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Chapitre 20 - La prise d'Ashdod et la captivité de l'Égypte

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Introduction : Une prophétie trois ans avant la campagne de Sanhérif

Le chapitre 20 de Yéshayahou est un court chapitre contenant une prophétie singulière, prononcée à un moment bien précis : trois ans avant que le roi d'Assyrie ne vienne assiéger Jérusalem. Cette prophétie ne s'exprime pas uniquement par des mots, mais s'accompagne d'un acte concret que le prophète reçoit l'ordre d'accomplir, et c'est là que réside tout son mystère. Parcourons les versets dans l'ordre, à la lumière des explications de Rachi, du Radak et du Malbim.

Verset 1 : L'année où Tartân vint à Ashdod
בִּשְׁנַת בֹּא תַרְתָּן אַשְׁדּוֹדָה בִּשְׁלֹחַ אֹתוֹ סַרְגוֹן מֶלֶךְ אַשּׁוּר וַיִּלָּחֶם בְּאַשְׁדּוֹד וַיִּלְכְּדָהּ׃ - L'année où Tartân vint à Ashdod, envoyé par Sargon, roi d'Assyrie, il attaqua Ashdod et s'en empara.

Tartân était l'un des généraux du roi d'Assyrie. Trois ans avant la venue du roi d'Assyrie à Jérusalem, Tartân vint assiéger Ashdod et s'en empara. C'est à ce moment précis que cette prophétie fut adressée à Yéshayahou : sache qu'au terme de trois années, le roi d'Assyrie emmènera les captifs d'Égypte et les exilés de Kouch pour les amener ici. Quand cela aura-t-il lieu ? Lorsqu'il assiégera 'Hizkiyahou et Jérusalem ; il apprendra alors qu'une guerre a éclaté dans son pays, ira combattre le roi de Kouch et l'Égypte, fera parmi eux des prisonniers, amassera de l'argent et de l'or, puis reviendra ici pour combattre. C'est alors que tomberont aux portes de Jérusalem cent quatre-vingts mille chefs de corps d'armée.

Qui est Sargon ? Les huit noms de Sanhérif

Le Radak explique : Sargon n'est autre que Sanhérif (Sennachérib). Nos Sages ont enseigné qu'il portait huit noms. La Guémara dans le traité Sanhédrin (page 94a) déclare : que vienne 'Hizkiyahou, qui possède huit noms, et qu'il triomphe de Sanhérif, qui possède huit noms. Les huit noms de 'Hizkiyahou sont déduits du verset : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, l'autorité repose sur son épaule, et on l'a appelé Merveilleux Conseiller, Dieu Puissant, Père Éternel, Prince de la Paix ». La Guémara demande : ne porte-t-il pas encore un autre nom, 'Hizkiyah ? Elle répond : 'Hizkiyah n'est pas un nom personnel, mais une qualification liée à sa situation, car Dieu l'a fortifié (« 'Hizko Yah »). Autre explication : 'Hizkiyah, car il a fortifié Israël dans son attachement à son Père céleste.

Et face à lui, Sanhérif : Tiglath-Piléser, Pilnéser, Shalmanéser, Poul, Sargon, Assénapar le grand et l'illustre. La Guémara interroge : mais n'y a-t-il pas le nom de Sanhérif lui-même ? C'est le nom classique que tout le monde connaît, et tu ne le comptes pas ? Elle répond : Sanhérif n'est pas un simple nom, mais une description : « sa parole n'est que discorde » (si'hato riv), c'est-à-dire que tous ses propos et tous ses actes visaient la querelle et la guerre. Autre explication : il a proféré avec insolence des paroles provocatrices contre le Ciel (sa'h veni'har), parlant contre Hachem avec orgueil et mépris : qui est donc Dieu pour pouvoir s'opposer à moi ? C'est moi qui ai conquis, c'est moi qui ai agi !

Verset 2 : Va, dénoue le sac
בָּעֵת הַהִיא דִּבֶּר יְהֹוָה בְּיַד יְשַׁעְיָהוּ בֶן אָמוֹץ לֵאמֹר לֵךְ וּפִתַּחְתָּ הַשַּׂק מֵעַל מׇתְנֶיךָ וְנַעַלְךָ תַחֲלֹץ מֵעַל רַגְלֶךָ וַיַּעַשׂ כֵּן הָלֹךְ עָרוֹם וְיָחֵף׃ - En ce temps-là, l'Éternel parla par l'intermédiaire de Yéshayahou, fils d'Amots, en disant : « Va, dénoue le sac de dessus tes reins et retire ta chaussure de ton pied ». Il fit ainsi, marchant dévêtu et pieds nus.

Il faut comprendre : lorsqu'on dit à quelqu'un « dénoue le sac », cela implique qu'il portait déjà un sac jusqu'alors ; or, où ce sac a-t-il été mentionné auparavant ? Retirer ses chaussures est compréhensible, car tout le monde marche chaussé, mais tout le monde ne porte pas un sac de pénitence. Le Radak explique : ce sac ceignait ses reins depuis l'exil des dix tribus. Depuis leur déportation, Yéshayahou portait le deuil sur elles, et maintenant, Hachem lui dit : dénoue ce sac, ôte tes chaussures, et marche dévêtu et pieds nus.

« Dévêtu » (arom) ne signifie pas totalement nu. Le Targoum Yonatan traduit : « débraillé » (pa'hi'ha), à l'image de l'expression du Choul'han Aroukh : « un homme aux vêtements déchirés (pou'ha'h) peut monter faire la bénédiction des Cohanim ». Un pou'ha'h est une personne vêtue d'habits en lambeaux ou incomplets, semblable à quelqu'un qui sortirait en simple sous-vêtement, et c'est ce qui est qualifié ici de « nu ».

L'opinion du Radak : tout s'est déroulé en vision prophétique

Le Radak explique qu'il ne faut pas prendre ces paroles au sens littéral, comme si Hachem avait ordonné au prophète de marcher réellement nu et déchaussé, à D.ieu ne plaise. Après tout, le plus grand personnage que nous puissions connaître n'arrive même pas à la cheville d'un prophète ; or, s'il ne nous viendrait jamais à l'esprit d'imaginer un gadol hador marcher en tricot de corps ou même en bras de chemise, à plus forte raison est-il inconcevable de dépeindre un prophète déambulant dévêtu. De là découle un principe fondamental qui nous accompagnera aussi dans les chapitres suivants : de même que D.ieu a dit à Osée : « Prends pour toi une femme prostituée et va vers elle », de même qu'Il a dit à Ézéchiel : « Passe le rasoir sur ta tête et sur ta barbe », ou encore qu'Il lui a ordonné de manger une galette d'orge cuite sur des excréments de bétail. Toutes ces injonctions et leurs semblables ne sont pas des actes que D.ieu ordonnerait à Ses prophètes d'accomplir concrètement, mais tout se déroulait en vision prophétique : le prophète voyait dans sa vision que D.ieu lui ordonnait d'agir ainsi, et il s'exécutait au sein même de cette vision.

Dès lors, lorsqu'on lit « et il fit ainsi », ou « il prit Gomer fille de Divlayim », il ne faut pas s'imaginer, à D.ieu ne plaise, qu'un saint prophète de D.ieu se soit uni à une femme aux mœurs dépravées, que le Ciel nous en préserve, et ait engendré des enfants avec elle. Une telle idée est évidemment impensable : tout cela s'est déroulé en vision prophétique. Et même si le temps semble s'étirer, comme dans cette prophétie où il est question de trois ans, ou dans celle d'Osée : « Il la prit, elle conçut et enfanta un fils, puis elle conçut et enfanta une fille » - tout cela constitue une longue vision. Il n'est point nécessaire de penser que la prophétie dura des années ; tout comme un rêve peut faire défiler une longue période en quelques secondes seulement, il en va de même pour la prophétie : le prophète perçoit un processus complet alors qu'en réalité la durée est infime. Telle est la position du Radak, bien qu'il faille souligner que d'autres commentateurs s'en écartent et comprennent les versets au sens simple, estimant que lorsque Hachem dit à un prophète : « Va et fais ainsi », le prophète allait et agissait concrètement.

L'opinion du Malbim : un acte bref dans l'intimité de sa maison

Le Malbim rejoint le Radak sur le fait que le sac était ceint sur ses reins depuis l'exil des dix tribus, et qu'il lui fut alors ordonné de le dénouer. Toutefois, le Malbim comprend cet acte au sens littéral, tout en échappant à la difficulté soulevée par le Radak : le prophète n'a pas marché ainsi durant trois ans, mais seulement un jour ou un court instant chez lui. Un simple moment dans sa demeure suffisait, sans qu'il ait besoin de circuler ainsi pendant trois années entières. Et quant à la raison pour laquelle cet acte devait s'accomplir concrètement, nous la verrons plus loin.

L'opinion de Rachi : « Et tu dénoueras » - tu mettras un sac

Rachi cite le Targoum Yonatan : « Et tu attacheras un sac sur tes reins », et explique conformément à cette traduction : c'est-à-dire que tu mettras le sac sur toi, au lieu de le retirer. Quelle en est la nécessité ? C'est que jusqu'ici, rien n'indique qu'il lui avait été ordonné de ceindre un sac ; or, s'il ne lui a pas été dit de mettre un sac, que retirerait-il, et d'où proviendrait ce sac ? Le Radak et le Malbim expliquent qu'il l'avait revêtu de lui-même à cause de l'exil des dix tribus, mais Rachi n'adopte pas cette explication ; c'est pourquoi il interprète qu'il s'agit d'endosser un sac. D'autant plus que la suite le prouve : il lui est ordonné d'ôter ses chaussures, or le fait de se déchausser symbolise le deuil. Et s'il est question de deuil, bien au contraire, pourquoi retirer le sac ? Il conviendrait plutôt de l'ajouter, car une personne en deuil se couvre d'un sac.

Cependant, selon cette lecture, le texte pose une difficulté : pourquoi employer le terme « oufitakhta » (dénouer, ouvrir) au lieu de « et tu poseras » ou « et tu attacheras » ? Car le verbe « pita'h » évoque le retrait, comme dans l'expression « Que celui qui ceint son épée ne se vante pas comme celui qui la déboucle » (al yithalel 'hoguer kimfate'ah) - celui qui la ceint la met, et celui qui la déboucle la retire. L'explication de Rachi ici est très originale : « oufitakhta » relève de la notion de « gravures de sceau » (pitou'hei 'hotam), comme dans « gravures d'un sceau : Sainteté à Hachem » et « ciselées comme des gravures de sceau ». Lorsque l'on prend le sac et qu'on le serre vigoureusement autour des reins, les reliefs du corps transparaissent à travers la toile, à l'image d'une pierre gravée portant des incisions et des reliefs. En d'autres termes : resserre le sac jusqu'à ce qu'il épouse la forme du corps comme des gravures de sceau.

Et que signifie alors l'expression « mé'al motnékha » (d'au-dessus de tes reins), qui semble a priori conforter le Radak et le Malbim sur le fait qu'il s'agit de le retirer ? Selon Rachi, le texte aurait dû dire « sur tes reins » ('al motnékha). Rachi explique donc : « mé'al motnékha » signifie plus haut que tes reins, au-dessus de tes reins. Mets le sac, non pas en le retirant « de dessus tes reins », mais en le plaçant sur la partie du corps située au-dessus des reins.

Verset 3 : un signe et un présage
וַיֹּאמֶר יְהֹוָה כַּאֲשֶׁר הָלַךְ עַבְדִּי יְשַׁעְיָהוּ עָרוֹם וְיָחֵף שָׁלֹשׁ שָׁנִים אוֹת וּמוֹפֵת עַל מִצְרַיִם וְעַל כּוּשׁ׃ - Et Hachem dit : « De même que Mon serviteur Isaïe a marché nu et déchaussé pendant trois ans, comme un signe et un présage contre l'Égypte et contre Kouch... »

Quel était le sens de cet acte ? Le Malbim développe ici un principe que nous avons déjà abordé à plusieurs reprises : toute prophétie de malheur annoncée par Hachem par l'intermédiaire d'un prophète ne s'accomplit pas nécessairement, car elle dépend des actes du peuple et du comportement humain. Si l'homme fait téchouva et réforme sa conduite, le décret néfaste est annulé. C'est pourquoi on n'éprouve pas un prophète sur une prophétie de malheur. Comme l'écrit le Rambam : si l'on souhaite éprouver un prophète pour savoir s'il est un prophète de vérité, comme la Torah ordonne de le tester lors de ses premières interventions jusqu'à ce qu'il soit présumé authentique, on ne le met à l'épreuve que sur une prophétie favorable, car Hachem ne revient jamais sur une promesse de bien.

Cependant, il existe une situation où le Saint, béni soit-Il, décrète un malheur sans revenir dessus : lorsqu'Il ordonne au prophète d'accomplir un acte concret conjointement à la prophétie. Le Saint, béni soit-Il, ne Se contente pas de la parole, mais dit au prophète : va et accomplis un acte. Cette action fait descendre les choses du plan de la pensée abstraite et spirituelle vers quelque chose de réel, de tangible, de matériel et de terrestre, et par là même, l'événement doit inéluctablement advenir sans pouvoir être annulé. C'est pourquoi nous trouvons des prophéties où le prophète reçoit l'ordre de prendre une fiole, d'y écrire telle et telle chose, de la jeter dans le fleuve et de dire : « Ainsi sombrera Babylone » - tout cela s'est fait au moyen d'une réalité matérielle. De même chez Élisée (Elicha), qui dit au roi de prendre des flèches et de tirer vers Aram, puis de frapper la terre avec les flèches. Tout acte matériel a pour but d'ancrer la chose dans la réalité concrète, assurant ainsi sa réalisation certaine.

Dès lors, on comprend pourquoi le Malbim explique, à l'opposé du Radak, que l'acte a été accompli concrètement et non seulement dans une vision prophétique, et pourquoi il lui a suffi de marcher ainsi un seul instant chez lui : l'essentiel est qu'il y ait ici un ancrage de la chose dans la matérialité.

À plus forte raison, précise le Malbim, lorsque l'acte matériel est étrange et frappe le regard de ceux qui en sont témoins. Plus la chose est surprenante et inhabituelle, plus son accomplissement est scellé. C'est pourquoi il est dit ici que la démarche de Isaïe (Yechayahou), nu et déchaussé, sera « un signe et un prodige pour l'Égypte et pour Kouch ». Un « signe » (ot) désigne une marque et un souvenir ; un « prodige » (mofet) est une chose qui sort de l'ordre naturel, un spectacle inhabituel aux yeux des hommes. Il en va de même pour l'ordre donné à Osée (Ochéa) de prendre une femme prostituée. La démarche vise à ancrer la prophétie, et plus elle est déconcertante, plus elle relève du prodige, ce qui garantit d'autant sa réalisation.

Verset 4 : La captivité de l'Égypte et l'exil de Kouch
כֵּן יִנְהַג מֶלֶךְ אַשּׁוּר אֶת שְׁבִי מִצְרַיִם וְאֶת גָּלוּת כּוּשׁ נְעָרִים וּזְקֵנִים עָרוֹם וְיָחֵף וַחֲשׂוּפַי שֵׁת עֶרְוַת מִצְרָיִם׃ - Ainsi le roi d'Assyrie conduira les captifs d'Égypte et les exilés de Kouch, jeunes et vieillards, nus, déchaussés et le fessier découvert, nudité de l'Égypte.

D'après le Malbim, l'expression « trois ans » au verset précédent ne signifie pas qu'il a marché nu et déchaussé pendant trois années, mais que d'ici trois ans, il en sera ainsi. Le roi d'Assyrie conquerra l'Égypte et emmènera ceux qu'il y aura capturés, puis il combattra Kouch et mènera Kouch en exil.

Il convient de remarquer la précision des termes : il est dit « les captifs (chvi) d'Égypte » et « l'exil (galout) de Kouch », et non l'inverse. Quelle est la différence entre captivité et exil ? Le Malbim explique qu'il n'a pas exilé l'Égypte, mais en a seulement fait des prisonniers, c'est-à-dire que le gros de l'Égypte est resté sur place et qu'il en a seulement prélevé des captifs ; en revanche, il a déporté Kouch tout entière, et c'est pourquoi il est dit « l'exil de Kouch ».

« Et le fessier découvert » (vachassoufé chet) - Rachi explique que le mot « chet » désigne le siège, le fondement, comme dans le verset : « Et il coupa leurs vêtements jusqu'au fondement ». Et pourquoi un tel châtiment leur est-il infligé ? Mitsraïm est le fils de 'Ham, avec Pout et Canaan ; or 'Ham vit la nudité de son père et ne la couvrit point. Dès lors, la rétribution s'applique mesure pour mesure : vous marcherez nus, déchaussés et le fessier découvert.

Le Radak soulève une difficulté : après avoir dit « nus et déchaussés », pourquoi ajouter « le fessier découvert », puisque cela est déjà sous-entendu ? En réalité, « nu » ne signifie pas obligatoirement dans un dénuement absolu ; ce terme désigne fréquemment une personne vêtue de hardes déchirées ou trop courtes, comme un indigent aux habits étriqués. Mais ici, le texte précise qu'ils seront dénudés au point d'exposer leur fondement, le terme « chet » désignant à la fois les fesses et les parties intimes.

Le Malbim apporte une explication supplémentaire : l'Égypte est qualifiée de femme débauchée, et les prophètes n'ont cessé de la fustiger en évoquant « la nudité de l'Égypte ». L'Égypte a toujours symbolisé l'impureté et la débauche sous toutes ses formes, et cinquante portes d'impureté s'y trouvaient. C'est pourquoi le châtiment intervient mesure pour mesure : « le fessier découvert, nudité de l'Égypte ».

Verset 5 : L'effondrement de l'appui
וְחַתּוּ וָבֹשׁוּ מִכּוּשׁ מַבָּטָם וּמִן מִצְרַיִם תִּפְאַרְתָּם׃ - Ils seront terrifiés et confus au sujet de Kouch, leur objet d'attente, et de l'Égypte, leur parure.

Le Malbim explique que les membres de phrase sont en parallèle : « ils seront consternés à cause de Kouch, leur espoir », et « confus à cause de l'Égypte, leur parure ». Ceux dont le regard était tourné vers Kouch pour en obtenir de l'aide et du secours - à présent ils seront consternés (ye'hatou), c'est-à-dire brisés, car ceux dont nous attendions de l'aide ne sont même pas capables de s'aider eux-mêmes. Et ceux qui se glorifiaient en disant : « Ne vous inquiétez pas, nous sommes alliés à l'Égypte, nous avons avec eux un traité d'assistance et d'entraide mutuelle, nous sommes tirés d'affaire » - ils seront confus. Vois donc ce qu'il est advenu de l'Égypte en laquelle tu plaçais ta confiance, lorsque San'hériv est venu s'occuper d'elle. Le texte vise ici les gens de Yéhouda, qui pensaient n'avoir rien à craindre parce qu'ils avaient sur qui s'appuyer, sur Kouch et sur l'Égypte ; or ils connaîtront la honte et le brisement, car ceux sur qui ils comptaient ont été brisés les premiers.

Verset 6 : Et comment pourrons-nous échapper ?
וְאָמַר יֹשֵׁב הָאִי הַזֶּה בַּיּוֹם הַהוּא הִנֵּה כֹה מַבָּטֵנוּ אֲשֶׁר נַסְנוּ שָׁם לְעֶזְרָה לְהִנָּצֵל מִפְּנֵי מֶלֶךְ אַשּׁוּר וְאֵיךְ נִמָּלֵט אֲנָחְנוּ׃ - Et l'habitant de cette contrée dira en ce jour-là : Voilà où en est notre espoir, vers lequel nous nous étions réfugiés pour trouver du secours et être sauvés du roi d'Assyrie ! Et nous, comment échapperons-nous ?

« Cette contrée » (ha-i hazé, littéralement « cette île ») désigne Erets Israël et Yéhouda. Pourquoi est-elle appelée ainsi ? Il y a à cela deux explications. Le Radak explique : un i, parce qu'elle borde la mer. Un i ne désigne pas obligatoirement ce que nous appelons aujourd'hui une île, comme la Grande-Bretagne qui est entourée d'eau de toutes parts ; une bordure partielle suffit, et Erets Israël est appelée i parce qu'elle possède une frontière maritime. Mais le Malbim affirme que cela n'a aucun rapport avec ce que nous appelons aujourd'hui une île : i signifie une province, un district. La preuve en est que le terme i est également employé pour Jérusalem, qui ne possède aucune mer, si ce n'est la mer d'airain de Salomon ; et pourtant elle est appelée i, ce qui prouve bien que i désigne une contrée ou une province.

« Et l'habitant de cette contrée dira en ce jour-là », c'est-à-dire les habitants de Jérusalem et du pays de Yéhouda, qui avaient mis leur confiance en l'Égypte et en Kouch en pensant qu'ils étaient tous embarqués dans la même galère et qu'ils les aideraient à échapper à San'hériv. Ils constateront alors : « Voilà où en est notre espoir, vers lequel nous nous étions réfugiés pour trouver du secours » - c'est vers eux que nous levions les yeux, espérant qu'ils nous sauveraient du roi d'Assyrie ; « et nous, comment échapperons-nous ? » S'ils n'ont pas su se défendre eux-mêmes, comment pourrions-nous être préservés et sauvés par eux ? Cela les amènera à comprendre qu'ils n'ont aucun appui humain sur qui compter, et en fin de compte, c'est le Saint, béni soit-Il, qui les sauva.

En conclusion :

L'année où Tartan vint à Ashdod, trois ans avant la campagne de San'hériv contre Jérusalem, Isaïe reçut l'ordre de marcher nu et déchaussé en signe et en présage. Le Radak explique que tout cela s'est déroulé en vision prophétique, selon sa méthode habituelle pour les injonctions faites à Osée et à Ézéchiel ; le Malbim l'interprète au sens littéral, tout en précisant qu'il suffisait d'un seul jour ou d'un court moment dans sa maison, car le but de l'acte matériel est de faire descendre la prophétie dans la réalité concrète et d'en garantir l'accomplissement irréversible ; et Rachi explique « et tu délaceras » (ou-fita'hta) dans le sens de graver, ciseler (pitou'hei 'hotam), signifiant qu'il devait serrer le sac sur lui à la manière d'un endeuillé. Le contenu de la prophétie : le roi d'Assyrie mènera les captifs d'Égypte et les exilés de Kouch nus, déchaussés et les fesses découvertes, mesure pour mesure pour la nudité de l'Égypte et pour 'Ham qui avait vu la nudité de son père. De là découle le message adressé aux habitants de Yéhouda : quiconque a placé ses espoirs en Kouch et sa fierté en l'Égypte sera brisé et couvert de honte ; et voyant que ces nations n'ont même pas pu se sauver elles-mêmes, il comprendra qu'il n'a d'autre appui que son Père qui est aux Cieux, Lui seul qui sauve.