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Chapitre 6 - La prophétie de consécration et le Trône de Gloire - 2ème partie

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Introduction

Voici la suite du chapitre 6 d'Isaïe - la vision de consécration du prophète. Dans la première partie, nous avons contemplé cette vision grandiose : Hachem siégeant sur un trône élevé et sublime, les Séraphins se tenant au-dessus de Lui et proclamant « Saint, Saint, Saint ». Nous poursuivons ici à partir du verset où le Sanctuaire s'ébranle, pour aborder ensuite la description de l'expiation, de la mission et de la redoutable prophétie confiée à Isaïe. Nous expliquerons ces enseignements selon deux voies : tout d'abord à travers le Derach rapporté par Rachi d'après nos Sages, puis selon la démarche du Malbim, tout en évoquant également les paroles du Radak et du Gaon de Vilna.

« Et les bases des seuils tremblèrent » - Le jour du séisme à l'époque d'Ozias
וַיָּנֻעוּ אַמּוֹת הַסִּפִּים מִקּוֹל הַקּוֹרֵא וְהַבַּיִת יִמָּלֵא עָשָׁן׃ - Et les bases des seuils tremblèrent au son de la voix qui appelait, et la Maison s'emplit de fumée.

« Au son de la voix qui appelait » : par la voix des anges qui s'interpellaient l'un l'autre en proclamant « Saint, Saint, Saint ». Les « bases des seuils » désignent les fondations du seuil de l'édifice, devant l'entrée. Quel est ce jour où tremblèrent les bases des seuils ? Rachi explique : c'était le jour du séisme, le jour où survint un tremblement de terre. C'est à ce propos qu'il est dit dans Zacharie : « Et vous fuirez comme vous avez fui devant le séisme aux jours d'Ozias » - vous fuirez de la même manière qu'ils ont fui lors du tremblement de terre survenu à l'époque d'Ozias.

Et quelle fut la cause de ce séisme ? Ce jour-là même, le roi Ozias se disposait à faire brûler l'encens dans le Sanctuaire. Poussé par l'orgueil, il voulut entrer pour offrir l'encens, mais on lui dit : Ozias, renonce à cela, ce n'est pas ton rôle. L'encens revient aux Cohanim ; tu possèdes le rang de la royauté, mais non celui de la prêtrise. Pourtant, il refusa d'entendre raison. Nos Sages enseignent : les Cieux s'émurent pour le brûler, signifiant que sa sentence devait être le feu, à l'instar des deux cent cinquante hommes de la faction de Kora'h qui avaient offert l'encens et qu'un feu vint consumer. De là vient l'expression « des Séraphins se tenaient au-dessus de lui » : ils désiraient le brûler pour avoir osé offrir l'encens. La terre, quant à elle, trembla pour l'engloutir, considérant qu'il méritait d'être avalé comme Kora'h, qui avait contesté la prêtrise et fut englouti par le sol. C'est le sens de « Et les bases des seuils tremblèrent » : la terre s'agite et tremble afin d'engloutir Ozias.

Une voix céleste retentit alors et appliqua le verset : « En souvenir pour les enfants d'Israël, afin qu'aucun homme étranger, qui n'est pas de la descendance d'Aaron, ne s'approche pour faire fumer l'encens devant l'Éternel, et qu'il ne soit pas comme Kora'h et comme son assemblée, ainsi que l'Éternel lui avait dit par la main de Moïse ». Cela signifie : celui qui conteste la prêtrise ne subira plus le sort « de Kora'h » - par l'engloutissement, ni celui « de son assemblée » - par le feu. On ne le juge plus selon ces châtiments. Quel sera donc son sort ? « Ainsi que l'Éternel l'avait dit par la main de Moïse » : à quel moment Hachem a-t-Il prononcé une parole rigoureuse par la main de Moïse ? Au Buisson ardent, lorsqu'Il lui dit : « Mets ta main dans ton sein », et qu'il la retira lépreuse, blanche comme neige. Il en fut de même ici, et c'est pourquoi il est dit d'Ozias : « Et la lèpre éclata sur son front » - son châtiment fut la lèpre. Telle est la démarche du Derach.

L'explication du Malbim : La Maison, la fumée et les gardiens du seuil

Expliquons à présent selon l'approche du Malbim. Isaïe voit en vision que sous l'impact de la voix résonnant depuis l'extérieur vers l'intérieur de la Maison, les bases des seuils tremblent, et la Maison tout entière s'emplit de fumée. Quel en est le sens allégorique ? « La Maison » est une allégorie du monde terrestre, du monde matériel, ainsi que de la communauté d'Israël. C'est ce qui a été dit plus haut : « Et les pans de Sa traîne remplissaient le Sanctuaire » - la Providence divine descend au cœur de la réalité matérielle. Et ce monde s'emplit de fumée, car la fumée représente l'indignation et la colère du Saint, béni soit-Il, envers Israël, selon l'expression : « Une fumée montait de Ses narines ».

On lui montre qu'en premier lieu, ce sont les seuils du Sanctuaire et ses portes qui frémissent d'effroi. Qui sont ces « bases des seuils » dans le sens profond ? Ce sont les prophètes, qui font office de sentinelles et de gardiens du seuil - ce sont eux qui avertissent et réprimandent, ainsi qu'il est écrit : « Je t'ai établi comme une sentinelle pour la maison d'Israël ». C'est sur leur tête que repose la faute, car c'est à eux qu'incombe le devoir de réprimander. C'est pourquoi ils sont les premiers à vaciller devant le fracas et l'immense fumée, face à la colère divine, car ils réalisent qu'une réclamation s'adresse à eux : pourquoi n'avez-vous pas réprimandé ? Pourquoi ne ramenez-vous pas le peuple sur le droit chemin ?

Le Malbim apporte ici une nuance remarquable : parfois Hachem Se révèle dans la nuée, et parfois dans la fumée, or nuée et fumée sont de natures opposées. La nuée est humide, elle exprime donc l'abondance et la bénédiction - c'est elle qui dispense la pluie. La fumée, en revanche, est sèche : elle traduit la fureur, l'embrasement et la colère. Voilà pourquoi il est ici précisément question de fumée. Et si l'on objecte : ne dit-on pas « Le mont Sinaï était tout en fumée », alors que c'est là que nous avons reçu la Torah ? La réponse ne tarde pas : là-bas, Il renversa la montagne sur eux comme une cuve, manifestant toute la rigueur du jugement pour quiconque transgresse Ses commandements - s'ils n'acceptaient pas la Torah, là serait leur sépulture. Ainsi constate-t-on que la fumée véhicule bien la notion de colère et de fureur.

« Malheur à moi, car je suis perdu » - Le prophète comprend l'allégorie
וָאֹמַר אוֹי לִי כִי נִדְמֵיתִי כִּי אִישׁ טְמֵא שְׂפָתַיִם אָנֹכִי וּבְתוֹךְ עַם טְמֵא שְׂפָתַיִם אָנֹכִי יוֹשֵׁב כִּי אֶת הַמֶּלֶךְ ה' צְבָאוֹת רָאוּ עֵינָי׃ - Et je dis : Malheur à moi, car je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures, et je réside au milieu d'un peuple aux lèvres impures, car mes yeux ont vu le Roi, l'Éternel Tsévaot !

Après avoir contemplé cette vision - les bases des seuils qui tremblent et la Maison qui s'emplit de fumée - Isaïe comprit le sens profond de la parabole. « Malheur à moi car je suis perdu (nidmeiti) » : malheur à moi qu'une telle allégorie m'ait été représentée, où l'on me montre que « je suis un homme aux lèvres impures ». Les bases des seuils ont tremblé : cela signifie que tes lèvres sont impures, car tu ne les sanctifies pas en réprimandant le peuple d'Israël ; tu aurais dû les reprendre, mais tu n'accomplis pas ta tâche. Et de plus : « et je réside au milieu d'un peuple aux lèvres impures » - je me trouve au sein d'un peuple qui n'écoute pas la réprimande. Car autrement, pourquoi les prophètes ne réprimandent-ils pas ? Parce que le peuple refuse d'écouter. Et c'est pour cette raison que la Maison s'emplit de fumée : l'Éternel est irrité contre moi et contre mon peuple. Malheur à moi d'avoir vu le Roi, l'Éternel Tsévaot, dans Sa colère contre nous.

« Et dans sa main une braise » - Le charbon ardent de la prophétie
וַיָּעָף אֵלַי אֶחָד מִן הַשְּׂרָפִים וּבְיָדוֹ רִצְפָּה בְּמֶלְקַחַיִם לָקַח מֵעַל הַמִּזְבֵּחַ׃ - L'un des séraphins vola vers moi, tenant en sa main une braise qu'il avait prise avec des pincettes de dessus l'autel.

« Ritspa » (braise) - Rachi explique : un charbon ardent. Une « galette cuite sur des braises (ougath retsafim) » est un gâteau que l'on cuit sur des charbons ardents, et le mot « retsafim » équivaut à « rechafim » (les lettres Tsadé et Chine s'interchangeant), des étincelles de feu. Rachi rapporte l'enseignement de nos Sages : cette expression se retrouve à la fois chez Isaïe et chez Élie, qui mangea d'une « galette cuite sur des braises ». Que vient suggérer ce rapprochement ? Tous deux ont calomnié le peuple d'Israël, tous deux ont porté des accusations contre Israël, et ils en furent donc châtiés. Chez Isaïe : « et je réside au milieu d'un peuple aux lèvres impures » - passe encore de dire de toi-même que tu as les lèvres impures, mais dire du mal de Mes enfants ? Et Élie a dit : « car ils ont abandonné Ton alliance », affirmant que les enfants d'Israël n'observaient plus la circoncision. Le Saint, béni soit-Il, dit alors à l'ange : prends en main une « ritspa » - par jeu de mots sur « ratsots pé » (écrase la bouche), brise la bouche de celui qui a dénigré Mes enfants. Tel est le sens du Midrach.

Et selon le Malbim : « L'un des séraphins » désigne l'ange préposé à la transmission de la prophétie aux prophètes, et nos Sages précisent qu'il s'agissait de Mikhaël, le protecteur d'Israël. « Tenant en sa main une braise » - selon le Targoum : « et dans sa bouche une parole ». Cette parole est comparée à une flamme ardente, que l'ange reçoit de l'Éternel pour la transmettre au prophète. Le Malbim fait remarquer une finesse : bien que l'ange lui-même soit appelé « séraphin » (séraph) - un feu dévorant et ardent - la parole qu'il reçoit d'Hachem est bien plus incandescente que lui-même. Pour employer une image simple : cette parole est à une température supérieure à celle de l'ange, de sorte que l'ange ne peut la toucher directement. Que fait-il donc ? « Il l'avait prise avec des pincettes » - il saisit cette parole avec des pincettes, car autrement, elle l'aurait consumé.

Et d'où l'a-t-il prise ? « De dessus l'autel » - du lieu où réside le D.ieu des armées, le D.ieu des Chérubins. Et pourquoi précisément de dessus l'autel et non pas d'entre les Chérubins, où réside également la Présence divine ? Afin de lui faire entendre que cette parole, cette flamme ardente, servira également à expier ses fautes. Car il est sur le point de recevoir une mission et doit être parfaitement purifié ; en outre, pour avoir dit du mal du peuple d'Israël, il a lui-même besoin d'expiation.

וַיַּגַּע עַל פִּי וַיֹּאמֶר הִנֵּה נָגַע זֶה עַל שְׂפָתֶיךָ וְסָר עֲוֹנֶךָ וְחַטָּאתְךָ תְּכֻפָּר׃ - Il toucha ma bouche et dit : Voici, ceci a touché tes lèvres ; ton iniquité est enlevée et ton péché est expié.

Cette étincelle ardente prise sur l'autel par l'ange - le feu sacré de la prophétie - atteignit la bouche d'Isaïe, conformément à ce qui est dit : « Vois, J'ai mis Mes paroles dans ta bouche ». « Ceci a touché tes lèvres » signifie : si tu accomplis Ma mission prophétique et réprimandes le peuple, alors « ton iniquité sera enlevée et ton péché sera expié ». Et quelle est cette iniquité ? Comme nous l'avons expliqué selon le Malbim : celle d'être « un homme aux lèvres impures », qui ne reprend pas le peuple, ce qui fait que le peuple demeure aux lèvres impures et n'accepte pas la réprimande. Désormais, en recevant cette braise ardente sur tes lèvres, en acceptant la mission de prononcer la parole d'Hachem et d'admonester le peuple, « ton iniquité est enlevée », et bien plus encore : « ton péché sera expié », au point que même une faute commise par inadvertance ne subsistera en toi, car « l'iniquité » (avon) désigne la faute délibérée et « le péché » (hatat) la faute involontaire. Et selon le Midrach mentionné par Rachi, l'iniquité et le péché résident dans le fait d'avoir calomnié Israël, et le Saint, béni soit-Il, le purifie de cette médisance.

« Me voici, envoie-moi » - Les deux conditions de la mission
וָאֶשְׁמַע אֶת קוֹל אֲדֹנָי אֹמֵר אֶת מִי אֶשְׁלַח וּמִי יֵלֶךְ לָנוּ וָאֹמַר הִנְנִי שְׁלָחֵנִי׃ - Et j'entendis la voix du Seigneur disant : Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous ? Et je dis : Me voici, envoie-moi !

Le texte explicite ici le sens profond de la braise ardente qui a touché sa bouche. Toute cette parole avait été transmise par l'intermédiaire de l'ange, et à présent le prophète entend l'Éternel Lui-même interroger. Le Malbim explique : dans toute mission, il y a le mandant et l'émissaire, ce qui implique deux conditions. Premièrement, que l'émissaire convienne au mandant - c'est le sens de « Qui enverrai-je ? », qui est la personne qualifiée pour le dessein auquel Je souhaite l'envoyer. Deuxièmement, une fois l'homme trouvé, il faut encore que la mission convienne à l'émissaire, qu'il soit prêt à l'accomplir - et c'est le sens de « et qui marchera pour nous ? ». À cette double interrogation, Isaïe répond : « Me voici » - pour ma part, s'il faut mon accord, mon accord est acquis ; « envoie-moi » - mais il faut Ton agrément, Maître du monde, si Tu me juges digne à Tes yeux.

Le Radak explique : les mots « Et j'entendis la voix du Seigneur » prouvent que c'est ici que commence véritablement sa prophétie, et qu'au fond le livre d'Isaïe débute au chapitre 6, comme nous l'avons évoqué dans les chapitres précédents. En effet, c'est ici que débute sa mission - « Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous ? » - il s'avère donc que les prophéties ouvrant le livre ont été prononcées après ce verset, lorsqu'il était déjà investi de sa mission. Et que signifie « pour nous » ? En notre faveur, pour notre compte. Et pourquoi au pluriel ? Parce que, pour ainsi dire, Hachem s'adresse aux séraphins et consulte Son tribunal céleste : qui marchera pour nous afin de réprimander le peuple, à l'instar de « Allons, descendons et là-bas confondons leur langage ».

« Mes enfants sont rebelles » - le dévouement absolu d'Isaïe

Nos Sages enseignent au sujet de « Qui enverrai-je » : J'ai envoyé Michée - et ils le frappaient sur la joue, comme il est dit : « D'un bâton ils frapperont sur la joue le juge d'Israël ». J'ai envoyé Amos - et ils le traitaient de « pessiloussa », ce qui signifie bègue (dont la parole est hachée), en disant : Le Saint, béni soit-Il, n'a-t-Il trouvé personne d'autre pour faire résider Sa Présence divine que ce bègue ? Rabbi Pin'has demande : Pourquoi son nom était-il Amos ? Parce qu'il était « chargé » (entravé) dans son élocution. Il existe des personnes à l'élocution vive, douées d'une grande éloquence, qui ne trébuchent jamais et s'expriment avec fluidité ; mais Amos avait une langue lourde, comme si un poids pesait sur elle, et le peuple peinait à l'écouter tant il lui était difficile de prononcer un mot. C'est pourquoi Isaïe s'est avancé et a dit : Maître du monde, Tu cherches qui envoyer - Michée ne peut y retourner, Amos non plus - me voici, envoie-moi !

Le Saint, béni soit-Il, lui répondit : Isaïe, Mes enfants sont exigeants, ils sont rétifs et rebelles. Ce n'est pas une tâche facile. Est-ce un honneur que Je te confère ? C'est une servitude que Je t'impose. Si tu acceptes d'être humilié, alors va. Isaïe Lui répondit : C'est bien à cette condition. Maître du monde, je suis prêt à être bafoué pour l'honneur de Tes enfants. Et c'est en ce sens qu'il a déclaré : « J'ai livré mon dos à ceux qui frappent, et mes joues à ceux qui arrachent la barbe ; je n'ai point dérobé mon visage aux outrages et aux crachats » - on l'outrageait, on l'humiliait, et pourtant, avec une abnégation totale, il était prêt à aller proclamer la parole d'Hachem au peuple.

« Entendez bien, mais ne comprenez point » - deux approches selon le Radak
וַיֹּאמֶר לֵךְ וְאָמַרְתָּ לָעָם הַזֶּה שִׁמְעוּ שָׁמוֹעַ וְאַל תָּבִינוּ וּרְאוּ רָאוֹ וְאַל תֵּדָעוּ׃ - Et Il dit : « Va, et dis à ce peuple : Entendez bien, mais ne comprenez point ; voyez bien, mais ne percevez rien ! »
הַשְׁמֵן לֵב הָעָם הַזֶּה וְאָזְנָיו הַכְבֵּד וְעֵינָיו הָשַׁע פֶּן יִרְאֶה בְעֵינָיו וּבְאָזְנָיו יִשְׁמָע וּלְבָבוֹ יָבִין וָשָׁב וְרָפָא לוֹ׃ - « Engourdis le cœur de ce peuple, appesantis ses oreilles et colle ses yeux, de peur qu'il ne voie de ses yeux, n'entende de ses oreilles, que son cœur ne comprenne, qu'il ne fasse téchouva et ne soit guéri. »

« Colle ses yeux » (hacha') - d'où provient cette racine ? En araméen, cheya signifie lisse, comme dans le verset « et moi, je suis un homme lisse (sans poil) », traduit par le Targoum par ana gvar cheya. « Hacha' » signifie donc boucher ses yeux de manière à les rendre lisses, comme si une substance ou une graisse y était étalée pour l'empêcher de voir.

Le Radak propose deux explications. La première : ces paroles sont formulées à l'impératif, car il s'agit d'un décret. Hachem ordonne qu'ils entendent sans comprendre, qu'ils voient sans savoir, que leur cœur s'engourdisse, que leurs oreilles s'appesantissent et que leurs yeux s'obturent. Et pourquoi cela ? Ce décret signifie que lorsque le pécheur multiplie les fautes et ne fait pas téchouva dans le temps qui lui est imparti, un stade arrive où Hachem lui ferme les voies de la téchouva. Cela ne veut pas dire qu'il en est absolument incapable, mais qu'il est privé de l'aide divine (siata dichmaya) pour revenir ; or, sans l'aide du Saint, béni soit-Il, l'homme ne peut triompher du penchant, et s'il souhaite réellement se repentir, il devra fournir des efforts surhumains. C'est ce que nous trouvons avec « Et Hachem endurcit le cœur de Pharaon », ou à propos de Sihon : « Car Hachem ton D.ieu a rendu son esprit inflexible et son cœur obstiné », ainsi que chez les fils d'Eli : « Mais ils n'écoutèrent point la voix de leur père, car Hachem voulait les faire mourir » - à force d'accumuler les méfaits, le Saint, béni soit-Il, ne voulait plus qu'ils fassent téchouva.

En vérité, la téchouva est un privilège extraordinaire. Un individu condamné à vingt ans de prison pourrait-il se présenter devant le juge en disant : « J'ai péché, j'ai commis une faute, je regrette », puis rentrer chez lui en homme libre ? Une telle chose est inconcevable, et seul le Saint, béni soit-Il, l'accorde. Cependant, le Saint, béni soit-Il, prévient : c'est à condition de ne pas abuser de Ma bonté. Mais si l'on abuse de cette grâce suprême, en faisant tout ce que l'on veut et en se disant : « À la fin de ma vie, je ferai téchouva », ou « Je vais pécher et puis je me repentirai » - alors on ne lui en laissera pas l'opportunité. Celui qui s'est obstiné dans le mal finit par payer le prix fort. C'est le sens de ce verset : parce que vos fautes sont devenues trop lourdes, Je décrète que tout ce qu'on vous dira restera sans effet, et Je ne veux pas « qu'il ne fasse téchouva et ne soit guéri » - Je ne veux plus qu'ils fassent téchouva maintenant, mais qu'ils subissent le châtiment qu'ils ont mérité.

La seconde explication du Radak : il ne s'agit pas d'un décret, mais du constat d'une réalité. « Entendez bien » - Je vous ordonne d'écouter, et que faites-vous ? « Mais ne comprenez point », vous refusez de comprendre ce qu'on vous dit. « Voyez bien » - et vous ? « Mais ne percevez rien ». J'ordonne qu'ils accueillent ces paroles, or « le cœur de ce peuple s'est engourdi » - leur cœur est opaque, leur oreille est sourde, leurs yeux se sont bouchés, et ils refusent de faire téchouva. Je leur envoie des prophètes pour leur parler et ils demeurent hermétiques ; Je les envoie pour les reprendre et leurs yeux restent clos. C'est également vers cette interprétation que penche le Targoum : « Ils entendent sans prêter attention » - ils écoutent mais ne prêtent aucun intérêt à ce qu'ils entendent ; « ils voient sans savoir » - ils regardent mais ne cherchent pas à comprendre.

L'explication du Gaon de Vilna : les trois dimensions de la Torah

Après avoir exposé deux approches générales du verset, venons-en à l'examen précis de ses termes. Nous étudierons ici deux explications : celle du Gaon de Vilna dans son ouvrage Kol Eliyahou, puis celle du Malbim. Le Gaon fait remarquer que de très nombreux commentateurs se sont étonnés des répétitions de ce texte. Tout d'abord, pourquoi une telle longueur ? Il aurait suffi de dire : « Appesantis le cœur de ce peuple ». Deuxièmement, à propos de l'écoute il est dit « mais ne comprenez point », et à propos de la vue « mais ne sachez point » - quel est le rapport entre l'écoute et la compréhension, et entre la vue et la connaissance ? Troisièmement, l'ordre s'inverse : au départ, il est écrit « Entendez bien » puis « Voyez bien », et plus loin « appesantis ses oreilles, et colle ses yeux » - selon le même ordre ; mais à la fin : « de peur qu'il ne voie de ses yeux, n'entende de ses oreilles, et que son cœur ne comprenne » - la vue, mentionnée en dernier, passe en premier, et le cœur, placé au début, se retrouve à la fin. Pourquoi avoir ainsi modifié l'ordre ?

Le Gaon explique : la Torah se divise en trois parties - la Torah écrite, la Torah orale et la Torah des secrets (la Kabbale). La Torah écrite a été offerte au regard de tous, elle a même été traduite pour les nations, et elle se contemple des yeux. La Torah orale, quant à elle, n'avait pas vocation à être consignée par écrit, mais à se transmettre de maître à disciple et de père en fils, d'où son nom de Torah « orale » ; et le fait qu'elle ait finalement été mise par écrit de nos jours relève du principe « Il est temps d'agir pour l'Éternel, ils ont enfreint Ta loi », Rabbi s'étant vu contraint de la rédiger lorsque l'oubli commença à menacer et que les cœurs faiblissaient. Elle est donc rattachée aux oreilles, car elle s'entend. Quant à la Torah des secrets, elle n'est pas confiée à tout le monde et réside dans le cœur - ce sont des vérités intimes. Selon cette lecture : « de peur qu'il ne voie de ses yeux » désigne la Torah écrite, « n'entende de ses oreilles » la Torah orale, et « que son cœur ne comprenne » la Kabbale.

Dès lors, lorsqu'un homme a étudié ces trois domaines et que le mauvais penchant cherche à le détourner, par quelle partie commence-t-il ? Par la Kabbale. En effet, la Torah écrite est fermement ancrée et établie, la Torah orale un peu moins, tandis que la Kabbale relève du domaine intérieur du cœur. Le mauvais penchant ne s'attaque jamais immédiatement aux fondations ; tel une entreprise de démolition, il commence par le toit, descendant pas à pas jusqu'aux fondations. Il ne dit pas d'emblée à l'homme : « Va servir des idoles » ; il ne peut pas transformer un homme pieux en meurtrier du jour au lendemain, mais par un travail méthodique, il peut y parvenir. C'est pourquoi il commence par insinuer : La Kabbale ? Qui l'a dit ? Rien n'est prouvé, où était le Zohar jusqu'à présent, pourquoi n'en trouve-t-on pas d'allusion claire dans les enseignements de nos Sages unanimement reçus, dans les Midrachim et le Talmud ? De nos jours encore, certains doutent de la Kabbale, à l'image des « Dardaim » qui la rejettent. Sachez qu'une telle attitude est assimilée à de l'hérésie : quiconque renie ne serait-ce qu'un seul élément de la sainte Torah n'a pas de part au monde futur, et cette tradition nous a été transmise par les plus grands saints, par le Ramban, par le saint Ari et par tous nos maîtres de mémoire bénie - qui oserait s'élever contre eux ? De là, le mauvais penchant passe à la Torah orale : « Elle s'est transmise oralement de père en fils sans être écrite, or le bouche-à-oreille entraîne des déformations, comme dans le jeu du téléphone arabe ; qui sait ce qu'on y a ajouté ou retranché ? » Ce n'est qu'après avoir ébranlé ces piliers qu'il s'attaque à la Torah écrite : « Qui dit que c'est vrai, quelles en sont les preuves, ne pourrait-on pas interpréter autrement ? », jusqu'à toucher aux fondements mêmes et renier la Torah écrite.

C'est pourquoi, conclut le Gaon, voilà ce que le prophète déclare au peuple au nom d'Hachem : Voyez ce que le mauvais penchant a fait de vous ! D'abord, « engraisse le cœur de ce peuple » - il a épaissi le cœur, c'est-à-dire la dimension secrète de la Torah ; ensuite, « appesantis ses oreilles » - il est passé à la Torah orale ; et enfin, « colle ses yeux » - même envers ce que l'on perçoit de ses yeux, la Torah écrite, il soulève doutes et objections. Et pourquoi agit-il ainsi ? Parce qu'il redoute : « de peur qu'il ne voie de ses yeux », qu'il n'étudie la Torah écrite, et que par là « il n'entende de ses oreilles », en poursuivant avec la Torah orale, puis « que son cœur ne comprenne », en s'élevant vers les secrets de la Kabbale, « et qu'il ne revienne et ne soit guéri » - accomplissant ainsi une Techouva parfaite. Ici, les degrés suivent fidèlement l'ordre des études d'un homme : la Torah écrite, la Torah orale, puis la Kabbale - car on ne saute pas directement vers la Kabbale. C'est pourquoi, dans le processus de destruction, la progression va de haut en bas, tandis qu'au moment de l'édification, elle remonte du bas vers le haut. Dès lors, l'ordonnancement du texte devient parfaitement limpide.

L'explication du Malbim : réprimander sans imposer de conclusions

Le Malbim déclare : « Tel est le sens véritable de la construction du verset ». Et lorsque le Malbim s'exprime ainsi, son dessein est de nous donner la lecture exacte du texte pour nous permettre de le saisir convenablement ; car, comme on le dit dans le monde des yéchivot, une lecture exacte constitue déjà la moitié de la compréhension. Un homme qui ouvre une Guémara sans la lire correctement a des chances quasi nulles de la comprendre ; mais si on la lit devant lui avec justesse, en plaçant virgules et points au bon endroit, il a toutes les chances d'en saisir le sens. Ainsi se lit le verset : « Va, et tu diras : Entendez bien, mais ne leur dis pas : comprenez ; et tu diras : Voyez bien, mais ne leur dis pas : sachez - de peur qu'il ne voie de ses yeux... et qu'il ne revienne et ne soit guéri ».

Expliquons cela. Il existe des personnes avec lesquelles tout échange est impossible, car elles se sont fermées d'avance. Un homme vous dit : « Si je vais écouter des conférences, si j'assiste à des discours de Moussar, c'est risqué, je pourrais finir par faire Techouva ! Je ne prends aucun risque, je n'y vais pas ». Vous lui dites : « Viens simplement écouter, personne ne te demandera de mettre les téfilines ni de respecter Chabbat, écoute seulement ce qu'ils ont à dire ». Et lui répond : « Non, ces religieux sont dangereux, la religion exerce une attirance irrésistible (dat damekha) ». Il craint que la simple écoute ne l'attire, et refuse donc catégoriquement d'entendre. Le Malbim explique : tel était l'état d'esprit de cette génération. Et au fond, ils avaient raison, car il est dit : « Écoutez, et votre âme vivra » - le simple fait d'écouter vivifie l'âme, et l'âme se laisse entraîner.

Le Saint, béni soit-Il, dit alors au prophète : Je connais l'état d'esprit de cette génération ; si tu leur fais la morale et tentes de les ramener dans le droit chemin, ils fuiront. Tu dois donc les aborder avec sagesse, et ce conseil vaut tout autant pour notre génération. Lorsque tu t'adresses à eux, dis-leur simplement « Entendez bien », « Voyez bien », mais ne leur dis pas « comprenez » ni « sachez ». Que signifient « comprenez » et « sachez » ? C'est imposer des conclusions : « Allons, comprends donc que tu agis mal ! Sache que tu fais fausse route ! » Devant cela, ils fuiront. Prononce un discours sans imposer de conclusions, et laisse chacun tirer ses propres leçons. Si tu lui imposes des conclusions, au cours suivant il ne sera plus là et refusera de t'écouter. C'est pourquoi : contentez-vous d'entendre, écoutez simplement ce que j'ai à dire, je ne vous fais pas la morale et je ne vous réprimande pas ; observez seulement, sans que je vous pousse à l'étape du « sachez » - « Alors, que feras-tu demain ? Mettras-tu les téfilines demain ? Respecteras-tu Chabbat demain ? » Laisse-lui le soin de conclure par lui-même.

Et que vas-tu y gagner ? « De peur qu'il ne voie de ses yeux, n'entende de ses oreilles, et que son cœur ne comprenne » - peut-être finira-t-il par voir de ses yeux par lui-même, peut-être cela l'amènera-t-il à entendre de ses oreilles, et peut-être enfin son cœur comprendra-t-il. De la sorte, tu ne l'auras pas fait fuir : il t'a laissé parler, il a écouté tes paroles ; cela n'agit pas instantanément, mais avec le temps, il finira peut-être par voir, entendre et comprendre. Et pourquoi t'est-il interdit de leur dire « comprenez » et « sachez » ? Parce que « ce peuple a le cœur épaissi » - Je connais leur cœur, il est alourdi et privé de discernement ; c'est pourquoi « appesantis ses oreilles », ils ne sont pas disposés à écouter, et c'est pourquoi « colle ses yeux », leurs yeux sont obturés et ils refusent de voir. S'ils sentent dans tes propos une volonté d'inculquer sagesse et savoir, ils ne consentiront même pas à venir écouter.

Et pourquoi l'ordre est-il ici la vue, puis l'écoute, puis la compréhension ? Parce que le Malbim décrit ici les étapes par lesquelles l'homme appréhende le Créateur. Tout commence par la vue : « Levez les yeux en haut et voyez qui a créé tout cela ». L'homme contemple le ciel, la terre, le corps humain - et cela est à la portée de tous, sans microscope, sans être un scientifique ou un grand érudit. Quiconque observe la beauté et l'harmonie de la création parvient inévitablement à la conclusion qu'il existe un Auteur à ce monde : « Les cieux racontent la gloire de Dieu ». Vient ensuite l'écoute - la tradition reçue de mes parents, qui la tenaient de leurs parents, la chaîne des générations. Et le troisième niveau repose sur les preuves de l'intelligence et de la raison, des démonstrations plus profondes et philosophiques quant à l'existence du Créateur, ce qui correspond à « et que son cœur ne comprenne ». C'est pourquoi : interpelle-les sur un ton neutre, sans imposer de conséquences pratiques, et peut-être qu'ainsi l'homme verra, puis écoutera, et finira par comprendre.

Dès lors, pourquoi avoir inversé l'ordre au début en disant « Entendez bien » et seulement ensuite « Voyez bien » ? Le Malbim explique : le prophète s'est d'abord adressé à eux par le degré le plus élevé - « entendez », c'est-à-dire accueillez la tradition transmise par les générations passées ; et si vous n'y parvenez pas, alors au moins « voyez », contemplez ce que tout être humain est capable d'observer de ses yeux. Si tu n'es pas capable d'écouter la tradition, regarde au moins le monde qui t'entoure ; peut-être que par cela, ta conduite changera.

« Jusques à quand, Seigneur ? » - Trois questions et trois réponses
וָאֹמַר עַד מָתַי אֲדֹנָי וַיֹּאמֶר עַד אֲשֶׁר אִם שָׁאוּ עָרִים מֵאֵין יוֹשֵׁב וּבָתִּים מֵאֵין אָדָם וְהָאֲדָמָה תִּשָּׁאֶה שְׁמָמָה׃ - Et je dis : « Jusqu'à quand, Seigneur ? » Et Il répondit : « Jusqu'à ce que les villes soient dévastées, faute d'habitants, les maisons dépeuplées de tout homme, et que la terre soit réduite en désolation. »

Quelle est la portée de cette question : « Jusqu'à quand » ? Selon les trois explications examinées précédemment, elle s'entend de trois manières. D'après la première interprétation du Radak, selon laquelle Hachem leur ferme les voies de la techouva, le prophète demande : jusqu'à quand leur refuseras-Tu le repentir ? Ne les accueilleras-Tu plus jamais s'ils reviennent ? Ils ont pourtant déjà été frappés pour leurs fautes ! Le Saint, béni soit-Il, lui répond alors : jusqu'à ce que les villes soient dévastées, privées d'habitants, les maisons dépeuplées et la terre ravagée, devenue un désert - c'est alors seulement qu'on pourra les entendre. Cette réponse s'accorde parfaitement avec cette approche : Hachem ne s'oppose pas au repentir en soi, mais Il refuse qu'on s'en tire à si bon compte, sans payer le moindre prix. Quand la perversité a été poussée si loin, il faut d'abord subir le châtiment mérité ; une fois cette dette réglée, s'ils désirent revenir, ils le pourront et Je les accueillerai.

Selon la seconde explication, selon laquelle il ne s'agit pas d'un décret divin mais d'un constat lucide, la question devient : jusqu'à quand persisteront-ils dans cette voie, jusqu'à quand endurciront-ils leur cœur, refusant d'entendre et de comprendre ? Et le Saint, béni soit-Il, lui répond : Moi devant Qui tous les secrets sont dévoilés, Je sais qu'en pratique ils ne t'écouteront point avant que les villes ne soient réduites au silence, sans habitants, et que la terre ne parte en exil dans une immense désolation. Enfin, selon le Malbim, la question porte sur la mission même du prophète : jusqu'à quand devrai-je leur parler sans les admonester ouvertement, sans leur enseigner clairement la façon d'accomplir concrètement les mitsvot et de fuir la faute ? Jusqu'à quand leur dirai-je « entendez, entendez » sans ajouter « comprenez », « voyez, voyez » sans ajouter « sachez » ? Jusqu'à quand resteront-ils rebelles tandis que je devrai user envers eux d'un langage adouci ? Hachem lui répond : prophétise-leur ainsi sans qu'ils ne comprennent, jusqu'à ce que leurs cités s'effondrent et qu'ils ne subsistent plus que comme le térébinthe et le chêne - alors seulement ils entendront, alors seulement ils comprendront. Quand ces paroles auront-elles enfin un impact sur eux ? Lorsqu'ils les verront s'accomplir sous leurs yeux.

Remarquez d'ailleurs l'ordre méthodique dans lequel s'enchaînent les catastrophes : d'abord, « que les villes soient dévastées, faute d'habitants » - les grandes cités s'écroulent, mais des maisons isolées tiennent encore debout ; à l'étape suivante, « les maisons dépeuplées de tout homme » - même ces demeures sont détruites, bien qu'il subsiste encore des bergers sous leurs tentes dans les steppes ; et enfin, à la troisième étape, « et que la terre soit réduite en désolation » - lorsque le sol lui-même n'est plus qu'une ruine aride, impossible d'y faire paître le moindre troupeau, et dès lors, plus une seule âme ne subsiste sur toutes les collines de Juda.

וְרִחַק ה' אֶת הָאָדָם וְרַבָּה הָעֲזוּבָה בְּקֶרֶב הָאָרֶץ׃ - Et l'Éternel éloignera les hommes, et le délaissement sera grand au milieu du pays.

« Et l'Éternel éloignera les hommes » - allusion aux dix tribus que le roi d'Assyrie déportera en exil. Et qu'on ne s'imagine point qu'il les exilera tout près : il les emmènera à « Halah, sur le Habor, fleuve de Gozân », jusque dans les montagnes de Médie. Il n'y aura plus aucun espoir de retour pour elles, car c'est Hachem Lui-même qui les aura reléguées au loin. « Et le délaissement sera grand au milieu du pays » - même la frange la plus pauvre demeurée sur place, les plus humbles parmi le peuple, ces vignerons et ces laboureurs, finiront par abandonner la terre d'eux-mêmes, tant le pays sera livré à la désolation.

« Une sainte semence sera son tronc » - La racine qui subsiste
וְעוֹד בָּהּ עֲשִׂרִיָּה וְשָׁבָה וְהָיְתָה לְבָעֵר כָּאֵלָה וְכָאַלּוֹן אֲשֶׁר בְּשַׁלֶּכֶת מַצֶּבֶת בָּם זֶרַע קֹדֶשׁ מַצַּבְתָּהּ׃ - Et s'il y reste un dixième, il sera de nouveau consumé, comme le térébinthe et le chêne qui, lors de la chute des feuilles, conservent leur tronc ; une sainte semence en sera le tronc.

Que signifie l'expression « s'il y reste un dixième » ? D'après le Radak, dix rois doivent encore régner sur le pays à compter de cette prophétie, reçue l'année de la mort du roi Ouzziyahou. Faites le compte : Yotam, A'haz, 'Hizkiyahou, Ménaché, Amon, Yoshiyahou, Yeho'a'haz, Yehoyaqim, Yehoyakhin et Tsidkiyahou - voilà bien dix rois. Après quoi survient « il sera de nouveau consumé » : la terre s'embrasera de l'intérieur, la population dépérira et partira en exil, et Jérusalem sera détruite.

Le Targoum Yonatan propose une autre explication, adoptée également par le Malbim : « Il y restera un sur dix. » Mais qui est donc ce dixième restant ? Le Malbim précise : il s'agit de la tribu de Juda. En effet, l'on oppose traditionnellement les dix tribus à celle de Juda. Et bien que Juda comprenne en réalité deux tribus, elle demeure la tribu prépondérante, d'autant que celle de Benjamin s'était trouvée considérablement décimée lors du drame de la concubine de Guiv'a ; c'est pourquoi Juda est comptée comme l'élément central. Elle représente ainsi le dixième par rapport aux dix tribus déjà parties en exil, de sorte qu'il ne restera ici qu'une seule tribu, soit un dixième de ce qui avait déjà été déporté.

« Il sera de nouveau consumé, comme le térébinthe et le chêne » - le prophète les compare au térébinthe et au chêne, des arbres au feuillage abondant qui perdent toutes leurs feuilles en automne et en hiver. Et que reste-t-il alors ? « Qui, lors de la chute des feuilles, conservent leur tronc » - il ne subsiste que le tronc, la tige et la souche vivante, selon la traduction du Targoum : « la souche et le tronc ». Tout le feuillage s'est envolé, mais la racine demeure intacte. Il en ira de même pour les impies qui, semblables aux écorces et aux feuilles mortes, se flétriront et disparaîtront. Que subsistera-t-il alors ? « Conservent leur tronc » - seule cette poignée de justes subsistera. Telle est la réponse à l'interrogation de Yeshayahou, « Jusqu'à quand ? » : jusqu'à ce que les impies aient péri et que ne subsistent que les justes, à l'image du térébinthe et du chêne qui, au temps de la chute des feuilles, ne conservent que leur tronc et leurs racines. Et pourquoi survivront-ils ? « Une sainte semence en sera le tronc » - car ce tronc préservé constituera une sainte semence, incarnée par la génération du roi 'Hizkiyahou, où le peuple revint vers Hachem de tout son cœur ; ce sont eux qui, en définitive, subsisteront.

Le Radak rapporte encore une autre interprétation pour l'expression « asher be-challekhet » : Challekhet était le nom de l'une des portes du Temple, mentionnée dans les Chroniques sous l'appellation de « porte de Challekhet ». Des térébinthes et des chênes y étaient plantés. C'est pourquoi le verset déclare : « comme le térébinthe et le chêne qui se dressent à Challekhet » - semblables à ces deux arbres solitaires dressés près de la porte de Challekhet. Tel sera le sort d'Israël : de cette forêt jadis si dense, de ce peuple immense d'autrefois, il ne subsistera plus qu'un bien modeste reste, quelques isolés seulement.

En conclusion :

Dans ce chapitre, nous voyons comment se forge un prophète. L'ébranlement des seuils du Sanctuaire et la fumée qui emplit la Maison révèlent à Yécha'yahou la colère divine, et avant tout le reproche adressé aux prophètes, gardiens du seuil, qui n'ont pas réprimandé le peuple, ainsi qu'à un peuple qui refuse d'entendre la réprimande. De là découle son cri : « Malheur à moi, car je suis perdu », et de là provient la braise de la prophétie saisie avec des pincettes sur l'autel - qui constitue à la fois la parole divine dans sa bouche et son expiation, car l'acceptation même de la mission est une réparation de la parole. Yécha'yahou devance l'appel : « Me voici, envoie-moi », et accepte d'être humilié pour l'honneur des enfants de l'Omniprésent. Mais la mission elle-même recèle une grande sagesse : selon le Radak, il s'agit d'un décret ou du constat d'un aveuglement, tandis que selon le Malbim, c'est un enseignement éternel - s'adresser à sa génération par les termes « Écoutez attentivement » et « Regardez bien », sans imposer de conclusions pour ne pas faire fuir les auditeurs, afin qu'ainsi ils finissent peut-être par voir, entendre et comprendre d'eux-mêmes. Et par-dessus tout, même lorsque les villes sont en ruines, les maisons désertes et la terre dévastée, la racine demeure : « Semence sainte est son tronc » - cette poignée de justes à partir desquels la nation renaîtra de nouveau.