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Chapitre 27 - Le joug du roi de Babylone

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Introduction : Le joug sur le cou

Le chapitre 27 de Yirmiyahou est placé sous le signe d'un acte symbolique. Le prophète reçoit l'ordre de porter sur son cou un joug de bête, et d'adresser un message aux cinq rois des contrées voisines venus comploter avec Tsidkiyahou contre le roi de Babylone. Le message est sans équivoque : c'est le Saint, béni soit-Il, qui a remis le pouvoir entre les mains de Nevoukhadnetsar, et quiconque se révolte contre lui s'oppose en réalité au décret divin, courant à sa perte par l'épée, la famine, la peste et l'exil. En revanche, celui qui soumet son cou au joug demeurera sur sa terre.

בְּרֵאשִׁית מַמְלֶכֶת יְהוֹיָקִם בֶּן־יֹאשִׁיָּהוּ מֶלֶךְ יְהוּדָה הָיָה הַדָּבָר הַזֶּה אֶל־יִרְמְיָה מֵאֵת יְהֹוָה לֵאמֹר׃ - Au commencement du règne de Yehoyakim, fils de Yoshiyahou, roi de Juda, cette parole fut adressée à Yirmiyahou de la part de l'Éternel, en ces termes :

La prophétie fut transmise à Yirmiyahou dès la première année du règne de Yehoyakim. C'est déjà à cet instant qu'il lui fut révélé ce qui se produirait après la royauté de Yehoyakim et celle de Yehoyakhine, lorsque viendrait le règne de Tsidkiyahou.

כֹּה־אָמַר יְהֹוָה אֵלַי עֲשֵׂה לְךָ מוֹסֵרוֹת וּמֹטוֹת וּנְתַתָּם עַל־צַוָּארֶךָ׃ - Ainsi m'a parlé l'Éternel : Fais-toi des liens et des barres de joug, et mets-les sur ton cou.

Les « motot » désignent les traverses en bois du joug, semblables à celles portées par les bêtes de somme. Les « mosserot » sont les lanières avec lesquelles on attache le joug. Yirmiyahou reçoit l'ordre de placer tout cet attelage sur sa propre nuque. Rachi rapporte que ces liens demeurèrent quinze années durant sur son cou : de la première année de Yehoyakim jusqu'à la quatrième année de Tsidkiyahou, moment où Hananiah ben Azour vint briser ces barres de dessus son cou, comme nous le verrons plus loin.

וְשִׁלַּחְתָּם אֶל־מֶלֶךְ אֱדוֹם וְאֶל־מֶלֶךְ מוֹאָב וְאֶל־מֶלֶךְ בְּנֵי עַמּוֹן וְאֶל־מֶלֶךְ צֹר וְאֶל־מֶלֶךְ צִידוֹן בְּיַד מַלְאָכִים הַבָּאִים יְרוּשָׁלַ͏ִם אֶל־צִדְקִיָּהוּ מֶלֶךְ יְהוּדָה׃ - Et tu les enverras au roi d'Édom, au roi de Moab, au roi des enfants d'Amon, au roi de Tyr et au roi de Sidon, par l'entremise des messagers venus à Jérusalem auprès de Tsidkiyahou, roi de Juda.

Nos Sages rapportent que Nevoukhadnetsar, roi de Babylone, avait établi Tsidkiyahou roi et lui avait conféré l'autorité sur les cinq monarques énumérés ici : Édom, Moab, les enfants d'Amon, Tyr et Sidon. Tsidkiyahou avait été désigné par Nevoukhadnetsar pour être à leur tête. Une apparente difficulté surgit alors : le premier verset mentionne le début du règne de Yehoyakim, alors qu'ici figure déjà Tsidkiyahou. Le Malbim explique que, d'après la logique même du texte, il faut en déduire que dès l'époque de Yehoyakim, Tsidkiyahou occupait déjà le rang de second du royaume, comme vice-roi, et c'est à ce titre qu'il est évoqué ici, bien avant son accession effective au trône.

וְצִוִּיתָ אֹתָם אֶל־אֲדֹנֵיהֶם לֵאמֹר כֹּה־אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל כֹּה תֹאמְרוּ אֶל־אֲדֹנֵיכֶם׃ - Et tu leur ordonneras de déclarer à leurs maîtres : Ainsi parle l'Éternel Tsévaot, le D.ieu d'Israël, voici ce que vous direz à vos maîtres :

Yirmiyahou est sommé d'enjoindre à ces messagers, ces émissaires dépêchés par les cinq rois, de transmettre solennellement cette parole à leurs souverains respectifs.

C'est Moi qui ai fait la terre : La souveraineté appartient au Saint, béni soit-Il
אָנֹכִי עָשִׂיתִי אֶת־הָאָרֶץ אֶת־הָאָדָם וְאֶת־הַבְּהֵמָה אֲשֶׁר עַל־פְּנֵי הָאָרֶץ בְּכֹחִי הַגָּדוֹל וּבִזְרוֹעִי הַנְּטוּיָה וּנְתַתִּיהָ לַאֲשֶׁר יָשַׁר בְּעֵינָי׃ - C'est Moi qui ai fait la terre, l'homme et la bête qui sont sur la surface de la terre, par Ma grande puissance et par Mon bras étendu, et Je la donne à celui qui Me paraît digne.

Le Saint, béni soit-Il, déclare : C'est Moi qui ai fait la terre, et J'ai pleine possession tant de la terre elle-même que des êtres vivants qui s'y trouvent - l'homme et l'animal à la surface de la terre. Toute la création a été accomplie par Ma grande force, et sa subsistance continue repose sur Mon bras étendu.

Et que signifie « bras étendu » ? Le bras reste constamment étendu. Rabbi 'Haïm de Volozhin explique dans le Nefech Ha'Haïm, comme le rapportent également les ouvrages des Kabbalistes, et comme cela ressort avec précision du texte de la prière et d'autres sources encore, que le Saint, béni soit-Il, n'a pas créé le monde en un acte unique pour s'en retirer ensuite quant à sa subsistance. Bien au contraire, à chaque instant, Il fait vivre le monde par Sa volonté : « Dans Sa bonté, Il renouvelle chaque jour continuellement l'œuvre de la Création » - non seulement chaque jour, mais à chaque instant. À quoi cela est-il comparable ? Si l'on soulève un verre et qu'on le maintient en l'air, on demandera : comment tient-il ? Parce qu'en cet instant précis, on le tient. Dès qu'on retire la main, il tombe. De même, pour ainsi dire, le Saint, béni soit-Il, soutient le monde à chaque instant et le vivifie, et s'Il retirait un seul instant Sa volonté, le monde cesserait d'exister. Voilà ce qu'est « Mon bras étendu ».

« Et Je l'ai donnée à celui qui est droit à Mes yeux » - c'est Moi qui donne la terre à celui qui Me paraît droit, c'est Moi qui établis les rois qui s'élèvent à la tête de tous, et c'est Moi qui ai désigné Nevoukhadnetsar. Tout procède de Lui, béni soit-Il.

Nevoukhadnetsar, Mon serviteur
וְעַתָּה אָנֹכִי נָתַתִּי אֶת־כׇּל־הָאֲרָצוֹת הָאֵלֶּה בְּיַד נְבוּכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ־בָּבֶל עַבְדִּי וְגַם אֶת־חַיַּת הַשָּׂדֶה נָתַתִּי לוֹ לְעׇבְדוֹ׃ - Et maintenant, J'ai livré tous ces pays entre les mains de Nevoukhadnetsar, roi de Babylone, Mon serviteur, et Je lui ai aussi donné les bêtes des champs pour le servir.

J'ai remis tous ces pays entre ses mains, et il règne en maître universel. Et que signifie « Je lui ai aussi donné les bêtes des champs pour le servir » ? Nos Sages disent que lorsque Nevoukhadnetsar vivait parmi les bêtes, celles-ci lui apportaient à boire et à manger. Comme nous le verrons dans le livre de Daniel, Nevoukhadnetsar fut chassé de son palais et vécut pendant sept ans comme une bête des champs, mangeant de l'herbe et vivant parmi les animaux ; durant cette période, les bêtes le servaient.

Toutefois, le Radak précise qu'il s'agit là d'une explication allégorique (derach), car selon le sens littéral, il mangeait alors de l'herbe et n'avait nul besoin que les animaux lui apportent sa nourriture - « et on te fera paître de l'herbe comme les bœufs ». Que signifie donc « Je lui ai aussi donné les bêtes des champs pour le servir » ? Nos Sages enseignent que Nevoukhadnetsar chevauchait un lion et s'attachait un serpent autour de la tête en guise de couronne, afin de montrer que tous le redoutaient et qu'il dominait toute chose. Autre explication : nos Sages indiquent qu'il employait des bêtes féroces à la guerre, des éléphants et des lions, selon l'usage des anciens, et c'est en cela que les bêtes des champs le servaient lorsqu'il partait au combat. C'est pourquoi le prophète leur enjoint de ne pas tenter de se révolter contre lui.

וְעָבְדוּ אֹתוֹ כׇּל־הַגּוֹיִם וְאֶת־בְּנוֹ וְאֶת־בֶּן־בְּנוֹ עַד בֹּא־עֵת אַרְצוֹ גַּם־הוּא וְעָבְדוּ בוֹ גּוֹיִם רַבִּים וּמְלָכִים גְּדֹלִים׃ - Toutes les nations le serviront, lui, son fils et le fils de son fils, jusqu'à ce que vienne le temps de son propre pays, et que de nombreuses nations et de grands rois l'asservissent à leur tour.

Hachem lui promet trois générations de règne : lui-même, son fils - Evil-Merodakh, et son petit-fils - Belchatsar. C'est Belchatsar qui perdit la royauté, comme il est dit : « Cette nuit-là même, Belchatsar fut tué », ainsi que nous le verrons dans le livre de Daniel. « Jusqu'à ce que vienne le temps de son propre pays » - jusqu'à ce qu'arrive à son tour le moment où son pays sera conquis, « et que de nombreuses nations et de grands rois l'asservissent à leur tour ».

Pourquoi la prophétie fut-elle transmise précisément à ces rois ?

Le Radak explique : ces cinq rois avaient envoyé des messagers à Tsidkiyahou, qui régnait sur eux au nom de Nevoukhadnetsar, pour lui proposer de former une coalition et de se rebeller contre le roi de Babylone. C'est pourquoi Yirmiyahou leur envoie les liens et le joug, en leur disant : Sachez-le, ainsi parle Hachem, vous devez courber votre cou sous le joug du roi de Babylone, car c'est Moi qui l'ai établi roi. Tel est le but de cette mission et l'objet de cette prophétie.

וְהָיָה הַגּוֹי וְהַמַּמְלָכָה אֲשֶׁר לֹא־יַעַבְדוּ אֹתוֹ אֶת־נְבוּכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ־בָּבֶל וְאֵת אֲשֶׁר לֹא־יִתֵּן אֶת־צַוָּארוֹ בְּעֹל מֶלֶךְ בָּבֶל בַּחֶרֶב וּבָרָעָב וּבַדֶּבֶר אֶפְקֹד עַל־הַגּוֹי הַהוּא נְאֻם־יְהֹוָה עַד־תֻּמִּי אֹתָם בְּיָדוֹ׃ - Et la nation ou le royaume qui ne le servira pas, lui, Nevoukhadnetsar, roi de Babylone, et qui ne courbera pas son cou sous le joug du roi de Babylone, Je châtierai cette nation par l'épée, par la famine et par la peste, dit Hachem, jusqu'à ce que Je les aie anéantis par sa main.

Celui qui ne se livrera pas entre ses mains - dit le Saint, béni soit-Il -, Je sévirai contre lui par l'épée, par la famine et par la peste, « jusqu'à ce que Je les aie anéantis par sa main », jusqu'à ce qu'ils soient totalement et définitivement livrés entre ses mains.

Le Malbim remarque qu'à cette époque, il existait en réalité de grands empires qui n'étaient pas soumis à Nevoukhadnetsar, et quiconque étudie l'histoire constate que sa domination n'était pas absolue. Cependant, les petits royaumes étaient contraints de s'abriter sous la protection d'un grand empire. Tel est l'ordre des choses : si un petit royaume ne dispose de personne pour le protéger, son puissant voisin peut venir l'engloutir. C'est pourquoi les petits royaumes se soumettaient à un grand empire, lui payaient un tribut, et celui-ci s'engageait à veiller sur leur sécurité. Il s'ensuit que celui qui n'était pas soumis à Nevoukhadnetsar devait nécessairement se placer sous la protection d'un autre grand empire pour être défendu contre lui. Et c'est à ce propos que l'Écriture déclare : la nation et le royaume qui ne le serviront pas et ne placeront pas leur cou sous son joug - Je sévirai contre eux par l'épée, la famine et la peste, jusqu'à ce qu'ils soient tous entièrement livrés entre ses mains.

En vertu de quel mérite Nevoukhadnetsar a-t-il mérité trois générations de royauté ?

Pourtant, c'était un roi tyrannique et impie ; pourquoi donc a-t-il mérité un règne de trois générations ? Il est rapporté que lorsqu'une lettre fut envoyée à Hizkiyahu, roi de Yehouda, de la part de Berodakh-Baladan, fils de Baladan, Nevoukhadnetsar en était le messager et le scribe. La lettre portait : de la part de Berodakh-Baladan, à Hizkiyahu roi de Yehouda, à Jérusalem la ville sainte et à Hachem, le D.ieu d'Israël. Nevoukhadnetsar s'écria : « Si vous reconnaissez qu'Hachem est le D.ieu d'Israël, comment pouvez-vous Le mentionner en dernier ? Il faut Le faire passer en premier ! » Il fit trois pas, reprit la lettre et la réécrivit ainsi : à Hachem, D.ieu d'Israël, à Jérusalem, et enfin au roi Hizkiyahu. En récompense de ces pas, il mérita une dynastie de trois générations : lui-même, son fils Evil-Merodakh et son petit-fils Belchatsar. C'est pourquoi Hachem déclare : c'est Moi qui ai remis le pouvoir entre ses mains.

Mise en garde contre les faux prophètes et les devins
וְאַתֶּם אַל־תִּשְׁמְעוּ אֶל־נְבִיאֵיכֶם וְאֶל־קֹסְמֵיכֶם וְאֶל חֲלֹמֹתֵיכֶם וְאֶל־עֹנְנֵיכֶם וְאֶל־כַּשָּׁפֵיכֶם אֲשֶׁר־הֵם אֹמְרִים אֲלֵיכֶם לֵאמֹר לֹא תַעַבְדוּ אֶת־מֶלֶךְ בָּבֶל׃ - Et vous, n'écoutez pas vos prophètes, ni vos devins, ni vos songeurs, ni vos augures, ni vos magiciens, qui vous disent : Vous ne serez point asservis au roi de Babylone.

« Vos prophètes » - ce sont les faux prophètes. « Vos devins » - ceux qui pratiquent la divination. « Vos songes » - ceux qui prédisent l'avenir au moyen de rêves provoqués. « Vos augures » (onénim) - une sorte de sorcier, comme l'énumère la Torah : augure, devin et magicien ; l'augure (mé'onén) est celui qui affirme que tel moment propice (ona) est favorable pour accomplir telle action et que tel autre ne l'est pas, comme si l'on pouvait déterminer les temps et les saisons par les astres. « Vos magiciens » - ceux qui s'adonnent à diverses formes de sorcellerie. Tous ceux-là disaient au peuple : Ne vous inquiétez pas, vous n'en arriverez jamais à ce que le roi de Babylone domine sur vous. Ils rassuraient le peuple - d'une fausse quiétude. Et c'est pourquoi le prophète leur dit : Ne les écoutez pas !

כִּי שֶׁקֶר הֵם נִבְּאִים לָכֶם לְמַעַן הַרְחִיק אֶתְכֶם מֵעַל אַדְמַתְכֶם וְהִדַּחְתִּי אֶתְכֶם וַאֲבַדְתֶּם׃ - Car c'est le mensonge qu'ils vous prophétisent, afin de vous éloigner de votre terre, pour que Je vous exile et que vous périssiez.

« Afin de vous éloigner de votre terre » ne signifie pas que telle soit leur intention - car ce n'est évidemment pas leur but. Cela signifie plutôt que telle en sera la conséquence : leurs paroles aboutiront en fin de compte à vous éloigner de votre sol. En effet, tant que vous demeurez sur votre terre et payez le tribut au roi de Babylone, vous y resterez et ne serez pas exilés. Mais si vous vous révoltez, dit le Créateur du monde, Je viendrai en aide à Nevoukhadnetsar et Je vous bannirai de votre terre, et ainsi vous périrez.

וְהַגּוֹי אֲשֶׁר יָבִיא אֶת־צַוָּארוֹ בְּעֹל מֶלֶךְ־בָּבֶל וַעֲבָדוֹ וְהִנַּחְתִּיו עַל־אַדְמָתוֹ נְאֻם־יְהֹוָה וַעֲבָדָהּ וְיָשַׁב בָּהּ׃ - Mais la nation qui placera son cou sous le joug du roi de Babylone et le servira, Je la laisserai reposer sur sa terre, oracle de l'Éternel, elle la cultivera et y habitera.

C'est là que réside toute l'idée des liens et du joug, et c'est la dimension symbolique de la chose : voyez, il faut soumettre son cou au joug du roi de Babylone. Et quiconque agira ainsi - « Je le laisserai reposer sur sa terre », il trouvera le repos sur sa terre, il pourra labourer, semer, moissonner et y habiter en paix.

Paroles adressées à Tsidkiyahu
וְאֶל־צִדְקִיָּה מֶלֶךְ־יְהוּדָה דִּבַּרְתִּי כְּכׇל־הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה לֵאמֹר הָבִיאוּ אֶת־צַוְּארֵיכֶם בְּעֹל מֶלֶךְ־בָּבֶל וְעִבְדוּ אֹתוֹ וְעַמּוֹ וִחְיוּ׃ - Et à Tsidkiyahou, roi de Yehouda, j'ai adressé toutes ces paroles en disant : Placez vos cous sous le joug du roi de Babylone, servez-le, lui et son peuple, et vivez.

C'est ainsi qu'il avertit les cinq rois : ce n'est pas seulement à vous que j'adresse ces paroles, je les ai également dites à Tsidkiyahou. Dès lors, à quoi vous servira votre alliance avec Tsidkiyahou contre le joug du roi de Babylone ? Tsidkiyahou ne pourra pas vous protéger, car lui-même est tenu de courber l'échine sous le joug du roi de Babylone. Il s'ensuit que votre conspiration ne servira à rien.

לָמָּה תָמוּתוּ אַתָּה וְעַמֶּךָ בַּחֶרֶב בָּרָעָב וּבַדָּבֶר כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר יְהֹוָה אֶל־הַגּוֹי אֲשֶׁר לֹא־יַעֲבֹד אֶת־מֶלֶךְ בָּבֶל׃ - Pourquoi mourriez-vous, toi et ton peuple, par l'épée, par la famine et par la peste, comme l'Éternel l'a annoncé au sujet de la nation qui ne servira pas le roi de Babylone ?

Pourquoi mourriez-vous, toi et ton peuple, par l'épée, la famine et la peste ? Car tel sera le sort réservé à quiconque n'acceptera pas de se soumettre à la domination du roi de Babylone.

וְאַל־תִּשְׁמְעוּ אֶל־דִּבְרֵי הַנְּבִאִים הָאֹמְרִים אֲלֵיכֶם לֵאמֹר לֹא תַעַבְדוּ אֶת־מֶלֶךְ בָּבֶל כִּי שֶׁקֶר הֵם נִבְּאִים לָכֶם׃ - Et n'écoutez pas les paroles des prophètes qui vous disent : Vous ne servirez point le roi de Babylone ! Car c'est un mensonge qu'ils vous prophétisent.

Il l'a déjà dit, pourquoi donc le répéter ? Parce qu'auparavant, il s'adressait aux cinq rois, alors qu'ici, il met à nouveau en garde Tsidkiyahou et ses ministres.

כִּי לֹא שְׁלַחְתִּים נְאֻם־יְהֹוָה וְהֵם נִבְּאִים בִּשְׁמִי לַשָּׁקֶר לְמַעַן הַדִּיחִי אֶתְכֶם וַאֲבַדְתֶּם אַתֶּם וְהַנְּבִאִים הַנִּבְּאִים לָכֶם׃ - Car Je ne les ai pas envoyés, déclare l'Éternel, et ils prophétisent faussement en Mon nom, avec pour conséquence que Je vous bannirai et que vous périrez, vous et les prophètes qui vous prophétisent.

« Ils ne sont point Mes envoyés », dit le Saint, béni soit-Il, « et ils prophétisent faussement en Mon nom ». Et une fois encore, « afin que Je vous bannisse » signifie : voilà tout ce qu'ils vous apporteront - qu'en fin de compte, vous serez chassés de la terre, vous et les prophètes qui vous prédisent cela. Certes, il est très agréable d'entendre une prophétie affirmant qu'il n'y a rien à craindre et que le roi de Babylone ne pourra rien contre vous. Mais dans les faits, leur dit Yirmiyahou, sachez que vous tomberez entre ses mains. N'écoutez pas ces discours.

Les ustensiles - La fausse prophétie annonçant leur retour
וְאֶל־הַכֹּהֲנִים וְאֶל־כׇּל־הָעָם הַזֶּה דִּבַּרְתִּי לֵאמֹר כֹּה אָמַר יְהֹוָה אַל־תִּשְׁמְעוּ אֶל־דִּבְרֵי נְבִיאֵיכֶם הַנִּבְּאִים לָכֶם לֵאמֹר הִנֵּה כְלֵי בֵית־יְהֹוָה מוּשָׁבִים מִבָּבֶלָה עַתָּה מְהֵרָה כִּי שֶׁקֶר הֵמָּה נִבְּאִים לָכֶם׃ - Et aux Cohanim et à tout ce peuple, j'ai parlé en ces termes : Ainsi parle l'Éternel : N'écoutez pas les propos de vos prophètes qui vous prophétisent en disant : Voici que les ustensiles de la Maison de l'Éternel vont être bientôt rapportés de Babylone, sans tarder ! Car c'est un mensonge qu'ils vous prophétisent.

Les ustensiles du Beth Hamikdach avaient déjà été déportés lors de l'exil de Yékhoniya, et nous nous trouvons à l'époque de Tsidkiyahou, qui lui succède. Les faux prophètes vinrent alors faire de belles promesses au peuple : ainsi a parlé Hachem, les ustensiles exilés à Babylone vont revenir, et dans deux ans, Hachem ramènera les ustensiles et rétablira la royauté - pourvu que vous ne capituliez pas devant le roi de Babylone, mais que vous vous révoltiez contre lui. C'était une prophétie magnifique et réconfortante, mais entièrement mensongère. Non seulement ces ustensiles ne reviendront pas, mais ceux qui sont restés ici partiront eux aussi. Certes, les ustensiles finirent par être rapportés, à l'époque d'Ezra et Néhémie, mais ce n'est pas ce que prétendaient les faux prophètes, comme nous allons l'expliquer immédiatement en précisant quand il fut véritablement annoncé qu'ils reviendraient.

אַל־תִּשְׁמְעוּ אֲלֵיהֶם עִבְדוּ אֶת־מֶלֶךְ־בָּבֶל וִחְיוּ לָמָּה תִהְיֶה הָעִיר הַזֹּאת חׇרְבָּה׃ - Ne les écoutez pas ! Servez le roi de Babylone et vivez ! Pourquoi cette ville deviendrait-elle une ruine ?

Ne les écoutez pas, car si vous suivez leurs paroles, cette ville deviendra une ruine. Écoutez-moi et placez votre cou sous le joug du roi de Babylone.

וְאִם־נְבִאִים הֵם וְאִם־יֵשׁ דְּבַר־יְהֹוָה אִתָּם יִפְגְּעוּ־נָא בַּיהֹוָה צְבָאוֹת לְבִלְתִּי־בֹאוּ הַכֵּלִים הַנּוֹתָרִים בְּבֵית־יְהֹוָה וּבֵית מֶלֶךְ יְהוּדָה וּבִירוּשָׁלַ͏ִם בָּבֶלָה׃ - S'ils sont de véritables prophètes et si la parole de l'Éternel est avec eux, qu'ils intercèdent donc auprès de l'Éternel Tsévaot pour que les ustensiles restant dans la Maison de l'Éternel, dans la maison du roi de Juda et à Jérusalem ne partent pas à Babylone.

S'ils sont prophètes et que la parole d'Hachem est avec eux, qu'ils prient au moins pour que les ustensiles qui se trouvent encore ici ne partent pas à Babylone ! Au lieu de prophétiser que les ustensiles déjà déportés à Babylone vont revenir, faites plutôt une faveur et priez pour que ce qui reste ici ne soit pas emporté. Le Malbim explique : il avait été explicitement révélé à Yirmiyahou par prophétie que les ustensiles restants partiraient eux aussi à Babylone ; dès lors, il est impensable que les premiers reviennent alors même que les seconds sont sur le point d'être exilés. C'est pourquoi il leur dit : si la parole d'Hachem est véritablement avec vous, on vous a assurément révélé le contraire, à savoir que les ustensiles restants seront déportés à Babylone.

Et voici un principe fondamental : lorsqu'une prophétie est transmise à un prophète non pas sous forme de mission, mais à titre de simple information, son but est qu'il prie. En effet, si la prophétie s'inscrit dans le cadre d'une mission - « va avertir le peuple » -, l'objectif est limpide : que le peuple fasse téchouva. Mais si le Saint, béni soit-Il, informe le prophète en tête-à-tête : « C'est à toi que Je révèle qu'il va advenir telle et telle chose », pourquoi le lui a-t-Il révélé ? Pour qu'il prie et renverse la situation. Tel est le but de cette prophétie. C'est pourquoi Yirmiyahou leur dit : si Hachem vous a révélé quelque chose sans vous ordonner de le transmettre, « qu'ils intercèdent donc auprès d'Hachem » ; c'est là que la prière est efficace. Priez devant Hachem pour que cela ne se produise pas !

כִּי כֹה אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת אֶל־הָעַמֻּדִים וְעַל־הַיָּם וְעַל־הַמְּכֹנוֹת וְעַל יֶתֶר הַכֵּלִים הַנּוֹתָרִים בָּעִיר הַזֹּאת׃ - Car ainsi parle l'Éternel Tsévaot au sujet des colonnes, de la mer d'airain, des bases et du reste des ustensiles demeurés dans cette ville.

« El ha'amoudim » (vers les colonnes) - c'est-à-dire au sujet des colonnes, les colonnes d'airain qui se trouvaient dans le Beth Hamikdach. « Et au sujet de la mer » - il s'agit de la mer d'airain, la cuve de Chelomo, une immense vasque contenant l'eau nécessaire à la sanctification des mains et des pieds des Cohanim. « Et au sujet des bases » - ce sont les socles des bassins ; Chelomo avait confectionné dix bassins, et chaque bassin reposait sur une sorte de chariot permettant de le déplacer, appelé mékhona. Et sur le reste des ustensiles demeurés dans la ville, il y a également une prophétie.

אֲשֶׁר לֹא־לְקָחָם נְבוּכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ בָּבֶל בַּגְלוֹתוֹ אֶת־יְכׇנְיָה בֶן־יְהוֹיָקִים מֶלֶךְ־יְהוּדָה מִירוּשָׁלַ͏ִם בָּבֶלָה וְאֵת כׇּל־חֹרֵי יְהוּדָה וִירוּשָׁלָ͏ִם׃ - Que Nabuchodonosor, roi de Babylone, n'a pas pris lorsqu'il exila de Jérusalem à Babylone Yékhanya, fils de Yéhoyakim, roi de Juda, ainsi que tous les nobles de Juda et de Jérusalem.

Tous ces ustensiles n'avaient pas encore été emportés par Nabuchodonosor lors de l'exil de Yékhanya, fils de Yéhoyakim.

כִּי כֹה אָמַר יְהֹוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל עַל־הַכֵּלִים הַנּוֹתָרִים בֵּית יְהֹוָה וּבֵית מֶלֶךְ־יְהוּדָה וִירוּשָׁלָ͏ִם׃ - Car ainsi parle l'Éternel Tsévaot, Dieu d'Israël, au sujet des ustensiles restant dans la Maison de l'Éternel, dans la maison du roi de Juda et à Jérusalem :
בָּבֶלָה יוּבָאוּ וְשָׁמָּה יִהְיוּ עַד יוֹם פׇּקְדִי אֹתָם נְאֻם־יְהֹוָה וְהַעֲלִיתִים וַהֲשִׁיבֹתִים אֶל־הַמָּקוֹם הַזֶּה׃ - Ils seront emportés à Babylone et y demeureront jusqu'au jour où Je Me souviendrai d'eux, oracle de l'Éternel, puis Je les ferai remonter et les ramènerai en ce lieu.

Certes, les ustensiles reviendront, mais quand ? « Jusqu'au jour où Je Me souviendrai d'eux ». Ce n'est qu'au moment où Je Me souviendrai d'eux, dit le Saint, béni soit-Il, qu'ils feront leur retour. Et quand eut lieu ce jour mémorable ? À l'époque de Cyrus (Korech), comme nous le voyons dans le livre d'Ezra : il donna la permission de rapatrier les ustensiles, et le texte y dénombre des milliers d'objets remontés de Babylone vers Jérusalem. Quant à la reconstruction du Temple : Cyrus en accorda l'autorisation, mais les ennemis de Juda rédigèrent une accusation calomnieuse contre cette décision et les travaux furent interrompus ; plus tard, Darius, qui lui succéda, autorisa la reprise du chantier - il s'agit de Darius le fils d'Esther, et c'est lui qui permit de rebâtir le Beth Hamikdach, acceptant également que Néhémie monte consoler et relever les ruines de Jérusalem.

Deux prophéties et deux noms

Le Malbim relève avec précision que deux choses sont dites ici : la première - que le reste des ustensiles sera emporté à Babylone ; et la seconde - qu'au jour de la visite divine, ces ustensiles seront ramenés en terre d'Israël. La première prophétie s'est accomplie dans son intégralité, et tous les ustensiles furent emportés à Babylone, comme nous le verrons à la fin du livre. En revanche, la seconde déclaration, relative à leur retour, ne s'est réalisée que pour les ustensiles du culte en or et en argent, qui furent restitués à l'époque de Cyrus lorsque des milliers d'ustensiles furent remis entre les mains de Chechbatsar le prince, ainsi qu'il est écrit dans le livre d'Ezra. Quant aux colonnes et à la mer d'airain érigées par Salomon - les ustensiles de cuivre - ils ne furent jamais restitués.

C'est pourquoi la chose est formulée en deux temps : « Ainsi parle Hachem Tsevaot au sujet des colonnes et de la mer » - à leur sujet, il est seulement dit « ils seront emportés à Babylone », sans mention de retour, car en effet les colonnes et la mer ne sont jamais revenues. Puis vient une prophétie supplémentaire : « Ainsi parle Hachem Tsevaot, D.ieu d'Israël, au sujet des ustensiles restants » - il s'agit des ustensiles d'argent et d'or, à propos desquels il est également dit « Je les ferai remonter et Je les ramènerai en ce lieu ». C'est la raison pour laquelle, dans la première parole, il est seulement dit « Ainsi parle Hachem Tsevaot », tandis que dans la seconde, il est précisé « Ainsi parle Hachem Tsevaot, D.ieu d'Israël » : le départ des ustensiles pour Babylone découle du fait qu'Hachem est le D.ieu des armées célestes et exerce Sa souveraineté selon Sa volonté ; mais leur retour découle de ce qu'Hachem Tsevaot est le D.ieu d'Israël, et que dans Son amour, Il veille à restituer à Israël ses ustensiles.

En conclusion :

Dans ce chapitre, Yirmeyahou a reçu l'ordre de porter des liens et des jougs sur son cou, tel un message vivant adressé aux cinq rois qui projetaient de se rebeller contre Babylone aux côtés de Tsidkiyahou : le Créateur du monde, qui a façonné la terre par Sa grande force et la maintient à chaque instant par Son bras étendu, est Celui qui a remis la domination entre les mains de Nevoukhadnetsar pour trois générations. Par conséquent, quiconque soumet son cou au joug demeurera sur sa terre, tandis que celui qui s'y refuse périra par l'épée, la famine et la peste. Une mise en garde sans cesse réitérée est adressée aux cinq rois, à Tsidkiyahou et à ses ministres, ainsi qu'aux cohanim et au peuple : n'écoutez pas les faux prophètes, les devins et les astrologues qui promettent un salut rapide et la restitution des ustensiles du Temple. Bien au contraire, s'ils sont de véritables prophètes, qu'ils prient pour que les ustensiles restants ne partent pas en exil. Et finalement : tous les ustensiles sont descendus à Babylone, et au jour fixé, à l'époque de Cyrus, les ustensiles d'argent et d'or furent restitués - car Hachem Tsevaot est le D.ieu d'Israël.