Dans cette partie du chapitre, le prophète passe de la querelle avec les nations et les idolâtres à des paroles de réconfort et d'encouragement pour le peuple d'Israël. Le Saint, béni soit-Il, s'adresse à Son peuple et lui assure qu'il n'a rien à craindre des nations qui viendront lui faire la guerre à l'époque messianique : ni par crainte d'avoir été rejeté, ni par crainte d'être abandonné au moment de la détresse, ni par crainte que le Sauveur n'ait pas la force de sauver. En suivant le commentaire du Malbim, ainsi que les explications de Rachi et du Radak, nous verrons comment s'articule ici une promesse complète et absolue pour l'éternité.
וְאַתָּה יִשְׂרָאֵל עַבְדִּי יַעֲקֹב אֲשֶׁר בְּחַרְתִּיךָ זֶרַע אַבְרָהָם אֹהֲבִי׃ - Mais toi, Israël, Mon serviteur, Jacob que J'ai choisi, descendance d'Abraham qui M'aimait !
Le Saint, béni soit-Il, dit à Israël : toi, en tout cas, tu n'as pas à trembler ni à craindre. Je ne t'abandonnerai pas aux mains des nations qui viennent te combattre. Un homme qui apprend que des peuples se dressent contre lui s'effraie tout naturellement, et c'est à cela que répond ce verset : tu n'as rien à redouter.
Le Malbim explique ici un principe remarquable. Un serviteur fidèle d'un roi a toujours des raisons de s'inquiéter, car rien ne garantit que sa situation actuelle perdurera à jamais. Or, il existe deux raisons pour lesquelles un roi s'attache à son serviteur. La première : le serviteur est dévoué et expert dans sa tâche, et le roi a besoin de lui. La seconde : un amour purement spontané, sans raison particulière - « tu as trouvé grâce à mes yeux » -, où le roi l'élève au-dessus de tous les ministres simplement parce qu'il l'apprécie ainsi.
Chacune de ces deux raisons comporte un avantage et un inconvénient. L'avantage de la première : le roi a besoin de moi, et malgré toute sa grandeur, il ne peut se passer de mes services. Mais c'est précisément là son talon d'Achille : le jour où le roi trouvera un artisan plus compétent que moi, il me délaissera pour prendre l'autre. L'avantage de la seconde : si le roi m'a choisi sans raison, il est impossible qu'il en trouve un autre en disant « celui-là m'est plus utile », puisqu'au départ il n'avait pas décelé de mérite particulier en moi, mais m'aimait simplement par inclination. Son inconvénient, en revanche : le roi n'a nullement besoin de moi, et son bon plaisir peut changer - ce qui lui plaît aujourd'hui peut cesser de lui plaire demain.
Or, le Saint, béni soit-Il, dit à Israël : en toi se trouvent réunies ces deux qualités à la fois. « Et toi, Israël, Mon serviteur » - du fait que tu es un serviteur fidèle à Mon service, tu n'as pas à craindre que Je n'aie pas besoin de toi ; pour ainsi dire, tu M'es indispensable. Reste néanmoins la crainte qu'un serviteur encore plus fidèle ne vienne à se présenter. C'est pourquoi Il ajoute : « Jacob que J'ai choisi » - Je t'ai choisi, c'est-à-dire que Je t'ai désiré et aimé sans raison préalable. Et depuis quand ? Dès l'époque où tu n'avais pas encore atteint un haut degré d'excellence, dès le temps où tu n'étais que « Jacob ». Comme nous l'avons souvent expliqué, Jacob symbolise Israël dans son niveau modeste, le niveau du « talon » (ékev), tandis qu'Israël symbolise le niveau élevé, celui de la noblesse et de la souveraineté (sar). Dès l'instant où tu n'étais encore qu'au niveau de Jacob, Je t'ai déjà choisi - non pas en raison de tes accomplissements, mais par pure affection pour toi. Par conséquent, même si Je devais trouver un serviteur plus dévoué, Je ne le prendrais pas, car c'est toi que Je désire.
Cependant, une crainte pourrait encore subsister : et si ce bon plaisir venait à changer, si ce que J'ai aimé finissait par M'irriter, et si celui que J'ai chéri était finalement rejeté ? C'est pourquoi le verset poursuit : « descendance d'Abraham qui M'aimait ». Il ne s'agit pas d'un simple caprice passager, mais d'un lien enraciné dans le mérite des Pères - Abraham qui M'aimait possède d'immenses mérites devant Moi, et jamais Je ne rejetterai sa descendance. En résumé : ne crains pas les nations ; premièrement, tu es Mon serviteur fidèle ; deuxièmement, si tu crains qu'il ne se trouve plus fidèle que toi, Je t'ai déjà choisi dès le niveau de Jacob ; troisièmement, si tu crains que ce choix ne vienne à changer, sache que tu es la descendance d'Abraham qui M'aimait, et Je demeure engagé envers sa lignée après lui.
Rachi rapporte qu'un Midrach Aggada dans Beréchit Rabba applique tout ce passage à Abraham et à Malki-Tsédek, et telle est également l'orientation suivie par Rachi et le Radak. « Les îles ont vu et ont craint » - les îles ont été témoins de la guerre d'Abraham contre les rois et ont été saisies d'effroi. Sem éprouva de la crainte devant Abraham, redoutant qu'Abraham ne lui reproche : regarde quels impies tu as suscités dans le monde ! De son côté, Abraham craignait Sem, car il avait tué les enfants d'Élam, qui descendaient de Sem. Il s'avère donc que chacun redoutait l'autre. Et pourquoi sont-ils appelés des « îles » ? De même que les îles de la mer se distinguent et se détachent nettement dans le monde, de même Abraham et Sem étaient remarquables et renommés, connus de tous. De plus : Abraham n'était pas issu d'une lignée de justes, et pourtant J'ai agi ainsi en sa faveur ; toi, Israël, Mon serviteur, qui descends de justes, à plus forte raison ! « Descendance d'Abraham qui M'aimait » - il ne M'a pas reconnu par suite de réprimandes ou de l'enseignement de ses pères, mais par amour. Il arrive qu'un homme fasse téchouva parce qu'Hachem le frappe et l'éprouve, tandis qu'Abraham, par son pur amour envers Moi, a mérité de reconnaître Ma divinité.
אֲשֶׁר הֶחֱזַקְתִּיךָ מִקְצוֹת הָאָרֶץ וּמֵאֲצִילֶיהָ קְרָאתִיךָ וָאֹמַר לְךָ עַבְדִּי אַתָּה בְּחַרְתִּיךָ וְלֹא מְאַסְתִּיךָ׃ - Toi que J'ai saisi des extrémités de la terre et que J'ai appelé de ses confins les plus lointains, et à qui J'ai dit : Tu es Mon serviteur, Je t'ai choisi et Je ne t'ai point rejeté.
Le Malbim poursuit dans la même ligne : un roi qui choisit un homme pour son service risque plus tard d'en trouver un plus compétent que lui et de délaisser le premier. Mais avec toi, il n'en va pas ainsi - « Je t'ai saisi des extrémités de la terre », parmi tous les habitants de la terre, c'est toi seul que J'ai saisi. Et si tu venais à dire que Je t'ai choisi parmi les plus humbles, c'est pourquoi il est dit : « et d'entre ses nobles Je t'ai appelé » - c'est parmi les plus nobles et les plus distingués que Je t'ai appelé, et Je t'ai dit : « Tu es Mon serviteur », car tu es Mon élu entre tous les habitants du monde. C'est pourquoi : « Je t'ai choisi et ne t'ai point rejeté » - une élection éternelle qu'il ne faut pas craindre de voir rompue. Cette alliance est absolue et garantie, et tout ce qu'Israël a à faire est de la préserver par de bonnes actions ; mais en tout état de cause, dit Hachem : Je ne délaisserai ni n'abandonnerai Mon peuple Israël.
אַל תִּירָא כִּי עִמְּךָ אָנִי אַל תִּשְׁתָּע כִּי אֲנִי אֱלֹהֶיךָ אִמַּצְתִּיךָ אַף עֲזַרְתִּיךָ אַף תְּמַכְתִּיךָ בִּימִין צִדְקִי׃ - Ne crains rien, car Je suis avec toi ; ne promène pas des regards inquiets, car Je suis ton Dieu ; Je te fortifie, Je viens à ton secours, Je te soutiens de Ma droite de justice.
« Al tichta' » - selon le sens simple, le Radak explique : n'aie pas peur. Le Targoum Yonatan traduit : « Ne te brise pas », ne sois pas brisé. Et nos Sages, ainsi que Rachi ici, commentent : ne sois pas comme de la cire (cha'avah), qui fond à la moindre chaleur ; ne fonds pas d'effroi devant les ennemis, car Je suis ton Dieu. De plus, le Radak rapporte au nom de son père : « Al tichta' » vient de la même racine que dans « Détournez vos regards de moi » (ch'ou miméni), qui équivaut à « lâchez-moi », c'est-à-dire ne faiblis pas, car Je suis ton Dieu, Je t'ai fortifié, secouru et soutenu ; ne sois donc pas terrifié par les ennemis.
Le Malbim explique que la peur chez l'homme découle de trois situations, et toutes trois trouvent ici leur réponse. La première : la crainte que le bien-aimé qui veille sans cesse sur lui ne l'ait pris en aversion, et que sa protection ne soit plus garantie. À cela répond le verset précédent : « Je t'ai choisi et ne t'ai point rejeté ». La deuxième : la crainte qu'au moment de la détresse, ce protecteur ne se trouve pas à ses côtés et ne vienne pas le secourir. À cela : « Ne crains rien, car Je suis avec toi » - toujours, en tout temps et en toute circonstance, Je suis avec toi. La troisième : la crainte qu'il veuille me sauver mais en soit incapable, faute de puissance. À cela : « Al tichta' » - selon le Malbim, le mot vient de la racine désignant l'action de tourner ses pensées (lich'ot), lorsqu'on commence à spéculer pour savoir si Hachem sera capable de délivrer ou non. Dieu lui répond : « Car Je suis ton Dieu » - Je suis le Maître de toute puissance, et non pas seulement un Dieu lointain qui détient les forces du monde, mais ton Dieu à toi en particulier, veillant sur toi par une providence individuelle (Hachgaha Pratit).
« Je te fortifie » (Imatstikha) - remarque bien : non pas une simple force extérieure, mais du courage intérieur, afin que tu puisses toi-même tenir tête à l'ennemi. Et ce n'est pas tout : au moment même où tu tiens bon, « Je viens à ton secours, Je te soutiens de Ma droite de justice ». Le Malbim compare cela à un homme voulant soutenir son bien-aimé : il l'aide de sa main gauche et le soutient fermement de sa droite - « Je viens à ton secours » par la gauche, et « Je te soutiens de Ma droite de justice » par la droite, afin que tu ne tombes pas.
הֵן יֵבֹשׁוּ וְיִכָּלְמוּ כֹּל הַנֶּחֱרִים בָּךְ יִהְיוּ כְאַיִן וְיֹאבְדוּ אַנְשֵׁי רִיבֶךָ׃ - Voici, ils seront confus et couverts de honte, tous ceux qui s'irritent contre toi ; ils seront réduits à néant et périront, les hommes qui te querellent.
Après toutes ces promesses - Je t'ai saisi, tu es Mon serviteur, Je t'ai choisi, Je ne t'ai point rejeté, Je suis avec toi, Je t'ai fortifié, Je t'ai secouru, Je t'ai soutenu - tu n'as nulle raison de redouter les nations, car tous ceux qui viennent te nuire seront confus et couverts de honte. Le Malbim dénombre ici quatre genres d'ennemis. Le premier : celui qui hait son prochain et médit de lui dans son dos ; ce sont « hane'herim bakh ». Le Malbim explique que le mot provient de « 'hérem » (mise au ban, anathème) : il te traite comme un réprouvé et évite de s'approcher à moins de quatre coudées de toi. (Le Metsoudat Tsion y voit la racine de « 'haron af », la colère enflammée, mais le Malbim retient le sens de 'hérem.) Pourquoi cette redondance : « ils seront confus et couverts de honte » (yévochou veyikalmou) ? « Yévochou », c'est la honte intérieure, venue de soi-même ; et « yikalmou », c'est une déchéance plus grande encore, infligée par autrui : ils auront honte d'eux-mêmes et seront publiquement couverts d'opprobre par ceux qui ont entendu leurs calomnies et leurs propos diffamatoires.
La deuxième catégorie : celui qui te dénigre en face, profère des attaques contre toi les yeux dans les yeux et te cause opprobre et humiliation. Ce sont les « hommes de ta dispute » (anché rivecha), et c'est à leur propos qu'il est dit : « ils seront réduits à néant et périront ».
תְּבַקְשֵׁם וְלֹא תִמְצָאֵם אַנְשֵׁי מַצֻּתֶךָ יִהְיוּ כְאַיִן וּכְאֶפֶס אַנְשֵׁי מִלְחַמְתֶּךָ׃ - Tu les chercheras et ne les trouveras plus, ceux qui s'attaquent à toi ; ils seront réduits à néant, à rien du tout, ceux qui te font la guerre.
Ici interviennent les deux dernières catégories. Le Malbim précise qu'il existe une différence fondamentale entre « matsa » et « mériva » : le « riv » est une querelle verbale, tandis que la « matsa » désigne les voies de fait, les coups. Celui qui se livre à une « matsa » ne se contente pas d'insulter, il passe aux actes pour frapper. La preuve en est dans les versets de la Torah : « Si des hommes en viennent aux mains (yinatsou) et heurtent une femme enceinte », ou encore : « Voici deux hommes hébreux qui se battaient (nitsim) » - on voit bien que cette racine désigne la violence physique. C'est pourquoi « les hommes qui s'attaquent à toi » (anché matsoutekha), prêts à frapper, non seulement tu n'auras pas à t'en défendre, mais ils se volatiliseront au point que tu ne les trouveras même plus : « Tu les chercheras et ne les trouveras plus ».
La quatrième catégorie, la plus redoutable de toutes : « les hommes qui te font la guerre » (anché mil’hamtékha), ceux qui viennent pour te tuer et te combattre par l'épée dans une guerre totale. Eux aussi « seront comme le néant et comme rien », comme une chose anéantie et disparue. Nous trouvons donc ici tous les degrés : ceux qui s'enflamment contre toi et te calomnient dans ton dos ; tes adversaires qui t'humilient face à face ; tes querelleurs qui te frappent ; et ceux qui te font la guerre pour te tuer. Et face à tous ceux-là, le Saint, béni soit-Il, promet de te protéger.
כִּי אֲנִי יְהֹוָה אֱלֹהֶיךָ מַחֲזִיק יְמִינֶךָ הָאֹמֵר לְךָ אַל תִּירָא אֲנִי עֲזַרְתִּיךָ׃ - Car Moi, l'Éternel ton Dieu, Je soutiens ta droite, Je te dis : Ne crains rien, Je viens à ton aide.
« Soutenant ta droite » : Je te donne la force de combattre, car l'homme combat avec sa main forte, qui est la droite. Le Malbim explique qu'un homme peut échouer à la guerre pour deux raisons. La première est la faiblesse et la défaillance du corps, et c'est à ce propos qu'il est dit : « Car Moi, l'Éternel ton Dieu, Je soutiens ta droite ». La seconde est une faiblesse morale : il se peut qu'il possède des muscles et de la vigueur, mais qu'il ait le cœur craintif et manque de courage et de force intérieure. C'est à ce sujet que le Saint, béni soit-Il, lui dit : « Ne crains rien, Je viens à ton aide ». Dès lors, tout ce qui est attendu de toi, c'est ce courage et cette force d'âme, et tu verras alors comment tu seras sauvé de tous tes ennemis.
אַל תִּירְאִי תּוֹלַעַת יַעֲקֹב מְתֵי יִשְׂרָאֵל אֲנִי עֲזַרְתִּיךְ נְאֻם יְהֹוָה וְגֹאֲלֵךְ קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל׃ - Ne crains rien, vermisseau de Jacob, faible troupe d'Israël ! Je viens à ton aide, oracle de l'Éternel, ton Rédempteur est le Saint d'Israël.
Pourquoi Israël est-il comparé à un ver ? Rachi explique : la famille de Jacob est faible comme un ver, dont toute la force ne réside que dans sa bouche. Et pourtant, le ver est capable d'abattre ne serait-ce qu'une tour en bois : c'est un travail d'équipe, chacun ronge petit à petit, et soudain l'édifice s'effondre. Aux États-Unis, de tels récits sont fréquents : on informe quelqu'un qu'il doit évacuer sa maison dans les vingt-quatre heures de peur qu'elle ne s'écroule sur lui. Tout semblait magnifique et en parfait état, mais le bois a été dévoré par les vers. On y applique des traitements d'entretien et toutes sortes de pulvérisations, mais il arrive un point où l'on ne peut plus rien faire et où le ver dévore tout.
On raconte qu'à l'époque de Rabbi Akiva Eiger, une bourgade brûla entièrement, les incendies étant très fréquents en ce temps-là. Les habitants commencèrent à reconstruire leurs maisons et firent appel à des entrepreneurs non juifs, mais Rabbi Akiva Eiger avertit formellement la communauté de ne pas laisser ces entrepreneurs travailler le Chabbat. Même si l'on aurait pu penser qu'un entrepreneur non juif travaille à son propre compte (adaata denafché kaavid), étant donné que la chose est visible et suscite la notoriété publique (avcha milta), cela demeure interdit. Il y avait là trois notables fortunés qui ne supportaient pas de rester longtemps dans les soupes populaires et voulaient leur demeure au plus vite. Ils dirent à leur entrepreneur non juif de poursuivre les travaux le Chabbat sans tenir compte de la mise en garde de Rabbi Akiva Eiger. C'est ce qu'ils firent. En peu de temps, leur villa fut achevée et ils s'y installèrent, tandis que le reste des habitants était encore en plein chantier. Mais au bout d'un an, tous trois durent évacuer leurs palais : ils avaient fait construire des villas très coûteuses, entièrement en bois qui était bon marché là-bas, et des termites y apparurent, ces insectes particuliers qui rongent le bois, et uniquement chez eux, chez ces trois personnes. Il devint impossible d'y habiter et ils durent tout démolir. On voit là toute la portée d'un avertissement émis par un saint d'Israël tel que le Gaon Rabbi Akiva Eiger.
Revenons à notre sujet : tel est l'attribut du ver. Le ver est faible, une simple pression suffit à l'écraser, et pourtant il abat un immense édifice, car sa force réside dans sa bouche. Il en va de même pour le peuple d'Israël : nous sommes faibles, mais nous possédons la force de la prière, et la prière constitue toute la puissance d'Israël. C'est ainsi que le Radak cite le Midrach « Yélamdéinou » : pourquoi Israël est-il comparé à un ver ? Pour t'enseigner que, de même que ce ver ne frappe les cèdres que par sa bouche, étant lui-même tendre tout en brisant ce qui est dur - si fragile soit-il, il peut terrasser un cèdre imposant -, de même Israël n'a de force que par la prière, et frappe ainsi les impies de ce monde, qui sont forts comme des cèdres et comparés à eux, comme il est dit : « tel un cèdre du Liban ». Par conséquent : « Ne crains rien, vermisseau de Jacob », car tu possèdes cette force prodigieuse du ver, qui est la force de la prière.
Le Malbim, selon sa méthode constante tout au long de son commentaire, distingue entre Jacob et Israël : Jacob représente le niveau inférieur, la masse du peuple, tandis qu'Israël désigne l'élite spirituelle. Cela ressort d'ailleurs de l'étymologie : Jacob vient de ékév (talon), ce qui est humble ; Israël évoque l'autorité princière (serara) et l'élévation. « Vermisseau de Jacob » : la masse de la maison de Jacob, qui forme le corps général de la nation, est devenue semblable à un cadavre décomposé dont il ne subsiste que des vers. « Faible troupe d'Israël » (meté Israël) : même ceux qui atteignent le niveau d'Israël ne sont plus que des meté, au sens d'hommes affaiblis ou réduits, comme dans l'expression meté meat (avec un cheva sous le mem et non un tséré, car il ne s'agit pas de cadavres). En d'autres termes, les hommes d'élite ne sont pas tombés au rang de vers grouillant sur un corps en décomposition, mais ils ont été grandement affaiblis par l'exil. Et le Saint, béni soit-Il, leur dit : ne regardez pas cette situation en désespérant, « Je viens à ton aide, oracle de l'Éternel, ton Rédempteur est le Saint d'Israël ». Et pourquoi est-il dit « Je t'ai aidé » au passé ? Parce qu'il s'agit d'une promesse divine, et la promesse d'Hachem est considérée comme déjà accomplie.
הִנֵּה שַׂמְתִּיךְ לְמוֹרַג חָרוּץ חָדָשׁ בַּעַל פִּיפִיּוֹת תָּדוּשׁ הָרִים וְתָדֹק וּגְבָעוֹת כַּמֹּץ תָּשִׂים׃ - Voici, Je fais de toi un traîneau à battre, neuf, acéré, garni de pointes ; tu battras les montagnes et les écraseras, et tu réduiras les collines comme de la balle.
Qu'est-ce qu'un morag ? C'est l'un des instruments mentionnés dans la Michna : « les traîneaux à battre et les attelages des bœufs ». Il s'agissait d'un lourd instrument de bois incrusté de nombreuses rainures, comme une râpe ou une lime, que l'on passait sur la paille des épis ; il hachait la paille très menu et séparait le grain de son enveloppe et de la balle. Or, plus un tel outil sert, plus il s'use ; c'est pourquoi le verset précise « ’harouts ‘hadach » : garni d'arêtes aiguisées, et neuf, de sorte que ses pointes sont encore vives. « Ba’al pipiyot » (à multiples tranchants) : ces entailles forment de nombreuses bouches tranchantes.
Le Malbim explique que le texte compare ici les nations païennes à la balle et aux déchets, et vous, Israël, vous les battrez avec cet instrument neuf. Quel en est le sens profond ? « Ancien » signifie usagé, et cela désigne le mérite des Patriarches, auquel nous avons recours depuis des milliers d'années. L'Écriture te dit : « Je fais de toi un traîneau à battre tout neuf » : tu n'auras plus seulement besoin du mérite des Pères, mais tu posséderas tes propres mérites nouveaux, sans être contraint de t'appuyer uniquement sur les mérites de nos ancêtres d'il y a trois ou quatre mille ans. Et non pas de maigres mérites, mais « ba’al pipiyot », de multiples tranchants, nés de l'accomplissement d'une multitude de mitsvot.
« Tu battras les montagnes et les broieras, et tu réduiras les collines en paille » : remarquez la précision du texte. Les montagnes, imposantes, sont comparées aux grains de blé qui sont broyés et moulus jusqu'à devenir farine ; tandis que les collines, plus modestes, sont comparées à la balle, c'est-à-dire aux enveloppes et au chaume. Même devant les hautes montagnes, qui symbolisent les grands souverains et les rois puissants, tu n'auras rien à craindre : tu les réduiras en poussière comme de la farine. Et les collines, les princes de moindre rang et plus faibles, tu les disperseras comme de la balle. Il s'ensuit que non seulement tu peux t'appuyer sur Moi, mais Je te confère la force de pouvoir aussi t'appuyer sur toi-même, et tu seras semblable à un traîneau de battage neuf et affûté qui broie tout sur son passage.
תִּזְרֵם וְרוּחַ תִּשָּׂאֵם וּסְעָרָה תָּפִיץ אוֹתָם וְאַתָּה תָּגִיל בַּיהֹוָה בִּקְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל תִּתְהַלָּל׃ - Tu les vanneras, et le vent les emportera, un tourbillon les dispersera ; mais toi, tu te réjouiras en l'Éternel, tu mettras ta gloire dans le Saint d'Israël.
Après le battage, le travail n'est pas encore achevé : il faut encore séparer les grains de blé de la balle. Comment procédait-on ? On vannait à l'aide d'un van - une pelle large et légère - en projetant la récolte en l'air, et le vent venait en aide au vanneur : le souffle emporte ce qui est léger tandis que le lourd retombe au sol. Les grains de blé, plus lourds, retombent directement, tandis que la balle et les pailles légères s'envolent au vent. C'est le sens de « Tu les vanneras, et le vent les emportera » : une simple brise suffit à les soulever ; et afin que tu ne craignes pas qu'ils ne retombent au même endroit, le verset ajoute « et un tourbillon les dispersera » : un vent plus puissant les disséminera et les éloignera définitivement.
« Mais toi, tu te réjouiras en l'Éternel, tu mettras ta gloire dans le Saint d'Israël » : tu éprouveras une allégresse et une joie profondes face à la toute-puissance d'Hachem qui t'a secouru, et tu recevras louange et considération aux yeux de toutes les nations grâce au Saint d'Israël, c'est-à-dire Hachem dans Sa relation intime avec nous, en tant que notre D.ieu. Le Malbim souligne la nuance entre se réjouir et tirer gloire : un homme peut éprouver de la joie même pour un succès qui ne dépend pas de lui et lui parvient de l'extérieur. Celui qui gagne à la loterie, qu'a-t-il fait pour cela ? Tant d'autres ont acheté un billet sans rien gagner, et pourtant il se réjouit de son gain. En revanche, tirer gloire et se glorifier, de quoi pourrait-il se vanter ? La gloire appartient à celui qui a peiné, travaillé, fondé une entreprise et réussi par ses efforts. Dès lors, puisque tout provient ici de la puissance du Créateur, il n'y a pas lieu de s'enorgueillir de soi-même. Se réjouir, certes : « tu te réjouiras en l'Éternel » ; mais la gloire revient au « Saint d'Israël » : c'est en Hachem et en Sa force que je mets ma gloire, car c'est par Sa force sainte que nous avons vaincu, et c'est Lui qui m'a sauvé.
הָעֲנִיִּים וְהָאֶבְיוֹנִים מְבַקְשִׁים מַיִם וָאַיִן לְשׁוֹנָם בַּצָּמָא נָשָׁתָּה אֲנִי יְהֹוָה אֶעֱנֵם אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל לֹא אֶעֶזְבֵם׃ - Les pauvres et les indigents cherchent de l'eau, et il n'y en a point ; leur langue est desséchée par la soif. Moi, l'Éternel, Je les exaucerai ; Moi, D.ieu d'Israël, Je ne les abandonnerai point.
Qui sont ces pauvres et ces indigents, pourquoi réclament-ils de l'eau, et qu'est-il arrivé à leur langue pour qu'elle se dessèche ? On compte ici trois explications majeures. Rachi explique qu'il s'agit d'une prophétie concernant la fin des temps, et qu'il ne s'agit point d'une soif matérielle, mais bien d'une soif spirituelle : « Ni faim de pain, ni soif d'eau, mais d'entendre les paroles de l'Éternel » ; ils erreront en quête de la parole d'Hachem sans la trouver. Ce sont ces pauvres et ces indigents qui se tiendront au terme de l'exil et imploreront un peu de spiritualité, sans en trouver : point de prophétie, et même à travers les songes on ne leur parle plus. Le Saint, béni soit-Il, déclare alors : lorsque Je vous délivrerai, Je vous préparerai du pain et de l'eau, c'est-à-dire Sa Présence divine et le souffle prophétique dans la bouche de leurs prophètes. Le mot « nachata », selon Rachi, est à rapprocher de « et les eaux tariront de la mer », évoquant la dévastation, la ruine et l'assèchement ; la forme attendue au féminin aurait été « nichteta », mais un point-daguesh remplace la répétition de la lettre : leur langue s'est desséchée sous l'ardeur de la soif, et Hachem promet : « Moi, l'Éternel, Je les exaucerai », Je déverserai sur eux une abondance de spiritualité.
Le Radak situe lui aussi ce passage à l'époque de la délivrance, mais estime qu'il s'agit d'une soif tout à fait matérielle : les enfants d'Israël sortiront de l'exil, traverseront des déserts et des contrées arides dépourvues d'eau, ils réclameront à boire, leur langue se desséchera sous la soif, et ils imploreront Hachem par leurs cris. Le Saint, béni soit-Il, dit alors : « Je les exaucerai » - or, le terme d'exaucement fait toujours suite à un cri, une prière ou une supplication : Je réponds à ce que tu as formulé en premier lieu. Et pourquoi les exaucerai-Je ? Parce que Je suis le « D.ieu d'Israël » : c'est Moi qui les ai fait sortir de l'exil, et Je ne les laisserai pas périr de soif dans le désert.
Le Malbim explique pour sa part que le peuple d'Israël en exil avait déjà perdu tout espoir de délivrance, et ce pour deux motifs. Le premier tient au constat de leur faiblesse et de leur vulnérabilité face aux ennemis et aux nations : quelles chances avons-nous d'être délivrés ? C'est à ce sujet qu'il a été dit plus haut : « Ne crains rien, vermisseau de Jacob » : tu redoutes ta propre fragilité en disant « je ne suis qu'un ver, quelle force ai-je donc ? », ce à quoi Il répond : « Hommes d'Israël, Je viens à ton aide, dit l'Éternel, ton Rédempteur est le Saint d'Israël ». Le second motif est la crainte née de leur pauvreté et de leur dénuement, et tel est l'objet de notre verset. Quelle est alors la distinction entre « pauvres » et « indigents » ? Le Malbim précise : l'indigent est encore plus démuni que le pauvre ; car le pauvre est simplement celui qui manque de biens, tandis que l'indigent (évyone) en est réduit à convoiter chaque chose élémentaire, d'où son nom. Or, ils sont si dénués qu'ils manquent même d'eau, chose pourtant abondante partout et peu coûteuse. Quant au terme « nachata », on peut l'expliquer au sens de dévastation et de sécheresse, ou encore, comme dans « les eaux tariront de la mer », où le Malbim rattache la racine nachat à l'idée d'arrachement, de perte et de déplacement, comme dans « leur vaillance a disparu », ou comme le nerf sciatique qui s'est démis et déplacé de son articulation sous le coup de l'ange. Ici également : leur langue s'est presque détachée de leur palais tant la soif était vive.
« Moi, l'Éternel, Je les exaucerai ; Moi, D.ieu d'Israël, Je ne les abandonnerai point » : « Moi, l'Éternel », en tant que D.ieu Créateur de tous les mondes ; « D.ieu d'Israël », en vertu du lien d'amour et de la providence particulière qu'Il entretient avec nous. Et le Malbim ajoute : le Saint, béni soit-Il, promet : Je ne les abandonnerai point, car Je suis uni au peuple d'Israël d'une alliance perpétuelle, et vous n'aurez même pas besoin d'implorer : avant même que vous n'ayez prié, Je répandrai sur vous Mon abondance.
אֶפְתַּח עַל שְׁפָיִים נְהָרוֹת וּבְתוֹךְ בְּקָעוֹת מַעְיָנוֹת אָשִׂים מִדְבָּר לַאֲגַם מַיִם וְאֶרֶץ צִיָּה לְמוֹצָאֵי מָיִם׃ - J'ouvrirai des fleuves sur les hauteurs dénudées, et des sources au milieu des vallées ; je changerai le désert en étang d'eau, et la terre aride en jaillissements d'eaux.
Selon Rachi, toute cette abondance prodigieuse est d'ordre spirituel : « Je répandrai Mon esprit sur toute chair », « vos prophètes auront des songes » et contempleront des visions ; le désert représente le lieu où la sagesse de la Torah faisait défaut, et le Saint, béni soit-Il, le transformera en un étang d'eau. Selon le Radak, le sens est littéral et s'applique à ceux qui traverseront réellement le désert à leur retour d'exil : J'ouvrirai pour eux des fleuves et des sources dans les vallées, le tout de manière miraculeuse, car ce ne sont pas des lieux aquatiques mais bien des contrées désertiques.
Le Malbim, quant à lui, analyse chaque détail avec précision. Qu'est-ce qu'un fleuve (nahar) ? C'est un cours d'eau qui s'écoule et converge, comme dans l'expression « et toutes les nations y afflueront (venaharou) », c'est-à-dire qu'elles seront attirées. Le fleuve ne jaillit pas sur place mais provient d'ailleurs, tandis que l'endroit d'où l'eau jaillit s'appelle une source (ma'ayan). Et où trouve-t-on des fleuves : sur les hauteurs ou dans les bas-fonds ? Assurément dans les lieux bas, car l'eau s'écoule vers le bas. Pourtant, le Saint, béni soit-Il, déclare : « J'ouvrirai des fleuves sur les hauteurs dénudées » - les « chefayim » sont des lieux élevés, et c'est précisément là que J'ouvrirai des fleuves, à l'encontre de la nature. Inversement, les sources jaillissantes se trouvent généralement dans les montagnes et non dans les vallées, et Il dit : « et des sources au milieu des vallées », à l'opposé de l'ordre naturel. « Je changerai le désert en étang d'eau » - un étang est une accumulation d'eau, or dans le désert, l'eau ne stagne pas car tout s'évapore en quelques jours, et ce n'est que dans les terres humides que l'eau s'accumule ; malgré cela, J'y placerai un étang. « Et la terre aride en jaillissements d'eaux » - dans une terre desséchée surgiront des sources et des résurgences d'eau, ce qui constitue également l'inverse des lois naturelles, car voir de l'eau jaillir d'une terre aride est un prodige. Le Saint, béni soit-Il, affirme ainsi : J'accomplirai des choses qui vont à l'encontre des lois de la nature.
אֶתֵּן בַּמִּדְבָּר אֶרֶז שִׁטָּה וַהֲדַס וְעֵץ שָׁמֶן אָשִׂים בָּעֲרָבָה בְּרוֹשׁ תִּדְהָר וּתְאַשּׁוּר יַחְדָּו׃ - Je mettrai dans le désert le cèdre, l'acacia, le myrte et l'arbre oléagineux ; je placerai dans la plaine aride le cyprès, l'orme et le buis réunis.
Selon le Radak, qui situe cette prophétie à l'époque de la délivrance future lorsque les enfants d'Israël traverseront les déserts, le Saint, béni soit-Il, dit : Je ne vous donnerai pas seulement de l'eau dans le désert, mais aussi des arbres. Le Radak s'interroge : quelle utilité auront-ils de ces arbres en montant de l'exil ? Un voyageur qui traverse le désert pendant quelques jours pour se rendre en Terre d'Israël a-t-il besoin d'arbres ? Il apporte deux réponses. La première : il se peut que ces arbres soient créés dans le désert directement dans toute leur taille, à la manière d'Adam Harichon, sans qu'il soit nécessaire d'attendre la croissance des jeunes pousses, mais tout étant créé dans sa stature achevée ; ainsi, dès l'arrivée d'Israël, les arbres seront prêts à leur offrir de l'ombre, et ni la canicule ni le soleil ne les frapperont. La seconde : le prodige de ces arbres consistera en ce que, désormais, des arbres pousseront dans tous ces déserts, et tous les passants s'étonneront en disant : « C'est pourtant un désert, que font des arbres ici ? » Et ils répondront : « Le peuple d'Israël est passé par là ». Ce sera un Kiddouch Hachem perpétuel, car quiconque verra cela rendra grâce à Hachem pour ce miracle.
Quant à l'identification de ces arbres, le Radak cite divers noms. « L'arbre oléagineux » ('ets chemen) correspond à ce qu'on appelle en langue vernaculaire le pin, ces arbres résineux dont s'écoule une matière semblable à de la poix ; Yonathan l'a traduit par « a'in dimech'ha » (arbres à huile). On ne peut l'identifier à l'olivier, car un verset distingue expressément : « des feuilles d'olivier et des feuilles d'arbre oléagineux » ; l'olivier n'est donc pas cet « arbre oléagineux », bien qu'on eût pu le penser en raison de la nature grasse de l'huile d'olive. Le « tidhar » est identifié au « mornian » selon le Targoum, dans les propos de nos Sages certains le nomment « cha'agah », et d'autres l'appellent en langue vernaculaire « chaf ». Le « te'achour » est identifié à l'« echkarou'in », d'autres l'appellent « chorbinah » ou « chorbin », d'autres l'expliquent comme étant l'« echkaroua », et d'autres le nomment « bohou » ou cyprès. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'arbres exceptionnels qui se dresseront là-bas, dans le désert.
Le Malbim explique l'utilité de chacun de ces arbres : le cèdre et l'acacia conviennent à la construction de maisons ; le myrte se distingue par son parfum ; et l'arbre oléagineux sert à la nourriture et à l'éclairage. Or, aucun de ceux-ci ne pousse ordinairement dans le désert, et le Saint, béni soit-Il, annonce qu'Il les y établira. Et quelle différence y a-t-il entre le désert (midbar) et la plaine aride ('aravah) ? Dans le désert, rien ne pousse, tandis que dans la 'aravah poussent des épines et des chardons - et là aussi, « je placerai le cyprès, l'orme et le buis », des arbres nobles et précieux. Et pour que l'on n'imagine pas que là où se trouvera le cyprès, il n'y aura pas d'orme, et qu'à la place de l'orme il n'y aura pas de buis, le verset précise « réunis » (ya'hdav), ce qui souligne l'ampleur du prodige et du miracle.
לְמַעַן יִרְאוּ וְיֵדְעוּ וְיָשִׂימוּ וְיַשְׂכִּילוּ יַחְדָּו כִּי יַד יְהֹוָה עָשְׂתָה זֹּאת וּקְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל בְּרָאָהּ׃ - Afin qu'ils voient, qu'ils sachent, qu'ils fassent attention et comprennent tous ensemble que la main d'Hachem a fait cela, et que le Saint d'Israël l'a créé.
Quel est le but de tout cela ? Qu'ils voient, qu'ils sachent, qu'ils prêtent attention et comprennent, afin que tous réfléchissent et parviennent à la conclusion que c'est la main d'Hachem qui a fait cela, et que rien de tout cela n'est le fruit du hasard. Comment se pourrait-il que dans des contrées dépourvues d'eau surgissent soudain des fleuves et des sources ? Comment concevoir que dans un lieu sans aucune végétation apparaisse une forêt entière de cèdres, d'acacias, de myrtes, de cyprès, d'ormes et de buis ? Ils en déduiront nécessairement que la main d'Hachem a accompli cela, et que le Saint d'Israël l'a créé pour nos besoins, pour les besoins du peuple d'Israël.
Le Malbim explique que les propositions du verset sont construites en parallèle. Nous avons déjà rencontré ce principe à plusieurs reprises : lorsqu'on divise le verset en quatre propositions successives, la première se rattache à la troisième et la deuxième à la quatrième, deux face à deux. Et ici : « Afin qu'ils voient et sachent que la main d'Hachem a fait cela », « et qu'ils prêtent attention et comprennent ensemble que le Saint d'Israël l'a créé ».
Il y a ici trois distinctions. La première : « ils voient et sachent » relève d'une perception sensorielle - je vois et je sais, une réalité évidente et un constat direct ; tandis que « prêtent attention et comprennent » signifie que l'homme y applique son cœur, mène une réflexion intérieure, approfondit la question et parvient à cette même conclusion par l'intelligence de l'esprit. La deuxième : « la main d'Hachem » renvoie à Son rôle de Créateur qui donne l'existence à toute la Création, tandis que « le Saint d'Israël » se rapporte à la providence particulière par laquelle Il veille spécifiquement sur le peuple d'Israël. La troisième : « a fait » par opposition à « l'a créé » - la création est ex nihilo, faire émerger une chose du néant ; alors que l'action ou la fabrication consiste à façonner une matière préexistante, comme dans « et elle fera ses ongles », ou comme un menuisier qui fabrique une table sans la créer à partir de rien.
Selon cette approche, le verset s'éclaire : ils verront de manière tangible, et par cette vue même, ils sauront avec certitude que la main d'Hachem a fait cela - qu'il ne s'agit pas d'un hasard, et que tout ce que l'on observe dans le désert est l'œuvre de Ses mains. Cependant, on pourrait encore objecter : certes, la main d'Hachem a fait cela, mais il s'agit d'un simple agencement et non d'une création ex nihilo, une transformation à partir de l'existant, ce qui paraît moins prodigieux et moins saisissant ; comme s'il s'agissait simplement d'un phénomène naturel insolite, où des fleuves et des arbres surgissent au beau milieu du désert. C'est pourquoi le texte ajoute : « et qu'ils prêtent attention et comprennent ensemble » - lorsqu'ils y prêteront attention, approfondiront et méditeront véritablement, ils aboutiront à la conclusion que « le Saint d'Israël l'a créé » : Hachem, en tant que Saint d'Israël qui les protège et veille sur eux par une providence particulière, a opéré ici une création miraculeuse qui dépasse l'ordre de la nature, ex nihilo. Et cela, seul celui qui médite en profondeur peut le saisir.
Dans cette partie du chapitre, le prophète bâtit une promesse complète et absolue pour le peuple d'Israël : tu es Mon serviteur fidèle, tu es le peuple choisi sans condition depuis l'époque de Yaakov, et tu es la descendance d'Avraham qui M'aimait - c'est pourquoi il n'y a nulle crainte que Je te rejette, que Je t'abandonne au moment de la détresse, ou que Ma force fasse défaut pour te sauver. Face aux quatre catégories d'ennemis - ceux qui s'irritent par-derrière, ceux qui querellent face à face, ceux qui frappent et ceux qui mènent la guerre - il est garanti que tous seront réduits à néant et au néant absolu. Israël, faible comme un ver, puise sa force dans sa bouche et sa prière, et est appelé à devenir un rouleau à battre neuf, acéré et garni de lames, en vertu de ses propres mérites et non pas seulement du mérite des Pères. Et lors de la délivrance, le Saint, béni soit-Il, déversera sur eux une abondance qui renverse le cours de la nature - des fleuves sur les hauteurs dénudées, des sources dans les vallées, et des arbres dans le désert et la steppe - afin qu'ils voient et sachent que la main d'Hachem a fait cela, et qu'en y réfléchissant, ils comprennent que le Saint d'Israël l'a créé, par une création ex nihilo née de Sa providence particulière envers Son peuple.