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Chapitre 17 - Le péché de Yehouda et la sainteté du Chabbat - 1ère partie

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Introduction : un chapitre aux expressions énigmatiques et la question du Bitahon

Le chapitre 17 de Yirmeyahou s'ouvre sur une description saisissante de la profondeur de la faute de Yehouda, pour aborder ensuite l'un des passages fondamentaux des Prophètes concernant la confiance en Hachem face à la confiance en l'homme. Dès les premiers versets, on ressent la complexité des expressions employées, bien loin du langage plus accessible rencontré jusqu'ici. C'est pourquoi chaque terme suscite de multiples interprétations, et il nous faudra redoubler d'efforts pour en pénétrer le sens profond.

Avec un stylet de fer et une pointe de diamant - faute manifeste et faute intérieure

חַטַּאת יְהוּדָה כְּתוּבָה בְּעֵט בַּרְזֶל בְּצִפֹּרֶן שָׁמִיר חֲרוּשָׁה עַל־לוּחַ לִבָּם וּלְקַרְנוֹת מִזְבְּחוֹתֵיכֶם׃ - Le péché de Yehouda est écrit avec un stylet de fer, avec une pointe de diamant ; il est gravé sur la table de leur cœur et sur les cornes de vos autels.

Rachi explique qu'il s'agit d'une métaphore montrant à quel point la faute est incrustée et gravée en eux, devenue indélébile. Rachi cite également un Midrach Aggada : « avec un stylet de fer » fait allusion à Yirmeyahou, qualifié de colonne de fer ; « avec une pointe de diamant » fait allusion à Yé'hezkel, à qui il fut dit : « J'ai rendu ton front pareil au diamant, plus dur que le roc ». En d'autres termes, la faute de Yehouda est profondément gravée, et si vous cherchez où elle s'inscrit, regardez ces deux prophètes qui furent les grands réprimandeurs d'Israël : en eux apparaît toute l'intensité de cette empreinte. « Gravée sur la table de leur cœur » : Rachi précise qu'ils n'oublient jamais leur idolâtrie, qui demeure constamment devant leurs yeux.

Le Malbim explique le dédoublement de cette formulation. Un stylet de fer écrit en surface : on traçait avec un stylet métallique, laissant une marque sur le support, mais uniquement en superficie. En revanche, la pointe de diamant (chamir), matière d'une dureté absolue, creuse en profondeur. Le prophète vient donc signifier que leur faute est à la fois manifeste et intérieure. D'un côté, « avec un stylet de fer », l'écriture superficielle ; de l'autre, « avec une pointe de diamant », la gravure qui pénètre au plus profond du cœur. C'est pourquoi, en regard de la « pointe de diamant », le texte dit « gravée sur la table de leur cœur », car la pointe incise l'intériorité ; et en regard du « stylet de fer », symbole de l'aspect extérieur, il est dit « et sur les cornes de vos autels », car les cornes des autels sont visibles aux yeux de tous, et l'on peut y discerner le péché de Yehouda.

L'idée fondamentale est la suivante : il arrive qu'un homme accomplisse un acte qui lui reste extérieur, et d'une chose extérieure, il est aisé de se détacher. Mais lorsqu'un acte provient de l'intériorité du cœur, il est bien plus difficile de s'en défaire, car il prend sa source dans des motivations profondes et un attachement intime. C'est précisément le message adressé ici : votre faute n'est pas un simple égarement superficiel, mais un mal intérieur, « gravée avec une pointe de diamant sur la table de leur cœur ».

La nostalgie de l'idolâtrie

כִּזְכֹּר בְּנֵיהֶם מִזְבְּחוֹתָם וַאֲשֵׁרֵיהֶם עַל־עֵץ רַעֲנָן עַל גְּבָעוֹת הַגְּבֹהוֹת׃ - Comme ils se souviennent de leurs enfants, ainsi pensent-ils à leurs autels et à leurs achères, près des arbres verdoyants, sur les collines élevées.

Tout comme ils pensent à leurs enfants de tout leur cœur, ils se souviennent de leurs autels et de leurs achères (l'achéra étant un arbre idolâtré). Rachi explique : de même qu'ils chérissaient le souvenir de leurs enfants, de même se remémoraient-ils leurs autels, à l'image d'un père épris de nostalgie pour son fils. Il ne s'agissait nullement d'une pratique de façade, mais d'une passion intime qui vibrait dans chaque fibre de leur être ; tout comme un homme se languit de son enfant, ils étaient passionnément attachés à l'idolâtrie.

La suite du verset précise : « leurs autels » près de tout arbre verdoyant, et « leurs achères » sur les hautes collines. Ils avaient coutume d'édifier des autels à proximité des arbres, conformément à ce qui est interdit dans la Torah : « Tu ne planteras point d'achéra, aucun arbre, près de l'autel de l'Éternel ton D.ieu », car telle était la coutume des nations d'ériger un autel près des arbres ; quant aux achérot, ces arbres idolâtres, ils les plantaient sur les collines élevées. Quelle en était la raison profonde ? Il est connu que le lieu de résidence des esprits, des démons et autres forces extérieures se trouve fréquemment dans les arbres. Par conséquent, désirant capter ces forces occultes et faire en sorte qu'elles influent sur leurs sacrifices, ils officiaient auprès d'un arbre ou sous son ombrage. Ils puisaient ainsi, à travers ces supports matériels que sont l'arbre et l'autel, les énergies spirituelles des forces de l'impureté.

En réalité, ils possédaient une réelle connaissance des procédés permettant d'entrer en contact avec ces forces extérieures. Lavan, par le biais des téraphim, était bien capable de savoir où Yaakov s'était enfui, et ce n'est pas sans motif que Ra'hel s'en était emparée. Les téraphim consistaient en un crâne sur lequel on faisait descendre une force d'impureté, et par ce biais, cette force impure s'exprimait. De même, nous avons vu que le Veau d'or disait : « Je suis l'Éternel ton D.ieu » et « Tu n'auras pas d'autres dieux » ; par quelle puissance ? Par la force d'impureté qu'ils y avaient insufflée. Ils savaient donc parfaitement comment attirer ces forces pour qu'elles résident sur les arbres, et c'est pourquoi ils érigeaient l'autel près de l'arbre. Le terme d'achéra revêt par ailleurs un autre sens : certains vouaient un culte à l'arbre lui-même, et cet arbre vénéré est également désigné sous le nom d'achéra.

« Harari bassadé » - Qui est cette montagne ?

הֲרָרִי בַּשָּׂדֶה חֵילְךָ כׇל־אוֹצְרוֹתֶיךָ לָבַז אֶתֵּן בָּמֹתֶיךָ בְּחַטָּאת בְּכׇל־גְּבוּלֶיךָ׃ - Ô Ma montagne dans la campagne ! Ta richesse, tous tes trésors, Je les livrerai au pillage, ainsi que tes hauts lieux, pour le péché commis dans toutes tes frontières.

Le Radak explique que l'on pratiquait l'idolâtrie sur les montagnes, et c'est pourquoi le prophète qualifie Israël de « Ma montagne dans la campagne ». C'est en quelque sorte une interpellation : vous, peuple d'Israël, vous êtes Ma montagne au milieu du champ. La montagne exprime l'importance, une réalité haute et sublime. « Ta richesse, tous tes trésors, Je les livrerai au pillage » - tes forces et tes richesses qui se trouvent dans la campagne, Je les livrerai toutes au pillage. « Tes hauts lieux, pour le péché dans toutes tes frontières » - le Radak précise qu'il faut lire cette formule de manière inversée : « pour le péché de tes hauts lieux dans toutes tes frontières », c'est-à-dire en raison de la faute commise sur les hauts lieux, dans l'idolâtrie, à travers tout ton territoire. Le Radak cite d'ailleurs plusieurs autres exemples dans le Tanakh où l'ordre des mots est ainsi inversé dans la lecture. Pourquoi donc tous tes trésors seront-ils livrés au pillage ? À cause du péché des hauts lieux érigés dans toutes tes frontières.

Le Malbim propose une explication différente : « Harari bassadé » ne renvoie pas à Israël, mais au Beth Hamikdach. Le Temple est le mont Sion, qualifié de montagne ; ainsi, « Ma montagne dans la campagne » désigne Ma montagne qui se dresse désormais au milieu d'un champ - le champ de Sion. Et pourquoi est-il appelé champ ? Parce que tout ce qui l'entoure a déjà été détruit, comme il est dit : « Sion sera labourée comme un champ », toute la contrée ayant été dévastée. Le prophète leur annonce : Ma montagne se tient dans un champ, dans un lieu déjà conquis, détruit et labouré ; « Ta richesse, tous tes trésors, Je les livrerai au pillage », et Je livrerai aussi tes hauts lieux au pillage. Et pour quelle raison ? « Pour le péché dans toutes tes frontières » - à cause de la faute des hauts lieux présente sur l'ensemble de ton territoire.

Une double Chemita - de la terre et de soi-même

וְשָׁמַטְתָּה וּבְךָ מִנַּחֲלָתְךָ אֲשֶׁר נָתַתִּי לָךְ וְהַעֲבַדְתִּיךָ אֶת־אֹיְבֶיךָ בָּאָרֶץ אֲשֶׁר לֹא־יָדָעְתָּ כִּי־אֵשׁ קְדַחְתֶּם בְּאַפִּי עַד־עוֹלָם תּוּקָד׃ - Tu devras délaisser, et par ta propre faute, l'héritage que Je t'avais donné, et Je t'asservirai à tes ennemis dans un pays que tu ne connais pas ; car vous avez allumé un feu dans Ma colère, qui brûlera à jamais.

Ici encore, les termes employés sont particulièrement complexes. Rachi commente « Ve-chamattah » : contre ton gré, la terre te sera retirée. Pourquoi ? Conformément à ce qui est écrit dans la Torah : « parce qu'elle ne s'était point reposée ». Lorsque le Saint, béni soit-Il, a prescrit la loi de la Chemita, Il a averti que si vous ne laissiez pas la terre se reposer durant l'année sabbatique, la terre vous rejetterait dans l'exil et prendrait d'elle-même ses périodes de repos. L'exil d'Israël entre le premier et le second Temple dura soixante-dix ans, correspondant rigoureusement au nombre d'années de Chemita que le peuple n'avait pas observées, une année pour une année. Chaque Chemita négligée a provoqué la perte de la terre. En effet, lorsque nous respectons la Chemita, nous nous abstenons de travailler la terre, et lorsque nous en sommes exilés, nous ne la travaillons pas non plus. Le Saint, béni soit-Il, nous a offert le choix d'observer de plein gré la Chemita ; à défaut, la terre l'accomplira d'elle-même : « Alors la terre acquittera ses sabbats tout le temps de sa désolation ».

« Ouvekha minah'alatekha » - Rachi explique : Je réclamerai vengeance sur toi à cause de ton héritage, pour n'avoir pas accompli les devoirs que Je t'avais prescrits sur cette terre. Rachi rapporte également une autre interprétation : c'est sur toi-même (« ouvekha ») que portera le châtiment, en t'exilant de ton patrimoine. Il apparaît donc que pour Rachi, tout le reproche divin formulé ici concerne la transgression de la Chemita.

Le Malbim, pour sa part, explique qu'il s'agit ici d'une double Chemita : une rupture avec la terre et une dépossession de soi-même. « Tu devras délaisser ton héritage » - car après l'assassinat de Guedalia ben Ahikam, le reste du peuple descendit en Égypte, abandonnant ainsi le pays et renonçant à son patrimoine. Le mot « chemita » évoque le fait de lâcher prise, de se dessaisir d'une chose, comme dans les expressions bibliques prescrivant de relâcher sa main. S'ils étaient restés en terre d'Israël, le pays n'aurait pas été laissé à l'abandon, car Nabuchodonosor y avait maintenu des vignerons et des laboureurs, et la terre ne leur aurait pas échappé. Pourquoi cette fuite a-t-elle eu lieu ? Parce qu'on a cru trouver le salut en Égypte, en dépit des avertissements du prophète qui adjurait de ne pas y descendre, promettant qu'aucun secours n'y viendrait. En définitive, les paroles du prophète ne furent point écoutées, entraînant à nouveau le châtiment.

Le texte ajoute « ouvekha » - pour signifier que cette dépossession s'appliquera également à ta propre personne. En quel sens ? Tant qu'un homme demeure son propre maître, il ne subit aucune aliénation : de même qu'étant souverain sur sa terre, celle-ci ne lui échappe point, de même lorsqu'il est maître de lui-même, il ne perd pas possession de sa liberté. Mais quand un conquérant le réduit en esclavage, la propriété qu'il exerçait sur sa personne lui est ôtée, et la privation l'atteint en son être même. Il existait donc un droit sur la terre qui a été perdu lors de la fuite en Égypte, et une autonomie personnelle qui subsistait encore temporairement, avant de disparaître à son tour. Tel est le sens profond de « Tu devras délaisser, et en toi-même, ton héritage » : tu perdras tout ensemble ta terre et ta souveraineté individuelle, basculant de la liberté dans la servitude. C'est l'accomplissement de : « et Je t'asservirai à tes ennemis dans un pays que tu ne connais pas » - en Égypte, car Nabuchodonosor finit par conquérir également ce territoire. « Car vous avez allumé un feu dans Ma colère, qui brûlera à jamais » - comme nous l'avons souligné au chapitre 16, vous avez provoqué l'indignation du Maître du monde, et cette ferveur de rigueur se perpétuera sans fin.

Maudit soit l'homme qui met sa confiance en l'homme

כֹּה אָמַר יְהֹוָה אָרוּר הַגֶּבֶר אֲשֶׁר יִבְטַח בָּאָדָם וְשָׂם בָּשָׂר זְרֹעוֹ וּמִן־יְהֹוָה יָסוּר לִבּוֹ׃ - Ainsi parle l'Éternel : Maudit soit l'homme qui se confie en l'homme, qui fait de la chair son appui, et dont le cœur se détourne de l'Éternel.

Quel rapport y a-t-il ici ? Selon Rachi, c'est la suite du verset précédent. En effet, selon lui, tout ce qui a été dit dans le verset précédent est lié à la Chemita de la terre qu'ils n'étaient pas prêts à respecter, et c'est pourquoi elle leur a été retirée. Et sur cela, le verset déclare : celui qui refuse d'observer la Chemita manque de bitahon (confiance en Dieu), car quiconque met sa confiance en Hachem est prêt à abandonner sa terre et sa vigne, à les laisser en friche, sachant que la parnassa (subsistance) vient d'Hachem. Mais celui qui n'agit pas ainsi met sa confiance dans l'homme et se dit : si je ne laboure pas et si je ne sème pas, je n'aurai rien à manger. Et selon les termes de Rachi : dans son labour et sa moisson, se disant : je sèmerai la septième année et je mangerai.

« Et qui prend la chair pour son bras » (« Vessam bassar zero'o ») - Rachi explique que ce mot ne dérive pas ici de « bras » (zeroa), mais a le sens d'« aide » (êzro), tout comme on intervertit les lettres dans keves et kechev, kahel et lahak ; de même ici, « zero'o » signifie son secours. De même, le Targoum traduit par « rouhtzaneih », c'est-à-dire son appui, celui sur qui il compte et qui lui viendra en aide. « Et dont le cœur se détourne d'Hachem » - car le Saint, béni soit-Il, a promis : « J'ordonnerai Ma bénédiction pour vous », or toi, tu ne te reposes pas sur Lui mais dis : si je ne travaille pas, je n'aurai rien à manger.

Le Malbim explique, dans la continuité de son commentaire sur le verset précédent, que le reproche porte ici sur le fait qu'ils se sont appuyés sur l'Égypte plutôt que sur la promesse du prophète et sur la promesse d'Hachem de leur venir en aide. Et comme nous l'avons vu à maintes reprises, le prophète leur reproche de s'appuyer sur un roseau brisé en comptant sur l'Égypte, comme il est écrit : « Malheur à ceux qui descendent en Égypte pour chercher du secours, qui s'appuient sur les chars et ne se tournent pas vers Hachem ».

Et que signifie cette redondance : « se confie en l'homme » et « prend la chair pour son bras » ? Le Malbim répond : il existe un homme qui place sa confiance en l'homme, tout en plaçant aussi sa confiance en Hachem. Comment cela ? On lui dit de faire confiance à Hachem, et il répond : « C'est vrai, mais il faut faire beaucoup d'hichtadlout (efforts humains), car comment le salut arrivera-t-il ? Hachem va-t-Il le faire descendre du ciel ? » C'est-à-dire qu'il compte sur Hachem pour le sauver par l'intermédiaire d'untel. Et nous avons déjà souligné à plusieurs reprises que l'homme, dans sa grande naïveté, ne se contente pas de faire des efforts, mais donne aussi des conseils au Maître du monde sur la façon dont Il devrait envoyer le salut : « Maître du monde, j'ai déjà tout organisé, Tu n'as pas besoin de Te fatiguer ; j'ai déjà parlé à ce ministre et à cet autre, j'ai tout conclu, Tu as juste à faire en sorte que son cœur s'adoucisse, et l'affaire est réglée ! » Il prend soin du Saint, béni soit-Il, et Lui facilite le travail...

Un tel homme, bien qu'il s'appuie sur l'homme, place néanmoins l'essentiel de la force et de son bitahon en Hachem. Il imagine que le salut passera par un canal précis, mais il dit : « Maître du monde, c'est Toi qui inclineras son cœur » - il place donc sa confiance en Hachem. En revanche, il y a un autre type d'homme dont toute la confiance repose sur l'humain, au point que même le « bras » n'est pour lui que de chair. Or, le Malbim explique en plusieurs endroits que le bras est la force qui meut la main, et que le terme « bras » (zeroa) exprime toujours la cause première qui met en mouvement d'autres moyens d'action, la force initiale créant le mouvement qui se propage. Ainsi, « prendre la chair pour son bras » signifie que l'homme est persuadé que le moteur premier de l'action est entièrement humain : « Si je n'agis pas, personne ne le fera ; si je n'interviens pas, rien ne bougera ici ». Le Créateur du monde n'a plus de place dans sa vision, le bras n'est plus un instrument au service de Son dessein, mais tout découle de la force de l'homme, d'une force purement charnelle. C'est pourquoi « son cœur se détourne d'Hachem », et c'est sur lui qu'il est dit : « Maudit ».

Il ressort de là qu'il y a deux types d'hommes, et que le premier n'est pas qualifié de maudit. Celui qui place sa confiance en l'homme mais sait encore que le bras, la force motrice, vient d'Hachem, n'est pas maudit. Il n'a certes pas atteint la plénitude du bitahon, mais il n'est pas maudit. En revanche, celui qui place sa confiance en l'homme et, pire encore, estime que l'homme est lui-même la cause première et qu'il n'y a aucun Créateur dans l'histoire, c'est lui qui « prend la chair pour son bras », et c'est à lui que s'applique la malédiction.

Et en vérité, il est très difficile d'atteindre le niveau le plus élevé, car même le degré inférieur qui n'est pas maudit - faire confiance à Hachem tout en s'attendant à ce que la délivrance vienne par l'homme - correspond déjà à la réalité de la plupart des gens. On dit : « J'agis, je fais ce qu'il faut, et avec l'aide de Dieu cela marchera ». Autrement dit, le Saint, béni soit-Il, ne fait qu'« aider » : moi j'ai déjà fait le nécessaire, j'ai parlé à untel, j'ai agi, et avec l'aide d'Hachem cela réussira. On attend qu'Hachem apporte seulement Son aide, sans songer un instant que du début à la fin, tout émane de Lui, béni soit-Il. Pourtant, ton idée même vient de Lui, car « c'est Lui qui te donne la force d'acquérir des richesses », ce que le Targoum traduit par : « le conseil d'acquérir des biens ». Ton idée elle-même n'est qu'un conseil qui t'a été inspiré par Hachem.

Et c'est ainsi que l'homme se comporte : lorsqu'il réussit et qu'on lui demande comment il y est parvenu, il répond que, Baroukh Hachem, il y a eu de la siyata dichmaya (l'aide du Ciel), qu'Hachem l'a aidé - sous-entendu : c'est moi qui ai agi, le mérite me revient, et Hachem m'a donné un coup de main. En revanche, lorsqu'il subit un cuisant échec et qu'on lui demande ce qui s'est passé, il s'exclame : « Sache-le, tout vient d'En haut, tout dépend de Lui, béni soit-Il ! » Il rejette l'entière responsabilité de ses échecs sur le Saint, béni soit-Il. Mais n'y es-tu pas pour quelque chose ? N'as-tu pas fait de mauvais choix ? C'est qu'il cherche déjà à tirer profit de son échec : « Cela aussi sera certainement pour le bien », alors même que beaucoup ont pâti et ont trébuché par sa faute. Sur ses propres actes, pas de remise en question, et quant à la chute : « tout vient de Lui, béni soit-Il ! » Combien l'homme est prêt à déformer la réalité, pourvu qu'il puisse préserver l'illusion qu'il n'accomplit que de bonnes choses et ne se trompe jamais.

Comme un genévrier dans la steppe

וְהָיָה כְּעַרְעָר בָּעֲרָבָה וְלֹא יִרְאֶה כִּי־יָבוֹא טוֹב וְשָׁכַן חֲרֵרִים בַּמִּדְבָּר אֶרֶץ מְלֵחָה וְלֹא תֵשֵׁב׃ - Il sera comme un arbre isolé dans la steppe, il ne verra pas venir le bonheur ; il habitera les lieux arides du désert, une terre salée et inhabitable.

Concernant l'homme dont le cœur se détourne d'Hachem, le prophète déclare qu'il ressemble à un arbre solitaire (ariri) dans la steppe, un arbre qui ne reçoit pas l'abondance des bienfaits du ciel d'en haut, selon les termes du Malbim. « Il ne verra pas venir le bonheur » - là-bas, dans la steppe et le désert, il n'espère pas les pluies. Et peut-être trouvera-t-il autour de lui des aides et des soutiens ? À cela il est dit : « il habitera les lieux arides » (harerim), c'est-à-dire qu'il demeure auprès de broussailles desséchées dans le désert. « Harerim » évoque la sécheresse, comme dans « vayéhar » (desséché), « hara api » (ma colère s'est enflammée), ou « les fleuves se sont desséchés » (harevou). Et peut-être y a-t-il sous terre une source d'eau souterraine ? À cela il est dit : « une terre salée et inhabitable » - le sol en dessous est saturé de sel, un lieu stérile où nul ne peut s'établir. Il en résulte que cet homme se trouvera dans une situation totalement dépourvue de la moindre siyata dichmaya. Quant au terme « ar'ar », il se rattache soit à l'idée d'isolement et de dénuement (ariri), soit, selon d'autres commentateurs, à une variété d'arbre stérile qui ne donne aucun fruit. Quoi qu'il en soit, cet homme ne connaîtra aucun salut, parce qu'il « a pris la chair pour son bras ».

Béni soit l'homme qui met sa confiance en Hachem

בָּרוּךְ הַגֶּבֶר אֲשֶׁר יִבְטַח בַּיהֹוָה וְהָיָה יְהֹוָה מִבְטַחוֹ׃ - Béni soit l'homme qui met sa confiance en l'Éternel, et dont l'Éternel est l'assurance.

Le Malbim explique : non seulement il place sa confiance en Hachem, mais de plus, « l'Éternel est son assurance ». Un homme qui a confiance en Hachem pour que le Saint, béni soit-Il, le délivre à travers divers moyens naturels, comme nous l'avons expliqué - en traçant lui-même la voie pour le Maître du monde, en multipliant les démarches et en s'attendant à ce que la délivrance arrive par ces intermédiaires précis -, même s'il a foi en Hachem, son « assurance » (mivta'h), c'est-à-dire le moyen par lequel il compte obtenir ce qu'il désire, n'est pas Hachem. Il espère que le salut viendra par telle voie, par telle personne, que la subsistance viendra du champ, du magasin ou d'autres relais naturels par lesquels il planifie son secours. Dès lors, bien qu'il ait foi en Hachem, Hachem n'est pas son assurance directe : son appui repose sur son champ, sur cet élément naturel sur lequel il s'adosse. Un tel homme n'est certes pas maudit, car en fin de compte il se tourne vers le Maître du monde, mais il n'est pas non plus béni.

Qui est donc l'homme béni ? Le Malbim répond : l'homme béni est l'exact opposé de l'homme maudit. Le maudit se fie à lui-même du début à la fin, tandis que le béni place sa confiance dans le Maître du monde du début à la fin. « Béni soit l'homme qui met sa confiance en l'Éternel » - car c'est de Lui que vient la délivrance ; « et dont l'Éternel est l'assurance » - car il ne s'appuie même pas sur les moyens naturels : il sait qu'Hachem est son unique recours, il ne cherche pas d'intermédiaires, mais remet tout entre les mains du Saint, béni soit-Il, sachant qu'Hachem est aussi son garant, Celui par lequel il obtiendra ce qu'il recherche. Cet homme s'en remet entièrement à Hachem, et c'est pourquoi il est qualifié de « béni ». Et il est appelé « guéver » (homme vaillant), au sens où il surmonte son penchant (gover al yitsro) et place sa confiance en Hachem.

En effet, le bitahon n'a rien d'évident, et chaque fois qu'il est question de confiance en Dieu, l'homme doit triompher de son penchant. Pourquoi ? Parce que l'homme perçoit naturellement ce qui est tangible, alors que placer sa confiance en Hachem implique de se fier à l'invisible, à ce que l'on ne voit ni ne ressent matériellement. On ressent concrètement que si l'on a travaillé, on a un salaire à la fin de la semaine ; si l'on n'a pas travaillé, il n'y a pas de salaire. Parvenir à faire confiance à Hachem et à comprendre que ce salaire n'est rien d'autre qu'un émissaire envoyé par Hachem béni soit-Il, voilà une difficulté de tous les instants.

On raconte qu'un jour, quelqu'un proposa au Rav de Brisk de créer un fonds de dotation doté d'une somme importante, dont les intérêts et dividendes permettraient de financer son kollel. Ce dernier comptait des dizaines d'avrekhim qu'il fallait rémunérer chaque mois, ce qui n'avait rien de simple. Le Rav de Brisk répondit : si j'avais l'argent pour constituer un tel fonds, je l'utiliserais immédiatement pour la Torah, je le diffuserais dès maintenant pour l'étude ; mais accumuler de l'argent pour faire vivre un lieu d'étude grâce aux rentes, cela ne m'intéresse pas. Et il ajouta : je ne suis pas prêt à vendre mon bitahon, même pour un million de dollars. Comme on lui demandait ce qu'il entendait par là, il expliqua : au début du mois, et parfois même à la fin, j'ignore totalement d'où viendra de quoi payer les avrekhim. Il m'arrive de devoir payer le jour de Roch Hodech sans avoir un centime le matin même. Mais j'ai toujours une confiance absolue dans le Maître du monde, et Il ne m'a jamais déçu. Soudain, en début d'après-midi, quelqu'un arrive et me remet une enveloppe, et je peux alors payer tous les avrekhim - et jamais il n'y eut de retard dans leur versement. Il leur dit : chaque mois, je vis une nouvelle épreuve de foi, et je refuse de vendre cette épreuve, ce lien, cette confiance dans le Maître du monde, même pour un million de dollars. Car si vous me donnez un million de dollars, qu'aurais-je accompli ? J'aurais dit au Maître du monde : « Pour l'instant, je me débrouille tout seul, Tu peux T'occuper de Tes autres tâches » - et j'aurais ainsi rompu mon lien avec le Maître du monde.

C'est également pour cela qu'il est écrit que la manne tombait quotidiennement, afin que chaque jour le peuple garde les yeux tournés vers le Maître du monde. En revanche, pour le fils rebelle, comme l'explique le Midrach au nom de Rabbi Chimon bar Yohaï, son père lui remet sa subsistance une seule fois par an en lui disant : prends cela, laisse-moi tranquille et ne viens plus me solliciter. On voit ainsi que le bitahon forge un lien constant avec le Maître du monde et conduit à s'appuyer continuellement sur Lui. C'est le sens de : « Béni soit l'homme qui met sa confiance en l'Éternel, et dont l'Éternel est l'assurance » - béni, car c'est un niveau exceptionnel que de lâcher prise sur les appuis matériels pour s'en remettre uniquement au Maître du monde.

Comme un arbre planté près des eaux

וְהָיָה כְּעֵץ שָׁתוּל עַל־מַיִם וְעַל־יוּבַל יְשַׁלַּח שׇׁרָשָׁיו וְלֹא יִרְאֶה כִּי־יָבֹא חֹם וְהָיָה עָלֵהוּ רַעֲנָן וּבִשְׁנַת בַּצֹּרֶת לֹא יִדְאָג וְלֹא יָמִישׁ מֵעֲשׂוֹת פֶּרִי׃ - Il sera comme un arbre planté près des eaux, qui étend ses racines vers le courant ; il ne craint pas quand vient la chaleur, et son feuillage reste vert ; dans une année de sécheresse, il est sans inquiétude et ne cesse de porter du fruit.

Celui qui place sa confiance en Hachem ressemble à un arbre planté près des eaux, étendant ses racines vers un cours d'eau (« youval »). Le Malbim explique que le mot « youval » désigne habituellement un cours d'eau, comme dans les expressions « ruisseaux, cours d'eaux (yivlé mayim) » ou « comme des saules près des cours d'eau ». Ils sont appelés « yivlé » car ils sont disposés à faire pousser et à féconder la végétation afin qu'elle donne sa récolte, « yivlé » venant de la même racine que « yévoul » (récolte, produit). Tel est le sens de : « qui étend ses racines vers le courant » - il déploie ses racines dans un lieu propice à donner une récolte et des fruits. « Il ne craint pas quand vient la chaleur » - il ne redoute pas que la chaleur ne vienne flétrir ses branches et son feuillage.

« Et son feuillage reste vert ; dans une année de sécheresse, il est sans inquiétude » - le Malbim explique que cela fait allusion au fait qu'il ne craint ni les épreuves passagères ni les malheurs durables ; aucun de ces deux types d'adversité ne l'effraie. Face à un malheur ponctuel comme une sécheresse, une année sans pluie : « il est sans inquiétude », et « il ne cesse de porter du fruit ». Même en de telles circonstances, il continue de porter du fruit, et il ne manque ni de biens ni de richesses, ni de son bien-être, ni de ses enfants ou de son épouse - le terme « fruit » faisant ici référence aux enfants. Il ne s'inquiète pas de l'avènement d'une période difficile, car il est pleinement confiant dans le Maître du monde ; c'est pourquoi même les temps d'épreuve ne font naître en lui aucune angoisse.

Le Malbim analyse avec précision l'expression « il est sans inquiétude » (lo yid'ag) : s'agissant d'un arbre, comment concevoir qu'un arbre s'inquiète ? Certes, les prophètes ont fréquemment recours à la personnification en appliquant des termes humains au monde minéral ou végétal, mais le Malbim précise que ce choix de mots n'est pas fortuit. La tradition enseigne en effet qu'il est interdit à l'homme d'avoir des relations conjugales durant les années de famine ; l'homme s'inquiète donc alors de « faire du fruit », de peur de mettre au monde un enfant dans l'angoisse et de risquer de le voir mourir de faim. Mais celui-ci, par sa grande droiture, ne sera pas inquiet même en temps de disette : « il ne cessera de porter du fruit » et continuera d'engendrer des enfants, sachant qu'il n'a rien à redouter. Il place sa confiance en Hachem, et sait que leur subsistance comme leur délivrance sont assurées.

En conclusion :

Le chapitre s'ouvre sur la profondeur de la faute de Yehouda, qui n'est pas un simple péché superficiel, mais qui est gravé au plus profond du cœur comme avec une pointe de diamant, et exposé aux yeux de tous sur les cornes des autels ; leur attachement passionné à l'idolâtrie était comparable à l'amour d'un père pour son fils. En raison du péché des hauts lieux (bamot) sur tout leur territoire, leurs richesses et leurs trésors seront livrés au pillage, et surviendra un double abandon (chemita) : l'abandon de la terre patrimoniale et l'homme arraché à lui-même, passant de la liberté à la servitude dans un pays qu'il ne connaissait pas. De là, le prophète remonte à la racine des choses : maudit soit l'homme qui met sa confiance en l'homme et prend la chair pour son appui, comme la cause première de toute action, car il est tel un genévrier dans la steppe, totalement privé de l'aide divine (siata dichmaya) ; et à l'inverse, béni soit l'homme qui met sa foi en Hachem et place son entière confiance en Lui seul, sans s'appuyer sur les intermédiaires matériels, car il est comme un arbre planté près des eaux, qui ne craint pas la venue de la chaleur, ne s'inquiète point d'une année de sécheresse et ne cesse de porter du fruit. Et comme l'enseignait le Rav de Brisk, c'est précisément l'incertitude renouvelée chaque mois qui constitue l'épreuve et forge le lien perpétuel avec le Maître du monde, un trésor qu'il ne faudrait céder pour rien au monde.