Le dernier chapitre du livre de Yechayahou est un chapitre de conclusion : d'un côté la consolation de Jérusalem, et de l'autre le châtiment des impies et des nations venues l'assaillir. Dans cette partie, nous commençons au dixième verset, avec l'appel à se réjouir avec Jérusalem, et poursuivons jusqu'à la fin du livre : l'abondance de la délivrance, la guerre de Gog et Magog, le rassemblement des nations, la montée des exilés et, pour finir, la vue des cadavres des transgresseurs. Nous suivrons l'ordre des versets selon le Malbim, accompagnés des explications de Rachi et du Radak.
שִׂמְחוּ אֶת יְרוּשָׁלַ͏ִם וְגִילוּ בָהּ כׇּל אֹהֲבֶיהָ, שִׂישׂוּ אִתָּהּ מָשׂוֹשׂ כׇּל הַמִּתְאַבְּלִים עָלֶיהָ׃ - Réjouissez-vous avec Jérusalem et soyez dans l'allégresse en elle, vous tous qui l'aimez ; tressaillez de joie avec elle, vous tous qui portiez le deuil sur elle.
En écho à ce qui a été dit plus haut, « une voix sort du sanctuaire », une voix émane du Temple pour annoncer de se réjouir avec Jérusalem. Et dans un seul verset apparaissent trois termes distincts : Sim'ha, Guila, Massos. Le Malbim explique qu'il existe une différence essentielle entre eux. La Sim'ha et la Guila désignent toutes deux une joie intérieure du cœur, mais la Sim'ha est constante et permanente : la personne est joyeuse de manière sereine et continue, non pas sous le coup d'une nouvelle soudaine ; la Guila, quant à elle, est une joie intérieure qui se renouvelle à l'annonce d'une bonne nouvelle qui fait vibrer le cœur d'un sentiment neuf. Face à ces deux notions, le Sasson désigne une joie extérieure : cela se voit sur l'individu, son visage s'illumine, il danse, la joie est manifeste au dehors.
Dès lors, les termes du verset s'éclairent avec une grande précision. Aux amants de Jérusalem, le prophète dit « Réjouissez-vous avec Jérusalem » : une joie constante et immuable ; « et soyez dans l'allégresse en elle » : de temps à autre, car des miracles nouveaux se renouvelleront à chaque instant, et chaque nouveauté fera naître une Guila renouvelée. En revanche, « tressaillez de joie avec elle » est adressé précisément à « vous tous qui portiez le deuil sur elle ». En effet, ceux qui portaient le deuil manifestaient leur tristesse par des marques extérieures : ils s'habillaient de sacs, s'asseyaient par terre à Ticha Béav, ne se coupaient pas les cheveux et ne se rasaient pas à partir du 17 Tammouz (et selon la coutume séfarade, durant la semaine où tombe le 9 Av), autant de signes visibles aux yeux de tous. Mesure pour mesure : tout comme le deuil était apparent à l'extérieur, la joie se manifestera ouvertement à l'extérieur, selon le principe de « l'huile de joie au lieu du deuil » mentionné plus haut au chapitre 61.
לְמַעַן תִּינְקוּ וּשְׂבַעְתֶּם מִשֹּׁד תַּנְחֻמֶיהָ, לְמַעַן תָּמֹצּוּ וְהִתְעַנַּגְתֶּם מִזִּיז כְּבוֹדָהּ׃ - Afin que vous tétiez et vous rassasiiez au sein de ses consolations, afin que vous savouriez avec délice l'abondance de sa gloire.
« Chod tan'houméha » dérive du mot désignant le sein (« chadaïm ») et évoque l'abondance ; c'est pourquoi le verset emploie le terme d'allaitement, à l'image du nourrisson qui tète le sein maternel. Le Radak l'explique également ainsi, à l'instar du verset « et tu téteras le lait des rois », parabole de la félicité dont le peuple d'Israël jouira face à l'abondance future. C'est là la rétribution accordée en retour du deuil qu'ils ont porté.
« Ziz kevoda » : Rachi explique ce terme par l'idée de mouvement (« zaz »), en référence à l'immense gloire qui s'ébranle et s'apprête à venir vers elle. Le Radak, quant à lui, explique que « ziz » est comparable à « ziv » (éclat, rayonnement), les lettres Vav et Zaïn pouvant alterner, ce qui rejoint le Targoum Yonatan : « me'hemad yekara », une chose infiniment désirable.
Le Malbim apporte une troisième explication. Il compare Israël à de jeunes enfants sur les genoux de leur mère : ils commencent par téter et se rassasier au sein des consolations, puis ils sucent uniquement pour le plaisir. On peut comparer cela à un nourrisson qui tète sa mère, et à qui l'on donne ensuite une tétine : elle ne contient aucune nourriture, elle n'est là que pour son réconfort, et l'on voit pourtant combien il s'en délecte. Dans le monde des adultes, c'est comme un repas principal dont on se rassasie, après lequel on sert une glace, qui n'est plus un aliment nécessaire mais une pure gourmandise. (On raconte à propos de Rabbi Mikhal Yehouda Lefkowitz qu'il ne mangea jamais de glace de sa vie, hormis une seule fois dans son enfance, vers l'âge de dix ans. Il y goûta et dit : « C'est trop bon, cela relève des plaisirs et des passions de ce monde » ; et dès lors, il n'en mangea plus jamais.)
Selon cette approche, « ziz kevoda », aux yeux du Malbim, désigne une friandise au miel, une petite confiserie servie à la fin du repas uniquement pour la saveur et l'agrément. « Chod tan'houméha » représente le plat principal qui rassasie, et « ziz kevoda » est la petite douceur de fin de repas que l'on savoure lentement. Le verset vient nous enseigner que l'abondance accordée par Hakadoch Baroukh Hou sera parfaite et complète : à la fois le repas principal et le dessert. Rien ne manquera dans cette délectation spirituelle infinie que le Tout-Puissant répandra sur nous.
כִּי כֹה אָמַר יְהֹוָה, הִנְנִי נֹטֶה אֵלֶיהָ כְּנָהָר שָׁלוֹם וּכְנַחַל שׁוֹטֵף כְּבוֹד גּוֹיִם וִינַקְתֶּם, עַל צַד תִּנָּשֵׂאוּ וְעַל בִּרְכַּיִם תְּשׇׁעֳשָׁעוּ׃ - Car ainsi parle l'Éternel : Voici que Je dirige vers elle la paix comme un fleuve, et comme un torrent débordant la gloire des nations, et vous serez allaités ; vous serez portés sur le côté et choyés sur les genoux.
« Voici que Je dirige vers elle la paix comme un fleuve » - la paix, la délivrance et le repos face aux ennemis arriveront à l'image d'un fleuve au cours paisible, qui grossit sans cesse. C'est l'illustration de ce que nous avons vu avec le « sein des consolations » : ils trouveront là un réconfort à toutes leurs souffrances et rassasieront leur faim. Car depuis tant d'années, nous avons faim de calme, de sérénité et de quiétude, et nous en sommes si éloignés. Quelqu'un a fait remarquer que nous subissons un rituel régulier avec une guerre tous les deux ans, que l'on baptise à chaque fois d'un nouveau nom d'« opération ». Et certains se demandaient : tout commerce, après plusieurs promotions (« mivtsaïm » en hébreu, qui désigne aussi les opérations militaires), finit par liquider ses stocks ; alors après tant d'opérations, le moment ne serait-il pas venu d'en finir ? On voit bien que les opérations militaires ne suffisent pas. Et au-delà de cette faim de paix et de tranquillité, nous avons faim de la proximité d'Hachem, car nous nous trouvons encore dans l'éloignement de Sa sainte présence.
« Et comme un torrent débordant la gloire des nations » - semblable à un torrent qui emporte tout sur son passage, la richesse et la gloire des peuples afflueront ici. C'est exactement ce qui s'est produit lors de la sortie d'Égypte : après toutes les souffrances subies sous Pharaon, c'est lui-même qui s'est chargé d'acheminer tout l'argent et tout l'or jusqu'à la mer Rouge, pour nous épargner la peine de retourner les chercher en Égypte. Il disposait de chariots et de montures, et tout nous est parvenu à travers les dépouilles de la mer, les flots ayant tout rejeté sur le rivage, « comme le sable au bord de la mer ». C'est là le « ziz kevoda » [l'éclat de sa gloire] mentionné par le Malbim, qui n'existe que pour la beauté et l'agrément. Car ce dont nous avons profondément faim, c'est que « la terre soit remplie de la connaissance de l'Éternel comme les eaux recouvrent le lit de la mer », et que le Saint, béni soit-Il, soit notre Roi et notre Guide suprême ; l'argent et l'or ne sont en vérité que des friandises d'accompagnement.
« Vous serez allaités, vous serez portés sur le côté » - après avoir comparé Israël à un nourrisson au sein, le verset poursuit la métaphore en évoquant l'enfant porté sur le côté : soit qu'on l'aide à trottiner en le tenant à côté de sa mère, soit que celle-ci le porte sur sa hanche en le maintenant d'un bras. C'est ainsi que l'on vous hissera et que l'on vous portera hors de l'exil, même si vous n'avez pas la force de marcher par vous-mêmes, ce qui fait écho au « sein de ses consolations » et au « fleuve de paix » : vous reviendrez dans la sérénité. On pourrait même voir dans l'aviation moderne une manifestation de ce transport « sur le côté ». Jadis, les routes se faisaient à pied ou à dos d'âne. Demandez à ceux qui ont fui l'Iran quel dévouement héroïque cela supposait ; demandez à ceux qui sont revenus du Yémen combien d'enfants ont péri sur les pistes, qu'Hachem nous en préserve ; demandez à ceux qui sont montés d'Éthiopie combien sont partis d'une nombreuse famille et combien ont pu atteindre la Terre - sans parler de ceux qui ont voyagé par avion. Le prophète ne s'adresse pas aux foules avec des notions inconcevables pour leur époque ; il a donc choisi des termes familiers : comme un enfant que l'on soulève et que l'on transporte. Et ce n'est pas sans raison que l'opération de sauvetage des Juifs du Yémen a été nommée « Sur les ailes des aigles », symbole de ce retour facilité : en l'espace de quelques heures, on se retrouve chez soi.
« Et choyés sur les genoux » - puisque le texte nous compare à un tout-petit, l'enfant devient l'objet de toutes les tendresses, et son père ou sa mère l'installe sur ses genoux pour s'émerveiller avec lui. Cela correspond à « l'éclat de sa gloire » et au « torrent débordant la gloire des nations », relevant du registre des délices et de la fête, semblable à la douceur que l'on garde pour la fin. En somme, l'abondance et les honneurs des nations qui vous seront accordés le seront avec amour et bienveillance.
כְּאִישׁ אֲשֶׁר אִמּוֹ תְּנַחֲמֶנּוּ כֵּן אָנֹכִי אֲנַחֶמְכֶם, וּבִירוּשָׁלַ͏ִם תְּנֻחָמוּ׃ - Comme un homme que sa mère console, ainsi Moi Je vous consolerai, et c'est dans Jérusalem que vous serez consolés.
Comme un homme que sa mère réconforte après les épreuves qu'il a traversées. Pourquoi mentionner précisément la mère ? Le Radak l'explique : la femme sait mieux toucher le cœur et trouver les mots apaisants que l'homme. La Guémara le souligne d'ailleurs : pour la mitsva du respect, le verset énonce « Honore ton père et ta mère », en plaçant le père en premier, alors que pour la crainte respectueuse, il ordonne « Vous craindrez chacun votre mère et votre père », en plaçant la mère en premier. La raison en est simple : un fils a naturellement plus de facilité à honorer sa mère, car elle sait lui parler avec douceur et trouver le chemin de son cœur ; en revanche, il craint plus volontiers son père, qui est moins porté sur les cajoleries et sait sévir quand il le faut. C'est pourquoi la Torah a précisé « Honore ton père », pour obliger à honorer aussi le père, et « Vous craindrez chacun votre mère », pour obliger à respecter avec déférence aussi la mère. Quoi qu'il en soit, nous voyons que la femme possède l'art de consoler avec délicatesse, et c'est pour cette raison que la consolation divine est comparée à celle d'une mère.
Le Malbim propose une autre interprétation de « comme un homme que sa mère console » : c'est comparable à un homme qui pleurait la mort de sa mère, partie au loin dans un pays étranger et qu'il croyait disparue à jamais ; or, voilà qu'elle réapparaît bien vivante, revient auprès de lui et efface tout son chagrin. Cela rappelle le drame de ces nombreux rescapés de la Shoah qui, ne retrouvant pas leurs proches, étaient persuadés que leurs parents avaient été exterminés ; autrefois, il existait une émission de recherche des personnes disparues, et soudain on découvrait qu'un parent était en vie. Le Saint, béni soit-Il, dit alors : Quel était l'objet de votre deuil ? C'était l'exil de la Chekhina, cette sainte Présence divine qui avait quitté Sa demeure et ne résidait plus parmi nous - le niveau de « Anokhi », la Chekhina, la royauté céleste. Et lorsque la Chekhina reviendra : « C'est Moi (Anokhi) qui vous consolerai » ; c'est sur Moi que vous avez pleuré, et c'est Moi qui viens vous consoler. Vous pleuriez aussi sur Jérusalem : « et c'est dans Jérusalem que vous serez consolés ». Les réalités mêmes dont vous portiez le deuil deviendront la source de votre consolation. C'est également ce que nous souhaitons aux personnes endeuillées, qu'Hachem les console parmi ceux qui pleurent Sion et Jérusalem : lors de la liesse immense de la reconstruction de Jérusalem, tout le deuil, toutes les larmes et toutes les souffrances accumulées pendant les siècles d'exil s'évanouiront. C'est l'essence même de « Consolez, consolez Mon peuple, dit votre Dieu » : des consolations si profondes qu'elles feront oublier tous les malheurs passés, pour ne laisser place qu'à l'abondance et au bien, à la mesure des longues années où nous n'avons connu que l'épreuve.
וּרְאִיתֶם וְשָׂשׂ לִבְּכֶם וְעַצְמוֹתֵיכֶם כַּדֶּשֶׁא תִפְרַחְנָה, וְנוֹדְעָה יַד יְהֹוָה אֶת עֲבָדָיו וְזָעַם אֶת אֹיְבָיו׃ - Vous le verrez et votre cœur sera dans la joie, et vos os refleuriront comme l'herbe ; la main de l'Éternel se fera connaître auprès de Ses serviteurs, et Sa fureur éclatera contre Ses ennemis.
En quel sens des os peuvent-ils refleurir comme l'herbe ? Le texte des Proverbes nous l'enseigne : « Un esprit abattu dessèche les os » ; lorsqu'un être sombre dans la tristesse et l'abattement, cette détresse intérieure mine et dessèche sa constitution. C'est pourquoi, lorsque le prophète annonce la fin de cet accablement pour faire place à l'allégresse et à la plénitude, il affirme que non seulement vos os ne seront plus desséchés, mais qu'ils « refleuriront comme l'herbe » fraîche.
Le Malbim explique : jusqu'à présent, vous croyiez avec espoir à ce que les prophéties vous réservaient, sans l'avoir encore vu de vos propres yeux. Désormais, vous le constaterez directement - « et vous verrez », et c'est pourquoi « votre cœur sera dans l'allégresse ». Comme nous l'avons précisé à plusieurs reprises d'après le Malbim, la joie (sim'ha) est d'abord intérieure, tandis que l'allégresse (sasson) survient lorsqu'elle déborde et s'extériorise ; cette joie se diffusera depuis le cœur vers les membres du corps, au point que les ossements desséchés refleuriront comme l'herbe.
« Et la main de l'Éternel se fera connaître à Ses serviteurs » - la main d'Hachem soutiendra Ses serviteurs pour leur bien, tout en s'abattant sur Ses ennemis pour leur perte. Jusqu'à ce jour, le Saint, béni soit-Il, n'accordait pas ouvertement la rétribution des justes ni ne punissait publiquement les impies, ce qui a favorisé la prolifération des renégats et des idolâtres, faute de discerner visiblement Son action. Mais à cet instant, le monde cessera d'exister sous sa configuration actuelle d'épreuve pour laisser place au monde de la rétribution. On verra alors avec clarté comment le Saint, béni soit-Il, dispense Sa bienveillance envers Ses serviteurs, et parallèlement « et Son indignation contre Ses ennemis » - comment Il s'indigne contre ceux qui brisent Son alliance.
כִּי הִנֵּה יְהֹוָה בָּאֵשׁ יָבוֹא וְכַסּוּפָה מַרְכְּבֹתָיו, לְהָשִׁיב בְּחֵמָה אַפּוֹ וְגַעֲרָתוֹ בְּלַהֲבֵי אֵשׁ׃ - Car voici que l'Éternel vient dans le feu, et Ses chars sont pareils à la tempête, pour assouvir Sa colère avec fureur et Ses réprimandes par des flammes de feu.
À l'image de ce qui est écrit dans la prophétie de Yé'hezkel à propos de la guerre de Gog et Magog : « Je ferai pleuvoir sur lui et sur ses troupes [...] du feu et du soufre », il en sera de même ici : la main d'Hachem se manifestera par le feu. « Et Ses chars sont pareils à la tempête » - le Radak souligne que les décrets tombant du Ciel déferleront telle une tempête, avec une puissance et une violence extraordinaires.
Le Radak enseigne également que l'« af » désigne la colère ordinaire, tandis que la « 'hema » correspond à une colère bien plus intense où le courroux s'échauffe davantage, selon la traduction du Targoum Yonatan : « pour manifester la violence de Sa colère ». Quant au verbe « lechiv », certains le rattachent au sens d'apporter, mais le Radak rapporte au nom de son père - et c'est aussi l'avis du Malbim - qu'il dérive de « chevivé ech » (étincelles de feu) : des gerbes d'étincelles embrasées de fureur qui exprimeront Son indignation.
Le Malbim commente : en écho à « la voix de l'Éternel qui paie le salaire de Ses ennemis », le verset dévoile ici le moyen par lequel Il tirera vengeance : par le feu. Et parce que le feu se propage avec une fulgurance extrême sous l'effet du tourbillon, le texte ajoute : « et Ses chars sont pareils à la tempête ». Chacun garde en mémoire - à Dieu ne plaise qu'une telle catastrophe ne se reproduise - le drame de l'incendie du Carmel : en quelques minutes à peine, les victimes furent prises au piège des flammes sans que personne n'ait pu l'anticiper, tant les vents violents véhiculaient le brasier et embrasaient tout sur leur passage. La tempête transporte l'incendie d'un lieu à un autre en un instant. Le verset nous avertit qu'il n'en sera plus comme aujourd'hui, où le Saint, béni soit-Il, temporise et diffère la sanction - « Il patiente mais réclame Son dû » -, voire la reporte après la mort par les peines du Gehinnom ; aujourd'hui, les décrets s'exécutent avec sursis, mais alors, le règlement sera aussi foudroyant qu'une tempête qui dissémine le feu et qu'un char lancé au grand galop.
« Pour assouvir Sa colère avec fureur » - le Malbim fait remarquer que la différence entre « 'hema » et « af » tient au fait que l'af est extérieur alors que la 'hema est intérieure. (C'est sur cette distinction qu'il fonde une magnifique analyse dans la Meguilat Esther au sujet de « et sa fureur s'enflamma en lui ».) En résumé : la fureur est un sentiment intime, d'où l'expression « s'enflamma en lui », au-dedans ; l'af, au contraire, est visible au-dehors, comme dans « un feu s'est allumé dans Ma narine », où l'on discerne une fumée s'échappant des narines, signe éclatant d'un courroux manifeste. Tel est le sens de « lechiv be'hema apo » : le Saint, béni soit-Il, attise pour ainsi dire Son af - la colère extérieure - par la 'hema intérieure. Si un élément interne vient modérer la colère, celle-ci finit par s'éteindre ; en revanche, si la fureur intérieure la nourrit, l'embrasement ne cesse de grandir. C'est pourquoi « et Ses réprimandes par des flammes de feu » : la réprimande qu'Hachem adressera aux impies et aux nations se concrétisera par un feu immense et dévorant.
כִּי בָאֵשׁ יְהֹוָה נִשְׁפָּט וּבְחַרְבּוֹ אֶת כׇּל בָּשָׂר, וְרַבּוּ חַלְלֵי יְהֹוָה׃ - Car c'est par le feu que l'Éternel entre en jugement, et par Son épée contre toute chair, et nombreuses seront les victimes de l'Éternel.
On se serait attendu au terme « chofèt » (juge) ; pourquoi employer « nichpat » ? Rachi précise que « nichpat » signifie entrer en procès, comparaître ensemble en justice, à l'exemple de « J'entrerai en jugement avec lui par la peste » ou de « Me voici en procès avec toi » - débattre et se confronter devant le tribunal.
Le Malbim éclaire ce passage : lors de la guerre de Gog et Magog, Yé'hezkel décrit que, dans un premier temps, l'épée de chacun se retournera contre son frère, puis le Saint, béni soit-Il, fera pleuvoir sur eux du feu et des pierres de soufre depuis les Cieux. Le feu incarne le verdict d'Hachem, un châtiment céleste direct, d'où la formule « par le feu l'Éternel entre en jugement ». En revanche, pour l'épée, le verset ne dit pas « par Son épée l'Éternel entre en jugement », mais simplement « et par Son épée contre toute chair » - ce qui signifie que les hommes s'entre-tueront mutuellement, sans que nous n'ayons besoin d'intervenir ; ils finiront même par affirmer qu'ils sont tombés sous les tirs de leurs propres alliés. Ils causeront leur propre perte, tandis que le feu représentera le châtiment miraculeux émanant directement du Ciel.
הַמִּתְקַדְּשִׁים וְהַמִּטַּהֲרִים אֶל הַגַּנּוֹת אַחַר אַחַת בַּתָּוֶךְ, אֹכְלֵי בְּשַׂר הַחֲזִיר וְהַשֶּׁקֶץ וְהָעַכְבָּר, יַחְדָּו יָסֻפוּ נְאֻם יְהֹוָה׃ - Ceux qui se sanctifient et qui se purifient pour aller dans les jardins, les uns après les autres au milieu, qui mangent de la chair de porc, des abominations et des souris, périront tous ensemble, parole de l'Éternel.
Que signifie « mitkaddeshim » (ceux qui se sanctifient) ? Rachi explique : ils se préparent, ils se donnent rendez-vous. En effet, une « kedécha » est une femme désignée, disponible pour la débauche, et lehavdil, un « kadosh » est celui qui se consacre au service de Dieu. La racine K-D-SH s'emploie aussi bien dans un sens négatif que positif. Ici, le sens est qu'ils s'accordent entre eux : viens, demain nous irons servir telle idole, demain nous irons vers telle achéra. « Et qui se purifient » - ils se purifient en vue de leur culte idolâtre. Et « dans les jardins » - Rachi explique qu'ils semaient des légumes dans les jardins et dressaient leurs idoles dans ces lieux agréables. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Naboth de Jezréel refusa absolument de vendre sa vigne à Achav : il savait qu'Achav voulait cette vigne pour l'idolâtrie, et c'est pourquoi il dit : « Loin de moi de te donner l'héritage de mes pères ! » - donnerais-je le saint héritage de mes pères pour que tu y installes une idole ? (Ce point a été développé dans les cours sur le livre des Rois.) C'était donc leur habitude d'ériger des idoles dans ces lieux agréables.
« L'un après l'autre au milieu » (« a’har a’hat batavèkh ») - Rachi suit le Targoum Yonatan : « sia batar sia », c'est-à-dire troupe après troupe, groupe après groupe. « Au milieu » signifie au centre : ils plaçaient l'idole au milieu du jardin, et groupe après groupe venait la vénérer, dès que l'un terminait, l'autre commençait.
Le Radak explique qu'ils accomplissaient des actes pour se préparer au culte de l'idole, et il précise au sujet du terme « mitkaddeshim » que toute forme réfléchie (hitpa'el) peut désigner une action feinte ou illusoire, et non réelle ; le Malbim adopte également cette approche. Tout comme dans : « Tel fait le riche et n'a rien du tout » - il ne s'est pas réellement enrichi ; « tel fait le pauvre et possède de grands biens » - il ne s'est pas réellement appauvri. De même ici, « ceux qui se sanctifient et se purifient » - ils ne deviennent ni véritablement saints ni véritablement purs, ils ne font que se l'imaginer. Le Radak ajoute qu'ils se montrent saints alors qu'ils sont impurs. De même pour « ceux qui se purifient » : il s'agit des Perses, qui lavent continuellement leur corps et se baignent, alors qu'ils sont souillés et répugnants par leurs mauvaises actions ; ils se présentent comme purs sans l'être.
Et que signifie « vers les jardins » selon le Radak ? Ce sont les bassins d'eau situés dans les jardins, où ils se lavaient et se consacraient. Ainsi, selon Rachi, les jardins sont le lieu même du culte idolâtre, tandis que selon le Radak, ils sont le lieu de l'immersion préparatoire à l'idolâtrie. Dès lors, « a'har a'hat » signifierait qu'ils suivaient le grand bassin particulier qui se trouvait au milieu du jardin. Le texte écrit (« ketiv ») porte « e'had » (au masculin) et la lecture (« kéri ») porte « a'hat » (au féminin) ; le Radak explique que l'on peut employer le masculin pour la source qui alimente le bassin, et le féminin pour le bassin lui-même, d'où cette alternance entre kéri et ketiv. Le Radak apporte également une autre explication : ils allaient derrière l'une des achérot situées au centre du jardin, et il note : « Il n'y a plus aujourd'hui de fidèles d'Achéra », si ce n'est peut-être aux confins de la terre - car déjà à son époque, le culte des achérot avait disparu.
« Qui mangent de la chair de porc, des abominations et des souris » - le Radak précise qu'il s'agit des Perses qui mangeaient des bestioles immondes et des souris. « Chékets » (l'abomination) est un terme générique désignant toutes sortes de bêtes répugnantes et de reptiles, et « la souris » est mentionnée en particulier. « Périront tous ensemble » - lors de la guerre de Gog et Magog, car tous ces royaumes seront alors réunis ; ils correspondent au quatrième royaume des visions de Daniel, considéré comme un seul empire universel, et c'est pourquoi il est dépeint là-bas comme étant de fer et d'argile. (Ceux qui le souhaitent peuvent écouter le cours sur Daniel, où les quatre empires ont été détaillés et où il a été expliqué, d'après le Malbim, comment ils se manifestent à notre époque.) Le verset annonce qu'ils périront tous ensemble.
Le Malbim suit l'interprétation du Radak selon laquelle ils ne font que feindre la sainteté et la pureté. Toutefois, selon lui, « l'un après l'autre » signifie qu'ils suivaient une forme d'idolâtrie qu'ils considéraient comme une force intermédiaire entre eux et Dieu. Ainsi, l'expression « batavèkh » (au milieu) reçoit chez lui un sens nouveau : pour tous les autres commentateurs, « au milieu » désigne le centre du jardin - le bassin ou l'idole ; tandis que pour le Malbim, ce mot se rapporte à l'idole elle-même, qui n'est à leurs yeux qu'une médiatrice et un intermédiaire entre eux et l'Éternel, sans qu'ils la servent comme une puissance indépendante.
וְאָנֹכִי מַעֲשֵׂיהֶם וּמַחְשְׁבֹתֵיהֶם בָּאָה לְקַבֵּץ אֶת כׇּל הַגּוֹיִם וְהַלְּשֹׁנוֹת, וּבָאוּ וְרָאוּ אֶת כְּבוֹדִי׃ - Et Moi, leurs actions et leurs pensées... le moment arrive de rassembler toutes les nations et toutes les langues ; elles viendront et verront Ma gloire.
Le Saint, béni soit-Il, dit : leurs actes et leurs pensées sont parvenus devant Moi, et ce sont eux qui M'amènent à rassembler toutes les nations pour démontrer que leurs actes sont futiles, et que les intentions qu'ils nourrissent, soi-disant pour l'honneur de Dieu, ne sont que mensonge - ce n'est pas ainsi que l'on sert l'Éternel. Et quand le Saint, béni soit-Il, rassemblera-t-Il toutes les nations ? Rachi explique : c'est ce qui est dit dans Zacharie : « Je rassemblerai toutes les nations à Jérusalem » - lors de la guerre de Gog et Magog. « Et elles verront Ma gloire » - il y est dit que « leur chair se liquéfiera, ainsi que leurs yeux et leur langue », et de grands prodiges s'y produiront par lesquels la gloire de Dieu sera manifestée.
Le Radak explique : Je tiendrai compte des actes et des desseins de ces nations, car le moment est venu de rassembler les peuples, et Je ferai en sorte que tous contemplent la gloire de l'Éternel et reconnaissent que le Maître du monde est l'unique Souverain. Cela se fera par la contrainte, comme il est écrit : « Je mettrai des crochets à tes mâchoires, Je te ferai sortir, Je te ferai monter et Je t'amènerai ». De leur propre gré, ils ne voudraient pas venir ici, mais le Saint, béni soit-Il, les tirera comme une bête menée par des crochets, et tout cela pour consommer leur chute ici, à Jérusalem. Il est dit là-bas : « Des pensées monteront dans ton cœur et tu formeras un dessein funeste », et c'est à ce propos qu'il est dit : « Et Moi, leurs actions et leurs pensées » - tous ces desseins sont parvenus devant Moi, et Je rassemblerai toutes les nations à Jérusalem. (Ces prophéties ont été expliquées en détail dans les cours sur Zacharie et Ézéchiel, disponibles sur Kol Halachon.)
Et le Malbim explique : les actes des adeptes de ces croyances, leurs pensées et leur foi dévoyée et corrompue sont parvenus devant Moi, afin que Je les rassemble et qu'ils reconnaissent l'unité de Dieu. Toute la finalité de ce processus est en effet : « Elles viendront et verront Ma gloire », pour que s'accomplisse « L'Éternel seul sera exalté en ce jour-là », « L'Éternel sera un et Son Nom sera Un », et « Que chaque œuvre sache que Tu l'as faite, que chaque créature comprenne que Tu l'as créée, et que tout ce qui a un souffle de vie dans ses narines proclame : L'Éternel, Dieu d'Israël, est Roi, et Sa royauté domine sur tout ». Telle est la finalité suprême, et c'est pourquoi le rassemblement de toutes les nations et de toutes les langues a pour but : « Elles viendront et verront Ma gloire ».
וְשַׂמְתִּי בָהֶם אוֹת וְשִׁלַּחְתִּי מֵהֶם פְּלֵיטִים אֶל הַגּוֹיִם תַּרְשִׁישׁ פּוּל וְלוּד מֹשְׁכֵי קֶשֶׁת תֻּבַל וְיָוָן, הָאִיִּים הָרְחֹקִים אֲשֶׁר לֹא שָׁמְעוּ אֶת שִׁמְעִי וְלֹא רָאוּ אֶת כְּבוֹדִי, וְהִגִּידוּ אֶת כְּבוֹדִי בַּגּוֹיִם׃ - « Et Je placerai en eux un signe, et J'enverrai de leurs rescapés vers les nations, vers Tarchich, Poul et Loud qui tirent à l'arc, Touval et Yavan, les îles lointaines qui n'ont pas entendu parler de Moi et n'ont point vu Ma gloire ; et ils proclameront Ma gloire parmi les nations. »
Une difficulté se pose ici : tous ceux qui viennent pour la guerre ne doivent-ils pas périr ? Dès lors, qui Hachem enverra-t-Il vers les nations pour annoncer la défaite des peuples ? C'est pourquoi Rachi explique que les « rescapés » sont ceux qui survivront à la guerre. Il restera des rescapés épargnés, et le Saint béni soit-Il les laissera en vie afin qu'ils aillent annoncer Sa gloire aux îles lointaines, en témoignant de ce qu'ils ont vu durant la guerre.
Et même à propos de ces rescapés, il est dit : « Et Je placerai en eux un signe » - nul n'en sortira indemne ou sans blessure, mais il sera visible sur eux qu'ils ont fui le combat et qu'ils ont été frappés. On connaît les écrits du Gaon de Vilna sur cette guerre future, qui durera douze secondes, où il est écrit qu'ils resteront debout et que « sa chair se liquéfiera » sur sa peau, qu'ils fondront. Une telle description est inconcevable sans faire référence à la bombe atomique, car aucun autre moyen n'atteint un tel degré d'anéantissement en si peu de temps. Et si le Gra écrit cela bien avant l'invention de la bombe atomique, c'est assurément de ce type d'arme qu'il s'agit, à moins que l'on n'invente quelque chose de plus avancé encore ; mais pour l'heure, c'est là le fléau capable de trancher l'issue en douze secondes. De plus, quiconque s'enfuira ne s'échappera pas sain et sauf, mais lourdement irradié. Tel est le sens de : « Et Je placerai en eux un signe » : il se verra sur eux qu'ils ont fui le champ de bataille, et leur état témoignera du châtiment de leurs compagnons - en voyant combien cet homme est ravagé, on comprendra comment ses semblables ont péri. Et tout cela afin de faire savoir aux contrées lointaines que c'est par ce fléau qu'ont été anéantis ceux qui marchaient contre Jérusalem.
Le Radak explique que « Je placerai en eux un signe » correspond à ce qui est dit dans Zacharie : « et ses yeux fondront dans leurs orbites » - voilà la marque évidente que D.ieu mettra en eux, et ceux qui arriveront parmi les nations en témoigneront. Et « J'enverrai de leurs rescapés » fait écho au verset : « Et tout survivant de toutes les nations venues contre Jérusalem montera d'année en année » - il y aura donc bien des rescapés, et certains d'entre eux monteront ensuite en pèlerinage. Le Saint béni soit-Il les laissera en vie pour dévoiler Sa gloire parmi les nations : pour montrer leur déchéance à ceux qui ne sont pas montés à Jérusalem, et pour manifester la grandeur de ceux qui viendront prier, se prosterner et offrir des sacrifices. Car il est écrit que tous ne viendront pas, que certains resteront en Égypte : « ils ne monteront point, et sur eux il n'y aura pas de pluie », etc., comme nous l'avons développé à propos des prophéties d'Ézéchiel et de Zacharie. Et ces rescapés iront proclamer cela dans tous les pays, y compris chez ceux qui « tirent à l'arc » - il est d'ailleurs intéressant de noter que le Radak mentionne que les tireurs d'arc sont les Turcs, sans doute parce qu'à son époque ils excellaient dans le tir à l'arc.
Quant à « Touval et Yavan », puisqu'il est dit : « Gog, prince souverain de Méchec et de Touval », comment est-il possible que ceux qui sont venus combattre subsistent ? Le Radak explique que des émissaires issus des gens de guerre partiront, et que ces messagers raconteront les événements à ceux qui étaient restés dans leurs pays. En d'autres termes, les combattants eux-mêmes y succomberont, mais il y aura des informateurs chargés de transmettre les nouvelles et de les faire connaître dans toutes les contrées.
Et le Malbim explique qu'il s'agit ici des îles lointaines. Il existe des îles éloignées où l'on pratique encore l'idolâtrie, « qui n'ont pas entendu parler de Moi » - qui ignorent totalement jusqu'à l'existence de D.ieu. Car comme l'explique le Rambam, idée déjà évoquée dans le cours sur le Kuzari, la propagation des religions dans le monde a pour dessein de diffuser la notion divine sur terre ; tant le christianisme que sa version plus épurée, l'islam - qui ne voue plus de culte au bois et à la pierre mais au seul Maître du monde -, constituent une étape vers D.ieu. En effet, auparavant régnait une idolâtrie absolue, alors qu'aujourd'hui les nations reconnaissent déjà l'existence d'un D.ieu unique et transcendant qu'il convient de servir. Mais le Malbim précise qu'il reste encore des peuples dans des îles lointaines, idolâtres invétérés, qui n'ont point entendu Sa renommée ni vu Sa gloire - et c'est vers eux aussi que parviendront ces rescapés pour leur annoncer la réalité d'Hachem.
וְהֵבִיאוּ אֶת כׇּל אֲחֵיכֶם מִכׇּל הַגּוֹיִם מִנְחָה לַיהֹוָה בַּסּוּסִים וּבָרֶכֶב וּבַצַּבִּים וּבַפְּרָדִים וּבַכִּרְכָּרוֹת עַל הַר קׇדְשִׁי יְרוּשָׁלַ͏ִם אָמַר יְהֹוָה, כַּאֲשֶׁר יָבִיאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת הַמִּנְחָה בִּכְלִי טָהוֹר בֵּית יְהֹוָה׃ - « Et ils amèneront tous vos frères d'entre toutes les nations en offrande à Hachem, sur des chevaux, sur des chars, dans des litières couvertes, sur des mulets et sur des dromadaires, vers Ma montagne sainte, à Jérusalem, a dit Hachem, tout comme les enfants d'Israël apportent l'offrande dans un récipient pur à la Maison d'Hachem. »
Rachi explique que « tsabbim » désigne des chariots couverts, à l'image de la tortue (tsav) que sa carapace recouvre, et comme les chariots couverts dans le désert, dont il est dit que les princes apportèrent six chariots couverts (aglot tsav), des chariots surmontés d'une bâche. À la manière de ces chariots avec lesquels on dépeint les premiers colons d'Amérique, un chariot surmonté d'une grande toile - c'est ainsi qu'ils viendront aux temps futurs.
« Et sur des kirkarot » - il y a à ce sujet plusieurs explications. Beaucoup s'appuient sur la formule bien connue concernant David qui « sautait et dansait » (mefazez oumekharker), et selon cette vue, leur venue se fera dans les chants, l'allégresse et les réjouissances, en dansant et bondissant de joie. Rachi rapporte également l'explication de Menahem, qui y voit un dérivé du mot désignant l'agneau (kar), comme dans « envoyez l'agneau au souverain du pays » ou « les pâturages se revêtent d'agneaux », c'est-à-dire des bêtes de troupeau ; selon cela, une partie de l'offrande sera aussi constituée d'agneaux. Et que signifie « en offrande à Hachem » ? Tout comme on apporte l'offrande végétale (min'ha) dans un ustensile pur pour qu'elle soit agréée, de même ils amèneront vos frères en offrande à Hachem, et cela vous sera agréé devant Lui.
Le Radak explique que « Et ils amèneront tous vos frères » s'adresse au peuple d'Israël - à ceux qui étaient restés dans les îles lointaines et n'étaient pas encore montés, vivant dispersés parmi les nations. Lorsqu'ils entendront le prodige inouï que le Saint béni soit-Il aura accompli contre l'armée de Gog et Magog, ils décideront d'eux-mêmes de monter et de rejoindre leurs frères en terre d'Israël. On les amènera alors sur des chevaux et des chars en offrande à Hachem, vêtus d'habits splendides, montés sur des chevaux et des chars ; les nations ramèneront Israël paré de vêtements magnifiques, propres et purs. « Et dans des tsabbim » - des chariots couverts, selon le commentaire de Rachi fondé sur le Targoum (« des chariots couverts - kidmekhafeïn »), bâchés ; ou bien des structures de bois servant à transporter des hommes à dos d'animal, à l'image d'une sorte de palanquin fixé sur le dos des éléphants. Et pourquoi sont-ils appelés « mekhafeïn » ? Le Radak précise que c'est parce qu'on les recouvrait à l'intérieur de belles étoffes, de sorte qu'ils étaient capitonnés et garnis de l'intérieur.
Selon le Radak, le terme « oubékirkarot » désigne les chamelles ou les bêtes à l'allure vive et légère. On les appelait ainsi parce que celui qui les monte sautille et oscille : dans sa course, le chameau semble danser, et en raison de leur grande rapidité, ils donnent l'impression de danser. Cela renvoie à l'expression « David mekharker » (David dansait), qui exprime l'idée de danse. D'ailleurs, ceux qui soutiennent que les kirkarot sont de véritables calèches ou chariots, comme nous les appelons aujourd'hui, suivent la même idée : le passager d'une carriole ne cesse de sautiller et de bondir, car ce véhicule secoue et fait danser, et c'est pourquoi il s'appelle karkarah. Et tous viendront « sur Ma montagne sainte ».
Le Malbim explique que cela se fera avec un immense honneur et une grande rapidité, d'où l'expression « sur des chevaux et sur des chars légers ». Quant aux membres du peuple d'Israël dispersés dans les îles lointaines, même ceux qui se sont assimilés parmi les nations, ils ne reviendront pas d'eux-mêmes à Jérusalem : on les y amènera, dans la pureté, tout comme on apporte l'offrande dans un réceptacle pur jusqu'à la Maison de l'Éternel. On peut également préciser que les chariots couverts (tsav) sont ainsi nommés parce qu'ils sont protégés par des parois et une bâche, à l'image de la tortue (tsav) qui se déplace toujours avec son toit et sa maison sur son dos ; de même, ces chariots portent constamment leur abri et leur tente au-dessus d'eux.
וְגַם מֵהֶם אֶקַּח לַכֹּהֲנִים לַלְוִיִּם אָמַר יְהֹוָה׃ - Et d'eux aussi Je prendrai pour Cohanim et pour Léviim, dit l'Éternel.
Qui sont donc ceux désignés par « d'eux aussi » ? Le Radak explique : même ceux qui étaient profondément enfoncés parmi les nations, ceux des îles lointaines dont nous n'avions plus la moindre nouvelle, Je les ramènerai eux aussi, et d'eux aussi Je prendrai des Cohanim et des Léviim. Le Radak ajoute : « Et il se peut même qu'ils se soient quelque peu écartés de la religion », c'est-à-dire qu'à force d'avoir été immergés parmi les nations, ils n'observent plus correctement les mitsvot ; et malgré tout, c'est parmi eux que Je prendrai des Cohanim et des Léviim, car ils sont issus de familles de prêtres et de lévites, et Je les prendrai pour Me servir.
Nos Sages proposent deux explications à ce sujet. La première, comme nous venons de l'expliquer, rapporte « d'eux aussi » au peuple d'Israël. La seconde l'applique aux nations : puisqu'il est dit que l'on apportera de toutes les nations une offrande à l'Éternel, le verset ajoute « et d'eux aussi » - d'entre les nations - Je prendrai pour Cohanim et pour Léviim. Mais comment cela serait-il possible ? Le Radak explique qu'il s'agissait d'individus jadis vendus comme esclaves, tombés dans l'oubli et devenus comme des non-Juifs, c'est-à-dire assimilés parmi les peuples ; le Saint béni soit-Il sait qu'ils descendent de Cohanim et de Léviim, et c'est à leur sujet qu'Il déclare : « d'eux aussi Je prendrai ». Cependant, cette explication soulève une difficulté : il ne s'agit pas d'une assimilation survenue hier (à moins de supposer qu'ils se soient assimilés à notre époque même, et non pas nécessairement comme esclaves mais par exemple chez les réformés) ; or, après plusieurs générations, la mère est déjà non-juive, et que servirait-il que le père soit israélite ? L'enfant est de toute façon non-juif, on ne peut lui reconnaître le statut d'Israël et encore moins la dignité sacerdotale, d'autant plus que la prêtrise aurait été profanée. C'est pourquoi l'explication la plus convaincante est celle que le Radak rapporte au nom de son père : « d'eux aussi Je prendrai pour les Cohanim et pour les Léviim » signifie au service des Cohanim, pour leur servir de fendeurs de bois et de puiseurs d'eau. Les nations viendront, et J'en prendrai pour servir les Cohanim et les Léviim. En effet, il est dit dans la prophétie de Zacharie : « Il n'y aura plus de Cananéen dans la Maison de l'Éternel des armées », et nos Sages enseignent que les Guibonim ne serviront plus dans le Temple. Qui donc servira ? Les plus grands parmi les nations. Le président des États-Unis viendra et dira : « Laissez-moi puiser de l'eau pour le Temple, moi ! » Mais on lui répondra : « Non, tu t'es opposé à nous, reste de côté ; il y a de meilleures nations que toi. Nous prendrons al-Sissi d'Égypte, c'est lui qui puisera l'eau. » En somme, les nations viendront supplier pour mériter ces tâches de fendeurs de bois et de puiseurs d'eau au service du Temple.
כִּי כַאֲשֶׁר הַשָּׁמַיִם הַחֲדָשִׁים וְהָאָרֶץ הַחֲדָשָׁה אֲשֶׁר אֲנִי עֹשֶׂה עֹמְדִים לְפָנַי נְאֻם יְהֹוָה, כֵּן יַעֲמֹד זַרְעֲכֶם וְשִׁמְכֶם׃ - Car de même que les cieux nouveaux et la terre nouvelle que Je fais subsistent devant Moi, dit l'Éternel, ainsi subsisteront votre descendance et votre nom.
Que sont ces « cieux nouveaux » ? Le Radak précise qu'ils sont appelés nouveaux parce qu'ils demeurent dans leur fraîcheur originelle, ne s'étant jamais usés et ne s'usant jamais. Il en va de même pour « la terre nouvelle » : elle subsiste dans sa nouveauté, car si ses créatures s'usent et passent, elle, ne dépérit point. La terre est restée la même depuis six mille ans, et les cieux sont demeurés les mêmes, comme le dit Chlomo : « Une génération s'en va, une génération vient, et la terre subsiste à jamais ». La raison en est que Celui qui les soutient et les préserve est le Saint béni soit-Il. Et le Saint béni soit-Il affirme : tout comme Je les maintiens dans leur nouveauté, de même subsisteront votre descendance et votre nom. Ne craignez pas qu'une délivrance survienne aujourd'hui pour voir l'exil revenir le lendemain et la descendance se disperser à nouveau parmi les nations. De même que le Saint béni soit-Il maintient et renouvelle constamment les cieux et la terre chaque jour, de même il y aura chez vous un renouveau perpétuel ; vous subsisterez à jamais, et le peuple d'Israël ne déchoira plus jamais de son rang.
Le Malbim explique qu'il s'agit du prolongement de ce que nous avons vu au chapitre précédent, « Car voici, Je crée des cieux nouveaux » : une réalité nouvelle exempte de toute dégradation. En effet, dans notre monde actuel, toute chose s'use et s'altère, et rien dans la nature n'échappe à la destruction. Or, dans la réalité future, s'instaurera un ordre naturel nouveau qui ne connaîtra aucune finitude. La corruption matérielle est en réalité une forme de mort ; et de même qu'il n'y aura plus de mort dans l'existence corporelle des hommes, de même il n'y aura plus de mort dans la réalité inerte : la pourriture, la rouille et les altérations similaires constituent une forme de mort. Il y aura des cieux nouveaux et une terre nouvelle sans mort ni anéantissement. Et tout comme ces cieux nouveaux subsistent devant Lui, ainsi subsisteront les hommes de cette génération : « votre descendance » ne périra point par les massacres, et « votre nom » ne disparaîtra pas par l'apostasie au profit des cultes idolâtres. Vous subsisterez ainsi tant dans le bonheur du corps que dans celui de l'âme, dans une pérennité matérielle aussi bien que spirituelle.
וְהָיָה מִדֵּי חֹדֶשׁ בְּחׇדְשׁוֹ וּמִדֵּי שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ יָבוֹא כׇל בָּשָׂר לְהִשְׁתַּחֲוֺת לְפָנַי אָמַר יְהֹוָה׃ - Et il adviendra qu'à chaque nouvelle lune et à chaque Chabbat, toute chair viendra se prosterner devant Moi, dit l'Éternel.
« À chaque nouvelle lune » signifie de mois en mois, et le terme « midé » indique une régularité constante et ininterrompue. « Toute chair viendra » : tous les êtres humains, y compris ceux des autres nations, viendront se prosterner devant l'Éternel. L'expression « toute chair » fait écho à « que toute chair bénisse Son saint nom », désignant l'ensemble des peuples et chaque être humain ; tous viendront se prosterner et rendre grâce à l'Éternel. C'est ce qu'annonce également la prophétie de Zacharie : « Et il arrivera que tous les survivants de toutes les nations venues contre Jérusalem monteront d'année en année pour se prosterner devant le Roi, l'Éternel des armées, et pour célébrer la fête de Souccot ».
Et le Malbim explique : chaque mois et chaque Chabbat, de nouvelles personnes parmi les nations viendront, ceux-là mêmes qui se prosternaient devant les idoles, et ils se présenteront devant Lui pour rejeter leur foi vaine et accepter la foi véritable. Il ressort ainsi, selon le Malbim, qu'il s'agit d'un processus graduel : mois après mois, Chabbat après Chabbat, de plus en plus de gens viendront abandonner leurs croyances pour embrasser la foi en Hachem, béni soit-Il.
וְיָצְאוּ וְרָאוּ בְּפִגְרֵי הָאֲנָשִׁים הַפֹּשְׁעִים בִּי, כִּי תוֹלַעְתָּם לֹא תָמוּת וְאִשָּׁם לֹא תִכְבֶּה, וְהָיוּ דֵרָאוֹן לְכׇל בָּשָׂר׃ - Et ils sortiront, et verront les cadavres des hommes qui se sont rebellés contre Moi ; car leur ver ne mourra point, et leur feu ne s'éteindra point, et ils seront un objet d'horreur pour toute chair.
Ces nations qui viennent se prosterner de mois en mois et de Chabbat en Chabbat sortiront de Jérusalem, vers la vallée de Yéhochafat, et y verront les cadavres de ce qui reste du camp de Gog et Magog. A priori, une difficulté se pose : n'est-il pas écrit que l'on mettra sept mois à enterrer les corps ? Comment donc peuvent-ils « sortir et voir » ? Le Radak répond que, bien qu'on les enterre durant sept mois, il est possible qu'il soit ici question de cette période de sept mois, avant qu'on n'ait eu le temps de tous les ensevelir. C'est alors qu'ils sortiront et contempleront les cadavres de ceux qui étaient venus se rebeller contre Hachem, conquérir Jérusalem et combattre le peuple d'Israël : Gog et son armée.
Le Radak ainsi que le Malbim expliquent qu'il y a là un miracle, car le ver et le feu ne vont pas ensemble : le feu les consume, et malgré cela, leur ver ne meurt pas sous l'effet du feu ; au contraire, le ver continue de dévorer tandis que le feu brûle en eux. Le feu détruit les hommes mais n'anéantit pas les vers, et il brûle sans jamais s'éteindre : un miracle au sein du miracle.
« Et ils seront un objet d'horreur (déraon) pour toute chair » - tous ceux qui viendront se prosterner, voyant ce qu'il est advenu de ceux qui s'étaient révoltés contre Hachem et avaient combattu Son peuple, et voyant leurs cadavres rongés par les vers et consumés par le feu, le Radak écrit : « leur puanteur montera à leurs narines » - l'infection montera à leur nez et ils les prendront en dégoût, puis s'en éloigneront, car après avoir contemplé leur châtiment, ils ne pourront rester là un seul instant en raison de la puanteur intenable. Le mot « déraon » exprime le dégoût, une répulsion telle que nul ne peut s'en approcher, et ils seront une honte éternelle. Le Radak apporte également une autre explication : déraon se rattache au mot « ver », selon l'expression de nos Sages « hadara vehakhana dans les céréales », qui désignent des espèces de vers ; ainsi, les vers du déraon les dévoreront.
Le Radak propose encore une autre explication : ces « cadavres des hommes qui se sont rebellés contre Moi » ne désignent pas ceux qui sont venus combattre Israël ni l'armée de Gog et Magog, mais renvoient, selon le midrach de nos Sages, au Jour du Jugement pour les pécheurs d'Israël : les justes sortiront de Jérusalem vers la vallée de Ben Hinnom et assisteront au jugement infligé aux méchants d'Israël. Certains expliquent que cela se déroulera après la résurrection des morts, lorsque les impies se réveilleront eux aussi, et c'est à leur sujet qu'il est dit : « et ceux-ci pour l'opprobre, pour l'horreur éternelle », par opposition aux justes qui ressuscitent pour la vie éternelle ; tel est le sens de : « et ils seront un objet d'horreur pour toute chair ».
D'autres disent que « leur feu ne s'éteindra point » se rapporte à l'âme qui ne se séparera pas de leur corps ; car si l'âme se détache pour s'élever vers le monde spirituel, c'est admirable, mais si ce n'est pas le cas, elle est consumée dans l'orbite du soleil, dans la sphère du feu. C'est-à-dire qu'il est une situation où cette âme ne méritera pas l'existence éternelle, mais sera consumée et subira cette forme d'opprobre. Rachi explique que déraon signifie la honte, le mépris, et rapporte également une autre explication selon laquelle déraon vient de « daï réiya » (assez vu), conformément au Targoum : « jusqu'à ce que les justes disent à leur sujet : nous en avons assez vu ». Selon cela, déraon est la contraction de deux termes : nous avons assez vu.
Et parce qu'on ne conclut jamais par une parole défavorable, on répète le verset précédent : « וְהָיָה מִדֵּי חֹדֶשׁ בְּחׇדְשׁוֹ וּמִדֵּי שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ יָבוֹא כׇל בָּשָׂר לְהִשְׁתַּחֲוֺת לְפָנַי אָמַר יְהֹוָה - Et chaque mois à sa néoménie, et chaque Chabbat en son Chabbat, toute chair viendra se prosterner devant Moi, dit Hachem ». Ainsi s'achève le livre de Yéchayahou. Puisse Hachem nous venir en aide, et de même que nous avons mérité d'achever le livre de Yéchayahou, puissions-nous mériter d'étudier et d'enseigner, de préserver, de pratiquer et d'accomplir encore bien d'autres livres, Amen ve-Amen.
Dans cette partie, nous avons contemplé l'aboutissement du livre de Yéchayahou : l'appel à se réjouir avec Jérusalem selon trois degrés - la joie intérieure perpétuelle (sim'ha), l'allégresse renouvelée (guila), et la jubilation éclatante (sasson) réservée précisément à ceux qui menaient le deuil sur elle, mesure pour mesure. Puis la description de l'abondance comparée à l'allaitement d'un nourrisson - la sève de ses consolations comme nourriture essentielle et les délices de sa gloire comme doux réconfort, la paix tel un fleuve et la gloire des nations tel un torrent qui déborde, portés sur le côté et choyés sur les genoux, et une consolation semblable à celle d'une mère revenue d'entre les disparus. En contrepoint, nous avons vu le châtiment des ennemis : le feu et la tempête, la fureur intérieure qui embrase le courroux, la chute de Gog et Magog sous le feu du ciel et par l'épée fratricide, ainsi que l'anéantissement des idolâtres qui « se sanctifient et se purifient pour aller dans les jardins ». Enfin, l'ultime dessein : le rassemblement de toutes les nations pour contempler la gloire d'Hachem, des rescapés portant la bonne nouvelle vers les îles lointaines, le retour des exilés d'Israël offerts comme une oblation dans un vase pur, des nations au service des Cohanim et des Léviim, des cieux nouveaux et une terre nouvelle exempts de toute destruction - à l'image desquels subsisteront à jamais notre descendance et notre nom, jusqu'à ce que toute chair vienne se prosterner devant Lui, béni soit-Il.