Introduction
Dans cette partie du chapitre 13, Yirmiyahou poursuit ses réprimandes et passe des paraboles (la ceinture et les cruches) à des propos explicites : un appel au roi et à la reine mère à s'humilier et à accepter le joug de Nevoukhadnetsar, la description des villes fermées et de l'exil imminent, ainsi que la grande récrimination du Saint, béni soit-Il : « Pourquoi tout cela m'arrive-t-il ? » - vous considérez cela comme un hasard, mais Je vous dis qu'il s'agit d'une mesure pour mesure. Le chapitre se conclut par le cri poignant : « Malheur à toi, Jérusalem ! Ne te purifieras-tu donc pas ? » Suivons l'ordre des versets à la lumière des commentaires de Rachi, du Radak et tout particulièrement du Malbim.
« Dis au roi et à la reine mère » - Qui sont-ils et que leur est-il dit ?
אֱמֹר לַמֶּלֶךְ וְלַגְּבִירָה הַשְׁפִּילוּ שֵׁבוּ כִּי יָרַד מַרְאֲשׁוֹתֵיכֶם עֲטֶרֶת תִּפְאַרְתְּכֶם׃ - Dis au roi et à la reine mère : Humiliez-vous, asseyez-vous à terre, car elle est tombée de vos têtes, la couronne de votre gloire.
Qui sont le roi et la reine mère ? Rachi, de même que le Radak, expliquent qu'il s'agit de Yehoyakhine et de sa mère. Ils furent exilés les premiers, en même temps que les vaillants guerriers, les artisans et les serruriers (Harrach et Massguère), et c'est pourquoi ces paroles leur sont adressées. Le Radak ajoute une nuance : le prophète ne s'adresse pas à une personne précise en lui disant « va et dis-leur », mais lance pour ainsi dire un appel à tous les assistants : transmettez ce message au roi et à la reine mère.
Que signifie « Hachpilou chevou » (humiliez-vous, asseyez-vous) ? En apparence, le sens est simple : asseyez-vous dans l'abaissement. Cependant, le terme « Hachpilou » est à la forme causative (Hif'il), comme s'il s'agissait d'une action exercée sur autre chose. Deux explications se présentent donc : soit le sens est d'abaisser votre propre personne, soit, selon le Radak, il s'agit d'un verbe transitif appliqué à un objet extérieur : abaissez votre trône et asseyez-vous à terre.
« Car il est tombé de votre tête (mar'achotékhem) » - selon le Radak, ce terme renvoie à leur souveraineté : le rang éminent et la grandeur qui étaient les vôtres sont déchus et abaissés. De plus, même en exil, ils ne furent point traités selon le rang royal. Il arrive parfois qu'un roi exilé bénéficie de certains privilèges, mais ici, il leur est signifié : votre autorité est déchue - même dans l'exil, vous serez dans l'humiliation la plus totale, car votre statut de dirigeants (dérivé de roch, la tête) sera anéanti. C'est exactement ce qui advint : Yehoyakhine fut jeté en prison comme un homme du commun. De là ressort que leur grandeur tomba au plus bas.
Le Malbim poursuit la ligne d'interprétation initiée précédemment : le Saint, béni soit-Il, ordonne ici au roi et à la reine mère de s'humilier devant Nevoukhadnetsar et d'accepter sa domination, car c'est le Ciel qui l'a fait régner. « Asseyez-vous » signifie : ne combattez pas. Et pourquoi ? « Car il est tombé de votre chevet ». Le Malbim rapproche « mar'achotékhem » de l'expression biblique « il le mit à son chevet » (vayassem méra'achotav) - ce qui entoure la tête, ce que nous nommons aujourd'hui un oreiller ou un appui, ce sur quoi l'on s'adosse. En d'autres termes : l'appui sur lequel vous comptiez dans le pays est déjà déchu, dévasté et livré aux mains des nations. D'ordinaire, un roi s'appuie sur les provinces qui lui restent fidèles ; mais si celles-ci sont également livrées aux nations, sur quoi prendra-t-il appui ? « Et la couronne de votre gloire » - ce sont les ministres et les dignitaires, les artisans et les serruriers, et eux aussi sont déchus. Dès lors, il ne vous reste plus rien : humiliez-vous donc devant Nevoukhadnetsar.
« Les villes du Midi sont fermées » - L'exil de Juda
עָרֵי הַנֶּגֶב סֻגְּרוּ וְאֵין פֹּתֵחַ הׇגְלָת יְהוּדָה כֻּלָּהּ הׇגְלָת שְׁלוֹמִים׃ - Les villes du Midi sont fermées et nul ne les ouvre ; Juda tout entier est exilé, un exil complet.
Selon le sens littéral : les villes du Néguev sont fermées face à ceux qui fondent sur elles depuis le nord, par effroi devant Nevoukhadnetsar qui arrive du septentrion. « Et nul ne les ouvre » - personne n'ouvrira les portes à l'ennemi qui approche. « Juda tout entier est exilé, un exil complet (chlomim) » - Rachi explique : Yehoyakhine ne livrera point bataille, mais sortira pacifiquement, et c'est ainsi que Nevoukhadnetsar le mènera en captivité. Autre explication : « chlomim » dérive du paiement (tachloum) de leur faute, conformément au Targoum Yonathan : « ils ont reçu la rétribution de leurs péchés » - ils furent exilés et le châtiment de leur faute fut pleinement consommé, payant ainsi le prix intégral de leurs fautes.
Le Radak explique que « les villes du Midi » désignent les villes de Juda, car le territoire de Juda se situait au sud de la terre d'Israël, et le verset évoque leur exil. Or, s'ils ont déjà été exilés, pourquoi est-il écrit « sont fermées » ? Le Radak précise : « fermées » signifie qu'elles ont été dévastées - personne ne sort, personne n'entre, nul ne ferme ni n'ouvre, plus aucun être humain ne peut y pénétrer, le pays est en ruine. C'est ainsi que l'on trouve chez Isaïe : « Toute maison est fermée à l'entrée » : la destruction est en soi une forme de fermeture, le lieu n'étant plus habitable. Et que signifie « Juda tout entier est exilé », alors que la totalité du peuple ne fut exilée qu'à l'époque de Tsidkiyahou ? Le Radak répond : le roi a été exilé, or quand le monarque part en exil, c'est comme si tout le royaume était exilé, car le reste n'est plus qu'une question de temps. Dès lors que le roi est captif, la sentence d'exil total est d'ores et déjà scellée, et l'on peut qualifier cet événement d'exil de tout Juda.
Le Malbim explique qu'il s'agit ici de Jérusalem, située au nord du pays de Yehouda, d'où Nevoukhadnetsar est arrivé par le nord. Mais le prophète fait ici allusion à ce qui s'est produit au milieu du siège : l'armée de Pharaon est sortie pour porter secours à Yehouda, et les Chaldéens ont alors levé le siège de Jérusalem pour marcher à la rencontre des troupes de Pharaon, comme nous le verrons plus loin au chapitre 37. Or Pharaon venait d'Égypte, située au sud. C'est à ce propos qu'il est dit : « les villes du Néguev sont fermées » - elles ont été verrouillées par l'ennemi qui les a conquises ; « tout Yehouda est exilé » - l'ennemi a conquis toutes les villes fortes ; « exilé tout entier » (shelomim) - le pacte de paix (shalom) que vous aviez avec Nevoukhadnetsar s'est lui aussi exilé loin de vous. Car si tu as fait appel à Pharaon pour combattre Nevoukhadnetsar, c'est que tu ne reconnais plus sa souveraineté, mais que tu prends l'initiative d'une offensive contre lui. L'alliance en vertu de laquelle Nevoukhadnetsar était prêt à te maintenir sur ton trône si tu courbais l'échine sous le joug de son autorité a été rompue dès lors que tu as appelé Pharaon à ton secours.
« Levez vos yeux et voyez ceux qui viennent du nord » - Refroidir l'enthousiasme
שְׂאוּ עֵינֵיכֶם וּרְאוּ הַבָּאִים מִצָּפוֹן אַיֵּה הָעֵדֶר נִתַּן־לָךְ צֹאן תִּפְאַרְתֵּךְ׃ - Levez vos yeux et voyez ceux qui viennent du nord : où est le troupeau qui t'avait été confié, le petit bétail de ta parure ?
Nevoukhadnetsar partit affronter Pharaon, et Tsidkiyahou crut que l'on était débarrassé de lui pour toujours : sans doute Pharaon allait-il battre Nevoukhadnetsar, qui ne reviendrait plus. Le prophète intervient alors pour doucher cet enthousiasme : levez les yeux et constatez qu'ils reviennent par le nord. L'armée de Nevoukhadnetsar revient vers vous. Ne vous imaginez pas que les troupes de Pharaon venues du sud ont emporté la victoire, et ne croyez pas que la guerre contre Nevoukhadnetsar est terminée.
« Où est le troupeau qui t'avait été confié, le petit bétail de ta parure ? » - Nevoukhadnetsar viendra te demander des comptes : où est le reste du peuple que j'avais laissé entre tes mains après avoir exilé Yehoyakim et t'avoir établi roi sur eux ? Il viendra réclamer des comptes pour voir si tu as respecté ses ordres. Tu te disais que Nevoukhadnetsar était parti, que Pharaon allait le terrasser et que nous serions libérés de son joug ; mais le prophète rétorque : ta joie est prématurée. Regarde Nevoukhadnetsar revenir, et c'est alors que s'imposeront les questions les plus redoutables.
« Que diras-tu lorsqu'il te demandera des comptes ? »
מַה־תֹּאמְרִי כִּי־יִפְקֹד עָלַיִךְ וְאַתְּ לִמַּדְתְּ אֹתָם עָלַיִךְ אַלֻּפִים לְרֹאשׁ הֲלוֹא חֲבָלִים יֹאחֱזוּךְ כְּמוֹ אֵשֶׁת לֵדָה׃ - Que diras-tu lorsqu'il sévira contre toi, alors que tu les as toi-même habitués à être pour toi des chefs souverains ? Des douleurs ne te saisiront-elles pas, comme une femme en travail ?
Selon le Malbim, « lorsqu'il sévira contre toi » s'applique à Nevoukhadnetsar, dans le prolongement du verset précédent : que répondras-tu lorsque Nevoukhadnetsar viendra te demander : « Où est le troupeau qui t'avait été confié ? » Pourquoi t'es-tu rebellé contre moi en entraînant tout le troupeau que je t'avais confié pour que tu en sois le gardien jusqu'à mon retour ? Que pourras-tu répondre ? Il est d'ailleurs écrit : « Et il prononça contre lui des jugements » - signifiant qu'il lui intenta un véritable procès. « Ne les as-tu pas toi-même habitués à être pour toi des chefs souverains ? » - Tu lui avais pourtant prêté serment de ne pas te révolter, Tsidkiyahou avait juré fidélité à Nevoukhadnetsar, acceptant sa suzeraineté. Que diras-tu lorsqu'il te convoquera en justice ? « Des douleurs ne te saisiront-elles pas, comme une femme en travail ? » - Une terreur immense s'emparera de toi, comparable aux affres de l'enfantement, comme une femme sur le point d'accoucher.
Rachi avance une autre interprétation : « Lorsqu'il sévira contre toi » se rapporte au Saint, béni soit-Il. Que direz-vous, communauté d'Israël, quand le Saint, béni soit-Il, vous demandera des comptes et exigera de vous le respect de la Torah et des mitsvot : avez-vous accompli Sa volonté ? « Alors que tu les as toi-même habitués à être pour toi des chefs souverains » - vous avez dépêché des émissaires chez les Chaldéens pour en rapporter des idoles à vénérer, comme il est dit : « Elle s'éprit d'eux au seul regard de ses yeux, et leur dépêcha des messagers en Chaldée ». Vous avez importé ici les divinités de Chaldée en plaçant votre foi en elles, et à présent vous vous plaignez que les Chaldéens viennent vous envahir et s'imposent à votre tête ? C'est toi qui les as accoutumés à dominer sur toi, c'est toi qui les as élevés comme des chefs au-dessus de toi, et vous vous étonnez désormais de voir les Chaldéens marcher contre vous ?
Autre explication : ces reproches renvoient à Hizkiyahou. Nous avons longuement étudié cet épisode : après que le Saint, béni soit-Il, eut fait reculer l'ombre du soleil de dix degrés, Mérodakh-Baladan, fils de Baladan, vint s'enquérir de cet homme pour qui un tel prodige avait été accompli. Hizkiyahou lui dévoila l'ensemble des trésors de son palais, et sa propre épouse se mit à les servir - des actes d'une extrême gravité ont été soulignés à cet égard. Le Saint, béni soit-Il, lui annonça alors qu'il en serait puni : l'ennemi viendrait tout piller et conquérir le pays, non pas de son vivant, mais plus tard. Nous avions alors expliqué, selon le Malbim, qu'il s'agit d'un enchaînement tout naturel : dès l'instant où tu l'as invité et où tu lui as étalé toutes tes richesses, tu as aiguisé son appétit ; dès que les Chaldéens en auraient la possibilité, ils viendraient donc s'emparer de tout cela. Tel est le sens de « tu les as toi-même habitués à être pour toi des chefs souverains » : tu as envoyé montrer à Mérodakh-Baladan tout ton trésor, comme si tu le plaçais au-dessus de toi et lui ouvrais la voie jusqu'ici. Pourquoi t'étonner dès lors que Nevoukhadnetsar vienne conquérir la terre d'Israël ?
Le Radak explique : « Que diras-tu lorsqu'il sévira contre toi » - quand l'ennemi viendra exiler Israël, que diras-tu alors ? Le Radak appuie sa démonstration sur la suite du texte : « alors que tu les as toi-même habitués à être pour toi des chefs souverains » - c'est toi-même qui leur as appris à devenir tes maîtres. À quel moment ? Lorsque Ahaz envoya ce message au roi d'Assyrie : « Je suis ton serviteur et ton fils, monte et délivre-moi de la main du roi d'Aram et de la main du roi d'Israël qui se dressent contre moi ». Voilà donc la troisième explication : la première concerne l'adoption de leurs idoles, la deuxième Hizkiyahou dévoilant ses biens à Mérodakh-Baladan, et la troisième Ahaz. Le prophète lui déclare : c'est toi qui as provoqué ton exil et ta destruction, car c'est toi qui les as attirés sur toi. L'Assyrie se trouvait bien loin de ton pays, mais désormais ils en connaissent la route, puisque tu as fait appel à eux dans le passé. Que diras-tu lorsqu'ils viendront te dévaster ? « Des douleurs ne te saisiront-elles pas, comme une femme en travail ? » - Une angoisse et une frayeur te submergeront, à l'image d'une femme sur le point d'enfanter.
« Pourquoi ces malheurs m'arrivent-ils ? » - Tes pans se sont dévoilés
וְכִי תֹאמְרִי בִּלְבָבֵךְ מַדּוּעַ קְרָאֻנִי אֵלֶּה בְּרֹב עֲוֺנֵךְ נִגְלוּ שׁוּלַיִךְ נֶחְמְסוּ עֲקֵבָיִךְ׃ - Et si tu dis en ton cœur : « Pourquoi ces malheurs m'arrivent-ils ? » C'est par l'abondance de tes fautes que les pans de ta robe ont été dévoilés, que tes talons ont été violentés.
« Et si tu dis en ton cœur : Pourquoi ces malheurs m'arrivent-ils ? » - Pourquoi ce décret a-t-il été prononcé contre moi ? La réponse est : « C'est par l'abondance de tes fautes que les pans de ta robe ont été dévoilés, que tes talons ont été violentés ». Que sont ces « pans » (choulayikh) et ces « talons » (akevayikh) ? Les pans du vêtement désignent sa doublure, la partie intérieure : lorsqu'on retourne une robe, les coutures intérieures apparaissent, ce qui constitue la partie la moins présentable du vêtement. C'est ainsi que l'on enseigne qu'un talmid hakham doit veiller à ce que sa tunique ne soit pas portée à l'envers, car la face intérieure d'un habit est moins honorable.
Le Radak explique qu'il s'agit d'une parabole sur l'assemblée d'Israël : jusqu'à présent, vous vous abritiez sous l'aile du Saint béni soit-Il, vous étiez protégés à l'ombre de Dieu et vous jouissiez d'honneur sur votre terre. Mais à présent, « les pans de ta robe ont été dévoilés » : c'est comme une femme debout dont on relèverait la robe, exposant ainsi sa honte, l'envers du vêtement apparaissant en même temps que sa nudité. Voilà l'opprobre. Le prophète leur dit : jusqu'à maintenant, vous étiez honorés et protégés sous la garde du Maître du monde ; or maintenant que vous vous êtes tournés vers des dieux étrangers, vous êtes sans défense, et n'importe quel ennemi vient vous piller et vous emmener. Ne valait-il pas bien mieux pour vous de demeurer à l'ombre d'Hachem ?
« Tes talons ont été violentés » (nekhmessou akevayikh) - Rachi explique : tes chemins ont été retranchés. Le terme « nekhmessou » a le sens de dépouillement violent, comme dans « Il a dévasté sa clôture comme un jardin » (Vayakhmos kegan souko), et « akevayikh » renvoie aux pas : les passants ont disparu des chemins. Là où foulaient des talons, le passage a été anéanti, et plus personne ne parcourt désormais ces voies.
Le Malbim relève la précision du terme « kara'ouni » (m'ont frappé) : c'est une formulation liée au hasard (mikreh). Ils attribuent tous leurs malheurs à une simple fatalité, aux aléas du monde, et s'interrogent : comment une telle mésaventure m'est-elle arrivée, pourquoi de tels accidents m'atteignent-ils sans qu'Hachem ne me sauve ? Ils refusent d'y voir un châtiment divin et n'y voient qu'une coïncidence. C'est pourquoi le prophète leur explique d'emblée la nature de l'événement et sa cause : « C'est par l'abondance de tes fautes que les pans de ta robe ont été dévoilés », révélant ainsi la faute qui rongeait leur intériorité.
Selon le Malbim, la parabole renvoie à l'impureté du sang de la nida : ce qui était dissimulé à l'intérieur s'écoule au dehors, et « son impureté est dans les pans de ses vêtements » - le sang coule et souille le bord de ses habits, et quand ces pans sont soulevés, le sang de son impureté apparaît au grand jour. Tel est le sens de « les pans de ta robe ont été dévoilés ». De même pour la femme zava, dont le sang s'écoule, coule sur ses talons et tombe au sol : partout où elle passe, ses empreintes restent marquées par son sang. Et telle est l'application : votre péché, le fait de n'avoir pas placé votre confiance en Dieu et d'être allés quémander l'aide de l'Égypte, a laissé des traces visibles. L'impureté symbolise ici votre déchéance. Vous pensiez : continuons à fauter, quelqu'un viendra bien à notre secours ! Mais le Saint béni soit-Il leur dit : voici que sont apparues les traces de vos pas, vous qui êtes partis chercher du secours auprès de l'Égypte au lieu de vous tourner vers Hachem et d'amender vos voies. Vos péchés, qui demeuraient jusqu'alors cachés à l'intérieur, comme le sang de la nida qui est intérieur, ont désormais éclaté au grand jour, révélant toute votre malice.
« Un Éthiopien peut-il changer sa peau ? » - Le mal devenu seconde nature
הֲיַהֲפֹךְ כּוּשִׁי עוֹרוֹ וְנָמֵר חֲבַרְבֻּרֹתָיו גַּם־אַתֶּם תּוּכְלוּ לְהֵיטִיב לִמֻּדֵי הָרֵעַ׃ - Un Éthiopien peut-il changer sa peau, ou un léopard ses taches ? De même, pourriez-vous faire le bien, vous qui êtes accoutumés à faire le mal ?
Le Radak explique : la peau noire chez le Koushi est innée, elle n'est pas le fruit du hasard et ne le quittera jamais. De même pour le léopard : ses taches et ses mouchetures ne s'effaceront jamais. Le prophète leur dit ainsi : pouvez-vous seulement changer ? Vous qui êtes si rompus à la pratique du mal, vous ressemblez au Koushi dont la couleur ne change pas et au léopard dont le pelage reste tacheté. Vous vous êtes à ce point habitués à mal agir que le mal est devenu chez vous une seconde nature, tout comme la couleur de peau est une nature chez le Koushi.
Le Malbim soulève une question : pourquoi ce redoublement ? « Un Éthiopien peut-il changer sa peau » et « un léopard ses taches » semblent exprimer la même idée ; pourquoi recourir à deux métaphores ? En réalité, on pourrait objecter concernant l'homme noir : s'il ne change pas de couleur de peau, c'est parce qu'il continue de vivre en Afrique, sous les rayons ardents du soleil ; mais s'il s'installait en Europe pendant plusieurs siècles, peut-être sa peau finirait-elle par s'éclaircir. Sa noirceur proviendrait donc de facteurs extérieurs. C'est pourquoi le verset ajoute : que diras-tu du léopard ? Chez lui, le dessin de la robe ne dépend nullement de son lieu de vie ; qu'il vive en Afrique ou ailleurs, son pelage ne varie pas : c'est sa nature profonde, une pigmentation inhérente à son être qui ne change sous aucun climat. Il en va de même pour vous : même à supposer qu'un homme noir puisse voir sa peau s'éclaircir, le léopard ne perdra jamais ses taches. Dès lors, il vous est devenu impossible de faire le bien, car vous êtes « accoutumés au mal » : le mal s'est enraciné en vous comme une véritable nature.
« Je les disperserai comme la paille qui s'envole » - Ce n'est pas un hasard
וַאֲפִיצֵם כְּקַשׁ־עוֹבֵר לְרוּחַ מִדְבָּר׃ - Et Je les disperserai comme la paille qui s'envole au vent du désert.
C'est pourquoi, dit Hakadosh Baroukh Hou, Je vous disperserai avec rapidité et facilité, comme la paille emportée et dispersée par le vent du désert. Le Radak explique : Je vous disperserai dans le désert - Il les a chassés des villes vers un lieu lointain semblable au désert, et il existe bien un désert entre Jérusalem et Babylone ; il s'avère donc que, même dans l'application concrète, la mention du désert est rigoureusement exacte.
Le Malbim ajoute : vous avez dit « pourquoi ces malheurs m'arrivent-ils ? » (מדוע קראוני אלה), dans le sens d'un événement fortuit (mikré). Hakadosh Baroukh Hou leur répond : vous faites fausse route. Tout ce qui vous arrive découle précisément du fait que vous êtes semblables à l'Éthiopien qui ne peut changer de peau et au léopard qui ne peut effacer ses taches. « Et Je les disperserai » - ce n'est pas un accident qui vous « arrive », cela émane directement de Moi. C'est Moi qui vous ai dispersés, c'est Moi qui vais vous disséminer, et par là vous reconnaîtrez qu'il ne s'agit nullement d'un hasard, mais que cela vient d'Hachem.
« Tel est ton sort, la part qui t'est mesurée » - Mesure pour mesure
זֶה גוֹרָלֵךְ מְנָת־מִדַּיִךְ מֵאִתִּי נְאֻם־יְהֹוָה אֲשֶׁר שָׁכַחַתְּ אוֹתִי וַתִּבְטְחִי בַּשָּׁקֶר׃ - Tel est ton sort, la part qui t'est mesurée de par Moi, dit l'Éternel, parce que tu M'as oublié et que tu as placé ta confiance dans le mensonge.
Le Radak explique : « Menat madayikh » est à rapprocher de tes mesures (middotayikh) - selon la mesure avec laquelle tu as mesuré, Je t'ai mesuré en retour. Tu M'as oublié, tu as oublié le Maître du monde ; Hakadosh Baroukh Hou dit : Moi aussi, Je vous ai oubliés. Tu t'es fiée au mensonge et tu ne t'es pas appuyée sur Hakadosh Baroukh Hou, tu M'as tourné le dos et non le visage - Moi aussi, J'ai caché Ma face de toi et tu as été livrée en proie, comme il est écrit : « et il sera atteint par des maux nombreux et des détresses ».
En d'autres termes : tout ce que vous recevez relève du principe de mesure pour mesure. Ce que l'homme a semé, c'est ce qu'il récolte. Ce n'est pas un mal que J'ai suscité arbitrairement contre vous, c'est vous qui l'avez attiré sur vous-mêmes en détournant votre visage. Et lorsqu'un homme détourne son visage, il marche dans l'obscurité, et lorsqu'un homme marche dans l'obscurité, il trébuche - et il ne saurait alors adresser de griefs au Maître du monde.
C'est également l'explication du Malbim : Hakadosh Baroukh Hou répond ici à leur récrimination « pourquoi ces malheurs m'arrivent-ils ? ». Il leur dit : cela vient de Moi, ce n'est pas le fruit du hasard. Et si vous voulez savoir comment reconnaître que cela vient de Moi : la preuve indubitable qu'une épreuve constitue un châtiment divin réside toujours dans la correspondance de mesure pour mesure (mida kenégued mida). Dès lors que l'on discerne cette réciprocité exacte, c'est la preuve qu'il s'agit d'une sanction décrétée par Hachem. Et Il leur dit ici : constatez qu'il s'agit bien de mesure pour mesure.
Il a déjà été exposé de manière saisissante à quel point la Shoah elle-même relevait d'une rigoureuse mesure pour mesure. À ceux qui avaient composé pour eux-mêmes un nouveau Choul'han Aroukh - Geiger avait rédigé en son temps un prétendu code en opposition au Choul'han Aroukh de la Torah - le Maguid de Kelm déclara trente ans avant la Shoah, lors d'un discours au séminaire rabbinique : les nations viendront et rédigeront pour vous un nouveau Choul'han Aroukh, et je vais vous dire ce qui y figurera. Dans ce code-là, il n'y aura qu'une seule halakha : « Tue le meilleur d'entre les Juifs ». On lui répliqua : vous ignorez ce qu'est l'Allemagne, vous méconnaissez les Lumières, le raffinement, le savoir-vivre et l'élévation morale des mœurs ; vous arrivez de Pologne et vous croyez être en Europe de l'Est, mais ici nous sommes en Europe occidentale, rien de comparable avec vos préjugés. Et nous savons hélas combien ces paroles se sont accomplies de la façon la plus atroce.
Et c'est précisément à ceux qui voyaient dans l'Allemagne le sommet de la culture et l'apogée du progrès qu'Hakadosh Baroukh Hou a signifié, mesure pour mesure : il n'y a là ni culture ni progrès. Tu as délaissé la Torah pour embrasser la Haskala, censée incarner le progrès - contemple donc la barbarie meurtrière tapie au cœur de ce progrès, la férocité bestiale qu'il recèle. Le Rav Pincus a d'ailleurs consacré à ce sujet un enseignement approfondi, évoqué également ici : à quel point la tragédie de la Shoah en Allemagne a constitué une conduite de mesure pour mesure envers ceux qui ont rompu l'alliance d'Hachem et sont allés se choisir de nouveaux dieux, Hakadosh Baroukh Hou leur ayant demandé des comptes en chaque détail selon cette règle exacte. Qu'Hachem nous en préserve, qu'une telle détresse ne se reproduise jamais. Le principe de mesure pour mesure est toujours la marque indélébile du jugement divin. Il leur dit ainsi : vous prétendez que ces malheurs vous sont « arrivés » par hasard ? Regardez donc : « Tel est ton sort, la part qui t'est mesurée de par Moi », c'est une mesure pour mesure absolue.
« Parce que tu M'as oublié et que tu as placé ta confiance dans le mensonge » - à l'image de ce que leur disait le prophète : « Malheur à ceux qui descendent en Égypte pour chercher du secours... qui mettent leur confiance dans les chars et ne se tournent point vers le Saint d'Israël ».
וְגַם־אֲנִי חָשַׂפְתִּי שׁוּלַיִךְ עַל־פָּנָיִךְ וְנִרְאָה קְלוֹנֵךְ׃ - Et Moi aussi, J'ai relevé les pans de ta robe jusque sur ton visage, et ton ignominie est apparue.
Puisque tu t'es confiée dans le mensonge, dit Hakadosh Baroukh Hou, Moi aussi J'ai dévoilé l'impureté qui était en toi : les pans, les bords de vêtements dissimulés dans le secret, Je les ai rabattus sur ton visage, et ta honte a éclaté aux yeux de tous.
Le Malbim analyse avec précision les deux termes employés dans le verset : « middayikh » (tes mesures) renvoie à la mesure pour mesure (mida kenégued mida), exactement ce qui revient à l'homme ; tandis que « goralekh » (ton sort) représente parfois plus que ce qui lui est dû. Quoi qu'il en soit, cela vient exprimer que tout est mesuré, selon ce qui convient : vous avez reçu exactement ce que vous méritiez.
« Malheur à toi, Jérusalem ! Tu ne te purifieras point »
נִאֻפַיִךְ וּמִצְהֲלוֹתַיִךְ זִמַּת זְנוּתֵךְ עַל־גְּבָעוֹת בַּשָּׂדֶה רָאִיתִי שִׁקּוּצָיִךְ אוֹי לָךְ יְרוּשָׁלַ͏ִם לֹא תִטְהֲרִי אַחֲרֵי מָתַי עֹד׃ - Tes adultères et tes hennissements, l'infamie de tes prostitutions sur les collines dans les champs, j'ai vu tes abominations ! Malheur à toi, Jérusalem ! Tu ne te purifieras point : jusqu'à quand encore ?
Le Malbim explique : « Tes adultères » désigne l'adultère lui-même, l'acte concret. « Tes hennissements » fait référence à la clameur joyeuse qui mène à l'adultère, c'est-à-dire la publicité ; il ne suffisait pas de commettre l'adultère, on le faisait ostensiblement, ajoutant le crime à la faute. « L'infamie (zimmat) de tes prostitutions » : le terme « zimma » exprime toujours la préméditation, la pensée, montrant que tu as nourri de profondes réflexions autour de cette débauche. On retrouve donc ici l'acte, la pensée et la publicité - les trois éléments qui transforment cet égarement en un péché immense et redoutable.
« Sur les collines dans les champs, j'ai vu tes abominations » : même après être sortie de la ville pour l'exil, alors que tu te trouves déjà dans les champs, tu n'as toujours pas abandonné tes abominations, et là-bas aussi, c'était au grand jour. Il est écrit qu'en Égypte, ils brûlaient de l'encens pour le Molekh : déjà en exil, déjà dans les champs, sur les collines - et là encore, ils offrent des sacrifices au Molekh.
« Malheur à toi, Jérusalem ! Tu ne te purifieras point : jusqu'à quand encore ? » : même après la destruction, tu ne te purifieras pas, et si après tout cela tu ne te purifies point, quand donc le feras-tu ? Même après tout ce que vous avez subi, tout l'exil et toutes les souffrances que vous traversez, vous ne vous purifiez pas - quand y aura-t-il donc encore un espoir que tu te purifies ?
Le Radak indique que l'adultère mentionné ici, ainsi que généralement dans les Écritures, est une métaphore de l'idolâtrie (avoda zara). Nous l'avons constaté à maintes reprises : « tes prostitutions et tes adultères » et d'autres expressions semblables. On a également approfondi les paroles du Gaon de Vilna (le Gra), expliquant que leur coutume consistait à installer un lieu de débauche partout où se trouvait un temple d'idolâtrie, afin d'attirer les gens vers le culte idolâtre ; c'est pourquoi l'expression de prostitution apparaît fréquemment en relation avec l'idolâtrie, comme dans « et vous vous êtes prostitués après les Baalim ».
Mais même sans cela, il faut comprendre que le terme de prostitution n'est pas fortuit, car le lien entre nous et le Saint béni soit-Il est semblable à celui d'un époux et d'une épouse - la communauté d'Israël (Knesset Israël) et Koudcha Berikh Hou, le Bien-Aimé et la Bien-Aimée. Lorsque la femme corrompt ses voies et se tourne vers des étrangers, c'est une prostitution. Et lorsque nous ne servons pas Hachem mais nous tournons vers l'idolâtrie et les faux dieux, c'est une forme de prostitution, car se prostituer signifie dévier du droit chemin, ce qui constitue une dimension d'adultère. C'est pourquoi le verset proclame : « Tes adultères et tes hennissements, l'infamie de tes prostitutions ».
En résumé :
Dans cette partie du chapitre, il est ordonné au roi et à la reine mère de s'abaisser et de s'asseoir à terre, car leur grandeur a décliné, le soutien sur lequel ils s'appuyaient s'est effondré et la couronne de leur splendeur - les ministres et les dignitaires - a été exilée. Les villes de Juda ont été fermées et détruites, et le pacte de paix avec Nevoukhadnetsar a été rompu lorsqu'ils ont appelé Pharaon à l'aide ; c'est pourquoi le prophète avertit : ne vous réjouissez pas trop tôt, levez les yeux et regardez ceux qui viennent du nord. Viendra alors le moment de rendre des comptes : « Que diras-tu lorsqu'Il te châtiera ? » - qu'il s'agisse de Nevoukhadnetsar réclamant son dû, du Saint béni soit-Il exigeant l'accomplissement de la Torah, ou encore de l'ennemi à qui vous avez vous-mêmes enseigné le chemin pour parvenir jusqu'à vous. Et face à la prétention : « Pourquoi ces malheurs me sont-ils arrivés ? » - formulée comme un simple hasard - le Saint béni soit-Il répond : ce n'est nullement le hasard, cela vient de Moi, et la preuve en est le principe de mesure pour mesure : « C'est là ton sort, la part de tes mesures de par Moi ». Le mal est devenu chez vous une seconde nature, semblable à l'Éthiopien et sa peau, au léopard et ses taches, et c'est pourquoi « Je les disperserai comme la paille qui s'envole ». Le chapitre se conclut alors par ce cri douloureux : « Malheur à toi, Jérusalem ! Tu ne te purifieras point : jusqu'à quand encore ? ».