Le chapitre 46 d'Isaïe poursuit la ligne directrice des chapitres précédents : le prophète tourne en dérision l'idolâtrie et ses adorateurs. Si nous avons vu précédemment la moquerie envers celui qui prend une bûche de bois, en brûle la moitié pour rôtir sa viande et fait de l'autre moitié un dieu, la satire atteint ici son paroxysme : non seulement l'idole ne sauve pas ses fidèles, mais elle s'effondre elle-même et tombe, tandis que ses adorateurs sont contraints de la charger sur leurs épaules pour l'emporter en exil. Face à cela s'impose la distinction fondamentale entre les fausses divinités et le D.ieu de vérité : les nations portent leurs dieux, tandis qu'Israël, c'est le Saint, béni soit-Il, qui le porte.
כָּרַע בֵּל קֹרֵס נְבוֹ, הָיוּ עֲצַבֵּיהֶם לַחַיָּה וְלַבְּהֵמָה, נְשֻׂאֹתֵיכֶם עֲמוּסוֹת מַשָּׂא לַעֲיֵפָה׃ - Bel s'effondre, Nébo s'affaisse ; leurs idoles sont abandonnées aux bêtes sauvages et aux animaux de trait ; vos fardeaux sont chargés, lourde charge pour une bête épuisée.
Rachi explique : les divinités de Babylone se sont effondrées et affaissées. Bel est l'idole de Babylone (le nom de Babel contient le mot Bel), de même que Nébo. Et Rachi souligne ici que c'est l'un des passages où le texte tourne l'idolâtrie en dérision. La Guémara enseigne : toute raillerie est interdite, à l'exception de la dérision envers l'idolâtrie (Kol leitsanouta assira, bar mi-leitsanouta de-'avoda zara).
Pourquoi cela ? La moquerie est un trait de caractère des plus néfastes. La Guémara affirme qu'une seule raillerie repousse cent réprimandes. Pour celui qui se moque, tout devient futile, aucun frein ne subsiste devant ses yeux, et même les fautes les plus graves comme l'immoralité sexuelle lui paraissent dérisoires, car tout n'est pour lui que plaisanterie et légèreté, rien ne l'ébranle. C'est pourquoi le châtiment du railleur est formulé ainsi : « Les jugements sont préparés pour les railleurs » ; ce n'est que lorsqu'il commence à recevoir des coups qu'il comprend que le monde n'est pas une plaisanterie. Le raisonnement, la logique et la raison n'ont aucune prise sur lui, car de tout ce qu'on lui dit, il fait une dérision.
Et pourtant, il existe une seule chose dont il est permis de se moquer : l'idolâtrie. Le combat contre l'idolâtrie est si difficile qu'il est permis de recourir à cette arme. La force de la dérision réside dans le fait qu'elle n'opère pas avec des outils logiques : le simple fait de tourner une chose en ridicule la dévalorise et l'anéantit, même s'il s'agissait d'une chose vraie et fondée. Ici, nous arrachons la lance des mains de l'Égyptien : face à l'impureté et au mensonge, alors que nous savons pertinemment que l'idolâtrie est une imposture démontrable, il est permis de la combattre également par la dérision.
On comprend également pourquoi tant de personnes éloignées de la Torah et des mitsvot usent de ce procédé contre tout ce qui relève de la sainteté. On tourne en dérision l'observant des mitsvot, la mitsva elle-même, les choses sacrées, et l'on s'épargne ainsi d'affronter le fond du sujet et d'expliquer ce qui serait erroné. On en a ri, et l'affaire est classée. Telle fut la démarche des partisans de la Haskala et de leurs semblables, « cette voie qui est leur folie » : prendre une chose sainte et la livrer aux moqueries.
À l'époque, lorsque Doron Witztum publia ses recherches sur les codes équidistants de lettres dans la Torah (dans son livre « La Dimension supplémentaire »), le docteur Eliyahu Rips, mathématicien de renommée mondiale et lauréat de distinctions prestigieuses, voulut prouver que cette étude était biaisée et infondée. Il convient de préciser qu'il ne s'agissait pas de simples « coïncidences » que l'on pourrait dénicher dans n'importe quel livre, mais d'un travail scientifique et statistique mettant en évidence des probabilités de l'ordre d'une sur un million, voire une sur douze millions - des phénomènes inconcevables à moins d'avoir été délibérément programmés ainsi.
Dans le domaine de la recherche, il arrive que l'on tire une flèche avant de tracer la cible autour : au lieu de mener une investigation rigoureuse, on pose la conclusion d'avance et l'on accumule les données pour la justifier. Parfois, on fabrique même des médicaments sur de telles bases, et des gens en meurent par la suite. Mais Rips entreprit une étude véritablement rigoureuse, et cela le conduisit à faire techouva. Il constata la vérité divine de la Torah, découvrant que Quelqu'un y avait encodé l'histoire entière et l'avenir - Hanoucca, Pourim, Hitler que son nom soit effacé, Saddam Hussein, l'assassinat de Rabin - tout étant inscrit dans ces sauts équidistants de lettres.
Par la suite, une pièce de théâtre fut montée pour contrer cette découverte, tournant toute l'affaire en ridicule. On rapporte qu'au cours d'une interview confrontant l'un des auteurs de la pièce et l'un des chercheurs, on demanda à ce dernier ce qu'il en pensait. Il répondit : « Je n'ai qu'une seule question à poser : avez-vous lu l'étude du début à la fin ? » Son interlocuteur avoua : « Non. » Le chercheur lui répliqua : « Dès lors, je n'ai rien à débattre avec vous. Vous vous emparez d'un travail que vous n'avez pas lu, dont vous ignorez les fondements, et vous vous mettez à le tourner en dérision ? Lisez l'étude, et si vous avez des objections, je serai prêt à les entendre. Mais monter une pièce pour ridiculiser le sujet n'a absolument rien de sérieux. »
Rachi explique : « C'est un langage de moquerie envers l'idolâtrie » - comme quelqu'un qui souffre de maux d'entrailles et qui n'a même pas le temps de s'asseoir sur le siège des commodités qu'il a déjà des coliques. Il n'a pas encore eu le temps de s'asseoir qu'il a déjà fait ses besoins (avec le respect dû au public). C'est là toute la dérision : « Bel fléchit, Nébo s'effondre » - il n'a pas encore eu le temps de fléchir qu'il s'est déjà effondré.
« Leurs idoles sont remises » (Hayou atsabéhem) - les « atsabbim » sont les idoles, comme dans le verset « leurs idoles sont d'argent et d'or ». « Aux bêtes et au bétail » (Lakhaya velibhéma) - à quoi ressemblaient-elles ? À des bêtes sauvages et à du bétail. Faites entrer un animal sauvage chez vous quelques minutes, et vous devrez ensuite laver le sol et parfumer toute la maison ; il n'a aucune notion élémentaire de propreté et d'hygiène, il fait ses besoins partout. Telles étaient leurs idoles, souillées et sales de leurs propres excréments. « Vos fardeaux sont lourds » (Nessouotékhem amousot) - les excréments dans leurs entrailles étaient aussi pesants qu'une charge écrasante, et c'est pourquoi elles ont fléchi sous leur poids. Et nous verrons plus loin à quel point cette raillerie touchant précisément aux déjections va en réalité très loin.
Le Radak explique que le prophète tourne à nouveau les idoles en dérision. Lorsque Babylone fut conquise, non seulement leurs divinités ne les ont pas sauvés, mais elles ont elles-mêmes fléchi et sont tombées à terre. Ceux sur qui vous comptiez et dont vous attendiez une protection, non seulement ne vous ont pas protégés, mais ont eux-mêmes fléchi et se sont effondrés. (Le Malbim remarque que « koress », s'effondrer, est proche de « kéreiss », le ventre - par permutation de lettres - c'est l'expression même de la chute).
Et après qu'elles se furent effondrées et brisées, on les chargea sur des bêtes pour les emporter en Médie et en Perse, car elles étaient recouvertes d'argent et d'or. Et que signifie « à la bête sauvage » (lakhaya) ? Une bête domestique (béhéma) est une bête de somme, mais un animal sauvage (khaya) ? Charge-t-on un fardeau sur une gazelle ou sur un lion ? Le Radak répond : l'éléphant. L'éléphant est un animal sauvage servant de bête de somme. Dès lors, « leurs idoles sont remises aux bêtes et au bétail » signifie qu'on les chargea sur leurs bêtes sauvages et domestiques : ânes, vaches, bœufs, ainsi que des éléphants.
« Vos fardeaux sont lourds » - dit le Radak, cela est prononcé sur le ton de la raillerie et de la dérision : les bêtes étaient lourdement chargées de vos idoles, surchargées par l'abondance d'or, au point que les âniers et les chameliers s'écriaient « une charge épuisante ! » (massa la'ayéfa) - l'animal est exténué par le poids du fardeau. Voyez dans quelle situation vous vous êtes retrouvés : au lieu que votre dieu vous protège, il fléchit et s'effondre, et il a besoin, tel un infirme, qu'on le charge sur une bête. Voilà le dieu sur lequel vous comptiez et que vous priiez : non seulement il a fléchi, mais une bête doit encore porter ses débris et plier sous le faix.
Le Malbim propose une explication originale : « Bel fléchit, Nébo s'effondre » ne fait pas référence à l'idole elle-même, mais à l'homme - l'homme qui se prosterne devant Bel a fléchi, et l'homme qui se prosterne devant Nébo s'est effondré.
Et que signifie « leurs formes » (atsabbéhem) ? Selon le Malbim, il s'agit de la forme de l'homme et du modelage de sa stature, de la racine que l'on retrouve dans « Tes mains m'ont façonné » (yadekha itsvouni). « Leurs formes sont devenues semblables à la bête et au bétail » - l'aspect du visage des idolâtres, le modelage de leurs traits, est devenu semblable à celui des bêtes sauvages et domestiques. Celui qui se prosterne devant une idole aussi méprisable et répugnante n'a plus l'apparence d'un être humain ; il est déchu au rang d'animal, et même pire encore, car la bête accomplit la volonté de son Créateur, tandis que toi, tu as pris une bûche de bois pour en faire un dieu. Ils ont perdu leur visage d'homme.
« Vos fardeaux sont lourds, une charge épuisante » - les idoles que vous portez sur vos épaules sont elles-mêmes chargées : on les accable d'or, de chaînes et d'ornements. Et c'est vous qui portez l'idole avec tout le fardeau dont elle est couverte, au lieu que ce soit elle qui vous porte !
Le Malbim apporte une précision : quelle est la différence entre « nessouot » (portées) et « amoussot » (chargées), alors que tous deux désignent un fardeau ? En réalité, « amous » s'emploie toujours lorsque quelqu'un charge un tiers - « chacun chargea son âne », « ton père nous a chargés d'un lourd joug ». En revanche, quand on prend de soi-même une charge et qu'on la transporte, cela s'appelle « nossé » (porter). Selon cela : « vos fardeaux » (nessouotékhem) - ce que vous portez de vous-mêmes, car vous avez pris sur vous de porter l'idole ; « sont chargés » (amoussot) - l'idole elle-même a été chargée d'argent et d'or par autrui. Il s'avère donc qu'au bout du compte, vous portez l'idole dont vous espériez qu'elle vous porterait et vous sauverait.
קָרְסוּ כָרְעוּ יַחְדָּו, לֹא יָכְלוּ מַלֵּט מַשָּׂא, וְנַפְשָׁם בַּשְּׁבִי הָלָכָה׃ - Ils se sont affaissés, ils se sont effondrés ensemble, ils n'ont pu sauver la charge, et leur être même est parti en captivité.
Rachi poursuit dans la même veine de dérision : « ils n'ont pu sauver le fardeau » - c'est-à-dire expulser les excréments de leurs entrailles comme le font normalement les êtres vivants. Si auparavant la moquerie portait sur le fait qu'ils se vidaient de manière incontrôlée, ici le sarcasme s'inverse : ils souffrent aussi de constipation et ne parviennent pas à évacuer. Le terme « malet » se rapporte à l'expulsion et à l'enfantement, comme dans le verset « et elle mit au monde (ve-himlita) un mâle ».
Le Radak explique : ils n'ont pas pu se décharger de ce fardeau, de sorte que les bêtes n'aient pas à les porter. Quoi, tu prétends être un dieu, et ce sont les bêtes de somme qui doivent te trimballer ? Ils n'ont pas pu échapper à cette condition où ils restent inertes comme des momies, comme des impotents que les bêtes doivent obligatoirement transporter.
Et le Malbim donne son explication selon sa méthode : à présent, lorsque les adorateurs de Bel et de Nébo s'en vont en exil avec leurs idoles - ces mêmes fidèles qui s'agenouillaient et se prosternaient devant elles -, ils doivent les charger sur leurs propres épaules. « Ils se sont affaissés, ils se sont effondrés ensemble » en se prosternant devant elles pour être secourus, et pourtant « ils n'ont pu sauver la charge » : les idoles n'ont même pas pu leur accorder cette modeste délivrance, celle d'échapper au moins à la peine de porter ce lourd fardeau que constituent la statue et tout son attirail. En d'autres termes : non seulement tu ne m'as pas sauvé, mais tu ne m'épargnes même pas la corvée de devoir te porter sur le dos. Même ce soulagement-là, tu n'as pas su me l'apporter.
« Et leur être même est parti en captivité » : ils s'imaginaient que ces idoles étaient dotées d'une âme, d'une volonté et de forces réelles, et voilà que leur « âme » s'en va en captivité. L'adepte et son idole partent ensemble vers l'exil, et même du fardeau écrasant qui pèse sur son épaule, l'idole est incapable de le délivrer.
שִׁמְעוּ אֵלַי בֵּית יַעֲקֹב, וְכָל שְׁאֵרִית בֵּית יִשְׂרָאֵל, הַעֲמֻסִים מִנִּי בֶטֶן, הַנְּשֻׂאִים מִנִּי רָחַם׃ - Écoutez-moi, maison de Jacob, et vous tous, restes de la maison d'Israël, vous qui êtes portés dès le sein maternel, soutenus dès la naissance.
Rachi explique : « Portés dès le sein » - depuis votre naissance dans la maison de Laban l'Araméen, Je vous ai portés sur Mes bras. Car dès cet instant, le peuple d'Israël a été persécuté : par Laban, par Ésaü, et ainsi de suite à chaque génération. Et à l'inverse des idolâtres, souligne Rachi, qui chargent et transportent leurs divinités comme il a été dit plus haut, vous, vous êtes portés et soutenus sur Mes bras.
C'est ici que la distinction apparaît avec toute sa force : l'idolâtre doit prendre son dieu infirme, brisé et incapable de secourir qui que ce soit, pour le hisser sur ses épaules. Tandis que le Saint, béni soit-Il, proclame : c'est Moi qui vous porte sur Mes épaules, c'est Moi qui vous berce sur Mes bras. Telle est la différence fondamentale entre le Dieu de vérité et les vaines idoles.
On raconte une parabole admirable : un homme visualisait le parcours de son existence sous la forme de traces de pas imprimées dans le sable. Tout au long du chemin, il remarquait une seconde série de pas cheminant à ses côtés - « Hachem est ton ombre à ta main droite », le Saint, béni soit-Il, l'accompagnait continuellement. Cependant, précisément durant les périodes d'épreuve et les moments de crise, il n'apercevait plus qu'une seule paire d'empreintes. Il s'adressa alors à Dieu : Maître du monde, pourquoi est-ce justement aux heures de détresse et d'angoisse que je ne vois plus Tes pas à mes côtés ? Une voix céleste (Bat Kol) retentit et lui répondit : Mon fils, la série de pas que tu as vue est la Mienne, car durant ces périodes-là, c'est Moi qui te portais dans Mes bras.
C'est précisément dans les moments difficiles qu'Hachem se trouve au plus près de l'homme. Il n'est pas d'instant de plus grande proximité avec Hachem, béni soit-Il, que l'heure où l'on traverse la détresse, la peine ou l'épreuve. C'est alors que le Saint, béni soit-Il, soutient l'homme dans Ses bras, car par ses seules forces, l'homme ne pourrait absolument pas y faire face ; et si tu as tenu bon, dit le Saint, béni soit-Il, c'est parce que Je te portais, Je t'ai soulevé pour te faire traverser cette période.
Le Malbim explique : par contraste avec les idolâtres, le prophète déclare : écoutez donc ! « Maison de Jacob » désigne la multitude des dix tribus, et « tout le reste de la maison d'Israël » désigne le reste préservé issu des tribus de Juda et de Benjamin ; il s'adresse donc à tous. Quant à vous, vous ne portez pas, vous êtes portés.
Et il compare cela à une femme qui porte le fruit de ses entrailles : d'abord, elle le porte neuf mois dans son ventre, puis, lorsqu'il sort de sa matrice, elle le porte sur ses bras. « Chargés dès le ventre » renvoie aux jours de la grossesse ; « portés dès la matrice » renvoie au moment de la naissance et au-delà. En effet, le terme « ventre » (béten) fait toujours référence à la gestation et « matrice » (rékhem) à l'accouchement, comme dans le verset : « Sur Toi j'ai été jeté dès la matrice » - au moment de la naissance, « dès le ventre de ma mère, Tu es mon Dieu » - plus tôt encore ; et de même en sens inverse : « Les impies se sont dévoyés dès la matrice », et non seulement dès la matrice, mais aussi « dès le ventre ils se sont égarés, disant le mensonge » - dès le stade de la gestation.
Et selon la distinction établie entre « chargé » (amous) et « porté » (nassouï), ces termes sont d'une précision remarquable : « chargé » s'emploie lorsqu'un tiers impose la charge ; or, pendant la grossesse - puisque la semence provient du père - c'est un autre qui a chargé la femme de cette grossesse, d'où l'expression « chargés dès le ventre ». Tandis qu'après l'accouchement, c'est la mère qui prend l'enfant de son plein gré, et c'est donc un portage volontaire, d'où « portés dès la matrice ».
וְעַד זִקְנָה אֲנִי הוּא, וְעַד שֵׂיבָה אֲנִי אֶסְבֹּל, אֲנִי עָשִׂיתִי וַאֲנִי אֶשָּׂא, וַאֲנִי אֶסְבֹּל וַאֲמַלֵּט׃ - Et jusqu'à la vieillesse Je reste le même, et jusqu'aux cheveux blancs Je porterai le fardeau ; Moi Je vous ai faits et Moi Je vous porterai, Je me chargerai de vous et Je vous délivrerai.
« Et jusqu'à la vieillesse » : jusqu'au moment où vous êtes devenus vieux, où vos forces sont épuisées et où vous n'avez, pour ainsi dire, plus de mérites. Au début, nous avions le mérite des Pères (Zekhout Avot), mais avec l'âge nous l'avons déjà utilisé et épuisé. C'est à cela que le Saint, béni soit-Il, répond : « Jusqu'à la vieillesse Je suis le même, et jusqu'aux cheveux blancs Je porterai le fardeau » - Je conserve toujours la même bienveillance pour vous sauver, vous porter et vous délivrer.
Et Rachi précise : à propos de l'idole des nations, il est dit qu'elle est portée en fardeau, c'est-à-dire transportée par ses adorateurs, car l'idolâtre doit charger son idole sur son dos et marcher. Alors que pour le Saint, béni soit-Il : « Je porterai le fardeau » - c'est Moi qui porte les autres et Me charge d'eux, et Je délivre leur fardeau. (Et le terme sével ici ne renvoie pas à la souffrance, mais au rôle du portefaix, à la charge que l'on porte.)
Le Malbim ajoute que la manière dont le Saint, béni soit-Il, porte Ses enfants surpasse infiniment celle des parents envers leurs enfants. En effet, chez les parents, la relation fonctionne ainsi : tant que l'enfant est petit, le parent le porte ; mais lorsque l'enfant grandit et que le parent vieillit, il est naturel que l'enfant prenne soin de ses parents et les soutienne. (Certes, dans la réalité, il est difficile de compter là-dessus ; on dit souvent qu'un père peut subvenir aux besoins de dix enfants, mais que dix enfants ne parviennent pas à nourrir un seul père ni à s'occuper de lui : allez donc les chercher, l'un n'est pas joignable, l'autre est en voyage, un troisième est débordé. Mais quoi qu'il en soit, tel est l'ordre naturel des choses : un parent ne continue pas à porter son fils à l'âge de vingt, trente, quarante ou cinquante ans ; ce sont plutôt les enfants qui soutiennent leurs parents et leur viennent en aide.)
Le Saint, béni soit-Il, déclare : avec Nous, il n'en va pas ainsi. « Jusqu'à la vieillesse Je suis le même, et jusqu'aux cheveux blancs Je porterai le fardeau » - Je porte le peuple d'Israël même lorsqu'il a vieilli, et même lorsqu'il a atteint l'âge des cheveux blancs (séva). Or, les cheveux blancs viennent toujours après la vieillesse, comme il est dit : « Et moi, j'ai vieilli et blanchi ». Même lorsqu'ils ont les cheveux blancs et sont devenus très âgés, non seulement vous n'avez pas à Me porter, mais c'est Moi qui vous porte. « Moi Je vous ai faits et Moi Je vous porterai, Je me chargerai de vous et Je vous délivrerai » : non seulement Je vous ai créés, mais Je porte comme un portefaix tous vos besoins, et Je vous préserve de tout péril.
Le chapitre s'ouvre sur une raillerie cinglante à l'encontre de Bel et de Nébo, les idoles de Babylone, qui se sont affaissées et effondrées sans pouvoir sauver leurs adorateurs, ni même s'épargner de devenir un lourd fardeau sur les épaules de leurs dévots et sur le dos des bêtes en route vers l'exil. Rachi nous enseigne que c'est là la source de la permission de la dérision contre l'idolâtrie (leitsanouta de-avoda zara), seule arme permise dans le combat contre le mensonge ; le Radak dépeint la scène de ces idoles chargées d'or sur le dos d'éléphants et d'ânes ; et le Malbim explique que celui qui fléchit et s'effondre est l'homme lui-même, qui a perdu l'image divine (tsélem Elohim) pour devenir semblable à un animal et à une bête brute. Face à eux se dresse Israël : « chargés dès le ventre, portés dès la matrice » - un peuple qui ne porte pas son Dieu, mais qui est porté par Lui, dès le ventre maternel, dès la naissance, et jusqu'à la vieillesse et aux cheveux blancs. Contrairement à l'ordre naturel du monde, où le fils prend en charge son père au soir de sa vie, le Saint, béni soit-Il, nous porte éternellement, et plus encore dans les heures d'épreuve, où Il nous porte littéralement à bout de bras.