Introduction : La conclusion du procès avec les nations
Le chapitre 41 s'ouvre par cet appel : « Écoutez-moi en silence, îles, et que les peuples renouvellent leur force ; qu'ils s'approchent et qu'alors ils parlent, avançons ensemble vers le jugement ». Le Saint béni soit-Il s'adresse aux nations : j'ai un différend avec vous. Je veux débattre avec vous et vous prouver la vérité, afin que vous reveniez à la foi authentique et au service d'Hachem. Après avoir exposé tous Ses arguments tout au long du chapitre, voici à présent la partie finale du débat, depuis le verset 21 jusqu'à la fin du chapitre, qui renferme cette sommation majeure : apportez vos preuves et démontrez qu'il y a une quelconque réalité dans vos divinités.
Avancez votre cause - présentez vos arguments
קָרְבוּ רִיבְכֶם יֹאמַר יְהֹוָה, הַגִּישׁוּ עֲצֻמוֹתֵיכֶם יֹאמַר מֶלֶךְ יַעֲקֹב׃ - Avancez votre litige, dit Hachem ; présentez vos arguments solides, dit le Roi de Jacob.
Le Malbim relève la répétition méthodique du verset : d'abord « avancez » (karvou) puis « présentez » (haggichou), d'abord « votre litige » (rivkhem) puis « vos arguments solides » (atsoumotekhem). L'expression de rapprochement (kirva) s'emploie toujours entre deux parties d'égal à égal : si nous sommes sur un pied d'égalité, je m'approche de toi. En revanche, le terme d'approche (haggacha) s'applique dans deux situations : soit lorsqu'un inférieur s'avance vers un supérieur - « Et Juda s'avança vers lui », Juda, en position de soumission, s'approche de Yossef le gouverneur ; soit dans un contexte d'opposition, comme celui qui s'avance pour le combat. De même, « riv » désigne un litige ordinaire, tandis que « atsoumot » correspond au moment où chaque partie raidit ses positions, de sorte que la controverse s'enflamme et devient une vive confrontation.
Quelle est donc la différence entre ces deux revendications ? Le Malbim explique que deux sortes de thèses avaient cours parmi les nations. La première nie toute Providence divine (Hachgaha), selon la conception de l'apikores pour qui le monde est régi par le pur hasard. Cette opinion n'est plus majoritaire aujourd'hui : depuis l'expansion du christianisme et de l'islam, la majeure partie de l'humanité croit en un D.ieu unique. Le Rambam souligne que la diffusion de ces croyances constitue une étape historique vers l'ère messianique : bien qu'elles s'écartent de la foi pure en l'Unité du D.ieu d'Israël, elles valent incomparablement mieux que l'idolâtrie païenne. Les idolâtres se prosternaient devant le bois et la pierre, alors que les peuples ont progressé depuis et reconnaissent un D.ieu unique. Seulement, les chrétiens Lui attribuent un fils, tandis que les musulmans se montrent plus rigoureux sur ce point, n'admettant que D.ieu et Son envoyé, au rang de simple prophète. C'est précisément la raison pour laquelle la halakha permet d'entrer dans une mosquée mais interdit formellement de pénétrer dans une église, cette dernière étant considérée comme un lieu où l'on admet une pluralité dans la divinité.
Voilà pourquoi le prophète déclare au sujet du premier point : « Avancez votre litige, dit Hachem » : le Nom ineffable est ici employé en tant que Créateur et Maître de tout l'univers. Le débat sur ce plan ne constitue qu'un différend mineur, car la majorité des nations admet déjà l'existence d'un D.ieu unique pour le monde entier, et la querelle ne subsiste qu'avec une frange minoritaire. En revanche, admettre que ce D.ieu soit souverainement le D.ieu d'Israël, que nous soyons le peuple d'élection (Am Ségoula) et que le reste des nations ne forme pour ainsi dire que le décor du monde, voilà ce que presque aucun peuple n'accepte. Ils reconnaissent les Écritures premières mais prétendent qu'une nouvelle alliance les a supplantées. Démontrer aux nations que le Saint béni soit-Il demeure exclusivement le D.ieu d'Israël suscite un affrontement bien plus virulent ; c'est pourquoi il est dit : « présentez vos arguments solides » - dans ce langage d'âpre confrontation - « dit le Roi de Jacob ». Ils consentent à l'existence de D.ieu, mais rejettent l'affirmation selon laquelle « Jacob, D.ieu l'a choisi pour Lui, Israël pour Son trésor » ; c'est là le véritable cœur de la discorde.
La preuve suprême : la prescience de l'avenir
יַגִּישׁוּ וְיַגִּידוּ לָנוּ אֵת אֲשֶׁר תִּקְרֶינָה, הָרִאשֹׁנוֹת מָה הֵנָּה הַגִּידוּ וְנָשִׂימָה לִבֵּנוּ וְנֵדְעָה אַחֲרִיתָן, אוֹ הַבָּאוֹת הַשְׁמִיעֻנוּ׃ - Qu'ils s'avancent et nous annoncent ce qui doit arriver ! Les premiers événements, ce qu'ils sont, annoncez-le, afin que nous y portions attention et que nous en connaissions l'issue, ou faites-nous entendre les événements à venir.
La démonstration fondamentale que le prophète avance ici réside dans le fait que le peuple d'Israël détient une révélation préalable de l'avenir, privilège dont les nations sont totalement privées. Il s'agit là de l'une des preuves les plus éclatantes de l'authenticité de la Torah et de l'existence du Créateur. Dans les séminaires d'initiation, on consacre souvent des exposés entiers aux « prophéties accomplies » : des dizaines de prédictions consignées dans les Livres prophétiques se sont réalisées à la lettre, fait unique dans l'histoire des religions. Aucune croyance n'ose même prétendre décrire par avance les développements de l'histoire, et encore moins le faire avec une absolue précision. Une fois, la théologie chrétienne s'y est risquée en affirmant que le Saint béni soit-Il avait répudié Israël, jurant pour preuve que le peuple juif ne regagnerait plus jamais sa terre. Les siècles ont passé, la prédiction a volé en éclats et le peuple d'Israël est revenu sur sa terre ancestrale. Longtemps, la papauté a refusé de reconnaître cette réalité ou de visiter ces lieux, car cela constituait un démenti cinglant pour sa doctrine : ignorer une réalité pour feindre qu'elle n'existe pas. C'est le procédé même des cartes palestiniennes, où l'État d'Israël est rayé au profit de la Palestine : si ce n'est pas cartographié, cela est réputé inexistant.
Pour le peuple d'Israël, au contraire, ce sont des dizaines de prophéties qui se sont d'ores et déjà réalisées, sans compter les promesses futures dont la concrétisation est attendue avec une certitude absolue. Pas une seule prophétie arrivée à échéance n'a manqué son accomplissement ; celles qui restent en suspens relèvent uniquement de l'avenir eschatologique. La prophétie annonçant la ruine irrémédiable de Babylone et son abandon perpétuel en est l'illustration : aujourd'hui encore, quiconque se rend en Irak peut constater les ruines désolées de l'antique cité, conformément aux paroles du prophète « l'Arabe n'y dressera point sa tente », pas même un berger bédouin n'y établit son campement. De même, les détails de l'exil d'Israël, les pays de dispersion, le retour en terre promise, les deux destructions successives et les avertissements des deux réprimandes (tokha'hot) : tout s'est vérifié rigoureusement, point par point. C'est sur ce terrain que le prophète défie les idolâtres : êtes-vous en mesure d'en faire autant ? « Qu'ils s'avancent et nous annoncent ».
Quatre degrés dans l'annonce des événements futurs
Le Malbim explique qu'il y a ici quatre degrés descendants, le prophète faisant une concession et facilitant la tâche des nations à chaque étape. Le niveau le plus élevé est « ce qui doit arriver » (et acher tikrena) : annoncer un événement qui ne dépend d'aucune cause préalable, alors que rien n'a encore commencé et qu'il n'en existe aucun indice ni signe, et proclamer dès aujourd'hui que dans cent ans, telle et telle chose se produira. Pour une telle annonce, il n'y a pas d'autre moyen que d'être prophète. Par exemple, si l'on déclarait que dans cent ans, la Russie se lèvera, combattra l'Amérique et la soumettra, ce serait invraisemblable à double titre : qu'elle la soumette, et qu'une guerre éclate entre deux superpuissances sans aucune cause apparente. C'est encore plus vrai lorsque l'on annonce un événement totalement dénué de logique humaine, qui dépasse entièrement l'ordre naturel : Babylone était un immense empire et J'annonce son déclin ; le peuple d'Israël n'était rien et J'annonce qu'il se relèvera, retournera sur sa terre et la reconstruira. Deux contrastes absolus : l'un au sommet de l'Olympe et l'autre au plus bas. « Tikrena » vient de la racine mikré (hasard, circonstance fortuite), une chose qui ne pourrait survenir que par pur accident ; l'annoncer à l'avance exige un pouvoir de prescience prodigieux.
Le deuxième degré : « Les premiers événements, dites ce qu'ils sont, pour que nous y appliquions notre cœur et en connaissions l'issue ». Ici, le prophète ne demande plus de révéler un événement qui n'a pas encore débuté, mais un processus déjà enclenché : dites-nous comment il s'achèvera. Un volcan a commencé à entrer en éruption : annoncer à l'avance qu'un volcan allait naître requiert une force immense, mais ici l'exigence est moindre : maintenant qu'il est en éruption, dites-moi combien de villages il détruira et jusqu'où s'étendra la coulée. Et observez des situations tout à fait ordinaires : lorsque la révolution a éclaté en Égypte, tous les experts militaires affirmaient que Moubarak était solide, qu'il ne tomberait pas et qu'il réprimerait vite le soulèvement ; une semaine plus tard, il était sur une civière. En Syrie, on disait qu'Assad n'en avait que pour quelques jours, qu'il était fini, et pourtant l'homme survit, massacre et agit à sa guise. Un processus déjà commencé, et des analystes censés posséder des renseignements et connaître l'ennemi sont incapables d'en prédire l'issue. Personne n'avait prévu le Printemps arabe, les manifestations et la chute des régimes en Égypte et en Libye. Et soit dit en passant, cela nous enseigne que nous n'avons d'autre appui que notre Père céleste.
Le troisième degré : « Ou bien faites-nous entendre les choses à venir ». Il s'agit d'événements découlant de causes naturelles et ordinaires : l'année sera-t-elle pluvieuse ou frappée de sécheresse, froide ou chaude, marquée par la famine ou par l'abondance ? Même cela, ils l'ignorent. Les services météorologiques font certes des prévisions, mais se trompent constamment à la fin. Même les phénomènes naturels et présents dans le monde, et même ce que les analystes et les experts sont supposés maîtriser, ils n'ont aucun moyen de le savoir.
Vous êtes incapables d'expliquer ne serait-ce que le passé
הַגִּידוּ הָאֹתִיּוֹת לְאָחוֹר וְנֵדְעָה כִּי אֱלֹהִים אַתֶּם, אַף תֵּיטִיבוּ וְתָרֵעוּ וְנִשְׁתָּעָה וְנִרְאֶה יַחְדָּו׃ - Révélez les signes vers l'arrière, et nous saurons que vous êtes des dieux ; faites donc du bien ou du mal, afin que nous nous tournions et que nous constations ensemble.
C'est le quatrième degré, le plus humble de tous. Je ne vous demande plus du tout de prédire l'avenir. Il y a des événements qui ont déjà eu lieu, et à partir de ce qui s'est produit, il faut tirer des conclusions et expliquer quelle en a été la cause. « Les signes » (ha'otiyot) dérive du mot ot (signe), et « vers l'arrière » (léa'hor) signifie : remonter de l'effet à la cause. Vous voyez de la fumée : la science physique enseigne que quelqu'un a allumé un feu. Observez la réalité et expliquez les causes qui l'ont produite ! Ce que les scientifiques parviennent tant bien que mal à faire, vous en êtes incapables par l'intermédiaire de vos idoles. « Et nous saurons que vous êtes des dieux » : le terme Elohim exprime la puissance ; au moins saurions-nous que vous possédez une force quelconque pour interpréter le passé. Et si même cela dépasse vos capacités, qui peut encore parler de prévoir l'avenir ?
Le prophète les met ensuite à l'épreuve par une exigence plus minime encore : « Faites donc du bien ou du mal ». Votre idole a-t-elle le pouvoir de faire du bien ou de nuire ? Un homme lui adresse une prière : a-t-elle la capacité de lui accorder un bienfait ou de le châtier ? C'est pourtant ce dont se targue tout adepte d'une religion : viens prier mon dieu, adopte ma foi, et tu verras que ce dieu répandra sur toi ses bienfaits. Alors, peut-on lui demander quelque chose et l'obtenir ? « Afin que nous nous tournions et que nous constations ensemble » : le Malbim explique que le terme « nishta'ah » vient de l'idée de tourner son regard, comme dans « Hachem porta Son regard vers Hevel » et « ne tourne pas ton regard » ; et « ensemble » signifie nous deux réunis. L'habitude des prêtres idolâtres était de tromper leurs fidèles en prétendant que l'idole comblait ou frappait ses serviteurs, par toutes sortes de ruses et de récits mensongers : voilà un infirme qui a remarché, voilà un tel qui a vécu ceci et s'est rétabli... tout cela n'est que mensonge, car l'idolâtrie n'a aucun pouvoir de faire le bien ou le mal. C'est pourquoi le prophète leur dit : si vous voulez prouver quoi que ce soit, ne venez pas avec des récits datant d'il y a trois ans, mais montrez-le ici et maintenant, sous nos yeux, tous deux ensemble : prie et que la pluie tombe ! Montre-moi que tu demandes à l'idole et qu'elle exauce. C'est le strict minimum : pourquoi donc servir une idole si elle est incapable de tenir ses promesses ?
Vous n'avez ni valeur propre ni utilité
הֵן אַתֶּם מֵאַיִן וּפׇעׇלְכֶם מֵאָפַע, תּוֹעֵבָה יִבְחַר בָּכֶם׃ - Voici, vous êtes moins que rien et votre œuvre est néant ; c'est une abomination que de vous choisir.
Le Malbim explique : lorsqu'un homme choisit une chose, il le fait pour l'une de deux raisons : soit pour la valeur intrinsèque de cette chose, soit pour son utilité pratique. Si l'on vous propose en héritage un Séfer Torah ou, toutes proportions gardées, une tondeuse à gazon, et que vous possédez une pelouse : si vous choisissez le Séfer Torah, ce n'est pas par calcul utilitaire, mais en raison de sa valeur spirituelle suprême ; et si vous choisissez la tondeuse, c'est parce que vous avez besoin de tondre votre pelouse. Or, le prophète leur déclare : « Voici, vous êtes du néant » : de par vous-mêmes, du point de vue de votre valeur intrinsèque, vous n'êtes rien ; vous ne possédez aucune sagesse pour annoncer l'avenir et l'on ne peut rien apprendre par votre intermédiaire. Et si vous prétendez qu'il y a au moins une utilité, que l'idole accorde des faveurs ou inflige des punitions, le verset répond : « et votre œuvre est néant » (mé'éfa), terme évoquant le bêlement ou le bavardage vain (pé'iya) : ce sont des mensonges que vous débitez, vous, prêtres idolâtres qui inventez des récits sur les bienfaits et les méfaits de vos faux dieux. Et puisqu'il n'y a en vous ni valeur intrinsèque ni la moindre utilité, il s'ensuit que « c'est une abomination que de vous choisir » : quiconque vous choisit porte son choix sur une chose méprisable et répugnante, dont il ne tire ni élévation ni profit. Le Radak rapporte au nom de son frère Rabbi Moshé que « mé'éfa » se rattache à la vipère (ef'é) : vous êtes comme des serpents venimeux qui causent la mort de ceux qui s'attachent à eux, et qui pourrait vous choisir ? Seuls des êtres corrompus, et certainement pas D.ieu.
« Je l'ai éveillé du nord » - Quatre explications
הַעִירוֹתִי מִצָּפוֹן וַיַּאת, מִמִּזְרַח שֶׁמֶשׁ יִקְרָא בִשְׁמִי, וְיָבֹא סְגָנִים כְּמוֹ חֹמֶר וּכְמוֹ יוֹצֵר יִרְמׇס טִיט׃ - Je l'ai éveillé du nord et il est venu, du levant du soleil il invoquera Mon nom ; il foulera les gouverneurs comme de l'argile, comme le potier piétine la glaise.
Ce verset fait l'objet de quatre explications. Le Malbim explique : après leur avoir montré qu'ils sont incapables de prédire l'avenir, le Saint, béni soit-Il, déclare : voici que Je vous annonce ce qui va advenir. « J'ai réveillé du nord » - il s'agit de Gog, que Je suscite à venir du nord ; « et il arrive » - il viendra comme Je l'annonce d'avance. « Depuis le levant du soleil, il proclamera Mon Nom » - c'est le Roi Machia'h, que J'ai suscité depuis l'orient, et il appellera toutes les nations à parler une langue claire et à servir Hachem.
Et que signifie « il foulera les dirigeants comme de l'argile, et comme le potier piétine la boue » ? Le Malbim distingue le 'homer (l'argile) du tit (la boue) : le tit est une boue dont on ne fait rien, tandis que le 'homer est la glaise avec laquelle le potier façonne des récipients et que l'on emploie pour bâtir. Le potier ne foule pas la boue ; c'est l'argile qu'on pétrit, foule et travaille afin de la rendre propre au façonnage, pour ensuite lui donner la forme voulue. Dès lors, le texte nous enseigne que le Roi Machia'h agira à la manière d'un potier : tout comme l'artisan tire un vase de l'argile, ainsi parviendra-t-il à tirer un instrument même de la simple boue. Il prendra les nations, et pas seulement n'importe lesquelles, mais les plus viles d'entre elles, celles qui sont comparables à de la boue, et fera d'elles aussi un vase d'honneur - capables de recevoir la révélation divine et de subsister à l'époque messianique, en rectifiant et en élevant leurs actes. « Comme l'argile dans la main du potier ». Les « seganim » (dirigeants) représentent ces éléments parmi les nations comparables à de la boue, et il les transformera en une matière apte à recevoir le message divin, à changer de voie et à embrasser la foi en un D.ieu unique, jusqu'aux êtres les plus vils et dépravés parmi les peuples.
Rachi explique que le Saint, béni soit-Il, annonce ici l'avenir en déclarant qu'Il s'apprête à relever les ruines de Jérusalem. « J'ai réveillé du nord » - il s'agit de Cyrus (Koresh), roi de Perse, qui s'avance contre Babylone pour la détruire. Et pourquoi est-il qualifié de « nord » ? Parce que la Perse est certes située à l'est, mais plus précisément au nord-est. « Depuis le levant du soleil, il proclamera Mon Nom » - car Cyrus a proclamé : « Hachem m'a donné tous les royaumes de la terre », et c'est pourquoi je vais rebâtir Jérusalem. C'est également ce qu'explique le Radak au nom des commentateurs : J'ai suscité Cyrus contre l'orient, c'est-à-dire Babylone située à notre est, afin de la détruire et d'ordonner à Israël de monter dans son pays pour bâtir le second Temple à l'époque d'Ezra et Néhémie. L'on peut se reporter aux cours consacrés à Ezra et Néhémie pour mesurer l'élan qui présida à la reconstruction du Temple et le soutien apporté par Cyrus. Dès lors, la suite du verset, « Le premier pour Sion, voici, les voici ! Et pour Jérusalem, Je donnerai un messager », se réfère au moment où viendra Cyrus pour encourager le peuple à monter et à reconstruire Jérusalem.
Seconde explication chez Rachi (« autre commentaire ») : « J'ai réveillé du nord et il arrive » parle de Nabuchodonosor (Nevoukhadnetsar), qui se lèvera pour venir détruire Jérusalem, tandis que « depuis le levant du soleil » se rapporte à Cyrus, qui se trouve au nord-est, et que J'ai éveillé plus tard pour venir rebâtir Jérusalem.
Une quatrième interprétation est rapportée par le Radak : l'ensemble du verset s'applique au Roi Machia'h, ainsi qu'il est dit plus loin « Voici Mon serviteur que Je soutiens », et il précise que cette explication lui semble la plus plausible. Le Malbim s'inscrit dans cette même lignée, à cette nuance près que selon lui, « J'ai réveillé du nord » désigne Gog et « depuis le levant du soleil » le Roi Machia'h, tandis que pour le Radak, « J'ai réveillé du nord » concerne déjà le Roi Machia'h. Mais pourquoi précisément du nord, alors qu'il est écrit que « c'est du nord que s'ouvrira le malheur » ? Le Radak explique : parce que les dix tribus se trouvent à 'Hala'h, sur le 'Havor, près du fleuve de Gozan et dans les villes de Médie, régions situées au nord-est de la terre d'Israël ; c'est de là que le Roi Machia'h viendra délivrer Israël, car il délivrera d'abord les dix tribus. Nous comptons donc ici quatre explications : Cyrus (Rachi), Nabuchodonosor (seconde explication de Rachi), le Roi Machia'h (Radak), et Gog et Magog (Malbim).
D'avance et du passé : prophète contre devin
מִי הִגִּיד מֵרֹאשׁ וְנֵדָעָה וּמִלְּפָנִים וְנֹאמַר צַדִּיק, אַף אֵין מַגִּיד אַף אֵין מַשְׁמִיעַ אַף אֵין שֹׁמֵעַ אִמְרֵיכֶם׃ - Qui l'a annoncé d'avance pour que nous le sachions, ou par le passé pour que nous disions : « C'est juste ! » ? Mais il n'est personne qui l'annonce, personne qui le fasse entendre, personne qui entende vos paroles.
Après avoir proclamé cette prophétie, Il leur demande : qui d'entre vous l'a annoncé d'avance, pour que nous sachions, lorsque la chose arrivera, qu'elle avait été prédite ? Le Malbim distingue « méroch » (d'avance) de « milépanim » (autrefois, par le passé). « Milépanim » signifie que l'on se place dans le présent pour parler du passé par rapport au présent, comme dans le verset : « Les Émim y habitaient autrefois » - ils n'y habitent plus à présent, mais je vous informe qu'il en fut jadis autrement ; ou encore : « Celui qu'on appelle aujourd'hui prophète s'appelait autrefois le voyant » - aujourd'hui on l'appelle prophète, alors qu'autrefois on disait le voyant. Tandis que « méroch » signifie que l'on se place, pour ainsi dire, dans le passé lui-même pour annoncer l'avenir.
Or, il existe une différence fondamentale entre un devin et un prophète. Les devins et astrologues possédaient eux aussi certaines connaissances issues de l'observation des astres et de leurs mouvements, mais il ne s'agissait que de notions très vagues et générales. Pharaon, qui était un grand astrologue, déclara : « Voyez, le malheur est devant vous » ; il pressentait la direction générale des événements, sans toutefois l'interpréter correctement. Il savait que le libérateur d'Israël allait naître et qu'il serait châtié par l'eau, mais il ignorait de quelle eau il s'agissait : c'étaient les eaux de Mériva, alors qu'il crut qu'il se noierait dans le Nil. C'est pourquoi les dires de ces personnages ne sont jamais pris au sérieux, pour deux raisons : d'abord, parce qu'il s'agit de prédictions générales et imprécises ; ensuite, parce que c'est seulement après coup que l'on s'efforce d'adapter les faits à leurs paroles, l'auteur n'étant pas une personne dont la véracité est attestée. Il existe un livre intitulé « Les Prophéties de Nostradamus » : un homme qui vécut il y a plusieurs siècles composa des quatrains en termes extrêmement vagues, et des siècles plus tard, certains cherchent à démontrer que les événements contemporains y étaient annoncés. Tout cela n'est que vanité et poursuite de vent. Quiconque s'y penche constate qu'il existe environ huit interprétations pour chaque strophe : « Un grand roi viendra du nord » - l'un y voit la chute du bloc soviétique, l'autre celle de Saddam Hussein ; tout y est élastique, on peut y lire absolument tout ce que l'on veut. C'est cela « milépanim ».
En revanche, « méroch » caractérise ce que le prophète annonce : des détails d'une précision absolue, avec des dates et des noms précis. On annonce qu'un rejeton de la maison de David se lèvera et qu'il s'appellera Yochiyahou (Josias) : allez vérifier si cela s'est réalisé ! Et en effet, des siècles plus tard, un roi nommé Yochiyahou monta sur le trône et extirpa l'idolâtrie. De plus, le prophète est un homme reconnu et éprouvé. Le Rambam écrit que l'on n'acceptait pas un prophète d'emblée ; on lui disait : annonce des événements à venir, de nature bénéfique et non néfaste - car une prophétie de malheur peut être annulée par le Saint, béni soit-Il, si le peuple fait téchouva, tandis qu'une prophétie de bien constitue une preuve absolue. Annonce que dans deux semaines il arrivera telle et telle chose, avec une exactitude totale, et ce que tu auras dit devra s'accomplir fidèlement. On l'éprouvait ainsi à plusieurs reprises, et ce n'est qu'après cela qu'il recevait en quelque sorte son « brevet » de prophète, devenant digne de transmettre fidèlement la parole d'Hachem.
Et c'est le sens du verset : « Qui l'a annoncé dès l'origine pour que nous le sachions » - qu'il prédise à l'avance des détails rigoureusement précis, quand et comment, selon une chronologie définie, et nous saurons alors que les événements confirment ses dires. Et si cela est trop exigeant pour vous, Je consens à une exigence moindre : « ou autrefois pour que nous disions : Il a raison ! » - qu'il dise au moins quelque chose, et lorsque l'événement se produira, nous pourrons concéder que quelqu'un l'avait prédit et qu'il avait vu juste. Mais vous n'avez même pas cela. « Mais nul ne l'annonce » - personne pour l'annoncer ; et même s'il y en avait un, « nul ne le fait entendre » - personne pour proclamer publiquement ses paroles, car vos oracles sont réputés menteurs ; et même s'il le faisait entendre, « nul n'entend vos paroles », car chacun est habitué à vos mensonges et à vos supercheries. C'est exactement ce que nous trouvons chez les faux prophètes : ils assuraient que le roi de Babylone ne viendrait pas, prétendant qu'il ne fallait pas effrayer le peuple, que tout irait pour le mieux, qu'il fallait manger, récolter et se rassasier sans craindre aucun mal. Ils aimaient toujours flatter le peuple en paroles rassurantes. À l'image des médias qui préfèrent ne diffuser que des propos agréables : vous autres religieux avez toujours des prophéties apocalyptiques et voyez toujours tout en noir ; non, tout ira bien, ce peuple est magnifique, sortez dans la rue et vous verrez ! Tels étaient les faux prophètes.
La preuve par l'affirmative
רִאשׁוֹן לְצִיּוֹן הִנֵּה הִנָּם, וְלִירוּשָׁלַ͏ִם מְבַשֵּׂר אֶתֵּן׃ - Le premier [annonciateur] pour Sion, les voici ! Et pour Jérusalem, Je donnerai un messager de bonnes nouvelles.
Le Malbim explique qu'il existe deux types de preuves : la preuve par la négative et la preuve par l'affirmative. Si l'on dit d'un homme qu'il n'est pas sage, et qu'à la question « d'où le sais-tu ? » on répond que jusqu'à ce jour il n'a jamais prononcé de paroles sages, c'est une preuve par la négative. Mais si l'on répond qu'on l'a entendu proférer des sottises et des futilités, c'est une preuve par l'affirmative. Cette dernière est bien plus probante, car face à la négative, on peut toujours objecter : peut-être est-il très sage, mais s'en tient-il à la vertu du silence ? Jusqu'ici, le prophète a apporté une preuve par la négative, montrant que l'idolâtrie est sans consistance puisqu'elle est incapable d'annoncer l'avenir. Mais on pourrait encore ergoter : peut-être sait-elle ce qui va advenir mais refuse-t-elle de le révéler, gardant le secret pour elle-même ? C'est pourquoi le prophète ajoute une preuve par l'affirmative : « Le premier pour Sion, les voici ! » - le premier signe destiné à Sion, le voici devant vous ; ce sont ces dignitaires dont nous avons parlé, ce roi Gog que « J'ai éveillé du nord ». C'est le signe que la royauté reviendra à Sion, et le signe du rassemblement des exilés vers Jérusalem. Je vous apporte là une preuve que vous pourrez vérifier par la suite et constater son accomplissement, grâce à laquelle la souveraineté d'Hachem s'établira sur le monde sans que nulle autre puissance ne puisse être invoquée, et toute chair saura à l'unisson qu'Hachem est Dieu et qu'il n'en est point d'autre. C'est une preuve positive de Sa divinité : non pas déduite de ce que les faux dieux n'ont pas dit, mais fondée sur ce que le Saint, béni soit-Il, annonce et qui se réalise pleinement. Ces événements seront l'achèvement décisif qui établira la royauté du Créateur sur le monde entier.
Et quelle est la différence entre Sion et Jérusalem ? Le Malbim conserve une ligne directrice constante à travers tout le Tanakh : toutes deux désignent Jérusalem, mais Sion est le siège de la royauté et du Sanctuaire - le mont du Temple et le palais royal -, tandis que Jérusalem est le lieu de résidence de la population. « Le premier pour Sion » fait allusion au retour du Temple et de la monarchie, tandis que « pour Jérusalem Je donnerai un messager » annonce le rassemblement des exilés, car l'ensemble d'Israël est destiné à se rassembler à Jérusalem.
Rachi, quant à lui, commente : « Le premier pour Sion, les voici » - le premier roi qui portera son cœur vers Sion, le voici tel que Je l'avais annoncé. Il s'agit de Cyrus, qui fut le premier à se préoccuper de la reconstruction de Sion ; « les voici » - voici qu'il est déjà prêt pour cette tâche. Néanmoins, il n'est qu'un initiateur, « le premier pour Sion », car il ne mènera pas la délivrance à son terme : lorsqu'ils commencèrent à bâtir le Temple, des accusateurs vinrent calomnier les habitants de Jérusalem et les travaux furent interrompus ; ce n'est que plus tard que Darius vint poursuivre la construction. Selon Rachi, le prophète annonce ici l'édification du Second Temple, qui aura un commencement mais ne sera pas achevé par ce même souverain. « Et pour Jérusalem Je donnerai un messager » - à cette époque viendront Haggaï et Zacharie, qui encourageront le peuple à reconstruire le Sanctuaire sous le règne de Darius, roi de Perse.
Nul homme et nul conseiller
וְאֵרֶא וְאֵין אִישׁ, וּמֵאֵלֶּה וְאֵין יוֹעֵץ, וְאֶשְׁאָלֵם וְיָשִׁיבוּ דָבָר׃ - J'ai regardé, et il n'y a personne ; parmi ceux-ci, nul conseiller, et quand Je les interroge, ils ne rendent aucune réponse.
Rachi explique : J'observe continuellement les prophètes de Baal, et il n'y a personne qui puisse prédire l'avenir, personne pour donner un conseil et dire ce qu'il adviendra d'eux. De même, le Malbim explicite : Je promène Mon regard parmi les nations, parmi les adorateurs de Baal, et il n'y a personne - bien que l'événement ait déjà commencé, nul ne sait quelle en sera l'issue, nul ne comprend que c'est de là que germera la royauté de la maison de David et que de là viendra la bonne nouvelle pour Jérusalem. Non seulement ils ignorent l'avenir, mais « parmi ceux-ci, nul conseiller » - nul n'est capable de leur prodiguer un conseil pour échapper à la détresse dans laquelle ils ont sombré, alors que sous peu le roi Machia'h livrera bataille contre les nations. Et non seulement ils sont dépourvus de conseil, mais si Je les interroge, ils ne rendent aucune réponse : ils n'ont pas le moindre mot à rétorquer.
הֵן כֻּלָּם אָוֶן אֶפֶס מַעֲשֵׂיהֶם, רוּחַ וָתֹהוּ נִסְכֵּיהֶם׃ - Voici, ils ne sont tous que néant, leurs œuvres ne sont que vanité, leurs statues de métal fondu ne sont que vent et chaos.
Telle est la conclusion qui s'impose. Face à « J'ai regardé, et il n'y a personne » répond « voici, ils ne sont tous que néant », car ils ne possèdent aucune consistance par eux-mêmes. Face à « parmi ceux-ci, nul conseiller » répond « leurs œuvres ne sont que vanité », car ils n'ont le pouvoir ni de nuire ni de faire du bien, et personne ne peut conseiller pour le bien ou pour le mal. Dès lors, « leurs statues de métal fondu ne sont que vent et chaos » : leur souveraineté et leur culte idolâtre ne sont que vent en eux-mêmes, et chaos quant à l'utilité que l'on pourrait en espérer. Par conséquent, il n'y a aucun secours à attendre de ces idolâtres ni de cette idolâtrie ; le jugement du Saint, béni soit-Il, avec les nations s'achèvera donc par leur soumission sous la main du roi Machia'h et sous le jugement divin, et tous s'uniront pour servir Hachem d'un commun élan, promptement et de nos jours, amen.
En résumé :
Au terme de ce jugement solennel entre le Saint, béni soit-Il, et les nations du monde, le prophète lance l'appel : « Avancez votre querelle » au sujet de la foi en un Dieu unique, vérité à laquelle la majorité du monde souscrit déjà désormais ; puis « présentez vos arguments » au sujet du grand litige, à savoir qu'Hachem est le Roi de Jacob et qu'Il a choisi Israël pour Son peuple d'élection. La preuve incontestable qu'Il exige est la prescience de l'avenir, déclinée selon quatre degrés descendants : annoncer un événement qui n'a encore aucune cause préalable, révéler l'aboutissement d'un processus déjà engagé, prédire des événements naturels à venir, ou tout au moins déduire la cause à partir de l'effet constaté - et sur chacun de ces plans, les nations sont entièrement démunies. Même le strict minimum dont se prévaut toute idolâtrie, à savoir faire le bien ou le mal au vu et au su de tous sans recourir à des mystifications, est hors de leur portée. De là découle le verdict : « Vous êtes moins que rien », sans valeur ni utilité, et « c'est une abomination que de vous choisir ». À l'inverse, le Saint, béni soit-Il, annonce une prophétie explicite bien à l'avance - « J'ai éveillé [un homme] du nord », passage sur lequel les commentateurs hésitent entre Cyrus, Nabuchodonosor, le roi Machia'h et Gog et Magog -, ce qui constitue une preuve positive, et non négative, de Sa divinité. Tout converge vers ce même dessein : « Le premier pour Sion, les voici, et pour Jérusalem Je donnerai un messager », la restauration de la royauté, le rétablissement du Sanctuaire et le rassemblement des exilés, jusqu'à ce que les nations plient le genou et s'unissent toutes pour servir Hachem d'un même cœur.