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Chapitre 29 - La lettre aux exilés de Babylone - Deuxième partie

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Introduction

Dans cette partie du chapitre 29, Jérémie poursuit sa lettre adressée aux exilés de Babylone. Jusqu'à présent, il leur a enjoint de s'établir à Babylone et de ne pas prêter foi aux faux prophètes qui promettent un retour rapide. À présent, il y ajoute une sévère prophétie concernant ceux qui sont restés à Jérusalem, puis délivre deux prophéties personnelles et tranchantes contre trois faux prophètes : Achab fils de Qolaya, Tsidkiya fils de Maasséya et Chemaya le Néhélamite. Ce chapitre tout entier illustre combien le Saint, béni soit-Il, a aplani la voie pour Jérémie en écartant du terrain, l'un après l'autre, ses rivaux imposteurs.

La prophétie sur ceux qui sont restés à Jérusalem
כִּי־כֹה אָמַר יְהֹוָה אֶל־הַמֶּלֶךְ הַיּוֹשֵׁב אֶל־כִּסֵּא דָוִד וְאֶל־כׇּל־הָעָם הַיּוֹשֵׁב בָּעִיר הַזֹּאת אֲחֵיכֶם אֲשֶׁר לֹא־יָצְאוּ אִתְּכֶם בַּגּוֹלָה׃ - Car ainsi a parlé l'Éternel au sujet du roi assis sur le trône de David, et au sujet de tout le peuple qui réside dans cette ville, vos frères qui ne sont point partis avec vous en captivité :

Ici, Jérémie transmet une prophétie destinée au roi assis sur le trône de David, à savoir Tsidkiya, qui n'a pas été exilé, ainsi qu'à tout le peuple encore présent à Jérusalem - "vos frères qui ne sont point partis avec vous en captivité". Et voici la teneur de cette prophétie :

כֹּה אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת הִנְנִי מְשַׁלֵּחַ בָּם אֶת־הַחֶרֶב אֶת־הָרָעָב וְאֶת־הַדָּבֶר וְנָתַתִּי אוֹתָם כַּתְּאֵנִים הַשֹּׁעָרִים אֲשֶׁר לֹא־תֵאָכַלְנָה מֵרֹעַ׃ - Ainsi parle l'Éternel Tsébaot : Voici, J'envoie contre eux l'épée, la famine et la peste, et Je les rendrai semblables à des figues immondes, qui ne peuvent être mangées tant elles sont mauvaises.

Le Saint, béni soit-Il, annonce aux exilés : non seulement vous ne reviendrez pas ici de sitôt, mais ceux qui sont restés dans le pays sont eux aussi voués à l'exil. "Des figues immondes" (Ché'arim) - le Radak explique : des figues sales et avariées, dans le sens d'une chose abominable ("cha'arouriya"). De mauvaises figues tout à fait impropres à la consommation. La logique est simple : si ceux qui sont restés ici doivent être livrés à l'épée, à la famine, à la peste, à la captivité et au pillage, comment serait-il possible que ceux de Babylone reviennent ici pour être délivrés ? Cette prophétie vient ainsi anéantir tout espoir d'un retour au cours des soixante-dix prochaines années.

וְרָדַפְתִּי אַחֲרֵיהֶם בַּחֶרֶב בָּרָעָב וּבַדָּבֶר וּנְתַתִּים לְזַעֲוָה לְכֹל מַמְלְכוֹת הָאָרֶץ לְאָלָה וּלְשַׁמָּה וְלִשְׁרֵקָה וּלְחֶרְפָּה בְּכׇל־הַגּוֹיִם אֲשֶׁר־הִדַּחְתִּים שָׁם׃ - Et Je les poursuivrai par l'épée, par la famine et par la peste, et Je ferai d'eux un objet de terreur pour tous les royaumes de la terre, une malédiction, une désolation, un sujet de sarcasme et un opprobre parmi toutes les nations où Je les aurai bannis.

Que signifie le terme "Za'ava" ? Premier commentaire : du mot ébranlement (za'azoua), signifiant que quiconque les verra sera saisi d'effroi. Deuxième commentaire : dans le sens d'errance et d'expulsion de lieu en lieu. En vérité, la racine même du mot fait référence au déplacement, comme dans "il ne se leva ni ne bougea (za) devant lui" - "za" signifie bouger, se mouvoir. Et de même que la femme nida est appelée ainsi parce qu'elle est éloignée et écartée (neda) de sa place, de même "za'ava" évoque l'action d'être chassé de son lieu. Il leur est dit : vous serez secoués et dispersés vers tous les royaumes de la terre.

תַּחַת אֲשֶׁר־לֹא־שָׁמְעוּ אֶל־דְּבָרַי נְאֻם־יְהֹוָה אֲשֶׁר שָׁלַחְתִּי אֲלֵיהֶם אֶת־עֲבָדַי הַנְּבִאִים הַשְׁכֵּם וְשָׁלֹחַ וְלֹא שְׁמַעְתֶּם נְאֻם־יְהֹוָה׃ - Parce qu'ils n'ont pas écouté Mes paroles, dit l'Éternel, lorsque Je leur ai envoyé Mes serviteurs les prophètes, dès le matin et sans relâche, et vous n'avez pas écouté, dit l'Éternel.

"Dès le matin et sans relâche" (Hachkem véchalo'ah) - nos Sages expliquent qu'Il leur envoyait des prophètes matin et soir, mais ils n'écoutaient point. De fait, quiconque examine les Écritures y trouve des dizaines de prophètes, et tous - les Douze petits prophètes, Jérémie, Isaïe, Ézéchiel - ont prophétisé durant la période précédant la Destruction du Temple. Une profusion d'émissaires, sans que personne ne tende l'oreille.

Achab fils de Qolaya et Tsidkiya fils de Maasséya
וְאַתֶּם שִׁמְעוּ דְבַר־יְהֹוָה כׇּל־הַגּוֹלָה אֲשֶׁר־שִׁלַּחְתִּי מִירוּשָׁלַ͏ִם בָּבֶלָה׃ - Et vous, écoutez la parole de l'Éternel, vous toute la diaspora que j'ai envoyée de Jérusalem à Babylone !
כֹּה־אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל אֶל־אַחְאָב בֶּן־קוֹלָיָה וְאֶל־צִדְקִיָּהוּ בֶן־מַעֲשֵׂיָה הַנִּבְּאִים לָכֶם בִּשְׁמִי שָׁקֶר הִנְנִי נֹתֵן אֹתָם בְּיַד נְבוּכַדְרֶאצַּר מֶלֶךְ־בָּבֶל וְהִכָּם לְעֵינֵיכֶם׃ - Ainsi parle l'Éternel Tsévaot, Dieu d'Israël, au sujet d'Ahab fils de Qolaya et de Tsidqiya fils de Maasséya, qui vous prophétisent le mensonge en Mon nom : Voici, Je les livre aux mains de Nevoukhadretsar, roi de Babylone, et il les fera périr sous vos yeux.

L'une des difficultés majeures du véritable prophète était de faire face aux faux prophètes, qui se montraient bien plus séduisants. Ici, Jérémie transmet un message direct, une véritable lettre piégée, aux deux faux prophètes corrompus qui se trouvaient à Babylone : Ahab fils de Qolaya et Tsidqiya fils de Maasséya. Il leur annonce : vous aurez la preuve indéniable qu'ils ne sont que des imposteurs et que mes paroles émanent d'Hachem - Hachem les livre aux mains de Nevoukhadretsar, roi de Babylone, et il les exécutera sous vos yeux.

וְלֻקַּח מֵהֶם קְלָלָה לְכֹל גָּלוּת יְהוּדָה אֲשֶׁר בְּבָבֶל לֵאמֹר יְשִׂמְךָ יְהֹוָה כְּצִדְקִיָּהוּ וּכְאֶחָב אֲשֶׁר־קָלָם מֶלֶךְ־בָּבֶל בָּאֵשׁ׃ - Et l'on tirera d'eux une formule de malédiction pour tous les exilés de Juda qui sont à Babylone, en disant : Que l'Éternel te traite comme Tsidqiya et comme Ahab, que le roi de Babylone a fait rôtir au feu !

« Et l'on tirera d'eux une malédiction » est l'exact contre-pied de « Par toi bénira Israël ». De même que pour bénir, on dit « Que Dieu te rende comme Éphraïm et comme Manassé », de même, pour maudire, on dira : « Qu'Hachem te rende comme Tsidqiya et comme Ahab ». Et que signifie « qalam » ? C'est qu'il en fit des grains grillés au feu ; nous verrons dans un instant comment il les fit littéralement sauter à la poêle. Remarquez également qu'au verset 21, le texte emploie le nom complet « Ahab » (אחאב), tandis qu'au verset 22, il écrit « E'hav » (אחב) : son nom a été tronqué en signe d'infamie. Il arrive d'ailleurs aussi que l'allongement d'un nom soit dépréciatif, comme lorsqu'Avshalom demanda à Tamar : « Est-ce qu'Aminon, ton frère, a été avec toi ? », usant d'un diminutif péjoratif.

יַעַן אֲשֶׁר עָשׂוּ נְבָלָה בְּיִשְׂרָאֵל וַיְנַאֲפוּ אֶת־נְשֵׁי רֵעֵיהֶם וַיְדַבְּרוּ דָבָר בִּשְׁמִי שֶׁקֶר אֲשֶׁר לוֹא צִוִּיתִם וְאָנֹכִי הַיּוֹדֵעַ וָעֵד נְאֻם־יְהֹוָה׃ - Parce qu'ils ont commis une infamie en Israël, qu'ils ont commis l'adultère avec les femmes de leurs proches et ont prononcé en Mon nom des mensonges que Je ne leur avais point ordonnés ; et Moi, Je le sais et J'en suis témoin, dit l'Éternel.

Ces deux forfaits sont intimement liés : ils commettaient l'adultère avec les femmes de leurs prochains précisément en usurpant le nom d'Hachem par le mensonge, prétendant agir en vertu d'une prétendue prophétie. Et « Moi, Je le sais et J'en suis témoin » : Je sais pertinemment que leurs paroles sont fausses, et Je témoigne de leurs agissements, car bien qu'ils aient agi dans le plus grand secret, le Saint béni soit-Il en porte témoignage.

Midrash Tan'houma : le stratagème des deux railleurs

Le Midrash Tan'houma (parashat Vayikra, siman 6) commente le verset : « Il est six choses que déteste l'Éternel... des yeux hautains, un cœur qui médite des projets criminels, des pieds qui se hâtent de courir au mal » - il s'agit d'Ahab fils de Qolaya et de Tsidqiya fils de Maasséya, qui péchaient déjà à Jérusalem. Et cela ne leur suffisait pas : une fois déportés à Babylone, ils redoublèrent de péchés. C'étaient de faux prophètes qui n'abandonnèrent point leur triste métier en exil ; ils continuèrent à débiter leurs fausses prophéties et se servaient d'entremetteurs l'un pour l'autre dans la faute.

Et comment fonctionnait ce système ? Ahab fils de Qolaya se rendait chez les dignitaires de Babylone et disait : « Le Saint béni soit-Il m'a envoyé pour transmettre un message à ta femme ». Le mari lui répondait : « Elle est là devant toi, entre donc ». Il s'isolait avec elle et lui disait : « Le Saint béni soit-Il désire faire naître de toi des prophètes ; va donc t'unir au prophète Tsidqiya fils de Maasséya, et engendre des prophètes par lui ». Remarquez toute la perversité du calcul : s'il lui avait proposé de s'unir à lui-même, elle aurait répliqué : « Pourquoi devrais-je te croire ? Tu es partie prenante, et nul ne pèche sans y trouver son propre intérêt ». Il affichait donc un désintéressement total : à Dieu ne plaise, ce n'est pas pour moi, c'est un décret divin ! Confiante, elle faisait appeler Tsidqiya, et celui-ci venait abuser d'elle. Tsidqiya fils de Maasséya agissait rigoureusement de la même façon en servant d'entremetteur pour Ahab. Tel était leur manège : ils s'entremettaient mutuellement pour entraîner ces femmes dans la débauche.

Ils ne se contentaient pas des femmes du peuple, mais visaient les dames de la haute société, les épouses des ministres. Voyez jusqu'où allait leur perfidie : ils s'étaient forgé à Babylone une réputation d'éminents prophètes. On le constate, rien de nouveau sous le soleil, toutes ces impostures existaient déjà à l'époque. En ce temps-là, on ne pouvait pas faire sa promotion sur Internet ; on recourait à d'autres subterfuges, un peu comme certains charlatans d'aujourd'hui avec cartes de visite, papier à en-tête et cabinet pignon sur rue. Voici leur méthode : une femme enceinte croisait l'un d'eux et lui demandait : « Si tu es prophète, dis-moi ce que je porte, un garçon ou une fille ? » Car un prophète est censé tout savoir et apporter des réponses à chaque question. Il lui déclarait : « Un garçon ». Puis, en partant, il allait trouver ses voisines et leur glissait : « Une telle va mettre au monde une fille, mais que cela reste strictement entre nous, en secret ». Si elle accouchait d'un garçon, elle s'écriait : « La prédiction du prophète s'est réalisée ! » Si elle donnait naissance à une fille, les voisines venaient lui affirmer : « C'est exactement ce que le prophète nous avait révélé, mais il ne voulait pas te chagriner : il te voyait éprouvée par la grossesse et a préféré t'annoncer un garçon ». Et si l'on se demande ce qu'il aurait fait dans la situation inverse, il aurait simplement rétorqué : « Je voulais lui éviter le mauvais œil, voilà pourquoi j'ai dit aux voisines que ce serait une fille, afin qu'on la laisse tranquille ».

Le Midrash poursuit : ils agirent de la sorte jusqu'à s'en prendre à Shmourat, l'épouse de Nevoukhadnetsar. Ni plus ni moins, ils osèrent s'attaquer à la femme la plus en vue de l'empire ! Tsidqiya entra chez elle et lui déclara : « Le Saint béni soit-Il m'a envoyé auprès de toi : va t'unir à Ahab et tu mettras au monde des prophètes ».

Guemara Sanhédrin 93a : l'épreuve du feu

La suite de ce récit apparaît dans la Guémara Sanhédrin 93a, où la version diffère légèrement : il ne s'agissait pas de l'épouse de Nevoukhadnetsar (Semiramis), mais de sa fille. La Guémara cite les versets : « concernant A'hav fils de Kolaya et Tsidkiyahou fils de Maasséya, qui vous prophétisent faussement en Mon Nom », et « que le roi de Babylone a rôtis au feu », puis enseigne : il n'est pas dit « qu'il a brûlés », mais « qu'il a rôtis ». Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon bar Yo'haï : cela enseigne qu'il en fit des grains grillés - comme du maïs qui éclate en popcorn dans une marmite.

Ils se rendirent donc auprès de la fille de Nevoukhadnetsar. A'hav lui dit : « Ainsi a parlé Hachem : livre-toi à Tsidkiyahou. » Tsidkiyahou, quant à lui, ne voulut pas renoncer à sa part et dit : « Ainsi a parlé Hachem : livre-toi à A'hav. » Elle alla rapporter ces propos à son père. Il lui dit : « Le Dieu de ces gens déteste la débauche ; lorsqu'ils reviendront chez toi, envoie-les-moi. » Quand ils revinrent, elle les dirigea vers son père. Celui-ci leur demanda : « Que vous a dit Dieu ? » Ils lui répondirent : « Telle et telle chose. » Il leur rétorqua : « Pourtant, j'ai interrogé 'Hanania, Michaël et Azaria à ce sujet, et ils m'ont dit que cela était strictement interdit ! » Ils répondirent : « Eux n'ont pas reçu cet ordre, mais nous, nous l'avons reçu. Nous sommes nous aussi des prophètes au même titre qu'eux, en quoi serions-nous inférieurs ? »

Nevoukhadnetsar leur dit : « Les paroles de 'Hanania, Michaël et Azaria m'inspirent bien plus confiance que les vôtres, car eux ont subi mon épreuve du creuset, et vous non. » Et quelle était cette épreuve ? L'épreuve du feu. 'Hanania, Michaël et Azaria se sont trouvés au cœur de la fournaise ardente et y dansaient, et l'ange Gabriel s'était joint à eux. Il leur dit : « Voyons si vous savez vous aussi danser au milieu des flammes ! » Là, la proposition leur parut beaucoup moins attrayante. Ils lui répondirent : « La comparaison n'est pas valable : ils étaient trois et nous ne sommes que deux, or à trois, le mérite est bien plus grand. » Il leur dit : « Vous avez raison, choisissez un troisième homme. » Et qui allaient-ils choisir ? Quelqu'un qui possède une garantie absolue, une sorte d'assurance tous risques capable de protéger le groupe entier. Ils choisirent Yéhochoua le Cohen Gadol, en se disant : « Si Yéhochoua vient, son immense mérite nous protégera ; s'il fait fonctionner la climatisation au milieu de la fournaise, nous serons nous aussi épargnés. »

On les fit descendre et on les jeta dans le feu. Les deux imposteurs furent brûlés, tandis que Yéhochoua le Cohen Gadol fut sauvé, bien que les pans de ses vêtements fussent roussis, comme il est dit : « Il me fit voir Yéhochoua le grand prêtre se tenant devant l'ange de Dieu », et il y est écrit : « Ôtez de dessus lui ces vêtements souillés », et encore : « Hachem dit au Satan : Que Hachem te réprime, ô Satan ! »

Nevoukhadnetsar dit à Yéhochoua lorsqu'il sortit indemne : « Je sais que tu es un juste, mais j'ai une objection à te soumettre : pourquoi le feu a-t-il mordu légèrement le bord de tes habits ? Pour 'Hanania, Michaël et Azaria, il est pourtant écrit que l'odeur même du feu ne s'était pas attachée à eux ! » Quand un homme pénètre dans un appartement envahi par la fumée d'un incendie, il en ressort imprégné d'une odeur âcre ; or eux étaient entrés dans la fournaise et ne dégageaient aucune odeur de brûlé, mais un parfum aromatique du Jardin d'Éden, émanant de l'ange qui dansait avec eux. Yéhochoua lui répondit : « La différence est immense : ils étaient trois, alors que j'étais un juste solitaire, et un juste isolé n'a pas un mérite suffisant pour empêcher totalement le feu d'effleurer ses vêtements. » Nevoukhadnetsar rétorqua : « Pourtant, Avraham était seul, et le feu ne l'a pas atteint du tout ! » D'où Nevoukhadnetsar savait-il cela ? Parce qu'il était la réincarnation de Nimrod, celui-là même qui avait jadis jeté Avraham dans la fournaise : pouvait-il ignorer ce qui s'y était passé ?

Yéhochoua lui fit alors une réponse d'une grande subtilité : « Ce n'est pas comparable : avec Avraham, il n'y avait pas d'impies, alors qu'ici, des impies m'accompagnaient. Pour Avraham, rien ne venait attiser les flammes ; chez moi en revanche, ces deux scélérats ont rendu le brasier bien plus violent, au point d'exercer une influence sur moi également. » C'est comparable à ce que nos Maîtres racontent au sujet de Ya'akov Avinou, qui s'agitait pour sortir chaque fois qu'il passait devant une maison d'étude. On pourrait s'en étonner : que lui manquait-il donc ? Il était assis aux côtés d'un ange, étudiait la Torah, une lumière brillant au-dessus de sa tête, et contemplait le monde d'une extrémité à l'autre ! Qu'Éssav veuille sortir parce qu'il porte l'idolâtrie en son sein, cela se comprend, mais Ya'akov ? En vérité, il vaut mieux sortir et étudier la Torah seul, plutôt que d'étudier de la bouche d'un ange en ayant pour compagnon d'étude un personnage comme Éssav. Il en va de même ici : mieux vaut être seul dans la fournaise qu'accompagné de deux railleurs invétérés qui ne font qu'offrir une prise aux flammes. C'est ce que dit le proverbe populaire : deux tisons secs et un tison vert - les secs finissent par embraser le vert.

Pourquoi Yéhochoua fut-il réellement puni ?

La Guémara pose néanmoins la question : pour quelle raison fut-il réellement châtié ? Il est clair pour elle que Yéhochoua n'a fait que repousser Nevoukhadnetsar par une échappatoire, voulant se débarrasser de lui sans encombre, et c'est pourquoi il lui a tenu ce discours. Mais au fond de la vérité, le feu n'aurait absolument pas dû l'atteindre, et peu importe qui l'accompagnait : si les flammes ont mordu sur ses habits, c'est qu'il y avait là un élément de punition. Rav Pappa explique : c'est parce que ses fils épousaient des femmes inaptes à la prêtrise, sans qu'il proteste contre leurs agissements. C'est le sens de ce qui est écrit : « Or Yéhochoua était vêtu d'habits souillés » - était-ce donc l'habitude de Yéhochoua de porter des vêtements sales ? Cela enseigne que ses fils épousaient des femmes inaptes au sacerdoce et qu'il ne les en a pas empêchés.

Et quelle est la signification de ces vêtements ? Les vêtements renvoient à l'âme, à l'image du « 'halouka derabbanan », cet habit spirituel dont l'âme est revêtue dans le monde de vérité, et dont les vêtements matériels sont le reflet dans notre monde d'ici-bas. Lorsque nos Sages veulent dire qu'une âme se présente là-haut dénuée de mitsvot, ils la décrivent comme nue et dépouillée. Il en ressort que les mitsvot constituent ce vêtement spirituel d'En haut. Dès lors, lorsqu'il est dit de Yéhochoua le Cohen Gadol que ses vêtements étaient souillés, cela signifie qu'il subsistait en lui une faille morale.

C'est également dans ce sens que nos Sages ont enseigné : « Que tes vêtements soient en tout temps blancs », c'est-à-dire impeccablement propres. L'intention ne vise pas uniquement les habits concrets - même s'il est vrai qu'un homme ne doit pas marcher en haillons ou avec des vêtements sales -, elle s'applique avant tout à l'âme, qui doit être préservée de toute souillure. Puissions-nous être aussi méticuleux avec notre âme que nous le sommes avec nos habits ! On voit parfois un homme dont l'apparence est irréprochable : les chaussures brillent comme un miroir, le pantalon est parfaitement ajusté, le pli tombe au millimètre près sur la chaussure - tout est soigné, mais sur le plan spirituel, que Dieu ait pitié ! Chacun doit savoir que « des vêtements blancs » est une métaphore de l'âme, qui doit rester pure, raffinée et sans tache. Et c'est précisément à travers ses vêtements, symboles de l'âme, qu'il fut adressé une allusion à Yéhochoua.

Chémayahou le Né'hélami et sa lettre
וְאֶל־שְׁמַעְיָהוּ הַנֶּחֱלָמִי תֹּאמַר לֵאמֹר׃ - Et à Chémayahou le Néhélami, tu parleras en ces termes :

« Le Néhélami » : certains commentateurs expliquent que ce qualificatif se rapporte à sa localité d'origine, un lieu nommé Nahlam ou Halam, où il s'était établi. Le Radak explique quant à lui qu'il débitait des songes (du mot 'holèm, rêveur), de pseudo-prophéties assurant à la population que tous allaient bientôt revenir à Jérusalem.

כֹּה־אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר יַעַן אֲשֶׁר אַתָּה שָׁלַחְתָּ בְשִׁמְכָה סְפָרִים אֶל־כׇּל־הָעָם אֲשֶׁר בִּירוּשָׁלַ͏ִם וְאֶל־צְפַנְיָה בֶן־מַעֲשֵׂיָה הַכֹּהֵן וְאֶל כׇּל־הַכֹּהֲנִים לֵאמֹר׃ - Ainsi parle Hachem Tsevaot, Dieu d'Israël : Parce que tu as envoyé en ton nom des lettres à tout le peuple qui est à Jérusalem, au Cohen Tséphania fils de Maasséya et à tous les Cohanim, disant :

Constatez l'insolence et l'effronterie inouïes de Chémaya le Néhélami ! Ne se contentant pas de débiter ses fausses prophéties aux exilés de Babylone, il a également expédié des missives à Jérusalem, à tout le peuple, au Cohen Tséphania fils de Maasséya et à l'ensemble des Cohanim.

יְהֹוָה נְתָנְךָ כֹהֵן תַּחַת יְהוֹיָדָע הַכֹּהֵן לִהְיוֹת פְּקִדִים בֵּית יְהֹוָה לְכׇל־אִישׁ מְשֻׁגָּע וּמִתְנַבֵּא וְנָתַתָּה אֹתוֹ אֶל־הַמַּהְפֶּכֶת וְאֶל־הַצִּינֹק׃ - Hachem t'a établi Cohen à la place du Cohen Yehoyada, afin d'assurer la surveillance dans la Maison d'Hachem contre tout homme exalté qui se fait prophète, pour que tu le jettes au carcan et aux fers.

Chémaya lui écrit en substance : Hachem t'a confié la prêtrise en remplacement du Cohen Yehoyada ; tu es donc le préposé responsable de la Maison d'Hachem, chargé de sévir contre quiconque délire en faisant le prophète. Et pourquoi qualifie-t-on un prophète d'« agité » ou d'« insensé » ? Parce que lorsque le prophète recevait sa vision, la violence de l'expérience s'apparentait à une décharge à haute tension : il s'effondrait au sol, tout son corps tremblait, ses facultés conscientes étaient submergées au point de le faire paraître fou, à l'image d'une personne en pleine crise d'épilepsie. « Mahpèkhèt » : certains y voient une prison souterraine, semblable à une cellule voûtée, tandis que d'autres l'interprètent comme un supplice infligé à ceux qui déplaisaient au pouvoir, une sorte de roue de torsion où le corps était retourné dans d'atroces souffrances. Et « Tsinok », c'est le carcan : la tête et les bras étaient enserrés dans une planche de bois sans pouvoir bouger, à la manière des illustrations que l'on trouvait jadis sur les boîtes de tabac ou des méthodes de l'Inquisition.

וְעַתָּה לָמָּה לֹא גָעַרְתָּ בְּיִרְמְיָהוּ הָעַנְּתֹתִי הַמִּתְנַבֵּא לָכֶם׃ - Et maintenant, pourquoi n'as-tu pas réprimandé Yirmiyahou d'Anatot, qui se pose en prophète devant vous ?

Voilà donc un faux prophète, depuis Babylone, qui s'adresse au Cohen Tséphania en terre d'Israël en prétendant : C'est toi qui es responsable de neutraliser tout illuminé qui prophétise, ton rôle est de réduire au silence les imposteurs, alors comment laisses-tu Yirmiyahou débiter des inventions de son cru ? Non content d'être un faux prophète, il a le culot d'envoyer des lettres en terre d'Israël pour tenter de faire taire le véritable prophète de Dieu !

כִּי עַל־כֵּן שָׁלַח אֵלֵינוּ בָּבֶל לֵאמֹר אֲרֻכָּה הִיא בְּנוּ בָתִּים וְשֵׁבוּ וְנִטְעוּ גַנּוֹת וְאִכְלוּ אֶת־פְּרִיהֶן׃ - Car c'est bien ainsi qu'il a mandé auprès de nous à Babylone, disant : L'exil va durer longtemps ! Bâtissez des maisons et habitez-y, plantez des vergers et mangez-en les fruits !

Et c'est ici qu'apparaît le véritable motif de son grief : la jalousie envers un concurrent. Il fulmine : Yirmiyahou ne se contente pas des discours qu'il tient chez vous à Jérusalem, il s'avise en plus d'envoyer des lettres chez nous, à Babylone, pour abattre le moral du peuple en lui ordonnant de bâtir des maisons, de s'établir et de prendre racine ! Babylone, c'est notre territoire, et comme si le désastre qu'il provoque à Jérusalem ne suffisait pas, il vient encore saper notre influence ici !

וַיִּקְרָא צְפַנְיָה הַכֹּהֵן אֶת־הַסֵּפֶר הַזֶּה בְּאׇזְנֵי יִרְמְיָהוּ הַנָּבִיא׃ - Et le Cohen Tséphania donna lecture de cette lettre aux oreilles du prophète Yirmiyahou.

Le Cohen Tséphania lut directement cette lettre à Yirmiyahou lui-même, ce qui constituait une impudence considérable. Au lieu de garder cette missive secrète ou de la traiter avec réserve, il en fit la lecture ostensible au prophète en personne, une audace qui surpassait presque celle de son expéditeur.

Le châtiment de Chemayah
וַיְהִי דְּבַר־יְהֹוָה אֶל־יִרְמְיָהוּ לֵאמֹר׃ - La parole d'Hachem fut adressée à Yirmiyahou en disant :
שְׁלַח עַל־כׇּל־הַגּוֹלָה לֵאמֹר כֹּה אָמַר יְהֹוָה אֶל־שְׁמַעְיָה הַנֶּחֱלָמִי יַעַן אֲשֶׁר נִבָּא לָכֶם שְׁמַעְיָה וַאֲנִי לֹא שְׁלַחְתִּיו וַיַּבְטַח אֶתְכֶם עַל־שָׁקֶר׃ - Envoie dire à tous les exilés : Ainsi a dit Hachem au sujet de Chemayah le Néhélamite : Parce que Chemayah a prophétisé pour vous sans que Je l'aie envoyé, et qu'il vous a fait mettre votre confiance dans le mensonge -

Hachem dit à Yirmiyahou : Envoie à tous les exilés et annonce-leur que, puisque Chemayah leur prophétise des mensonges sans que Je l'aie envoyé, et qu'il leur a donné de faux espoirs -

לָכֵן כֹּה־אָמַר יְהֹוָה הִנְנִי פֹקֵד עַל־שְׁמַעְיָה הַנֶּחֱלָמִי וְעַל־זַרְעוֹ לֹא־יִהְיֶה לוֹ אִישׁ יוֹשֵׁב בְּתוֹךְ־הָעָם הַזֶּה וְלֹא־יִרְאֶה בַטּוֹב אֲשֶׁר־אֲנִי עֹשֶׂה־לְעַמִּי נְאֻם־יְהֹוָה כִּי־סָרָה דִבֶּר עַל־יְהֹוָה׃ - C'est pourquoi, ainsi a dit Hachem : Voici que Je vais sévir contre Chemayah le Néhélamite et contre sa descendance ; nul des siens ne demeurera au milieu de ce peuple, et il ne verra point le bien que Je vais faire pour Mon peuple, dit Hachem, car il a prêché la révolte contre Hachem.
Hakadoch Baroukh Hou déblaie le chemin pour le prophète de vérité

D'un côté, nous voyons combien la tâche était difficile pour Yirmiyahou. Aller continuellement proclamer au peuple de dures prophéties, être le prophète de malheur, celui qui annonce les calamités, et finalement rédiger aussi la Méguilat Eikha (les Lamentations) - c'est un rôle loin d'être simple, et personne n'apprécie celui qui le porte. Mais d'un autre côté, nous constatons qu'Hakadoch Baroukh Hou a pris soin d'éliminer les faux prophètes du terrain : nous avons vu Hanania ben Azour, venu contredire la prophétie d'Hachem, auquel il fut annoncé « cette année même tu mourras » ; nous avons vu A'hav ben Kolayah et Tsidkiyahou ben Maasséyah que le roi de Babylone a fait brûler au feu ; et à présent Chemayah le Néhélamite, qui s'est opposé à la prophétie de Yirmiyahou, et à qui Hakadoch Baroukh Hou promet lui aussi une malédiction.

Toutes ces déclarations venaient en réalité appuyer la prophétie de Yirmiyahou afin qu'elle soit acceptée par le peuple. En effet, sa prophétie souffre intrinsèquement d'un grand désavantage : elle est porteuse de malheur, et il est difficile de la faire admettre. Mais lorsque le peuple voit les faux prophètes tomber les uns après les autres, un double effet se produit : premièrement, nul n'a plus intérêt à se proclamer faux prophète par crainte du châtiment ; deuxièmement, le peuple constate que Yirmiyahou est un véritable prophète dont la parole doit être pleinement acceptée, tandis que tous les autres ne sont que de faux prophètes dont il ne faut tenir aucun compte.

En conclusion :

Dans cette partie du chapitre, Yirmiyahou met définitivement un terme à l'espoir d'un retour rapide : non seulement les exilés ne reviendront pas de sitôt, mais ceux restés à Jérusalem avec le roi Tsidkiyahou sont voués à l'épée, à la famine et à la peste, devenant semblables à ces figues immangeables tant elles sont mauvaises. Il transmet ensuite des prophéties de châtiment personnel à l'encontre des faux prophètes : A'hav ben Kolayah et Tsidkiyahou ben Maasséyah, qui servaient d'entremetteurs l'un pour l'autre dans le péché au nom de la prophétie, et qui furent rôtis au feu comme des grains grillés par Nevoukhadnetsar ; et Chemayah le Néhélamite, qui avait osé envoyer des lettres à Jérusalem pour faire taire Yirmiyahou, et contre lequel il fut décrété, pour lui et sa descendance, que nul des siens ne subsistera au sein du peuple et qu'il ne verra point le bien qu'Hachem fera pour Son peuple. De ces récits, nous avons également tiré un enseignement sur la responsabilité de Yehoshoua le Cohen Gadol qui n'a pas réprimandé ses fils, ainsi que sur l'allégorie des « vêtements » qui désignent l'âme - l'homme devant veiller à la pureté de son âme avec autant de soin qu'il en apporte à la propreté de ses habits.