salut venant de Toi, un salut spirituel. Pour Jacob, en revanche, une délivrance politique suffit : nous sommes libérés, nous figurons à la tête des nations, nous avons obtenu une reconnaissance, l'ONU nous reconnaît, et peu importe ce qu'on écrit ou dit sur nous - l'essentiel est qu'on nous reconnaisse en tant que nation nommée Israël. C'est là la dimension de « Jacob », un niveau bien modeste. Le degré supérieur consiste à mériter une véritable proximité avec Dieu, promptement, amen et amen.

« Parmi eux l'aveugle et le boiteux » - Une rédemption dans la sérénité et par le miracle

הִנְנִי מֵבִיא אוֹתָם מֵאֶרֶץ צָפוֹן וְקִבַּצְתִּים מִיַּרְכְּתֵי־אָרֶץ בָּם עִוֵּר וּפִסֵּחַ הָרָה וְיֹלֶדֶת יַחְדָּו קָהָל גָּדוֹל יָשׁוּבוּ הֵנָּה׃ - « Voici, Je les ramène du pays du nord, et Je les rassemble des confins de la terre ; parmi eux se trouvent l'aveugle et le boiteux, la femme enceinte et celle qui enfante ensemble ; c'est une grande assemblée qui revient ici. »

Pourquoi mentionne-t-il précisément le nord ? Le Radak explique que la majeure partie des exilés se trouve au nord. « Parmi eux l'aveugle et le boiteux » - la rédemption s'accomplira avec une telle sérénité que même l'aveugle et le boiteux, ainsi que la femme enceinte et celle qui enfante, pourront marcher à leur rythme. La route sera si droite qu'ils ne trébucheront point. En temps ordinaire, l'aveugle, le boiteux, la femme enceinte et celle qui accouche restent à la traîne ; mais ici, la délivrance se fera dans un tel apaisement qu'ils pourront avancer paisiblement sans la moindre crainte.

Le Malbim analyse avec précision les termes employés : « Voici que Je les ramène du pays du nord » - là-bas, ils sont déjà regroupés et concentrés, il ne manque plus que de les faire venir. En revanche, « des confins de la terre », des extrémités du monde, ils sont dispersés ; c'est pourquoi il est dit : « Je les rassemble ». « Parmi eux l'aveugle et le boiteux » - même dans les endroits où ne subsistent qu'un aveugle et un boiteux, deux Juifs seulement, et quand bien même tous deux seraient frappés d'infirmité, le Saint, béni soit-Il, déclare : Eux aussi, Je les délivrerai. Même les êtres affaiblis, isolés et dépourvus de forces bénéficieront de la rédemption.

« La femme enceinte et celle qui enfante ensemble » - selon le Malbim, il ne s'agit pas d'une description littérale d'une femme enceinte marchant aux côtés d'une accouchée, mais d'un prodige : la nation semblera concevoir et enfanter instantanément. La gestation et la naissance se produiront pour ainsi dire au même moment ; soudainement, une foule immense naîtra pour le peuple d'Israël et une multitude considérable reviendra en ces lieux. Selon le cours naturel, la grossesse dure neuf mois jusqu'à l'accouchement, mais ici la délivrance sera si soudaine qu'elle ressemblera à une conception et une naissance simultanées. C'est une magnifique métaphore : même depuis ces contrées où il semblait ne rester que de rares enfants d'Israël, et bien que ces quelques personnes soient naturellement incapables de marcher sur la route - l'un étant aveugle et l'autre boiteux -, ils se multiplieront néanmoins de façon instantanée, au point qu'une immense assemblée se joindra à eux.

« Dans les larmes ils viendront » - Pleurs de téchouva ou pleurs de joie

בִּבְכִי יָבֹאוּ וּבְתַחֲנוּנִים אוֹבִילֵם אוֹלִיכֵם אֶל־נַחֲלֵי מַיִם בְּדֶרֶךְ יָשָׁר לֹא יִכָּשְׁלוּ בָּהּ כִּי־הָיִיתִי לְיִשְׂרָאֵל לְאָב וְאֶפְרַיִם בְּכֹרִי הוּא׃ - « Dans les larmes ils viendront et avec des supplications Je les guiderai ; Je les mènerai vers des cours d'eau, sur un chemin droit où ils ne trébucheront point, car Je suis un père pour Israël, et Éphraïm est Mon premier-né. »

Rachi explique : « Dans les larmes ils viendront » - par la prière et la téchouva, ce sont des larmes versées sur leurs fautes. Le Radak, en revanche, enseigne qu'il s'agit de larmes de joie, à l'instar de « Jacob embrassa Rachel, éleva la voix et pleura », ou encore « il se jeta à son cou [et pleura] », qui traduisent tous des larmes d'allégresse. Et de fait, lorsqu'ils sont montés ici depuis l'exil, les Juifs ont embrassé la poussière de la terre en pleurant, d'un pleur de joie d'avoir mérité de monter en Terre d'Israël. « Et avec des supplications (ta'hanounim) Je les guiderai » - le Radak rattache ta'hanounim à la clémence et à la compassion, comme dans « implorez ('halou-na) la face de Dieu pour qu'Il nous prenne en grâce (vi'honenou) », ce qui signifie : c'est avec miséricorde que Je les délivrerai. « Je les mènerai vers des cours d'eau » - c'est-à-dire le long de cours d'eau, à l'image de « il frappa le Philistin au (el) front » qui signifie sur son front ; en d'autres termes, Je les conduirai paisiblement au bord de ruisseaux, avec douceur, « sur un chemin droit où ils ne trébucheront point ».

« Car Je suis un père pour Israël, et Éphraïm est Mon premier-né » - pourquoi mentionne-t-il expressément Éphraïm ? Le Radak avance plusieurs raisons : premièrement, parce qu'ils constituent la majeure partie d'Israël, Éphraïm représentant les dix tribus ; la première royauté issue de la scission provenant d'Éphraïm, l'Écriture désigne fréquemment l'ensemble des dix tribus sous ce nom. Deuxièmement, parce que le droit d'aînesse fut conféré à Joseph, et qu'Éphraïm est son fils. Enfin, parce qu'il M'est cher comme un fils aîné : de même qu'un premier-né est précieux à son père, ainsi Éphraïm M'est infiniment cher, à l'instar de « Mon fils premier-né, Israël ». C'est en ce sens que le Targoum Yonathan traduit : « Éphraïm M'est précieux », il est cher à Mes yeux.

Le Malbim explique : « Dans les larmes ils viendront » - ils ressembleront à un fils qui pleure devant son père en le suppliant de le ramener à la maison. Selon cette interprétation, il ne s'agit pas de larmes de réjouissance, mais d'une idée proche de celle de Rachi touchant à la téchouva : ils pleureront et supplieront Hachem de les racheter, comme un enfant chassé de la demeure paternelle qui implore d'y être réintégré. Dès lors, le terme « supplications » ne s'entend pas au sens de miséricorde divine comme chez le Radak, mais au sens de prières ferventes de la part du peuple. « Dans les larmes ils viendront et avec des supplications Je les guiderai » - c'est parce qu'ils supplieront qu'ils mériteront que Je les ramène en Terre d'Israël ; J'exaucerai leur requête et Je les conduirai vers des cours d'eau, comme il est écrit : « Car Celui qui a pitié d'eux les guidera et les mènera vers des sources d'eau », et J'aplanirai leur route, selon le verset : « Je changerai toutes Mes montagnes en chemin » - afin qu'ils n'aient point à franchir de fleuves tumultueux ou de passages impraticables, mais que la route soit droite devant eux. « Car Je suis un père pour Israël » - telle est la raison de Ma miséricorde à leur égard ; et eux aussi se comporteront comme des enfants, Me témoignant du respect, non plus comme auparavant où ils transgressaient la parole d'Hachem, mais en Me vouant l'honneur dû à un père. C'est à ce propos qu'il est proclamé : « Et Éphraïm est Mon premier-né ».

« Je les guiderai et Je les mènerai » - « Porté sur les ailes du vent »

Le Malbim propose ici une admirable explication dans le sens précis des mots : quelle est la différence entre lehovil (transporter) et leholikh (faire marcher, conduire) ? Le terme hamovil s'applique à ce qui ne peut pas marcher par ses propres moyens, comme lorsqu'on transporte quelqu'un en véhicule ; tandis que hamolikh s'emploie pour ce qui avance sur ses propres jambes. C'est pourquoi le verset dit d'abord « Je les transporterai » (ovilem), puis « Je les ferai marcher » (olikhem), lorsqu'ils seront déjà capables d'avancer d'eux-mêmes. Et remarquez les termes mêmes du Malbim : « Cela est employé par métaphore pour désigner le transport de l'homme, comme s'il était porté sur les ailes du vent ». Il décrit ainsi la rédemption, où le peuple d'Israël reviendra ici comme porté sur les ailes du vent. Qu'est-ce d'autre que les avions ? Le peuple d'Israël est revenu sur des ailes d'aigles, lors de l'opération Tapis Volant et par tant d'autres vols. Et le Malbim écrivait ces lignes bien avant qu'une telle réalité n'existât dans le monde !

« Celui qui a dispersé Israël le rassemblera » - Une semence qui a pour but la récolte

שִׁמְעוּ דְבַר־יְהֹוָה גּוֹיִם וְהַגִּידוּ בָאִיִּים מִמֶּרְחָק וְאִמְרוּ מְזָרֵה יִשְׂרָאֵל יְקַבְּצֶנּוּ וּשְׁמָרוֹ כְּרֹעֶה עֶדְרוֹ׃ - Écoutez la parole de l'Éternel, nations, proclamez-la dans les îles lointaines et dites : Celui qui a dispersé Israël le rassemblera, et Il veillera sur lui comme un berger sur son troupeau.

Pourquoi faut-il à la fois entendre et proclamer ? Le Malbim explique : parce qu'il s'agit d'une nouveauté inouïe, et lorsqu'un homme apprend une telle nouveauté, il s'empresse aussitôt de la diffuser. Nous vivons aujourd'hui dans une génération de communication, où chaque nouvelle doit être immédiatement portée à la connaissance de tous. Et quelle est cette nouveauté ? « Celui qui a dispersé Israël le rassemblera » : le Saint, béni soit-Il, qui a Lui-même dispersé Israël, le rassemblera Lui-même. De même que la dispersion a dépassé les lois de la nature - car ils ont été disséminés sur toute la surface du globe, et nulle dispersion n'égale celle du peuple juif -, de même leur rassemblement s'accomplira de manière miraculeuse et surnaturelle.

Cela concorde également avec les propos du Radak : ainsi, les nations sauront que ce n'est ni par leur propre force ni par leur bravoure qu'elles nous ont exilés, mais parce que le Saint, béni soit-Il, l'a voulu et nous a livrés entre leurs mains. Car voyez bien : lorsqu'Il l'a voulu, Il a dispersé Israël, et lorsqu'Il le voudra, Il le rassemblera. Ce que tu as réussi à prendre et le pouvoir que tu as exercé sur nous ne proviennent pas de ta puissance ; et lorsqu'Il voudra nous arracher à tes mains, tu ne pourras absolument rien y opposer, car alors Hachem nous rassemblera.

Et le Malbim ajoute : la dispersion elle-même n'a d'autre finalité que le rassemblement, comme il est écrit : « Je la sèmerai pour Moi dans la terre ». Pourquoi celui qui sème disperse-t-il les grains ? Afin de récolter plus tard. S'il l'avait voulu, il aurait gardé le grain chez lui ; mais chacun comprend que l'on disperse un peu afin de récolter en abondance. De la même façon, la dispersion d'Israël parmi les nations participe du principe des semailles, et les semailles ont pour but la moisson : c'est ainsi qu'Israël corrigera ses voies et grandira spirituellement, pour pouvoir ensuite être délivré.

« Et Il veillera sur lui comme un berger sur son troupeau » - comme un berger qui garde son propre troupeau, et non celui d'autrui. La Guémara enseigne que celui qui veut perdre son bien n'a qu'à engager des ouvriers sans rester avec eux. Un homme qui veut gaspiller son argent engage un ouvrier et constate, jour après jour, que le travail n'avance qu'à pas comptés, un sillon de plus ici, un trou creusé là. Veux-tu que la besogne soit menée convenablement ? Reste auprès d'eux. Nous savons tous que lorsque le maître de maison s'attelle lui-même à la tâche, c'est vif, rapide et efficace ; tandis que lorsqu'on s'en remet à un ouvrier, tout se fait avec nonchalance. C'est pourquoi le texte précise « comme un berger son troupeau » : un troupeau qui lui appartient en propre, et non pas comme un berger salarié surveillant le troupeau du propriétaire, dont la responsabilité est superficielle et le dévouement bien incertain. Et tel un berger gardant son propre troupeau, Il veille sur chaque brebis, afin qu'aucune ne vienne à manquer.

« Il a racheté » et « Il a délivré » - Miséricorde et proximité

כִּי־פָדָה יְהֹוָה אֶת־יַעֲקֹב וּגְאָלוֹ מִיַּד חָזָק מִמֶּנּוּ׃ - Car l'Éternel a racheté Jacob, et l'a délivré de la main d'un plus fort que lui.

Hachem rachètera Jacob de ses tourments et le délivrera en vertu de la proximité qui Le lie à nous, et ce, même « de la main d'un plus fort que lui » : bien que l'ennemi qui nous retient soit plus puissant que nous, Hachem nous libérera. Et « plus fort que lui » s'entend par rapport à Jacob, et non pas, à Dieu ne plaise, par rapport au Saint, béni soit-Il.

Et quelle est la différence entre pada (racheter) et guealo (le délivrer) ? Le Malbim explique : le rachat procède de la miséricorde pure - j'ai pitié de toi et je te rachète. La délivrance (guéoula), en revanche, naît toujours d'un lien de parenté et de proximité, comme lorsqu'il est dit : « car il est notre parent rédempteur » (goël), ou « si l'homme a un proche pour le racheter » : les rédempteurs sont toujours des proches. Et dès lors que le Saint, béni soit-Il, est notre Rédempteur, c'est-à-dire qu'Il a envers nous une proximité intime - « Vous êtes des enfants pour l'Éternel votre Dieu » -, Il combattra pour nous. Telle est la précision : « L'Éternel a racheté Jacob » : on peut racheter même un inconnu par simple compassion, mais aller se battre pour lui ? À cela, on répondrait : payer, je veux bien, mais combattre, certainement pas. En revanche, si je suis ton parent, je livrerai aussi bataille pour toi. C'est pourquoi il est dit « et l'a délivré », car le rédempteur est un proche ; et voilà pourquoi le verset ajoute « de la main d'un plus fort que lui » : même face à une nation plus forte que nous, le Saint, béni soit-Il, combattra pour nous afin de nous délivrer de ses mains.

« Et ils afflueront vers les bienfaits de l'Éternel » - Abondance spirituelle et abondance matérielle

וּבָאוּ וְרִנְּנוּ בִמְרוֹם־צִיּוֹן וְנָהֲרוּ אֶל־טוּב יְהֹוָה עַל־דָּגָן וְעַל־תִּירֹשׁ וְעַל־יִצְהָר וְעַל־בְּנֵי־צֹאן וּבָקָר וְהָיְתָה נַפְשָׁם כְּגַן רָוֶה וְלֹא־יוֹסִיפוּ לְדַאֲבָה עוֹד׃ - Ils viendront et pousseront des cris de joie sur la hauteur de Sion, et ils afflueront vers la bonté de l'Éternel, vers le blé, le vin nouveau et l'huile, vers les petits du bétail et des troupeaux ; leur âme sera comme un jardin arrosé, et ils ne continueront plus à languir de tristesse.

Le Radak cite le Targoum Yonatan : « Et ils viendront et pousseront des cris de joie sur la hauteur de Sion » - « sur la montagne du Beth Hamikdach », ils viendront et se réjouiront sur la montagne du Temple qui sera reconstruit à Sion. « Et ils afflueront » (venaharou) - ils courront avec empressement, à l'image du verset « et toutes les nations y afflueront », et Rachi explique qu'ils s'amasseront à la manière d'un fleuve (nahar). Le fleuve lui-même tire d'ailleurs sans doute son nom de ce courant qui s'écoule vivement. « Et ils ne continueront plus à languir » - ils ne connaîtront plus de tristesse ni d'inquiétude, mais trouveront le repos et la quiétude en s'appuyant sur Hachem.

Le Malbim explique : « Et ils afflueront vers la bonté de l'Éternel » - il s'agit du bien spirituel. Il n'est pas question ici d'un élément physique et matériel, mais d'une effusion divine. En revanche, « vers le blé, le vin nouveau et l'huile », cela concerne déjà le domaine matériel. Il apparaît ainsi deux dimensions : la Délivrance porte en elle la proximité divine (kirvat Elokim), car si une cloison semblait jusqu'alors séparer Israël de son Père céleste, au temps de la Rédemption nous jouirons à nouveau de cette proximité avec D.ieu, ce qui correspond à « et ils afflueront vers la bonté de l'Éternel ». En outre, et sans doute en conséquence directe - car comme l'enseigne le passage « Vehaya im chamoa », lorsque l'on accomplit la volonté d'Hachem, la promesse « Je donnerai vos pluies en leur saison » s'accomplit d'elle-même et toute l'abondance est assurée - le texte ajoute « vers le blé, le vin nouveau et l'huile », montrant que tous ces biens matériels nous seront également octroyés en abondance lors de la Délivrance.

Et parce qu'ils afflueront vers la bonté d'Hachem, c'est-à-dire vers ce rapprochement spirituel, il en résultera que « leur âme sera comme un jardin arrosé » - c'est là la dimension intérieure, le bienfait spirituel : de même qu'un jardin est comblé par l'irrigation, ainsi notre âme sera rassasiée de la bonté divine. Puis, quant à l'abondance matérielle, au blé, au vin nouveau et à l'huile, la suite du verset déclare : « et ils ne continueront plus à languir » - ils ne souffriront plus de pauvreté ni de manque, conformément au verset « mon œil se consume de misère », qui montre que l'affliction naît souvent de l'indigence. Il n'y aura plus de misère, car le blé, le vin nouveau, l'huile, le petit et le gros bétail seront présents. On constate donc que ces deux dimensions s'accompliront dans la Délivrance future : l'abondance spirituelle tout autant que la prospérité matérielle.

En résumé :

L'ouverture du chapitre 31 est la réponse du Saint, béni soit-Il, à la fidélité de notre jeunesse : de même que nous L'avons suivi dans le désert, de même Il marchera à nos côtés dans le « désert des peuples » et allégera le fardeau de l'exil. Dans un premier temps, « De loin l'Éternel m'est apparu », par des miracles cachés et une Providence dissimulée dans les lois de la nature, puis se réveillera un amour éternel et la Délivrance se déploiera avec grâce. Le prophète annonce un troisième Temple qui sera un édifice éternel, des vignes sur les monts de Samarie, la reprise des montées pour les fêtes, des gardiens appelant : « Levez-vous, et montons à Sion ! », ainsi qu'un rassemblement miraculeux depuis le pays du nord et les confins de la terre, où même l'aveugle et le boiteux seront rachetés, formant une multitude semblable à une femme enceinte qui enfante. Mais au cœur de ce tableau réside l'enseignement fondamental : il y a la joie de Jacob, qui est la fin de l'asservissement et la reconnaissance parmi les nations, et il y a la prière d'Israël - « Sauve, Éternel, Ton peuple » - qui représente le salut spirituel, la proximité avec D.ieu et le retour de la Présence divine à Sion. La Délivrance parfaite réunira les deux : « et ils afflueront vers la bonté de l'Éternel » sur le plan spirituel, et « vers le blé, le vin nouveau et l'huile » sur le plan matériel, « et leur âme sera comme un jardin arrosé, et ils ne continueront plus à languir de tristesse ».