Introduction : le chapitre qui suit « Voici que l'Éternel sort de Sa demeure »
Le chapitre précédent s'est conclu sur la prophétie : « Car voici que l'Éternel sort de Sa demeure pour punir l'iniquité des habitants de la terre, la terre découvrira ses sangs et ne cachera plus ses morts ». Le chapitre 27 poursuit le même thème : il évoque cette époque où le Saint, béni soit-Il, demandera des comptes aux nations. Après ce châtiment infligé aux nations, le prophète décrit la situation du peuple d'Israël en ce jour - comme une vigne d'élite que le Saint, béni soit-Il, garde et abreuve - pour aboutir finalement au rassemblement des exilés et à la sonnerie du grand Chofar.
Verset 1 : L'épée dure, grande et forte
בַּיּוֹם הַהוּא יִפְקֹד יְהֹוָה בְּחַרְבּוֹ הַקָּשָׁה וְהַגְּדוֹלָה וְהַחֲזָקָה עַל לִוְיָתָן נָחָשׁ בָּרִחַ וְעַל לִוְיָתָן נָחָשׁ עֲקַלָּתוֹן וְהָרַג אֶת־הַתַּנִּין אֲשֶׁר בַּיָּם׃ - En ce jour-là, l'Éternel châtiera, de Son épée dure, grande et forte, le Léviathan, serpent droit comme un verrou, et le Léviathan, serpent tortueux, et Il tuera le monstre qui est dans la mer.
Rachi explique : « Le Léviathan, serpent droit », c'est l'Égypte ; « le Léviathan, serpent tortueux », c'est l'Assyrie ; « et Il tuera le monstre qui est dans la mer », c'est celle qui siège au cœur des mers, les Kittim, appelés les îles de la mer. Le Radak, quant à lui, affirme que cela s'accomplira lors de la guerre de Gog et Magog.
Le Malbim, selon sa méthode coutumière, analyse avec précision les trois qualificatifs attribués à l'épée, qui correspondent à trois formes de force. « Dure » - c'est la qualité même du fer, une matière si rigide et résistante qu'elle est capable de broyer toute autre matière. « Grande » - cela désigne la longueur ; un objet peut être long sans être dur, c'est pourquoi le verset précise que l'épée sera à la fois dure dans sa matière et longue. « Forte » - c'est la puissance conférée par l'épaisseur et le poids. Car une matière peut être dure mais fine, ou dure mais en faible quantité ; le texte précise donc que cette matière dure sera également grande, lourde et épaisse, décuplant ainsi sa puissance d'impact.
Face à ces trois formes de force de l'épée se dressent trois créatures, chacune correspondant précisément à l'une d'elles. L'épée dure est destinée au « Léviathan, serpent-verrou » (na'hach bari'ah), ce poisson géant des mers qui s'étend tel un verrou au milieu des eaux. « Bari'ah » (verrou ou traverse) désigne ce qui traverse d'un bout à l'autre, à l'image du verrou médian dans le Michkan, qui traversait les poutres d'une extrémité à l'autre et tournait miraculeusement aux angles du Sanctuaire. Ce Léviathan est ainsi nommé parce qu'il se dresse au milieu de la mer comme un rempart infranchissable sur toute la ligne, bloquant tout passage.
L'épée grande s'oppose au « Léviathan, serpent tortueux » (na'hach 'akalatone), serpent et créature marine démesurément longue, qui s'enroule autour du globe terrestre. En raison de sa longueur prodigieuse, il faut lui opposer l'épée grande, c'est-à-dire longue, et l'épée sans limites du Créateur du monde viendra également à bout de lui.
L'épée forte, c'est-à-dire lourde et massive, est dirigée contre « le monstre marin qui est dans la mer » (hatanine acher bayam). On ne peut abattre une telle créature avec une épée ordinaire, et même une flèche ne saurait guère la terrasser ; mais une épée d'une lourdeur et d'une puissance extrêmes peut en triompher. Le Malbim rapporte que certains identifient ce tanine au crocodile (appelé tanine en hébreu moderne), mais en tout état de cause, comme il le souligne, l'explication s'applique parfaitement selon chaque avis.
Le sens allégorique : trois types de puissance parmi les nations
Tout ceci n'est qu'une parabole : dans la réalité profonde, il s'agit de trois formes de puissance et de force que l'on retrouve chez les nations. Il y a une nation dont la force réside dans la configuration imprenable de son territoire : une terre fortifiée, des montagnes escarpées, des forteresses infranchissables. C'est le « serpent-verrou », qui barre le passage d'une frontière à l'autre et ne laisse rien pénétrer. Essayez donc de franchir la Grande Muraille de Chine ! Il se peut que ses habitants ne soient pas des guerriers et que son territoire ne soit pas immense, mais y pénétrer relève de l'exploit. Face à elle s'élèvera l'épée dure, capable de briser même ses remparts.
Il y a ensuite un empire qui ne possède ni remparts inexpugnables ni montagnes fortifiées, mais dont l'étendue est gigantesque : quel que soit le nombre d'ennemis que vous éliminez, des millions d'autres se dressent devant vous. Par son immensité territoriale et l'abondance de sa population, il devient quasiment impossible à conquérir. C'est le « serpent tortueux », car ce terme évoque une longueur infinie, au point de s'enrouler comme une corde en spirale. Essayez donc d'envahir l'Union soviétique ou la Chine : on ne sait par où commencer ni où s'arrêter. Un territoire exigu demande un effort mesuré pour être conquis ; mais ici, il faudrait une armée colossale attaquant de toutes parts pour soumettre une telle moitié du monde.
Il y a aussi un pays qui n'est pas particulièrement grand, dont les villes et les forteresses ne sont pas imposantes, mais qui est peuplé d'hommes vaillants et intrépides, prêts à combattre jusqu'à leur dernière goutte de sang. C'est là « le monstre marin qui est dans la mer » : il n'est ni fuyard ni tortueux, mais c'est un crocodile, une créature d'une force redoutable. Les mâchoires du crocodile comptent parmi les plus puissantes de la nature, capables d'exercer une pression de plusieurs centaines de kilos, ce qui est terrifiant ; et même selon le commentateur qui y voit le Léviathan, il s'agit d'une créature prodigieuse. Quoi qu'il en soit, le Saint, béni soit-Il, viendra à bout de toutes les catégories de nations : celles retranchées derrière des portes, des murailles et des verrous, celles puissantes par leur immensité et leur multitude, et celles redoutables par la bravoure de leurs guerriers. Sur toutes, en ce jour-là, Hachem interviendra avec Son glaive dur, grand et puissant.
Verset 2 : Kerem 'hemer - Le renversement du chant de la vigne
בַּיּוֹם הַהוּא כֶּרֶם חֶמֶר עַנּוּ־לָהּ׃ - En ce jour-là, chantez pour elle : vigne au vin vermeil !
En ce jour-là, le peuple d'Israël sera semblable à un « kerem 'hemer », un vignoble produisant un vin d'excellence dont on s'abreuvera pleinement, et l'on entonnera alors en son honneur le cantique suivant. C'est le contre-pied parfait du « chant de mon bien-aimé pour sa vigne » que nous avons vu au chapitre 5 : là-bas, le Saint, béni soit-Il, avait planté une vigne, y avait investi tous Ses soins et Ses efforts, et « Il espérait qu'elle produirait de bons raisins, mais elle produisit des fruits sauvages ». Au lieu d'un vin remarquable, Il n'obtint que des raisins pourris. Ici, le prophète annonce que dans les temps futurs, la situation sera inversée du tout au tout : la vigne sera d'une qualité admirable, produisant un vin d'une qualité exceptionnelle.
Que signifie le terme « 'hemer » ? Le Malbim l'explique : c'est un vin corsé qui, en raison de sa force et de sa haute teneur en alcool, bouillonne et écume lorsqu'on le verse, selon l'expression « et le vin fermente, plein de mélange » (ve-yayin 'hamar malei messekh). Le Radak, quant à lui, explique que « 'hemer » signifie rouge, s'appuyant sur l'arabe où la couleur rouge se dit « a'hmar » et la terre rouge « 'hamra ». Ainsi, « kerem 'hemer » désigne le vignoble du vin le plus raffiné, à savoir le vin rouge. De même, selon la Halakha, le vin rouge est supérieur au vin blanc pour le Kiddouch et pour la nuit du Séder ; et l'Écriture prévient : « Ne regarde pas le vin lorsqu'il rougeoie », preuve que le rouge possède une prééminence et une distinction particulières. Quant à « 'anou lah », c'est une formule de chant, tout comme dans « Et Myriam leur répondit en chantant » (va-ta'ane lahem Miriam) : on chantera en son honneur en proclamant « vignoble au vin vermeil ! ».
Verset 3 : Ani Hachem notserah - L'inversion du châtiment
אֲנִי יְהֹוָה נֹצְרָהּ לִרְגָעִים אַשְׁקֶנָּה פֶּן יִפְקֹד עָלֶיהָ לַיְלָה וָיוֹם אֶצֳּרֶנָּה׃ - Moi, l'Éternel, J'en suis le gardien, à chaque instant Je l'arrose ; de peur qu'on ne lui fasse défaut, nuit et jour Je la garde.
Voici ce que déclarera le Saint, béni soit-Il, dans ce cantique de la vigne : Moi, l'Éternel, Je préserve et garde cette vigne de tout préjudice extérieur. Le Malbim met cette promesse en regard de ce qui avait été décrété au chapitre 5 : « J'en retirerai la clôture pour qu'elle soit broutée » - le Saint, béni soit-Il, avait dit : J'avais protégé la vigne et elle a produit des fruits sauvages ; que l'on abatte donc l'enclos, la haie et la surveillance, et que les bêtes viennent la ravager ! Tel était le châtiment jadis. Mais ici, lorsque les enfants d'Israël redeviendront des justes et des hommes pieux, Hachem proclame : « Moi, l'Éternel, J'en suis le gardien ».
« À chaque instant Je l'arrose » (lirga'im achkénah) : Je l'arroserai en permanence, et non une simple fois par mois. Cela marque aussi le renversement exact de la punition mentionnée là-bas : « Et J'ordonnerai aux nuages de ne pas faire pleuvoir sur elle », car la punition consistait à priver cette vigne de pluie. Quand Israël mènera une vie droite, Je veillerai sur lui sans discontinuer pour l'abreuver comme il convient, afin que la vigne d'Israël prospère pleinement.
« Pen yifkod 'aleha » : le verbe « yifkod » a ici le sens de faire défaut ou d'être retranché, comme dans le verset « et pas un homme ne nous a manqué » (ve-lo nifkad miménou ich), tandis que « 'aleha » désigne ses feuilles (« 'aléha »). Le Saint, béni soit-Il, promet : Je lui accorderai une protection si minutieuse que Je veillerai à ce que pas même une de ses feuilles ne vienne à manquer. En effet, un vigneron veille à ce qu'on ne vole pas les raisins, et surveille les sarments car chaque sarment peut porter plusieurs grappes ; mais surveillerait-il aussi les feuilles ? Hachem déclare : Je veillerai à ce qu'aucune feuille ne soit perdue. « Nuit et jour Je la garde », une protection ininterrompue, 24 heures sur 24.
Et au sens figuré : « Je la garde » face aux ennemis de l'extérieur. Et « à chaque instant Je l'arrose », c'est la providence perpétuelle du Saint, béni soit-Il, envers Son peuple, ainsi que l'effusion de la prophétie. Car la prophétie est comparée à un jaillissement d'eau : « Je répandrai Mon esprit sur vous », comme si le Saint, béni soit-Il, déversait sur nous une abondance continue. De même : « vos fils et vos filles prophétiseront... auront des songes », ou encore « J'ai suscité parmi vos fils des prophètes, et parmi vos jeunes gens des nazirs », expressions montrant qu'à l'avenir, le souffle divin reposera sur l'ensemble de la nation d'Israël. Et non seulement Je protégerai les justes, les érudits et les saints, mais Je préserverai également les hommes les plus simples d'Israël, comparables aux feuilles - qui ne sont ni des fruits ni des branches, mais de simples feuilles. Eux aussi, Je les garderai comme la prunelle de Mes yeux : « nuit et jour Je la garde ».
« Lifkod » - Un verbe aux sens contraires
Le Malbim fait remarquer que le verbe « lifkod » (לפקוד) fait partie des verbes à sens contraires, c'est-à-dire portant à la fois un sens et son opposé. Il en va ainsi de « lehachrich » - faire des racines, et de « lecharech » - déraciner. De même pour « kilès » : d'un côté la louange, et de l'autre « le-la'ag oule-kalès », l'opprobre et la dérision. Les exemples sont nombreux. C'est également le cas de « yifkod » : d'une part l'idée de manque, « pas un homme d'entre nous n'a manqué » (lo nifkad miménou ich), et d'autre part l'idée de dénombrement, « recenser les enfants d'Israël » (lifkod èt Bné Israël) - les compter. Pourtant, le principe fondamental reste identique : la « pekida » est le décompte d'une chose précieuse, à la manière dont on recensait les soldats à leur départ pour la guerre ; puis, à leur retour, il est dit « pas un homme d'entre nous n'a manqué » (lo nifkad miménou ich) - personne ne manquait à l'appel. D'un côté, on compte pour constater la présence de tous, et de l'autre, lorsqu'un homme vient à manquer, on dit qu'il a été « nifkad » (manquant).
Verset 4 : « Je n'ai point de fureur »
חֵמָה אֵין לִי מִי־יִתְּנֵנִי שָׁמִיר שַׁיִת בַּמִּלְחָמָה אֶפְשְׂעָה בָהּ אֲצִיתֶנָּה יָּחַד׃ - Je n'ai point de fureur. Qui me donnera des ronces et des épines dans la bataille ? Je marcherais contre elles, je les brûlerais toutes ensemble.
Selon le Malbim, c'est la vigne qui s'exprime : je ne garde de rancune envers aucune nation ni aucun peuple ; uniquement envers quiconque voudrait me livrer « aux ronces et aux épines dans la bataille », c'est-à-dire me combattre et transformer la vigne en épines destructrices, comme cela s'était produit jadis lorsqu'elle « a produit des fruits sauvages ». C'est à ce propos qu'il est dit : « Je marcherais contre elles, je les brûlerais toutes ensemble » - j'avancerai dans cette même fureur et je les consumerai ensemble : celui qui vient me combattre, ainsi que les ronces et les épines. En d'autres termes, la vigne déclare : je ne cherche pas à me venger, mais de quiconque veut nuire au peuple d'Israël, de celui-là, j'attends que justice soit faite.
Le Malbim établit une distinction entre « tsa'ad » (צעד) et « pacha » (פשע). « Tsa'ad » exprime la marche en elle-même, tout comme le terme « pe'amim » - les battements, les pas, comme dans « Que tes pas sont beaux dans tes sandales » (les pas de la montée pour le pèlerinage), ou encore « pa'amé Machia'h », où l'on entend déjà pour ainsi dire ses pas s'avancer. En revanche, « pacha » exprime une mesure, une distance déterminée. C'est pourquoi, lorsqu'on veut dire qu'un homme a frôlé la mort, on emploie l'expression « Il n'y a qu'un pas entre moi et la mort » (kefessa béni ouvên hamavèt) - la distance d'une enjambée. Et où se situe le point d'enjambée ? Dans la « mifsa'ah » (l'entrejambe), d'où le verset « et coupa leurs vêtements jusqu'à l'enjambure » (ad hamifsa'ah) - jusqu'à l'endroit où les jambes se séparent et d'où part le pas. Ainsi, « pacha » exprime une mesure, et ici « efche'ah vah atsitenah ya'had » signifie : à la distance d'un seul pas à peine, je les brûlerai déjà tous ensemble.
Explication du Radak au nom de son père : « Je n'ai point de fureur » - envers Israël
Le Radak donne une autre interprétation. « Je n'ai point de fureur » : telle n'est pas Ma nature ; parmi Mes attributs se trouve la patience (érekh apayim), et non la colère et la fureur destructrice. Pourtant, il est apparemment écrit : « L'Éternel est vengeur et plein de fureur », « Il se venge et garde rancune », « Au moment où leur pied chancellera, car le jour de leur ruine est proche », « Il rétribue en face ceux qui Le haïssent pour les faire périr », « Pour être détruits à tout jamais ». La réponse se trouve au cœur même des textes : toutes ces paroles s'appliquent aux nations idolâtres. Mais envers Israël, le Saint, béni soit-Il, déclare : Je n'ai point de fureur.
Et voici le sens de la chose : lorsqu'on frappe une nation avec fureur, c'est jusqu'à l'anéantissement total. La fureur (hémah) implique une destruction absolue, une disparition définitive. Or, le Saint, béni soit-Il, dit du peuple d'Israël : jamais Je n'agis envers eux par la fureur, car s'il en était ainsi, il ne subsisterait rien d'Israël. Même lorsqu'Il leur demande des comptes, Il le fait peu à peu, comme il est écrit : « C'est vous seuls que J'ai connus d'entre toutes les familles de la terre, c'est pourquoi Je vous demanderai compte (efkod alekhem) de toutes vos iniquités » - et ici encore, « efkod » renvoie à l'idée d'un retranchement progressif : lentement, les fautes sont expiées, une petite part de châtiment, quelques souffrances, un temps d'exil, jusqu'à ce que toutes les fautes soient effacées. Mais il ne s'agit jamais d'un anéantissement, et il n'existe aucune situation où le peuple d'Israël serait, à Dieu ne plaise, exterminé. À la différence des nations : où sont les peuples de l'Antiquité ? Où est la Babylone antique, où est l'Égypte ancienne ? Des nations qui se sont assimilées et ont disparu, ou qui se sont totalement éteintes. Tandis qu'à l'égard d'Israël, le Saint, béni soit-Il, affirme : Je n'ai point de fureur.
Le Radak poursuit : et si J'avais de la fureur contre eux - « Qui me donnera des ronces et des épines dans la bataille ? » Cette vigne qui m'a produit des ronces et des épines au lieu de raisins, ce peuple d'Israël qui a fait germer des épines au lieu de fruits, J'aurais eu depuis longtemps toutes les raisons d'agir ; « Je marcherais contre elles, je les brûlerais toutes ensemble » - en un seul pas, il ne serait déjà plus rien resté d'eux. Et le Radak conclut : « C'est ainsi que me l'a expliqué mon maître et père de mémoire bénie, et c'est la meilleure des explications. » Et l'on remarque souvent : lorsqu'on trouve chez le Radak un commentaire au nom de son père, il faut s'attendre à une véritable perle, tant les explications qu'il rapporte en son nom sont lumineuses.
Verset 5 : « À moins qu'il ne saisisse Ma protection »
אוֹ יַחֲזֵק בְּמָעוּזִּי יַעֲשֶׂה שָׁלוֹם לִי שָׁלוֹם יַעֲשֶׂה־לִּי׃ - À moins qu'il ne saisisse Ma protection, qu'il ne fasse la paix avec Moi, qu'il ne fasse la paix avec Moi !
Selon la ligne du Radak : l'autre voie offerte au peuple d'Israël est de s'attacher à la Torah. C'est-à-dire : Je les aurais anéantis, n'était leur attachement à Ma Torah ; et s'il s'attache à Ma Torah, elle le protégera et constituera pour lui une forteresse (ma'oz). Comme il est écrit : « L'Éternel donnera la force à Son peuple », et par « force » (oz), on entend la Torah, ainsi qu'on le rapporte au sujet de Bil'am que les rois interrogèrent sur le grondement qui parcourait le monde au moment du don de la Torah, et il leur répondit : « L'Éternel donnera la force à Son peuple », car le Saint, béni soit-Il, a donné la Torah à Son peuple Israël, « L'Éternel bénira Son peuple par la paix ».
« Qu'il fasse la paix avec moi » : il viendra un temps où il fera la paix avec Moi. Et pourquoi cette répétition, « la paix, qu'il la fasse avec moi » ? Le Radak explique que ce redoublement vient sceller et consolider la paix, afin qu'il n'y ait plus aucune guerre entre nous et le Saint béni soit-Il, pour ainsi dire, ni la moindre rigueur céleste à notre égard, ni cette situation où « une cloison de fer s'interpose entre Israël et leur Père qui est aux cieux ». C'est l'époque de la délivrance, un temps de paix entre Israël et leur Père céleste.
Le Malbim poursuit ici le fil de son commentaire : la vigne déclare qu'elle n'a pas de ressentiment contre ceux qui ont fauté contre elle par le passé, mais seulement contre quiconque cherche à présent, par la guerre, à la réduire en ronces et en épines. En revanche, celui qui s'attachera à ma forteresse et fera la paix avec moi - la paix, il la fera avec moi, et moi non plus je ne lui ferai aucun mal. S'il désire faire la paix avec moi, je ferai également la paix avec lui. En d'autres termes : quiconque tente de transformer la vigne en ronces et en épines, en un seul pas je lui ferai la guerre et je l'anéantirai ; mais celui qui, à l'inverse, soutient la vigne et fortifie le peuple d'Israël, comme l'eau reflète le visage, je ferai également régner la paix pour lui. Que vient donc nous enseigner ce cantique selon le Malbim ? Qu'Israël ne causera ni tort ni destruction, mais que quiconque aura l'audace de s'attaquer à lui subira de rigoureux jugements, avec colère et fureur. Ce sera une époque où il n'y aura plus de guerres et où l'on ne cherchera pas à se venger du passé ; mais quiconque voudrait malgré tout venir les combattre en paierait le prix fort.
Verset 6 : Des racines à l'épanouissement
הַבָּאִים יַשְׁרֵשׁ יַעֲקֹב יָצִיץ וּפָרַח יִשְׂרָאֵל וּמָלְאוּ פְנֵי־תֵבֵל תְּנוּבָה׃ - Dans les jours à venir, Jacob prendra racine, Israël bourgeonnera et fleurira, et ils rempliront de fruits la face du monde.
Le prophète explique ici qui est cette « vigne de vin généreux », et d'où proviennent ses sarments et ses branches. Ces ceps proviennent tous de la racine de Jacob. Le peuple d'Israël, après l'exil, les massacres et toutes les persécutions endurées, ressemble à un vignoble dévasté dont il ne reste plus rien en apparence ; mais que reste-t-il en vérité ? Seulement les racines. Lorsqu'on abat un arbre en surface, les racines souterraines demeurent bien vivantes. C'est le sens de « Dans les jours à venir, Jacob prendra racine » : à partir de cette souche ancestrale toujours présente, malgré l'oppression, les destructions et les coups infligés. Et de cette racine même jailliront bourgeons et fleurs, au point que « la surface du monde se remplira de fruits », devenant un vignoble d'exception qui produira les raisins les plus nobles et les plus rouges, dignes du meilleur vin.
Pourquoi mentionner tour à tour « Jacob » puis « Israël », « prendra racine » puis « bourgeonnera et fleurira » ? Le Malbim explique que « prendra racine » renvoie aux fondations cachées, tandis que « bourgeonnera et fleurira » décrit ce qui se déploie ensuite lors de la croissance. De même, le nom « Israël » exprime la noblesse et l'élévation, évoquant la souveraineté (serarah) et la grandeur, tandis que « Jacob » (Yaakov, lié au talon, akèv) renvoie à un état plus modeste. Ainsi, au commencement, lorsqu'ils ne sont encore qu'une racine qui n'a pas encore porté ses fruits, le texte emploie « Jacob prendra racine », car ils ne sont pas encore parvenus à leur plus haut niveau. Mais par la suite, lorsque le peuple s'épanouira, grandira en stature et en sainteté, devenant ce vignoble de choix producteur de vin généreux, il est dit « Israël bourgeonnera et fleurira », désigné cette fois par son nom le plus élevé.
« Et ils rempliront de fruits la face du monde » : leurs fruits et leur rayonnement combleront toute la terre, de sorte que le monde entier entendra parler du peuple d'Israël. Non point, à notre grand regret, par l'agissement d'individus dévoyés ou d'autres calamités, mais parce que les nations viendront s'accrocher aux tsitsit des enfants d'Israël en disant : venez, montons à Sion, vous avez mérité d'être le peuple de D.ieu, vous êtes le peuple élu ! Ils verront en eux un modèle et un exemple parfait de crainte du Ciel, de sainteté et d'élévation morale, au point que tous désireront s'attacher à eux.
Verset 7 : L'a-t-Il frappé comme Il a frappé celui qui le frappait ?
הַכְּמַכַּת מַכֵּהוּ הִכָּהוּ אִם־כְּהֶרֶג הֲרֻגָיו הֹרָג׃ - L'a-t-Il frappé comme Il a frappé celui qui le frappait ? A-t-il été tué comme furent massacrés ceux qu'il a tués ?
Rachi explique que le Saint béni soit-Il leur dit : avez-vous vu comment J'ai frappé l'oppresseur de Jacob, dont il était question plus haut ? C'est-à-dire : J'ai infligé à celui qui vous frappait son propre châtiment, mesure pour mesure (mida kenéguèd mida). Les Égyptiens avaient voulu nous noyer dans les eaux, le Saint béni soit-Il les a engloutis dans la mer Rouge.
Une difficulté surgit a priori : quel est le rôle de la lettre Hé au début du mot « Hakémakat » ? D'ordinaire, la lettre Hé préfixe sert à marquer une interrogation perplexe. Rachi précise qu'il ne s'agit pas ici d'une simple interrogation dubitative, mais d'une interrogation affirmative : il existe des tournures interrogatives qui affirment une réalité, c'est-à-dire une question dont la réponse est incontestablement positive. La preuve en est ce verset du livre de Samuel : « Ne Me suis-Je pas révélé à la maison de ton père ? », parole adressée au sujet d'Éli, qui constitue une affirmation solennelle et non un doute.
En conclusion :
Le chapitre s'ouvre sur le jour de la rétribution des nations : une épée dure, grande et puissante dirigée contre trois types de forces - la nation forte de ses fortifications (le serpent fuyard, na'hach baria'h), la nation forte de son immensité et de sa multitude (le serpent tortueux, na'hach 'akalatone), et la nation redoutable par la vaillance de ses guerriers (le monstre marin, hatannine acher bayam). De là, le prophète en vient à dépeindre Israël comme une « vigne de vin généreux », l'exact contre-pied du chant de la vigne du Bien-Aimé : au lieu d'« enlever sa clôture » - « Moi, Hachem, J'en suis le gardien », et au lieu d'« interdire à la pluie d'y tomber » - « à chaque instant Je l'abreuverai », une protection si minutieuse qu'elle veille même sur les feuilles, allégorie des membres les plus simples du peuple. « Il n'y a point de fureur en Moi » : envers Israël, il n'y a pas d'anéantissement, mais un règlement des fautes mesuré, peu à peu ; et quiconque s'attachera à la forteresse de la Torah et fera la paix - la paix lui sera accordée. Enfin, de la racine apparemment desséchée de Ya'akov, Israël bourgeonnera et fleurira, jusqu'à remplir de sa récolte la surface de la terre, et tous chercheront alors à s'attacher au peuple d'Hachem.