Le chapitre 30 de Yechayahou est une vive réprimande adressée à cette génération qui cherchait à s'abriter sous l'ombre de l'Égypte sans consulter la bouche d'Hachem. Dans la partie qui nous occupe, à partir du verset 12, le prophète passe du reproche à la description de la débâcle : leur confiance repose sur des fondations chancelantes, et sa chute sera donc soudaine et totale. Puis, le prophète se tourne vers la consolation : ce qui aurait pu être, et ce qui adviendra encore pour un peuple qui placera de tout son cœur sa confiance en Hachem.
לָכֵן כֹּה אָמַר קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל יַעַן מָאָסְכֶם בַּדָּבָר הַזֶּה וַתִּבְטְחוּ בְּעֹשֶׁק וְנָלוֹז וַתִּשָּׁעֲנוּ עָלָיו׃ (יב) - C'est pourquoi ainsi parle le Saint d'Israël : Parce que vous dédaignez cette parole, que vous mettez votre confiance dans l'oppression et la perversité, et que vous vous appuyez sur elles.
« Ainsi parle le Saint d'Israël » : ainsi parle Hachem, béni soit-Il, Celui-là même que vous méprisez. « Parce que vous dédaignez cette parole » : cette parole-ci, les paroles des prophètes et des voyants. Et au lieu de cela, « vous mettez votre confiance dans l'oppression et la perversité » : l'oppression (oshek) concerne les devoirs envers le prochain (ben adam la'havero), lorsqu'un homme spolie et opprime son semblable ; la perversité (naloz) concerne les devoirs envers le Ciel (ben adam laMakom), car « naloz » signifie dévier du droit chemin. Les actes pervers sont des voies tortueuses, à l'opposé du droit chemin.
« Et que vous vous appuyez sur elles » : non content de vous fier en votre cœur à l'oppression et à la perversité, vous vous y appuyez de toutes vos forces. Il est des hommes qui recourent à l'oppression et à la faute en dernier recours, comme une issue forcée face à une impasse ; mais il en est d'autres qui érigent l'injustice et la perversité en méthode et en philosophie de vie. Non pas par désespoir ou pour fuir une détresse, mais par principe : il faudrait voler, il faudrait opprimer, il faudrait dévier des mitsvot d'Hachem. C'est cela « et que vous vous appuyez sur elles » : vous en avez fait votre point d'appui, une véritable ligne de conduite.
לָכֵן יִהְיֶה לָכֶם הֶעָוֺן הַזֶּה כְּפֶרֶץ נֹפֵל נִבְעֶה בְּחוֹמָה נִשְׂגָּבָה אֲשֶׁר פִּתְאֹם לְפֶתַע יָבוֹא שִׁבְרָהּ׃ (יג) - C'est pourquoi cette faute sera pour vous comme une brèche menaçant ruine, qui fait saillie dans une haute muraille, dont l'effondrement survient brusquement, en un instant.
Cette faute sera pour vous comme une brèche croulante : une muraille édifiée sur des fondations fragiles, lorsqu'elle commence à s'affaisser, se fend en son milieu. Et de quoi cela dépend-il ? Le Malbim explique que plus une muraille est solide et rigide, plus elle est cassante. C'est une réalité toute simple. Prenez du fer ordinaire et tentez de le rompre : vous n'y parviendrez pas, vous le tordrez. Prenez un foret en acier trempé et frappez-le : il se brise net. Qu'est-ce qui est le plus dur, le foret ou le fer ordinaire ? Sans conteste le foret, puisqu'il a été trempé et qu'il transperce le fer. Mais c'est précisément pour cela : c'est justement parce que le foret est si dur que, s'il tombe, il risque de se briser. Tout ce qui devient excessivement rigide devient en réalité cassant.
Prenons un exemple culinaire : un biscuit sec ou sablé est dur, et c'est pourquoi il s'effrite et se brise bien plus vite qu'un gâteau moelleux. Un biscuit casse plus vite qu'un pain pita, alors même que le pita est souple et le biscuit dur. De même, le Malbim cite l'exemple de la construction : un édifice en bois pliera mais ne rompra pas, tandis qu'un bâtiment en béton, dès qu'il subit une torsion, se fissure et casse immédiatement. Il en va de même pour une muraille : lorsqu'elle est extrêmement rigide, dès qu'un côté penche, elle se fend et s'écroule ; en revanche, lorsqu'une muraille est moins rigide, les pierres jouent, épousent la courbure, bougent légèrement sans se briser.
Dès lors, on comprend : « comme une brèche croulante qui fait saillie dans une haute muraille ». C'est précisément parce que la muraille est haute et imposante que la brèche s'effondre et que la rupture s'y manifeste. La débâcle sera terrible pour plusieurs raisons : d'abord, par la soudaineté de la chute, « dont l'effondrement survient brusquement, en un instant » - sans qu'on s'y attende, le sol s'affaisse soudain et le mur cède. Ensuite, par la violence du fracas, comme nous le verrons au verset suivant : ruine sur ruine, un bris si complet qu'il s'agit d'un véritable broyage, où il ne restera pas pierre sur pierre.
Quant au sens du mot « niv'é » (נִבְעֶה), deux explications se présentent. Selon le Malbim, qui rejoint la première explication de Rachi, c'est un terme désignant le dévoilement, comme dans le verset : « Comme Ésav a été fouillé, ses cachettes mises au jour (niv'ou) ! », que le Targoum traduit par le fait que ses secrets ont été découverts. C'est également de là que la dent est appelée « mab'é », car elle est mise à nu dans la bouche, ou qu'une source jaillissante (« mayan hanovéa ») évoque un jaillissement visible. Mais Rachi rapporte une seconde explication au nom de Dounach, l'un des grammairiens, suivie également par le Radak : « niv'é » vient du mot cloquer, faire saillie (comme les pustules, « ava'bou'ot »). Une sorte de renflement ou de boursouflure s'est formée dans le mur, probablement sous l'effet des infiltrations d'eau, et cette protubérance déstabilise l'édifice, le faisant basculer et s'effondrer. C'est donc cela : à cause d'une importante saillie apparue dans la muraille, ce haut rempart s'écroule, et son effondrement survient en un éclair.
וּשְׁבָרָהּ כְּשֵׁבֶר נֵבֶל יוֹצְרִים כָּתוּת לֹא יַחְמֹל וְלֹא יִמָּצֵא בִמְכִתָּתוֹ חֶרֶשׂ לַחְתּוֹת אֵשׁ מִיָּקוּד וְלַחְשֹׂף מַיִם מִגֶּבֶא׃ (יד) - Il la brisera comme on brise un vase de potier, broyé sans ménagement, sans qu'on trouve dans ses débris un tesson pour prendre du feu à un foyer ou pour puiser de l'eau dans une mare. (14)
Sur le plan de l'intensité, ce sera une rupture d'une extrême gravité : « comme le bris d'un vase de potier ». Le potier façonne des ustensiles d'argile, et lorsqu'une pièce est ratée, il la broie en poussière afin de reformer avec cette matière un nouveau récipient. Le prophète annonce : le broyage sera si complet que parmi les débris pulvérisés, on ne trouvera pas même un tesson utilisable. « Un tesson pour prendre du feu à un foyer » - un homme désireux de puiser des braises là où brûle un feu ne peut le faire à mains nues (« Un homme peut-il prendre du feu dans son sein sans que ses vêtements ne brûlent ? »), il se sert donc d'un morceau de terre cuite. Mais ici, on ne trouvera pas même un fragment d'une telle dimension. Plus encore : « pour puiser de l'eau dans une mare » - s'il faut un tesson d'une certaine taille pour ramasser des braises, pour recueillir un peu d'eau dans une flaque, un éclat minuscule suffirait ; or, même cela fera défaut.
En d'autres termes : cette muraille majestueuse, reposant sur des fondations vermoulues - fondations fragiles qui représentent l'oppression et la perversité, les fautes commises envers le prochain comme envers le Ciel -, s'effondrera dans un fracas assourdissant. Elle éclatera et retournera littéralement à l'état de poussière, jusqu'à ce qu'il n'en subsiste pour ainsi dire rien. Il en ira de même pour votre situation. Vous vous imaginez invulnérables, établis sur des bases solides et inébranlables. Le prophète vous avertit : il n'en est rien. Lorsque la rupture surviendra, elle sera foudroyante : « soudainement, en un instant viendra sa ruine » ; et ce ne sera pas une simple fissure, mais un anéantissement qui la réduira en poussière.
כִּי כֹה אָמַר אֲדֹנָי ה' קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל בְּשׁוּבָה וָנַחַת תִּוָּשֵׁעוּן בְּהַשְׁקֵט וּבְבִטְחָה תִּהְיֶה גְּבוּרַתְכֶם וְלֹא אֲבִיתֶם׃ (טו) - Car ainsi a parlé le Seigneur, l'Éternel, le Saint d'Israël : « C'est dans le retour et le repos que vous serez sauvés, dans le calme et la confiance que sera votre force », mais vous ne l'avez pas voulu. (15)
Le Saint, béni soit-Il, leur déclare : vous n'avez nul besoin de chercher refuge à l'ombre de l'Égypte. Nous avons vu en effet qu'ils étaient partis solliciter l'aide et l'appui des Égyptiens. Or, Hachem leur dit : votre délivrance s'accomplira dans le calme et la sérénité, sans le moindre effort, si seulement vous M'écoutez. « Dans le retour et le repos » signifie dans la paix de l'esprit, la quiétude et la confiance ; vous n'avez aucunement besoin du secours de l'Égypte. Telle est l'explication de Rachi.
Le Malbim ajoute : nous avons vu plus haut que le Saint, béni soit-Il, voulait bâtir Jérusalem et l'établir comme une fondation solide d'où rayonnerait la royauté d'Israël, mais nous sommes allés chercher appui auprès d'autres nations. Le Saint, béni soit-Il, leur dit alors : la délivrance face à l'ennemi peut s'opérer de deux manières. Soit vous serez sauvés, c'est-à-dire simplement préservés de l'ennemi sans l'emporter sur lui ; soit vous prendrez le dessus, vous triompherez de lui et lui infligerez une défaite écrasante. Chacune de ces voies exige un degré spirituel particulier. « Dans le retour et le repos » exprime le repos du corps : vous resterez passifs, sans rien entreprendre ; tandis que « dans le calme et la confiance » traduit, selon le Malbim, la paix de l'âme et la foi absolue du cœur : quiétude, sérénité et bita'hon.
Le Saint, béni soit-Il, leur explique : si votre désir est simplement d'être sauvés, d'échapper aux griffes de l'ennemi sans qu'il vous nuise, le repos et la tranquillité vous suffiront : demeurez passifs, n'agissez pas, placez votre joie en Hachem et Il vous secourra, « vous serez sauvés ». En revanche, si vous ne vous contentez pas d'être épargnés et que vous aspiriez à vaincre résolument l'ennemi, un degré supérieur est requis : « dans le calme et la confiance sera votre force ». Cela demande une confiance en Hachem si totale qu'elle engendre une paix intérieure absolue : je suis serein, confiant, sans la moindre inquiétude, car « Hachem combattra pour vous, et vous, gardez le silence ». Si vous unissez à la cessation d'efforts cette sérénité intérieure née d'un bita'hon absolu en Hachem, non seulement vous serez sauvés, mais vous accomplirez des actes de bravoure et terrasserez vos ennemis. « Mais vous ne l'avez pas voulu » - vous avez refusé d'écouter.
וַתֹּאמְרוּ לֹא כִי עַל סוּס נָנוּס עַל כֵּן תְּנוּסוּן וְעַל קַל נִרְכָּב עַל כֵּן יִקַּלּוּ רֹדְפֵיכֶם׃ (טז) - Vous avez dit : « Non ! C'est à cheval que nous nous enfuirons ! » - C'est pourquoi vous prendrez la fuite ; « Et sur des coursiers rapides nous monterons ! » - C'est pourquoi rapides seront ceux qui vous poursuivent. (16)
Aux deux voies proposées correspondent leurs deux refus. Face à la promesse « dans le retour et le repos vous serez sauvés », ils répliquent : « C'est à cheval que nous fuirons » - nous irons en Égypte, nous en ramènerons des coursiers, et c'est grâce à eux que nous fuirons pour échapper à l'ennemi. Le Saint, béni soit-Il, leur répond : « C'est pourquoi vous fuirez » - puisque tel est votre choix, votre châtiment sera précisément de devoir fuir devant l'adversaire, conformément à vos propres paroles. Et contre la seconde proposition, selon laquelle votre force résiderait dans le calme et la confiance, ils s'écrient : « Et sur des coursiers rapides nous monterons » - nous chevaucherons avec agilité et poursuivrons l'ennemi ; non pas par la tranquillité et la foi, mais par nos propres forces nous nous sauverons et triompherons de lui. Il leur rétorque alors : « C'est pourquoi rapides seront vos poursuivants » - ce sont les ennemis qui feront preuve de rapidité pour vous pourchasser. Vous vouliez monter des coursiers véloces pour assaillir l'ennemi ? Au contraire, c'est l'adversaire qui arrivera sur des montures rapides pour vous frapper, à Dieu ne plaise.
אֶלֶף אֶחָד מִפְּנֵי גַּעֲרַת אֶחָד מִפְּנֵי גַּעֲרַת חֲמִשָּׁה תָּנֻסוּ עַד אִם נוֹתַרְתֶּם כַּתֹּרֶן עַל רֹאשׁ הָהָר וְכַנֵּס עַל הַגִּבְעָה׃ (יז) - Mille d'entre vous fuiront devant la menace d'un seul ; devant la menace de cinq, vous fuirez tous, jusqu'à ce que vous restiez comme un mât au sommet de la montagne, et comme une bannière sur la colline. (17)
Mille d'entre vous s'enfuiront devant l'injonction d'un seul ennemi. Nous avons déjà rappelé que lors de la terrible et effroyable Shoah - à Dieu ne plaise qu'une telle tragédie ne se reproduise -, nous avons été témoins de cette exacte réalité : « un jeune enfant les conduira » - un seul Allemand, que son nom et sa mémoire soient effacés, marchait avec un pistolet-mitrailleur, et mille hommes le suivaient docilement. « Mille fuiront devant la menace d'un seul ». « Et devant la menace de cinq, vous fuirez » : s'il y a cinq ennemis, tous s'enfuiront, et pas seulement mille.
Et que restera-t-il ? « Jusqu'à ce que vous restiez comme un mât au sommet de la montagne, et comme une bannière sur la colline ». Le Malbim explique : la montagne est plus élevée que la colline. Le mât (toren) est cette haute pièce de bois dressée sur le navire, visible de loin, qui incarne la solitude absolue - il se tient isolé dans les hauteurs. Quant au mot nès, il ne désigne pas ici une perche comme on le pense souvent, mais l'étendard fixé au sommet du mât, ce que le Malbim nomme un voile, de même que la voile d'un navire est parfois appelée tenture (comme Rachi le relève en plusieurs endroits). L'étendard marque le ralliement pour le combat : on dresse une bannière en hauteur pour que tous l'aperçoivent et viennent se rassembler autour d'elle.
Dès lors, le prophète avertit : si vous fuyez vers les sommets des hautes montagnes, dans ces lieux déserts où vous espérez vous isoler, vous serez solitaires comme un mât isolé. Nul ne se tiendra à vos côtés ; dans cette solitude totale, vous ne pourrez subsister. Et si vous cherchez à redescendre vers la colline, lieu habitable où vit une collectivité, vous y serez comme « une bannière sur la colline » - un point de mire où toutes les nations convergeront pour vous assaillir. En clair : vous n'aurez nulle part où fuir. Si vous montez, vous vous retrouverez désespérément seuls ; si vous descendez, vous trouverez la guerre face à vous.
וְלָכֵן יְחַכֶּה ה' לַחֲנַנְכֶם וְלָכֵן יָרוּם לְרַחֶמְכֶם כִּי אֱלֹהֵי מִשְׁפָּט ה' אַשְׁרֵי כָּל חוֹכֵי לוֹ׃ (יח) - Et c'est pourquoi l'Éternel attendra pour vous faire grâce, et c'est pourquoi Il s'élèvera pour vous prendre en pitié, car l'Éternel est un Dieu d'équité ; heureux tous ceux qui espèrent en Lui ! (18)
« Et c'est pourquoi » - puisque vous n'avez pas écouté Sa voix, le Saint, béni soit-Il, n'apportera pas la rédemption immédiatement. « L'Éternel attendra pour vous faire grâce » : Il ne vous accordera pas Sa faveur sur-le-champ, mais après un long délai. Et non seulement Il ne vous fera pas don d'une grâce imméritée, mais en outre « Il s'élèvera pour vous prendre en pitié » : même lorsque de multiples et terribles malheurs fondront sur vous, une situation qui éveille naturellement la compassion d'un témoin et qui susciterait d'ordinaire la miséricorde d'Hachem à notre égard, malgré tout « Il s'élèvera » ; Il se retirera dans les hauteurs célestes et détournera le regard, pour ainsi dire afin de ne pas être contraint de s'émouvoir de votre sort. Quand on voit une personne en grande détresse, la pitié s'impose naturellement ; mais si l'on refuse d'être attendri, on s'abstient simplement de regarder, et « loin des yeux, loin du cœur ».
Et si l'on s'étonne : mais nous sommes dans la tourmente, et Hachem voit nos épreuves, comment pourrait-Il ne pas s'apitoyer ? C'est précisément le sens de « Il s'élèvera pour vous prendre en pitié » - le Saint, béni soit-Il, a pour ainsi dire délaissé la terre, afin de ne pas contempler votre misère et de ne pas être contraint d'agir par compassion. C'est exactement ce qui s'est produit lors de la Shoah. Beaucoup s'interrogent : où était le Saint, béni soit-Il, durant la Shoah ? La réponse est qu'Il s'était retiré, et Il avait d'ailleurs averti d'avance qu'Il le ferait. Le Saint, béni soit-Il, l'avait formellement énoncé : « Et Moi, Je cacherai absolument Ma Face en ce jour-là ». Il avait prévenu que si l'on s'écartait de la voie, surviendrait la dissimulation de la Face divine (Hester Panim) ; on a dévié de la voie, et ce voilement terrible est advenu. Il a pour ainsi dire laissé un message écrit en disant : Je pars, Je ne serai pas là, personne n'aura pitié de vous. Dès lors qu'Il a prédit ces calamités et Son retrait, quand l'homme s'écrie ensuite : « N'est-ce pas parce que mon Dieu n'est plus au milieu de moi ? » et s'imagine que Dieu n'est pas là, quelle inconscience chez ceux qui refusent d'admettre que tout était annoncé d'avance !
Et si l'on demande la raison d'une telle rigueur, le verset répond : « car l'Éternel est un Dieu d'équité ». Il est exclu d'échapper au prix des actes que l'on commet, cela n'existe pas. « Quiconque affirme que le Saint, béni soit-Il, ferme les yeux sur les fautes verra sa vie écourtée » : Hachem est un Dieu de justice, et la dette doit impérativement être acquittée. Pourtant, sachez qu'au bout du compte, le salut luira : « heureux tous ceux qui espèrent en Lui ! » - heureux celui qui saura patienter et attendre le secours d'Hachem ! Car une fois le jugement soldé, la sentence purgée et la rétribution payée, la délivrance finira par éclater. Mais il faut comprendre qu'au préalable, le tribut doit être versé. Lorsque le Saint, béni soit-Il, dit : « Je suis venu et il n'y avait personne, J'ai appelé et nul n'a répondu », et qu'Il nous offre de telles voies de salut que nous rejetons, cela exige un lourd tribut.
כִּי עָם בְּצִיּוֹן יֵשֵׁב בִּירוּשָׁלִָם בָּכוֹ לֹא תִבְכֶּה חָנוֹן יָחְנְךָ לְקוֹל זַעֲקֶךָ כְּשָׁמְעָתוֹ עָנָךְ׃ (יט) - Car un peuple demeurera dans Sion, à Jérusalem ; tu ne pleureras plus, Il te prendra certainement en grâce au son de ton cri, dès qu'Il l'entendra, Il t'exaucera. (19)
Après avoir proclamé « heureux tous ceux qui espèrent en Lui », le prophète explicite à présent : sachez que la délivrance et le salut viendront. Certes, vous refusez d'écouter et d'adhérer ; je vous propose de demeurer dans le calme et la confiance, de ne rien entreprendre et de laisser le Saint, béni soit-Il, vous sauver, mais vous vous y refusez. Cependant, il y aura un peuple dans Sion qui y consentira pleinement et qui ne cherchera nullement l'appui de l'Égypte. Et pas seulement dans Sion, mais « il habitera à Jérusalem » - à travers la ville tout entière ; ce peuple demeurera en paix et ne fuira jamais devant ses ennemis. De quelle génération s'agit-il ? De celle de Hizkiyahou, qui, face à l'invasion d'Achour, placera une confiance absolue en Hachem, béni soit-Il. Elle n'agira pas à la manière de cette génération insensée qui disait : « Partons en Égypte, ils nous procureront des chevaux, nous avons un pacte avec eux et ils nous secourront ». Or le prophète leur avait déjà avertis que personne ne fut jamais sauvé par l'Égypte ; l'Égypte n'était qu'un mirage, une promesse qui ne fut jamais tenue.
« Tu ne pleureras plus » - ce peuple n'aura plus besoin de pleurer pour susciter la miséricorde céleste. « Il te fera grâce au son de ton cri » - le simple cri du peuple suffira ; il leur suffira de dire : « Maître du monde, sauve-nous de grâce ! », et aussitôt le Saint, béni soit-Il, leur accordera Sa grâce et les délivrera. Bien plus encore : « dès qu'Il l'entendra, Il te répondra » - le Saint, béni soit-Il, n'attendra même pas ton cri, mais au moment même où tu crieras, le salut sera déjà devancé, selon le principe : « Avant qu'ils n'appellent, Moi Je répondrai ». D'ordinaire, l'homme crie et Hachem répond ; ici, Hachem répondra avant même que tu n'aies crié, au point qu'on aura l'impression que le Saint, béni soit-Il, a parlé le premier et que nous Lui répondons. C'est le sens de « dès qu'Il l'entendra, Il te répondra » : tout paraîtra comme si Hachem entendait ta réponse, tant la délivrance accordée par le Saint, béni soit-Il, précédera notre propre cri.
וְנָתַן לָכֶם אֲדֹנָי לֶחֶם צָר וּמַיִם לָחַץ וְלֹא יִכָּנֵף עוֹד מוֹרֶיךָ וְהָיוּ עֵינֶיךָ רֹאוֹת אֶת מוֹרֶיךָ׃ (כ) - Le Seigneur vous donnera du pain d'angoisse et de l'eau d'oppression, mais tes maîtres ne se déroberont plus, et tes yeux verront tes maîtres.
On a coutume de plaisanter en disant que « du pain étroit et de l'eau sous pression » désignent une baguette et de l'eau gazeuse ! Mais quel en est le sens véritable ici ? Rachi explique : le prophète leur avait reproché de « boire dans de larges coupes de vin », eux qui vivaient dans l'opulence et consommaient le vin avec ostentation ; il leur annonce donc : il n'en sera plus ainsi, mais vous aurez du pain d'angoisse et de l'eau d'oppression - vous ne courrez plus après les plaisirs superflus et vous vous contenterez de peu. « Et tes maîtres ne se déroberont plus (Vélo yikanef 'od morekha) » - yikanef signifie être recouvert par le pan d'un vêtement (kanaf), comme si le pan du manteau voilait ton Maître, c'est-à-dire le Saint, béni soit-Il. Car il viendra une époque où « Je répandrai Mon esprit », où « vos fils prophétiseront, vos vieillards auront des songes », et où la terre sera remplie de la connaissance d'Hachem comme les eaux couvrent le fond des mers. Il n'y aura plus alors de voilement de la Face divine comme aujourd'hui : le Saint, béni soit-Il, ne dissimulera plus Son visage sous le pan de Son vêtement et Sa providence ne sera plus cachée, mais chacun percevra clairement la conduite divine - « et tes yeux verront tes maîtres ».
Le Malbim explique ce verset à la lumière de ce que le Saint, béni soit-Il, avait dit à 'Hizkiyahou : « Mangez cette année ce qui pousse tout seul », la deuxième année le regain, et la troisième année « semez, moissonnez et plantez des vignes ». En effet, lors de son invasion, San'hériv avait tout ravagé sans rien laisser derrière lui. Le prophète prévient donc : sachez qu'au début, l'abondance ne sera pas totale ; le Saint, béni soit-Il, vous donnera d'abord du pain mesuré et de l'eau en quantité restreinte. « Du pain d'angoisse » - car les champs de céréales n'auront pas encore repoussé. « De l'eau d'oppression » - car les sources avaient été bouchées à l'approche des ennemis et les cours d'eau détournés vers l'intérieur de la ville.
Sur le mot yikanef, le Malbim propose une explication originale : yikanef dérive du battement des ailes (kenafayim), et morekha désigne ici la pluie première (yoreh) et la pluie tardive (malkosh). Ne va pas penser que, comme lors des années de disette où les pluies bienfaisantes semblaient déployer leurs ailes et s'envoler au loin, la privation durera : tes pluies fécondes ne s'envoleront plus (lo yikanef 'od morekha), mais la pluie d'automne et la pluie de printemps tomberont en leur temps, et la bénédiction reviendra.
Et quelle est la signification du second mot morekha ? Ici, il prend un autre sens : le prophète. Le Malbim applique une règle fondamentale dans son commentaire du Tanakh, qu'il réitère en de nombreux passages : lorsqu'un même mot figure deux fois dans un verset, il porte deux significations distinctes, car le texte biblique ne répète jamais un terme sans nécessité. Ainsi en est-il ici : le premier morekha se rattache à la pluie fertilisante, annonçant que les ondées ne disparaîtront plus et que l'abondance sera rétablie ; le second morekha désigne le prophète, le guide qui enseigne le droit chemin. « Et tes yeux verront tes maîtres » exprime le changement d'attitude envers le prophète : alors qu'auparavant le peuple disait aux voyants : « Ne voyez point », refusant d'écouter les avertissements prophétiques et de regarder la voie tracée, lorsque la génération corrigera sa conduite, elle sera attentive aux paroles des prophètes, impatiente de recevoir leur enseignement et avide de découvrir ce que le prophète a à lui révéler.
וְאָזְנֶיךָ תִּשְׁמַעְנָה דָבָר מֵאַחֲרֶיךָ לֵאמֹר זֶה הַדֶּרֶךְ לְכוּ בוֹ כִּי תַאֲמִינוּ וְכִי תַשְׂמְאִילוּ׃ (כא) - Et tes oreilles entendront une parole venant de derrière toi, disant : C'est ici le chemin, suivez-le ! que vous alliez à droite ou que vous alliez à gauche.
Rachi explique : la situation ne sera plus semblable à celle d'aujourd'hui, où vous méprisez la parole d'Hachem en disant aux prophètes : « Ne nous révélez point la vérité ». À l'avenir, « tes oreilles entendront » - tes oreilles seront disposées à entendre la parole divine, dans l'attente qu'un prophète vienne nous réprimander et nous dire : « C'est ici le chemin, suivez-le ». « Que vous alliez à droite ou que vous alliez à gauche (ki ta'aminou vekhi tasmaïlou) » - tous les commentateurs expliquent ici le mot ta'aminou comme dérivant de teyaminou (aller à droite), c'est-à-dire pour discerner quelle est la bonne voie, à droite ou à gauche.
Le Radak donne une explication de l'expression « une parole venant de derrière toi » : même si quelqu'un t'appelle depuis l'arrière pour t'indiquer la route à suivre, tu lui obéiras ; à plus forte raison s'il te guide face à face. En effet, lorsque quelqu'un se tient derrière notre dos, il est aisé de feindre de ne rien entendre et de continuer son chemin ; mais quand quelqu'un s'avance devant nous pour nous montrer la direction, il devient difficile de l'ignorer. Le prophète enseigne donc : vous aurez une telle volonté d'accomplir le dessein divin que même si une voix venue de derrière vous oriente vers la droite ou la gauche, vous l'écouterez avec empressement, tant votre attachement à la volonté d'Hachem sera profond.
Le Malbim propose une approche différente. Il dépeint un guide qui chemine à la tête du cortège : le prophète ne se tient pas derrière nous, mais marche devant nous en tant qu'éclaireur ; il trace le chemin droit et le peuple avance à sa suite sans dévier ni à droite ni à gauche, puisqu'il s'agit d'une époque marquée par la fidélité à la volonté divine. Toutefois, il arrive que même le prophète commette une méprise. Il ne s'agit évidemment pas d'une erreur dans sa prophétie ni d'une vision trompeuse - une telle chose est inconcevable -, mais d'une erreur dans l'appréciation pratique ou la conduite des affaires. On constate en effet que Moché Rabbénou lui-même a pu commettre une erreur de jugement, que de grands hommes se sont parfois mépris, ou encore qu'Avraham Avinou a commis une erreur d'appréciation en descendant en Égypte, ainsi que d'autres exemples encore.
Et que ferons-nous s'il se trompe et nous mène à droite au lieu de la gauche, ou à gauche au lieu de la droite ? C'est à ce sujet qu'il dit : « Et tes oreilles entendront une parole venant de derrière toi, disant » - le Saint, béni soit-Il, se tient pour ainsi dire toujours derrière toi pour rectifier ton chemin. Si tu suis le prophète avec la ferme intention d'accomplir la volonté d'Hachem, et que le prophète vient malheureusement à faire fausse route et t'entraîne sur un mauvais chemin, tu bénéficieras d'une providence particulière (hachgaha pratit) venant de derrière toi. Le Saint, béni soit-Il, veille par-derrière pour que tu ne dévies pas, et tu disposes d'un soutien assuré : Quelqu'un derrière toi qui t'indique la bonne voie.
וְטִמֵּאתֶם אֶת צִפּוּי פְּסִילֵי כַסְפֶּךָ וְאֶת אֲפֻדַּת מַסֵּכַת זְהָבֶךָ תִּזְרֵם כְּמוֹ דָוָה צֵא תֹּאמַר לוֹ׃ (כב) - Vous tiendrez pour impur le placage de tes idoles d'argent et le vêtement d'or de ton image de métal fondu ; tu les rejetteras au loin comme une souillure d'impureté, tu lui diras : « Sors d'ici ! »
Lorsque c'est le Saint, béni soit-Il, qui redresse notre route et nous éveille au droit chemin, nous considérerons alors les placages de ces idoles comme une chose impure. « Et le vêtement d'or de ton image de métal fondu » - afouda renvoie à l'éphod, la parure. Bien qu'il ne s'agisse que d'une ornementation de l'idolâtrie et non de l'idole elle-même, tant nous serons dégoûtés du culte idolâtre, « tu les rejetteras » (tizrèm), nous le bannirons et il nous deviendra étranger, « comme une souillure » (kemo dava). Et qu'est-ce que dava ? Comme dans le verset : « Et si une femme a un flux de sang pendant de nombreux jours... comme aux jours de son impureté menstruelle (dovata), elle sera impure » - dava désigne la nidda, et l'idole nous paraîtra aussi répugnante que cette impureté. Bien plus encore : « Tu lui diras : Sors d'ici ! » Nos Sages enseignent que le mot tsé (« sors ») s'apparente à tsoa (excrément) : elle sera à vos yeux aussi abjecte que des excréments, une véritable ordure.
וְנָתַן מְטַר זַרְעֲךָ אֲשֶׁר תִּזְרַע אֶת הָאֲדָמָה וְלֶחֶם תְּבוּאַת הָאֲדָמָה וְהָיָה דָשֵׁן וְשָׁמֵן יִרְעֶה מִקְנֶיךָ בַּיּוֹם הַהוּא כַּר נִרְחָב׃ (כג) - Et Il donnera la pluie pour la semence dont tu ensemenceras le sol, et le pain, produit de la terre, sera riche et gras ; ton bétail paîtra en ce jour-là dans de vastes pâturages.
Le mot déchène exprime la vigueur et l'abondance d'une chose, comme dans le verset « et vos os refleuriront comme l'herbe », ce qui maintient l'homme en bonne santé. D'un autre côté, le déchène désigne également la cendre que l'on retirait de l'autel - après que tout a brûlé, ce qui reste n'a plus aucune valeur. Quel est le sens de cela ? Le Malbim explique qu'il s'agit d'un mot à sens contraires. C'est comparable à sakel, qui signifie à la fois débarrasser un terrain de ses pierres et en apporter pour lapider : « lapide-le avec des pierres ». C'est comme lecharèch (déraciner) et lehachrich (prendre racine) : l'un signifie arracher les racines et l'autre en faire pousser. Ou encore kélès : « il en a fait un objet de dérision et de raillerie (kélès) », tandis qu'on dit par ailleurs « c'est pourquoi il est de notre devoir de louer, de célébrer (lekalès) et d'exalter ». Il en va de même ici : le déchène désigne d'abord ce qui est gras, riche et excellent ; et une fois qu'il a brûlé sur l'autel et que toutes ses substances nourricières l'ont quitté, ce qui en reste est appelé déchène, c'est-à-dire la matière totalement vidée de sa substance.
וְהָאֲלָפִים וְהָעֲיָרִים עֹבְדֵי הָאֲדָמָה בְּלִיל חָמִיץ יֹאכֵלוּ אֲשֶׁר זֹרֶה בָרַחַת וּבַמִּזְרֶה׃ (כד) - Et les bœufs et les ânons qui labourent la terre mangeront un fourrage épuré, vanné à la pelle et au van.
Le prophète dépeint ici l'immense abondance qui régnera. Les alafim sont les grands bœufs qui labourent la terre ; on ne les voit d'ordinaire pas paître librement aux champs, car on n'envoyait au pâturage que le bétail secondaire qui ne sert pas aux travaux agricoles, tels les moutons avec lesquels on ne laboure pas. Mais les grands animaux de trait travaillent. Et pourquoi sont-ils appelés alafim ? Le Malbim donne une explication remarquable : parce qu'on les instruit au travail, de la racine qui signifie enseigner (alèf bina) - ils sont dressés pour labourer, d'où le nom d'alafim, comme dans l'expression « les portées de ton gros bétail ». Et non seulement eux, mais même « les ânons », ces jeunes ânes qu'on n'emploie pas au dur labeur des bœufs, eux aussi « se nourriront d'un fourrage épuré ».
Le mot belil, explique le Malbim, désigne le fourrage que l'on mélange (bolelim) avec les céréales, d'où son nom. Et 'hamits signifie propre, pur, une céréale nette qui a été vannée à la pelle (ra'hat) et au van (mizré). La pelle et le van sont deux instruments agricoles servant à vanner le grain pour le débarrasser de ses impuretés : avec la pelle, on lançait les grains contre le vent, selon le principe « il vanne et le vent l'aide », et le van est également un instrument spécifique pour séparer le grain de la paille. Tout cela vient illustrer à quel point, par l'effet d'une immense bénédiction, même la nourriture du bétail sera propre et choisie. Car en temps normal, que donne-t-on aux bêtes ? Les déchets, ce que l'homme ne peut consommer - si l'homme peut le manger, pourquoi l'attribuer à l'animal ? Mais à cette époque, l'abondance sera telle que même les animaux recevront une nourriture de premier choix.
En s'appuyant sur ce sens de 'hamits, le Malbim éclaire plusieurs autres versets : « Redressez l'opprimé (achrou 'hamots) » - soutenez et fortifiez celui qui est innocenté ('hamots), c'est-à-dire purifié dans son jugement, 'hamots venant de la notion de pureté et d'innocence. « Qui est celui-ci qui vient... avec des habits éclatants ('hamouts begadim) de Botsra » - avec des vêtements purs et impeccables. « Délivrez... l'homme injuste et impur (me'avèl ve'homets) » - celui qui s'est fourvoyé mais désire se purifier, on le sauve du péché pour qu'il redevienne net. De même, « lorsque mon cœur s'aigrissait (yit'hamèts) » - au sens de purification, que ses pensées soient épurées. Il existe certes d'autres interprétations, mais telle est celle du Malbim.
וְהָיָה עַל כָּל הַר גָּבֹהַּ וְעַל כָּל גִּבְעָה נִשָּׂאָה פְּלָגִים יִבְלֵי מָיִם בְּיוֹם הֶרֶג רָב בִּנְפֹל מִגְדָּלִים׃ (כה) - Et il y aura sur toute haute montagne et sur toute colline élevée des ruisseaux, des cours d'eau, au jour du grand carnage, lors de la chute des tours. (25)
Si au début ils avaient bouché toutes les sources d'eau et détourné le bassin extérieur à l'intérieur de la ville, afin que l'ennemi, Sanh'ériv, ne trouve aucun endroit pour abreuver ses troupes - désormais « sur toute haute montagne et sur toute colline élevée », il y aura des ruisseaux d'eau. Sur la montagne, assurément, mais même sur la colline, où il n'y a généralement pas de sources. Et quand cela aura-t-il lieu ? « Au jour du grand carnage », au moment où l'ennemi sera abattu et où l'on n'aura plus rien à craindre de lui, alors le Saint, béni soit-Il, répandra une immense abondance d'eau. « Lors de la chute des tours » - les tours érigées sur les hauteurs pour combattre l'ennemi, car celui qui domine a l'avantage, s'effondreront, car on n'en aura plus l'utilité.
Et quelle est la différence entre « pelagim » (ruisseaux) et « yivlei mayim » (cours d'eau) ? Le Malbim explique : le « yuval » est la source originelle elle-même, et les « pelagim » sont les ruisseaux qui s'en ramifient. Il existe des ruisseaux alimentés par les pluies, tandis que les « ruisseaux, cours d'eau » sont des ruisseaux issus d'un « yuval », d'une source vive continue. De cette manière, l'abondance sera totale : vous ne dépendrez plus de la pluie, mais cette formidable bénédiction jaillira de ruisseaux alimentés sans cesse par des sources jaillissantes.
Dans cette partie du chapitre, le prophète met face à face deux voies possibles. D'un côté, la confiance dans l'oppression et la perversité, devenues un mode de vie : une haute muraille d'apparence inébranlable, mais dont la hauteur même précipite la ruine soudaine, brisée comme un vase de potier dont il ne reste pas le moindre tesson. De l'autre, la proposition divine : « C'est dans le retour et le repos que vous serez sauvés », et si vous y ajoutez la quiétude et la confiance, là sera votre force. Devant leur refus, lorsqu'ils ont dit « C'est à cheval que nous fuirons » et « sur des coursiers rapides que nous monterons », la réponse est venue mesure pour mesure : « C'est pourquoi vous fuirez » et « vos poursuivants seront rapides », au point que mille s'enfuiront devant la menace d'un seul sans nulle part où trouver refuge - en haut, la solitude d'un mât dénudé, et en bas, l'étendard de la défaite. À partir de là, le prophète dépeint la réparation : bien que le Saint, béni soit-Il, diffère Sa grâce et semble patienter, car l'Éternel est un Dieu de justice, « heureux tous ceux qui espèrent en Lui ». Un peuple se lèvera à Sion, animé d'une confiance parfaite, qui sera exaucé avant même d'avoir imploré, qui verra ses maîtres et entendra la voix derrière lui, qui rejettera l'idolâtrie avec dégoût comme une souillure répugnante - et alors viendra l'abondance : la pluie en son temps, une nourriture pure jusque pour le bétail, et des ruisseaux aux sources jaillissantes sur chaque montagne et sur chaque colline.