Introduction : La prophétie d'un monde renouvelé
Dans cette partie du chapitre, la prophétie passe de la réprimande à la grande consolation : la description de la réalité des temps futurs. Le prophète dépeint un monde où le bien ne se mesure plus par rapport au mal, où l'homme jouit d'une longue vie, où la prière est exaucée avant même d'être prononcée, et où la nature même des prédateurs est transformée. Suivons l'ordre des versets et voyons comment les expliquent Rachi, le Radak et particulièrement le Malbim.
Nouveaux cieux et nouvelle terre - Renouvellement ou création ?
כִּי הִנְנִי בוֹרֵא שָׁמַיִם חֲדָשִׁים וָאָרֶץ חֲדָשָׁה, וְלֹא תִזָּכַרְנָה הָרִאשֹׁנוֹת וְלֹא תַעֲלֶינָה עַל לֵב׃ - Car voici que Je crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre ; on ne se souviendra plus des premières choses et elles ne monteront plus au cœur.
Rachi rapporte que certains expliquent qu'il s'agit littéralement de nouveaux cieux, et que c'est là le sens principal, comme le prouve le verset : « Car de même que les nouveaux cieux et la nouvelle terre ». Le Radak explique différemment : face à l'immensité du bien qui adviendra, tout se passera comme si le monde entier était devenu des cieux nouveaux et une terre nouvelle, selon l'expression du texte « et l'on ne se souviendra plus des premières choses » - tout se renouvellera pour ainsi dire, y compris les cieux.
Le Radak rapporte également l'explication d'Ibn Ezra, selon laquelle « de nouveaux cieux » se rapporte à l'atmosphère céleste : le Saint, béni soit-Il, insufflera un air pur et bienfaisant, au point que les hommes seront en bonne santé et vivront de nombreuses années, comme nous le verrons dans la suite du chapitre. De même, Il redonnera de la vigueur à la terre, qui ne sera plus comme aujourd'hui, mais déploiera toute sa puissance fertile, ce qui correspond à la « terre nouvelle ». En d'autres termes : ce n'est pas une création ex nihilo, mais une rénovation générale - le ciel et la terre connaîtront un renouveau.
Et que gagnons-nous à comprendre les choses ainsi ? C'est qu'il est écrit que le ciel et la terre ne cesseront jamais devant Lui, et qu'il est dit : « Si ces lois viennent à cesser devant Moi... la descendance d'Israël aussi cessera », et « Si Mon alliance avec le jour et la nuit ne subsiste pas, si Je n'ai pas établi les lois du ciel et de la terre... » - l'alliance avec Israël est donc comparée aux lois immuables du ciel et de la terre. Le sens n'est donc pas que les cieux et la terre disparaîtront, mais qu'ils seront renouvelés, et que D.ieu procurera un air bienfaisant. Cependant, le Radak soulève une difficulté sur cette explication : s'il en est ainsi, ce bienfait profitera à toutes les nations, alors que le verset précise « car les jours de Mon peuple seront comme les jours de l'arbre » - ce qui sous-entend que cela ne concerne que le peuple d'Israël. Y aurait-il donc un ciel ici et un ciel différent ailleurs ?
Le Malbim apporte une explication profonde : les cieux et la terre actuels ont été créés selon les lois de la nature, et il est impossible qu'ils contiennent un bien permanent sans mal. Pourquoi ? Parce que la réalité matérielle se dépouille sans cesse d'une forme pour en revêtir une autre, et qu'il ne peut y avoir d'existence physique sans corruption ni manque. Toute réalité matérielle est vouée à disparaître. Rien ne demeure immuable, rien n'échappe à la rouille, aucun être vivant n'échappe au vieillissement, aucune pierre n'échappe à l'érosion - il n'existe aucune réalité matérielle qui ne soit soumise aux altérations et aux changements. C'est à ce propos que le Saint, béni soit-Il, déclare : Je créerai de nouveaux cieux, une réalité physique exempte d'altérations et de détériorations, une réalité entièrement bonne. Au point que « l'on ne se souviendra plus des premières choses et elles ne monteront plus au cœur » - personne ne se rappellera qu'il y a eu un jour la mort, qu'il y a eu un jour le mal, qu'il existait une réalité de perte et de destruction. Dans cette nouvelle nature, rien de tel n'existera, et l'on ne se souviendra même plus qu'il ait pu exister une réalité différente des nouveaux cieux que nous verrons à l'avenir.
Exultez et réjouissez-vous à jamais - Guil, Sim'ha et Massos
כִּי אִם שִׂישׂוּ וְגִילוּ עֲדֵי עַד אֲשֶׁר אֲנִי בוֹרֵא, כִּי הִנְנִי בוֹרֵא אֶת יְרוּשָׁלִַם גִּילָה וְעַמָּהּ מָשׂוֹשׂ׃ - Mais soyez dans l'allégresse et exultez à jamais pour ce que Je crée, car voici que Je crée Jérusalem pour l'allégresse et son peuple pour la joie.
Précisons le sens des termes. La sissa et le massos désignent une joie qui se manifeste extérieurement, tandis que la guila réside dans le cœur : on peut dire « son cœur s'est rempli d'allégresse » même si rien ne paraît au-dehors, lui-même le sachant et pouvant en témoigner. Mais on ne peut pas dire « il exulte » (sass) sans que cela ne se voie, car la sissa s'exprime toujours par des manifestations extérieures.
Et quelle est la différence entre guil et sim'ha, alors que tous deux résident dans le cœur ? Le Malbim explique : le guil désigne une joie soudaine - on vous annonce subitement une bonne nouvelle, et vous êtes saisi d'émerveillement. La sim'ha, en revanche, s'inscrit dans la durée. Dès lors, « exultez à jamais » (guilou adé ad) - une allégresse permanente - semble être une contradiction dans les termes, puisque la guila est par définition un sentiment soudain, provoqué en un instant. Soit dit en passant, c'est peut-être là l'étymologie même du mot : lorsqu'une personne découvre (mégalé) quelque chose, qu'un fait se révèle soudain, elle ressent cette guila.
Plus encore, explique le Malbim, même une joie continue est une réalité difficile à concevoir. Nous connaissons bien la nature humaine : vous vous êtes réjoui de la nouvelle voiture que vous avez achetée - combien de temps cela a-t-il duré ? Jusqu'à ce qu'elle vieillisse un peu et que vous commenciez à lorgner sur des modèles plus récents ou plus perfectionnés. Il suffit d'apprendre que votre voisin possède une version supérieure, dotée d'un régulateur de vitesse dont vous ignorez même l'utilité, pour que tout votre enthousiasme retombe. La joie matérielle ne dure jamais longtemps : l'homme s'habitue très vite au bien et cesse de s'en réjouir. Et si cela est vrai pour la sim'ha (la joie profonde), à combien plus forte raison pour la guila, qui désigne une allégresse spontanée et fugitive.
C'est également l'explication rapportée au nom du Gaon de Vilna : pourquoi est-il écrit « Il a trouvé (matsa) une femme, il a trouvé le bien » au passé, tandis qu'il est dit « Et je trouve (oumotse) plus amère que la mort la femme » au présent ? Parce qu'au mal, on ne s'habitue jamais. L'homme se plaint constamment de ce qui ne va pas, qu'il s'agisse de la météo ou de n'importe quel désagrément. En revanche, au bien, on s'accoutume très vite, et l'on convoite déjà le bienfait suivant. C'est pourquoi « il a trouvé une femme » : lorsqu'elle est bonne, c'était il y a trente ans, l'habitude s'est installée, cela appartient au passé. Mais lorsqu'elle est plus amère que la mort, « je trouve » : chaque jour nouveau, il en fait l'amère expérience. Non pas seulement parce que les épreuves se renouvellent, mais parce que le mal blesse toujours comme au premier jour, alors que le bien ne fait plus vibrer. Il s'ensuit qu'une allégresse permanente semble, en soi, une chose impossible.
Le Malbim soulève un autre point essentiel : quand l'homme se réjouit-il véritablement ? Lorsqu'il a d'abord manqué de la chose. Sans privation préalable, il n'y a pas de joie. Nous connaissons tous l'histoire de cet homme venu se plaindre au rabbin de son logement exigu : six personnes dans deux pièces, une situation intenable. Le rabbin lui dit : « J'ai une solution pour toi : fais entrer une chèvre chez toi, et reviens me voir dans une semaine. » Il fait entrer la chèvre : le vacarme, l'odeur, un cauchemar absolu. Il revient en criant : « Au secours ! » Le rabbin lui dit alors : « Fais sortir la chèvre. » Une semaine plus tard, le rabbin lui demande : « Alors, comment ça va ? » Et l'homme de répondre : « Baroukh Hachem, c'est une autre vie ! La maison est propre, calme, plus de chèvre qui tourne partout ! » Pour apprécier le bien, il faut hélas avoir d'abord éprouvé le manque ou la gêne. Qui d'entre nous pense à dire en ce moment : « Merci Maître du monde de ne pas avoir mal au ventre » ? Mais après deux jours de coliques, dès que la douleur s'apaise : « Merci Maître du monde ! » Et durant ces deux jours : « Maître du monde, que cela s'arrête ! » Le bien ne se révèle que par le manque, et la lumière ne brille vraiment qu'après l'obscurité.
Dès lors, remarque le Malbim, une question se pose pour les temps futurs : puisqu'il n'y aura plus aucun mal, comment le bien sera-t-il ressenti ? On n'apprécie la nourriture que lorsqu'on a faim, et l'on ne savoure la lumière qu'après avoir été dans l'obscurité. C'est à cela que répond la promesse divine d'une guila permanente, tout le poids reposant sur le terme « Je crée » (boré) : il ne s'agit pas d'une joie issue des lois ordinaires de la Création, mais d'une allégresse inédite émanant directement d'Hachem. Aujourd'hui, votre allégresse naît d'un manque : une chose vous faisait défaut, puis vous apprenez la naissance d'un enfant, quelle immense joie ! Mais dans le monde à venir, le Saint, béni soit-Il, créera une allégresse qui n'aura nul besoin d'un manque préalable, un ravissement dont on jouira sans avoir eu à souffrir d'aucune privation.
Tel est le sens de : « Voici que Je crée Jérusalem comme une allégresse » - Jérusalem elle-même baignera dans une allégresse constante, en raison de la lumière de la Chekhina qui y résidera en permanence. Et les manifestations extérieures de cette allégresse apparaîtront au sein du peuple : « et son peuple comme une réjouissance » - en constatant la réussite de ce peuple et l'intégrité de ses voies, chacun sera continuellement dans la joie, et l'on percevra son bonheur radieux dans l'accomplissement du service divin. L'expression extérieure se traduira par un peuple revêtu d'habits de fête, dans une joie éclatante et débordante, rendant manifeste aux yeux de tous l'immense allégresse que le Saint, béni soit-Il, répandra sur nous.
« Je Me réjouirai en Jérusalem » - La fin des pleurs et des cris
וְגַלְתִּי בִירוּשָׁלִַם וְשַׂשְׂתִּי בְעַמִּי, וְלֹא יִשָּׁמַע בָּהּ עוֹד קוֹל בְּכִי וְקוֹל זְעָקָה׃ - Je Me réjouirai en Jérusalem et Je jubilerai en Mon peuple ; et l'on n'y entendra plus la voix des pleurs ni le cri de détresse.
Le Radak explique : « Je Me réjouirai en Jérusalem » - parce qu'elle sera emplie d'allégresse, et que Je Me complairai en elle, car en ce lieu, les hommes accompliront constamment Ma volonté, contrairement à aujourd'hui où ils bravent Mes commandements. « Et Je jubilerai en Mon peuple » - car ils seront pleinement Mon peuple, Mes élus, fidèles à Mon désir. Et pourquoi n'y entendra-t-on plus ni pleurs ni cris ? Parce qu'aujourd'hui, on pleure celui qui périt prématurément dans la ville, les victimes de l'épée, les captifs tombés aux mains de l'ennemi ; mais alors, une telle tragédie n'existera plus du tout. Il n'y aura plus aucun mal sur terre, ni guerre ni glaive, et la mort naturelle précoce disparaîtra, les hommes devant vivre des centaines d'années, comme l'annonce le verset suivant.
Le Malbim ajoute : « Je Me réjouirai en Jérusalem » - J'éprouverai une allégresse sans cesse renouvelée à travers Jérusalem, où l'on contemplera perpétuellement les signes et prodiges du Saint, béni soit-Il, ce qui suscitera une joie pérenne, un enthousiasme et une ferveur toujours ravivés. « Et Je jubilerai en Mon peuple » - le terme massos désigne la manifestation extérieure de la joie, et de nombreux peuples percevront les marques de cette joie à travers Mon peuple. Enfin, « et l'on n'y entendra plus la voix des pleurs ni le cri de détresse » : les pleurs se rapportent à un malheur déjà advenu, tandis que le cri est un appel au secours tourné vers l'avenir. Il n'y aura plus de deuil sur le passé ni d'angoisse pour le futur, mais seulement allégresse et jubilation.
« Le jeune homme mourra à cent ans » - Une exceptionnelle longévité
לֹא יִהְיֶה מִשָּׁם עוֹד עוּל יָמִים וְזָקֵן אֲשֶׁר לֹא יְמַלֵּא אֶת יָמָיו, כִּי הַנַּעַר בֶּן מֵאָה שָׁנָה יָמוּת וְהַחוֹטֵא בֶּן מֵאָה שָׁנָה יְקֻלָּל׃ - Il n'y aura plus là de nourrisson qui ne vive que quelques jours, ni de vieillard qui n'accomplisse pas ses jours ; car le jeune homme mourra à cent ans, et le pécheur âgé de cent ans sera maudit.
L'expression « oul yamim » renvoie à un nourrisson (oléle), un être au tout début de sa vie. Le prophète annonce qu'il n'y aura plus personne qui n'accomplisse pleinement la durée de ses jours. « Car le jeune homme mourra à cent ans » - selon le Midrach cité par Rachi, c'est à l'âge de cent ans qu'un homme deviendra passible de sanctions célestes, au point de mériter la mort pour une faute commise. « Et le pécheur âgé de cent ans sera maudit » - celui qui commet une transgression méritant l'excommunication (nidouy), c'est à cet âge seulement qu'il sera frappé d'anathème.
Le Radaq explique : « Il n'y aura plus de là » - de Jérusalem, à propos de laquelle il est dit : « Je ferai de Jérusalem mon allégresse », mais ce n'est pas limité à Jérusalem ; il en va de même pour tout Erets Israël, bien que Jérusalem soit le cœur de cette promesse. Son sens est le suivant : on ne fera plus sortir de là de cortège funèbre d'un nourrisson de quelques jours ou d'un vieillard qui n'a pas accompli ses jours. Et qu'appelle-t-on la vieillesse ? « À soixante ans, la vieillesse » (Pirkei Avot). Il existe donc une situation où un homme est appelé vieillard alors qu'il n'a pas encore accompli ses jours jusqu'à atteindre soixante-dix ans. De nos jours, lorsqu'une personne s'éteint à soixante-dix ans, on dit qu'elle est partie prématurément, et bien qu'à soixante ans on soit déjà qualifié de vieillard, on dit tout de même qu'elle est morte avant son heure. Tout cela concerne notre époque ; mais à l'avenir, on ne dira d'un vieillard qu'il a accompli ses jours que lorsqu'il aura trois cents ou cinq cents ans, et l'on dira alors : voilà quelqu'un qui a atteint la vieillesse. La réalité reviendra à celle des premières générations, au commencement du monde, où les hommes vivaient très longtemps. Et quant à celui qui mourra à cent ans, on dira de lui : « ce n'est qu'un jeune homme » - quel dommage, c'était encore un enfant, il n'avait que cent ans ! Et « le pécheur âgé de cent ans sera maudit » - celui sur lequel pèse la malédiction divine mourra à cent ans, tandis que celui qui n'est frappé d'aucune malédiction vivra beaucoup plus longtemps.
Le Malbim montre que ce verset vient expliciter le précédent : « On n'y entendra plus la voix des pleurs » - des pleurs sur quoi ? Sur la disparition prématurée d'une personne. Et de nos jours, il peut même exister un vieillard qui n'a pas accompli ses jours. Comment ? Un homme qui meurt aujourd'hui de vieillesse s'éteint à cause de l'épuisement de l'humidité fondamentale (la sève vitale) et de la force naturelle - le corps se dessèche. Mais en vérité, ce n'est pas là une cause intrinsèque de mort, puisqu'à l'époque de la Création, les hommes mouraient à neuf cents ans. Et si aujourd'hui un homme meurt à quatre-vingts ans, c'est parce que cette humidité et cette force se sont taries ; il en découle que naturellement, si elles n'avaient pas diminué, le statut de « vieillard » se mesurerait à neuf cents ou mille ans, comme nous le constatons avec les âges auxquels s'éteignaient les premières générations.
Nous avons déjà développé ce point par le passé, et l'on retrouve également cette idée dans le Sefer HaKuzari : la mort par vieillesse n'est pas un phénomène naturel en soi, car selon la nature même de l'homme, celui-ci n'aurait jamais dû mourir. La raison en est simple : environ tous les dix ans, ou entre dix et vingt ans, l'ensemble des cellules du corps se renouvelle. Dès lors s'applique le verset : « Ta jeunesse se renouvelle comme celle de l'aigle », et il n'y a aucune raison qu'un homme quitte ce monde, puisqu'il n'existe chez lui aucun facteur provoquant l'usure. L'usure d'une table, d'une voiture ou de n'importe quel appareil provient du fait qu'il s'agit d'un objet matériel sans régénération, qui s'use donc progressivement. En revanche, une réalité qui se renouvelle constamment ne devrait jamais s'user. Alors pourquoi l'homme vieillit-il ? Le Ramban écrit que la vieillesse n'est pas inscrite dans la nature corporelle, car selon la nature, l'homme se renouvelle et devrait continuer à vivre, mais c'est un décret divin qui impose à l'homme de vieillir et de mourir. De nos jours, les chercheurs ont d'ailleurs découvert un gène précis responsable du vieillissement, qui engendre la dégradation du corps, et ils s'efforcent de l'isoler. Lorsqu'ils y parviendront, nous atteindrons la réalité de « le jeune homme mourra à cent ans » - celui qui mourra à cent ans sera considéré comme étant mort à la fleur de l'âge. Quand y parviendront-ils ? Le Saint, béni soit-Il, le sait, et peut-être le fera-t-Il Lui-même à la fin. Quoi qu'il en soit, cette réalité n'appartiendra qu'aux temps futurs, car nous n'en sommes pas encore dignes. L'essentiel est de ne pas se tromper en pensant qu'il s'agira d'un miracle ou d'une altération de la nature - bien au contraire, la réalité naturelle veut que l'homme vive indéfiniment, puisqu'il ne cesse de se renouveler.
À tel point que certains font remarquer qu'au bout de quinze ou vingt ans, un homme devrait consacrer à nouveau son épouse par les qiddouchin, car tu n'es plus toi-même et elle n'est plus elle-même - et pas seulement sur le plan du tempérament, mais parce qu'il ne s'agit même plus de la même masse corporelle qui se tenait sous la houppa, toutes les cellules étant désormais entièrement nouvelles ! On voit bien à travers cela que les qiddouchin unissent les âmes, et non les kilogrammes ; il s'agit d'un lien spirituel, et l'âme, elle, ne change absolument pas, même au fil des décennies, des siècles et des millénaires.
Revenons à notre sujet. Le Malbim explique : même à notre époque, un homme qui meurt âgé de cent ans est encore considéré comme n'ayant pas accompli la plénitude de ses jours, car l'accomplissement véritable des jours correspond à ce qui existait à l'origine - mille ans. Il s'ensuit que pour celui qui meurt aujourd'hui à cent ans, la cause en est l'épuisement de l'humidité fondamentale et de la force naturelle, c'est-à-dire un facteur extérieur qui a provoqué son dessèchement, et il n'a donc pas accompli ses jours par rapport à la pleine mesure de la vieillesse. Quant à celui qui meurt jeune sans avoir accompli ses jours, cela arrive pour deux raisons : soit à cause de la maladie, que Dieu nous en préserve, soit à cause de la faute. C'est à ce propos que le prophète déclare : dans les temps à venir, il ne se trouvera plus d'enfant qui n'ait accompli ses jours, ni de vieillard qui n'ait accompli ses jours. L'enfant qui n'a pas accompli ses jours est aujourd'hui celui de vingt ans, et le vieillard qui n'a pas accompli ses jours est aujourd'hui celui de cent ans ; mais dans les temps futurs, même un jeune homme qui mourrait dans sa jeunesse aura au moins cent ans, et le vieillard atteindra neuf cents ans. Et pourquoi un jeune homme ne mourrait-il pas avant l'âge de cent ans ? Parce qu'en dessous de cent ans, on ne sera pas encore passible des peines célestes, selon le Midrach cité par Rachi, et il ne sera donc pas concevable qu'il soit puni avant ce terme.
Ils bâtiront des maisons et les habiteront - La pérennité de l'œuvre de leurs mains
וּבָנוּ בָתִּים וְיָשָׁבוּ, וְנָטְעוּ כְרָמִים וְאָכְלוּ פִּרְיָם׃ - Ils bâtiront des maisons et les habiteront, ils planteront des vignes et en mangeront le fruit.
Ils bâtiront des maisons et y habiteront aussi longtemps que la maison subsistera et même davantage, et ils planteront des vignes et en mangeront le fruit tant qu'elles produiront. Or, comme le fait remarquer le Malbim, bien souvent un homme décède bien avant que sa maison ne tombe en ruine. Les maisons à notre époque restent debout pendant des siècles (à moins que des tirs de roquettes ne la détruisent après deux jours), et normalement, une bâtisse dure de très longues années. De même, un homme plante une vigne et s'éteint alors que la vigne continue de produire. Dans l'avenir, il n'en sera plus ainsi, mais bien : « ils planteront des vignes et en mangeront le fruit ».
Et ne nous y trompons pas : les prophètes n'ont prophétisé que pour les temps messianiques. Nous ne parlons pas ici de la vie du Monde futur (Olam HaBa), que même les prophètes n'ont pu contempler - « Aucun œil n'a jamais vu, hormis Toi, ô Dieu, ce qu'Il prépare pour celui qui espère en Lui ». Et il n'y a de différence entre notre époque et les temps messianiques que la fin de l'asservissement aux royaumes des nations. Il s'agit donc toujours d'une réalité de ce monde-ci, à l'époque du Machia'h, où règneront une immense abondance et un grand bien-être, et non de la vie du Monde futur qui est le monde des âmes, une réalité spirituelle élevée dont nous n'avons aucune conception tant le délice, la plénitude et la proximité avec Dieu y sont immenses, et que les prophètes eux-mêmes n'ont pu concevoir.
לֹא יִבְנוּ וְאַחֵר יֵשֵׁב, לֹא יִטְּעוּ וְאַחֵר יֹאכֵל, כִּי כִימֵי הָעֵץ יְמֵי עַמִּי וּמַעֲשֵׂה יְדֵיהֶם יְבַלּוּ בְחִירָי׃ - Ils ne bâtiront pas pour qu'un autre y habite, ils ne planteront pas pour qu'un autre en mange, car les jours de mon peuple seront comme les jours de l'arbre, et mes élus useront l'œuvre de leurs mains.
Le Malbim explique : aujourd'hui, il arrive qu'un homme bâtisse, puis qu'un héritier ou des étrangers surviennent et s'emparent du fruit de son labeur. Et pourquoi la plantation est-elle mentionnée après la construction ? Parce qu'à leur époque, les plantations duraient plus longtemps que les bâtiments (certes, aujourd'hui encore il existe des arbres centenaires, et une construction standard dure plus longtemps qu'un arbre moyen, à moins de construire selon des méthodes douteuses comme le Pal-Kal, mais à leur époque les arbres survivaient aux édifices). C'est pourquoi le verset ajoute : non seulement ils ne bâtiront pas pour qu'un autre y habite, mais ils ne planteront pas non plus pour qu'un autre en mange, bien que la plantation soit plus pérenne.
« Car les jours de mon peuple seront comme les jours de l'arbre » - ils prolongeront leurs jours comme ceux de l'arbre, et par conséquent « mes élus useront l'œuvre de leurs mains » : si un homme plante un arbre, il ne mourra pas tant que l'arbre subsistera ; c'est nous qui userons l'œuvre de nos mains, c'est nous qui verrons l'œuvre de nos mains s'user, et non l'inverse - l'œuvre de nos mains voyant l'homme s'user et disparaître. Il en résulte que l'homme vivra extrêmement longtemps. En vérité, nous nous sommes un peu rapprochés de cela à l'approche de la venue du Machia'h, mais pas d'une manière glorieuse : autrefois, un objet durait quarante ans, alors qu'aujourd'hui une machine à laver ne tient guère plus d'un an ou deux, et le téléphone tombe en panne précisément à l'expiration de la garantie - tout est d'une qualité si médiocre que nous voyons l'œuvre de nos mains s'user sous nos yeux. Mais ce n'est évidemment pas de cela qu'il s'agit : l'homme sera magnifié et vivra longtemps, et quelle que soit la qualité des objets, l'homme vivra bien plus longtemps qu'eux tous.
Remarquons les propos du Radak, afin de ne pas croire à tort qu'il s'agit d'un simple changement dans l'ordre naturel : la longévité promise relèvera du miracle, et elle ne sera pas accordée aux autres peuples, mais au seul peuple d'Israël. De plus, « comme les jours de l'arbre », selon le Targoum Yonatan et le commentaire de Rachi, fait allusion à l'arbre de vie. Et il est fort probable que c'est ce que visaient nos Sages en enseignant que l'arbre de vie s'étend sur une distance de cinq cents ans de marche, précise le Radak : le chemin menant à l'arbre de vie représente cinq cents ans de marche - ce qui signifie qu'ils prolongeront leurs jours durant des siècles et plus encore.
Ils ne peineront pas en vain et n'enfanteront pas pour l'épouvante
לֹא יִיגְעוּ לָרִיק וְלֹא יֵלְדוּ לַבֶּהָלָה, כִּי זֶרַע בְּרוּכֵי ה' הֵמָּה וְצֶאֱצָאֵיהֶם אִתָּם׃ - Ils ne peineront pas en vain et n'enfanteront pas pour l'épouvante, car ils sont une race de bénis de l'Éternel, et leurs descendants seront avec eux.
Le Radak explique que c'est le parfait contre-pied de la malédiction : « Vous sèmerez en vain vos semences, et vos ennemis les mangeront ». Ici, la promesse leur est faite qu'ils ne se fatigueront point pour rien, mais que tout leur labeur sera béni : nul ennemi ne viendra s'emparer de leurs récoltes, et ni la rouille, ni la nielle, ni aucun fléau ne viendront anéantir leur blé.
Le Malbim apporte cette précision : « Ils ne peineront pas en vain » - la peine est vaine lorsqu'un homme plante et qu'un autre récolte. « Et ils n'enfanteront pas pour l'épouvante » - lorsque les enfants qui leur sont nés meurent prématurément. L'épouvante désigne ce qui bouleverse et glace le cœur de l'homme : lorsqu'on apprend, à Dieu ne plaise, la disparition de proches, et à plus forte raison celle de ses propres enfants, on est saisi d'un effroi immense, que Dieu ne réserve qu'aux ennemis. Il promet ainsi qu'on ne mettra pas au monde un enfant pour apprendre ensuite une nouvelle accablante pour le cœur, mais que les enfants subsisteront. Et en regard de « ils ne peineront pas en vain », il est dit : « car ils sont une race de bénis de l'Éternel » - ils vivront de longs jours, useront eux-mêmes le fruit de leurs mains et trouveront la bénédiction dans tout ce qu'ils entreprendront. Face à « ils n'enfanteront pas pour l'épouvante », le verset ajoute : « et leurs descendants seront avec eux » - ce qu'ils engendreront demeurera vivant et en sécurité auprès d'eux.
Jusqu'ici, note le Malbim, nous avons explicité ce qui a été dit plus haut : « On n'y entendra plus la voix des pleurs » - pleurs versés pour celui qui meurt avant son heure ou, à Dieu ne plaise, pour la disparition des enfants ; à cet égard, la promesse a été donnée qu'ils jouiraient d'une longue existence, parviendraient à un grand âge de plusieurs siècles et n'enfanteraient pas pour l'épouvante. Mais le texte mentionnait également « et la voix du cri », qui est un cri d'appel au secours - et c'est en réponse à cela que viennent les versets suivants.
Avant qu'ils n'appellent, Je répondrai
וְהָיָה טֶרֶם יִקְרָאוּ וַאֲנִי אֶעֱנֶה, עוֹד הֵם מְדַבְּרִים וַאֲנִי אֶשְׁמָע׃ - Avant même qu'ils n'appellent, Je répondrai ; ils parleront encore, que J'aurai déjà entendu.
En exil, remarque le Radak, la réalité correspond à ce verset : « Tu t'es entouré d'une nuée pour faire obstacle à la prière » - une cloison de fer s'est dressée entre Israël et son Père céleste, et nos Sages l'ont comparée à un nuage épais qui fait écran et empêche la prière de monter vers le Ciel. Une difficulté apparaît pourtant : le verset déclare d'abord « Avant même qu'ils n'appellent, Je répondrai », c'est-à-dire avant même qu'ils n'aient formulé leur appel, puis il poursuit : « ils parleront encore, que J'aurai déjà entendu », ce qui implique qu'ils ont déjà commencé à s'exprimer mais n'ont pas encore terminé. Cela ressemble à une régression, alors que l'Écriture a pour habitude de monter en intensité dans la louange. C'est pourquoi le Radak explique : parfois ce sera avant même qu'ils n'appellent, et parfois alors qu'ils parleront encore - ce qui signifie que même dans la situation la moins favorable, alors qu'ils sont encore en train de parler, Je les exaucerai déjà. Même si vous n'êtes pas au sommet de votre élévation spirituelle, sachez que dès l'instant de la parole, J'aurai déjà prêté l'oreille.
Le Malbim propose un autre éclairage : « Avant même qu'ils n'appellent, Je répondrai » signifie qu'ils n'auront nul besoin de crier, et qu'ainsi aucun cri de détresse ne retentira, car Je répondrai avant même tout appel. Bien plus encore : avant même cela, alors qu'ils s'entretiennent entre eux de leurs besoins, « J'entendrai » et J'accomplirai le désir de leur cœur, sans même attendre une invocation formelle. Dès lors, la seconde proposition du verset surenchérit sur la première : « avant qu'ils n'appellent » s'applique au cas où nous avons parlé ensemble de ce qui nous manquait, en convenant de prier pour cela, et Hachem a accordé Sa grâce avant même la prière ; mais il est un niveau plus élevé encore : avant même d'avoir délibéré, au moment précis où vous échangez entre vous sur vos besoins - « J'entendrai », et Je répandrai aussitôt sur eux une abondante bénédiction. Il y a donc bien ici un degré supérieur à ce qui précédait. Par ailleurs, un cri de détresse se fait habituellement entendre lorsque des créatures nuisibles rôdent dans le monde ; le verset suivant vient précisément nous assurer que ces nuisibles cesseront d'exister.
Le loup et l'agneau paîtront ensemble
זְאֵב וְטָלֶה יִרְעוּ כְאֶחָד וְאַרְיֵה כַּבָּקָר יֹאכַל תֶּבֶן וְנָחָשׁ עָפָר לַחְמוֹ, לֹא יָרֵעוּ וְלֹא יַשְׁחִיתוּ בְּכָל הַר קָדְשִׁי אָמַר ה'׃ - Le loup et l'agneau paîtront ensemble, le lion mangera de la paille comme le bœuf, et le serpent aura la poussière pour aliment ; ils ne feront ni mal ni dommage sur toute Ma montagne sainte, a dit l'Éternel.
On raconte l'histoire d'un directeur de zoo qui avait décidé de présenter une attraction illustrant le verset « et le loup habitera avec l'agneau », et qui avait placé un loup et un agneau dans le même enclos. Un visiteur lui demanda : « Comment réussissez-vous un tel exploit, alors qu'il s'agit d'une prophétie pour les temps futurs ? » Le directeur lui répondit : « C'est très simple, nous remplaçons l'agneau chaque jour. » Mais dans la prophétie, il est dit : « Le loup et l'agneau paîtront ensemble » - ils paîtront côte à côte, et il ne sera nullement nécessaire de remplacer l'agneau, il demeurera là en toute sécurité.
Rachi explique : « Et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille » - le lion n'aura plus besoin de déchirer des bêtes ni de semer l'effroi, mais il se nourrira de paille comme les animaux paisibles. « Et le serpent aura la poussière pour nourriture » - n'est-ce pas déjà le cas aujourd'hui ? En réalité, cela signifie que la poussière lui sera constamment et perpétuellement disponible ; dès lors, il s'en contentera et n'aura plus besoin de nuire. Rachi cite également un Midrash Aggada sur les mots « et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille », car nous trouvons qu'Ésaü tombe entre les mains des descendants de Yossef, comme il est dit : « et la maison d'Ésaü sera comme du chaume ». Quant au serpent, il ne nous dévorera plus et ne nous mordra plus, car le serpent recherche la poussière, et nous ne serons plus réduits à la poussière.
Le Malbim explique : « Le loup et l'agneau paîtront ensemble » - le loup ne fera aucun tort à l'agneau, et la nature même des prédateurs sera transformée, car le lion mangera de la paille et non plus de la viande. Et face au loup et au lion, qui ne faisaient de mal que pour subvenir à leurs besoins - car le loup et le lion ne causent de tort que sous l'emprise de la faim, tandis qu'un lion repu ne touche pas à un homme ou à une gazelle qui passent devant lui, et ne chasse que lorsqu'il est affamé -, le verset dit : « ils ne feront point de mal », puisque le lion mangera de la paille. En revanche, le serpent n'est pas un prédateur qui attaque pour se nourrir, mais incarne le mal absolu - « il te visera à la tête et tu le viseras au talon ». Le serpent ne tire aucun profit de sa morsure, et bien souvent il mord puis s'en va ; parfois il mord et mange, mais bien souvent il mord simplement et poursuit sa route, ce qui constitue une pure destruction gratuite. C'est à son sujet qu'il est dit : « et le serpent aura la poussière pour nourriture... et ils ne détruiront point sur toute ma montagne sainte » - jusqu'à présent, il détruisait sans raison, mais puisqu'il aura la poussière pour pain et pour pâture, il ne détruira plus, et il n'arrivera plus jamais qu'un serpent morde les hommes gratuitement.
En résumé :
Le prophète décrit dans notre chapitre un monde renouvelé : des cieux et une terre qui se renouvelleront au point que le mal passé ne sera même plus évoqué ; une allégresse constante que le Saint, béni soit-Il, recrée, et qui ne nécessite aucun manque préalable pour être ressentie ; une Jérusalem toute d'allégresse et un peuple dont la joie est visible de tous ; la fin des pleurs sur les disparitions prématurées et des cris de détresse appelant au secours, car l'homme retrouvera la longévité des premières générations, jouira du fruit de son labeur et verra les œuvres de ses mains s'user avant lui ; une prière exaucée avant même d'avoir été prononcée ; et une nature débarrassée de tout prédateur et de tout destructeur. Tout cela aura lieu à l'époque messianique, dans la réalité même de ce monde-ci, qui ne sera que bonté continue et renouvelée, car il n'y a de différence entre notre époque et les temps messianiques que la fin de la soumission aux nations.