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Chapitre 30 - Malheur aux enfants rebelles qui descendent en Égypte - 1ère partie

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Introduction : Réprimande sur la descente en Égypte

Le chapitre 30 d'Isaïe constitue une sévère réprimande contre le peuple qui a cherché à se réfugier sous les ailes de l'Égypte, à implorer l'aide de Pharaon au lieu de revenir vers Hachem. Le prophète décrit l'ambassade envoyée en Égypte avec toutes ses épreuves, l'humiliation qu'elle implique et la déception absolue qui en découle, et il reçoit l'ordre de consigner ces paroles pour un souvenir éternel.

(א) הוֹי בָּנִים סוֹרְרִים נְאֻם־יְהֹוָה לַעֲשׂוֹת עֵצָה וְלֹא מִנִּי וְלִנְסֹךְ מַסֵּכָה וְלֹא רוּחִי לְמַעַן סְפוֹת חַטָּאת עַל־חַטָּאת׃ - Malheur aux enfants rebelles, dit Hachem, qui forment des desseins sans Moi, et qui scellent des alliances sans Mon esprit, pour accumuler péché sur péché !
(ב) הַהֹלְכִים לָרֶדֶת מִצְרַיִם וּפִי לֹא שָׁאָלוּ לָעוֹז בְּמָעוֹז פַּרְעֹה וְלַחְסוֹת בְּצֵל מִצְרָיִם׃ - Qui partent pour descendre en Égypte sans avoir consulté Ma bouche, pour chercher refuge sous la protection de Pharaon et s'abriter à l'ombre de l'Égypte !

De quelle époque s'agit-il ?

Le Radak soulève ici une difficulté : Isaïe a prophétisé aux jours d'Ozias, de Yotam, d'Achaz et d'Ézéchias, et l'on ne trouve à aucune de ces époques qu'ils aient sollicité l'aide de l'Égypte. Et si l'on suggère qu'il prophétise sur la génération de Sédécias, qui a effectivement envoyé des émissaires en Égypte pour demander du secours, ce n'est guère plausible, car plus loin dans le chapitre, le texte évoque la délivrance survenue au temps d'Ézéchias. Le chapitre traite donc de l'époque d'Ézéchias et non d'une période plus tardive, proche de la destruction du Temple. Il est en effet difficile d'admettre que le prophète saute vers une période postérieure pour revenir immédiatement après à une époque antérieure.

C'est pourquoi le Radak incline à expliquer qu'il s'agit des jours d'Achaz. Certes, il n'est pas explicitement mentionné dans les Écritures, ni dans les Chroniques ni dans le livre des Rois, qu'Achaz ait sollicité l'aide et le soutien de l'Égypte, mais il est fort possible que le prophète nous le révèle ici même. Seconde explication qu'il propose : cela a pu se produire à l'époque d'Ézéchias lui-même, avant même qu'il ne ramène le peuple sur le droit chemin.

Rachi explique qu'il s'agit d'un événement plus explicite dans les Textes : aux jours d'Osée fils d'Éla, dont il est écrit qu'il envoya des messagers à So, roi d'Égypte. Osée fils d'Éla fut le dernier roi du royaume d'Israël, le royaume de Samarie, après quoi les dix tribus furent exilées, tandis que le royaume de Juda subsistait encore. C'est lui qui avait aboli les postes de garde et permis de monter en pèlerinage à Jérusalem ; à son époque, l'accès au pèlerinage était redevenu possible, mais le décret céleste était déjà scellé, et ils finirent par être exilés.

« Malheur aux enfants rebelles » - La déchéance du rang de fils

Le Radak explique : le prophète leur dit, malheur à ceux qui ont mérité d'être appelés fils. « Vous êtes les enfants d'Hachem votre Dieu » - c'est un rang sublime, et pourtant ils deviennent des rebelles. S'il s'était agi d'un esclave rebelle, on aurait dit qu'à la base il n'avait pas de rang éminent, ce n'est qu'un esclave. Mais eux sont des fils, et du statut de fils ils déchoient pour devenir rebelles, c'est-à-dire qu'ils s'écartent du droit chemin. Et non seulement ils ne se tournent pas vers Hachem pour implorer Son aide, mais ils vont chercher appui auprès de ceux vers qui le Saint, béni soit-Il, a interdit de se tourner, interdisant même de retourner dans leur pays.

À propos de l'Égypte, il est dit : « Vous ne retournerez plus jamais par ce chemin », et le Malbim fait remarquer : non content d'abandonner Hachem, voilà que tu vas chercher refuge auprès de l'Égypte ? Ils auraient dû consulter le prophète, interroger la bouche d'Hachem pour savoir s'il convenait d'agir ainsi ; or ils ne l'ont pas fait, mais « forment des desseins sans Moi » - ils arrêtent une résolution sans chercher aucunement à savoir si elle vient de Moi, si c'est Moi qui leur donne ce conseil.

« Et sceller des alliances sans Mon esprit » - le Radak explique que le terme « masseikha » vient de la racine désignant une couverture ou un voile, à l'image d'un masque qui recouvre le visage, signifiant qu'ils ont pris conseil en secret et dans l'obscurité. Le Malbim propose une autre explication : « linsokh » se rattache à la notion d'onction et d'investiture princière, comme dans le verset « Et Moi, J'ai sacré Mon roi ». « Linsokh masseikha » signifie ainsi qu'ils vont se choisir pour prince et souverain le roi d'Égypte, et cela s'oppose formellement à la volonté d'Hachem.

« Pour ajouter péché sur péché » - il ne leur suffit pas de la première faute d'avoir abandonné Hachem, ils vont en plus chercher refuge sous un autre maître, sous le roi d'Égypte, et dissimulent leurs agissements dans l'obscurité comme si leurs actes n'allaient pas être vus devant Lui, qu'Il soit béni. Et le Malbim souligne : les « rebelles » (sorerim) sont ceux qui s'écartent du droit chemin encore et encore, c'est pourquoi il est dit « sorerim » et non « sarim ». « Sar » ne désigne qu'un seul écart, tandis que « sorer » s'égare de manière répétée. Une première faute consiste à « former des projets » à l'encontre de l'ordre divin, et une seconde faute consiste à « contracter des alliances ».

« Qui se mettent en route pour descendre en Égypte »

Pourquoi dit-on « descendre en Égypte » ? Première explication : la terre d'Israël est plus élevée que toutes les autres terres. Deuxième explication : s'il s'agit des habitants de Jérusalem, quiconque quitte Jérusalem est considéré comme descendant. Troisième explication, fondamentale sur le plan spirituel : il s'agissait pour eux d'une véritable déchéance. Sur le plan de l'âme, un homme doit être tombé bien bas pour aller chercher de l'aide et du secours auprès du roi d'Égypte, vers lequel il est pourtant formellement interdit de retourner. C'est de lui que tu vas solliciter une aide ? C'est assurément une descente spirituelle.

Le Malbim ajoute : ils sont partis demander conseil à Pharaon, et certains parmi eux comptaient même s'installer définitivement en Égypte. « Qui se mettent en route pour descendre » - ils marchent, mais dans l'intention de descendre, au sens où l'on parle aujourd'hui de yordim, des personnes qui émigrent pour s'établir ailleurs. Ne crois pas qu'ils y soient allés seulement pour rencontrer Pharaon et solliciter une protection militaire ; leur dessein était de descendre et de s'établir en Égypte, ce que le Saint, béni soit-Il, a rigoureusement interdit.

« Et n'ont pas consulté Ma bouche » - ils n'ont pas consulté la parole d'Hachem, Lui qui avait expressément ordonné de ne plus jamais retourner en Égypte. « Pour chercher un refuge dans la forteresse de Pharaon » - pour qu'il leur serve de rempart et d'abri ; ils ont cherché du secours auprès de Pharaon, mais ce dernier ne leur apportera aucun soutien et aucune délivrance ne viendra de lui. « Et s'abriter sous l'ombre de l'Égypte » - ils ont accepté l'Égypte comme souverain. Il y a une nuance entre « chercher un refuge » (la'oz) et « s'abriter » (lahassot) : chercher un refuge, c'est attendre une protection extérieure ; s'abriter, c'est accepter pleinement sa royauté, reconnaître qu'il nous dirige et se soumettre à son autorité. C'est précisément le sens de l'expression mentionnée plus haut : « contracter des alliances ».

(ג) וְהָיָה לָכֶם מָעוֹז פַּרְעֹה לְבֹשֶׁת וְהֶחָסוּת בְּצֵל־מִצְרַיִם לִכְלִמָּה׃ - Le refuge dans la forteresse de Pharaon tournera à votre honte, et l'abri sous l'ombre de l'Égypte à votre confusion.

Le Malbim distingue la honte (bochet) de l'ignominie ou de l'affront (kelimah) : la honte est ce qu'un homme éprouve au fond de lui-même, la gêne d'en être arrivé là ; l'ignominie est l'humiliation que les autres lui infligent publiquement. Le prophète leur déclare : vous vous imaginez pouvoir compter sur l'Égypte - « le refuge dans la forteresse de Pharaon tournera à votre honte », car vous verrez bien que cela ne vous aura servi à rien, et toute la confiance placée dans sa puissance n'aura été d'aucune utilité. « Et l'abri sous l'ombre de l'Égypte à votre confusion » - car pour vous abriter à l'ombre de l'Égypte, vous devez la flatter, lui payer un tribut et vous rabaisser devant elle. Et s'il n'y a aucun résultat, qu'en retirez-vous ? Rien que l'opprobre : tu as sacrifié ton honneur, tu as versé un tribut, et au bout du compte tu en sors bafoué, réduit gratuitement à l'état de vassal.

(ד) כִּי־הָיוּ בְצֹעַן שָׂרָיו וּמַלְאָכָיו חָנֵס יַגִּיעוּ׃ - Car ses princes étaient à Tsoan, et ses envoyés ont atteint 'Hanès.

Rachi explique que « ses princes » et « ses envoyés » désignent les ministres et les émissaires du roi d'Israël, partis en ambassade en Égypte, car il s'agit du roi Osée fils d'Éla ; et « 'Hanès » correspond à la ville de Ta'hpan'hès mentionnée ailleurs dans le Tanakh.

Le Malbim propose une explication inverse : il s'agit des dignitaires du roi d'Égypte. Vous vous attendiez à ce qu'il vous dépêche des renforts, à ce que ses ministres les plus influents viennent à votre rencontre pour vous porter secours, puisque vous aviez payé - or en réalité « ses princes étaient à Tsoan » : ils sont restés dans la cité royale sans même en bouger, n'ayant jamais eu l'intention d'intervenir. « Et ses envoyés ont atteint 'Hanès » - en revanche, des émissaires, ils en ont bel et bien envoyé, ils sont allés jusqu'à 'Hanès car c'est là que le tribut avait été acheminé. Ils sont venus percevoir le présent et le tribut, mais quant à tenir leurs engagements et envoyer des troupes pour vous secourir, il n'en a jamais été question. Ils n'ont tiré de l'Égypte aucun secours.

(ה) כֹּל הֹבִאישׁ עַל־עַם לֹא־יוֹעִילוּ לָמוֹ לֹא לְעֵזֶר וְלֹא לְהוֹעִיל כִּי לְבֹשֶׁת וְגַם־לְחֶרְפָּה׃ - Tous ont été couverts de honte à cause d'un peuple qui ne leur sera d'aucune utilité, ni pour secourir ni pour aider, mais qui tournera à la honte et même à l'opprobre.

« Tous ont été couverts de honte » - ils se sont exposés à de multiples humiliations pour un peuple qui ne leur sera d'aucune utilité. Tu t'es abaissé, tu t'es déshonoré, tu as expédié un tribut, et envers qui ? Envers un peuple qui ne t'a été d'aucun secours.

Quelle est la différence entre « aider » ('ézer) et « être utile / profiter » (leho'il) ? Le Malbim explique : « l'aide » consiste généralement à délivrer d'une détresse, comme dans « et Tu seras une aide contre ses oppresseurs » (ve'ézer mitsérav tihyé) - le cas d'un homme qui a besoin qu'un tiers le sauve du péril. « L'utilité », quant à elle, englobe toutes sortes d'avantages : venir aider à tracer des routes, offrir un soutien économique, et d'autres bénéfices de cet ordre. Le prophète déclare ainsi : non seulement l'Égypte ne t'aidera pas à échapper à la menace des ennemis qui t'entourent, mais tu n'en tireras absolument aucun autre profit.

Et qu'en as-tu retiré en réalité ? « Car c'est pour la honte et pour l'opprobre ». La honte et l'opprobre - voilà tout ce que tu as reçu d'eux. La honte (bochèt), c'est lorsqu'un homme rougit de lui-même ; l'opprobre ('hèrpa) s'apparente à la confusion (klima), lorsque les autres l'humilient et le bafouent. Mais l'opprobre est plus violent que la confusion, car 'hèrpa est de la même racine que l'outrage et le blasphème. Au verset précédent, il disait : « chercher un abri sous l'ombre de l'Égypte sera votre confusion », et ici il ajoute que ce sera pire encore : un opprobre.

(ו) מַשָּׂא בַּהֲמוֹת נֶגֶב בְּאֶרֶץ צָרָה וְצוּקָה לָבִיא וָלַיִשׁ מֵהֶם אֶפְעֶה וְשָׂרָף מְעוֹפֵף יִשְׂאוּ עַל־כֶּתֶף עֲיָרִים חֵילֵהֶם וְעַל־דַּבֶּשֶׁת גְּמַלִּים אוֹצְרֹתָם עַל־עַם לֹא יוֹעִילוּ׃ - Prophétie sur les bêtes du midi. À travers une terre de détresse et d'angoisse, d'où viennent la lionne et le lion, la vipère et le dragon volant, ils transportent leurs richesses sur l'épaule des ânons, et leurs trésors sur la bosse des chameaux, vers un peuple qui ne leur sera d'aucune utilité.

La caravane du tribut à travers le désert

Examinons d'abord les créatures mentionnées dans le verset. Rachi explique que l'aspic (éf'è) est un serpent d'une espèce particulièrement redoutable, dont il n'existe que deux représentants dans le monde, un mâle et une femelle, qui ne se reproduisent qu'une fois tous les soixante-dix ans. Le « serpent brûlant ailé » (saraf mé'ofef) est une variété de reptile ; il n'a pas de véritables ailes, mais il est capable de bondir à de grandes distances, à l'image de certaines espèces de serpents sauteurs connues aujourd'hui dans la nature. Et il est qualifié de saraf (« brûlant ») parce qu'il projette une flamme de sa gueule, c'est-à-dire qu'il crache son venin à distance. On sait en effet que certains serpents crachent leur venin en visant les yeux de leur proie afin de l'aveugler et de la neutraliser. Il ne s'agit donc pas d'un dragon cracheur de feu issu de la mythologie, mais d'un venin caustique et brûlant, projeté par un serpent qui bondit comme s'il volait.

Le Malbim précise : l'expression bahémot Néguev ne dérive pas du terme béhéma (bête), mais du mot hémia (tumulte, plainte), la lettre beit étant une préposition. En d'autres termes, le mot fondamental est hémot, signifiant « le fardeau porté dans le tumulte du Néguev ». Et le « Néguev » désigne le désert, une terre desséchée (menougav), vidée de toute bienfaisance. C'est en ce sens qu'Akhsa déclarait à son père : « Tu m'as donné une terre aride (érèts hanéguev) » - tu m'as installée dans un endroit desséché ; c'est pourquoi il lui fit don de bassins d'eau, sources supérieures et sources inférieures.

Il est question ici de l'époque où l'on se mit à acheminer le tribut destiné au souverain égyptien, dans l'espoir que l'Égypte accorde la protection militaire sollicitée. Pour y parvenir, le convoi devait traverser le Néguev, cette étendue désertique où règne une constante rumeur - sans doute le bruit assourdissant des rafales de vent qui y soufflent. « Dans une terre de détresse et d'angoisse » - ces territoires désolés étaient infestés de bêtes féroces et d'animaux redoutables.

« La lionne et le lion en emportent » - qui prélevait son tribut sur eux ? La lionne et le lion (lavi valayich), différentes espèces de fauves, prélevaient leur part, c'est-à-dire qu'ils les dévoraient. Le convoi traversait des contrées périlleuses où les fauves, tout comme la vipère et le serpent venimeux, décimaient les hommes chargés d'acheminer les présents. Cela les a-t-il incités à faire marche arrière et à comprendre que cette démarche déplaisait profondément à Hachem ? Nullement : ils s'obstinèrent dans leur voie.

« Ils portent sur l'épaule des ânons leurs richesses » - le terme 'ayarim désigne ici les jeunes chameaux. Le Malbim observe que si le mot 'aïr qualifie le plus souvent le jeune âne, il est parfois employé par extension pour désigner le petit de tout animal de somme, comme dans le verset « son ânon au cep (iro beni atono) », ou dans « et l'homme naît comme le poulain d'un onagre ». Ils prirent donc la route avec de jeunes bêtes pour transporter les présents ; mais le voyage s'étira tellement en jours et en années que ces jeunes animaux finirent par vieillir et devenir des chameaux adultes - d'où la suite du verset : « et sur la bosse des chameaux leurs trésors ». Le texte use de cette image frappante pour suggérer le temps infini qu'exigea l'acheminement de ce tribut auprès de Pharaon.

Et pourquoi la bosse du chameau est-elle appelée dabéshèt ? Parce que sous le frottement incessant du chargement, le dos de la bête s'écorchait et s'ulcérait, et l'on y appliquait alors du miel (dévach) à des fins curatives. C'est ainsi que la Guémara, dans le traité Chabbat, définit la mesure minimale de miel : « la quantité nécessaire pour soigner la plaie d'un chameau ». C'est en souvenir de ce miel appliqué sur la bosse qu'elle reçut le nom de dabéshèt. Leurs bêtes avaient le dos à vif à force de cheminer si longtemps sous ces fardeaux vers l'Égypte.

Ce n'est pas tout : au départ, ils avaient envoyé leurs « richesses » ('hél) ; une fois celles-ci dilapidées et anéanties, ils commencèrent à expédier « leurs trésors » (otsrotam) - ce qu'un homme met en réserve au plus secret de ses palais. Constatant que les fauves du désert engloutissaient les présents, ils entamèrent leurs réserves les plus précieuses, conservées dans leurs trésors intimes. Et pour qui faisaient-ils cela ? « Vers un peuple qui ne leur sera d'aucune utilité » - une nation dont il n'y avait rigoureusement rien à espérer. C'est comme si le prophète s'écriait : voyez jusqu'où s'égaraient ces hommes, quelle folie était la leur, d'accomplir de si prodigieux efforts au prix de dangers mortels et d'interminables mois d'errance, tout cela pour un peuple dont ils ne tireraient absolument aucun secours.

(ז) וּמִצְרַיִם הֶבֶל וָרִיק יַעְזֹרוּ לָכֵן קָרָאתִי לָזֹאת רַהַב הֵם שָׁבֶת׃ - Car l'aide de l'Égypte n'est que vanité et néant ; c'est pourquoi j'appelle ce pays : « Arrogance immobile ».

Vanité et vide, arrogance et inaction

Non seulement les Égyptiens ne peuvent pas vous aider à présent, mais « c'est en vain et pour le néant qu'ils aident », depuis toujours. Si vous vous adressez à quelqu'un, examinez ses antécédents : s'est-on déjà tourné vers lui dans le passé ? Y a-t-on trouvé un espoir ? Y a-t-il eu une quelconque utilité ? Jamais l'Égypte n'a apporté la moindre aide à une nation qui s'était fiée à elle.

Le Malbim distingue entre « hèvel » (vanité, souffle) et « rik » (vide) : le « hèvel » est une chose totalement dépourvue de consistance, comme le souffle de la bouche. Le « rik », lui, possède une certaine réalité : son écorce extérieure. En effet, quand on dit « la maison est vide », « la boîte est vide », « le verre est vide », il y a bien une maison, une boîte, un verre ; sinon, de quoi parlerait-on ? Ainsi, le hèvel n'a aucune substance, tandis que le rik possède une enveloppe, mais l'intérieur en est vide.

L'Égypte, même si elle voulait aider, son aide ne serait que vanité, sans consistance réelle. Et même cette aide minime dont on pourrait penser qu'elle a quelque consistance n'est que vide : une enveloppe extérieure, vide à l'intérieur. C'est-à-dire que même s'il voulait vous aider, il fait des promesses qu'il n'a pas l'intention de tenir. Ainsi, tout d'abord, n'attendez rien car ce n'est que vanité, et même cette chimère promise ne vous laissera au bout du compte que du paraître, de simples promesses, et aucune aide véritable.

C'est pourquoi « je l'ai nommée Rahav - ils sont immobiles ». Le Malbim explique le parallélisme des versets : face à « hèvel » (vanité) se trouve « Rahav » (arrogance), et face à « rik » (vide) se trouve « shavat » (inaction). La vanité est semblable au souffle de la bouche, dénuée de toute utilité ; ainsi, tout leur discours n'est que Rahav, orgueil et prétention, comme s'ils possédaient une force réelle, et il ne faut pas s'en laisser impressionner. Et face à « c'est pour le néant qu'ils aident », qui n'a pas d'intériorité mais seulement une façade extérieure, se trouve « ils sont immobiles » : quand on ouvre et que l'on regarde à l'intérieur, on constate qu'il s'abstient de toute action, ne bougeant pas le moindre doigt. On pourrait penser : peut-être que cette illusion m'apportera un semblant de soutien ? Non, même cette illusion reste assise à sa place sans bouger, et vous n'en tirerez absolument aucun profit.

(ח) עַתָּה בּוֹא כׇתְבָהּ עַל־לוּחַ אִתָּם וְעַל־סֵפֶר חֻקָּהּ וּתְהִי לְיוֹם אַחֲרוֹן לָעַד עַד־עוֹלָם׃ - « Maintenant, viens, écris-le sur une tablette auprès d'eux, et grave-le dans un livre, afin que cela demeure pour le dernier jour, à jamais et pour l'éternité. »

Écriture sur une tablette et gravure dans un livre

« Écris-le sur une tablette auprès d'eux » - inscris ces paroles sur une petite tablette qui restera auprès d'eux comme un témoignage et un souvenir. « Et grave-le dans un livre » - un support où l'on écrivait et gravait avec un stylet de fer. Quelle est la différence ? Une écriture peut s'effacer avec le temps, mais une gravure subsiste très longtemps, voire pour toujours. Jusqu'à aujourd'hui, on retrouve dans des grottes des inscriptions sculptées et gravées il y a des milliers d'années ; ce qui est gravé dans la roche demeure.

Et le verset poursuit selon ce parallélisme : face à « écris-le sur une tablette auprès d'eux », afin que cela reste auprès d'eux toute leur vie et témoigne contre eux, correspond « afin que cela demeure pour le dernier jour », pour que cela les accompagne jusqu'à leur dernier jour. Et face à « grave-le dans un livre », une véritable gravure dans la pierre au burin de fer, correspond « à jamais et pour l'éternité », pour que cela se transmette aux générations futures sans jamais sombrer dans l'oubli.

(ט) כִּי עַם מְרִי הוּא בָּנִים כֶּחָשִׁים בָּנִים לֹא־אָבוּ שְׁמוֹעַ תּוֹרַת יְהֹוָה׃ - « Car c'est un peuple rebelle, des enfants menteurs, des enfants qui ne veulent pas entendre la Torah de l'Éternel. »

Trois degrés dans l'éloignement

Le Malbim explique qu'il y a ici plusieurs degrés, et que le verset procède par ordre. Il y a celui qui écoute la Torah de Dieu et croit en Hachem, mais qui remplace la parole du Saint, béni soit-Il, par d'autres choses en raison de ses passions. Il ne conteste pas le fait que ces paroles soient la parole d'Hachem, et ne prétend pas qu'elles sont fausses, mais dans la pratique, il agit à l'encontre sous l'effet des désirs de son cœur. C'est le sens de « un peuple rebelle » (am meri), de la racine qui évoque la substitution (hamara), comme dans « il ne l'échangera pas » (lo yamir) : il est vrai que Dieu l'a dit, il est vrai que c'est ce qu'il faut faire, mais mes envies me portent ailleurs.

Plus encore : « des fils renégats », qui nient, contestent et prétendent qu'Hachem n'a rien ordonné de tel, que ce n'est pas ce qu'Hachem a dit, ni ce qu'Hachem attend. Ils ne se contentent pas de suivre les penchants de leur cœur, ils s'opposent au principe même de ces commandements.

Et pire encore : « des fils qui ne veulent pas entendre la Torah d'Hachem ». C'est le troisième groupe, ceux qui ne sont même pas disposés à écouter, et c'est le cas le plus grave. L'hérétique, au moins, écoute et exprime un avis : on peut entrer avec lui dans un débat, une discussion, un dialogue, et parvenir à le convaincre. Mais qui est le plus difficile à convaincre ? Celui qui refuse catégoriquement d'écouter. Il est hermétique, il n'y a aucune brèche par où l'atteindre.

C'est exactement ce que l'on constate dans les séminaires : ce sont précisément ceux qui débattent avec le plus de véhémence qui reviennent le plus vite à la Téchouva. Pourquoi ? Parce que cela leur tient à cœur, ils sont sincèrement touchés, ils cherchent la vérité. Et qui se trouve dans la pire situation ? Celui qui reste assis, regarde de loin et dit : « C'est sympathique, ce que le Rav a dit est sympathique », mais tout glisse sur lui ; il rentre chez lui avec son « sympathique » et continue ainsi toute sa vie. En revanche, celui qui vient et exprime une opinion, qui se sent concerné et a des arguments, avec lui le dialogue est possible, il y a un échange. Mais le pire de tous est celui qui ne vient même pas, qui dit : « Laisse-moi tranquille, je ne veux rien entendre, c'est dangereux, je suis très bien comme ça » - comment peut-on encore le convaincre ? C'est cela : « ils n'ont pas voulu écouter la Torah d'Hachem ».

(י) אֲשֶׁר אָמְרוּ לָרֹאִים לֹא תִרְאוּ וְלַחֹזִים לֹא תֶחֱזוּ־לָנוּ נְכֹחוֹת דַּבְּרוּ־לָנוּ חֲלָקוֹת חֲזוּ מַהֲתַלּוֹת׃ - Qui ont dit aux voyants : « Ne voyez pas ! », et aux visionnaires : « Ne nous prophétisez pas la droiture ; dites-nous des flatteries, prophétisez des illusions ! »

« Ne voyez pas » - La politique de l'autruche

Les « voyants » sont les prophètes qui réprimandaient le peuple sur les fautes commises entre l'homme et son prochain. Le peuple leur disait alors : « Ne voyez pas ! » - fermez les yeux sur ces agissements, ne prêtez pas attention aux actes des hommes, et ainsi vous n'aurez pas à leur faire de reproches.

Un jour, un homme entra dans une épicerie tenue par un Juif portant une kippa, qui y vendait toutes sortes de revues douteuses, qu'Hachem préserve. Il en retourna les exemplaires face cachée et lui demanda : « Pourquoi fais-tu trébucher les gens ? » Le commerçant les remit à l'endroit et répondit : « Tu n'as pas de problème : ne regarde pas ! » C'est exactement ce que dit le prophète : « Qui ont dit aux voyants : Ne voyez pas ! » Le mal existe, des choses répréhensibles se produisent, mais ils disent aux prophètes : si vous ne regardez pas le mal que font les hommes, vous n'aurez pas à les réprimander et il n'y aura aucun problème. C'est la politique de l'autruche : enfouissez la tête dans le sable et tout ira bien.

« Et aux visionnaires » - les « visionnaires » leur adressaient des reproches sur les transgressions entre l'homme et Dieu. Ils sont appelés ainsi, explique le Malbim, parce que le visionnaire contemple les réalités divines. Le terme de « vision » (hazaya) s'applique toujours à une perception intérieure, tandis que la « vue » (re'iya) peut désigner une simple observation extérieure. Comme dans le verset « J'ai vu moi aussi, j'ai prêté attention » - la contemplation intérieure est qualifiée de vision, tout comme pour les astrologues, chez qui il s'agit d'une observation plus pénétrante. Ces visionnaires percevaient ce qui se tramait devant le tribunal céleste, l'attitude envers le peuple d'Israël, l'ampleur de la colère divine suscitée par leurs actes, et c'est à eux que l'on disait : « Ne prophétisez pas ! » Quant à ceux qui les réprimandaient sur ce qui était directement visible ici-bas, dans le monde terrestre - l'oppression mutuelle, les fraudes, les injustices criantes, les crimes de sang ou l'immoralité, qu'Hachem préserve -, ils étaient les « voyants », et à eux on disait : « Ne voyez pas ! »

(יא) סוּרוּ מִנֵּי־דֶרֶךְ הַטּוּ מִנֵּי־אֹרַח הַשְׁבִּיתוּ מִפָּנֵינוּ אֶת־קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל׃ - Écartez-vous du chemin, détournez-vous de la voie, faites disparaître de devant nous le Saint d'Israël !

« Dérek », « Ora'h » et « Nativ »

Le Malbim rappelle cette distinction en de nombreux endroits du Tanakh. Le « dérek » est la grande route principale, ce que l'on appellerait aujourd'hui une autoroute, la voie qui relie une ville à une autre. L'« ora'h » est le chemin secondaire qui bifurque de la route principale pour mener à l'intérieur de la ville, une voie plus étroite, moins fréquentée. Le « nativ » est une allée d'accès privée menant au domaine d'un particulier, un passage strictement individuel. Dans notre verset, il n'est pas question de nativ ; le texte ne traite donc que du dérek et de l'ora'h.

C'est aux prophètes eux-mêmes qu'ils s'adressent en disant : « Écartez-vous du chemin » - comportez-vous vous aussi comme nous, abandonnez la grande voie de la droiture et de la justice, spoliez et volez à notre exemple. « Détournez-vous de la voie » - par votre attitude, vous pousserez le reste du peuple à quitter lui aussi le droit chemin. En effet, lorsque le responsable, le magistrat ou le juge dévie de la route, bouleverse les fondements de la justice et légitime le vol et l'oppression, le peuple s'engage inévitablement dans des sentiers tortueux dans ses relations interpersonnelles, faussant l'équité à son échelle individuelle. Si le juge se le permet, si le magistrat l'autorise, si le prophète décrète que voler n'est pas voler et qu'opprimer n'est pas opprimer, les particuliers s'écartent à leur tour de la voie.

« Écartez de devant nous le Saint d'Israël »

Ici, ils s'adressent aux voyants, ceux qui réprimandent sur les questions touchant aux devoirs de l'homme envers D.ieu (bein adam la-Makom). Tous les commandements de cette catégorie reposent sur le principe fondamental que le Saint, béni soit-Il, est le Saint d'Israël, sanctifié et transcendant, et qu'Il désire que nous soyons nous aussi un peuple saint pour l'Éternel notre D.ieu : « Vous serez saints, car Je suis saint ».

Comme l'explique le Ramchal dans le Derekh Hachem, tous les commandements ont pour but de sanctifier l'homme, et lorsque l'homme se sanctifie, après son départ de ce monde, son âme s'attache au Saint, béni soit-Il. Mais pour celui qui n'est pas saint, lorsque son âme devra accéder à sa félicité suprême et s'attacher à Lui, béni soit-Il, elle en sera incapable parce qu'elle en est éloignée : rien de profane ne peut s'unir à ce qui est saint. Les mitsvot sont destinées à nous sanctifier, à nous élever et à nous raffiner, afin qu'au moment venu, nous puissions nous attacher à l'Infini, béni soit-Il. Et assurément, les saints qui sont sur terre s'attachent à Lui, béni soit-Il, dès ce monde-ci - « Il accomplit la volonté de ceux qui Le craignent ». Même si nous ne le ressentons pas toujours, lorsque l'homme se dépouillera de son corps physique, il verra quel est son degré d'attachement à Lui, béni soit-Il : plus il a été sanctifié, plus il pourra s'y attacher, et moins il a été sanctifié, plus il restera éloigné.

Et ils sont venus déclarer : ne nous mentionnez plus le « Saint d'Israël », car nous n'avons aucun intérêt à nous lier au Saint d'Israël ni à nous sanctifier dans les devoirs de l'homme envers D.ieu, et Hachem, pour ainsi dire, n'a que faire de cette sainteté et de ce lien avec nous. C'est pourquoi « écartez de devant nous » toute cette notion.

En conclusion :

Le chapitre s'ouvre par une réprimande adressée à ces « enfants rebelles » qui sont déchus de leur rang de fils, ont pris conseil sans consulter Hachem, et sont descendus en Égypte pour s'abriter sous l'ombre de Pharaon. Le prophète dépeint de manière imagée la caravane du tribut traversant le désert parmi le lion et le fauve, la vipère et le serpent brûlant ailé, au point que les ânons ont vieilli pour devenir des chameaux et que les trésors des palais se sont épuisés - et tout cela « pour un peuple qui ne leur sera d'aucune utilité », car l'Égypte n'est que vanité et néant, morgue et inertie, de vaines paroles d'orgueil dénuées de substance. C'est pourquoi Hachem ordonne d'inscrire la chose sur une tablette en témoignage pour cette génération, et de la graver dans un livre pour les siècles à venir. L'origine de cette chute réside dans trois degrés d'éloignement : transgresser la parole d'Hachem par convoitise, la contestation et l'hérésie, et finalement le refus total d'écouter - jusqu'à dire aux prophètes « ne voyez pas » et « n'ayez pas de visions », « écartez-vous de la voie » et « écartez de devant nous le Saint d'Israël ». D'où cet enseignement : tant qu'une personne est prête à écouter, ne serait-ce que pour débattre, il y a de l'espoir ; le plus grand péril demeure l'endurcissement de l'oreille et du cœur.