TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 20 - Pach'hour frappe Jérémie - 2e partie

Lire l'original

« Car j'ai entendu les calomnies de la multitude, l'effroi tout autour : "Dénoncez-le, et nous le dénoncerons !" Tous mes familiers épient ma chute : "Peut-être se laissera-t-il séduire, et nous l'emporterons sur lui, et nous tirerons vengeance de lui !" » « Car j'ai entendu les calomnies de la multitude » : le terme diba se rattache à la parole, au fait de faire parler. J'ai entendu des propos malveillants, des calomnies proférées contre moi, des complots qui se murmurent. « L'effroi » (magor) : ce mot évoque aussi un rassemblement. Rachi demande : quel est ce rassemblement, que disent ces gens assemblés qui chuchotent autour de moi ? « Dénoncez-le, et nous le dénoncerons ! » Comment comprendre cette expression ? Rachi rapporte deux explications. La première, selon Menahem, rapproche naguidennou de « vous ne ferez point d'incisions » (lo titgodedou), qui exprime une idée de destruction, de coupure, comme « abattez l'arbre » (godou ilana). Selon ce sens, ils disent : « Venez, coupons-le, anéantissons-le ! » Dounach, en revanche, l'explique au sens propre de raconter ou dénoncer : « Colportez contre lui des mensonges, et nous irons le dénoncer au roi ! » Autrement dit, que l'un invente une histoire, et les autres se chargeront de la diffuser et de la transmettre aux autorités. Le Malbim explique : outre les outrages et les persécutions subis en raison de mes prophéties, ils font circuler sur mon compte des calomnies mensongères. Et qu'on ne pense pas qu'il s'agisse de quelques individus isolés, dont on pourrait ignorer les racontars ; il s'agit d'une rumeur colportée par la multitude. Or, chacun sait le pouvoir d'une rumeur publique : lorsque « tout le monde le dit », cela devient plus fort que tout, indiscutable et admis par tous. De plus, il y a la calomnie de Magor Missaviv. Qui est-ce ? C'est Pach'hour lui-même, à qui Jérémie avait donné ce surnom. Même un personnage de ce rang participe à la diffamation. Lorsque la rumeur est portée à la fois par la foule et par un dignitaire, elle emporte l'adhésion générale. Et que font-ils ? D'abord, ils dressent de faux témoins : les uns forgent la calomnie, et les autres la transmettent au roi et aux juges. Jérémie ajoute : « Tous mes familiers épient ma chute. » Ceux qui prétendaient être des amis de paix guettent désormais mon faux pas. Le mot tséla évoque la chute, le trébuchement, comme dans le verset : « À ma chute (ovetsal'i), ils se réjouissent et s'assemblent. » Ils espèrent qu'il commettra un impair, qu'il prononcera un mot de trop, afin de le prendre au mot. « Peut-être se laissera-t-il séduire, et nous l'emporterons sur lui » : peut-être se laissera-t-il piéger, et nous pourrons l'accuser et le faire tomber. « Et nous tirerons vengeance de lui » : pourquoi chercher à se venger ? Parce qu'ils s'imaginent, comme nous l'avons vu, qu'il invente toutes ces funestes prophéties de son propre chef et qu'il mérite donc d'être châtié.

« Mais l'Éternel est avec moi comme un héros puissant ; c'est pourquoi mes persécuteurs trébucheront et ne prévaudront point. Ils seront fort confus de n'avoir point réussi : ce sera une ignominie perpétuelle qui ne s'oubliera point. » « L'Éternel est avec moi comme un héros puissant » : le Radak explique que Jérémie déclare : ils veulent me faire mourir, mais je ne les crains point, car le Saint, béni soit-Il, m'a déjà assuré plus haut : « Ils combattront contre toi, mais ils ne pourront rien contre toi. » Le Radak propose ici deux interprétations : soit l'Éternel se tient à mes côtés tel un vaillant guerrier qui m'escorte constamment, un garde du corps divin ; soit l'Éternel m'a rendu moi-même semblable à un vaillant guerrier en fortifiant mon pouvoir. Que l'expression désigne l'Éternel ou Jérémie lui-même, la conclusion demeure la même : je détiens une force face à eux et je ne crains rien. « C'est pourquoi mes persécuteurs trébucheront et ne prévaudront point » : ils ne parviendront pas à m'atteindre. « Ils seront fort confus de n'avoir point réussi » : le verbe haskil, rappelle le Radak, renvoie au succès, comme dans « David réussissait (maskil) dans toutes ses voies ». Leurs entreprises étant vouées à l'échec, ils n'en retireront que de la honte. « Une ignominie perpétuelle qui ne s'oubliera point » : leur déconvenue sera si éclatante que l'histoire en gardera le souvenir à jamais, à la manière de ces échecs retentissants ou de ces ruses célèbres qui traversent les siècles. Le Malbim offre une interprétation originale de l'expression ve-Hachem oti : il lit oti dans le sens de « mon étendard » ou « mon insigne » (ot), comme dans « et ce sera pour toi comme un signe (ot) sur ta main ». Dieu est en quelque sorte peint sur ma bannière, Il est mon drapeau et combat pour moi. Dès lors, mes persécuteurs échoueront, incapables de me nuire, et ils seront couverts d'un opprobre éternel pour avoir forgé de toutes pièces ces mensonges. Quelle est la nuance entre la honte (bocha) et l'ignominie (kelima) ? Le Malbim a déjà souligné que la honte est un sentiment intérieur que l'on éprouve face à soi-même, tandis que l'ignominie est l'humiliation subie sous le regard d'autrui.

« Et l'Éternel des armées sonde le juste, Il voit les reins et le cœur : que je voie Ta vengeance sur eux, car c'est à Toi que j'ai confié ma cause ! » « L'Éternel des armées sonde le juste » : Toi, Maître du monde, sais si celui qui paraît juste aux yeux des hommes l'est véritablement au fond de lui-même. Tu sais si son intérieur est conforme à son apparence extérieure. Si ce n'est pas le cas, Dieu finit par révéler ses mauvaises actions au grand jour. La Guémara enseigne en effet que celui qui étudie la Torah en secret voit sa Torah proclamée publiquement, et qu'à l'inverse, les fautes commises en cachette finissent par être dévoilées par le Créateur aux yeux de tous. Le Malbim explique : puisque Tu sondes qui est véritablement dans son droit, Toi qui lis dans les reins et le cœur et connais les pensées de chacun, Tu sais bien que cette calomnie répandue contre moi n'est que pur mensonge, et que pareille faute n'a même jamais effleuré mon esprit. En règle générale, on dit qu'il n'y a pas de fumée sans feu, et nos Sages enseignent que si une rumeur circule contre quelqu'un, même s'il n'a pas commis l'acte, la pensée a pu traverser son esprit. Cependant, précise la Guémara, ce principe ne vaut que si l'homme n'a pas d'ennemis déclarés. En présence d'ennemis, ceux-ci sont capables d'inventer des infamies qui n'ont jamais, au grand jamais, effleuré l'esprit de l'accusé. C'est ainsi que les commentateurs expliquent l'attitude des frères de Yossef, qui « ne purent lui parler pacifiquement » : selon la Halakha, quiconque ne parle pas à son prochain pendant trois jours est qualifié d'ennemi. Comme Yossef rapportait de mauvais propos à leur père, ils savaient que l'on pourrait penser : « Il n'y a pas de fumée sans feu, même s'ils ne l'ont pas fait, ils y ont sûrement songé. » En cessant tout contact avec lui pendant trois jours, ils acquirent officiellement le statut d'ennemis, de sorte que ses propos perdaient toute crédibilité, prouvant qu'ils n'avaient même pas envisagé le mal dont il les accusait. Jérémie s'écrie donc : Toi, Maître du monde, Tu connais ma droiture ; Tu sais que cette calomnie est totalement fausse et que je n'y ai même jamais songé. « Que je voie Ta vengeance sur eux » : non pas ma vengeance, mais la Tienne. Le Malbim précise : en quel nom prophétisé-je ? Au mien ? En quelle mission vais-je vers eux ? Dans la mienne ? C'est pour Ta mission, Maître du monde ! Quand ils s'en prennent à moi, c'est donc contre Toi qu'ils se dressent. « Car c'est à Toi que j'ai confié ma cause » : toute cette querelle n'a lieu que pour Toi. Est-ce pour mon plaisir que je leur adresse ces dures remontrances ? Je préférerais leur tenir des propos agréables plutôt que de m'attirer leur haine ! Tout ce combat est mené pour Ton honneur et selon Ton ordre ; c'est donc à Toi qu'il revient de régler ce compte avec eux.

« Chantez à l'Éternel, louez l'Éternel, car Il a délivré l'âme du malheureux de la main des méchants ! » Et Jérémie rend grâce à Dieu de l'avoir préservé de leur noire calomnie, en empêchant ses ennemis de mener leur dessein à terme.

« Maudit soit le jour où je suis né ! Que le jour où ma mère m'a enfanté ne soit point béni ! » « Le jour où je suis né » (youladeti) désigne en réalité le jour de sa conception. En effet, il dira plus loin « où j'ai été conçu », et on ne saurait traduire ici par la naissance, puisque la suite du verset mentionne explicitement : « Que le jour où ma mère m'a enfanté ne soit point béni ! » Ce jour-là ayant déjà trait à l'accouchement, le premier membre de phrase concerne la conception. Que soit donc maudit le jour où sa mère l'a conçu, et que ne soit point béni le jour où elle l'a mis au monde. Pourquoi maudire le jour de la conception ? Chez Job, nous trouvons qu'il maudit la nuit où un mâle fut conçu, ce qui est l'ordre habituel des choses. Pourquoi Jérémie parle-t-il du jour ? Nos Sages racontent que lorsque Menaché mettait à mort les prophètes, 'Hilkiyahou, le père de Jérémie, dut s'enfuir en plein jour. Avant de fuir, il cohabita avec son épouse, et de cette union fut conçu Jérémie. Il est donc tout à fait cohérent que Jérémie maudisse le jour de cette union féconde. Le Radak observe que c'est sous l'effet d'une profonde amertume que les justes maudissent le jour de leur venue au monde. Et il ajoute aussitôt : bien qu'une malédiction ne puisse atteindre un jour déjà révolu, le prophète veut dire par là que ce jour fut funeste, puisqu'il vit son apparition sur terre. Job s'était exprimé de même : « Périsse le jour où je suis né ! » Pour la naissance elle-même, il n'y a aucune difficulté à mentionner le jour, une femme pouvant accoucher de jour comme de nuit.

Le Malbim explique que la première partie du verset, « Maudit soit le jour où je fus conçu », constate en réalité un état de fait : ce jour était déjà maudit par lui-même. En quoi l'était-il ? Au vu de ce que nous avons rappelé, c'est ce jour-là que le roi Menaché massacra les prophètes. C'était donc intrinsèquement un jour de deuil et d'horreur. Jérémie s'exclame : regardez en quel jour maudit j'ai été conçu, un jour d'angoisse où les envoyés de Dieu périssaient et où mon père devait fuir ! Selon cette explication, le Malbim n'a pas à résoudre la difficulté soulevée par le Radak : Jérémie ne lance pas une malédiction sur le passé, il constate que la date même de sa conception était déjà marquée par le malheur. Quant au jour de sa naissance, la tradition rabbinique rapporte qu'il naquit le 9 Av (Ticha be-Av), jour où le Temple devait être détruit. C'est pourquoi il dit : « Que le jour où ma mère m'a enfanté ne soit point béni ! » Au futur : ce jour de naissance se révélerait lui aussi dépourvu de bénédiction dans l'avenir. Ainsi, ces deux journées portent en elles-mêmes le sceau du drame : l'une vit le massacre des prophètes, l'autre verrait la ruine du Sanctuaire. Le Malbim précise enfin la distinction des termes : lorsqu'on parle de l'engendrement du point de vue du père (youladeti), il s'agit de la conception par laquelle le père transmet la semence ; tandis que la venue au monde par la mère (yeladatni imi) désigne l'enfantement effectif.

« Maudit soit l'homme qui annonça cette nouvelle à mon père, disant : "Un enfant mâle t'est né !", et qui le combla de joie ! » Maudit soit celui qui apporta cette annonce à mon père en l'invitant à se réjouir. « Et qui le combla de joie » : il croyait lui apporter un vrai bonheur. Le Radak soulève une question : comment Jérémie peut-il maudire ce messager ? Si cet homme était encore vivant, une telle malédiction risquait-elle de l'atteindre ? Et s'il s'agissait d'un homme de bien, Jérémie se rendrait-il coupable d'avoir maudit un innocent ? Le Radak répond : il n'y a là aucune difficulté, car savez-vous qui était ce messager ? C'était Pach'hour ben Imer en personne, celui-là même qui venait de battre Jérémie et de le mettre au carcan ! C'est donc de lui qu'il s'agit. « Et qui le combla de joie » : sur le moment, le père s'en réjouit, car les hommes se réjouissent traditionnellement de la naissance d'un fils. Mais le Radak ajoute : si mon père avait su que mon existence ne serait que labeur et affliction, il ne se serait nullement réjoui. Mon père croyait vivre un jour d'allégresse, sans comprendre que cette joie se muerait en douleur. Le Metsoudat David explique quant à lui que, dans la mesure où il s'avère rétrospectivement que cette naissance a inauguré une vie de supplices et de prophéties tragiques, cette nouvelle n'était nullement heureuse. Or, il est bien connu que l'homme de bien annonce le bien, comme on le lit au sujet du messager venant vers David : « C'est un homme de bien, il vient pour une bonne nouvelle. » Puisqu'il s'agissait en réalité d'une nouvelle néfaste annonçant une vie de tourments, celui qui l'a transmise ne pouvait être qu'un homme mauvais. C'est le sens de : « Maudit soit l'homme qui apporta cette nouvelle à mon père. » Rétrospectivement, sa nature perverse se dévoile à travers l'issue de son message. Selon le Radak, les mots « et qui le combla de joie ? » peuvent aussi se lire sur un ton interrogatif : y avait-il vraiment matière à se réjouir d'une telle naissance, suivie de tant de calamités ?

« Que cet homme soit comme les villes que l'Éternel a renversées sans repentir ! Qu'il entende des cris le matin, et des clameurs d'alarme à midi ! » « Comme les villes que l'Éternel a renversées » fait référence à Sodome et Gomorrhe. « Sans repentir » : l'Éternel, une fois Sa décision arrêtée, ne revint pas sur Son décret et exécuta la sentence sans merci. « Qu'il entende des cris le matin, et des clameurs d'alarme à midi » : cet homme devait entendre les lamentations de ses proches dès l'aube, et cette détresse devait le poursuivre jusqu'au milieu du jour. Le Radak note que la clameur (terouah) est plus intense que le simple cri (zéakah) ; le mot terouah peut exprimer la joie, mais aussi le deuil ou la détresse militaire. Selon l'explication du Malbim, Jérémie décrit ce qui arriva effectivement à cet homme : pour prix de son annonce, il encourut la malédiction et fut exécuté par Menaché. Au lieu d'une récompense, il reçut la mort. Cet homme périt lui et tout ce qui lui appartenait, à l'image des cités détruites. Il entendit des cris le matin lorsqu'on le jeta en prison pour le juger, et des sonneries de trompette à midi lorsqu'on le mena au supplice, précédé par les hérauts proclamant sa condamnation.

Et pourquoi Menaché le fit-il mourir ? « Parce qu'il ne m'a pas fait mourir dès le sein maternel, pour que ma mère me servît de tombeau, et que son sein fût gros pour toujours ! » Selon le Malbim, Menaché lui reprocha ceci : « J'ai ordonné l'extermination de tous les prophètes ; or tu as vu naître un fils de prophète (car 'Hilkiyahou son père était prophète, la tradition voulant que chaque fois qu'un prophète est nommé avec son père, tous deux soient prophètes). Sachant qu'un tel enfant portait en lui un don de prophétie, pourquoi ne l'as-tu pas tué aussitôt ? » Menaché exécuta donc le messager pour n'avoir pas supprimé Jérémie avant qu'il ne voie le jour. Si cela avait été fait, « ma mère m'eût servi de tombeau », j'aurais péri dans ses entrailles, « et son sein eût été gros pour toujours » (herat olam). Qu'est-ce qu'une grossesse perpétuelle ? Toute gestation normale aboutit à la naissance et à la vie ; mais si l'enfant meurt dans le ventre de sa mère, cette grossesse ne débouche jamais sur la vie et demeure pour ainsi dire éternellement inachevée. S'il avait fait boire à sa mère une potion fatale au fœtus, elle eût été sa tombe. Le Radak explique quant à lui l'expression « parce qu'il ne m'a pas fait mourir dès le sein » comme une plainte : pourquoi ne m'a-t-on pas fait mourir avant que je ne sorte du ventre ? Soit le reproche s'adresse à cet homme, soit, selon Rachi, il vise l'Ange de la mort (pourquoi ne m'a-t-il pas fauché avant ma naissance ?), soit encore, suggère le Radak, il s'adresse à Dieu Lui-même, à l'instar de Job demandant pourquoi Dieu n'avait pas clos les portes du sein maternel pour lui épargner les souffrances de cette vie. Si tel avait été le cas, sa mère aurait été sa sépulture et son sein serait resté éternellement clos sans enfanter.

« Pourquoi suis-je sorti du sein maternel, pour voir le labeur et la douleur, et pour que mes jours se consument dans la honte ? » C'est ainsi que Jérémie conclut, commente le Malbim : les épreuves et les malheurs étaient inscrits sur moi dès l'instant de ma conception, et ma sortie du sein n'a fait que m'introduire dans un monde où mille détresses m'attendaient. Rachi explique que « le labeur et la douleur » désignent la vision terrible de la destruction du Beth Hamikdach. Pourquoi suis-je venu au monde, sinon pour assister à la ruine du Sanctuaire de l'Éternel ? Valait-il vraiment la peine de naître pour contempler un tel désastre ?