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Chapitre 28 - 'Hanania ben Azour

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Introduction : confrontation entre un vrai et un faux prophète

Le chapitre 28 de Yirmiyahou s'inscrit dans la continuité directe du chapitre précédent. Yirmiyahou marche avec des barres de joug et des liens autour du cou, illustrant ainsi la parole de Hachem selon laquelle le peuple et les nations doivent courber l'échine sous le joug du roi de Babylone. Face à lui se dresse 'Hanania ben Azour, un faux prophète, qui annonce une prophétie diamétralement opposée. Tout le chapitre relate la confrontation publique entre les deux hommes dans la Maison de Hachem, sous les yeux des Cohanim et de tout le peuple, et s'achève par la mort de 'Hanania cette même année.

וַיְהִי בַּשָּׁנָה הַהִיא בְּרֵאשִׁית מַמְלֶכֶת צִדְקִיָּה מֶלֶךְ יְהוּדָה בַּשָּׁנָה הָרְבִעִית בַּחֹדֶשׁ הַחֲמִישִׁי אָמַר אֵלַי חֲנַנְיָה בֶן עַזּוּר הַנָּבִיא אֲשֶׁר מִגִּבְעוֹן בְּבֵית יְהוָה לְעֵינֵי הַכֹּהֲנִים וְכָל הָעָם לֵאמֹר - Or, cette même année, au début du règne de Tsidkiyahou, roi de Yehouda, la quatrième année, au cinquième mois, 'Hanania ben Azour, le prophète originaire de Guiv'on, me parla ainsi dans la Maison de Hachem, sous les yeux des Cohanim et de tout le peuple :

« Cette même année » - à l'époque où Nevoukhadnetsar a établi Tsidkiyahou roi sur les cinq rois, au début de son règne, comme expliqué dans le chapitre précédent. C'est alors que surgit 'Hanania ben Azour, un faux prophète, et proclame publiquement une prophétie dans le Beth Hamikdach.

כֹּה אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר שָׁבַרְתִּי אֶת עֹל מֶלֶךְ בָּבֶל - Ainsi parle Hachem Tsevaot, Dieu d'Israël : J'ai brisé le joug du roi de Babylone.

En d'autres termes : toi, Yirmiyahou, tu fabriques un joug et des attaches en disant « placez votre cou et votre tête sous le joug du roi de Babylone », mais moi, j'annonce une prophétie contraire : le joug est déjà brisé. Et pas seulement pour nous, mais aussi pour ceux qui sont déjà partis en exil à Babylone ; le joug est brisé et eux aussi reviendront.

בְּעוֹד שְׁנָתַיִם יָמִים אֲנִי מֵשִׁיב אֶל הַמָּקוֹם הַזֶּה אֶת כָּל כְּלֵי בֵּית יְהוָה אֲשֶׁר לָקַח נְבוּכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ בָּבֶל מִן הַמָּקוֹם הַזֶּה וַיְבִיאֵם בָּבֶל - D'ici deux années complètes, Je ramènerai en ce lieu tous les ustensiles de la Maison de Hachem que Nevoukhadnetsar, roi de Babylone, a pris de ce lieu pour les emporter à Babylone.
וְאֶת יְכָנְיָה בֶן יְהוֹיָקִים מֶלֶךְ יְהוּדָה וְאֶת כָּל גָּלוּת יְהוּדָה הַבָּאִים בָּבֶלָה אֲנִי מֵשִׁיב אֶל הַמָּקוֹם הַזֶּה נְאֻם יְהוָה כִּי אֶשְׁבֹּר אֶת עֹל מֶלֶךְ בָּבֶל - Et Yekhonyah, fils de Yehoyakim, roi de Yehouda, ainsi que tous les exilés de Yehouda arrivés à Babylone, Je les ferai revenir en ce lieu, oracle de Hachem, car Je briserai le joug du roi de Babylone.

D'ici deux ans, annonce-t-il, tous les ustensiles emportés par Nevoukhadnetsar seront restitués, et tous les exilés retourneront dans leur pays en hommes libres, car le joug du roi de Babylone sera brisé.

Qu'est-ce qui a induit 'Hanania en erreur ? Le raisonnement par Kal va'homer tiré d'Elam

Nos Sages demandent : d'où 'Hanania tenait-il de tels propos, qu'est-ce qui l'a égaré ? Ils répondent : 'Hanania avait entendu Yirmiyahou prophétiser sur la place haute : « Voici que Je brise l'arc d'Elam » - une prophétie également prononcée au début du règne de Tsidkiyahou, rapportée plus loin au chapitre 49. Or, Elam est voisine de Babylone. 'Hanania fit alors un raisonnement par Kal va'homer (a fortiori) : si Hachem brise le joug d'Elam, qui n'est venue que prêter main-forte aux Chaldéens, à plus forte raison brisera-t-Il celui des Chaldéens eux-mêmes, les Babyloniens ! 'Hanania était un fin érudit. Fort de ce raisonnement a fortiori, il descendit sur la place basse et y proclama sa « prophétie ». Toute l'autorité de cette prétendue prophétie ne reposait en fait que sur une déduction logique qu'il avait tirée des propos de Yirmiyahou.

« Amen ! Puisse Hachem agir ainsi ! » - Une formule à double sens
וַיֹּאמֶר יִרְמְיָה הַנָּבִיא אֶל חֲנַנְיָה הַנָּבִיא לְעֵינֵי הַכֹּהֲנִים וּלְעֵינֵי כָל הָעָם הָעֹמְדִים בְּבֵית יְהוָה - Et le prophète Yirmiyahou parla au prophète ‘Hanania, sous les yeux des Cohanim et sous les yeux de tout le peuple qui se tenaient dans la Maison de l'Éternel.
וַיֹּאמֶר יִרְמְיָה הַנָּבִיא אָמֵן כֵּן יַעֲשֶׂה יְהוָה יָקֵם יְהוָה אֶת דְּבָרֶיךָ אֲשֶׁר נִבֵּאתָ לְהָשִׁיב כְּלֵי בֵית יְהוָה וְכָל הַגּוֹלָה מִבָּבֶל אֶל הַמָּקוֹם הַזֶּה - Et le prophète Yirmiyahou dit : Amen ! Qu'ainsi fasse l'Éternel ! Que l'Éternel accomplisse les paroles que tu as prophétisées, pour faire revenir de Babylone en ce lieu les ustensiles de la Maison de l'Éternel et tous les exilés !

Le sens littéral : Yirmiyahou lui dit - penses-tu donc que je ne souhaite pas le retour des ustensiles ? Que je cherche le malheur d'Israël ? Si je prononce sur eux une prophétie rigoureuse, est-ce à dire que je leur cherche des torts ? Puisse-t-il en être selon tes paroles, puissent les ustensiles revenir, puisse toute cette épreuve prendre fin ! Mais moi, je dis la vérité, et cette vérité est difficile à entendre - et c'est bien ainsi que les choses se dérouleront.

Et dans le Midrash, nos Sages ont dit : Yirmiyahou lui déclara : si les choses s'accomplissent selon tes paroles, bien au contraire, j'y ai tout intérêt, car j'en sors gagnant et toi perdant. Je suis Cohen et je me nourris des saintetés du Ciel ; si le Temple reste debout, il y aura des sacrifices, des teroumot et des ma'asserot, c'est tout à mon avantage. Mais prends garde, car toi, tu y perds, puisque tu es un Guiv'onite, et il a été décrété que les Guiv'onim seraient fendeurs de bois et puiseurs d'eau pour le Temple. Le Radak écrit certes que selon le sens littéral, ‘Hanania était un Juif résidant dans la ville de Guiv'on et non un Guiv'onite, mais c'est ainsi que nos Sages l'ont enseigné selon la voie du Derash.

« Quiconque flatte un impie finit par tomber entre ses mains »

C'est de là que nos Sages ont déduit que quiconque flatte un impie finit par tomber entre ses mains, entre les mains de son fils ou entre les mains de son petit-fils. Et il y a ici un grief formulé envers Yirmiyahou : lorsque Yirmiyahou quitta Jérusalem pour aller voir le champ de ‘Hananel, fils de son oncle, Yiriya fils de Chélémya fils de ‘Hanania l'arrêta en prétendant : « Tu passes du côté des Chaldéens ! », l'accusant d'aller pactiser avec l'ennemi. On le jeta alors en prison et on l'enferma dans la cour de la garde, où Yirmiyahou endura de grandes souffrances. Et pourquoi ? Parce qu'il avait flatté un impie, et qu'il tomba ainsi aux mains de son petit-fils. Et qui était le grand-père de ce Yiriya ? ‘Hanania ben Azour. Et où l'avait-il flatté ? Ici même, en disant : « Amen ! Qu'ainsi fasse l'Éternel » - comme s'il approuvait ses paroles. Il aurait dû lui déclarer ouvertement : c'est un mensonge absolu, je m'oppose à ce que tu dis, telle n'est pas la parole de l'Éternel.

Le Malbim explique les choses différemment : « Amen » provient de la racine du mot vérité (Émet). Yirmiyahou lui dit : tu dis vrai, car moi aussi je prophétise que les ustensiles reviendront - à la différence près que j'annonce cela dans soixante-dix ans, tandis que tu prétends que ce sera dans deux ans. Il s'agit donc d'une parole à double sens (« milta dimeshtam'a litré anpé ») : d'un côté, on comprend qu'il répond « Amen » à ses propos en souhaitant leur accomplissement ; et de l'autre, on comprend qu'il lui dit - c'est la vérité, l'Éternel accomplira ta parole sur le retour des ustensiles, mais non dans deux ans, plutôt dans soixante-dix ans. Une vérité lointaine.

Cependant, les Cohanim et le peuple comprirent selon la première interprétation. Yirmiyahou entendait ironiser à ses dépens, mais eux crurent qu'il approuvait ses dires et lui donnait raison. C'est pourquoi le verset s'exprime avec précision et répète : « Et le prophète Yirmiyahou parla au prophète ‘Hanania, sous les yeux des Cohanim et sous les yeux de tout le peuple », puis à nouveau : « Et le prophète Yirmiyahou dit ». Quelle est la raison de cette répétition ? Le Malbim explique : la première parole est celle que les Cohanim et le peuple entendirent, déduisant de celle-ci qu'il semblait donner son accord. Yirmiyahou dut donc ajouter une nouvelle prise de parole, une déclaration distincte, afin de réfuter ses affirmations et de rétablir l'exactitude des faits : ne comprenez pas littéralement comme si je disais « puisse-t-il en être ainsi », mais sachez au contraire que ses propos sont un mensonge complet, car les ustensiles ne doivent nullement revenir d'ici deux ans.

Un principe fondamental : à quoi reconnaît-on un prophète ?
אַךְ שְׁמַע נָא הַדָּבָר הַזֶּה אֲשֶׁר אָנֹכִי דֹּבֵר בְּאָזְנֶיךָ וּבְאָזְנֵי כָּל הָעָם - Mais écoute donc cette parole que je prononce à tes oreilles et aux oreilles de tout le peuple.
הַנְּבִיאִים אֲשֶׁר הָיוּ לְפָנַי וּלְפָנֶיךָ מִן הָעוֹלָם וַיִּנָּבְאוּ אֶל אֲרָצוֹת רַבּוֹת וְעַל מַמְלָכוֹת גְּדֹלוֹת לְמִלְחָמָה וּלְרָעָה וּלְדָבֶר - Les prophètes qui m'ont précédé et qui t'ont précédé de tout temps ont prophétisé contre de nombreux pays et contre de grands royaumes, annonçant la guerre, le malheur et la peste.
הַנָּבִיא אֲשֶׁר יִנָּבֵא לְשָׁלוֹם בְּבֹא דְּבַר הַנָּבִיא יִוָּדַע הַנָּבִיא אֲשֶׁר שְׁלָחוֹ יְהוָה בֶּאֱמֶת - Quant au prophète qui prophétise la paix, c'est lors de l'accomplissement de sa parole que l'on reconnaîtra le prophète que l'Éternel a véritablement envoyé.

Ici, Yirmiyahou pose un principe fondamental et essentiel de la prophétie : un prophète n'est mis à l'épreuve que par une prophétie de bien. S'il a prédit un bien et que ses paroles ne se réalisent pas, c'est assurément un faux prophète, car le Saint, béni soit-Il, ne revient jamais sur une prophétie favorable. En revanche, s'il a prophétisé un malheur et que ses paroles ne se sont pas accomplies, cela ne prouve aucunement qu'il soit un menteur, car il est fort possible qu'Hachem ait renoncé au châtiment et décidé de ne pas l'infliger.

Que lui dit en réalité Yirmiyahou ? Tes paroles seront jugées à leur accomplissement. Si ma propre prophétie ne se réalise pas, cela ne prouvera nullement que je ne suis pas un vrai prophète, car j'ai prophétisé un malheur et il se peut qu'Hachem y ait renoncé. Mais si ta prédiction à toi ne s'accomplit pas, ce sera la preuve irréfutable que tu es un faux prophète. C'est donc précisément sur tes paroles que portera l'épreuve. Il suffit simplement d'attendre : deux ans.

Le Malbim apporte une explication remarquable : la plupart des prophéties qui nous sont parvenues sont des prophéties de malheur, et ce n'est pas un hasard. Le rôle du prophète n'est pas de flatter l'amour-propre du peuple, mais de le ramener à la Téchouva et de le corriger. Quel intérêt y a-t-il à annoncer à quelqu'un que dans un an ou deux tout ira bien ? Quand le bien arrivera, il le verra bien de lui-même. (Les prophéties d'avenir sur l'ère messianique, telles que « le loup habitera avec l'agneau », relèvent d'un tout autre ordre.) En revanche, avertir un homme que dans un an ou deux un malheur surviendra est capital, car il a le pouvoir de l'empêcher : qu'il fasse Téchouva, qu'il répare sa conduite, et le décret néfaste sera annulé.

Dès lors, demande le Malbim au nom de Yirmiyahou, pourquoi Hachem envoie-t-Il un prophète pour annoncer une bonne nouvelle ? Réponse : essentiellement pour conférer à cet homme le statut reconnu de prophète. Comment saurons-nous si tu es un prophète ? Énonce une prophétie favorable, car c'est uniquement par une promesse de bien qu'un prophète est mis à l'épreuve. Comme il est écrit dans la Torah : « Peut-être diras-tu en ton cœur : comment reconnaîtrons-nous la parole qu'Hachem n'a point dite ? » - « Ce que le prophète aura dit au nom d'Hachem et qui n'aura pas lieu », voilà la parole qu'Hachem n'a point dite. Et comme nous l'avons expliqué, cela s'applique précisément aux prédictions favorables, et non aux prophéties de malheur.

C'est pourquoi Yirmiyahou lui dit : les prophètes qui nous ont précédés, toi et moi, ont prophétisé contre de nombreux pays et de grands royaumes « la guerre, le malheur et la peste » - uniquement des calamités, car le Saint, béni soit-Il, n'envoie pas de prophète pour prédire des bonheurs sans raison. « Quant au prophète qui prophétise la paix » - s'il y a une prophétie favorable, son seul dessein est que « lorsque s'accomplira la parole de ce prophète, on reconnaîtra le prophète qu'Hachem a véritablement envoyé ». Dès lors, toi qui es venu annoncer une bonne nouvelle - si tant est qu'Hachem t'ait envoyé -, ce n'est que pour qu'à la réalisation des faits, nous sachions que tu es un vrai prophète. Attendons donc l'épreuve : tu as dit deux ans, nous attendrons deux ans. D'ici là, ta prophétie ne vaut rien, et l'on ne peut absolument pas s'y fier. C'est après l'examen que l'on vérifie les notes, pas avant.

Le bris du joug : la force de l'acte symbolique
וַיִּקַּח חֲנַנְיָה הַנָּבִיא אֶת הַמּוֹטָה מֵעַל צַוַּאר יִרְמְיָה הַנָּבִיא וַיִּשְׁבְּרֵהוּ - Et Hananiah le prophète prit le joug de dessus le cou de Yirmiyahou le prophète, et le brisa.

Ces propos déplurent à Hananiah, en particulier l'affirmation selon laquelle ses paroles devaient être mises à l'épreuve et n'avaient aucune valeur tant qu'elles n'avaient pas passé ce test. (Et ne soyez pas surpris que le texte l'appelle « Hananiah le prophète » : l'Écriture qualifie fréquemment de « prophète » même les faux prophètes.) Hananiah retire alors le joug du cou de Yirmiyahou - cette barre de bois qu'il portait depuis quinze ans, comme l'explique le chapitre précédent - et la brise.

On peut se demander : pourquoi un prophète accomplit-il un acte matériel en plus de prononcer sa prophétie ? Une fois les paroles dites, cela ne devrait-il pas suffire ? Or, nous retrouvons ce principe à maintes reprises : prends un rouleau, écris-y telle chose et jette-le dans l'Euphrate ; prends une fiole neuve et fais ceci ; Élisée ordonne au roi qui doit combattre Aram de prendre des flèches, de tirer en direction d'Aram, puis de frapper le sol avec ces flèches.

Le Ramban l'explique : l'acte symbolique fait passer les choses de la puissance à l'acte. Lorsqu'une action concrète est posée, les paroles cessent d'être abstraites et reçoivent une forme d'existence dans le monde matériel. En tirant les flèches dans cette direction, c'est comme si l'événement avait déjà commencé à s'accomplir. Et remarquez bien : une prophétie accompagnée d'une mise en acte ne peut plus être annulée, elle doit nécessairement se réaliser. C'est pourquoi, lorsque le roi ne frappa le sol que trois fois, Élisée lui reprocha : pourquoi seulement trois fois ? Si tu avais frappé davantage, tu aurais vaincu Aram jusqu'à l'anéantir. L'acte concret confère toujours une force et une réalité tangibles à la prophétie.

Dans le même esprit, la Guémara raconte l'histoire d'une femme qui maudit un Sage en lui disant : « Que ton siège se renverse ! » - ce qui signifiait qu'il perde sa grandeur ou qu'il meure. Aussitôt, le Sage dit à ses serviteurs : prenez le siège et renversez-le. Ils prirent le siège et le renversèrent. Pourquoi ? Afin de donner à ces paroles une réalisation et une existence physiques ; une fois le siège renversé, l'affaire était close, la malédiction s'était déjà accomplie.

De là découle également un conseil précieux rapporté dans l'ouvrage « Bemichnat Ha'halomot » : si un homme a rêvé que la porte de sa maison tombait - les maîtres expliquent qu'il s'agit d'une allusion, à Dieu ne plaise, à la mort de son épouse. Que doit-il faire ? Le 'Hatam Sofer écrit : qu'il démonte lui-même la porte de sa maison et la fasse tomber à terre ; ainsi, le rêve reçoit un accomplissement dans la réalité, et il n'a plus besoin de se réaliser dans son sens dramatique. Évidemment, cela n'est pas toujours réalisable : s'il a vu les poutres de sa maison s'effondrer, il n'ira pas faire exploser une demi-tonne de dynamite ! Mais lorsque la chose est faisable, c'est ainsi qu'il convient d'agir.

Il en va de même ici : les barres de joug sur le cou de Yirmiyah venaient exprimer que cette prophétie s'accomplirait en toute circonstance, car une prophétie accompagnée d'un acte symbolique doit nécessairement se réaliser. 'Hanania n'avait donc pas le choix : pour annuler une telle prophétie, il lui fallait opposer un acte à un acte. C'est pourquoi il prit les barres et les brisa, comme pour dire : voilà, j'ai accompli un acte opposé au tien. Les barres représentent le joug du roi de Babylone, et leur bris symbolise l'anéantissement de ce joug.

וַיֹּאמֶר חֲנַנְיָה לְעֵינֵי כָל הָעָם לֵאמֹר כֹּה אָמַר יְהוָה כָּכָה אֶשְׁבֹּר אֶת עֹל נְבֻכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ בָּבֶל בְּעוֹד שְׁנָתַיִם יָמִים מֵעַל צַוַּאר כָּל הַגּוֹיִם וַיֵּלֶךְ יִרְמְיָה הַנָּבִיא לְדַרְכּוֹ - Et 'Hanania parla sous les yeux de tout le peuple, en disant : « Ainsi a dit Hachem : C'est ainsi que Je briserai le joug de Nevoukhadnetsar, roi de Babylone, d'ici deux années pleines, de dessus le cou de toutes les nations. » Et le prophète Yirmiyah poursuivit son chemin.

Et Yirmiyah poursuit sa route : il craint de lui répondre de sa propre initiative sans que cela lui ait été dicté par la bouche d'Hachem, et il ne voit pas l'intérêt d'entrer en conflit avec lui, puisqu'il a déjà transmis ce qu'Hachem lui avait ordonné. C'est pourquoi il se retire et s'en va.

Tu as brisé des barres de bois - et tu feras à leur place des barres de fer
וַיְהִי דְבַר יְהוָה אֶל יִרְמְיָה אַחֲרֵי שְׁבוֹר חֲנַנְיָה הַנָּבִיא אֶת הַמּוֹטָה מֵעַל צַוַּאר יִרְמְיָה הַנָּבִיא לֵאמֹר - La parole d'Hachem fut adressée à Yirmiyah, après que le prophète 'Hanania eut brisé la barre de joug de dessus le cou du prophète Yirmiyah, en disant :
הָלוֹךְ וְאָמַרְתָּ אֶל חֲנַנְיָה לֵאמֹר כֹּה אָמַר יְהוָה מוֹטֹת עֵץ שָׁבָרְתָּ וְעָשִׂיתָ תַחְתֵּיהֶן מֹטוֹת בַּרְזֶל - « Va, et dis à 'Hanania : Ainsi a dit Hachem : Tu as brisé des barres de bois, et tu feras à leur place des barres de fer. »

Le Saint, béni soit-Il, lui dit : va et déclare-lui : tu as brisé des barres de bois, mais sache qu'à leur place viendront désormais des barres de fer. Tu t'imagines avoir annulé Mes décrets ? Non seulement tu ne les as pas annulés, mais tu as durci et aggravé la situation, et le châtiment n'en sera que plus terrible. En effet, si Je vous avertis et que vous recevez la mise en garde et amendez vos voies, il existe une possibilité que le décret soit révoqué. Mais si J'avertis et que, non contents de ne pas prêter l'oreille, vous cherchez en plus à anéantir Mes paroles, à contester et à étouffer la prophétie, c'est le signe que vous avez besoin d'une punition bien plus sévère. La rébellion contre Nevoukhadnetsar fera peser sur vous un joug de fer : il y a pour l'instant un joug de bois, et c'est sans conteste déjà un joug pesant, mais par votre révolte, il vous asservira bien plus durement encore.

כִּי כֹה אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל עֹל בַּרְזֶל נָתַתִּי עַל צַוַּאר כָּל הַגּוֹיִם הָאֵלֶּה לַעֲבֹד אֶת נְבֻכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ בָּבֶל וַעֲבָדֻהוּ וְגַם אֶת חַיַּת הַשָּׂדֶה נָתַתִּי לוֹ - Car ainsi a dit Hachem Tsevaot, Dieu d'Israël : « J'ai mis un joug de fer sur le cou de toutes ces nations pour asservir Nevoukhadnetsar, roi de Babylone, et elles le serviront ; et même les bêtes des champs, Je les lui ai données. »

« Et même les bêtes des champs, Je les lui ai données » - comme cela a déjà été explicité, il chevauchait un lion et liait un serpent en guise de bride sur sa tête.

La sentence contre 'Hanania
וַיֹּאמֶר יִרְמְיָה הַנָּבִיא אֶל חֲנַנְיָה הַנָּבִיא שְׁמַע נָא חֲנַנְיָה לֹא שְׁלָחֲךָ יְהוָה וְאַתָּה הִבְטַחְתָּ אֶת הָעָם הַזֶּה עַל שָׁקֶר - Et le prophète Yirmiyah dit au prophète 'Hanania : « Écoute donc, 'Hanania ! Hachem ne t'a point envoyé, et c'est toi qui as inspiré à ce peuple une fausse confiance. »

Tu leur donnes de vaines promesses, des assurances trompeuses, alors que tu n'es nullement l'émissaire de la Providence divine.

לָכֵן כֹּה אָמַר יְהוָה הִנְנִי מְשַׁלֵּחֲךָ מֵעַל פְּנֵי הָאֲדָמָה הַשָּׁנָה אַתָּה מֵת כִּי סָרָה דִבַּרְתָּ אֶל יְהוָה - C'est pourquoi ainsi parle l'Éternel : Voici que Je te renvoie de dessus la surface de la terre ; cette année même tu mourras, car tu as prêché la révolte contre l'Éternel.

« Voici que Je te renvoie de dessus la surface de la terre » - et où va-t-Il l'envoyer ? À l'intérieur de la terre. Tel est le sens : Je te renvoie de sa surface vers ses profondeurs. Et il lui a dit : « cette année même tu mourras », mais quand il serait enterré, cela, il ne le lui a pas précisé.

וַיָּמָת חֲנַנְיָה הַנָּבִיא בַּשָּׁנָה הַהִיא בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי - Et Hanania le prophète mourut cette année-là, au septième mois.
« Au septième mois » - L'obstination jusqu'à la tombe

Le septième mois est Tishri, c'est donc déjà une nouvelle année. Nos Sages demandent : si c'est ainsi, la prophétie de Yirmiyahou ne s'est donc pas réalisée ?! En réalité, il est mort la veille de Rosh HaShana, et a ordonné à ses fils avant sa mort : « Je sais qu'il m'a été prédit de mourir cette année, et voici que je suis sur le point de mourir ; je vous ordonne de retarder l'enterrement et l'annonce de ma mort jusqu'après Rosh HaShana ». Et pourquoi ? Pour donner l'impression que Yirmiyahou avait menti.

Remarquez ce qui se passe ici. Un homme se trouve à ses derniers instants, il a déjà un pied et demi dans la tombe, et qu'est-ce qui lui importe ? Qu'il reste l'impression que Yirmiyahou a menti et que lui-même avait raison. Avoir raison aux yeux du peuple, même depuis la tombe. Il constate qu'il a vécu dans le mensonge, il voit que la prophétie du prophète s'est finalement réalisée, et pourtant il s'obstine et persiste dans sa voie tortueuse. Il y a là une révélation effrayante sur la nature humaine. Rabbi Haïm Shmuelevitz, dans ses « Si'hot Moussar », a consacré un discours entier à ce sujet : le désir d'un homme d'avoir raison jusqu'au bout, même lorsque la vérité le frappe en plein visage ; il continue à s'obstiner, meurt, et s'obstine encore.

Le Radak écrit que selon le sens simple (peshat), il n'y a ici aucune difficulté. La question provient de l'hypothèse qu'il lui aurait dit « cette année de calendrier tu mourras », auquel cas il aurait dû mourir avant la fin d'Eloul, d'où l'explication de nos Sages selon laquelle il est mort à la fin d'Eloul et a été enterré après Rosh HaShana. Mais en réalité, ce n'est pas ainsi qu'il s'est exprimé, mais « cette année tu mourras » - c'est-à-dire dans l'intervalle d'un an. Compte douze mois, 365 jours à compter du moment de la prophétie, et c'est dans ce délai que tu mourras. Il ne s'agit pas de l'année civile hébraïque et le premier Tishri n'est pas déterminant ; il s'agit de la date anniversaire exacte un an après la prophétie, de jour à jour. Selon cette approche, il est fort possible que la prophétie ait été prononcée le premier ou le deux Tishri de l'année précédente, de sorte qu'il est mort bel et bien dans l'année, sans qu'il soit nécessaire d'affirmer que sa mort fut dissimulée. Cependant, nous nous en tenons aux paroles de nos Sages ; l'explication du Radak n'est qu'une manière de concilier les versets selon leur sens littéral, or nos Sages ont affirmé qu'il avait ordonné de dissimuler sa mort.

En conclusion :

Le chapitre 28 met en scène la confrontation entre Yirmiyahou et Hanania ben Azour, qui avait échafaudé une fausse prophétie à partir d'un kal va'homer déduit des paroles de Yirmiyahou sur Élam, promettant la restitution des ustensiles et le retour des exilés d'ici deux ans. Yirmiyahou lui répond « Amen, qu'ainsi fasse l'Éternel ! » - formule à double sens : puisse-t-il en être ainsi, mais aussi : tu dis vrai, seulement ce sera dans soixante-dix ans et non dans deux ans ; et comme le peuple l'avait compris au sens littéral, le verbe « et il dit » est répété pour réfuter explicitement ses propos. Yirmiyahou enseigne la règle de la prophétie : un prophète n'est mis à l'épreuve que par une prophétie de bien, c'est pourquoi les paroles de Hanania restent sujettes à caution et l'on ne peut s'y fier tant qu'elles ne se sont pas réalisées. Hanania brise le joug pour opposer un acte à un acte, car une prophétie accompagnée d'une mise en acte concrète doit nécessairement s'accomplir ; et la réponse divine tombe : tu as brisé des barres de bois, et à leur place viendront des barres de fer, car la rébellion alourdit le fardeau. Enfin, il lui est décrété : « cette année même tu mourras », et il mourut cette année-là, ayant ordonné, selon nos Sages, de dissimuler sa mort pour paraître avoir eu raison - témoignage glaçant de l'obstination humaine qui ne renonce pas au mensonge, même au seuil de la tombe.