TheWholeTorah.aiBeta

Chapitre 66 - « Le ciel est Mon trône » et la conclusion du Livre - 1re partie

Lire l'original

Nous abordons le dernier chapitre qui clôt le livre de Yechayahou. Le prophète y reprend ses reproches envers les hommes de sa génération au sujet de leur service divin dévoyé : l'apport de sacrifices par pur intérêt personnel, sans soumission de cœur et sans techouva, tout en déployant parallèlement des prophéties de consolation sur la délivrance future, sur l'enfantement miraculeux de Sion et sur le jour où sera révélé qui sert véritablement Hachem et qui ne faisait que le feindre.

« Le ciel est Mon trône » - Quelle maison Me bâtiriez-vous ?
כֹּה אָמַר יְהֹוָה הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי וְהָאָרֶץ הֲדֹם רַגְלָי אֵי־זֶה בַיִת אֲשֶׁר תִּבְנוּ־לִי וְאֵי־זֶה מָקוֹם מְנוּחָתִי׃ - Ainsi parle Hachem : Le ciel est Mon trône et la terre est l'escabeau de Mes pieds ; quelle maison pourriez-vous donc Me bâtir, et quel lieu serait Ma résidence ?

Le Radak explique : le prophète revient à présent réprimander les impies de sa génération pour leurs actes pervertis. Dès le début du livre, il leur reprochait déjà : « Qu'ai-je affaire de la multitude de vos sacrifices ? dit Hachem » - vous venez offrir des offrandes, mais vous ne cherchez que votre propre intérêt, sans la moindre intention sincère envers le Ciel. C'est selon ce même principe qu'il s'exprime ici : pensez-vous que cette Maison où vous amenez les sacrifices puisse pour ainsi dire contenir le Saint béni soit-Il, à la manière d'une demeure qui abrite le corps d'un être humain ? Vous faites fausse route. Le ciel est Mon trône, et la terre l'escabeau de Mes pieds. Cet « escabeau » s'entend comme un homme assis sur un siège avec un tabouret devant lui sur lequel il pose et étend ses pieds.

Le Radak ajoute : qu'on n'aille surtout pas imaginer à D.ieu ne plaise qu'Hachem soit un corps siégeant sur un trône ; il s'agit d'une métaphore, semblable à un roi assis sur son trône, les pieds sur un escabeau, d'où il ordonne ses lois à son peuple. Le ciel, lieu sublime et honoré, est le trône ; la terre, lieu inférieur, est l'escabeau ; et tout ce qui se trouve au ciel et sur la terre n'existe et n'agit que par le décret du Créateur, béni soit-Il.

Je n'ai pas ordonné la construction d'un Temple pour y habiter, ni les sacrifices pour m'en nourrir. Tout ce que J'ai ordonné, dit le Saint béni soit-Il, n'a d'autre but que de préparer votre cœur au service divin : pour que vous disposiez d'un lieu réservé où venir prier et élever des holocaustes et des offrandes, afin d'éveiller votre cœur, de consumer les mauvaises pensées, les aspirations dépravées et les désirs matériels, à l'image de ce qui brûle sur l'autel. Et vous ? Vous venez au Beth Hamikdach, vous offrez des sacrifices, et vous continuez à faire le mal, vous persistez dans des pensées iniques et des actes corrompus ! C'est sur ce point qu'Hachem les reprend : vous avez perdu le sens profond de l'acte, et ce n'est pas là Mon commandement. Vous n'accomplissez nullement Ma volonté ainsi, bien au contraire, vous M'irritez. « Quelle maison pourriez-vous donc Me bâtir, et quel lieu serait Ma résidence ? » - ce n'est pas là le repos auquel J'aspire. Si votre intention est d'apporter un sacrifice pour pouvoir continuer à fauter, d'offrir un sacrifice pour vous donner bonne conscience, ce n'est point là ce que J'ai demandé ni ce que Je désire.

Trois principes contraires à la raison humaine

Le Malbim explique que ce chapitre s'inscrit dans la continuité du précédent. Celui-ci dépeignait de sublimes descriptions de la reconstruction de Jérusalem, de l'abondance à venir et de la longévité des jours. À présent, le prophète s'adresse aux hommes de son époque, qui étaient persuadés que même s'il y avait des fautes et des défaillances, « ils sont le Sanctuaire d'Hachem, le Sanctuaire d'Hachem ! ». L'une des raisons pour lesquelles le Saint béni soit-Il leur a retiré Son Sanctuaire est précisément que celui-ci leur servait, d'une certaine façon, de caution pour continuer à pécher : le Sanctuaire expiera pour nous, le Saint des Saints expiera pour nous, les sacrifices nous obtiendront le pardon, le Tsits apaise, l'aspersion du sang apaise, la robe (Me'il) apaise, aucun ennemi ne franchira les portes de Jérusalem puisque nous possédons le Beth Hamikdach ! C'est contre cette illusion que le prophète s'élève : vous croyez pouvoir commettre toutes les abominations du moment que vous apaisez le Saint béni soit-Il par une offrande ? Vous apportez un sacrifice et l'affaire est réglée ? Sachez, dit le Saint béni soit-Il, que tout le principe du Temple et des sacrifices est en réalité contraire à la raison humaine, c'est une réalité tout à fait insaisissable pour l'esprit.

Et cela pour trois raisons. La première : si nous concevons le Saint béni soit-Il comme une essence spirituelle, une telle réalité n'est soumise à aucune limite et ne saurait être circonscrite en un lieu précis, à plus forte raison ne saurait-on affirmer qu'Elle réside dans une maison bâtie par des hommes. « Le ciel est Mon trône et la terre l'escabeau de Mes pieds » - à l'image d'un roi assis sur son trône qui juge son peuple, c'est depuis les cieux que l'abondance divine descend jusqu'à la terre, lieu de l'escabeau. Dès lors, « quelle maison pourriez-vous donc Me bâtir ? » - existe-t-il une demeure capable de contenir l'Infini ? Le roi Salomon ne déclarait-il pas lui-même : « Voici que les cieux et les cieux des cieux ne peuvent Te contenir, combien moins cette maison que j'ai bâtie ! » - à plus forte raison cette maison terrestre ne saurait constituer un réceptacle pour Hachem.

La seconde raison tient aux mots : « et quel lieu serait Ma résidence ? ». Il est totalement absurde d'imaginer que le Saint béni soit-Il ait besoin de repos, comme s'Il était en mouvement et devait périodiquement se reposer. « Je T'ai bâti une maison pour que Tu Te reposes » - est-ce là ce que l'on s'imagine ? Que le Saint béni soit-Il éprouverait de la fatigue et nécessiterait un délassement ? N'affirmons-nous pas à Son sujet : « Il ne Se fatigue ni ne Se lasse » ! Ces deux notions défient la logique humaine, et pourtant, Je les ai ordonnées.

וְאֶת־כׇּל־אֵלֶּה יָדִי עָשָׂתָה וַיִּהְיוּ כׇל־אֵלֶּה נְאֻם־יְהֹוָה וְאֶל־זֶה אַבִּיט אֶל־עָנִי וּנְכֵה־רוּחַ וְחָרֵד עַל־דְּבָרִי׃ - Toutes ces choses, c'est Ma main qui les a faites, et c'est ainsi qu'elles sont toutes venues à l'existence, parole d'Hachem ; mais c'est vers celui-ci que Je porte Mon regard : vers l'homme humble, à l'esprit brisé, qui tremble à Ma parole.

Et la troisième raison, explique le Malbim : que le Saint béni soit-Il demande qu'on Lui bâtisse une demeure, cela exprimerait pour ainsi dire un manque et un besoin. Or, comme nous l'avons souvent souligné, quiconque s'imagine que le Saint béni soit-Il nous réclame quoi que ce soit par besoin personnel amoindrit la transcendance divine. Le Saint béni soit-Il éprouverait-Il des besoins ? Souffrirait-Il d'une quelconque imperfection ? Il est le Maître de tout, et nous proclamons : « Maître du monde, qui régnait avant qu'aucune créature ne fût formée » - avant même qu'une créature n'existât, Il était déjà Roi. Il n'a aucun besoin de nous pour être Roi, et n'a nul besoin que nous fassions quoi que ce soit pour Son propre profit.

Et c'est sur cela que le verset déclare : « C'est Ma main qui a fait toutes ces choses ». Ai-Je donc besoin de toi pour quoi que ce soit alors que c'est Moi qui fais tout ? Après tout, même lorsque tu bâtis une maison, est-ce vraiment toi qui l'as bâtie ? « Si Hachem ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui la construisent ». La matière vient d'Hachem et la force vient d'Hachem, tout vient d'Hachem. Dès lors, si le Saint, béni soit-Il, désire une maison, a-t-Il besoin de toi pour Lui bâtir une maison en Son Nom ? C'est pourquoi le verset conclut : « et c'est ainsi que toutes ces choses sont venues à l'existence ». « Ma main l'a fait » - c'est le commencement, « et c'est ainsi que toutes ces choses sont venues à l'existence » - c'est le maintien dans la durée. Du début à la fin, tant pour la création du monde que pour la subsistance de ce qui y a été créé, tout émane de Lui, béni soit-Il, et non de l'homme, oracle d'Hachem.

« Mais c'est sur celui-ci que Je porterai Mes regards » - l'humble et l'esprit brisé

« Mais c'est sur celui-ci que Je porterai Mes regards : sur le pauvre et sur celui qui a l'esprit abattu ». Vers qui Mon regard se tourne-t-il véritablement, et sur qui est-ce que Je déverse l'abondance ? Vers celui qui est humble extérieurement et brisé en son for intérieur - « l'esprit abattu » fait référence à un esprit accablé, humble, un homme au cœur brisé qui pourtant ne se révolte pas et n'élève aucune récrimination contre le Ciel, mais « tremble à Ma parole », attentif et empressé d'obéir à Ma voix. Telle est la finalité du Temple, telle est la finalité des sacrifices et telle est la finalité de la Maison que vous bâtirez pour Mon Nom : parvenir à la soumission, que l'homme humilie son âme. Mais l'homme qui se présente au Beth Hamikdach comme un patron : « Maître du monde, voilà ce que Tu as demandé, prends Tes sacrifices, et moi je peux continuer à pécher » - malheur à qui adopte une telle attitude ! Si l'on y réfléchit, comme l'explique le Malbim, ces trois notions heurtent le bon sens : imaginer que le Saint, béni soit-Il, soit circonscrit à un lieu précis, qu'Il ait besoin d'un lieu de repos par fatigue du mouvement, ou qu'Il exige de l'homme et dépende de lui pour Lui construire une maison. Ne comprends-tu donc pas que l'unique but de tout cela est que l'homme tremble à Ma parole et abaisse son âme devant Lui, béni soit-Il ? Or, si l'on apporte de tels sacrifices, dit le Radak, ceux-ci ne sont point agréés, mais sont au contraire imputés comme une faute.

« Celui qui égorge le bœuf frappe un homme »
שׁוֹחֵט הַשּׁוֹר מַכֵּה־אִישׁ זוֹבֵחַ הַשֶּׂה עֹרֵף כֶּלֶב מַעֲלֵה מִנְחָה דַּם־חֲזִיר מַזְכִּיר לְבֹנָה מְבָרֵךְ אָוֶן גַּם־הֵמָּה בָּחֲרוּ בְּדַרְכֵיהֶם וּבְשִׁקּוּצֵיהֶם נַפְשָׁם חָפֵצָה׃ - Celui qui égorge le bœuf frappe un homme, celui qui sacrifie l'agneau brise la nuque d'un chien, celui qui présente une oblation offre du sang de porc, celui qui fait brûler l'encens bénit une idole : eux aussi ont choisi leurs propres voies, et leur âme a pris plaisir à leurs abominations.

Celui qui égorge un bœuf pour Me l'offrir en sacrifice tout en persistant dans sa méchanceté et ses péchés, Je le considère comme quelqu'un qui frappe un homme, comme s'il avait assassiné un être humain. Celui qui sacrifie un agneau pour M'apaiser tout en continuant à pécher, c'est comme s'il avait brisé la nuque d'un chien pour Me l'offrir, à Dieu ne plaise. Celui qui présente une offrande végétale (min'ha) et persiste dans ses égarements, c'est comme s'il offrait du sang de porc ; car le chien et le porc sont impurs. « Celui qui fait brûler l'encens » - l'encens pur (levona) était brûlé sur l'offrande de min'ha - est assimilé à celui qui bénit l'iniquité, comme s'il bénissait l'idolâtrie, la spoliation, le mensonge et la vanité.

Et pourquoi le texte dit-il « brise la nuque d'un chien » (oref kelev) et non « égorge un chien » ? Le Radak explique que le chien n'est pas assujetti à l'abattage rituel (che'hita), et que pour les animaux impurs, c'est le brisement de la nuque (arifa) qui s'applique : pour le premier-né de l'âne, il est dit « tu lui briseras la nuque », et à propos de la génisse décapitée (égla aroufa), « ils briseront là la nuque de la génisse », en la frappant avec un couperet du côté de la nuque, ce qui constitue la section des vertèbres cervicales. Et le Malbim fait remarquer que le substantif et le verbe dérivent de la même racine : « oreph » désigne l'endroit, la partie située derrière le cou, et « oref » est le verbe désignant l'action, trancher par la nuque.

Et pourquoi précisément le chien et le porc ? Le Radak rapporte ici un enseignement remarquable, déjà mentionné par Rabbénou Ba'hyé : le chien et le porc sont cités parce que le chien a le sabot fendu bien qu'il ne soit pas divisé, et le porc a le sabot fendu et complètement divisé. Beaucoup se sont étonnés d'une telle affirmation : comment qualifier le chien d'animal au sabot fendu, alors qu'il marche sur des pattes munies de coussinets et de griffes, et que le verset dit de lui « ils vous seront impurs » ; comment pourrait-on lui attribuer un signe de pureté ? Quoi qu'il en soit, c'est ainsi qu'écrivent Rabbénou Ba'hyé et le Radak, qu'ils sont tous deux considérés comme ayant le sabot fendu. Et pourquoi les avoir mentionnés ? Parce que chez tous deux, il existe un semblant de signe de pureté, et pourtant, la loi statue qu'ils sont impurs. Il en va de même ici : un homme apporte un sacrifice, que veut-il démontrer par là ? « Me voici qui sacrifie devant Hachem ». Mais en réalité, c'est comme le porc qui tend ses sabots en disant « voyez, je suis pur », ou comme le chien qui montre sa patte en prétendant pour ainsi dire être pur alors qu'il n'a pas le sabot divisé (la division caractéristique du chevreau et d'autres ruminants, que le chien ne possède pas) ; au-dedans de lui réside la duplicité, car il ne rumine pas, et l'homme, pareillement, continue ses actes corrompus et mauvais.

« Eux aussi ont choisi leurs propres voies »

« Eux aussi » : ceux-là mêmes qui égorgent le bœuf et sacrifient l'agneau sont assimilés à celui qui brise la nuque d'un chien ou offre du sang de porc, car ils choisissent leurs voies mauvaises et leur âme prend plaisir à leurs abominations. Ils ne recherchent point Mes voies ni Mes commandements, dans lesquels J'avais ordonné : « Ne rendez point vos personnes abominables », mais ils persistent dans leurs voies corrompues.

On peut s'étonner de l'emploi du mot « aussi » (gam) : d'ordinaire, « gam » vient ajouter un élément à un autre, et l'on ne commence jamais une phrase par « aussi » s'il n'y a rien à quoi le rattacher. On dit d'abord « Réouven viendra », et seulement ensuite « Chimon aussi ». Rachi répond : ne sois point surpris, tel est l'usage de la langue hébraïque d'employer deux « gam » en parallèle : « le jeune homme aussi bien que la jeune fille », « elle ne sera ni à moi ni à toi », « et leur amour aussi bien que leur haine », « afin qu'ils ne meurent point, eux aussi bien que vous ». Il en va de même ici : « Eux aussi ont choisi », et en contrepartie au verset suivant, « Moi aussi Je choisirai ». Vous avez choisi des choses corrompues, dit le Saint, béni soit-Il, Moi aussi Je choisirai des châtiments pénibles et douloureux.

Le Malbim explique : vous qui apportez des sacrifices tout en persistant dans votre méchanceté et votre perversité, sans revenir vers Moi par la techouva, sachez que ces deux extrêmes sont équivalents à Mes yeux. Qu'il s'agisse de celui qui égorge le bœuf en sacrifice ou de celui qui frappe un homme pour assassiner ; de celui qui immole l'agneau pour une offrande ou de celui qui brise la nuque d'un chien ; de celui qui présente une oblation ou de celui qui offre du sang de porc pour une idole ; de celui qui invoque le Nom par l'encens ou de celui qui bénit l'iniquité idolâtre. Même les premiers actes - égorger le bœuf, immoler l'agneau, présenter l'oblation, faire brûler l'encens, qui sont en apparence positifs -, « eux aussi ont choisi leurs propres voies » : tu prétends servir le Saint, béni soit-Il, selon ta propre conception, et non parce qu'Hachem l'a ordonné, non en annulant ton avis et ta volonté devant Lui, mais uniquement par choix personnel. Et le Saint, béni soit-Il, déclare : Je ne veux pas de ces sacrifices sans techouva, et Je n'en désire point sans soumission. Et tout comme tu Me sers selon ton propre entendement, de même en va-t-il de l'autre camp - celui qui frappe un homme, brise la nuque d'un chien - « et leur âme a pris plaisir à leurs abominations », tel le serviteur d'idoles qui prend plaisir à ses abominations selon sa propre fantaisie.

Le Malbim relève ici une nuance remarquable : pourquoi est-il dit « eux aussi ont choisi leurs voies », alors qu'au sujet des abominations, il est écrit « leur âme a désiré » ? C'est parce qu'en vérité, l'homme ne choisit pas le mal, mais il le désire. Le choix relève toujours de l'intellect ; l'homme choisit au moyen de sa raison. C'est pourquoi, à propos des voies droites, lorsqu'il s'agit de la manière de servir Hachem, il convient de dire « ils ont choisi leurs voies » - par un choix délibéré. En revanche, pour l'idolâtrie et les abominations, on ne saurait parler de choix : le choix est rationnel, et choisir des abominations n'a rien de rationnel. C'est pourquoi le verset dit ici « leur âme a désiré » - il y a un désir, une envie, une pulsion, mais on ne peut pas dire qu'il l'ait choisi, car le choix est toujours un acte rationnel dicté par la réflexion, et nul ne choisit rationnellement des abominations.

Une allusion selon le saint Ari : « Celui qui immole le bœuf frappe un homme »

On trouve ici une allusion remarquable dans l'expression « celui qui immole le bœuf frappe un homme ». Le saint Ari explique ce qui s'opère lorsqu'un homme offre un sacrifice (et l'on pourra consulter à ce propos le livre « Michnat HaGuilgoulim », deuxième partie, où ces notions sont détaillées selon la Kabbale) : dans le sacrifice se trouve réincarnée une âme, et lorsque l'homme l'offre convenablement, il répare cette âme. Mais s'il ne l'offre pas convenablement, il est dit : « Ce sang sera imputé à cet homme, il a versé le sang ». Apparemment, quel sang a-t-il versé ? Il a abattu une bête, égorgé une vache, tué un bœuf - que s'est-il passé ? C'est que puisqu'il « ne l'a pas amenée au sanctuaire de l'Éternel », mais l'a prise et abattue à l'extérieur, il n'a pas réparé l'âme, et il se trouve qu'il l'a assassinée de nouveau : l'âme était venue ici pour sa réparation et n'a pas été réparée, c'est pourquoi « il a versé le sang ». C'est précisément ce qui est dit ici : « Celui qui immole le bœuf » - quand tu as immolé le bœuf sans intention de repentir, tu l'as détruit et tué inutilement, alors qu'une âme y était réincarnée ; il se trouve donc que tu « frappes un homme », tu as assassiné un être humain. En effet, cet homme était venu dans ce bœuf pour sa réparation, et si tu l'avais offert et fait brûler sur l'autel convenablement, son élévation aurait été parachevée ; mais tu l'as abattu sans intention pure et sans téchouva, et cela équivaut à « briser la nuque d'un chien » ou à « offrir pour oblation du sang de porc ».

« Moi aussi, je choisirai leurs égarements »
גַּם־אֲנִי אֶבְחַר בְּתַעֲלֻלֵיהֶם וּמְגוּרֹתָם אָבִיא לָהֶם יַעַן קָרָאתִי וְאֵין עוֹנֶה דִּבַּרְתִּי וְלֹא שָׁמֵעוּ וַיַּעֲשׂוּ הָרַע בְּעֵינַי וּבַאֲשֶׁר לֹא־חָפַצְתִּי בָּחָרוּ׃ - Moi aussi, je choisirai leurs égarements et je ferai fondre sur eux ce qu'ils redoutent, car j'ai appelé et nul n'a répondu, j'ai parlé et ils n'ont pas écouté ; ils ont fait ce qui est mal à mes yeux et ont choisi ce qui me déplaît.

« Leurs égarements » (ta’alouléhem) - de la même racine que « parce que tu t'es joué de moi » ou « la façon dont je me suis joué de l'Égypte ». Puisqu'ils se livrent à des railleries, le Saint, béni soit-Il, dit : Moi aussi, je me jouerai d'eux, je choisirai des châtiments qui se moqueront d'eux à la mesure de leurs actes. « Et ce qu'ils redoutent » (megourotam) - megora signifie la peur ; ce qu'ils craignent, redoutent et fuient - le glaive, la famine, la captivité et le pillage -, c'est précisément ce que Je ferai fondre sur eux. Et la raison en est : « Car j'ai appelé et nul n'a répondu, j'ai parlé et ils n'ont pas écouté » - mesure pour mesure. « Ils ont fait ce qui est mal à mes yeux » - au sujet des commandements négatifs ; « et ont choisi ce qui me déplaît » - au sujet des commandements positifs, en s'inventant leurs propres commandements. Puisque J'ai appelé sans trouver de réponse, et que Je les ai réprimandés par l'intermédiaire des prophètes sans que rien ne les émeuve, Moi aussi Je choisirai leurs égarements et ferai fondre sur eux leurs terreurs, et le châtiment sera à la mesure de leurs fautes.

« Ceux qui tremblent à sa parole » face à « vos frères qui vous haïssent et vous rejettent »
שִׁמְעוּ דְּבַר־יְהֹוָה הַחֲרֵדִים אֶל־דְּבָרוֹ אָמְרוּ אֲחֵיכֶם שֹׂנְאֵיכֶם מְנַדֵּיכֶם לְמַעַן שְׁמִי יִכְבַּד יְהֹוָה וְנִרְאֶה בְשִׂמְחַתְכֶם וְהֵם יֵבֹשׁוּ׃ - Écoutez la parole de l'Éternel, vous qui tremblez à Sa parole : Vos frères qui vous haïssent, qui vous repoussent à cause de Mon nom, ont dit : « Que l'Éternel manifeste Sa gloire, et que nous voyions votre joie ! » Mais ce sont eux qui seront confondus.

Qui sont « ceux qui tremblent à Sa parole » ? Rachi explique : les justes qui s'empressent avec crainte et ferveur de s'attacher à Ses paroles. C'est d'ailleurs de là que provient le terme « 'haredim » - du verset « Écoutez la parole de l'Éternel, vous qui tremblez (ha-'haredim) à Sa parole », expression qui désigne une personne pénétrée de crainte révérencielle pour la parole divine. « Vos frères qui vous haïssent, qui vous repoussent ont dit » - ce sont les pécheurs d'Israël mentionnés plus haut. Rachi précise encore : ce sont ceux qui disent « Éloigne-toi, impur ! », « Reste à l'écart, ne m'approche pas ! » - ils se regardent comme des justes : « Toi, recule, c'est toi qui as besoin de réparation, c'est toi qui as des défauts, tandis que nous, nous sommes les justes ». « À cause de Mon nom, que l'Éternel manifeste Sa gloire » - ils prétendent : nous sommes plus grands que vous, plus justes que vous, le Saint, béni soit-Il, est plus glorifié par nous que par vous, nous sommes plus proches de Lui.

Le prophète avertit : sachez qu'un temps viendra, une génération viendra où tous ceux qui s'estiment justes face aux serviteurs d'Hachem, tous ceux qui scrutent ceux qui observent les mitsvot pour n'y chercher que déchéance, turpitude et défauts - s'imaginant être le juste de la génération, tandis que « ces religieux sont tous des voleurs » et inventant sur eux toutes sortes de calomnies -, il apparaîtra clairement qu'il n'en est rien, mais « nous verrons votre joie, et ce sont eux qui auront honte ».

קוֹל שָׁאוֹן מֵעִיר קוֹל מֵהֵיכָל קוֹל יְהֹוָה מְשַׁלֵּם גְּמוּל לְאֹיְבָיו׃ - Une voix de tumulte vient de la ville, une voix sort du sanctuaire : c'est la voix de l'Éternel qui paie leur rétribution à Ses ennemis.

Face à tout le tumulte, aux souffrances, aux méfaits, à la corruption et à la perversité qu'ils ont commis dans la ville, le Saint, béni soit-Il, fait retentir une voix depuis Son sanctuaire pour porter accusation contre eux et rendre la rétribution due à Ses ennemis. C'est dire que ce n'est que pour l'instant que nous vivons dans le « alma de-chikra » (le monde du mensonge), où certains commettent toutes sortes de méchancetés tout en trouvant à redire aux observants des mitsvot et en se croyant des justes à leurs côtés. Mais le Saint, béni soit-Il, déclare : ceux-là sont vos frères - vos propres frères -, pourtant ils vous haïssent et vous excluent ; or, le moment viendra où l'on verra votre joie, et où ils seront couverts de honte.

Radak apporte une explication complémentaire : « Vos frères qui vous haïssent, qui vous repoussent ont dit » - ce sont ceux qui vous éloignent parce que vous tremblez à la parole d'Hachem. Et ils disent : « Que pour Son Nom Hachem soit glorifié [yikhbad] » - c'est-à-dire que ce que le Saint, béni soit-Il, exige est trop lourd [kaved] pour nous ; les mitsvot d'Hachem sont dures et pesantes pour nous, selon l'expression « afin de ne pas t'être à charge [velo nikhbad aleikha] ». Ils rejettent la difficulté sur le Saint, béni soit-Il. Mais le Saint, béni soit-Il, déclare : Je Me révélerai dans votre joie, vous vous réjouirez de Son salut et eux auront honte. Tous ceux qui se plaignaient que les mitsvot d'Hachem sont trop lourdes et cherchaient constamment à s'alléger la tâche, une génération viendra où ils seront couverts de honte.

Et pourquoi auront-ils honte ? On peut l'expliquer d'après les paroles de la Guémara, où les méchants s'exclament : comment n'avons-nous pas été capables de surmonter ce qui n'était qu'un fil de cheveu ! C'est-à-dire qu'à la venue du Machia'h, il apparaîtra clairement que ce n'était nullement lourd ; il s'avérera que ce qu'ils répétaient, « c'est trop lourd, c'est trop lourd », n'était pas vrai, puisqu'ils diront eux-mêmes : comment n'avons-nous pas réussi à vaincre le yetser hara, qui n'est pourtant que comme un fil de cheveu ? Dès lors, « nous contemplerons votre joie » s'applique à ceux qui ont fourni de véritables efforts, « et eux auront honte », ceux qui prétendaient que les mitsvot d'Hachem leur étaient trop pesantes. Et quand cela se produira-t-il ? Quand retentira « une voix tumultueuse venant de la ville », lorsque le Saint, béni soit-Il, Se révélera : alors il apparaîtra que ceux qui ont dédaigné Ses mitsvot l'ont fait par attrait pour leurs désirs, et non parce que les commandements divins étaient trop lourds.

Radak explique en outre qu'il est possible que le prophète s'adresse aux membres de sa génération qui craignent la parole d'Hachem, selon l'expression « et qui tremble à Ma parole », et « nous contemplerons votre joie » se rapporte alors aux mitsvot que vous accomplissez, ou bien à la résurrection des morts à l'époque messianique. Il est également possible qu'en disant « Écoutez la parole d'Hachem, vous qui tremblez à Sa parole », il vise les exilés, qui viendront de l'étranger pour être ici aux temps messianiques et lors de la délivrance.

Le groupe des hypocrites - L'homme selon ses louanges

Le Malbim explique que ces propos visent à nouveau les individus mentionnés plus haut : ceux qui apportent des sacrifices afin de persévérer dans leurs transgressions, et qui en apportent pour s'en enorgueillir, formant ainsi la caste des hypocrites. « Écoutez la parole d'Hachem » - à qui le prophète s'adresse-t-il ? À « ceux qui tremblent à Sa parole », à ceux qui craignent véritablement D.ieu, et non aux hypocrites qui se font passer pour des hommes pieux et apportent des offrandes au Temple alors même que leur intention est de continuer à pécher. Et il leur dit : ceux-là sont « vos frères » - pour ainsi dire vos frères dans l'accomplissement des mitsvot, vous vous rendez tous deux au Beth Hamikdache, toi tu offres des sacrifices et lui aussi en offre, et il ressemble à un frère. Mais sache-le bien : « ceux qui vous haïssent, qui vous repoussent ».

Car il est bien connu que quiconque porte en son cœur la crainte d'Hachem possède l'amour des Sages. Et si tu veux savoir chez qui Hachem est bien loin du cœur et des pensées, observe quelle mesure d'amour pour les talmidé 'hakhamim il possède. « Mon cœur va aux législateurs d'Israël », s'écrie Débora - mon cœur aspire à l'amour des Sages et à l'amour des géants de la Torah. De même, « et l'homme est jugé selon ses louanges [ve-ich lefi mahalolo] » : veux-tu connaître la valeur d'un homme ? « Le creuset est pour l'argent et le fourneau pour l'or » - l'argent, on le fond, et l'or, on le met au fourneau pour en ôter les scories ; mais l'homme, par quoi l'éprouve-t-on ? « Selon ses louanges » - regarde qui il loue et par qui il est impressionné. S'il admire des personnes éloignées des mitsvot, des politiciens, des militaires ou des figures de ce genre, comprends qu'il se trouve là ; mais s'il est émerveillé par les Sages et ne cesse de chanter leurs louanges, comprends qu'il est là.

C'est à ce sujet qu'il est dit « vos frères » : ils ressemblent à vos frères, mais en vérité ce sont « ceux qui vous haïssent, qui vous repoussent ». Il a toujours des critiques à formuler envers ceux qui étudient la Torah, il a toujours son mot à dire sur les avrekhim, toujours une remarque à l'égard des Guedolé Hador, et il se permet même de leur donner des conseils : ici ils n'ont pas agi correctement, là ils n'ont pas tranché comme il faut, ailleurs leur entourage les influence, ici ils n'ont pas vu les choses avec lucidité. C'est lui qui comprend, c'est lui qui sait, il est à la fois le témoin et le juge ! Il porte une kippa comme toi, il a la même allure que toi, tout en lui est semblable - mais dans ses propos et son esprit critique, on reconnaît qu'il est « celui qui vous hait, qui vous repousse ». « Dans leur cœur ils dressent des embûches », dit le Malbim, contre les véritables serviteurs d'Hachem : pourquoi a-t-on besoin d'avrekhim ? Pourquoi étudier toute la journée ? Pourquoi ne travaillent-ils pas ? Il a toujours des reproches, s'estimant plus avisé que tout le monde, et ce que disent les Guedolé Israël n'a pour lui pas plus de valeur que la poussière de la terre ou une pelure d'ail : d'après lui, ils ne comprennent rien, ils ne voient pas les réalités, « j'habite au milieu de mon peuple », moi je vis au contact du peuple alors que les Guedolé Israël sont déconnectés, que la poussière leur remplisse la bouche !

Et c'est sur eux qu'il est dit : « Que pour Son Nom Hachem soit glorifié » : par les sacrifices qu'il apporte, il s'imagine qu'Hachem sera glorifié. Mais quel est en vérité le but de son sacrifice ? Montrer qu'« il » est un tsadik, faire voir qu'il accomplit la volonté d'Hachem. « En faveur de mon nom » - il offre des sacrifices pour que son propre nom grandisse, pour paraître vertueux, et non pour que soit magnifié Son Nom, béni soit-Il. Le prophète leur annonce : « Et nous verrons » - la vérité apparaîtra au grand jour lors de la venue du Machia'h ; alors Sa présence se manifestera dans votre joie et eux seront couverts de honte, et l'on verra bien que le Saint, béni soit-Il, ne désire point les hypocrites mais un service d'Hachem authentique. C'est seulement alors que l'on découvrira qui est celui qui feint d'être votre frère alors qu'en vérité il vous hait et vous repousse, et qui est celui qui agit « pour mon nom », afin de rehausser sa propre renommée, tout en s'imaginant qu'Hachem en est honoré.

Et quand cela adviendra-t-il ? « Une voix tumultueuse venant de la ville, une voix sortant du Temple, la voix d'Hachem qui paie leur rétribution à Ses ennemis. » Aux temps messianiques, une voix tumultueuse - un grand fracas - s'élèvera de la ville, de Jérusalem, car c'est alors que Gog et Magog, les ennemis d'Hachem, monteront contre elle, et c'est alors qu'« Hachem sortira pour combattre ces nations ». Le prophète se tient ici, selon le Malbim, comme quelqu'un qui dépeint ce qu'il perçoit en esprit pour l'avenir : j'entends un bruit tumultueux venant de la ville, le tumulte de Jérusalem ; et non seulement cela, mais aussi une rumeur venant du Palais, du Sanctuaire ; et j'entends la voix d'Hachem qui rétribue Ses ennemis. Dès lors, il commence à détailler ces trois voix, montrant comment le Saint, béni soit-Il, accorde une récompense à ceux qui L'aiment et inflige rétribution et châtiment à Ses ennemis.

« Avant d'être en travail, elle a enfanté » - Un enfantement sans douleurs
בְּטֶרֶם תָּחִיל יָלָדָה בְּטֶרֶם יָבוֹא חֵבֶל לָהּ וְהִמְלִיטָה זָכָר׃ - « Avant d'être en travail, elle a enfanté ; avant que ne lui viennent les douleurs, elle a mis au monde un fils. »

Le prophète décrit combien la délivrance surviendra de façon soudaine. Dans l'ordre habituel des choses, une femme ressent les premières contractions de l'enfantement, ces prémices avertissent et annoncent que la délivrance est proche, et l'on s'y prépare et s'organise peu à peu jusqu'à l'accouchement. Mais cette délivrance future ne se déroulera pas ainsi : « Avant d'être en travail, elle a enfanté » - avant même que ne la saisissent les affres et les tremblements du travail, avant tout ce processus, elle a déjà mis au monde son enfant. C'est-à-dire que la venue du Machia'h se produira instantanément, en un instant et sans qu'on s'y attende, non pas comme un événement auquel on s'est préparé, mais comme il est dit : « Et soudain entrera dans son temple le Maître que vous cherchez ». C'est ainsi que « avant que ne lui viennent les douleurs, elle a mis au monde un fils » - avant même que n'arrivent les douleurs de l'enfantement, elle a déjà accouché d'un garçon ; une naissance immédiate, inattendue, advenue en un seul instant.

Et pourquoi le verset souligne-t-il : « elle a mis au monde un mâle » ? Le Radak explique : il est dit « un mâle » car il est plus vigoureux et plus fort que la femelle, et ses parents s'en réjouissent davantage. C'est ainsi que les choses se sont toujours passées. Pourtant, de nos jours, on a l'impression que la situation est un peu inversée : éduquer des garçons est difficile, tandis qu'élever des filles est bien plus aisé. Le 'Hafets 'Haïm dit un jour à un parent qui sollicitait une bénédiction pour avoir une descendance viable de garçons : « Des garçons ? Nous nous tourmentons déjà pour ceux qui existent ! Combien s'investiront vraiment dans le service de Dieu ? Tant s'écartent du droit chemin et se perdent ; si seulement ceux qui sont là marchaient dans les voies d'Hachem ! » Et qui peut aujourd'hui être certain de réussir à élever ses fils dans la Torah et la crainte du Ciel ? En revanche, pour les filles, le verset dit : « Ta femme sera comme une vigne féconde » ; on presse les raisins et le vin s'écoule. Mais « tes fils seront comme des plants d'olivier » : combien faut-il broyer, combien d'efforts et de sacrifices faut-il consentir avant d'avoir le mérite d'un fils craignant Dieu, serviteur d'Hachem et Ben Torah ! Il y a, baroukh Hachem, beaucoup de gens qui prient et observent les mitsvot, plus ou moins ; mais voir grandir un véritable serviteur d'Hachem, authentiquement pénétré de la crainte de Dieu, c'est extrêmement difficile. C'est pourquoi, à leur époque, on se réjouissait d'un enfant mâle, tandis qu'aujourd'hui, où nul ne sait de quoi demain sera fait, il semble à certains égards plus simple d'éduquer les filles.

La prophétie du Malbim : une faible population à Jérusalem avant la délivrance

Le Malbim explique que « Avant d'être en travail, elle a enfanté » fait écho à ce qui est dit plus haut : « Une voix de tumulte vient de la ville », et il s'agit ici d'une période bien antérieure à la venue du Machia'h. Voici ce qu'il écrit, en des termes presque prophétiques : bien longtemps avant la venue du rédempteur, un petit nombre d'exilés se rassemblera et fixera sa demeure à Jérusalem. Dès avant la délivrance, des hommes viendront s'installer à Jérusalem ; et après y avoir résidé de longues années, les douleurs de l'enfantement surviendront, à savoir la guerre de Gog et Magog. Mais avant même cette guerre, il y aura une présence juive à Jérusalem. C'est alors que commencera le grand rassemblement universel.

Et de fait, aujourd'hui encore, nous ne sommes ici qu'une minorité : environ six millions de Juifs en terre d'Israël, sur une population mondiale qui compte quinze à dix-huit millions de Juifs (et les réformés n'arrangent rien à la situation, ils ne font que réduire notre nombre). Il s'avère donc que ces six millions ne constituent qu'une partie du peuple juif dans le monde, et que la majorité d'Israël n'est pas encore montée sur sa terre. Ensuite commencera le grand rassemblement général. C'est là le sens de « Avant d'être en travail, elle a enfanté » : avant même que Jérusalem ne connaisse les grandes douleurs de la délivrance finale, elle aura déjà connu un premier enfantement, plus modeste - ces hommes et ces femmes qui habitent déjà aujourd'hui à Jérusalem.

Et ce n'est pas tout : « avant que ne lui viennent les douleurs ». Bien avant le temps où surviendront les affres de l'enfantement, de nombreuses années avant l'heure de la délivrance, on constatera qu'elle a déjà enfanté. Remarquez la formule : « elle a mis au monde un mâle » - un seul individu, et non des mâles au pluriel. Cela signifie qu'ils ne seront au départ qu'une poignée d'hommes, très peu nombreux, et cela bien avant la délivrance et avant les douleurs messianiques. Et que signifie le terme 'hevel (« douleur » ou « lien ») ? Le Malbim explique que le fœtus est attaché dans le sein maternel par des attaches et des tissus - le cordon ombilical, le placenta - comme retenu par des liens ('havalim). Ce terme évoque donc le fait que l'enfant est relié aux entrailles de sa mère, comme dans le verset « C'est là que ta mère t'a conçu avec douleur ('hiblatkha) », ainsi que le moment où ces liens se délient. « Avant que ne lui viennent les douleurs » signifie ainsi : avant même que ce lien ne se rompe et que ces attaches ne se séparent.

« Un pays peut-il être enfanté en un seul jour ? » - Le double prodige
מִי־שָׁמַע כָּזֹאת מִי רָאָה כָּאֵלֶּה הֲיוּחַל אֶרֶץ בְּיוֹם אֶחָד אִם־יִוָּלֵד גּוֹי פַּעַם אֶחָת כִּי־חָלָה גַּם־יָלְדָה צִיּוֹן אֶת־בָּנֶיהָ׃ - Qui a jamais entendu pareille chose ? Qui a vu rien de semblable ? Un pays peut-il être enfanté en un seul jour, ou une nation naître en une seule fois ? Car à peine en travail, Sion a déjà enfanté ses fils.

Le Malbim explique que lorsque viendra le temps de la rédemption, alors que la parturiente sera assise sur le siège d'enfantement et que surviendront les contractions et les affres - c'est-à-dire la guerre de Gog et Magog -, cette naissance sera miraculeuse à un double titre. D'abord, en ce qui concerne les douleurs : elles se propageront dans tout le pays d'un seul coup, comme si toutes les femmes du pays étaient saisies par les douleurs de l'enfantement en un seul et même jour. La métaphore désigne Gog : il n'avancera pas pas à pas, mais son irruption sera comme la conquête de tout le pays en un seul jour. C'est le sens de « Un pays peut-il être en travail en un seul jour ? » - le terme you'hal provenant des affres du travail : a-t-on jamais vu toutes les femmes d'un pays accoucher le même jour ? De même ici, Gog déferlera en un jour sur tout le pays et s'y étendra d'un bout à l'autre.

Le second prodige concerne la naissance elle-même : la nation tout entière naîtra en une seule fois. C'est le sens de « ou une nation naître en une seule fois ? » - est-il concevable qu'en un seul jour un pays entier enfante ? L'image s'applique aux exilés qui s'y rassembleront : après que Gog aura dominé tout le pays en une seule journée, la délivrance apparaîtra soudain, et en un seul jour toutes les communautés en exil afflueront ici. C'est à ce propos qu'il est dit : « Car à peine en travail, Sion a déjà enfanté ses fils ». Le prodige est double : elle est entrée en travail ('hala) en un seul jour, et elle a enfanté (yalda) en une seule fois, tout cela en un instant. Qui a jamais entendu pareille chose ? Qui a vu rien de semblable ? C'est une réalité inouïe, qui dépasse l'entendement. Mais le Saint, béni soit-Il, proclame : en un seul jour régnera Gog, et en un seul jour s'accomplira la rédemption de tout Israël.

Les termes you'hal et ki 'hala gam yalda se rattachent à l'expression « la terreur et le tremblement ('hil) le saisissent », qui évoque l'épreuve et la souffrance, et s'apparentent peut-être aussi au mot 'holi (la maladie), décrivant l'angoisse et le frémissement qui saisissent la femme au moment d'accoucher. C'est ainsi que le verset annonce que tout s'accomplira simultanément : la délivrance se fera à la fois en un seul jour et en une seule fois.

« Ouvrirais-je le sein sans faire enfanter ? »
הַאֲנִי אַשְׁבִּיר וְלֹא אוֹלִיד יֹאמַר יְהֹוָה אִם־אֲנִי הַמּוֹלִיד וְעָצַרְתִּי אָמַר אֱלֹהָיִךְ׃ - « Ouvrirais-je le sein maternel sans faire enfanter ? dit l'Éternel. Ou bien, Moi qui fais enfanter, retiendrais-je la naissance ? dit ton Dieu. »

Vous vous étonnez : « Une nation naîtrait-elle en une seule fois ? » - Est-il possible que tout un peuple naisse d'un coup, que tous reviennent soudain ici en un seul instant ? Le Saint, béni soit-Il, répond : C'est Moi qui les ai menés jusqu'au siège de l'enfantement et c'est Moi qui leur ai infligé ces douleurs ; ces souffrances de l'enfantement viennent de Moi - dès lors, comment serait-il possible que l'accouchement n'aboutisse pas ? Tu demandes : « Un pays enfanterait-il en un seul jour ? » Or, c'est Moi qui fais enfanter, est-il concevable que J'en retienne une partie ? Il va de soi que si J'ouvre la matrice pour donner la vie, l'enfantement ira jusqu'à son terme, car il s'agit de Celui qui détient toute la force et la toute-puissance - « Rendez la force à Dieu ». Lorsque J'accomplis une œuvre, elle n'est jamais partielle, elle est parfaite : « Si c'est Moi qui fais enfanter, retiendrais-Je la naissance ? » - puisque Je suscite la naissance, ferais-Je naître à moitié ? « Est-ce Moi qui mènerais à terme » - les aurais-Je conduits dans l'épreuve, assis sur le siège de l'enfantement, « et n'accoucherais-Je pas ? », sans leur accorder la délivrance ? Ne t'étonne donc pas, car il s'agit de Celui dont la capacité de donner est sans bornes. Quand la rédemption viendra, elle sera totale : il ne subsistera aucun reste oublié, et personne ne sera exclu de la délivrance future. Tous ceux qui doivent être libérés le seront en un seul jour et en un seul instant.

En conclusion :

Le chapitre s'ouvre sur une réprimande percutante : les cieux sont le trône du Saint, béni soit-Il, et la terre est Son marchepied ; Il n'a nul besoin d'une maison, ni pour s'y reposer, ni pour y recevoir nos services. Toute la finalité du Temple et des sacrifices est que l'homme soit « humble, à l'esprit brisé et tremblant à Ma parole ». Quant à celui qui offre des sacrifices tout en persévérant dans ses fautes, son offrande est considérée comme s'il tuait un homme, brisait la nuque d'un chien ou présentait du sang de porc - à l'image du porc qui exhibe ses sabots fendus pour proclamer : « Regardez, je suis pur ! ». Face à eux, le prophète s'adresse à ceux qui tremblent véritablement devant la parole de Hachem, et promet que les hypocrites qui les bannissent et s'enorgueillissent de leur propre piété seront couverts de honte le jour où retentira la voix de Hachem infligeant la rétribution à Ses ennemis. Dès lors, le prophète aborde la consolation : un enfantement miraculeux et soudain, « avant même d'entrer en travail, elle a enfanté » - une première naissance, modeste, d'un petit nombre d'habitants s'installant à Jérusalem de longues années auparavant, suivie, après les douleurs de Gog et Magog concentrées en un seul jour, de la grande naissance d'une nation entière en une seule fois. Et le Saint, béni soit-Il, scelle Sa promesse : c'est Moi qui mène à terme et c'est Moi qui fais naître ; Celui qui a ouvert la matrice ne s'arrêtera pas au milieu - la rédemption sera parfaite, intégrale, en un seul jour et en un seul instant.