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Chapitre 41 - Le débat du Rédempteur avec les nations - 1ère partie

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Le chapitre 41 de Yechayahou s'inscrit dans la continuité des paroles de réconfort adressées à Tsion. Après avoir consolé Jérusalem, le prophète se tourne à présent vers les nations du monde. Le Malbim explique que le prophète contemple par l'esprit ces événements comme s'ils se déroulaient sous ses yeux : le Rédempteur est déjà arrivé, et il débat désormais avec les nations pour les ramener à la foi en un Dieu unique, vers la vraie foi, afin que tous reconnaissent que le Saint, béni soit-Il, est le Créateur de l'univers et que Lui seul mérite d'être servi.

Verset 1 : Quatre conditions pour un débat équitable

הַחֲרִישׁוּ אֵלַי אִיִּים וּלְאֻמִּים יַחֲלִיפוּ כֹחַ, יִגְּשׁוּ אָז יְדַבֵּרוּ, יַחְדָּו לַמִּשְׁפָּט נִקְרָבָה׃ - Faites silence devant Moi, îles lointaines, et que les peuples renouvellent leur force ! Qu'ils s'approchent, et alors qu'ils parlent ; avançons ensemble en jugement.

Le Malbim explique qu'il se déroule ici une controverse entre le Rédempteur (ou le prophète) et les nations. Il énumère quatre raisons pour lesquelles un homme peut perdre injustement un débat - et le Saint, béni soit-Il, les écarte toutes à l'avance.

La première raison : il arrive parfois que l'interlocuteur soit petit face à un opposant puissant. Vaincre le faible n'est pas un exploit. C'est pourquoi il est dit : « הַחֲרִישׁוּ אֵלַי אִיִּים » - que les îles insignifiantes gardent le silence, Je ne souhaite pas débattre avec vous, pour que l'on ne dise pas que J'ai vaincu des faibles. « וּלְאֻמִּים יַחֲלִיפוּ כֹחַ » - c'est précisément avec les grandes nations que Je désire débattre.

La deuxième raison : il arrive parfois que les arguments d'un homme soient réduits au silence simplement parce qu'il a été pris au dépourvu et n'était pas préparé. Si on lui avait soumis les questions à l'avance, il s'y serait penché, aurait approfondi et trouvé des réponses ordonnées. C'est à ce propos qu'il est dit « יַחֲלִיפוּ כֹחַ » - examinez, réfléchissez, scrutez et préparez-vous bien, pour que vous ne prétendiez pas que Je vous ai surpris par une question tombée sur vous à l'improviste.

La troisième raison : il arrive parfois que l'on discute avec un personnage éminent dont la seule présence impressionne, et par peur, on n'ose ouvrir la bouche. C'est pourquoi il est dit « יִגְּשׁוּ אָז יְדַבֵּרוּ » - non pas de loin et avec angoisse, mais en se rapprochant. Le Malbim précise que généralement, celui qui s'approche est de rang inférieur à celui vers lequel il avance, comme dans « וַיִּגַּשׁ אֵלָיו יְהוּדָה » (Yéhouda s'avança vers lui) - Yossef était le souverain et Yéhouda s'approchait de lui. Mais lorsqu'on emploie une expression de rapprochement réciproque, cela implique qu'ils sont sur un pied d'égalité. D'autant plus qu'il est écrit « יַחְדָּו » (ensemble) - dans une stricte parité. C'est-à-dire : ne soyez pas intimidés par Moi ; si vous avez des arguments, approchez-vous et exprimez tout ce que vous avez à dire sans crainte.

La quatrième raison : il arrive parfois que personne ne puisse trancher entre les parties. Chacun est persuadé d'avoir raison, et le débat reste stérile. C'est ce que soutenait Iyov : « לֹא אִישׁ כָּמוֹנִי אֶעֱנֶנּוּ, לוּ יֵשׁ בֵּינֵינוּ מוֹכִיחַ » (Il n'est pas un homme comme moi pour que je Lui réponde, s'il y avait un arbitre entre nous) - j'ai des arguments envers le Créateur du monde, mais qui sera ce tiers pour juger qui a raison ? À cela, le Saint, béni soit-Il, répond : « יַחְדָּו לַמִּשְׁפָּט נִקְרָבָה » - il y aura un jugement et une décision claire. En d'autres termes : venez, Je suis prêt à comparaître avec vous en jugement, J'exposerai Mes arguments et vous les vôtres, et nous verrons qui a raison.

Versets 2-3 : Qui a éveillé depuis l'orient - Avraham Avinou

מִי הֵעִיר מִמִּזְרָח צֶדֶק יִקְרָאֵהוּ לְרַגְלוֹ, יִתֵּן לְפָנָיו גּוֹיִם וּמְלָכִים יַרְדְּ, יִתֵּן כֶּעָפָר חַרְבּוֹ כְּקַשׁ נִדָּף קַשְׁתּוֹ׃ - Qui a réveillé d'orient celui que la justice appelle sur ses pas ? Il livre devant lui des nations et lui assujettit des rois ; son glaive les réduit en poussière, son arc comme de la paille emportée par le vent.

Nos Sages (Haza"l) et le Radak appliquent ce verset à Avraham Avinou. « מִמִּזְרָח » - Avraham venait des confins de l'Orient, du pays des fils de l'Est. Qui l'a éveillé et l'a fait sortir d'une maison d'idolâtres ? « צֶדֶק יִקְרָאֵהוּ לְרַגְלוֹ » - partout où il posait le pied, Avraham proclamait la justice, appelant les peuples à la vérité, afin qu'ils renoncent aux passions, à l'idolâtrie et au mensonge, comme il est dit : « וַיִּקְרָא שָׁם אַבְרָם בְּשֵׁם ה' » (Et Avram invoqua là-bas le Nom de l'Éternel).

Et quel prodige : un homme seul parmi tous les habitants de la terre, alors que tous sont idolâtres, ne craint personne, s'oppose à tous et se trouve jeté dans la fournaise ardente. Qui l'a éveillé à accomplir tout cela ? Le Saint, béni soit-Il. « יִתֵּן לְפָנָיו גּוֹיִם וּמְלָכִים יַרְדְּ » - Avraham a vaincu les quatre rois, Kedorlaomer et les rois qui l'accompagnaient, les poursuivant avec seulement trois cent dix-huit hommes, délivrant les captifs et arrachant Loth de leurs mains. D'où venait une telle force ? Tout venait d'Hachem. Le terme « יַרְדְּ » découle de l'idée de domination (rediya), comme dans « לֹא תִרְדֶּה בוֹ בְּפָרֶךְ » (tu ne le soumettras point avec rigueur) et « וְרָדוּ בָכֶם שֹׂנְאֵיכֶם » (vos ennemis domineront sur vous) - le Saint, béni soit-Il, lui a donné autorité et domination sur ces rois.

Le Radak fait remarquer : tout est formulé au futur - « יִתֵּן לְפָנָיו » (Il livrera devant lui), « יַרְדְּ » (Il soumettra), « יִתֵּן כֶּעָפָר » (Il réduira en poussière) - alors qu'il aurait semblé logique d'employer le passé, puisqu'il s'agit d'événements déjà accomplis. En réalité, le prophète ne vient pas seulement relater ce qui s'est produit, mais poser un principe : voilà ce qui advient lorsqu'un homme cherche Hachem. Pour tout juste qui marchera sur les pas d'Avraham, Hakadosh Baroukh Hou agira de même. Il ne s'agit pas d'un simple épisode historique, mais d'une conduite divine appelée à perdurer.

« יִתֵּן כֶּעָפָר חַרְבּוֹ כְּקַשׁ נִדָּף קַשְׁתּוֹ » - Hakadosh Baroukh Hou les a réduits en une poussière que l'on foule aux pieds devant l'épée d'Avraham, et en paille emportée par le vent devant son arc. D'autres commentateurs l'expliquent à l'inverse : c'est l'épée des rois ennemis qui est devenue comme de la poussière et leur arc comme de la paille ; en effet, l'arc et les flèches doivent être rigides et redoutables, or ici, ils furent réduits à néant.

Dans le Midrash Rabba (Béréchit Rabba 43, 3), ce passage est interprété au sens le plus littéral. Rabbi Yéhouda dit : Avraham leur lançait de la poussière qui se transformait en épées, et de la paille qui se changeait en flèches. Rabbi Néhémia dit quant à lui : il n'est pas dit « יִתֵּן עָפָר » (Il donnera de la poussière), mais « כֶּעָפָר » (comme de la poussière) - ce sont eux qui jetaient des épées sur Avraham et elles devenaient poussière, ils lui décochaient des flèches et elles devenaient de la paille qui ne l'atteignait absolument pas.

יִרְדְּפֵם יַעֲבוֹר שָׁלוֹם, אֹרַח בְּרַגְלָיו לֹא יָבוֹא׃ - Il les poursuit, il passe en paix ; par un sentier que ses pieds n'avaient point foulé.

Le Midrash poursuit : Rabbi Lévi dit au nom de Rabbi Yossé ben Zimra : chaque enjambée d'Avraham Avinou mesurait trois milles. Rabbi Yéhouda bar Rabbi Simon dit : un mille, comme il est dit « אֹרַח בְּרַגְלָיו לֹא יָבוֹא ». Et Rabbi Néhémia, au nom de Rabbi Abbahou, dit : leurs pieds n'ont même pas pris la poussière, à l'image d'un homme qui se rend de sa maison à la synagogue, un court trajet où ses souliers se salissent à peine.

Selon le Radak, qui applique ce verset à Avraham : « יִרְדְּפֵם יַעֲבוֹר שָׁלוֹם » - il les a poursuivis et en est sorti indemne : pas un seul de ses hommes n'a péri. « אֹרַח בְּרַגְלָיו לֹא יָבוֹא » - d'ordinaire, un voyageur souffre des pieds après une longue marche ; or ici, aucune douleur n'a affligé ses jambes, aucun malheur ne l'a frappé, et tous ses compagnons sont revenus sains et saufs.

Israël n'est pas soumis aux astres

Nos Sages rapportent un autre enseignement sur ce verset dans la Guémara (Chabbat 156a). D'où savons-nous qu'Israël n'est pas soumis aux astres (*ein mazal lé-Israël*) ? Du verset : « Ainsi parle Hachem : N'imitez point la voie des nations, et ne redoutez pas les signes du ciel, car ce sont les nations qui les redoutent » - ce sont elles qui doivent s'en effrayer, et non Israël. Ce sont les nations qui ont lieu de craindre les constellations, ce qu'annonce telle planète ou ce que présage telle étoile.

Rav soutenait lui aussi qu'Israël échappe aux astres. En effet, Rav Yéhouda rapporte au nom de Rav : D'où sait-on qu'Israël n'est pas assujetti aux astres ? Du verset relatif à Avraham : « Et Il le mena dehors ». Avraham dit devant Hakadosh Baroukh Hou : Maître du monde, le fils de ma maison sera-t-il mon héritier ? Il lui répondit : Non, car c'est celui qui sortira de tes entrailles qui héritera de toi. Avraham reprit : Maître du monde, j'ai scruté mon thème astrologique - j'ai regardé les étoiles - et je ne suis pas fait pour engendrer un fils. D.ieu lui dit alors : Sors de ton astrologie, car Israël n'est point sous l'empire des astres ! Israël n'est pas soumis au destin astral, mais s'élève au-dessus de lui. Qu'as-tu vu ? Que la planète Tsedek (Jupiter) se trouve à l'occident ? Je la déplace et la positionne à l'orient ! Et c'est précisément ce que dit notre verset : « מִי הֵעִיר מִמִּזְרָח צֶדֶק יִקְרָאֵהוּ לְרַגְלוֹ » - Hakadosh Baroukh Hou a appelé l'astre Tsedek pour le placer à l'orient, aux pieds d'Avraham, c'est-à-dire pour lui et selon ses besoins, afin de modifier sa destinée et de lui accorder un fils.

L'explication du Malbim : les temps messianiques

Le Malbim applique quant à lui toute cette péricope au Roi Machia'h, qui viendra d'un pays d'Orient. En effet, selon son approche, l'ensemble du chapitre traite de la controverse qui opposera, à la fin des temps, le Libérateur aux nations, pour leur démontrer la vérité de la Torah et la souveraineté absolue du Maître du monde.

« מִי הֵעִיר מִמִּזְרָח » - Quelle est la cause qui a éveillé le Roi Machia'h à venir soumettre des pays et des peuples pour exercer une autorité totale ? Tout conquérant se lève pour des raisons bien connues : la soif du pouvoir et des honneurs, pour que tous contemplent sa puissance et la force de son armée ; la jalousie et la vengeance, pour punir un affront ; ou encore la cupidité, convoitant les richesses et les terres d'autrui. Mais a-t-on jamais vu un conquérant s'élancer pour subjuguer des empires par pur amour de la justice ? Tel est le sens de « צֶדֶק יִקְרָאֵהוּ לְרַגְלוֹ » : la justice est son unique but et son aspiration suprême, faire régner la droiture divine dans le monde entier.

Autre preuve encore que la chose n'est pas naturelle : « Il lui livre des nations et soumet des rois ». Selon l'ordre habituel du monde, on vainc les rois à la guerre et l'on assujettit les nations ; or ici, c'est l'inverse : il ne subjugue pas les nations, mais les rois. Généralement, on conquiert le peuple tandis que le roi parvient à s'enfuir, et ce n'est que rarement que l'on capturait le roi pour l'asseoir sous la table à ramasser des os. Ici, la situation sera inversée - cela ne conduit-il pas à comprendre qu'il y a là une force supérieure ?

Troisième preuve : « Son épée les rend comme de la poussière, son arc comme du chaume chassé par le vent » - les nations sont devant son épée comme de la poussière foulée aux pieds, et les rois comme du chaume dispersé devant son arc. C'est-à-dire qu'il triomphera d'eux avec une immense facilité. D'ordinaire, une guerre s'étire dans le temps et fait couler beaucoup de sang, alors qu'ici, le roi Machia'h arrive et conquiert avec une telle aisance. Cela n'incite-t-il pas à comprendre qu'une force spirituelle supérieure est avec lui ? C'est pourquoi, réveillez-vous, nations, et comprenez que le Saint, béni soit-Il, règne sur tout, et que c'est Lui qui a éveillé le Machia'h pour venir délivrer Israël - et venez, vous aussi, vous placer sous Sa souveraineté.

Le Malbim rapporte encore une troisième opinion, selon laquelle certains interprètent tout ce passage au sujet de Cyrus, qu'Hachem éveillera depuis l'Orient pour marcher sur Babylone et s'en emparer, sans que nations ni rois ne puissent lui résister. Il rejette cependant cette vue et affirme que la vérité correspond à son explication. C'est pourquoi nous suivons ces deux lignes directrices : celle du Radak se rapportant à Avraham, et celle du Malbim se rapportant à l'ère messianique.

Et selon le Malbim, « Il les poursuit, il avance en paix » : le roi Machia'h devra combattre les nations pour instaurer sur elles la foi en D.ieu, car dans un premier temps, tous n'accepteront pas de s'y soumettre. Pourtant, bien qu'il les poursuive, « il avance en paix » - il avance comme quelqu'un qui vient faire la paix, et non comme un conquérant avide de gloire et de richesses. « Il n'emprunte pas le chemin de ses pieds » - il passera par des voies où un homme ne saurait marcher, des lieux périlleux qu'on ne traverse point par des voies naturelles. Il sera dès lors évident que cette marche est miraculeuse, que le Ciel le guide, car d'un point de vue matériel, un tel chemin est impraticable, et pourtant il l'empruntera.

Verset 4 : Qui a opéré et agi

מִי פָעַל וְעָשָׂה קֹרֵא הַדֹּרוֹת מֵרֹאשׁ, אֲנִי ה' רִאשׁוֹן וְאֶת אַחֲרֹנִים אֲנִי הוּא׃ - Qui a opéré et agi, appelant les générations dès le commencement ? Moi, l'Éternel, Je suis le premier, et avec les derniers, Je suis le même.

Le Malbim poursuit : considérez, vous les peuples, qui a accompli une telle chose ? « Appelant les générations dès le commencement » - voyez qui a annoncé d'avance, depuis les temps anciens, ce qui adviendrait lors de la venue du Machia'h. « Moi, l'Éternel, Je suis le premier » - c'est Moi qui l'ai annoncé, Moi qui révèle la fin dès le début. « Et avec les derniers, Je suis le même » - et lorsque la chose s'accomplira, c'est encore Moi qui la réaliserai. Hachem a d'abord prévu l'événement, et à la fin, c'est Lui-même qui applique et concrétise ce qu'Il avait prévu.

Le Malbim explique ici un principe fondamental : si ce que le prophète prédit pour l'avenir n'est pas improbable selon la nature, on peut toujours prétendre : « Eh bien, le hasard a voulu qu'il en soit ainsi ». Il a annoncé une guerre ? Il y a toujours des guerres. Tout ce qui ne sort pas de l'ordre naturel, même lorsque cela s'accomplit, ne nous apparaît pas comme un prodige. C'est pourquoi les prodiges des prophètes portent précisément sur des phénomènes non naturels. Chemouel a fait tomber la pluie en plein été. S'il avait fait pleuvoir au cœur de l'hiver, on aurait pu dire qu'il avait observé les signes météo et compris que la pluie arrivait ; mais en été, soudain le ciel s'assombrit de nuages et la pluie tombe. Chaque fois que les prophètes accomplissent des signes et des prodiges, ils le font à travers des événements qui défient la nature.

Voilà pourquoi Hachem annonce d'avance qu'à la venue du Machia'h surviendront des faits hors du cours naturel, afin qu'on ne dise pas par la suite : « Il était logique que cela arrive ». Premièrement, un phénomène naturel se produit de lui-même et n'a nul besoin d'impulsion extérieure, tel étant le cours du monde. Or ici, il est dit : « Qui a éveillé depuis l'Orient ? » - il y a là Quelqu'un qui éveille, preuve que cela ne survient pas de soi par voie naturelle.

Deuxièmement, un événement fortuit est passager et ne dure pas. Il convient ici de citer les paroles du 'Hazon Ich : quelle est la différence entre le miracle et la nature, puisque tous deux procèdent de la volonté divine ? Comme l'enseigne le Ramban, l'homme n'a point de part dans la Torah de Moché tant qu'il ne croit pas et ne sait pas que tous nos actes et événements sont des miracles, et qu'il n'y a en eux ni nature ni ordre ordinaire des choses. Le 'Hazon Ich explique : la nature est la volonté la plus constante du Saint, béni soit-Il, tandis que le miracle est une volonté ponctuelle. La nature est une volonté permanente, le miracle une volonté passagère. C'est pourquoi ce qui sort de l'ordre naturel ne dure que peu de temps : un tsunami n'est pas naturel, et combien de temps dure-t-il ? Quelques minutes. L'hiver est naturel, c'est pourquoi il s'étend sur plusieurs mois.

De plus, un événement hors nature ne survient qu'en un point précis du globe. Une tempête exceptionnelle frappe un lieu déterminé, non la terre entière. Or ici, le prophète affirme que la chose dépassera le simple hasard, tant en quantité qu'en intensité : « Il lui livre des nations », « Son épée les rend comme de la poussière » - une victoire constante sur tous les peuples, ni restreinte ni locale, mais vaste et continue.

De là, on est contraint de conclure : « Qui a opéré et agi, appelant les générations dès le commencement ? » Le Malbim précise : « opéré » (pa'al), c'est annoncer les événements d'avance, et « agi » ('assa), c'est les mener à réalisation. La prédiction même de l'événement, jointe à sa constance, prouve que c'est la main d'Hachem qui a fait tout cela.

D'autant plus que vous savez déjà que le Saint, béni soit-Il, bouleverse les lois de la nature et accomplit des miracles : « Moi, l'Éternel, Je suis le premier » - c'est Moi qui vous ai fait sortir d'Égypte ; était-ce donc un phénomène naturel ? Et qui l'a accompli ? Hachem, béni soit-Il. Dès lors, ne t'étonne pas de la suite : « et avec les derniers, Je suis le Même » - les miracles surnaturels appelés à se produire à l'avenir viennent aussi de Moi. Celui qui a accompli ces miracles d'alors les accomplira de nouveau maintenant.

Et le Radak, fidèle à son approche selon laquelle tout fait référence à Avraham, explique : « Qui a agi et accompli cela ? » - qui a suscité un homme tel qu'Avraham ? « Celui qui appelle les générations dès le commencement » - Celui qui savait qu'allait descendre de lui une postérité droite devant Lui, choisie d'entre tous les peuples. C'est pourquoi, dès le départ, le Saint, béni soit-Il, a fortifié Avraham. « Moi, l'Éternel, Je suis le premier, et avec les derniers, Je suis le Même » - Il sait tout dès l'origine et le fait savoir par l'intermédiaire de Ses prophètes. Hachem a vu ce qui devait descendre d'Avraham, et c'est pourquoi Il lui a accordé toute Son aide et Son assistance. Mais il est évident que le début de la démarche venait d'Avraham lui-même, car sinon il n'aurait eu aucune récompense, lui qui a surmonté tant d'épreuves ; seulement, le Saint, béni soit-Il, a vu ce qui allait naître de lui et est venu à son secours.

Versets 5-6 : Les îles ont vu et ont tremblé

רָאוּ אִיִּים וְיִירָאוּ, קְצוֹת הָאָרֶץ יֶחֱרָדוּ, קָרְבוּ וַיֶּאֱתָיוּן׃ - Les îles ont vu et ont été saisies de crainte, les extrémités de la terre tremblent ; ils se sont approchés et sont arrivés.

Selon le Radak : les habitants des îles ont vu cette œuvre immense et grandiose qui s'est accomplie, et ils ont pris peur, et les extrémités de la terre ont tremblé elles aussi. « Ils se sont approchés et sont arrivés » - ils se sont approchés et sont venus devant Avraham, à l'image du roi de Sodome qui est sorti à sa rencontre. Et malgré cela, les nations n'ont pas déposé les armes pour s'en aller ; elles ont au contraire songé à venir se battre. Elles se sont dit : certes, Avraham bénéficie de la Siyata DiChmaya (l'aide divine) et le Saint, béni soit-Il, est avec lui, mais nous viendrons à bout de lui et nous le vaincrons. C'est pourquoi le texte poursuit :

אִישׁ אֶת רֵעֵהוּ יַעְזֹרוּ וּלְאָחִיו יֹאמַר חֲזָק׃ - Chacun aide son compagnon, et dit à son frère : « Sois fort ! »

On en déduit que les nations n'ont pas ouvert les yeux. Car si elles l'avaient fait, elles auraient compris : comment est-il concevable qu'un homme, à la tête de trois cent dix-huit hommes seulement, ait vaincu quatre rois puissants, qui venaient eux-mêmes de terrasser cinq rois redoutables ? Sachez d'ailleurs que cette guerre des quatre contre cinq est mentionnée dans les annales de l'histoire universelle comme une véritable guerre mondiale. Il ne s'agissait nullement de quelques maquisards locaux qu'Avraham aurait soumis aisément, mais d'un conflit planétaire à part entière - et Avraham l'a emporté. Et si l'on prétendait qu'ils étaient peut-être faibles, c'est impossible, puisqu'il s'agissait de quatre rois colossaux face à cinq autres. Il faut donc nécessairement conclure que la foi d'Avraham se distinguait de celle de tous les peuples, et qu'Hachem, dans Sa toute-puissance, lui est venu en aide et a été le Seul à triompher de tous. Telle était la conclusion qui s'imposait, mais ils n'y sont point parvenus et ont refusé de réfléchir pour reconnaître Sa divinité, béni soit-Il. Bien plus : ils se sont attachés encore davantage à leurs idoles en déclarant : que chacun serve son idolâtrie et s'y renforce, et c'est ainsi que les faux dieux nous prêteront main-forte.

Le Malbim, quant à lui, applique ces versets aux guerres messianiques : toutes les nations se dresseront pour combattre le Roi Machia'h et n'accepteront pas d'emblée sa souveraineté. Même les îles lointaines, aux confins du monde habité, verront et seront saisies d'effroi, et c'est pour cette raison que « les extrémités de la terre tremblent » - non point pour accepter son règne, mais pour se rassembler et proclamer : nous faisons face à un conquérant redoutable et à une guerre sans merci, il nous faut faire front commun. Les puissances européennes s'uniront à l'Amérique et au monde islamique, tous ensemble pour engager le combat.

Le Malbim relève une nuance : « Chacun aide son compagnon » est une chose, « et dit à son frère : "Sois fort !" » en est une autre. D'ordinaire, un homme n'accorde à un simple compagnon qu'une aide limitée, tandis qu'à son propre frère, il prête un soutien considérable. Or ici, c'est l'inverse : envers son compagnon, il apporte une aide totale, tandis qu'à son frère, il se contente de dire « Sois fort ! » - prends courage toi aussi pour partir au combat. Cela montre que la situation sera tout à fait inhabituelle : ils aideront leurs compagnons et encourageront leurs frères, car ils prendront conscience qu'une confrontation décisive se prépare contre le Roi Machia'h. De là découle également un enseignement pour Israël : prépare-toi au combat sans te reposer sur l'aide d'autrui, mais montre-toi vaillant, à la manière dont eux-mêmes s'encouragent mutuellement. Toutefois, nous n'aurons point besoin d'en arriver là, car le Roi Machia'h mènera nos batailles de façon entièrement miraculeuse.

Rachi, fidèle à son explication selon laquelle ce passage se rapporte à Avraham, commente « Chacun aide son compagnon » : l'un aide l'autre par des bénédictions, comme il est dit « Béni soit Avram par le Dieu Très-Haut », et l'autre aide le premier par des présents, comme il est dit « et il lui donna la dîme de tout ». Cela renvoie donc à Avraham et à Malki-Tsédek, qui se sont mutuellement soutenus lors de leur guerre contre les rois : l'un bénissant et l'autre offrant des présents.

Verset 7 : L'artisan encourage l'orfèvre

וַיְחַזֵּק חָרָשׁ אֶת צֹרֵף, מַחֲלִיק פַּטִּישׁ אֶת הוֹלֶם פָּעַם, אֹמֵר לַדֶּבֶק טוֹב הוּא, וַיְחַזְּקֵהוּ בְמַסְמְרִים לֹא יִמּוֹט׃ - L'artisan encourage l'orfèvre, celui qui polit au marteau encourage celui qui bat l'enclume, disant de la soudure : « Elle est bonne ! », et il la fixe avec des clous pour qu'elle ne vacille point.

Rachi poursuit dans la perspective où il s'agit d'Avraham Avinou. « וַיְחַזֵּק חָרָשׁ » - l'artisan ('harach) désigne Chem, fils de Noa'h. Et pourquoi est-il appelé « artisan » ? Parce qu'il était forgeron et fabriquait les clous nécessaires à l'Arche. « אֶת צֹרֵף » - le fondeur (tsoref) désigne Avraham Avinou. Et pourquoi est-il appelé « fondeur » ? Parce qu'il purifiait et affinait les êtres humains pour les rapprocher de la Chékhina. Il s'avère donc que Chem aida et soutint Avraham Avinou.

De fait, Chem et Avraham appartenaient à la même époque. En effet, Noa'h lui-même vivait encore du vivant d'Avraham, puisque Noa'h mourut lorsqu'Avraham était âgé de 58 ans (נ"ח en guématria) - un repère mnémotechnique remarquable. À plus forte raison pour Chem, dont on fréquentait la maison d'étude, le Beth Hamidrach de Chem et 'Ever, où Ya'akov Avinou étudia la Torah (bien que certains précisent qu'à cette époque, il s'agissait principalement d''Ever et non plus de Chem).

« מַחֲלִיק פַּטִּישׁ אֶת הוֹלֶם פָּעַם » - celui qui polit au marteau, c'est Chem l'artisan, qui encourage « celui qui frappe sur l'enclume » (holem pa'am), c'est-à-dire Avraham Avinou qui frappa tous les rois d'un seul coup, tel un ouvrier frappant du marteau. « אֹמֵר לַדֶּבֶק טוֹב הוּא » - il est bon de s'attacher au D.ieu de celui-ci, d'Avraham Avinou. « וַיְחַזְּקֵהוּ בְמַסְמְרִים לֹא יִמּוֹט » - et pourquoi Chem ? Parce qu'il est fait mention de clous, et que Chem est l'artisan qui fabriquait les clous. Chem, qui avait déjà atteint une stature spirituelle immense avant même la naissance d'Avraham - puisqu'il avait séjourné dans l'Arche et mérité de voir son père Noa'h s'entretenir avec le Saint, béni soit-Il -, encourage Avraham à rester fermement attaché au Saint, béni soit-Il, sans faiblir, et lui dit : reste inébranlable dans ta foi et ne te laisse pas terrifier par les batailles contre les rois ni par la lutte contre Nimrod.

Le Malbim, quant à lui, fidèle à sa ligne explicative selon laquelle le chapitre traite de l'époque messianique, commente : les rois viendront combattre Israël, et l'affolement suscité par le roi Machia'h sera tel qu'ils fabriqueront leurs armes dans le désordre le plus total. Le 'harach (l'armurier) est l'artisan qui façonne les armes, tandis que le tsoref (le fondeur) est celui qui extrait et affine le métal - car le minerai de fer extrait de la terre est plein de scories, et il faut le placer dans le creuset pour l'épurer jusqu'à ce qu'il devienne utilisable. En temps normal, l'armurier attend que le fondeur termine son travail, et ce n'est qu'ensuite qu'il commence à forger une épée. Mais ici, sous le coup de la panique, l'armurier presse et stimule le fondeur : alors, as-tu fini ? Le fer est-il prêt ? Je dois fabriquer des épées, le roi Machia'h est déjà là et s'apprête à livrer bataille !

De même, « מַחֲלִיק פַּטִּישׁ אֶת הוֹלֶם פָּעַם » : celui qui polit et finit la pièce au marteau apporte la touche finale, et il vient assister et bousculer celui qui frappe le métal au premier stade de façonnage : alors, as-tu terminé ? Passe-moi la pièce pour que je puisse poursuivre la confection des armes !

En outre : « אֹמֵר לַדֶּבֶק טוֹב הוּא וַיְחַזְּקֵהוּ בְמַסְמְרִים לֹא יִמּוֹט » - face à la pénurie désespérée d'armes, on sera prêt à prendre deux morceaux d'épées brisées, à les assembler avec une soudure de fortune et à les consolider avec des clous pour qu'ils ne se disloquent pas, bien que ce bricolage ne soit que précaire, car le temps presse et il faut impérativement monter au combat contre le roi Machia'h.

Le Malbim apporte une nuance précise entre « devek » (adhérence fortuite) et « 'hibour » (assemblage délibéré) : un objet réuni par un acte intentionnel s'appelle un 'hibour, tandis que devek désigne ce qui adhère fortuitement ou de façon sommaire. Et ici, même d'une pièce qui a simplement collé d'elle-même, on dira : « c'est bon » - nous pourrons nous en servir quand même ; on l'assujettira avec un clou et l'on s'en contentera. On ne cherchera pas, a priori, à confectionner et à assembler une arme selon les règles de l'art, mais le moindre assemblage de fortune suffira pour partir au combat.

Il ressort ainsi que le Malbim met en lumière trois étapes : premièrement, la manière dont tous les peuples se rassembleront d'un seul coup - « רָאוּ אִיִּים וְיִירָאוּ קְצוֹת הָאָרֶץ יֶחֱרָדוּ קָרְבוּ וַיֶּאֱתָיוּן » (Les îles ont vu et ont été saisies de crainte, les extrémités de la terre tremblent, ils s'approchent et arrivent) ; deuxièmement, leur entraide mutuelle - « אִישׁ אֶת רֵעֵהוּ יַעְזֹרוּ וּלְאָחִיו יֹאמַר חֲזָק » (Chacun aide son compagnon et dit à son frère : « Sois fort ! ») ; et troisièmement, la hâte fébrile avec laquelle ils prépareront leur guerre contre Israël, chacun pressant son prochain dans son travail afin d'accélérer la confection des armes.

Un principe fondamental dans l'étude des Prophètes : le langage prophétique et notre époque

Il convient de s'arrêter ici sur un principe essentiel à toute l'étude des Prophètes. Lorsqu'on lit les prophéties relatives à la guerre de Gog et Magog et aux conflits de la fin des temps, on y découvre des descriptions de flèches, de chevaux, d'épées et de lances, et l'on s'interroge : qui combat encore de cette manière aujourd'hui ? De quoi le prophète parle-t-il au juste ? Certains pourraient même y voir un motif d'affaiblissement de la foi, comme si le prophète n'avait pas réellement perçu l'avenir.

Il faut comprendre que le prophète s'exprime dans des termes accessibles aux hommes de son époque. Si le prophète avait parlé d'énergie atomique, on l'aurait pris pour un insensé, personne n'aurait compris de quoi il parlait, et tout lien entre lui et le peuple aurait été rompu. C'est pourquoi il évoque les armes connues de ses contemporains, laissant au lecteur le soin de transposer ces images dans l'arsenal de son propre temps. Il parle de flèches - nous devons y voir des missiles. Il parle de chevaux - le « cheval » moderne est le char d'assaut, le blindé. Le prophète s'exprime par le biais de la métaphore, et il appartient à notre génération d'en décoder le sens profond.

Et pour qui cherche des allusions encore plus explicites, il convient de noter qu'il a déjà été écrit il y a environ deux cent cinquante ans que la guerre future ne durerait que deux minutes - d'autres commentateurs mentionnant douze minutes. On trouve également des descriptions de l'homme debout sur ses pieds dont la chair se décompose sur lui et fond sur place, ce qui ne correspond à rien d'autre qu'aux effets d'une explosion atomique. Les maîtres savaient donc parfaitement de quoi ils parlaient ! De même, nous trouvons dans les Prophètes l'expression « flèche intelligente » ('hets maskil), que les commentateurs expliquent comme une flèche capable de s'orienter d'elle-même dans son vol. Allait-il leur dire « missile » ? Ils n'auraient pas su ce qu'était un missile. Mais ils connaissaient les flèches, et une flèche dotée de discernement pour voler d'elle-même était concevable à leur esprit. Aujourd'hui, nous savons pertinemment ce qu'est un missile téléguidé capable de voler de façon autonome.

Et c'est également ainsi ici, dans la description des étapes de préparation des armes : le prophète vient décrire qu'il y aura une pression immense pour fabriquer des armes de guerre. S'il veut signifier qu'on utilisera même des avions de la Seconde Guerre mondiale faute de quoi combattre, tel est le sens de ses paroles lorsqu'il dit qu'on prendra des morceaux d'épées pour les assembler : on prendra le moteur d'un avion et l'aile d'un autre pour les combiner, du moment qu'il reste de quoi combattre. À son époque, le prophète l'a exprimé par une épée consolidée avec des clous. Il faut prendre ces paroles et les transposer à notre époque, mais il ne faut certainement pas penser que nous retournerons nous battre avec des épées, et il ne faut pas comprendre les propos du prophète au sens littéral.

En résumé :

Le chapitre 41 s'ouvre sur l'appel d'Hakadosh Baroukh Hou aux nations du monde à entrer en jugement avec Lui, en écartant les quatre motifs qui empêchent un débat équitable : il n'y a pas de plaideur inférieur, pas de surprise, pas de terreur, et il y a un juge. De là, le prophète passe à la preuve elle-même : « מִי הֵעִיר מִמִּזְרָח » (« Qui a éveillé depuis l'orient ») - selon le Radak et nos Sages, il s'agit d'Avraham Avinou, qui a proclamé la justice partout où son pied a foulé et a vaincu les rois par la force d'Hachem et au-delà des influences astrales ; et selon le Malbim, il s'agit du Roi Machia'h, dont les conquêtes seront menées pour la justice, au-delà de l'ordre naturel, avec une prodigieuse facilité et avec constance. L'annonce préalable associée à sa réalisation concrète en constitue la preuve : « אֲנִי ה' רִאשׁוֹן וְאֶת אַחֲרֹנִים אֲנִי הוּא » (« Moi, l'Éternel, Je suis le premier, et auprès des derniers, Je suis le Même »). Or les nations, au lieu d'ouvrir les yeux et de le reconnaître, se rassemblent, s'entraident et s'empressent dans la panique de préparer des armes de guerre - et tout cela est dépeint par le prophète avec les instruments que ses contemporains connaissaient, qu'il nous appartient de transposer dans le langage de notre temps.