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Chapitre 10 - La chute d'Achour et les décrets d'iniquité - 2ème partie

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Introduction : Le règlement de comptes du Saint, béni soit-Il, avec le roi d'Achour

Dans cette partie du chapitre, le prophète passe des réprimandes adressées à Israël au règlement de comptes du Saint, béni soit-Il, avec le roi d'Achour lui-même. Jusqu'à présent, nous avons appris qu'Achour n'est autre que le « bâton de Ma colère » - un instrument entre les mains du Saint, béni soit-Il, pour réprimander les nations et Israël. À présent, le prophète dépeint l'orgueil de Sanhériv, la réplique que lui adresse le prophète, la débâcle de son armée, ainsi que la délivrance d'Israël et son repentir. Suivons l'ordre des versets à la lumière des explications du Malbim.

« Je sévirai contre le fruit de l'arrogance du roi d'Achour »

וְהָיָ֗ה כִּֽי־יְבַצַּ֤ע אֲדֹנָי֙ אֶת־כׇּל־מַֽעֲשֵׂ֔הוּ בְּהַ֥ר צִיּ֖וֹן וּבִירוּשָׁלָ֑͏ִם אֶפְקֹ֗ד עַל־פְּרִֽי־גֹ֙דֶל֙ לְבַ֣ב מֶלֶךְ־אַשּׁ֔וּר וְעַל־תִּפְאֶ֖רֶת ר֥וּם עֵינָֽיו׃ - Et il arrivera, lorsque le Seigneur aura achevé toute Son œuvre sur la montagne de Sion et à Jérusalem : Je sévirai contre le fruit de l'arrogance du cœur du roi d'Achour et contre la gloriole de ses regards altiers.

Lorsque le Saint, béni soit-Il, aura accompli tout ce qu'Il avait résolu d'exécuter par l'intermédiaire du roi d'Achour - punir tous ceux qui se sont rebellés contre Lui, béni soit-Il - Il mettra alors un terme aux épreuves des nations. Et quand cela se produira-t-il ? « Sur la montagne de Sion et à Jérusalem ». Lorsque Sanhériv viendra faire le siège de la montagne de Sion, c'est là que prendra fin le compte que le Saint, béni soit-Il, règle avec lui. C'est alors que « Je sévirai contre le fruit de l'arrogance du roi d'Achour » : Je le châtierai pour les actes nés de la démesure de son cœur, c'est-à-dire de son orgueil. Car Hachem ne lui avait nullement ordonné d'anéantir de puissantes nations ni de les rayer de la terre, mais seulement de « piller un butin et faire du saccage », afin d'amener les hommes au repentir. De même, « et contre la gloriole de ses regards altiers » : car il tirait vanité de la hauteur de son regard et de son arrogance, refusant d'admettre qu'il n'était qu'un bâton et une verge entre les mains d'Hachem, s'attribuant à lui-même toute la puissance.

« C'est par la force de ma main que j'ai agi, et par ma sagesse, car je suis intelligent »

כִּ֣י אָמַ֗ר בְּכֹ֤חַ יָדִי֙ עָשִׂ֔יתִי וּבְחׇכְמָתִ֖י כִּ֣י נְבֻנ֑וֹתִי וְאָסִ֣יר ׀ גְּבוּלֹ֣ת עַמִּ֗ים וַעֲתֽוּדֹתֵיהֶם֙ שׁוֹשֵׂ֔תִי וְאוֹרִ֥יד כַּאבִּ֖יר יוֹשְׁבִֽים׃ - Car il a dit : « C'est par la force de ma main que j'ai agi, et par ma sagesse, car je suis intelligent ; j'ai reculé les frontières des peuples, j'ai pillé leurs trésors accumulés, et comme un puissant guerrier, j'ai fait descendre ceux qui siégeaient ».

Le Malbim explique : La guerre exige deux conditions majeures - la force et la bravoure d'une part, le conseil et la stratégie d'autre part, comme il est dit : « Le conseil et la force pour la guerre ». Toutes deux sont indispensables : si l'on dispose d'une multitude de stratagèmes mais qu'au moment du combat la force fait défaut, on ne saurait vaincre ; et si l'on possède une force considérable sans tactique, on sera terrassé par la ruse. Le roi d'Achour se targuait de réunir ces deux atouts, affirmant n'avoir plus besoin de l'aide divine. Pour la vaillance, il a déclaré : « C'est par la force de ma main que j'ai agi » - je n'ai eu besoin d'aucun dieu pour me prêter main-forte. Et pour les stratagèmes, il a proclamé : « et par ma sagesse, car je suis intelligent ».

Quelle est la distinction entre Hokhma (sagesse) et Tevouna (discernement) ? Le Malbim rappelle ce principe en de nombreux passages, particulièrement dans le livre des Proverbes (Mychlé) : la Hokhma désigne un savoir reçu d'en haut, tandis que la Tevouna consiste à comprendre une chose à partir d'une autre - raisonnements logiques, déductions et conclusions rationnelles. « Mais la sagesse, d'où proviendra-t-elle ? » - l'homme doit recevoir la sagesse d'Hachem Lui-même, car « de Sa bouche procèdent connaissance et discernement », la sagesse embrassant des vérités que seul l'entendement divin contient, transmises par l'intermédiaire du prophète et lors du Don de la Torah. La Tevouna est la faculté que l'homme déploie ensuite à partir des fondements de la sagesse qu'il a reçue. C'est à ce propos que le roi d'Achour affirme : « par ma sagesse » - et si tu demandes : aurais-tu donc reçu cette sagesse de Dieu ? Il réplique : « car je suis intelligent » - j'ai tout compris par moi-même, je n'ai nul besoin de recevoir une sagesse divine, j'y suis parvenu par ma propre réflexion.

À présent, il détaille son habileté singulière : « j'ai reculé les frontières des peuples ». Les souverains qui m'ont précédé conquéraient un pays tout en laissant ses habitants en place, garantissant ainsi que tôt ou tard ces peuples se révolteraient contre eux - car ils demeurent chez eux, sur leur sol, connaissent la topographie, savent où fuir et où se dissimuler. Tout comme nous constatons les insurrections dans les pays arabes de nos jours, ou la difficulté de soumettre Gaza aujourd'hui. Moi, déclare le roi d'Achour, je n'ai pas commis leur sottise : j'ai exilé les peuples hors de leur pays et installé d'autres nations à leur place - j'ai déporté les Kouthim (Samaritains) en terre d'Israël, et conduit les dix tribus à Koutha, Avva et Sefarvaïm. J'ai ainsi garanti qu'ils ne secoueraient jamais mon joug.

Et ce n'est pas tout : « j'ai pillé leurs trésors accumulés » - je les ai dépouillés jusqu'au droit de revendiquer un jour leur terre en affirmant : « ce pays nous appartenait ». Je les ai mêlés les uns aux autres afin qu'il ne leur reste plus la moindre revendication légitime à l'avenir. De plus : « et comme un puissant guerrier, j'ai fait descendre ceux qui siégeaient » - je ne me suis pas contenté de déplacer un peuple d'un endroit à un autre, mais même ceux qui étaient installés depuis des générations, enracinés de longue date, je les ai déracinés et exilés ailleurs. Par ce moyen, j'ai veillé à ce que tous les peuples me soient soumis et astreints au tribut, incapables de briser mon autorité.

« Ma main a trouvé comme un nid » - Un nid incapable de se défendre

וַתִּמְצָ֨א כַקֵּ֤ן ׀ יָדִי֙ לְחֵ֣יל הָעַמִּ֔ים וְכֶֽאֱסֹף֙ בֵּיצִ֣ים עֲזֻב֔וֹת כׇּל־הָאָ֖רֶץ אֲנִ֣י אָסָ֑פְתִּי וְלֹ֤א הָיָה֙ נֹדֵ֣ד כָּנָ֔ף וּפֹצֶ֥ה פֶ֖ה וּמְצַפְצֵֽף׃ - Ma main a trouvé, comme un nid, les richesses des peuples ; et comme on ramasse des œufs abandonnés, moi j'ai ramassé toute la terre, et nul n'a remué l'aile, ouvert le bec ni pépé.

Le Malbim explique : un roi tyrannique qui conquiert des royaumes a généralement beaucoup de peine à piller leurs trésors, et doit mener de nombreuses guerres avant de pouvoir s'en emparer. Entre-temps, deux phénomènes se produisent : d'une part, le pays conquis engage des dépenses considérables pour soutenir la bataille, et plus le combat s'éternise, moins il reste d'argent à la fin, les richesses s'épuisant goutte à goutte. D'autre part, tout au long de cette période, les habitants mettent à l'abri leur or et leur argent, les cachent et dispersent leurs trésors ailleurs - des « comptes en Suisse » - et il devient ensuite très difficile de les retrouver. Mais avec moi, dit Sennachérib, il n'en fut rien : « Ma main a trouvé, comme un nid » - ma main a mis la main sur l'armée des peuples et sur leurs richesses, tel un homme qui découvre un nid où l'oiseau couve tranquillement ses oisillons. Ils étaient calmes et sereins, et je les ai capturés d'un seul coup : l'oiseau comme les œufs d'or sont tombés entre mes mains, sans exiger de longs délais.

De plus, selon la nature, lorsqu'un homme vient dérober les oisillons, l'oiseau se défend avec ses maigres forces - à coups d'ailes, de griffes et de bec. Mais « comme on ramasse des œufs abandonnés, moi j'ai ramassé toute la terre » - j'ai recueilli les richesses de toute la terre tel un homme qui ramasse des œufs abandonnés, sans propriétaire, dont la mère a quitté le nid. On ne m'a même pas opposé le moindre combat ; je suis venu, j'ai tout pris, l'argent et l'or, les oisillons et les œufs, sans la moindre bataille. « Nul n'a remué l'aile » - l'oiseau a coutume de se débattre avec ses ailes pour chasser ses ennemis, or nul n'a battu de l'aile contre moi. « Ouvert le bec » - l'oiseau mord de son bec, or nul n'a ouvert la bouche pour me mordre. « Ni pépé » - quand on n'a plus ni ailes ni bec, au moins pousse-t-on des cris ; or personne n'a même crié. Je suis tombé sur l'armée d'un peuple et d'un pays tranquilles et paisibles, je les ai saisis avec force et les ai tous déportés, sans que quiconque ne combatte ni n'élève la voix pour crier, tant ma puissance était redoutable. Et Rachi explique pourquoi le verset poursuit avec cette formule « nul n'a remué l'aile, ouvert le bec ni pépé » : puisqu'il a comparé le pays conquis à un oiseau, il poursuit avec cette même métaphore jusqu'au bout.

« La hache se glorifiera-t-elle aux dépens de celui qui fend avec elle ? » - La réponse du prophète

הֲיִתְפָּאֵר֙ הַגַּרְזֶ֔ן עַ֖ל הַחֹצֵ֣ב בּ֑וֹ אִם־יִתְגַּדֵּ֤ל הַמַּשּׂוֹר֙ עַל־מְנִיפ֔וֹ כְּהָנִ֥יף שֵׁ֙בֶט֙ וְאֶת־מְרִימָ֔יו כְּהָרִ֥ים מַטֶּ֖ה לֹא־עֵֽץ׃ - La hache se glorifiera-t-elle aux dépens de celui qui fend avec elle ? La scie s'élèvera-t-elle au-dessus de celui qui la manie ? Comme si le bâton brandissait celui qui le lève, comme si la verge soulevait ce qui n'est pas du bois !

C'est ici que le prophète répond au roi d'Assyrie. Est-il concevable que la hache se glorifie aux dépens de celui qui l'utilise pour fendre ? Certes, la hache est un instrument puissant, mais a-t-elle la capacité de briser et de fendre par elle-même ? Sans la main qui la brandit, pourrais-tu briser quoi que ce soit de toi-même ? Tu proclames : « Je suis une grande hache » - c'est vrai, mais quelqu'un d'autre te tient et se sert de toi. Tu n'es rien d'autre qu'un instrument entre les mains du Saint, béni soit-Il, qui t'a soulevé et t'a insufflé cette force.

Et pourquoi ajoute-t-il : « La scie s'élèvera-t-elle au-dessus de celui qui la manie » ? Le Malbim l'explique : la hache pourrait encore émettre un semblant d'argument. En effet, après qu'on l'a levée, au moment de retomber, elle fend par sa propre force - son propre poids suffit à l'entraîner vers le bas pour briser ce qui s'y trouve. La hache pourrait arguer : « C'est toi qui as fait l'effort de me lever, mais la chute et la brisure, c'est moi qui les ai opérées. » Ainsi prétend Sennachérib : « Le début vient du Saint, béni soit-Il, mais l'accomplissement vient de moi. » Ce à quoi le prophète lui rétorque : tu n'es même pas une hache, tu n'es qu'une scie. La scie ne coupe qu'au mouvement de va-et-vient qu'on lui impose d'avant en arrière, et dès que la main s'arrête, la scie cesse absolument tout travail, sans détenir la moindre force autonome. Est-il donc pensable que la scie s'enorgueillisse devant celui qui la manie ? Et cette scie qui abat les cèdres - tout cela n'est accompli que par le Saint, béni soit-Il, et tu n'es qu'un outil entre Ses mains.

« Comme si le bâton brandissait celui qui le lève » - à plus forte raison n'y a-t-il aucune place pour une prétention encore plus démesurée : non seulement la hache prétendrait agir par elle-même, mais elle prétendrait en plus diriger celui qui la tient ! C'est comme si la scie disait : « Vous voyez la main bouger d'avant en arrière ? C'est moi qui bouge, et par conséquent c'est moi qui fais bouger la main. Vous voyez la main brandir la hache ? C'est moi qui ai décidé de m'élever, et la main a suivi mon mouvement. » Une telle chose est-elle possible ? « Comme si le bâton brandissait celui qui le lève » - non content de se brandir lui-même, le bâton prétendrait brandir celui qui le porte ! Telle est l'affirmation de Sennachérib : non seulement je suis indépendant et j'agis de mon propre chef, mais j'aurais même la force de contraindre la Puissance suprême à se plier à ma volonté.

« Comme si la verge soulevait ce qui n'est pas du bois » - et plus encore : le bâton va-t-il se dresser et prétendre qu'il n'est pas du bois ? Le bois est une matière inerte, sans vie et dépourvue de toute faculté d'agir par elle-même. Tu t'arroges la grandeur en disant : « Je ne suis pas un bois inerte, je possède en moi la vie, je suis un bâton capable de s'élever tout seul ! » C'est bien ce qu'il a exprimé en prétendant : « Je suis un dieu » et non un homme, « je m'égalerai au Très-Haut ». Peut-on concevoir qu'un morceau de bois mort soutienne qu'il renferme de la vie ?

Et par là, observe le Malbim, il a porté sa folie à son comble sur quatre points. Premièrement, il a nié que toute sa force et son action émanent d'Hachem, soutenant que sa puissance était autonome. Deuxièmement, il a même renié le fait que l'origine de sa force et de son pouvoir venait d'Hachem - car un être humain pourrait concéder : « J'ai été créé par Hachem, mais désormais j'agis de manière indépendante », or lui a renié jusqu'à cette origine première. Et ces deux aspects sont renfermés dans les mots « Achour, bâton de Ma colère, et verge entre leurs mains de Mon courroux » : dès l'origine tu n'es qu'un bâton, et de plus tu ne frappes que ceux qu'on t'ordonne de frapper. Troisièmement, il a cru avoir le pouvoir de dominer le Dieu des dieux. Et quatrièmement, il s'est montré si insensé qu'il a oublié sa condition d'être humain, allant jusqu'à proclamer : « Je m'égalerai au Très-Haut ».

« Le dépérissement parmi ses guerriers vigoureux » - La chute d'Assyrie de l'intérieur et de l'extérieur

לָ֠כֵן יְשַׁלַּ֨ח הָאָד֜וֹן יְהֹוָ֧ה צְבָא֛וֹת בְּמִשְׁמַנָּ֖יו רָז֑וֹן וְתַ֧חַת כְּבֹד֛וֹ יֵקַ֥ד יְקֹ֖ד כִּיק֥וֹד אֵֽשׁ׃ - C'est pourquoi le Maître, Hachem Tsevaot, enverra le dépérissement parmi ses guerriers vigoureux, et sous sa gloire s'allumera un embrasement, comme l'embrasement d'un feu.

Le Malbim explique : la puissance et la gloire d'un royaume proviennent de deux éléments. Le premier - la force intérieure : le nombre de ses hommes vaillants, la grandeur d'âme et la vigueur de son peuple. Le second - l'honneur extérieur : la multitude de sa population et sa richesse. Ici, le prophète compare le royaume d'Assyrie à un homme qui, aux jours de sa force, possède une vigueur intérieure - il est vigoureux et robuste - ainsi qu'un honneur extérieur - sa richesse et le grand nombre de ses enfants. Leur chute se déroulera en deux étapes : d'abord la force intérieure sera anéantie, puis disparaîtront également la richesse et la grandeur.

« Il enverra la maigreur parmi ses hommes robustes » - le Saint, béni soit-Il, anéantit leur force intérieure, et cela provient d'eux-mêmes, non d'une cause extérieure. C'est à l'image de l'amaigrissement : lorsqu'un homme perd du poids, ce n'est pas parce que quelqu'un lui a soutiré quoi que ce soit, mais parce que ses organes internes consomment la graisse. Quand on n'introduit plus de calories de l'extérieur, le corps puise dans ses propres réserves pour les convertir en énergie, et l'homme maigrit ainsi. De même, la force intérieure d'Assyrie s'épuisera d'elle-même, tel un corps qui se consume de l'intérieur. En second lieu - l'honneur extérieur, la richesse et le prestige dont ils jouissent aux yeux des nations, disparaîtront également, mais cela surviendra par une cause extérieure : tel un homme chez qui un incendie éclate, réduisant en cendres ses biens, ses possessions et sa maison, lui faisant perdre toute sa grandeur d'un seul coup. Il ne restera alors à ce royaume ni vaillance et vigueur intérieures, ni honneur et richesse extérieurs.

« Et sous sa gloire » - Les vêtements font l'honneur de l'homme

Il y a ici une allusion supplémentaire, dit le Malbim, au feu descendu du Ciel pour consumer son camp. Cela s'explique d'après ce que rapporte Rachi au nom de nos Sages. La Guémara enseigne que Rabbi Yohanan appelait ses vêtements « ce qui m'honore » (mékhebdoutay), car c'est par l'habit que l'homme acquiert son honneur. Et c'est une réalité tangible : si un homme entre vêtu d'un short et d'un débardeur, puis que ce même homme se présente ensuite en costume, cravate et avec une élégante mallette - la première fois, on le regardera avec dédain, et la seconde, avec déférence, alors même qu'on ne le connaît absolument pas.

On raconte à ce propos une histoire sur Ibn Ezra : il arriva un jour quelque part vêtu comme un indigent et on l'installa à la table des pauvres. Une autre fois, il s'y présenta paré d'habits d'apparat et de vêtements de grande valeur, et on le fit asseoir à la table d'honneur, parmi les rabbins et les notables. Assis là dans un manteau majestueux aux manches larges et tombantes, on lui servit une assiette de soupe - il prit alors sa manche et la plongea dans la soupe pour abreuver son vêtement. On lui demanda : « Que fais-tu là ? » Il leur répondit : « Je suis venu ici il y a deux semaines et vous m'avez assis parmi les pauvres, et aujourd'hui vous m'installez à la place d'honneur. Qu'est-ce qui a changé ? Ces beaux habits. Dès lors, qui mérite véritablement de manger - moi ou mes vêtements ? Si c'était moi qui le méritais, vous m'auriez honoré il y a deux semaines déjà. C'est donc à mes vêtements que revient cet honneur : qu'ils boivent donc la soupe ! »

De là découle d'ailleurs une raison aux lois de tsniout (pudeur), recommandant aux femmes de ne pas porter de vêtements négligés ou vulgaires. Certains s'interrogent parfois : pourquoi, dans le public observant, les femmes portent-elles des tenues si dignes, au point qu'en passant à Bnei Brak on a toujours l'impression que c'est Chabbat, alors qu'ailleurs on porte des jeans et des vêtements tout simples ? L'explication est claire : il ne s'agit pas de faire étalage d'habits trop somptueux, mais un vêtement digne instaure une juste distance, tandis qu'un t-shirt et un jean créent un sentiment de familiarité. Or, les voies de la pudeur exigent que la femme s'habille de manière à inspirer le respect et la réserve, plutôt que la proximité. L'honneur dépend donc bien des vêtements.

C'est le sens de « et sous sa gloire s'allumera un embrasement, comme l'embrasement d'un feu ». Comment Sanhérîv et son armée ont-ils péri ? Leur âme a brûlé tandis que leur corps demeurait intact - et leurs vêtements restèrent indemnes. « Sous sa gloire », sous ses vêtements, c'est là que brûla ce brasier ; ce sont les vêtements qui honorent l'homme, et seul l'intérieur fut consumé comme par le feu. Rachi rapporte un Midrach Aggada : le Saint, béni soit-Il, récompensa ici les descendants de Sem pour l'honneur que Sem avait rendu à son père en couvrant la nudité de Noa'h, comme il est dit : « Sem et Japhet prirent le manteau ». Le peuple d'Israël mérita pour cela la mitsva des tsitsit, du talit ; et Sanhérîv et son armée, également issus de la descendance de Sem, méritèrent que « sous sa gloire s'allume un embrasement » - que leurs vêtements demeurent intacts sans être brûlés. En quoi cela constituait-il un honneur ? C'est que voir ses vêtements consumés constitue une mort avilissante et ignominieuse. Nos Sages disent : « Choisis-lui une belle mort » - même pour celui qui est condamné à mort par le Beth Din, on évite une fin dégradante, pleine de souffrances et de défiguration corporelle, de sang et de plaies. Ici aussi, le Saint, béni soit-Il, leur choisit une mort digne : leur corps resta intact et seule leur âme fut brûlée, en récompense de cet acte ancestral.

« Et la lumière d'Israël deviendra un feu » - La délivrance par le temps et la délivrance par le mérite

וְהָיָ֤ה אֽוֹר־יִשְׂרָאֵל֙ לְאֵ֔שׁ וּקְדוֹשׁ֖וֹ לְלֶהָבָ֑ה וּבָעֲרָ֗ה וְאָכְלָ֛ה שִׁית֥וֹ וּשְׁמִיר֖וֹ בְּי֥וֹם אֶחָֽד׃ - « Et la lumière d'Israël deviendra un feu, et son Saint une flamme ; elle brûlera et dévorera ses épines et ses ronces en un seul jour. »

Le Malbim explique : la délivrance d'Israël face aux épreuves dépend de deux facteurs. Le premier - le temps : chaque détresse a une durée limitée, et à son terme, elle disparaît nécessairement. Il n'est point de malheur sans limite, et tout comme après chaque nuit vient inévitablement le jour, après chaque épreuve survient la délivrance ; la seule question est de savoir quand. Le second facteur - l'amélioration des actes : si nous amendons notre conduite, l'épreuve s'éloigne d'elle-même. C'est là le principe de « s'ils le méritent, Je la hâterai ; s'ils ne le méritent pas, elle viendra en son temps ». Si l'on purifie ses actions et rectifie ses voies, on peut dès aujourd'hui écarter le malheur ; et s'ils ne le méritent pas, l'épreuve ne dure pas éternellement, la délivrance surviendra en son temps fixé.

Or ici, lors du sauvetage face à Sanhérîv, ces deux dimensions se sont conjuguées. Du point de vue du temps - la fin de la nuit était déjà venue, et c'est le sens de « et la lumière d'Israël deviendra » : la clarté du matin qui brille pour Israël. Et cette lumière même qui nous éclaire deviendra un feu pour Sanhérîv. En d'autres termes, il ne s'agit pas seulement d'une délivrance pour nous tandis qu'il retournerait indemne dans son pays, mais ce qui nous illumine le consume, lui. Du point de vue des actes : cette génération comptait des justes, et ils redoublèrent de piété face au siège imposé par Sanhérîv. C'est là le sens de « et son Saint une flamme » - par les mérites singuliers d'Israël, le brasier s'amplifia dans le camp assyrien. Car la flamme dépasse le simple feu : le feu reste bas tandis que la flamme s'élève, rendant ainsi le miracle visible au loin et sa chute manifeste pour tous les peuples. Il s'ensuit que notre sanctification et la rectification de nos actes produisent un double effet : ils accroissent notre mérite à être sauvés, et ils intensifient la défaite de Sanhérîv, faisant passer le feu au rang de flamme. Dès lors, « elle brûlera et dévorera ses épines et ses ronces » - le feu et la flamme consumeront ses épines, c'est-à-dire les simples soldats de son camp, et la délivrance d'Israël surviendra immédiatement en ce même jour.

« Et la gloire de sa forêt et de son verger » - La chute des officiers et des guerriers

וּכְב֤וֹד יַעְרוֹ֙ וְכַרְמִלּ֔וֹ מִנֶּ֥פֶשׁ וְעַד־בָּשָׂ֖ר יְכַלֶּ֑ה וְהָיָ֖ה כִּמְסֹ֥ס נֹסֵֽס׃ - Et la gloire de sa forêt et de son verger fertile, depuis l'âme jusqu'à la chair, Il l'anéantira ; et ce sera comme la décomposition d'un porte-étendard.

Si le texte parlait auparavant de « ses ronces et ses épines », qui représentent la masse du peuple et la troupe ordinaire, il passe à présent aux ministres, aux conseillers et aux vaillants guerriers, qui sont les personnages éminents, comparés à la forêt et au verger. La forêt, explique le Malbim, est plus robuste, et le verger (Karmel) est plus précieux, ce qui est une allégorie des ministres et des conseillers. Et « depuis l'âme jusqu'à la chair, Il l'anéantira » : dans une forêt en flammes, les troncs ne se consument pas jusqu'à devenir de la cendre totale mais sont calcinés, tandis que seules les branches et la cime prennent feu - car c'est la force végétative (l'âme de l'arbre) qui brûle en premier. Dans l'allégorie : l'armée sera désagrégée au point qu'il n'y restera plus aucun souffle de vie, la royauté et le commandement leur seront retirés, mais le corps, c'est-à-dire les individus eux-mêmes, subsiste encore. C'est pourquoi le verset ajoute « depuis l'âme jusqu'à la chair, Il l'anéantira » - non seulement les dirigeants et les ministres importants, mais aussi les simples individus, Il les anéantira tous.

« Et ce sera comme la liquéfaction d'un porte-étendard (kimsos nossès) » - le Malbim explique : le porte-étendard lui-même, à savoir Sanhériv, fondra et dépérira. Pourquoi est-il appelé « nossès » ? Parce qu'il porte l'étendard (nès) des nations pour la guerre. Un « nès » est un haut mât, une perche à laquelle on suspend la bannière, comme dans l'expression « Dressez un étendard vers Sion » ; on partait au combat précédé d'un haut mât surmonté d'un drapeau. Et « massos » désigne une chose qui fond. Il s'avère donc que même celui qui porte l'étendard et le drapeau finira lui-même par fondre et disparaître.

Rachi explique un peu différemment : puisqu'il les a comparés aux arbres de la forêt, il compare leur châtiment à un ver qui ronge le bois. Or, l'on sait que la maison de Jacob est comparée à un ver, dont la force ne réside que dans la bouche. Le ver est minuscule et personne n'y prête attention, mais un petit ver peut abattre un arbre gigantesque ; il existe des maisons entières en bois que l'on doit évacuer parce que de minuscules vers ou insectes les ont rongées, créant un risque d'effondrement. Selon Rachi, « nossès » est le ver, et « massos » est ce qui est broyé et rongé par lui - le ver vous broiera et vous rongera peu à peu jusqu'à ce qu'il ne reste rien de vous. Et l'on peut ajouter qu'il y a là une allusion à la manière dont ils sont morts : l'arbre rongé de l'intérieur par le ver paraît intact, on ne remarque rien jusqu'à ce qu'il s'effondre soudainement ; de même pour eux, leur âme a brûlé tandis que leur corps demeurait intact.

« Et un enfant pourra les inscrire » - dix seulement survécurent

וּשְׁאָ֥ר עֵ֛ץ יַעְרוֹ מִסְפָּ֣ר יִהְי֑וּ וְנַ֖עַר יִכְתְּבֵֽם׃ - Et le reste des arbres de sa forêt sera en petit nombre, et un enfant pourra les inscrire.

« Et le reste des arbres de sa forêt » - le petit nombre de rescapés de toute l'immense forêt qu'il aura levée contre Juda. « Sera en petit nombre (mispar yiheyou) » - on pourra les compter, et à tel point qu'« un enfant pourra les inscrire » : un jeune garçon ne sait ni beaucoup écrire ni compter bien loin, or ils seront si peu nombreux qu'un enfant pourra les dénombrer. Comme on dirait aujourd'hui : on pourra les compter sur les doigts d'une main. Rachi rapporte l'enseignement de nos Sages : combien en est-il resté ? Dix. Car il n'est pas d'enfant qui ne sache tracer un petit Youd - une lettre complexe lui est difficile à écrire, mais un point, un petit trait, cela il sait le faire. Et combien en est-il resté ? Un nombre que même un enfant peut inscrire, à savoir la lettre Youd, qui vaut dix.

« S'appuyer sur celui qui le frappe » - la fin du faux appui

וְהָיָ֣ה ׀ בַּיּ֣וֹם הַה֗וּא לֹא־יוֹסִ֨יף ע֜וֹד שְׁאָ֤ר יִשְׂרָאֵל֙ וּפְלֵיטַ֣ת בֵּֽית־יַעֲקֹ֔ב לְהִשָּׁעֵ֖ן עַל־מַכֵּ֑הוּ וְנִשְׁעַ֗ן עַל־יְהֹוָ֛ה קְד֥וֹשׁ יִשְׂרָאֵ֖ל בֶּאֱמֶֽת׃ - Et il arrivera, en ce jour-là, que le reste d'Israël et les rescapés de la maison de Jacob ne continueront plus à s'appuyer sur celui qui les frappe, mais ils s'appuieront en vérité sur Hachem, le Saint d'Israël.

En ce jour-là, lorsqu'ils verront la puissance infinie d'Hachem béni soit-Il, ils ne continueront plus à s'appuyer sur celui qui les frappe. On a déjà rappelé à plusieurs reprises la distinction entre « Israël » et « Jacob » : Israël évoque la noblesse et le pouvoir (serara), et désigne les grands et les hommes d'élite ; Jacob dérive de « talon » ('ékèv), et désigne les couches modestes, la partie inférieure du peuple. De même, il existe une différence entre « reste » (chéar) et « rescapés » (peleita) : le « reste », ce sont ceux qui demeurent sur place, tandis que la « peleita », ce sont ceux qui fuient et sont dispersés ailleurs. Selon cette lecture, « le reste d'Israël » correspond à la tribu de Juda, restée sur sa terre sans avoir encore été exilée ; et « les rescapés de la maison de Jacob » désigne les dix tribus, qui étaient à un niveau spirituel inférieur à celui de Juda puisqu'elles avaient sombré dans l'idolâtrie de façon constante, et qui avaient déjà été exilées, dispersées et chassées.

Et pourquoi ne s'appuieront-ils plus sur celui qui les frappe ? Car nous avons bien vu qui ils étaient allés chercher comme renfort : l'Assyrie, Aram, les nations païennes... Et qu'en est-il advenu ? Ces mêmes peuples se sont retournés contre eux et les ont frappés. Non seulement ils n'ont pas rempli leur promesse ni ne les ont protégés de leurs ennemis, mais après leur avoir extorqué tout leur or et leur argent, ils sont venus les frapper eux-mêmes. Le prophète emploie une métaphore qui exprime ces deux aspects à la fois : le bâton. D'un côté, il sert d'appui - « le marcheur s'appuie sur son bâton » ; d'un autre côté, il existe un « bâton de destruction », ce même bâton pouvant servir à frapper. C'est exactement ce qui leur est arrivé : ils ont pris un appui qui s'est transformé en verge de châtiment, et leur propre béquille s'est mise à les frapper.

« Mais ils s'appuieront en vérité sur Hachem, le Saint d'Israël » - ils s'appuieront sur le véritable soutien, sur le Saint béni soit-Il, le Saint d'Israël, dont le peuple d'Israël sanctifie et élève le Nom. Et le mot « en vérité » (be'émet) s'interprète dans deux directions. La première : Il est un appui véritable, et non comme ces roseaux brisés sur lesquels on s'appuie et dont les échardes vous percent la paume. La seconde : cette vérité nous concerne nous-mêmes - lorsque l'on s'appuie et que l'on place sa confiance en Hachem avec sincérité, Il devient notre appui ; en revanche, si « de leur bouche ils M'ont honoré mais leur cœur est resté éloigné de Moi », si l'on ne sollicite Sa protection que pour agir ensuite selon son bon vouloir, Il ne saurait être un appui. Seul celui qui s'en remet à Hachem de tout son cœur, en toute vérité, sera protégé et sauvé par Lui.

שְׁאָ֥ר יָשׁ֖וּב שְׁאָ֣ר יַעֲקֹ֑ב אֶל־אֵ֖ל גִּבּֽוֹר׃ - Un reste reviendra, le reste de Jacob, vers le Dieu Tout-Puissant.

« Un reste reviendra » - les rescapés de l'épée qui subsisteront ici, parmi Juda et Israël. Et ne dis pas que seule une poignée d'entre eux reviendra, mais « le reste de Jacob », qui englobe également les plus humbles d'entre eux ; tous reviendront « vers le Dieu Tout-Puissant » : ils verront la puissance d'Hachem, en seront saisis d'émerveillement, et cela éveillera dans leur cœur le désir de faire techouva et de s'abriter sous l'aile d'Hachem béni soit-Il.

« L'anéantissement est décrété, débordant de justice »

כִּ֣י אִם־יִהְיֶ֞ה עַמְּךָ֤ יִשְׂרָאֵל֙ כְּח֣וֹל הַיָּ֔ם שְׁאָ֖ר יָשׁ֣וּב בּ֑וֹ כִּלָּי֥וֹן חָר֖וּץ שׁוֹטֵ֥ף צְדָקָֽה׃ - Car quand bien même ton peuple, Israël, serait nombreux comme le sable de la mer, seul un reste reviendra ; l'anéantissement est décrété, débordant de justice.

À première vue, ce verset semble obscur et juxtapose des expressions dont le lien n'apparaît pas clairement. Le Malbim le réarticule ainsi : « Israël, ton peuple est comme le sable de la mer ; si un reste y revient, c'est que la droiture a submergé l'anéantissement décrété ». En d'autres termes : toi, Israël, ton peuple est innombrable comme le sable de la mer, et même si, après l'exil imposé par le roi d'Assur, il ne subsiste qu'un mince reste - à l'image de ce qui a été dit sur Sennachérib : « et le reste des arbres de sa forêt », où seuls quelques-uns demeurent -, sache, dit Hachem dans la prophétie, qu'« un reste reviendra », ils finiront par revenir. Et à quel mérite ? Au mérite du fait que « la justice submerge l'anéantissement résolu » : la droiture de leurs actes - car ils amélioreront leur conduite, pratiqueront la charité et la justice et reviendront vers Hachem - balayera la destruction irréversible, cet anéantissement total qui aurait dû s'abattre sur eux, à Dieu ne plaise. La droiture annule le décret, et c'est ainsi que ce reste reviendra lors de la délivrance complète sur la Terre sainte.

כִּ֥י כָלָ֖ה וְנֶחֱרָצָ֑ה אֲדֹנָ֤י יֱהֹוִה֙ צְבָא֔וֹת עֹשֶׂ֖ה בְּקֶ֥רֶב כׇּל־הָאָֽרֶץ׃ - Car une destruction totale et irréversible, le Seigneur, l'Éternel Tout-Puissant, l'accomplit au milieu de toute la terre.

On pourrait objecter : le Saint, béni soit-Il, a déjà décrété la destruction, et le décret est « tranché » - irrévocable, absolu et scellé ; dès lors que le verdict est rendu, comment le Saint, béni soit-Il, modifierait-Il Son décret ? Le prophète répond : Hachem ne change pas Son décret, la sentence demeure, mais Il en change simplement le destinataire. « Car une destruction résolue, le Seigneur Tout-Puissant l'accomplit » - le décret s'exécutera bel et bien, mais « au milieu de toute la terre », sur les nations idolâtres qui outragent le peuple d'Hachem. Quant au peuple d'Hachem, il sera finalement sauvé.

« Ne crains pas Assur, ô Mon peuple qui habites à Sion »

לָכֵ֗ן כֹּֽה־אָמַ֞ר אֲדֹנָ֤י יֱהֹוִה֙ צְבָא֔וֹת אַל־תִּירָ֥א עַמִּ֛י יֹשֵׁ֥ב צִיּ֖וֹן מֵאַשּׁ֑וּר בַּשֵּׁ֣בֶט יַכֶּ֔כָּה וּמַטֵּ֥הוּ יִשָּֽׂא־עָלֶ֖יךָ בְּדֶ֥רֶךְ מִצְרָֽיִם׃ - C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur, l'Éternel Tout-Puissant : Ne crains pas Assur, ô Mon peuple qui habites à Sion ! Il te frappera de la verge, et il lèvera son bâton contre toi à la manière de l'Égypte.

C'est pourquoi le prophète leur annonce : bien que les autres nations tremblent devant Sennachérib, qui a répandu la terreur sur tous les peuples, et bien que les dix tribus aient tremblé devant lui puisqu'elles ont été exilées par sa main, toi, Mon peuple qui habites à Sion, qui es demeuré à Sion - la génération de Hizkiyahou étant composée de justes -, il ne pourra rien contre toi. Qu'arrivera-t-il donc ? « Il te frappera de la verge ». Le Malbim explique : les coups de verge ne présentent pas de danger mortel, car la verge est une baguette souple, comme dans l'expression « qui ménage sa verge hait son fils » ; le bâton, en revanche, inflige de cruelles souffrances et une vive douleur. Le prophète dit donc : vous n'avez rien à craindre, il n'y aura qu'un coup de verge. « Et il lèvera son bâton contre toi à la manière de l'Égypte » : en effet, comme nous l'avons vu dans le Livre des Rois et le verrons encore par la suite, Sennachérib dut descendre combattre Tirhaka, roi de Kouch. Hachem orchestra les événements afin qu'il amène de là-bas tous les trésors conquis, pour qu'ils tombent ensuite entre nos mains. En partant, Sennachérib leur lança : ne croyez pas que je sois parti pour de bon, je reviendrai vous soumettre. C'est le sens de « il lèvera sur toi » : il brandira son bâton pour vous menacer, signifiant : jusqu'ici vous n'avez goûté qu'à la verge, mais prenez garde, le bâton vous attend. Le prophète lui dit alors : ne crains pas ces menaces.

כִּי־ע֖וֹד מְעַ֣ט מִזְעָ֑ר וְכָ֣לָה זַ֔עַם וְאַפִּ֖י עַל־תַּבְלִיתָֽם׃ - Car encore un bien court instant, et la fureur prendra fin, et Ma colère se tournera vers leur destruction.

« Miz'ar » signifie peu ; c'est-à-dire encore très peu de temps, quelques jours seulement. « Et la fureur prendra fin » - Ma fureur envers vous s'éteindra. En effet, Assur n'est que « la verge de Ma colère », et le bâton dans sa main est « Mon indignation » ; il ne possède aucune puissance autonome, n'étant qu'un instrument dans la main d'Hachem pour inciter Israël à faire techouva. Hachem déclare donc : cette indignation, qui constituait le bâton avec lequel J'ai frappé les nations, cessera, et il n'y aura plus de bâton, pour ainsi dire, dans Ma main pour châtier. « Et Ma colère » - toutefois, le courroux ne disparaîtra pas entièrement ; sur qui s'abattra-t-il ? Non sur les habitants de la terre, mais « sur leur abomination » (tevelitam). Le Malbim explique que le mot « tavlitam » provient de la racine « tével », qui désigne l'infamie et l'abomination, comme dans le verset « ils ont commis une abomination, tous deux seront mis à mort », qui se rapporte à la débauche et à l'immoralité. En clair : Ma colère demeurera dirigée contre les abominations des Assyriens, et Je leur réclamerai des comptes.

« Comme le coup de Midyane au rocher d'Orev »

וְעוֹרֵ֨ר עָלָ֜יו יְהֹוָ֤ה צְבָאוֹת֙ שׁ֔וֹט כְּמַכַּ֥ת מִדְיָ֖ן בְּצ֣וּר עוֹרֵ֑ב וּמַטֵּ֙הוּ֙ עַל־הַיָּ֔ם וּנְשָׂא֖וֹ בְּדֶ֥רֶךְ מִצְרָֽיִם׃ - L'Éternel Tsévaot brandira contre lui un fouet, comme le coup porté à Midyane au rocher d'Orev ; et Son bâton sera sur la mer, et Il le lèvera à la manière de l'Égypte.

Hachem brandira contre Achour un fouet, tout comme Il frappa Midyane au rocher d'Orev. Or, à propos de Midyane, il est rapporté qu'ils s'entretuèrent sous l'effet de la terreur d'Hachem qui s'était abattue sur eux ; saisis de panique, chacun tourna son épée contre son compagnon, et leurs princes s'enfuirent ensuite avant d'être mis à mort. Il en sera de même pour le camp d'Achour : ils s'entretueront les uns les autres. Et qui tua Sanhériv lui-même ? Ce sont ses propres fils qui le frappèrent par l'épée, exactement comme le coup porté à Midyane au rocher d'Orev.

« Et Son bâton sera sur la mer » - puis Il suscitera contre lui le bâton d'Hachem. Et où avons-nous vu le bâton d'Hachem à l'œuvre ? Lorsqu'Il frappa la mer, ce qui ne fut accompli que par Sa main, béni soit-Il. De même ici, l'achèvement de la destruction se fera par Sa main - par l'intermédiaire de l'ange qui brûla le camp d'Achour d'une combustion de l'âme tout en laissant le corps intact. « Et Il le lèvera selon la voie de l'Égypte » - une tournure poétique : le roi d'Achour descend à présent en Égypte, et lorsqu'il reviendra, il ramènera avec lui, par la voie de la mer, le bâton d'Égypte. Les plaies que les Égyptiens subirent à la mer par le bâton l'accompagneront sur le chemin du retour, et ce sont ces mêmes coups qu'il recevra ici.

« Et le joug sera brisé à cause de l'huile »

וְהָיָ֣ה ׀ בַּיּ֣וֹם הַה֗וּא יָס֤וּר סֻבֳּלוֹ֙ מֵעַ֣ל שִׁכְמֶ֔ךָ וְעֻלּ֖וֹ מֵעַ֣ל צַוָּארֶ֑ךָ וְחֻבַּ֥ל עֹ֖ל מִפְּנֵי־שָֽׁמֶן׃ - Et il arrivera en ce jour-là que son fardeau sera retiré de dessus ton épaule, et son joug de dessus ton cou, et le joug sera brisé à cause de l'huile.

« Son fardeau sera retiré » - le fardeau que vous impose le roi d'Achour, c'est-à-dire le tribut que vous êtes contraints de lui verser. De plus, son joug pèse sur vous, car vous lui êtes assujettis et n'êtes plus indépendants. « Et le joug sera brisé par l'embonpoint » - le Malbim explique cela par la parabole du bœuf : le joug est une sorte de pièce de bois en fourche posée sur le cou du bœuf, à laquelle on attache la charrue ou le chariot. Si le cou du bœuf devient trop épais et trop gras, le joug trop étroit le compresse, se rompt et ne peut plus tenir sur lui. C'est comme si le prophète lui disait : toi, roi d'Achour, tu veux poser ton joug sur le cou de Hizkiyahou, mais son cou est trop vigoureux, trop empâté de mérites, et ton joug trop étroit ; il ne pourra pas s'y maintenir, mais se brisera. Et qu'est-ce que ce cou « gras » ? Ce sont les immenses mérites de Hizkiyahou, comme nous allons le mentionner à l'instant. C'est ainsi que le prophète s'exprime constamment, par des métaphores et des paraboles imagées, comme nous l'avons vu dans le verset précédent avec le bâton d'appui devenu bâton de châtiment, et avec le bâton qu'il ramènera d'Égypte.

Nos Sages, de mémoire bénie, proposent d'autres enseignements sur ce point, rapportés par Rachi. Le premier : « Et le joug sera brisé » - le joug de Sanhériv, « devant l'huile » - en raison de Hizkiyahou, qui était agréable et doux pour sa génération comme l'huile. Pour qualifier une personne affable, on dit qu'elle est douce comme l'huile ou le beurre ; et pour désigner quelqu'un d'inflexible, on dit qu'il est dur comme le cèdre, intraitable et rigide en tout. L'Écriture affirme ainsi que le joug rigide sera brisé par l'huile : la douceur incarnée par Hizkiyahou l'emportera sur la dureté du joug de Sanhériv.

Autre explication : « Devant l'huile » - en raison de l'huile de Hizkiyahou qui brûlait dans les synagogues et les maisons d'étude (batei midrash), car il fit asseoir tout le peuple pour s'adonner à la Torah. Comme nos Sages l'ont enseigné : on vérifia de Gevat à Antipatris, et de Dan jusqu'à Beer Shéva, et l'on ne trouva pas un garçonnet ni une fillette qui ne fussent versés dans les lois de pureté et d'impureté rituelles (touma vé-tahara) - or, ce sont là parmi les lois les plus ardues, et il s'agissait d'enfants de sept, huit ou dix ans ! D'où cela venait-il ? Du roi Hizkiyahou, qui avait rapproché le peuple entier du service divin. C'est cette huile de Hizkiyahou qui a brisé le joug de Sanhériv. Et le Talmud rapporte qu'il planta une épée à l'entrée du Beth Hamidrash et déclara : quiconque ne s'adonne pas à la Torah sera transpercé par l'épée. Il ne s'agissait nullement de contrainte arbitraire, mais il leur disait en vérité : Sanhériv est aux portes, il en a déjà fini avec les dix tribus ; voulez-vous subir le même sort ? Votre unique planche de salut est d'étudier la Torah. C'est pourquoi il planta une épée au Beth Hamidrash en leur signifiant : cette épée représente celle de Sanhériv, et si vous ne vous consacrez pas à la Torah, elle vous atteindra. Non pas que je vais vous tuer, à D.ieu ne plaise, mais sachez qu'une épée plane au-dessus de vos têtes, et que seul celui qui étudie la Torah méritera d'en réchapper.

La campagne de conquête : l'angoisse des cités face à la sérénité de Jérusalem

בָּ֥א עַל־עַיַּ֖ת עָבַ֣ר בְּמִגְר֑וֹן לְמִכְמָ֖שׂ יַפְקִ֥יד כֵּלָֽיו׃ - Il est arrivé à Ayat, il a traversé Migron ; à Mikhmass, il dépose ses bagages.

Le prophète décrit maintenant comment le roi d'Achour s'avance avec une puissance colossale tandis que tous tremblent devant lui et sombrent dans la terreur - à l'exception de Sion et de Jérusalem, qui se rient de lui, se moquent et le méprisent, car elles savent que leur force est avec elles, « et nous, nous invoquons le Nom de l'Éternel notre D.ieu », et qu'elles n'ont rien à redouter de lui. Voyez sa force démesurée : « Il est arrivé à Ayat », et « il a traversé Migron » - des noms de localités où nul n'osa s'opposer à lui par les armes. « À Mikhmass, il dépose ses bagages » - c'est là qu'il entreposa ses abondantes armes et son équipement afin d'alléger sa marche.

עָֽבְרוּ֙ מַעְבָּרָ֔ה גֶּ֖בַע מָל֣וֹן לָ֑נוּ חָֽרְדָה֙ הָרָמָ֔ה גִּבְעַ֥ת שָׁא֖וּל נָֽסָה׃ - Ils ont franchi le défilé, ils ont passé la nuit à Guéva ; Rama a tremblé, Guiv'at Chaoul a pris la fuite.

De là, ils ont franchi le défilé et ont passé la nuit à Guéva, où se dresse d'un côté le pic rocheux de Mikhmash. C'est alors que son arrivée fut connue de tous les habitants du pays, des proches comme des lointains, au point que même les habitants de Rama furent saisis d'effroi, et que Guiv'at Chaoul prit la fuite par terreur devant l'approche de Sanhérib.

צַהֲלִ֥י קוֹלֵ֖ךְ בַּת־גַּלִּ֑ים הַקְשִׁ֥יבִי לַ֖יְשָׁה עֲנִיָּ֥ה עֲנָתֽוֹת׃ - Fais retentir ta voix, fille de Galim ! Prête l'oreille, Laïcha ! Pauvre Anatot !

Le prophète ordonne à Bat-Galim de crier à pleine voix, jusqu'à ce que Laïcha prête elle aussi l'oreille, ainsi que la misérable Anatot - afin que tous entendent.

נָֽדְדָ֖ה מַדְמֵנָ֑ה יֹשְׁבֵ֥י הַגֵּבִ֖ים הֵעִֽיזוּ׃ - Madména s'est enfuie, les habitants de Guévim ont mis leurs biens en sûreté.

Et que leur annonce-t-il ? Que Madména a déjà eu le temps de s'enfuir, et que les habitants de Guévim « se sont mis à l'abri » (hé'izou) - dans le même sens que le verset : « fais mettre en sûreté ton bétail » (chélakh ha'ez et miknékha) : ils ont rassemblé tous leurs biens et les ont évacués en lieu sûr, hors d'atteinte de la main de l'ennemi.

ע֥וֹד הַיּ֖וֹם בְּנֹ֣ב לַעֲמֹ֑ד יְנֹפֵ֤ף יָדוֹ֙ הַ֣ר בַּת־צִיּ֔וֹן גִּבְעַ֖ת יְרוּשָׁלָֽ͏ִם׃ - Aujourd'hui même il fera halte à Nob ; il brandit sa main vers la montagne de la fille de Sion, la colline de Jérusalem.

Face à cette immense terreur qui s'est emparée des alentours, le prophète vient affirmer : la montagne de la fille de Sion, c'est-à-dire Jérusalem, fait un geste de la main à tous les fuyards et rescapés des villes environnantes, comme pour leur dire : pourquoi fuyez-vous ? De quoi avez-vous peur ? « Aujourd'hui même, halte à Nob » - aujourd'hui même il sera bloqué à Nob et y restera. Le Malbim explique le terme « la'amod » (s'arrêter / faire halte) au sens de « la plaie s'est arrêtée » ou de « elle cessa d'enfanter », c'est-à-dire que la progression s'interrompt. Aujourd'hui même, son avancée s'arrêtera net à Nob, et il n'arrivera pas jusqu'ici.

Rachi rapporte qu'il s'est démené et épuisé tout au long du chemin afin d'atteindre Nob aujourd'hui même. Dans la langue de nos Sages, « nitlabet » signifie peiner, se donner un mal immense (comme dans « combien nous avons peiné en route »), et non le sens moderne d'hésiter. En d'autres termes, il a fait souffrir et courir toutes ses troupes et ses régiments pour parvenir à Nob le jour même, car ses astrologues lui avaient prédit : si tu l'attaques aujourd'hui, tu la conquerras, et les astres lui annonçaient la victoire en ce jour précis. Lorsqu'il arriva à Nob, à bout de souffle, à peine arrivés, il s'arrêta, regarda et demanda : où est Jérusalem ? On la lui montra : là-bas. Il s'exclama : ça ? Mais ce n'est qu'un simple quartier ! On lui répondit : non, c'est bien elle, cette Jérusalem si rebelle qui fait tant parler d'elle ! Il se mit alors à agiter les mains avec dédain et arrogance : est-ce pour une ville pareille que j'ai mobilisé toutes ces armées ? Un seul bataillon aurait suffi ! Pourquoi ai-je déplacé toute cette armada et toute cette armée, pour ce minuscule bourg ? Il leur dit : passez la nuit ici, et demain chacun n'aura qu'à y jeter sa pierre - que chacun lance un caillou et ce sera plié ! Nos Sages décrivent les centaines de milliers d'hommes qui l'accompagnaient, asséchant le Jourdain sous leurs pas, une armée gigantesque. Et lui de s'écrier : c'est pour cela que j'ai fait tout ce tapage ? Jérusalem à l'origine ne couvrait que quelques kilomètres carrés, moins encore que l'enceinte de la vieille ville actuelle. C'est pourquoi il agite la main d'un air méprisant : qu'est-ce donc que cette « montagne de la fille de Sion, la colline de Jérusalem », un si modeste monticule, et c'est pour cela que j'ai tant couru ?

« Élaguant la ramure avec violence » - L'abattage de la forêt d'Assyrie

הִנֵּ֤ה הָאָדוֹן֙ יְהֹוָ֣ה צְבָא֔וֹת מְסָעֵ֥ף פֻּארָ֖ה בְּמַעֲרָצָ֑ה וְרָמֵ֤י הַקּוֹמָה֙ גְּדוּעִ֔ים וְהַגְּבֹהִ֖ים יִשְׁפָּֽלוּ׃ - Voici que le Maître, l'Éternel des armées, abat la cime avec violence ; les arbres de haute taille sont tranchés, et les plus élevés s'effondrent.

« Voici que le Maître » - Celui qui tient toutes les armées entre Ses mains, l'Éternel des armées, va accomplir un miracle surnaturel pour anéantir cette immense forêt qu'est le camp de Sanhérib. « Méssa'ef » désigne celui qui abat des arbres dans la forêt. Or, quiconque coupe du bois pour en faire usage a pour habitude de commencer par les arbres les plus modestes et les plus bas, avant de s'attaquer aux plus imposants et majestueux - cela vaut quand on ne cherche pas à détruire la forêt, mais à exploiter le bois avec méthode. En revanche, celui qui vient ravager commence par le contraire, par les arbres les plus grands et les plus nobles. C'est pourquoi le verset déclare : Il commence par « élaguer la ramure » (yessa'ef pourah), les plus hautes branches qui font la parure de l'arbre. Et n'allez pas imaginer qu'Il les taillait au sécateur, avec soin pour embellir la frondaison, mais « avec violence » (bé-ma'aratsa), pour une destruction totale. Le Malbim explique que la « ma'aratsa » est un instrument de fer lourd et puissant que l'on fracassait contre l'arbre pour le briser avec force, le terme venant de la même racine que « tyran » (arits) et grande puissance. Et « pourah » renvoie aux fruits de l'arbre et à son sommet, qui lui servent de parure et de couronne, comme dans l'expression « Au pressoir (poura) j'ai foulé seul ».

« Et ceux de haute taille seront abattus » - dans un second temps, Il abattra les arbres de haute stature, qui s'élèvent au-dessus du reste de la forêt. Puis Il s'en prendra à ceux qui sont en dessous, non pas immenses mais simplement élevés - « et les altiers seront abaissés », au point qu'il ne subsistera plus que les petits buissons rabougris.

וְנִקַּ֛ף סִֽבְכֵ֥י הַיַּ֖עַר בַּבַּרְזֶ֑ל וְהַלְּבָנ֖וֹן בְּאַדִּ֥יר יִפּֽוֹל׃ - Et les halliers de la forêt seront tranchés par le fer, et le Liban tombera sous un être puissant.

Enfin, Il tranchera par le fer tous les halliers de la forêt, les branches comme les troncs. Si jusqu'ici le texte parlait des arbres altiers, immenses et vigoureux, il nous apprend ici qu'Il anéantira tout sans rien épargner : les plus bas tout comme les fourrés enchevêtrés au ras du sol, jusqu'à ce que tout le Liban s'écroule. Et le sens profond : au début tomberont les officiers et les vaillants guerriers, puis succomberont aussi les faibles et l'armée tout entière. Le terme « venikaf » exprime l'action de couper et de briser, comme dans « knokef zaït » (le gaulage de l'olivier) ; il se rattache aussi à l'idée de heurter et de frapper (nogef), selon l'enseignement de nos Sages : « Un homme ne se cogne pas le doigt ici-bas sans qu'on ne l'ait décrété d'En-Haut », c'est-à-dire recevoir un coup, ou encore selon l'expression : « Voici que Je vais frapper (nogef) tout ton territoire par les grenouilles ».

« Et le Liban tombera sous un être puissant » - Rachi explique : ils tomberont par la main d'un ange. Autre explication du mot « Adir » : par le mérite de 'Hizkiyahou, qui était le souverain puissant d'Israël, comme il est dit : « Son chef (adiro) sera issu de lui ». C'est semblable au commentaire de Rachi sur le verset : « Les abîmes les ont recouverts... ils ont coulé comme du plomb dans les eaux puissantes » - ils se sont noyés dans l'eau, et qui donc ? Les « puissants » (adirim), c'est-à-dire les Égyptiens. Ici de même, « tombera sous un puissant » signifie : par l'intermédiaire d'un homme puissant et souverain sur Israël ; c'est par le mérite de 'Hizkiyahou que San'hériv et toutes ses troupes finiront par s'effondrer.

En conclusion :

Dans cette partie du chapitre se révèle un principe fondamental : San'hériv n'est qu'une hache et une scie dans la main de Celui qui manie l'outil, alors qu'il s'est attribué une force autonome, une sagesse indépendante du Ciel, et même la capacité de contraindre pour ainsi dire la Toute-Puissance divine - et c'est par ces quatre degrés d'aveuglement que son sort a été scellé. Le Saint, béni soit-Il, anéantit sa force intérieure par « une consomption parmi ses guerriers vigoureux » et sa gloire extérieure par « un embrasement pareil à l'embrasement du feu », jusqu'à ce qu'il ne reste qu'une poignée d'hommes qu'un enfant pourrait dénombrer. Face à cela se dresse le salut d'Israël, qui procède à la fois du temps fixé - « Et la Lumière d'Israël deviendra un feu » - et de leurs mérites - « et son Saint, une flamme », car leur justice submerge l'anéantissement décrété. Dès lors, ils ne s'appuieront plus sur celui qui les frappait, mais sur l'Éternel, le Saint d'Israël, en toute vérité. Et le cou nourri de 'Hizkiyahou, l'huile de sa ferveur qui brille dans les maisons d'étude, brise le joug de San'hériv : la forêt d'Assyrie est fauchée, des arbres les plus altiers jusqu'aux halliers, « et le Liban tombera sous un être puissant » - par la main d'un ange et par le mérite de 'Hizkiyahou.