« Il ne le prend pas à cœur, il n'a ni savoir ni discernement pour se dire : j'en ai brûlé la moitié au feu, sur ses braises j'ai cuit du pain, j'ai rôti de la viande et je l'ai mangée, et avec le reste je ferais une abomination, je me prosternerais devant un morceau de bois ? » Regarde à quel point leurs yeux sont trop aveugles pour voir, et leurs cœurs trop bouchés pour comprendre. Il ne réfléchit pas, il ne prend pas à cœur une chose aussi simple. Que veut dire le prophète ? Je t'ai dit plus tôt : ils ne savent ni ne comprennent. Il y a des choses qui exigent un savoir, d'autres qui exigent une compréhension, une réflexion. Mais pour des choses simples, aucune réflexion n'est nécessaire, même un enfant peut comprendre. C'est ce qu'il dit : il suffit seulement de le prendre à cœur. Prendre à cœur, c'est-à-dire un simple regard extérieur, sans avoir besoin d'approfondir, sans avoir besoin d'une longue journée d'étude. Il dit qu'il suffit de le prendre à cœur : n'ai-je pas brûlé la moitié au feu, et même cuit, alors comment ferais-je du reste une abomination ?
Le Malbim explique qu'il répète cela deux fois. Si j'en ai fait une divinité, comment se peut-il que du reste je fasse une abomination ? Si j'en ai fait une divinité, comment se fait-il que sur la partie restante je sois allé rôtir de la viande et du pain ? Et s'il l'a fait pour se prosterner devant les forces spirituelles, pour ainsi dire pour faire descendre les forces, les influences des forces spirituelles au moyen d'une image, d'une statue, alors me prosternerais-je devant un morceau de bois ? Comment se peut-il qu'un morceau de bois ait le pouvoir et le talent d'attirer sur lui l'influence des forces spirituelles supérieures ? Comment une chose aussi simple, un morceau de bois, une chose usée et périssable, ferait-elle impression sur les forces spirituelles, les astres, les constellations, en tirant d'elles une abondance ? Comment une telle chose est-elle possible ?
Le Malbim dit : d'abord, le mot « abomination » écrit ici exprime toujours le mépris de l'idolâtrie. « Tu l'auras en abomination et en horreur. » Le mot « morceau de bois » exprime toujours la bassesse, une chose qui ne vaut rien, un simple bout de bois. Maintenant, faites attention, le Malbim relève un changement. Il est écrit ici : « avec le reste je ferais une abomination ». Au verset 17, il a dit « le restant » : « et de son restant il fait un dieu ». Quelle est la différence entre « le reste » (yitro) et « le restant » (shéerito) ? Il y a une différence que le Malbim a déjà donnée plusieurs fois : il y a une différence entre « ce qu'on garde » (shéar) et « ce qui subsiste » (notar). La différence est que « shéar » désigne ce que nous avons gardé dès le départ, tandis que « notar » désigne ce qui est resté de soi-même. C'est simple. Si par exemple il y a ici des bretzels et des biscuits, et que j'ai décidé de prendre les biscuits, cela signifie que ce qui reste ici, ce sont les bretzels : ils subsistent (notar). « Notar » signifie qu'ils sont restés d'eux-mêmes. Je n'avais pas l'intention de laisser ici les bretzels, je voulais seulement prendre les biscuits, et de ce fait il est resté les bretzels. Mais si en réalité je voulais honorer les gens avec les bretzels, et que j'ai pris les biscuits parce que je pensais qu'ils n'étaient peut-être pas très frais, alors j'ai pris les biscuits et j'ai laissé ici, intentionnellement, les bretzels pour qu'il y en ait pour les gens. C'est-à-dire que « shéar » (garder) c'est quand j'ai l'intention qu'il reste un reste, qu'une partie subsiste intentionnellement. « Notar » (subsister), en revanche : j'ai pris ce que je voulais, ce qui était là, et dès l'instant où je ne l'ai pas pris, il est resté de lui-même. « Notar » n'est pas intentionnel. C'est ce que dit le Malbim : comprends maintenant la différence. Ici il dit : au début il a dit « son restant » (shéerito), car au début il parle du fait qu'il prend et sculpte à partir de la statue, et en fait du pain et du rôti, etc., et laisse un reste intentionnellement pour le besoin de la statue. Mais ici, quand il parle de son opprobre, alors, pour ainsi dire, il dit l'inverse. Car en vérité ce qu'il voulait, ce n'était en somme qu'un bon déjeuner. Il lui est seulement resté un bout de bois, alors il dit : allez, faisons-en donc un dieu. Vous comprenez, c'est bien plus déshonorant, bien plus méprisant. Au début, il exprime pour ainsi dire sa véritable intention. Ensuite, il vient l'exprimer, pour ainsi dire, pour se moquer de lui. Pour s'en moquer, il dit : sache-le, je l'ai trop honoré quand j'ai dit qu'il y a ici un reste laissé intentionnellement pour le besoin de la statue. Non, il vient tout simplement faire du pain, il dit : dommage pour le bout de bois qui reste ici, alors il dit : bon, allez, faisons donc aussi quelque chose avec cela. Vous comprenez, c'est-à-dire pour amplifier son opprobre il dit la vérité : ce n'est même pas un « reste gardé », c'est même un « reste subsistant » (notar), pourrait-on dire.
« Il se nourrit de cendre, un cœur trompé l'a égaré, il ne sauve pas son âme et ne dit pas : n'y a-t-il pas un mensonge dans ma main droite ? » « Il se nourrit de cendre » : un cœur trompé l'a égaré pour se faire un berger de cendre. Qu'est-ce que « se nourrir de cendre » ? Rachi explique...
Cela signifie se prendre pour berger quelqu'un dont la moitié est déjà cendre. Qui a-t-il pris pour berger ? Car l'autre moitié du morceau de bois se trouve déjà dans son four, n'est-ce pas ? Alors qui as-tu pris pour berger ? Le berger de qui ? Quelqu'un qui est cendre ? Quelqu'un dont la moitié est déjà devenue cendre serait ton berger ?
Le Malbim explique : « se nourrir de cendre » se rapporte à l'homme. On te dit : l'homme qui ne sait pas qu'il y a en lui une part divine d'en haut, l'homme qui ne saisit pas qu'il possède une âme spirituelle haute et supérieure. Si l'homme saisissait cela, comment lui viendrait-il à l'esprit de se prosterner devant une image, devant un morceau de bois, alors que ce morceau de bois est même inférieur à toi ? Car toi tu es doué de parole, en dessous de toi il y a l'animal, et en dessous encore le végétal. Donc le végétal est à deux degrés en dessous de toi. Comment as-tu pu aller te faire une telle chose ? Il faut nécessairement que tu n'aies pas considéré ton corps comme une part divine d'en haut, comme un lieu où réside l'âme supérieure, mais comment as-tu considéré ton corps ? Comme un simple bout de matière inerte, comme une simple enceinte de cendre. C'est ce qu'il dit : « il se nourrit de cendre », il dirige la cendre et le corps. Son corps est de l'ordre de la cendre, une simple chose matérielle. C'est pourquoi « un cœur trompé l'a égaré ». « Un cœur trompé » signifie son cœur qui se moque : les moqueries désignent la raillerie et la dérision, son cœur se moque et se rit de lui, jusqu'à ce qu'il l'écarte du chemin, au point qu'il ait pu prendre une pierre inerte ou un bois végétal pour en faire un dieu. Pourquoi ? Parce que tu penses que ta conduite, ce corps qui te dirige, la conduite est cendre. C'est une chose matérielle, physique. Tu n'as pas compris qu'il y a en toi une part divine d'en haut, alors, en tant qu'être spirituel, me prosternerais-je devant une chose matérielle, devant du bois et de la pierre ?
« Il ne sauve pas son âme. » Il ne réfléchit pas : comment fais-je une telle chose alors qu'il y a en moi une âme divine ? Comment soumets-je l'âme divine et intellectuelle face à une chose inerte ou végétale ? « Et il ne dit pas : n'y a-t-il pas un mensonge dans ma main droite ? » En tout cas il aurait dû se dire : ce mensonge est tellement évident qu'il est comme gravé sur ma main droite. « Un mensonge dans ma main droite » signifie un mensonge manifeste. Ce qui est manifeste est « dans ma main droite ». Oui, Hachem a juré par Sa droite, car la main droite est pour ainsi dire visible. Ainsi, « un mensonge dans ma main droite » : il aurait dû se dire que ce mensonge est tellement clair, comme dans la main droite, comme gravé sur la main droite. Car c'est de la main droite que l'homme accomplit ses actions principales. Donc si quelque chose est gravé sur sa main droite, il le voit toujours. Alors « n'y a-t-il pas un mensonge dans ma main droite ? », comment n'as-tu pas réfléchi ? Réfléchis que le mensonge est ici si manifeste. Mais quoi ? Puisqu'il « se nourrit de cendre », il ne sait pas du tout qu'il y a en lui une âme, il ne regarde sa propre réalité que comme une réalité physique, matérielle. Alors en vérité il est pire que la statue, car la statue est encore quelque chose de plus élevé, elle possède encore une âme végétative, il y a une âme végétative dans le bois. Toi, tu ne te rapportes pas du tout à ce qui possède une âme. Tu te rapportes à toi-même uniquement comme à de la cendre, tandis que lui possède encore une âme végétative, alors il est vraiment, pour ainsi dire, meilleur que toi.
« Souviens-toi de cela, Yaakov, et Israël, car tu es mon serviteur, je t'ai formé, tu es mon serviteur, Israël, tu ne m'oublieras pas. » Le prophète poursuit et dit : « souviens-toi de cela, Yaakov et Israël, car tu es mon serviteur ». Le Malbim dit : toi Yaakov, tu connais la valeur de l'homme du côté de sa forme, du côté de la part spirituelle en lui. Et particulièrement toi Israël, car nous savons toujours que « Yaakov » exprime le degré inférieur, le talon (akev), tandis qu'« Israël » exprime notre valeur beaucoup plus grande, une notion de souveraineté. Il dit : tu sais que ton âme est très haute, plus haute même que les anges de service, comme l'indique le nom Israël. Que signifie le nom Israël ? « Tu as lutté (sarita) contre un ange et tu l'as emporté. » Tu as lutté avec un ange et tu as pu l'emporter, c'est-à-dire que ta valeur est plus haute que celle de l'ange. Et à plus forte raison que le tordu, car « tu es mon serviteur ». Tu n'es pas comme les nations qui servent d'autres dieux, mais tu es mon serviteur, donc tu connais ta valeur spirituelle, tu ne « te nourris pas de cendre », tu ne te rapportes pas au corps comme à un guide de cendre, comme s'il n'était qu'une chose matérielle, tu es conscient de la part spirituelle dans la réalité matérielle.
Et en dehors du fait que tu es mon serviteur par le simple fait que tu me sers, dès le départ « je t'ai formé pour être mon serviteur ». Tu as été formé, c'est-à-dire dès l'origine, par le simple fait que je t'ai donné une âme supérieure et divine, je t'ai formé dès le départ comme serviteur pour moi. Il y a une grande différence entre une chose créée dès le départ pour une certaine finalité et une chose qui n'a subi une conversion qu'à un stade donné. Quand une chose est créée dès le départ, cela témoigne certainement de sa valeur bien plus grande. Il dit donc : je t'ai formé serviteur, dès le départ je t'ai donné une part divine d'en haut pour que tu sois de l'ordre d'un serviteur pour moi. Alors voici, toi Israël, tu ne m'oublieras pas, tu dois te souvenir de moi et ne pas m'oublier pour servir d'autres dieux, car tu reconnais ta part spirituelle. Cela revient à ce qu'il a dit plus haut : comment celui qui reconnaît sa part spirituelle pourrait-il aller prendre une chose aussi inférieure, matérielle, comme la pierre et le bois, pour en faire un dieu, alors que tu es à un degré bien, bien plus élevé que lui ? Le fait même que tu sois mon serviteur, et de surcroît que je t'aie formé serviteur, cela impose que toi, Israël, tu ne m'oublies pas, que tu n'oublies pas Hachem ton Dieu.
« J'ai effacé comme un nuage épais tes crimes et comme une nuée tes péchés, reviens à moi car je t'ai racheté. » « J'ai effacé comme un nuage épais tes crimes » : bien que pour l'instant les fautes fassent séparation entre vous et Hachem votre Dieu, il en résulte donc que le Saint béni soit-Il ne peut pour ainsi dire faire résider la Présence divine parmi nous. La raison en est que les fautes font en réalité écran, elles sont comme un nuage épais. De même qu'un homme voudrait regarder et voir et recevoir les rayons du soleil, mais ne le peut à cause des nuages épais, à cause des nuées épaisses, ainsi nos fautes font écran, comme une cloison de fer entre lui et Hachem béni soit-Il. Quand le Saint béni soit-Il voudra nous racheter, il nous dit : « j'ai effacé comme un nuage épais tes crimes ». De même que le nuage épais et la nuée sont effacés par quoi ? Par la force du vent qui les disperse, ainsi j'effacerai tes crimes. Et tes péchés je les effacerai comme une nuée.
Remarquons qu'il y a ici un changement. Il y a « nuage épais », il y a « nuée », il y a « péchés », il y a « crimes ». Le Malbim dit : les crimes (pesha'im), le crime est intentionnel, le criminel. On appelle ainsi celui qui a commis la faute délibérément. C'est pourquoi les crimes sont grands, ils sont de l'ordre des nuages épais entre nous et Hachem. En revanche les nuées sont plus fines, et c'est de l'ordre de « tes péchés ». Ces péchés sont des fautes involontaires, c'est pourquoi ils ressemblent à une nuée. Ce n'est pas un nuage épais mais une nuée. Le nuage épais obscurcit beaucoup, la nuée n'obscurcit pas à ce point. Mais tout cela, le Saint béni soit-Il le dit à condition : « reviens à moi car je t'ai racheté ». Si tu reviens à moi, dit Hachem, je t'ai racheté. À première vue la formulation aurait dû être : « reviens à moi car je te rachèterai ». Le Malbim dit : la rédemption est déjà prête, et il suffit que tu reviennes, comme si je t'avais déjà racheté depuis longtemps, elle est déjà là. Ce n'est pas quelque chose qui adviendra dans le futur, ce n'est pas quelque chose qui... mais « car je t'ai racheté ».
Je viens de lire le Rav Bravda, qu'Hachem lui envoie une guérison complète, il est cloué au lit, atteint d'une maladie, qu'Hachem préserve. Il rapporte l'histoire de l'un des grands de la génération qu'il connaît, un homme vraiment grand, dit-il, qui a rêvé que le 'Hafets 'Haïm lui disait que la rédemption est déjà ici. Il a rêvé ainsi que le 'Hafets 'Haïm le lui disait. Il lui a demandé : que signifie cela, le Machia'h n'est pourtant pas encore venu ? Il lui a répondu : cela signifie que le Machia'h est déjà parmi nous, et ce qu'il faut, c'est encore un effort pour lui permettre de se révéler, afin qu'il nous rachète vraiment. Cela veut dire que le Saint béni soit-Il dit « car je t'ai racheté », voici que je t'ai déjà racheté, la rédemption est déjà prête. De quoi cela dépend-il ? De la techouva. Si seulement tu reviens, tu verras que la rédemption est déjà là. Ce n'est pas quelque chose qu'il faut créer et faire à partir de rien, avec un processus. La rédemption est déjà là, par une techouva légère on peut déjà atteindre la rédemption.
« Chantez, cieux, car Hachem a agi, poussez des cris, profondeurs de la terre, éclatez, montagnes, en chants, forêt et tout arbre en elle, car Hachem a racheté Yaakov et se glorifiera en Israël. » « Chantez, cieux », les cieux chanteront pour Hachem. Pourquoi ? Parce qu'alors il sera manifeste pour tous que « Hachem a agi ». Tous reconnaîtront qui a créé les cieux et la terre : le Saint béni soit-Il. Une grande joie, pour ainsi dire, régnera dans tous les mondes lorsque cela se révélera et deviendra clair pour tous, que toute créature saura que Tu l'as formée et que toute œuvre comprendra que Tu l'as faite. Et alors il n'y aura plus de gens qui se tromperont dans cette croyance vaine selon laquelle le Saint béni soit-Il, pour ainsi dire élevé et exalté, aurait abandonné la conduite de la terre, ne s'intéresserait pas aux êtres inférieurs et d'en bas, et aurait confié la conduite du monde aux corps célestes, aux constellations, aux astres. Cette croyance n'existera plus, « car Hachem a agi ». Ce sera clair pour tous, « poussez des cris, profondeurs de la terre ». Pourquoi ? Parce que là on verra que le Saint béni soit-Il exerce une providence pleine. Et pas seulement une providence générale : la providence générale ne porte pas sur chaque détail, mais sur l'ensemble du monde afin qu'il subsiste. Par exemple comme il en va des animaux. Nous disons qu'il y a une providence du Saint béni soit-Il, et pour les animaux les Richonim tranchent que c'est une providence générale. La position du Baal Chem Tov n'est pas ainsi, mais la position admise, selon les termes du Sefer Ha'ikarim, il l'appelle providence de l'espèce. Hachem veille à ce que l'espèce des éléphants ne s'éteigne pas. Et s'Il décide que oui, alors elle s'éteindra. C'est la providence de l'espèce. Une providence sur l'ensemble de l'espèce. En revanche, pour le peuple d'Israël, c'est une providence individuelle, sur chacun et à chaque instant, sur ce qu'il fait.
Et voici la suite : il dit, ne pense pas qu'il y aura seulement une providence générale, celle dont nous parlons en disant « poussez des cris, profondeurs de la terre », que le Saint béni soit-Il veille sur l'ensemble de la terre. Il dit non, même les montagnes éclateront en chants, ainsi que la forêt et tout arbre en elle. Cela vient te dire que la providence est une providence individuelle avec une grande précision, même sur le végétal, même sur les détails, « et tout arbre en elle », le Saint béni soit-Il veille. À quoi reconnaîtra-t-on Sa providence ? « Car Hachem a racheté Yaakov et se glorifiera en Israël. » Voici que tu vois que le Saint béni soit-Il rachète Yaakov, Yaakov représentant le peuple d'Israël à son degré inférieur, et « se glorifiera en Israël », c'est-à-dire le peuple d'Israël, terme de souveraineté, à son degré élevé, car Hachem accomplira pour eux des miracles, des signes et des prodiges glorieux.
« Ainsi a dit Hachem, ton rédempteur et celui qui t'a formé dès le ventre : moi Hachem je fais tout, j'étends les cieux à moi seul, j'affermis la terre par moi-même. » « Celui qui t'a formé dès le ventre » : Rachi dit, que signifie « dès le ventre » ? Déjà lorsque les enfants se heurtaient en elle, depuis lors je t'ai formé et je t'ai choisi. « Ainsi a dit Hachem, ton rédempteur et celui qui t'a formé dès le ventre : moi Hachem je fais tout. » « J'étends les cieux à moi seul, j'affermis la terre », le Radak dit : il est écrit ici « à moi seul » (levadi), et « j'affermis la terre par moi-même » (mé'iti). Le Radak explique : je suis le premier de toutes les créatures, et au moment de la création il n'y avait rien du tout ici, en réalité tout a été créé par moi. Il n'y avait que moi seul, et tout vient de moi. Lorsque les cieux ont été créés, j'étais seul. Et ensuite tout ce que tu vois ici dans la nature, tout a été formé par moi. Ainsi est-il rapporté dans le Béréchit Rabba : tous s'accordent à dire que les anges n'ont pas été créés le premier jour. Quand les anges ont-ils été créés ? Le deuxième jour. Pourquoi pas le premier jour ? Afin qu'on ne dise pas que Mikhaël tirait au sud du firmament et Gavriel au nord, et que le Saint béni soit-Il mesurait au milieu. Pour qu'on ne dise pas qu'il y avait ici une aide et un soutien, les anges, chacun tenant un côté, l'un tirait d'ici, l'autre de là, et ainsi le monde a été créé. Le Saint béni soit-Il dit non, à moi seul. Le premier jour de la création, seul, il n'y a aucune autre force dans la création et dans le monde, pour qu'on ne dise pas que quelqu'un m'a aidé.
« Ainsi a dit Hachem », le Malbim explique qu'ici commence en réalité un sujet nouveau. Le Malbim dit qu'ici c'est en quelque sorte une nouvelle prophétie, dont le début parle de la rédemption de Babel et à partir de laquelle il se poursuivra vers la rédemption future. « Ainsi a dit Hachem, ton rédempteur », c'est au futur. « Et celui qui t'a formé dès le ventre », cela renvoie au passé. « Moi Hachem je fais tout. » Le Malbim dit : il y en avait qui croyaient que le monde a été, pour ainsi dire, créé par Hachem béni soit-Il par nécessité. Comme une ombre est produite par le soleil, et le soleil n'est pas allé produire quelque chose, mais automatiquement, dès qu'il y a un soleil et un objet, il y a une ombre. C'est la réalité. Ainsi certains ont voulu dire que l'existence de la création procède nécessairement de Lui béni soit-Il. Non pas une certaine volonté qui aurait eu lieu à un moment donné de créer un monde, mais pour ainsi dire par nécessité qu'il en soit ainsi, comme une ombre produite par le soleil. C'était une croyance, la croyance vaine d'Aristote.
Il y en avait qui disaient qu'il existait une matière primordiale antérieure, et que le Saint béni soit-Il aurait pour ainsi dire trouvé de la matière, joué avec, et créé un monde. C'est-à-dire que le Saint béni soit-Il n'aurait pas formé toute la réalité et l'existence, mais que la matière existait, et que le Saint béni soit-Il, de l'ordre de « El », et « El » comme nous le savons signifie « détenteur d'un pouvoir », le Saint béni soit-Il est venu, a vu de la matière, et en a formé un monde. C'était une deuxième croyance vaine qui existait. Contre cela, il vient dire « moi Hachem je fais ». Toujours « faire » désigne quelqu'un qui fait une chose par son choix, par sa volonté. J'ai fait, j'ai décidé de faire. Si je n'avais pas voulu, je n'aurais pas fait. Ce n'est pas quelque chose qui a été produit par moi, mais c'est moi qui ai fait. Ici il a réfuté l'opinion d'Aristote, qui prétendait que cela a été produit de soi-même. Non, moi Hachem je fais. Maintenant, que diras-tu, partiellement ? Il dit : non, moi Hachem je fais tout. Ne dis pas qu'il y avait ici de la matière et que j'ai commencé à m'en occuper pour former un monde. « Je fais tout », cela signifie même la matière primordiale première, cela aussi c'est moi qui l'ai faite. « Moi Hachem je fais tout. »
Que diras-tu ? Il y en avait qui prétendaient que la création s'est enchaînée par des causes et des effets. C'est une expression que vous trouverez chez les Anciens, cela désigne ce qu'on appelle aujourd'hui cause et effet. Aujourd'hui non plus on ne parle plus dans ce langage, mais cela aussi apparaît chez les Anciens. « Cause et effet » signifie qu'il y avait une cause, et de cette cause a découlé une autre chose. Toute chose, si nous voulons l'examiner, on peut remonter à sa cause précédente. Comment fais-tu, que fais-tu ici ? Je suis né. D'où es-tu né ? De ton père. Cite son nom. D'où ton père est-il né ? De ma mère, et ainsi de suite. Tout cela s'appelle cause et effet. Chacun voudra voir quelle est son origine, et ainsi de suite, on peut descendre à des détails plus petits et à des subtilités ; ce dont je viens de parler n'est qu'un exemple très général. Alors ils croyaient que la création s'est pour ainsi dire produite par toutes sortes d'enchaînements jusqu'à ce qu'un monde se forme. Le Saint béni soit-Il dit : non, moi Hachem j'étends les cieux à moi seul, sans aucune aide. Et sache-le, ce n'est pas par des causes que le monde a été formé, mais par moi seul. Non par des forces qui auraient été créées et qui auraient formé d'autres choses, lesquelles à leur tour auraient formé un monde. Non. Moi Hachem j'étends les cieux, j'ai déployé ici les cieux de mes mains. Non par des forces créées par d'autres forces, des effets créés par des causes, et ainsi de suite dans cette voie.
« J'affermis la terre par moi-même. » Il y en a qui prétendent que la terre a été livrée à la main de la nature. Le Saint béni soit-Il a créé un monde, le Saint béni soit-Il a mis en mouvement et fait tourner, tout vient de Lui béni soit-Il. Mais après que le Saint béni soit-Il a donné au monde le coup, pour ainsi dire l'élan pour qu'il commence à tourner, voilà, il a tourné et est parti. Le Saint béni soit-Il ne s'intéresse plus à ce qui se passe ici, tout est naturel. Tout ce qui se passe ici dans le monde fonctionne selon la nature. Mange sainement, tu seras en bonne santé. Ne mange pas sainement, tu seras malade. Il y a un virus, tu as telle et telle probabilité d'en être atteint. Si tu prends telle précaution, tu peux être atteint, sinon tu ne le seras pas. Il n'y a aucun décret d'en haut, aucune providence, rien, tout fonctionne selon la nature. Comment réfute-t-il cela ? Il leur dit : « j'affermis la terre par moi-même ». « J'affermis la terre » signifie que si tu observes l'affermissement de la terre, il n'est pas naturel. Car comment se peut-il que la poussière, qui est lourde, plus lourde que l'eau, comment se peut-il qu'elle affermisse la terre sur l'eau ? Est-ce naturel ? Prends donc une motte de poussière, pose-la sur l'eau. L'île doit nécessairement être reliée à la terre en dessous. Elle ne peut pas être sur l'eau. De sorte que nous savons que tout le globe terrestre est en réalité affermi sur l'eau. Alors le Saint béni soit-Il dit : eh bien, est-ce la nature ? Tu vois que toute l'existence et le maintien du monde n'est pas la nature, c'est contre la nature. Comment cela ? Si ce n'était, dit le Saint béni soit-Il, si ce n'était par moi. Comment cela se maintiendrait-il si ce n'était que moi, à chaque instant, je maintiens cette réalité ? Ici le Saint béni soit-Il, comme nous l'avons dit, a réfuté toutes les opinions d'hérésie qui étaient répandues en leur temps.
« Il annule les signes des diseurs et rend fous les devins, il fait reculer les sages et rend leur savoir insensé. » « Il annule les signes des diseurs » : puisque j'ai étendu les cieux, dit Rachi, le Saint béni soit-Il a dit : donc je peux aussi les annuler. Que sont les « diseurs » (badim) ? Ce sont les astrologues qui prédisent par les signes des cieux. Il observe toutes sortes d'actions célestes, des corps célestes, tel astre à l'horizon d'un autre astre et toutes sortes de choses de ce genre, et à partir de cela il tire des conclusions. On appelle cela « les signes des diseurs ». Pourquoi les appelle-t-il « badim » (diseurs) ? Parce que ce sont des histoires inventées (bdim) qu'ils te racontent. Pourquoi appelle-t-on cela des histoires inventées ? Parce qu'ils inventent des choses de leur cœur. On appelle cela une chose inventée du cœur. Alors « les signes des diseurs », ces choses inventées du cœur, le Saint béni soit-Il dit : je les annule. Car d'où tire-t-il cela ? Des signes des cieux. « Des signes des cieux ne soyez pas effrayés. » Hachem dit : c'est moi qui ai créé les cieux, je peux aussi les modifier. Comment le Saint béni soit-Il a-t-il dit à Avraham : sors de ton astrologie ? Que vois-tu ? Jupiter dans cette direction et cette lune dans une autre direction ? Le Saint béni soit-Il lui a dit : je déplace Jupiter dans une autre direction, Avram n'engendre pas, Avraham engendre. Le Saint béni soit-Il domine la nature, et lorsqu'Il voudra, Il peut aussi modifier le cours des astres.
Et puisque les astrologues de Babel prédisaient par les astres, et que c'était l'une de leurs méthodes fixes pour dominer et savoir comment mener leur conduite, comme il est écrit « qu'ils se lèvent donc et te sauvent, les contemplateurs des cieux », le Saint béni soit-Il dit : j'annulerai les signes de leurs diseurs. De même que j'ai annulé les signes des diseurs d'Égypte, qui tiraient toutes sortes de conclusions parce qu'ils avaient vu tel astre néfaste face à eux, cela allait causer qu'ils aient du sang dans le désert et qu'ils n'entrent pas en terre, et toutes sortes d'autres choses, et que leurs dirigeants seraient frappés par l'eau, etc. Le Saint béni soit-Il dit : j'ai annulé leurs signes, le peuple d'Israël est sorti d'Égypte, le peuple d'Israël a été racheté, le peuple d'Israël est entré en terre et en a hérité. J'ai annulé les signes des diseurs d'Égypte, dit le Saint béni soit-Il, les signes des diseurs des Babyloniens aussi, eux aussi je les annulerai.
Rabbi Avraham Ibn Ezra explique que « badim » vient de la racine « badad » (isolé). Qu'est-ce que « badad » ? Seul, solitaire. Ibn Ezra dit : il y a des âmes qui ont le pouvoir de s'isoler et de dire l'avenir. Et non par voie de sagesse. Ce n'est pas parce qu'il est intelligent et tire des conclusions, pas du tout. Mais par la force de son isolement, il peut atteindre un état proche de la prophétie. Il a le pouvoir, par l'isolement, de connaître des choses cachées. C'est donc le sens de « il annule les signes des diseurs », de ces diseurs, ceux qui avaient un pouvoir par la force de l'isolement. « Et les devins », les sages des constellations. « Et les sages », ce sont ceux qui observent le foie et l'épaule. Il y en avait qui savaient par l'examen du foie, je ne sais pas comment on examine le foie, je n'en ai aucune idée. L'épaule, ils avaient des moyens en observant les tressaillements du corps. Par toutes sortes de tressaillements du corps il était possible de savoir ; celui qui voit les livres entiers qui ont été écrits, des livres des Anciens, pour savoir d'après toutes sortes de tressaillements du corps : si soudain la paupière droite d'un homme tressaille, qu'est-ce que cela signifie ? Pour chaque chose on te dit pour ainsi dire ce que cela signifie. Aujourd'hui cela n'a aucune signification, mais en leur temps on attribuait à cela beaucoup de significations. Alors le Saint béni soit-Il dit : tous ces signes des solitaires, des devins, des sages, tous ceux-là, dit le Saint béni soit-Il, je les annule, car c'est moi qui détermine la réalité.
Le Malbim explique : « il annule », après que j'ai créé et que je veille sur les êtres d'en haut et d'en bas par une conduite libre. « Libre » signifie selon la volonté et le choix d'Hachem. Non comme l'ombre qui sort et découle du soleil sans consulter le soleil, comme nous l'avons expliqué pour « El », mais du fait que le Saint béni soit-Il a voulu créer un monde. De ce fait, j'annule les signes des diseurs et des constellations. S'il y a une chose que la constellation indique, si je veux qu'il n'en soit pas ainsi, je l'annule. Et si l'on trouve dans le cours des constellations un signe que Jérusalem ne sera pas rebâtie, alors j'annulerai les signes des cieux, je les annulerai et Jérusalem sera bel et bien rebâtie. « Et il rend fous les devins. » Ceux qui saisissent par la sagesse de la magie ce qui adviendra dans le futur, le Malbim dit : que signifie « rend fous » ? Ils ressemblent à des insensés et des fous. Pourquoi ? Parce que tout ce qu'il voit arrive à l'inverse. « Rend fous », cela signifie qu'il devient fou, il dit : quoi, je vois qu'ici il devrait faire froid et cela arrive autrement. Alors le savoir des devins, Hachem le rendra insensé, il les transformera pour ainsi dire en insensés, de sorte qu'ils ne comprendront pas ce qu'ils voient.
Et non seulement cela, mais aussi « il fait reculer les sages ». Qui sont ces sages ? Le Malbim explique : ce sont les sages de la nature. Ceux-là, le Saint béni soit-Il les fera reculer et rendra leur savoir insensé. Les sages de la nature saisissaient ce qui adviendrait selon les lois de la nature. Le Malbim dit : dans leur raisonnement ils allaient vers l'avant. Que veut dire cela ? Pour investiguer, ils investiguaient de la cause vers l'effet. Cela signifie : si je vois la cause, alors j'en déduis quel sera l'effet. Si je vois du feu, il doit nécessairement y avoir de la fumée. Si je vois des nuages, il doit nécessairement y avoir de la pluie. Qui a dit qu'il y aura de la pluie ? Tu ne l'as pas vue, alors comment le dis-tu ? C'est de la cause vers l'effet. Quand je vois la cause, je sais, je suis déjà prêt à cela d'avance. Il y a des gens, tu sais, il est arrivé, maintenant il va y avoir la pagaille ici. Tu vois, tu n'as pas besoin d'être sage, de déduire de la cause vers l'effet. Tu connais le personnage, tu connais l'homme, un braillard, un tapageur, un querelleur, celui-là, tu l'as juste vu, tu dis : maintenant ça va être la pagaille ici. Cela, tu vois, il faut être sage pour déduire de la cause vers l'effet. Tu as vu quelque chose, tu tires déjà la conclusion. C'est une manière de tirer des conclusions logiques, une manière du un plus un, tirer des conclusions en voyant une chose et en déduisant ce qui en sortira. Cela arrivera-t-il nécessairement ainsi ? Chez Sherlock Holmes cela fonctionnait ainsi, cela marche toujours à merveille quand on écrit un livre. Mais les chances que ce soit vraiment ainsi, que précisément quand tu vois quelque chose cela arrive nécessairement, combien de fois avons-nous vu des nuages et tu as déjà dit : écoute, une pluie torrentielle nous attend, etc., et tout ce que les météorologues ont prévu et vu, avec des cartes synoptiques et... le Saint béni soit-Il fait reculer les sages. Soudain, ah oui, en Jordanie, le taux de précipitations a augmenté. Eh bien, et nous alors ? Le Saint béni soit-Il fait reculer les sages. Ce que tu vois de la cause et dont tu déduis l'effet ne se réalisera pas nécessairement.
Et alors, dit le Malbim, que se passe-t-il ? Ils reviennent et vont vers l'arrière. Cela s'appelle « vers l'avant » : je vois ce qui se passe maintenant, j'en déduis ce qui sera plus tard. Il y a une manière de tirer des conclusions logiques inverse : de l'effet vers la cause. Par exemple, pourquoi n'y a-t-il pas eu de pluie lors du grand vent ? Parce qu'il y avait du vent. Vous comprenez ? C'est qu'en effet, toujours le lendemain les météorologues doivent s'expliquer. Pourquoi y a-t-il aussi une prévision le lendemain ? Tu as pourtant une prévision aujourd'hui pour trois jours, pourquoi en faut-il une aussi le lendemain ? Parce que toujours le lendemain il doit expliquer pourquoi hier ne s'est pas produit ce qu'il avait dit. Alors il a dit : oui, il y a eu des vents imprévus du sud qui ont dévié les nuages dans telle et telle direction, et il y a eu une rupture de nuage qui a causé ceci et cela, et c'est pourquoi ce que nous avons dit hier n'est plus pertinent. Mais ce que je dis aujourd'hui, écoutez bien maintenant, ce que je te dis aujourd'hui, tu verras que cela se réalisera comme je te le dis. Il faut gagner sa vie, messieurs, un homme a une source de revenus, il doit conserver son emploi. Alors cela s'appelle, quand il voit qu'il ne peut pas aller de la cause vers l'effet, alors ensuite, a posteriori, cela s'appelle un commentateur. Cela s'appelle un commentateur. Un commentateur t'expliquera toujours le déroulement. Après que c'est arrivé, il t'expliquera le déroulement. Pourquoi il a fait ainsi, et ce ministre a fait ainsi, et celui-ci a fait ainsi. Allez, prévois donc quelque chose à l'avance. Ils ne savent pas. Mais ensuite il t'expliquera toujours ce qui va arriver, comment c'est arrivé, pourquoi c'est arrivé et ce qui l'a amené. Ah, mais ce que tu as dit ne s'est pas réalisé ? Oui, je vais te dire les raisons. Là-dessus le Malbim dit : cela aussi, tu ne peux le déduire que par la nature. Mais si moi je conduis le monde au-dessus de la nature, alors de ce fait les sages aussi, qui au début voulaient raisonner de la cause vers l'effet, ont vu que la chose aurait dû advenir selon la nature, et voici qu'elle n'est pas advenue, voilà, que comprends-tu ? Qu'il y a quelqu'un qui conduit la réalité. Voici que tu vois qu'Hachem a rendu leur savoir insensé. Ces choses ne découlent pas de causes naturelles. Ainsi « il fait reculer les sages et rend leur savoir insensé ». Le Saint béni soit-Il fait reculer la sagesse des sages, ce qui signifie qu'ils tenteront a posteriori de comprendre pourquoi ce qu'ils avaient prévu ne s'est pas produit, et « rend leur savoir insensé », ils comprendront que cette chose n'a aucune cause naturelle du tout, seulement le doigt de Dieu. Car selon la compréhension telle qu'il voyait les choses selon la nature, aurait dû arriver tout ce qu'il prévoyait d'avance. Pourquoi cela n'est-il pas arrivé ? Parce que le Saint béni soit-Il fait reculer les sages. Ce que tu prévois d'avance qui adviendra, Hachem te fait reculer. Il te dit : non, monsieur, tu seras finalement contraint de donner une explication de pourquoi il n'est pas arrivé ainsi. Cela s'appelle « vers l'arrière ». Non pas voir vers l'avant, mais a posteriori, après que c'est arrivé, donner des explications de pourquoi cela n'est pas arrivé comme tu l'avais prévu. Cela s'appelle le faire reculer, qu'il aille vers l'arrière pour tenter de trouver les raisons pour lesquelles ses plans ont été déjoués. Et alors il arrivera certainement à la conclusion que le Saint béni soit-Il conduit le monde, et c'est pourquoi la réalité n'arrive pas exactement comme il s'y attend ou comme il le veut.
Le Malbim donne une troisième explication de pourquoi ces gens appelés les contemplateurs des nuages et autres sont appelés « badim » (diseurs). Ceux qui savent par toutes sortes de magies, pourquoi sont-ils appelés « badim » ? Nous avons vu une première explication, du langage « ils inventent des choses de leur cœur ». Une autre explication, du fait qu'ils s'assoient seuls (badad). Le Malbim donne une troisième explication : parce qu'ils avaient l'habitude de porter un éphod de lin (éfod bad). L'éphod de lin était une sorte d'éphod par lequel ils avaient pour ainsi dire toutes sortes de moyens de connaître les choses cachées, à mille distinctions près par rapport à l'éphod du Cohen Gadol, par lequel il était vraiment possible de savoir grâce aux pierres du pectoral. Ils prenaient un éphod de lin, comme nous l'avons vu chez beaucoup : « il se fit un éphod et des teraphim ». Qui était-ce ? Mikha. En effet, Mikha s'est fait un éphod et des teraphim. Et donc nous voyons qu'ils avaient un moyen de fabriquer un éphod par lequel ils connaissaient les choses cachées. Alors ici aussi, « il annule les signes des diseurs », cela signifie ces éphods de lin par lesquels ils tentaient pour ainsi dire d'arriver à des conclusions sur ce qui adviendrait.
« Il accomplit la parole de son serviteur et réalise le conseil de ses messagers, il dit de Jérusalem : elle sera habitée, et des villes de Yehouda : elles seront rebâties, et ses ruines je les relèverai. » « Il accomplit la parole de son serviteur », Rachi explique que cela désigne Moché. « Et le conseil de ses messagers », de quels anges s'agit-il ici ? De l'ange qui a dit à Yaakov : « Israël sera ton nom ». J'ai accompli ma parole, j'ai accompli ce que je leur ai promis, ici aussi j'accomplirai le conseil de mes prophètes, moi qui promets à Jérusalem : elle sera habitée. Le peuple d'Israël reviendra à Jérusalem. Le Malbim explique que c'est la suite du verset précédent. Ce qui changera par rapport à ce qu'indiquent les astres, à ce qu'indiquent les devins, à ce qu'indiquent les sages de la nature, tous montrent que Babel réussira et qu'Israël échouera. Selon la nature, tous montrent ainsi. Ainsi les astrologues, les contemplateurs des nuages, les sages, tous montrent ainsi. Et particulièrement selon les sages de la nature : un empire comme Babel, quelles sont ses chances d'échouer ? Et un pays et une terre en échec comme Israël, qui a souffert d'exils, de guerres et de conquêtes, quelles sont ses chances de réussir ? Alors tous, selon la nature et aussi selon les corps célestes, voient que Jérusalem ne réussira pas, que Babel réussira. Le Saint béni soit-Il dit : je renverserai la réalité. Pourquoi ? Parce que « j'accomplis la parole de son serviteur ». Que veut dire cela ?
Le Malbim explique : le miracle proviendra de deux causes. Une première cause : le décret des justes, la prière des justes. Comme Éliyahou le prophète a dit : « je suis vivant, Hachem est vivant, s'il y aura ces années-ci rosée et pluie sinon selon ma parole ». Hachem accomplit le décret du juste. Dès l'instant où le juste a décrété, même s'il n'était pas agréable au Saint béni soit-Il de punir le peuple d'Israël, mais le juste décrète, le Saint béni soit-Il accomplit. Le Saint béni soit-Il dit : « j'accomplis la parole de son serviteur ». Je ne le dis pas en prophétie, mais en décret. Je parle et je décrète, et il en sera ainsi. Oui ? C'est-à-dire que parfois le prophète décrète une chose. Comme Éliyahou n'a pas dit en prophétie « je prévois qu'il n'y aura pas de pluie », il ne l'a pas dit ainsi. Éliyahou a dit : selon ma parole je décrète qu'il n'y aura pas de pluie. Là-dessus le Saint béni soit-Il dit : « j'accomplis la parole de son serviteur ». Le juste qui me sert, j'accomplis sa parole. Autre chose : pour accomplir la prophétie, le prophète a besoin d'un signe et d'un prodige afin qu'on croie en sa prophétie. Qui a dit que ce que tu prévois va se réaliser ? Là-dessus il dit : « et le conseil de ses messagers il le réalise ». Ce que les messagers, « messagers » signifiant ici des envoyés, ce qu'ils ont conseillé comme conseil pour atteindre la finalité, comment ? Par le fait qu'il a dit : il y aura un signe et un prodige dans tant de temps, afin de garantir que tous croiront en sa prophétie, le conseil de ses messagers Hachem le réalise. Tu as dit qu'il y aurait un signe et un prodige dans tant de temps, Hachem dit : je réaliserai ta parole, je l'accomplirai. « Il dit de Jérusalem : elle sera habitée », et aussi les autres villes de Yehouda seront rebâties, et aussi les ruines de Jérusalem, c'est-à-dire le Temple et les parvis, je les relèverai toutes, moi-même en personne et par ma gloire. En réalité le Saint béni soit-Il dit : tout ce qu'ils ont prévu n'a aucune signification. Pourquoi ? Parce que le juste a le pouvoir, par son décret, d'annuler ce qui doit advenir. C'est-à-dire que même si selon la nature il devrait en être comme ils l'ont vu, mais vient un juste qui décrète, le Saint béni soit-Il accomplit. Il en résulte donc que par cela Hachem bouleverse les systèmes de la nature. Il y a donc une réalité où ce n'est pas ce que tu vois de manière naturelle qui se réalisera. Le juste peut, par son décret, changer la réalité. Deuxième chose : il y a aussi la prophétie, et le prophète peut fixer une chose par la force de sa prophétie, et le Saint béni soit-Il l'accomplit, il réalise la proposition de ses messagers. Le Saint béni soit-Il réalise la proposition des prophètes. Et que disent les prophètes ? « Il dit de Jérusalem : elle sera habitée, et des villes de Yehouda : elles seront rebâties, et ses ruines je les relèverai. » Le Saint béni soit-Il dit : et donc, tout ce que vous voyez dans toutes ces forces d'en haut, comme les corps célestes, les astres, comme les sages de la nature, tout cela, dit le Saint béni soit-Il, tout est destiné à être annulé, car j'ai le pouvoir de tout bouleverser, et tout cela je le changerai.
Il y a ici une « parole », faites attention, et il y a ici un « conseil ». « Il accomplit la parole de son serviteur et réalise le conseil de ses messagers. » Le Malbim dit : la « parole » est une parole catégorique. Un décret. « Sinon selon ma parole », a dit Éliyahou. Il a décrété, un décret, il n'y aura pas de pluie. Le « conseil » c'est quand je suis intéressé par une chose en vue d'une certaine finalité. « Ils ont conseillé un conseil », cela signifie dire quelque chose afin d'obtenir par là autre chose. Cela s'appelle en vue d'une certaine finalité. Alors chez les messagers il s'agit d'un conseil. Car les messagers, nous l'avons expliqué, sont les prophètes, et les prophètes disent qu'une chose adviendra, pourquoi ? Afin qu'on croie en leur prophétie. Car il est permis au prophète de dire : dans tant de temps il pleuvra, il y aura un changement dans la nature, afin qu'on croie qu'il est un prophète de vérité. Cela s'appelle un conseil. Donc cette prophétie était à l'origine destinée à ce que désormais on accepte sa prophétie. C'est pourquoi cela s'appelle en vue d'une certaine finalité, cela s'appelle un conseil.
« Qui dit à l'abîme : sois asséché, et tes fleuves je les dessécherai. » « Qui dit à l'abîme », qui est cet abîme ? « Tsoula » est un terme de « metsoula » (profondeur). C'est Babel. Il lui dit : « sois asséché », c'est-à-dire dessèche-toi. « Et tes fleuves je les dessécherai. » Babel est assise sur des fleuves, alors il compare pour ainsi dire le massacre de sa population au dessèchement des fleuves. Alors le Saint béni soit-Il leur dit de se dessécher. Le Radak explique davantage : pourquoi Babel a-t-elle été comparée à un abîme ? Pour deux raisons. Une première raison : Babel est pleine d'eau. Une deuxième raison : c'est une vallée. C'est pourquoi elle est appelée abîme. Toujours l'abîme est un lieu profond. Une vallée est un lieu bas. Où furent secoués les morts du Déluge ? À Chin'ar, à Babel. Puisque c'est un lieu bas, c'est là que furent secoués les morts du Déluge. Le Saint béni soit-Il dit à l'abîme, qui est Babel, qu'elle soit dévastée, qu'elle se dessèche, qu'il ne reste en elle aucun bien, mais qu'elle soit dévastée par Corèsh. Et de même « tes fleuves je les dessécherai », je dessécherai pour ainsi dire les fleuves. Il ne veut pas dire cela au sens propre, mais ici aussi le Radak dit que c'est comme une parabole. Voici Babel qui était bâtie, elle est destinée à être dévastée. Alors regardez comment le Saint béni soit-Il a renversé la réalité. Même si par voie de nature Babel est un abîme profond, par voie de nature les eaux s'y rassemblent. Un tel lieu se desséchera-t-il ? Comment se dessécherait-il ? Un lieu enfoncé, les eaux y parviennent. Le Saint béni soit-Il dit : je décréterai sur elle qu'elle soit dévastée et qu'il n'y ait plus là d'eau. « Ses fleuves je les dessécherai. » Est-il possible qu'un lieu bas où il y a des fleuves se dessèche ? Le Saint béni soit-Il dit : non, en tout cas je l'annulerai, je la dessécherai. Que veut-il dire par là ? Comme nous l'avons expliqué plus haut, le Saint béni soit-Il dit en prophétie : sachez-le, je bouleverserai les systèmes de la nature. Et l'inverse de ce que vous voyez et de ce qui apparaît selon la nature, ainsi se réalisera. Car selon la nature, un pays qui réussit, un pays qui a une armée, un pays qui domine le monde, quelles sont ses chances de décliner ? Quelles sont ses chances de tomber ? Faibles. Dans la parabole ici, elle est pleine d'eau, pleine de fleuves. Le Saint béni soit-Il dit : quand je veux, elle se dessèche. Il n'en restera rien. Où est cet empire babylonien ? Que reste-t-il de cet empire babylonien ? Il reste un pays divisé, déchiré, où chaque jour tu entends parler de 100 ou 200 morts dans un véhicule piégé où l'un assassine l'autre. Que reste-t-il d'elle ? Il n'en reste rien. Et bien avant cela déjà la chute de Babel avait commencé. Le Saint béni soit-Il dit : ce qui aujourd'hui te paraît très prospère, qui dit à Babel : « sois asséchée », elle sera dévastée, elle sera de l'ordre du désert, sèche. Et en revanche Jérusalem, qui maintenant te paraît sèche, dévastée, désolée, le Saint béni soit-Il dit : c'est justement elle que je bâtirai. Jérusalem, il réalise « qui dit à Jérusalem : elle sera habitée, aux villes de Yehouda : elles seront rebâties, ses ruines je les relèverai ».
Qu'est-ce qui est plus difficile ? Fendre la mer des Joncs ou mettre au cœur d'un roi de racheter Israël ? Un roi non-juif, être un serviteur, un instrument de service dans la main d'Hachem, pour racheter Israël. Que penserions-nous être plus difficile ? La fente de la mer des Joncs. Le Saint béni soit-Il dit : non, sache-le, ce qui est plus difficile c'est de changer le cœur du roi. Le Malbim dit : il ressent déjà l'étonnement, et bien que chez les hommes cela ne soit pas tellement considéré comme un miracle, le Malbim dit : sache-le, le libre arbitre est plus fort que les lois de la nature. Le libre arbitre est tellement puissant que, pour le Saint béni soit-Il, le changer et y intervenir est pour ainsi dire plus fort que de changer les systèmes et de bouleverser les systèmes de la nature.