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Chapitre 9 - Le peuple qui marchait dans les ténèbres - 2e partie

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Introduction

Dans cette partie du chapitre, nous nous situons autour de deux axes : l'achèvement de la prophétie de consolation sur le trône de David et la royauté messianique, puis le tournant vers les dix tribus qui se sont alliées à Retsin, roi d'Aram, pour opprimer Juda, avec une prophétie détaillée sur les malheurs appelés à s'abattre sur elles. Nous commencerons par le verset qui conclut la prophétie de délivrance, puis nous poursuivrons selon l'ordre des versets.

« L'affermir par la justice et la soutenir par la piété »

לְמַרְבֵּה הַמִּשְׂרָה וּלְשָׁלוֹם אֵין קֵץ עַל כִּסֵּא דָוִד וְעַל מַמְלַכְתּוֹ לְהָכִין אֹתָהּ וּלְסַעֲדָהּ בְּמִשְׁפָּט וּבִצְדָקָה מֵעַתָּה וְעַד עוֹלָם קִנְאַת ה' צְבָאוֹת תַּעֲשֶׂה זֹּאת׃ - Pour étendre la souveraineté et assurer une paix sans fin au trône de David et à son royaume, pour l'affermir et le soutenir par la justice et l'équité, dès maintenant et à jamais : le zèle de l'Éternel Tsévaot accomplira cela.

Le Malbim explique : la raison d'être première du trône royal réside dans le fait que le roi rende la justice. Pourquoi avons-nous besoin d'un roi ? « Par la justice, le roi affermit le pays », car sans autorité monarchique, les hommes s'entre-dévoreraient vivants. Telle est la finalité première de l'établissement d'un souverain : faire régner la justice entre les hommes (bein adam le-chavero). C'est là la préparation du trône : « pour l'affermir par la justice ». Et le terme michpat, selon la grille de lecture habituelle du Malbim, renvoie toujours aux relations interpersonnelles, selon l'expression « Et voici les lois (michpatim) que tu placeras devant eux », c'est-à-dire les affaires régissant les rapports d'homme à homme.

Cependant, ce trône ne saurait perdurer s'il ne reposait que sur la justice humaine. Il doit également intégrer les devoirs envers le Ciel (bein adam la-Makom), et c'est précisément ce qui préserve le trône royal. « Et le soutenir » signifie l'étayer afin qu'il ne vacille point. Et par quoi ? « Par la piété (tsedaka) » : par le fait que le roi accomplisse également ce qui est juste envers Dieu, comme il est écrit : « Il écrira pour lui un double de cette Torah... et elle l'accompagnera tous les jours de sa vie... afin qu'il prolonge ses jours sur son royaume ». Si ce soutien de la tsedaka est présent, par l'attachement aux commandements divins sans s'en écarter, en complément de la justice rendue entre les hommes, alors la royauté subsistera à jamais. Et quand bien même nous n'en serions pas dignes, « le zèle de l'Éternel accomplira cela » : le Saint, béni soit-Il, conçoit une jalousie sacrée face aux actes de Sanhériv, qui a outragé et insulté les rangs du Dieu vivant ; c'est pourquoi Il affirme que le zèle divin se manifestera pour châtier cet impie.

« Dès maintenant et à jamais » - Ézéchias a-t-il bénéficié d'une royauté éternelle ?

On pourrait légitimement s'interroger : Ézéchias ('Hizkiyahou) a-t-il vraiment régné « dès maintenant et à jamais » ? L'histoire montre qu'il n'en fut rien. Deux explications se présentent à ce sujet. Première explication : l'expression « pour toujours » (ad olam) ne signifie pas nécessairement l'éternité absolue. D'où le savons-nous ? Du verset : « Et il le servira pour toujours (le-olam) », ce qui s'entend en réalité jusqu'au jubilé (yovel). De même lorsqu'une personne consacrait un bien « pour toujours », et l'on retrouve également la notion de « l'éternité des Lévites » à propos de Samuel. Par conséquent, le mot olam ne désigne pas obligatoirement l'éternité, et « dès maintenant et à jamais » n'a pas nécessairement le sens d'un règne perpétuel.

On peut également proposer une autre explication : nos Sages enseignent que le Saint, béni soit-Il, avait le dessein de faire d'Ézéchias le Machia'h. S'il était devenu le Machia'h, sa royauté aurait duré à jamais, et c'est ce que visait la parole prophétique : « dès maintenant et à jamais ». Tel était le potentiel initial. Dans les faits, cela ne s'est pas concrétisé, car Ézéchias n'a pas entonné de cantique de louange (chira), manquant ainsi cette élévation spirituelle ; sa royauté ne devint donc pas éternelle. Mais s'il avait été à la hauteur de cette promesse, elle se serait accomplie pour l'éternité, car « le zèle de l'Éternel Tsévaot accomplira cela ».

Le Mem fermé au milieu d'un mot

Le Radak fait une remarque sur l'expression « Lemarbé hamisra » (לְמַרְבֵּה הַמִּשְׂרָה) : remarquons que la lettre mem est fermée (une forme de mem sofit, finale), bien qu'on la lise comme un mem ouvert placé au milieu d'un mot. Le Radak souligne qu'il n'existe aucun autre cas semblable dans tout le Tanakh. En revanche, le phénomène inverse existe : un mem ouvert à la fin d'un mot. Où cela ? Dans le livre d'Ezra, à propos de l'expression « hem peroutsim », où le mem est une lettre ouverte, ce qui permet de lire aussi bien « hameforatsim » (les brèches ouvertes) que « hem peroutsim » (ils sont ouverts).

Nos Sages commentent : de quoi s'agit-il là-bas ? Des murailles de Jérusalem qui étaient alors béantes, et que l'on s'employait à fortifier. Le Midrach enseigne : lorsque les murailles de Jérusalem, qui demeurent brisées tout au long de l'exil, seront refermées au temps de la rédemption, alors s'accomplira « Lemarbé hamisra ». En d'autres termes, ce mem fermé situé au milieu du mot attend le mem ouvert de la fin du mot : lorsque les brèches des murailles de Jérusalem se refermeront, ce mem fermé s'ouvrira pour réaliser pleinement l'extension de la souveraineté messianique. À présent, le mot semble comme scindé en son milieu - « lem rabé hamisra » -, mais dès que les remparts de Jérusalem seront colmatés, la lettre mem s'ouvrira. Et par ailleurs, il ne s'agit pas d'une simple intervention technique de maçonnerie sur les murailles : lorsque, par nos actions, nous mériterons que toutes les brèches de Jérusalem soient réparées, nous aurons alors le mérite de voir venir le roi Machia'h, rapidement et de nos jours, Amen.

Et encore une chose. Nos Sages ont enseigné : Le Saint, béni soit-Il, voulut faire de 'Hizkiyahou le Machia'h et de San'hériv Gog et Magog. Les anges du service dirent devant le Saint, béni soit-Il : Celui qui a dépouillé les portes du Sanctuaire pour les envoyer au roi d'Assyrie sera-t-il fait Machia'h ? Aussitôt, l'Écriture ferma [la lettre]. Hachem voulait lui accorder « l'accroissement de l'empire » (le-marbé ha-misra, avec un mem ouvert marquant la profusion), mais dès que les anges du service objectèrent en disant : Maître du monde, il a dépouillé les portes et les a envoyées au roi d'Assyrie, le mem fut fermé. Et tout comme Yaakov voulut révéler la fin des temps et qu'elle lui fut occultée, de même ici : le Saint, béni soit-Il, voulait que ce soit « dès maintenant et à jamais », mais cela fut scellé, « le-marbé ha-misra » [avec un mem fermé].

L'expression en vogue parmi le peuple

דָּבָר שָׁלַח אֲדֹנָי בְּיַעֲקֹב וְנָפַל בְּיִשְׂרָאֵל׃ - Le Seigneur a envoyé une parole en Yaakov, et elle est tombée en Israël.

À présent, le prophète se tourne vers les dix tribus et commence à prophétiser en détail sur le malheur qui va s'abattre sur elles. Comme on s'en souvient, les dix tribus, avec Péka'h fils de Remalyahou, s'étaient alliées à Retsin, roi d'Aram, pour assiéger Yehouda et l'attaquer.

Le Malbim explique en préambule : les peuples anciens croyaient en un dicton populaire très répandu, une sorte de formule affirmant qu'un événement donné est un décret du Ciel. Tout comme il existe chez les Arabes l'expression « koullou min Allah » (tout vient de Dieu), ils avaient eux aussi la croyance qu'une chose donnée était pour ainsi dire décrétée d'En haut. Cette formule est née au sein de la masse populaire, d'où elle a gagné les grands dirigeants, avant de se propager à tout le peuple.

C'est ce que dit le prophète : « Le Seigneur a envoyé une parole » - vous considérez cette affaire comme si Hachem l'avait envoyée et qu'elle était décrétée par le Ciel. « En Yaakov » - ce dicton s'est d'abord répandu en Yaakov, or le nom Yaakov symbolise toujours le peuple d'Israël dans son niveau le plus modeste, la masse. « Et elle est tombée en Israël » - par la suite, les grands et les notables - Israël étant une expression de royauté et de noblesse - se sont mis, eux aussi, à répéter ce refrain.

וְיָדְעוּ הָעָם כֻּלּוֹ אֶפְרַיִם וְיוֹשֵׁב שֹׁמְרוֹן בְּגַאֲוָה וּבְגֹדֶל לֵבָב לֵאמֹר׃ - Tout le peuple l'a su, Éphraïm et les habitants de Samarie, disant avec orgueil et avec un cœur superbe :

Dès lors, cette phrase est devenue courante dans la bouche de tout le peuple : « Tout le peuple l'a su ». Tant les gens de la province que les habitants de Samarie, la capitale royale - la ville d'A'hav, mort depuis longtemps - tous répétaient ce mot d'ordre et s'y fiaient « avec orgueil et avec un cœur superbe ». Quelle est la différence entre l'orgueil (gaava) et la superbe du cœur (godel lévav) ? Le Malbim explique : parfois, un homme s'enorgueillit d'une chose tout en sachant pertinemment que c'est faux et sans fondement, et pourtant il s'en vante. En revanche, le « cœur superbe » désigne celui qui est intimement convaincu que ce qu'il avance est vrai et qu'il dispose d'un appui solide.

לְבֵנִים נָפָלוּ וְגָזִית נִבְנֶה שִׁקְמִים גֻּדָּעוּ וַאֲרָזִים נַחֲלִיף׃ - Des briques sont tombées, et nous bâtirons en pierres de taille ; des sycomores ont été abattus, et nous les remplacerons par des cèdres !

Telle était cette formule. Quand on leur disait : mais Retsin, roi d'Aram, sur qui vous comptiez, est tombé aux mains de l'Assyrie, où est donc votre appui ? Ils répliquaient : ne t'inquiète pas, tout vient du Ciel, tout est pour le mieux. « Des briques sont tombées, et nous bâtirons en pierres de taille ». La brique est faite d'argile, de boue séchée, tandis que la pierre de taille (gazit) est une roche taillée à même le roc. Comment la taillait-on ? On perçait des trous dans la roche, on y insérait des pieux de bois, on versait de l'eau, le bois gonflait et la pierre se détachait de la falaise. Aujourd'hui encore, sur les pierres taillées, on peut apercevoir les marques circulaires là où l'on forait pour fendre la pierre. La pierre de taille était considérée comme un matériau très précieux, comparable au marbre de nos jours, une véritable pierre et non un bloc moulé avec de la terre. C'est pourquoi ils disaient : des briques sont tombées ? Retsin a chu ? Ne crains rien, « nous bâtirons en pierres de taille ». Ce n'est que pour le bien. Jusqu'ici, nous avions une maison de briques ; désormais, nous aurons un édifice en pierres de taille, bien plus solide et prestigieux.

C'est également l'idée de la seconde partie de la phrase : « des sycomores ont été abattus, et nous les remplacerons par des cèdres ». Le sycomore est une variété de figuier peu estimée, donnant des figues de piètre qualité, « comme les sycomores qui abondent dans la plaine ». Certes, notre verger de sycomores a été abattu, mais ne t'inquiète pas, à sa place « nous les remplacerons par des cèdres » : nous aurons désormais des bois nobles et robustes pour nos poutres, des poutres de cèdre.

Et pourquoi ont-ils formulé cela en double, le premier exemple ne suffisait-il pas ? Le Malbim explique : « Des briques sont tombées, et nous bâtirons en pierres de taille » signifie que l'on aura quelque chose de meilleur, mais ce n'est pas simple, car cela implique de la peine et des dépenses. J'avais une maison, et maintenant il faut déblayer, acheminer la pierre de taille, acheter, reconstruire, ce qui représente un coût considérable. C'est à cela qu'ils répondaient : non, « des sycomores ont été abattus, et nous les remplacerons par des cèdres ». Si un homme possède un champ de sycomores dont il ne tire guère profit et qu'il préfère un bois de cèdres, et qu'on vient lui annoncer que quelqu'un a rasé tout son champ et arraché tous les sycomores, il lui en est reconnaissant et le bénit : j'aurais dû embaucher des ouvriers pour déraciner tous ces sycomores et accomplir toute cette besogne, or celui-ci est venu gratuitement et a tout nettoyé ! Que me reste-t-il à faire ? Simplement apporter des plants et semer. On a même fait le travail préparatoire à ma place ! En cela, la seconde image va plus loin que la première : dans la première, « nous bâtirons en pierres de taille » exige un effort, alors que « les sycomores ont été abattus » sans intervention de leur part, prouvant que tout tourne à leur avantage sans la moindre peine. Ils disaient donc : nous avons une raison de plus de nous réjouir de la chute de Retsin. Retsin n'était qu'un appui fragile sur lequel on ne pouvait guère compter ; voici que l'Assyrie est venue le renverser, signe que le Ciel nous prépare quelque chose de bien supérieur, comparable à des cèdres.

« Et l'Éternel fortifiera les oppresseurs de Retsine » - La première moitié est vraie

וַיְשַׂגֵּב ה' אֶת צָרֵי רְצִין עָלָיו וְאֶת אֹיְבָיו יְסַכְסֵךְ׃ - Et l'Éternel fortifiera contre lui les oppresseurs de Retsine, et Il excitera ses ennemis.

Le prophète leur dit : En vérité, ce que vous avez annoncé s'accomplira. Les briques tomberont, les sycomores seront abattus. Et pourquoi ? Parce que l'Éternel fortifiera les oppresseurs de Retsine contre lui. « Yessaguev » signifie renforcer, à l'instar du verset « Il relève l'indigent de la misère » (Vayeśaguev evyone me'oni) : l'Éternel donnera de la force à ceux qui tourmentent Retsine, et par ce moyen s'écroulera le fragile appui que vous espériez trouver en lui.

« Et Il excitera ses ennemis » (Ve'et oyevav yessakhsekh) - Le Malbim explique : traditionnellement, lors des combats, les guerriers d'élite se tenaient au centre pour affronter directement l'armée ennemie, tandis que les combattants moins aguerris se déployaient tout autour pour former une haie protectrice, une barrière (sokhekhim), afin que, lorsque les héros frappent l'adversaire et qu'il commence à fuir, ils le prennent en tenaille, le coupent dans sa retraite et l'empêchent de s'échapper. Les vaillants soldats se trouvent en première ligne, face à l'ennemi. Le Malbim distingue ici le « tsar » de l'« oyev » : le tsar est celui qui opprime activement, tandis que l'oyev nourrit une haine dans son cœur sans nécessairement passer à l'acte. Les « oppresseurs de Retsine » sont ceux qui lui font effectivement la guerre, et ils l'emporteront sur lui. Quant à ses « ennemis », hostiles dans leur cœur sans passer à l'offensive, « yessakhsekh » dérive de la racine sokhekh (entourer, faire écran) : ce sont les troupes secondaires disposées tout autour, qui attendent la déroute pour frapper, et ce sont elles qui massacreront les fuyards du champ de bataille.

Rachi, pour sa part, applique « et Il excitera ses ennemis » à la Présence divine : le Saint, béni soit-Il, dressera Ses ennemis les uns contre les autres. Le peuple d'Israël a des ennemis, et le Saint, béni soit-Il, veille à ce que s'accomplisse « J'exciterai l'Égypte contre l'Égypte ». Selon Rachi, il faut l'entendre au sens littéral : un conflit interne éclatera entre les ennemis. Il est vrai qu'une discorde entre nos ennemis ne nous est pas toujours favorable, mais dès lors qu'un conflit surgit entre eux, cela procure assurément un certain répit au peuple d'Israël, du moins dans l'immédiat.

Prenons un exemple. Récemment, il y a eu une vaste campagne médiatique et un débat très animé devant la Cour suprême au sujet des étudiants de yéchiva exemptés du service militaire, débat auquel les milieux contestataires s'étaient préparés pendant quatre mois en mobilisant de nombreuses organisations. Pourtant, aucun journal n'en a fait sa une, et aucun journal télévisé n'en a diffusé une seule phrase. L'organisateur s'en est lamenté : « Il a fallu qu'ils choisissent précisément ce moment pour faire une révolution en Égypte ! » Les médias n'ont même pas hésité : d'ordinaire, ils disposent de relais puissants et captent toute l'attention quand ils le souhaitent, mais ici, personne n'a mentionné l'affaire. Le Hazon Ich disait : lorsqu'on suscite des querelles internes contre les observants des mitsvot, le Saint, béni soit-Il, veille à occuper ces adversaires par des événements extérieurs afin qu'ils ôtent leur joug de nos épaules. Baroukh Hachem, Il a fait éclater les troubles en Égypte et non ici : toute l'attention s'est portée là-bas, sur le sort de Moubarak, et plus personne ne se souciait alors des bahouré hayéchiva. Cela démontre que tout leur intérêt pour les étudiants de yéchiva n'apparaît que lorsqu'il y a un vide dans l'actualité et qu'on manque de sujets à sensation : on s'en prend alors aux orthodoxes, cela fait toujours recette. Mais dès qu'un sujet plus palpitant émerge, qui prête encore attention à ce thème rebattu ? Faute de mieux, même du bois sec devient consommable. C'est là le sens de « et Il excitera ses ennemis » : lorsqu'un conflit s'allume là-bas, on nous laisse en paix ici.

« Aram par-devant et les Philistins par-derrière » - La suite est erronée

אֲרָם מִקֶּדֶם וּפְלִשְׁתִּים מֵאָחוֹר וַיֹּאכְלוּ אֶת יִשְׂרָאֵל בְּכָל פֶּה בְּכָל זֹאת לֹא שָׁב אַפּוֹ וְעוֹד יָדוֹ נְטוּיָה׃ - Aram par-devant et les Philistins par-derrière, ils ont dévoré Israël à pleine bouche ; malgré tout cela, Sa colère ne s'est pas détournée, et Sa main reste étendue.

Le Malbim explique : le prophète leur annonce que tout ce qu'ils ont formulé au début est vrai. « Les briques sont tombées », c'est exact, les briques vont tomber. « Les sycomores ont été abattus », c'est exact, les sycomores seront coupés. La première partie de votre affirmation est juste. En revanche, pour la suite, vous vous trompez lourdement. « Nous bâtirons en pierres de taille » ? « Nous remplacerons par des cèdres » ? Votre effondrement sera total et irréversible : vous ne parviendrez pas à vous relever et vous ne trouverez aucun nouvel allié. Bien au contraire, Aram, qui vous prêtait main-forte jusqu'à présent, fondra sur vous par-devant, depuis l'est, et les Philistins vous attaqueront par-derrière, du côté ouest, pour vous dévorer à pleine bouche. Ne croyez pas que tout s'arrête là : sachez que ce n'est que le premier plat d'un très long repas. Le Saint, béni soit-Il, ne fait que commencer : malgré tout cela, Sa colère ne s'est pas détournée et Sa main reste étendue.

Se tourner vers celui qui frappe au lieu de revenir vers Celui qui châtie

וְהָעָם לֹא שָׁב עַד הַמַּכֵּהוּ וְאֶת ה' צְבָאוֹת לֹא דָרָשׁוּ׃ - Et le peuple n'est pas revenu vers Celui qui le frappe, et ils n'ont pas cherché l'Éternel des armées.

Pourquoi Sa colère ne s'est-elle pas détournée, alors qu'Il les frappe déjà par l'entremise des Philistins et d'Aram ? Le prophète l'explique : parce que « le peuple n'est pas revenu vers Celui qui le frappe ». Au lieu de faire téchouva vers le Saint, béni soit-Il, que font-ils ? Ils s'empressent constamment d'implorer le secours de la main même qui les frappe. On s'adresse à Aram, venu nous attaquer, pour solliciter son aide ; on court vers l'Égypte, avec qui l'on était en conflit, pour s'appuyer sur elle. C'est ce comportement que l'on observe tout au long des générations : aller chercher secours auprès de ses propres ennemis.

Et cette expression, remarque le Malbim, n'est pas fortuite d'un point de vue grammatical. Que signifie « jusqu'à celui qui le frappe » ('ad hamakéhou) ? Lorsque Achour nous frappe, qui frappe véritablement ? Le Saint béni soit-Il, comme nous l'avons appris explicitement : « Malheur à Achour, bâton de Ma colère ». De même, si Aram nous frappe, qui en est l'auteur véritable ? Le Saint béni soit-Il. Et c'est là le sens de « mais le peuple n'est pas revenu jusqu'à celui qui le frappe » : au lieu de revenir vers le Véritable Auteur des coups, qui est Hachem béni soit-Il, vous ne revenez que vers Son instrument, vers celui qui brandit ce bâton nommé Aram et qui vous frappe. Et qui frappe en vérité ? Le texte l'explicite aussitôt : « et Hachem Tsevaot, ils ne L'ont point cherché ». C'est pourquoi, comme l'énonçait le verset précédent, Sa colère ne s'est point détournée et Sa main reste étendue, car vous n'en avez tiré aucune leçon.

Tête et queue, branche et jonc

וַיַּכְרֵת ה' מִיִּשְׂרָאֵל רֹאשׁ וְזָנָב כִּפָּה וְאַגְמוֹן יוֹם אֶחָד׃ - Hachem retranchera d'Israël la tête et la queue, la branche et le jonc, en un seul jour.

Le Saint béni soit-Il retranche d'Israël la tête et la queue, la branche et le jonc. La « tête » désigne les dirigeants, la « queue » désigne le bas peuple, et le verset suivant apportera plus de clarté. Que représentent la « branche » (kipa) et le « jonc » (agmon) ? La kipa, explique le Malbim, est une forte branche, comme dans le livre d'Iyov : « et sa ramure ne verdira plus ». L'agmon est un roseau fragile qui pousse dans un marécage (agam), au milieu de l'eau, et forme une tige bien plus faible. En d'autres termes, Hachem retranchera d'Israël, c'est-à-dire du royaume des dix tribus, aussi bien les têtes que les queues, les branches vigoureuses qui représentent les puissants que le jonc qui symbolise les faibles. Tous porteront la responsabilité de la faute, comme nous le verrons par la suite.

זָקֵן וּנְשׂוּא פָנִים הוּא הָרֹאשׁ וְנָבִיא מוֹרֶה שֶּׁקֶר הוּא הַזָּנָב׃ - Le vieillard sage et l'homme considéré, c'est la tête, et le prophète qui enseigne le mensonge, c'est la queue.

Le vieillard riche en sagesse et en années, ainsi que la personnalité honorable et respectée, possèdent les qualités requises pour être une véritable tête, le guide authentique. Face à eux, le faux prophète est la queue. Le Malbim explique qu'un animal qui avance marche naturellement derrière sa tête, ce qui correspond à un peuple marchant derrière ses Sages et ses anciens. Mais lorsqu'on s'écarte du droit chemin pour courir après les faux prophètes, refusant pour guide un ancien vénérable et lui préférant un prédicateur de mensonge, on se met à marcher derrière la queue, à l'image d'un chien qui reculerait et suivrait sa propre queue. Au lieu de suivre la tête, incarnée par le sage et le notable, on suit un prophète de mensonge qui pousse à abandonner les voies d'Hachem.

Le Radak explique que ces prophètes de mensonge étaient issus des couches les plus viles du peuple. Et quel intérêt avaient-ils à prophétiser faussement, car nul n'agit sans intérêt ? Ils cherchaient à plaire aux rois en leur annonçant mensongèrement de bonnes nouvelles. Et combien les hommes aiment entendre des paroles rassurantes : ne vous inquiétez pas, Hachem ne détruira pas le Beth Hamikdach, Ses ustensiles saints ne partiront pas en exil, le peuple d'Israël ne sera pas déporté, le Saint béni soit-Il chérit Son peuple, après tout des sacrifices Lui sont offerts ! Ils berçaient constamment le peuple de fausses illusions, et cela trouvait toujours une oreille complaisante. Lorsqu'un Yechayahou ou un Yirmiyahou se présentait avec de sévères prophéties, les gens disaient : les religieux aiment toujours faire peur, laissez-nous tranquilles avec ces extrémistes qui nous parlent sans cesse de catastrophes, de profanation du Chabbat et de pudeur. Écoutez plutôt, il existe d'autres voix, des prophètes bien plus agréables, un peu à la manière des réformateurs modernes qui sont avenants, pas comme ceux qui n'annoncent que le malheur. Tels étaient ces faux prophètes. Le Radak ajoute : comme ils prophétisaient pour les grands et leur prodiguaient d'agréables promesses, c'était donnant-donnant : les dignitaires, les ministres et les rois les honoraient et leur fournissaient le pain et le vin, car ces prophètes servaient leur propagande et faisaient barrage à Yechayahou et Yirmiyahou. C'est tout le sens du verset : « Si je prophétisais pour toi sur le vin et sur la boisson forte, voilà le prédicateur de ce peuple ! », car ils débitaient des oracles flatteurs dans l'unique but d'obtenir des faveurs royales. Des êtres mesquins qui, pour du pain et du vin, inventaient de toutes pièces des prophéties imaginaires, entraînant tout le peuple à leur suite.

Ceux qui approuvent et ceux qui sont approuvés

וַיִּהְיוּ מְאַשְּׁרֵי הָעָם הַזֶּה מַתְעִים וּמְאֻשָּׁרָיו מְבֻלָּעִים׃ - Ceux qui guident ce peuple l'égarent, et ceux qui sont guidés sont engloutis.

Le prophète explique ici pourquoi seront retranchés à la fois la haute branche et le jonc, les puissants comme les faibles. « Ceux qui guident ce peuple l'égarent » : ceux qui approuvaient et validaient les actes du peuple, au sens du verset « et maintenant nous proclamons heureux les impies », en leur répétant : « Heureux êtes-vous, ce que vous faites est excellent, n'ayez aucune crainte », ceux-là les égaraient sciemment. C'est pourquoi le retranchement a été décrété aussi bien pour la tête que pour la queue. Mais sachez que « ceux qui sont guidés sont engloutis » (mevoula'im) : il y a ceux qui cautionnent, ces dignitaires qui ordonnent de mal agir, et il y a les approuvés, ceux qui reçoivent ces directives et ces cautions, c'est-à-dire le peuple. Or, par eux-mêmes, ils étaient déjà mevoula'im, c'est-à-dire totalement pervertis. Le Malbim précise que le terme mevoula' renvoie à l'idée d'engloutir une chose et de la corrompre irrémédiablement.

En d'autres termes, on n'a pas trompé des innocents : on a trompé des gens qui désiraient l'être. Le peuple lui-même voulait s'égarer, il cherchait activement de telles approbations auprès des faux prophètes afin de conforter ses égarements. C'est la raison pour laquelle la branche et le jonc sont retranchés ensemble, les puissants comme les faibles, et nul ne peut invoquer pour excuse : « On m'a induit en erreur ». On ne t'a pas trompé par hasard : on t'a trompé parce que tu prêtais une oreille consentante et que tu voulais toi-même dévier, et ceux qui recevaient ces approbations étaient déjà intérieurement corrompus.

« En ses jeunes gens Il ne mettra point Sa joie » - hypocrite, malfaiteur et proférateur d'infamies

עַל כֵּן עַל בַּחוּרָיו לֹא יִשְׂמַח אֲדֹנָי וְאֶת יְתֹמָיו וְאֶת אַלְמְנוֹתָיו לֹא יְרַחֵם כִּי כֻלּוֹ חָנֵף וּמֵרַע וְכָל פֶּה דֹּבֵר נְבָלָה בְּכָל זֹאת לֹא שָׁב אַפּוֹ וְעוֹד יָדוֹ נְטוּיָה׃ - C'est pourquoi le Seigneur ne se réjouira point de ses jeunes gens, et n'aura point de pitié pour ses orphelins et ses veuves ; car tous sont hypocrites et malfaiteurs, et toute bouche profère l'ignominie. Malgré tout cela, Sa colère ne s'est point détournée, et Sa main reste encore étendue.

Non seulement Hachem retranchera ceux qui guident, c'est-à-dire les dirigeants, mais également « sur ses jeunes gens » - qui sont les guerriers d'élite, car le terme ba'hour évoque toujours ce qui est choisi avec soin -, Hachem ne se réjouira point. C'est là le sens symbolique de la grande branche (kipa), qui est une maîtresse branche vigoureuse. De plus, les faibles également, représentés par le jonc (agmone) : « et de ses orphelins et de ses veuves Il n'aura point pitié », Il n'épargnera pas non plus le jonc.

Pourquoi est-il dit à propos des jeunes gens qu'Il « ne se réjouira point », et pour les orphelins et les veuves qu'Il « n'aura point pitié » ? Le Malbim l'explique ainsi : un roi prend garde de ne pas exterminer ses guerriers vaillants, car leur bravoure fait sa joie, et il prend également garde de ne pas anéantir les plus vulnérables de son royaume, les orphelins et les veuves, par compassion envers eux. Mais Hachem déclare : alors qu'un roi se réjouit habituellement de ses héros, Moi Je ne Me réjouirai point de ses jeunes gens ; et alors qu'un roi fait habituellement miséricorde aux orphelins et aux veuves, Je n'aurai point pitié d'eux.

Et pourquoi donc ? « Car tous sont hypocrites et malfaiteurs ». « Tous », comme nous l'avons expliqué : le peuple tout entier, y compris les plus faibles. Et qu'est-ce qu'un « hypocrite » ('haneph) ? Le Malbim explique qu'extérieurement, ils simulaient et feignaient d'être des serviteurs d'Hachem, mais leur cœur n'y était pas. C'est l'essence même de l'hypocrisie : en apparence, on dit « Bonjour, comment vas-tu ? », tandis qu'au fond de soi, on maudit l'autre et on lui souhaite le pire. C'est un trait extrêmement néfaste, et la catégorie des hypocrites fait partie de celles qui ne méritent pas d'accueillir la Présence divine (la Chekhina). Non seulement hypocrite, mais aussi « malfaiteur » (mera'), commettant le mal en acte. Plus encore : « et toute bouche profère l'ignominie ». Parfois, un homme fait le mal mais a honte d'en parler. Chez eux, non seulement ils faisaient le mal, mais ils en faisaient des émissions, des débats publics, chacun racontant sans vergogne toutes ses infamies et ses turpitudes. Si le mal avait été commis en secret, cela aurait pu être un moindre mal, mais ici ils sont hypocrites, malfaiteurs, et par-dessus le marché leur bouche profère des propos infâmes. C'est pourquoi Sa colère ne s'est point détournée, et Sa main reste encore étendue.

Nos Sages enseignent à ce propos : que signifie « et Sa main reste encore étendue » ? Tout le monde sait pourquoi une fiancée entre sous la 'houppa, pourtant, quiconque souille sa bouche par des propos indécents (nivoul pé), même si un décret de soixante-dix années de bonheur avait été scellé en sa faveur, celui-ci est renversé en malheur. C'est terrifiant : voyez la gravité du châtiment lié à la grossièreté de langage, cela fait frémir. Combien chacun doit veiller à préserver la pureté de son langage, et prendre garde de ne prononcer aucun mot teinté de la moindre inconvenance ! Tout le monde sait qu'une mariée entre sous le dais nuptial pour l'union intime, mais si quelqu'un l'exprime grossièrement par la parole, quand bien même soixante-dix ans de félicité lui auraient été décrétés, tout s'inverse contre lui pour son malheur.

Rachi explique qu'on le déduit de l'expression « et encore » (ve'od), lue comme « pour toujours » (ve'ad Sa main reste étendue) : Sa main restera étendue durant tous les jours de la vie d'un homme, comme il est dit : « Les jours de nos années s'élèvent à soixante-dix ans ». Le Maharsha précise qu'il s'agit d'une punition mesure pour mesure : qui tient des propos licencieux sur « la raison pour laquelle la mariée entre sous la 'houppa » ? Les jeunes gens, et non les vieillards. C'est pourquoi le châtiment s'énonce : « C'est pourquoi le Seigneur ne se réjouira point de ses jeunes gens » : au moment de la réjouissance d'un jeune homme qui prend femme, tu oses souiller ta bouche ; en contrepartie, tu ne mériteras pas, à Dieu ne plaise, d'accéder à la joie du mariage. C'est le sens de « et toute bouche profère l'ignominie ». Malgré cela Sa colère ne s'apaise pas, et que signifie « Sa main reste encore étendue » ? Qu'un décret de soixante-dix ans, même s'il était favorable, se renverse hélas en malheur.

La parabole de l'incendie de forêt : épines, branches et troncs

כִּי בָעֲרָה כָאֵשׁ רִשְׁעָה שָׁמִיר וָשַׁיִת תֹּאכֵל וַתִּצַּת בְּסִבְכֵי הַיַּעַר וַיִּתְאַבְּכוּ גֵּאוּת עָשָׁן׃ - Car la méchanceté brûle comme un feu, elle dévore la ronce et l'épine ; elle embrase les fourrés de la forêt, et d'épaisses volutes de fumée s'élèvent en tourbillons.

Le prophète compare la perversité à un feu ardent, et la nation à une forêt luxuriante et dense. Or, on sait que lorsqu'une forêt commence à brûler, ce n'est pas le tronc qui s'enflamme d'abord. Par quoi cela débute-t-il ? Par les épines, comme il est écrit : « Si un feu éclate et rencontre des épines ». Au départ, des passants mettent le feu à des broussailles en bordure de chemin, et c'est de là que part l'incendie. Et que brûle-t-il ensuite ? Les entrelacs de branches, la cime des arbres, parce qu'elles sont plus fines. Le feu s'y propage et s'y engouffre sans pour autant dominer le corps des arbres ; ce sont les branchages qui deviennent la proie des flammes, tandis que les troncs inférieurs ne font généralement que noircir sous l'effet de la fumée. Cependant, si un violent coup de vent survient, la tempête rabat et attise le feu partout, l'imprime également dans le tronc, et les troncs d'arbres eux-mêmes finissent par être consumés par le feu.

C'est ainsi que le prophète décrit la scène : la forêt représente la nation, et il est question ici des dix tribus. Cette nation deviendra la proie du feu, et le feu « dévorera la ronce et l'épine », c'est-à-dire les épines, qui symbolisent dans la parabole les impies du peuple. Car les méchants sont comparés à des épines qui n'apportent aucune utilité mais ne font que piquer et nuire. Ensuite, le feu « embrasera les fourrés de la forêt », les branches formant la partie supérieure de l'arbre, représentant la classe moyenne, jusqu'à ce qu'eux aussi soient envahis de fumée et que le feu s'y propage, « et d'épaisses volutes de fumée s'élèvent en tourbillons ».

בְּעֶבְרַת ה' צְבָאוֹת נֶעְתַּם אָרֶץ וַיְהִי הָעָם כְּמַאֲכֹלֶת אֵשׁ אִישׁ אֶל אָחִיו לֹא יַחְמֹלוּ׃ - Par l'emportement de l'Éternel des armées, la terre est assombrie, et le peuple est devenu comme la proie du feu : nul n'épargne son frère.

À l'étape suivante surviendra une immense fureur ('evra), et ce terme symbolise la colère divine. Un vent impétueux soufflera et rabattra le feu vers le bas. Le mot né'tam, explique le Malbim, est apparenté à l'idée d'obstruction (otem) : ce souffle va bloquer le feu pour qu'il ne se dissipe pas vers le haut mais redescende en contrebas, consumant ainsi la partie inférieure, c'est-à-dire le tronc.

Le Malbim explique : c'est un phénomène bien connu, lorsqu'on éteint une bougie, qu'est-ce qui s'en élève ? De la fumée. Et si l'on allume une allumette à dix centimètres au-dessus de cette fumée, que se passe-t-il ? Aussitôt, la flamme descend et rallume la bougie. Pourquoi ? Parce que la fumée qui monte contient des gaz inflammables, et lorsqu'on approche une flamme par le haut, le feu saute immédiatement vers la bougie en descendant. C'est une expérience que l'on peut faire chez soi, un fait vérifié ; il suffit de ne pas se placer trop haut pour voir le feu descendre et reprendre sur la mèche. Le Malbim poursuit : il en va de même ici, le feu est semblable à une colonne de flammes qui s'abat de haut en bas avec une force immense. C'est le sens de « Be'evrat Hachem Tsevaot » (par l'emportement de l'Éternel des armées), par la colère du Saint, béni soit-Il, qui agira comme un vent puissant, et « ne'tam arets », le feu sera rabattu et descendra vers le sol.

Dès lors, « le peuple est comme la proie du feu », tout d'un coup. Et qui est « le peuple » ? C'est la nation dans son ensemble, qui correspond aux troncs. Si jusqu'à présent nous parlions des impies, comparés aux ronces, puis des branches, comparées aux hommes moyens (les bénonim), il s'agit maintenant de la collectivité, du fondement même de la nation, représenté par les troncs. Le sens allégorique est clair : le feu s'emparera de tout le peuple ; l'exil et le châtiment du royaume d'Israël seront d'une rigueur implacable et frapperont tout le monde, depuis les grands scélérats jusqu'aux gens simples, en passant par les hommes ordinaires - ces simples qui n'étaient ni pervers ni véritablement intermédiaires, mais il n'y avait pas de justes ni d'âmes d'élite dans cette partie du peuple d'Israël.

Et ce feu se propagera, se transmettant de l'un à l'autre. Le Malbim explique que le propre du feu est de passer d'un tronc à un autre et d'un arbre à l'autre ; de même ici, le fléau se répandra de voisin à voisin et de frère à frère. C'est le sens de : « nul n'épargne son frère » : ils n'auront aucune compassion les uns pour les autres, tout comme un arbre embrase l'arbre voisin sans le ménager, le feu continuant ensuite vers le suivant. Ainsi, « nul n'épargne son frère », et le feu s'emparera de tout le peuple.

Nuances des termes relatifs au feu

Le Malbim fait remarquer qu'il existe plusieurs termes hébraïques pour décrire l'action du feu, et le texte emploie ici « ba'arah » (elle a brûlé), « tokhal » (elle dévore) et « vatatsat » (elle embrase). Les verbes issus de la racine « ba'ar » et de la racine « yatsat » désignent le début de l'allumage : quand on veut que le feu prenne sur un objet, on le fait brûler ou on y met le feu. En revanche, l'action de « dévorer » (akhilah), le fait que le feu consume la matière, exprime ce que subit le combustible une fois le feu bien pris. Lorsqu'on met le feu à une bûche, que lui arrive-t-il ? Elle est consumée, dévorée. C'est le sens de la manducation prêtée au feu.

Et quelle est la différence entre allumer (lehadlik), faire brûler (lehav'ir) et embraser (lehatsit) ? « Allumer » correspond à la première prise du feu : j'allume une bougie, c'est l'acte initial par lequel la flamme prend. « Faire brûler » s'applique à ce qui en découle : la bougie brûle par la force de l'allumage ; l'allumage est donc l'acte premier, tandis que la combustion est le processus continu. Quant à « embraser » (lehatsit), explique le Malbim, ce terme évoque un feu qui éclate soudainement, et en général un feu destructeur, sans visée d'utilité, comme dans le verset : « Il a allumé un feu dans Sion ». Quand on allume du bois pour cuisiner ou pour se réchauffer, on n'utilise pas le terme « hatsatah » ; ce mot désigne toujours un embrasement destructeur et dévastateur, comme dans « j'allumerai un feu dans sa forêt » ou « j'allumerai un feu dans ses palais ». C'est pourquoi, note le Malbim, ce terme est souvent associé à la désolation, comme dans « elle est dévastée (nitsetah) comme un désert sans habitants », signifiant un anéantissement total, car la hatsatah est un acte qui anéantit. On n'embrase pas une bougie pour lire à sa clarté ; on embrase pour consumer et détruire. C'est ainsi que le prophète dépeint la scélératesse ardente, ce feu dévorant d'abord les ronces, puis embrasant soudainement les branches, avant de descendre d'un coup pour consumer tous les troncs, qui représentent l'ensemble de la nation.

« Chacun dévore la chair de son propre bras »

וַיִּגְזֹר עַל יָמִין וְרָעֵב וַיֹּאכַל עַל שְׂמֹאול וְלֹא שָׂבֵעוּ אִישׁ בְּשַׂר זְרֹעוֹ יֹאכֵלוּ׃ - On pille à droite et l'on a faim, on dévore à gauche et l'on n'est point rassasié ; chacun dévore la chair de son propre bras.

Le prophète décrit à présent la sauvagerie fratricide qui régnera parmi eux. Comme on le sait, le premier Temple a été détruit à cause de l'idolâtrie, de l'immoralité et de l'effusion de sang ; il régnait une violence meurtrière inouïe, où chacun dévorait son prochain. « Vayigzor » (il tranche / arrache) exprime l'action de piller : celui qui arrache un bien à autrui le lui coupe violemment de la main, tel un individu pris d'une boulimie effrénée. « On pille à droite », et croyez-vous que cela suffise ? « Et l'on a faim » : il reste affamé, car l'impulsion incontrôlable qui le domine l'empêche d'être rassasié par ce qu'il a ravi à sa droite. « On dévore à gauche et l'on n'est point rassasié » : il engloutit tout ce qui se trouve sur sa gauche, sans parvenir à s'apaiser, jusqu'à ce que, poussé par ce délire de convoitise et cette faim insatiable, « chacun dévore la chair de son propre bras ». L'homme en vient à consommer sa propre substance, ce dont il tire sa propre subsistance, un acte totalement stérile. Si l'on mange une nourriture extérieure, le corps en tire de l'énergie ; mais si l'on se nourrit de soi-même, on consume sa propre vitalité. L'allusion est profonde : la nation est comparable à un corps dont les membres s'entre-dévorent. C'est ce que nous disions : « nul n'épargne son frère », chacun dépouille son prochain. Si l'on puise à l'extérieur, en attaquant un ennemi, la citerne se remplit, mais de sa propre paroi, la citerne ne saurait se remplir. On atteindra un point où, par excès de convoitise et de fureur sanguinaire, ils finiront par s'entre-tuer et se détruire eux-mêmes.

On s'interroge : que signifie « chacun dévore la chair de son propre bras » ? A-t-on jamais vu un être humain mordre et manger la chair de son propre bras ? L'explication est la suivante : lorsqu'un homme est privé de nourriture, que lui arrive-t-il ? Il dépérit et s'émacie. Pourquoi ? Parce que ce dépérissement signifie que l'organisme commence à se consumer lui-même. Tout ce que contient le corps constitue des réserves d'énergie ; plus une personne est corpulente, plus ses réserves sont grandes, mais elles s'épuisent peu à peu, servant de combustible au métabolisme. Le corps s'autoconsomme jusqu'au moment où il ne reste plus aucune graisse à dégrader pour subsister, et l'homme finit par succomber à la famine. C'est là le sens de « chacun dévore la chair de son propre bras » : il ne s'agit pas de croquer physiquement dans son membre, mais du fait que le corps, privé d'apport, s'auto-dévore, s'atrophie et puise dans ses dernières réserves. Il en ira de même pour le peuple : plus personne ne trouvera rien à prendre chez autrui, et la nation commencera à se dévorer elle-même de l'intérieur.

Manassé contre Éphraïm et Éphraïm contre Manassé

מְנַשֶּׁה אֶת אֶפְרַיִם וְאֶפְרַיִם אֶת מְנַשֶּׁה יַחְדָּו הֵמָּה עַל יְהוּדָה בְּכָל זֹאת לֹא שָׁב אַפּוֹ וְעוֹד יָדוֹ נְטוּיָה׃ - Manassé dévore Éphraïm et Éphraïm Manassé, et ensemble ils marchent contre Juda. Malgré tout cela, Sa colère ne s'est pas détournée et Sa main reste étendue.

« Menashé contre Efrayim » (Menashé ète Efrayim) s'interprète comme « ète Yaakov » dans le verset « chacun vint avec sa maisonnée » avec Yaakov, c'est-à-dire une association : Menashé s'unira à Efrayim, et Efrayim s'unira à Menashé, et tous deux s'élèveront ensemble contre Yéhouda. Comme nous l'avons mentionné, notre chapitre traite de cette ligue formée au sein du royaume d'Israël contre le royaume de Yéhouda. « Malgré tout cela, Sa colère ne s'est point détournée, et Sa main reste étendue » : après tout ce qu'ils ont subi, ils conservent encore de néfastes projets, et c'est pourquoi Hakadosh Baroukh Hou déclare que Sa colère ne s'est point détournée. « Sa main reste étendue » symbolise le bras levé prêt à asséner un coup : Sa main est pour ainsi dire levée pour frapper ceux qui, en dépit de tout ce qu'ils ont éprouvé et des blessures subies, s'obstinent dans leurs actes mauvais et corrompus.

En résumé :

Le chapitre s'est ouvert sur la promesse du trône de David, affermi par la justice régissant les rapports entre les hommes, et soutenu par la tsédaka reliant l'homme à son Créateur ; il a évoqué cette perspective d'un règne « dès maintenant et à jamais » qui s'est refermée, à l'image du mèm fermé dans « lemarbé hamisra », jusqu'à ce que les brèches des remparts de Jérusalem soient réparées par nos actions. De là, le prophète s'est tourné vers les dix tribus, qui se consolaient par la formule : « Des briques sont tombées, mais nous bâtirons en pierre de taille », et il leur a fait comprendre que la première moitié était vraie, mais la seconde illusoire : la chute sera totale, Aram par l'orient et les Philistins par l'occident. Tout cela parce qu'ils ne sont pas retournés vers Celui qui frappe véritablement, Hakadosh Baroukh Hou, mais se sont focalisés sur l'instrument temporel du châtiment. C'est pourquoi sont retranchés tête et queue, haute branche et roseau, dirigeants et dirigés, guides trompeurs et égarés, car ils ont trompé ceux qui consentaient à l'être. La parabole du feu de forêt enseigne que le châtiment saisira tout : les épines que sont les impies, les branchages que sont les hommes moyens, et les troncs qui représentent l'ensemble de la nation, jusqu'à ce que « chacun dévore la chair de son propre bras ». Au cœur de cette description se dégage un puissant enseignement de moussar sur la pureté du langage : pour quiconque use de propos obscènes, même un décret favorable de soixante-dix ans se retourne en malheur, et selon le principe de mesure pour mesure (mida kenégued mida), « le Seigneur ne Se réjouira point de ses jeunes gens ».