Le passage sous nos yeux constitue la conclusion du chapitre 57 de Yechayahu. Après la sévère réprimande contre l'idolâtrie et la débauche, le prophète passe à des paroles de réconfort : la promesse que la colère divine n'est pas éternelle, un appel à la Techouva, la promesse de guérison et de consolations - et face à cela, l'affirmation tranchante qu'il n'y a point de paix pour les impies qui refusent de revenir. Nous suivrons l'ordre des versets à la lumière des commentaires du Malbim, du Radak, de Rachi et des enseignements de nos Sages.
כִּי לֹא לְעוֹלָם אָרִיב וְלֹא לָנֶצַח אֶקְצוֹף כִּי רוּחַ מִלְּפָנַי יַעֲטוֹף וּנְשָׁמוֹת אֲנִי עָשִׂיתִי׃ - Car Je ne contesterai pas à jamais, et Je ne garderai pas éternellement Ma colère, car devant Moi l'esprit défaillirait, et les âmes que J'ai créées.
Le Malbim pose ici un principe fondamental : la distinction entre « lé'olam » (à jamais, dans le cadre du temps) et « nétsa'h » (pour l'éternité, au-delà du temps). « Nétsa'h » désigne ce qui transcende le temps et l'espace : « des délices à Ta droite pour l'éternité », « comme ses excréments il périra pour l'éternité », « sans qu'on y prenne garde ils périssent pour l'éternité » - une perdition absolue, éternelle. En revanche, « lé'olam » s'inscrit dans les limites du temps : la durée de la vie de l'homme ou l'existence de ce monde-ci.
Le verset s'éclaire ainsi. La querelle et les épreuves corporelles concernent le corps, et le corps est assujetti au temps. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, déclare : « Je ne contesterai pas à jamais (lé'olam) » - Je ne châtierai pas le corps de l'homme durant toute son existence terrestre. En revanche, la colère divine vise l'âme, la dimension spirituelle, et c'est à ce propos qu'il est dit : « et Je ne garderai pas éternellement (lanétsa'h) Ma colère, car... les âmes, c'est Moi qui les ai faites ». L'âme est une parcelle divine d'en haut, existant au-delà de la réalité temporelle. Tant que nous sommes dans le corps, nous sommes inscrits dans le temps, mais après cent vingt ans, l'âme se situe hors du temps. Dès lors, le Saint, béni soit-Il, affirme : Ma colère contre elle et Mon voilement à son égard ne dureront pas non plus pour l'éternité. En conclusion : Ma querelle avec le corps n'est pas « à jamais » (lé'olam), et Ma colère contre l'âme spirituelle n'est pas « pour l'éternité » (lanétsa'h).
בַּעֲוֺן בִּצְעוֹ קָצַפְתִּי וְאַכֵּהוּ הַסְתֵּר וְאֶקְצֹף וַיֵּלֶךְ שׁוֹבָב בְּדֶרֶךְ לִבּוֹ׃ - Pour le péché de son gain illicite, Je Me suis irrité et Je l'ai frappé, Je Me suis caché et Je Me suis indigné, mais il a poursuivi sa voie rebelle, suivant le penchant de son cœur.
Le terme « bétsa » désigne généralement la rapine et le vol. Le Saint, béni soit-Il, dit : en raison du péché de spoliation, Je Me suis d'abord irrité et Je l'ai frappé, puis, lorsqu'il a été éprouvé, J'ai détourné Ma face de sa détresse. Et tout cela parce qu'« il a poursuivi sa voie rebelle », s'écartant du droit chemin pour suivre les passions de son cœur.
Le Radak soulève ici une question : la gravité du crime de spoliation (hamas) est immense, pourquoi n'entraîne-t-il donc pas la peine de mort par le tribunal céleste ? Sa réponse est la suivante : parce que tous les hommes, et même les nations, le répriment d'eux-mêmes. Il n'existe aucun État dont la loi autorise le vol ; tout au plus ferme-t-on les yeux en certains endroits, mais qu'une loi permette explicitement le pillage, cela n'existe pas. Puisqu'il s'agit d'une règle élémentaire et indispensable à la vie en société, le Saint, béni soit-Il, n'a pas jugé nécessaire d'y attacher la peine de mort. En revanche, lorsque cette faute se généralise à tout un pays, il n'y a plus d'autre issue que d'appliquer un châtiment de mort. L'exemple classique en est la génération du Déluge : « car la terre s'est remplie de violence (hamas) » - là, plus personne n'appliquait la loi, nul ne veillait à empêcher de tels actes, et le déferlement de la colère et d'un châtiment terrible devenait inévitable. C'est le sens de : « Pour la faute de son lucre Je Me suis irrité et Je l'ai frappé » : J'ai dû frapper car la rapine était devenue un fléau généralisé, non plus l'acte d'individus isolés, mais le fait de toute la collectivité. « Et il a poursuivi sa voie rebelle » - il s'est révolté contre Moi et s'est tourné vers l'idolâtrie selon les désirs de son cœur.
Le Malbim explique que ce verset s'enchaîne directement avec le précédent. Pourquoi « Je ne garderai pas éternellement Ma colère » ? Parce que toute cette colère n'est due qu'« au péché de son avidité » ; dès lors, dès qu'il fera Techouva, la cause de la colère disparaîtra. La colère n'est que la conséquence de la faute, et en l'absence de faute, il n'y a plus de motif au châtiment.
Le Malbim remarque en outre que dans un même verset, la colère est mentionnée à deux reprises : « Je Me suis irrité et Je l'ai frappé » ainsi que « Je Me suis caché et Je Me suis indigné ». Ces deux mentions correspondent aux deux notions du verset précédent. « Je Me suis irrité et Je l'ai frappé » fait écho à « Je ne contesterai pas à jamais » - le coup porté au corps, qui s'inscrit dans les limites du temps. « Je Me suis caché et Je Me suis indigné » signifie que parfois, au moment de l'irritation, Je leur dérobe Ma présence et détourne Ma face d'eux.
Et qu'y a-t-il de plus dur : le coup ou le voilement de face ? Le voilement. Il convient ici de rappeler la magnifique explication du Malbim à propos du défi lancé par A'hav demandant qui était plus grand, Yéhochoua ou Moché - car Moché avait dit : « La colère de l'Éternel s'enflammera contre vous, Il fermera le ciel et il n'y aura point de pluie », or voici que nous avons de la pluie ! En apparence, l'éclipse de la face divine présente un avantage : lors du hester panim, le Saint, béni soit-Il, nous abandonne aux lois de la nature, et si, selon la nature, un bien doit survenir, il surviendra. L'année est-elle pluvieuse par nature ? La pluie tombera. Non parce que nous le méritons, mais parce qu'Hachem a voilé Sa face et nous a livrés aux lois naturelles. En apparence, cela vaudrait donc mieux qu'une colère qui engendre une situation de sécheresse absolue.
Mais la réalité est tout autre, et le voilement est infiniment pire. Lorsqu'Hachem est en colère, il y a - pour parler en termes modernes - un dosage maîtrisé : l'emportement divin s'exerce selon la stricte justice, et le Saint, béni soit-Il, contrôle exactement la mesure de ce que nous recevons, rigoureusement proportionnée à la faute. Mais lorsqu'Hachem voile Sa face, c'est l'horreur absolue. « Et Moi, Je cacherai, oui Je cacherai Ma face en ce jour-là » - J'ai averti que Je ne serais pas là, et dès lors, « il deviendra une proie ». Le ravage peut alors aller jusqu'à l'anéantissement, car Je t'ai livré entre les mains de la nature, et la nature veut que chaque nation haïsse le Juif, que tout oppresseur veuille ériger des camps d'extermination contre Israël. À celui qui demande où était le Saint, béni soit-Il, pendant la Shoah, la réponse est qu'Il avait averti à l'avance qu'Il ne s'y trouverait pas. Certes, il existe une promesse et un serment attestant que le peuple d'Israël ne disparaîtra jamais, et en vertu de cet engagement, il ne sera point anéanti ; mais au sein de cette épreuve, la fureur déchaînée peut se révéler terrible et effroyable.
À quoi cela est-il comparable ? À un père qui frappe son fils : s'il s'agit d'un père raisonnable, il lui inflige un coup que l'enfant peut supporter. En revanche, un père qui chasse son fils de la maison l'expose à recevoir au-dehors des coups terribles et démesurés, et le père dit pour ainsi dire : Je ne suis pas là, débrouille-toi seul, Je t'ai caché Ma face, tu es désormais hors de la maison. C'est pourquoi le voilement de face est toujours pire que l'indignation divine.
Et malgré tout, dit le Saint, béni soit-Il, ce voilement lui-même n'advient qu'« en raison de la faute de sa cupidité », à cause de ses mauvaises actions. À la fin du verset, le Malbim renouvelle l'explication en proposant une lecture à l'opposé du sens littéral habituel. Nous comprenons communément « il est allé, rebelle, sur le chemin de son cœur » - comme signifiant qu'il s'est engagé dans une voie tortueuse et pervertie. Mais le Malbim lit ainsi : quand la colère cessera-t-elle ? Lorsque « vayélekh » - lorsque s'en ira et le quittera cette rébellion selon laquelle il suivait le penchant de son cœur. Tant que cette rébellion ne l'a pas quitté et qu'il demeure dans ces égarements, Ma colère pèse encore sur lui ; mais dès qu'elle s'éloignera de lui, Je ne le frapperai plus et Je ne m'irriterai plus.
דְּרָכָיו רָאִיתִי וְאֶרְפָּאֵהוּ וְאַנְחֵהוּ וַאֲשַׁלֵּם נִחֻמִים לוֹ וְלַאֲבֵלָיו׃ - J'ai vu ses voies et Je le guérirai, Je le guiderai et Je lui prodiguerai des consolations, à lui et à ceux qui mènent deuil avec lui.
Lorsque Je verrai qu'il a abandonné ses voies dévoyées et corrompues - « J'ai vu ses voies et Je le guérirai ». À la place de « Je l'ai frappé » précédemment mentionné, vient maintenant « Je le guérirai », car toutes ces souffrances n'étaient survenues qu'en raison de sa mauvaise conduite. Et à la place de « Je Me suis voilé la face et Me suis irrité », vient désormais « Je le guiderai » - Je ne lui cacherai plus Ma face, mais « Ma face marchera et Je te procurerai le repos », Je le guiderai par la lumière de Ma présence. Les deux volets de la promesse correspondent exactement aux deux volets du châtiment.
« Et Je prodiguerai des consolations, à lui et à ceux qui mènent deuil avec lui » - la douleur qu'il a éprouvée, ainsi que celle de ceux qui partageaient son deuil dans ses détresses, ceux qui ont été témoins de ses souffrances et se sont lamentés avec lui, se muera en réconfort : Je les consolerai et dissiperai leur profonde tristesse lorsqu'ils contempleront les bienfaits qui lui seront accordés.
Le Radak oriente l'explication du verset dans une autre direction, se penchant sur l'instabilité spirituelle du peuple d'Israël : « J'ai vu ses voies » - Je connais sa manière d'être, son incapacité à persévérer durablement dans la droiture. Même lorsqu'ils font téchouva, quelques années s'écoulent et ils retombent dans leurs travers, comme nous le constatons tout au long de l'époque des Juges : Yavin s'abattait sur eux, puis tel autre oppresseur, puis un suivant, « et le pays fut en repos pendant quarante ans » - et le cycle recommençait. Mais puisque Je l'ai déjà frappé et exilé durant une longue période, Je reviendrai et lui accorderai une guérison de l'âme. « Je le guiderai » - Je le conduirai sur une voie droite, c'est-à-dire que Je redresserai son cœur, car J'ai vu qu'il marchait de façon rebelle selon le penchant de son cœur ; désormais son cœur sera plus intègre pour le service d'Hachem. Et pour tous les malheurs et les souffrances endurés durant l'exil, « Je prodiguerai des consolations ».
Et qui sont-ils, « lui et ceux qui mènent deuil avec lui » ? Nos Sages ont enseigné : quiconque prend le deuil sur Jérusalem mérite de contempler sa consolation. Ceux qui ont véritablement pleuré sur Jérusalem, qui ont ardemment espéré la rédemption complète - « Tressaillez d'allégresse avec elle, vous tous qui portiez son deuil » -, voilà « ceux qui mènent deuil avec lui », et ce sont eux que le Saint, béni soit-Il, consolera et réjouira.
בּוֹרֵא נִיב שְׂפָתָיִם שָׁלוֹם שָׁלוֹם לָרָחוֹק וְלַקָּרוֹב אָמַר ה' וּרְפָאתִיו׃ - « Créateur du fruit des lèvres : Paix, paix pour celui qui est loin et pour celui qui est proche, dit Hachem, et Je le guérirai ! »
Rachi explique : Je crée pour lui une nouvelle expression des lèvres. Jusqu'à présent, le malheur fondait sur lui et tous le défiaient - tous lui faisaient la guerre, tenant des propos belliqueux et menaçants envers le peuple d'Israël ; désormais, il y aura un nouveau langage. « Niv » (ניב) vient de la même racine que tenouva (la récolte, le fruit) : tout comme le fruit de l'oranger est l'orange, de même le fruit des lèvres est la parole. C'est de là que vient aussi le terme « navi » (prophète), ainsi que l'expression « le vin nouveau fera germer les jeunes filles » (tiroch yenovev betoulot). Le fruit des lèvres ne consistera plus en discours de guerre et en provocations, mais en « paix, paix ».
Et non pas une paix illusoire comme celle dont on parle de nos jours - « Paix, paix ! alors qu'il n'y a point de paix », « Je suis pour la paix, mais dès que je parle, ils sont pour la guerre ». Pas une paix dont nous parlons tandis qu'ils s'affairent à creuser des tunnels, mais une paix authentique, « pour celui qui est loin et pour celui qui est proche ». Selon Rachi, « le lointain » désigne celui qui est enraciné de longue date dans la Torah et le service divin depuis sa jeunesse, tandis que « le proche » est celui qui vient tout juste de se rapprocher pour revenir au service divin - et Je les guérirai tous, tant ceux qui sont fidèles depuis toujours que ceux qui viennent d'arriver.
Le Radak s'inscrit dans la même perspective : Je créerai un nouveau fruit des lèvres, où la guerre ne sera plus le discours permanent envers Israël, mais où chacun parlera de paix. Cependant, précise-t-il, cela se déroulera après la guerre de Gog et Magog. En effet, tant que cette confrontation ultime demeure en réserve dans l'arsenal de l'histoire, il est impossible d'envisager que le discours public soit la paix ; cette promesse ne peut donc s'accomplir qu'une fois la mère de toutes les guerres achevée. Et qui sont « le lointain » et « le proche » selon lui ? Ceux qui sont éloignés géographiquement de Jérusalem et ceux qui en sont proches - car l'enjeu de la guerre de Gog et Magog réside dans le rassemblement de toutes les nations vers Jérusalem. « Et Je le guérirai » : c'est alors qu'interviendra la véritable guérison pour le peuple d'Israël, car tant que les guerres perdurent, l'étape de la guérison ne peut encore commencer.
D'après Rachi, « le lointain » est donc celui qui sert Hachem depuis des temps reculés et depuis toujours, tandis que « le proche » est celui qui vient de se rapprocher. Mais dans les enseignements de nos Sages (Hazal), ainsi que le rapporte le Radak, apparaît une explication diamétralement opposée : « le lointain » désigne ceux qui étaient autrefois éloignés et qui commencent maintenant à servir Hachem, tandis que « le proche » renvoie aux justes parfaits (tsadikim guemourim) qui sont toujours demeurés près du Saint, béni soit-Il. C'est de là que nos Sages ont déduit que les maîtres du repentir (baalé techouva) surpassent les tsadikim accomplis, car il est dit : « Pour le lointain et pour le proche, dit Hachem, et Je le guérirai » - qui le Saint, béni soit-Il, mentionne-t-Il en premier ? Le lointain, c'est-à-dire celui qui était loin et s'est rapproché.
La raison en est bien connue : à l'endroit où se tiennent les baalé techouva, même les tsadikim parfaits ne peuvent se tenir. Les baalé techouva sont confrontés à des tiraillements et à des épreuves auxquels les tsadikim n'ont jamais été exposés, et le tsadik n'a pas à fournir l'effort titanesque exigé du baal techouva - effacer tout son passé, faire table rase de ses mauvaises habitudes. C'est une tâche d'une difficulté extrême. Le tsadik, qui a toujours évolué dans la sainteté et la pureté, ignore ce genre de combat. C'est pourquoi la première paix est promise au lointain, et seulement ensuite au proche.
Rabbi Yaakov Galinsky zatsal racontait : Un jour, je fus invité à prendre la parole lors d'un rassemblement d'hommes de science devenus baalé techouva. J'aperçus dans la salle un homme avec une longue queue-de-cheval et un magnétophone. Je m'enquis de son identité, et l'on me répondit : c'est un journaliste, venu interviewer l'un de ces scientifiques pour comprendre ce qui a pu lui arriver, quel fusible a disjoncté chez lui, ou s'il a subi un deuil dramatique. Car dans l'esprit laïque, si quelqu'un fait techouva, c'est obligatoirement à la suite d'un traumatisme ; sinon, quelle raison aurait-il d'embrasser la pratique religieuse ? La religion, selon leur vision, est réservée aux esprits rétrogrades et dépassés ; que viendrait donc faire un esprit scientifique dans la foi ? On dit au journaliste : le Rav s'apprête à parler, assieds-toi, écoute, et tu pourras poser tes questions ensuite.
Je pris la parole, ignorant tout de ce qu'il pouvait comprendre. Par la suite, il accosta l'un des scientifiques et commença à le questionner. Piqué de curiosité, je tendis l'oreille. Le scientifique lui demanda : « Dis-moi, à ton avis, qui recevra la plus grande récompense au Ciel - moi, ou ce jeune garçon 'haredi de Bnei Brak qui a grandi au Talmud Torah puis en yéchiva, suivant sans interruption toute la voie tracée de la Torah et du service d'Hachem ? » J'eus envie d'intervenir et de m'exclamer : mais quelle question, il est évident que le baal techouva recevra une récompense infiniment supérieure, car il doit sans cesse lutter contre tout son passé, exactement comme nous venons de l'apprendre - « pour le lointain et pour le proche », le lointain d'abord, là où se tiennent les baalé techouva même les tsadikim parfaits ne peuvent se tenir ! Mais ce n'était pas à moi qu'il posait la question, c'était au journaliste. Ce dernier répondit : « Que veux-tu que j'en sache ? » Les fiches de paie, il comprenait bien, mais la rétribution céleste dépassait totalement son cadre de pensée. Il ajouta néanmoins : « À première vue, il semble que c'est toi qui auras le plus grand salaire, puisque tu dois lutter. »
Le scientifique lui dit alors : « Sache que le jeune garçon 'haredi de Bnei Brak recevra une récompense bien plus grande que la mienne, et je vais t'expliquer pourquoi. Ce monde dans lequel tu vis, moi, je l'ai connu. Et je n'y étais pas un simple observateur : j'étais parfaitement intégré au système, en plein cœur de la nomenklatura, au milieu de toute cette fange. Je connais ce milieu de fond en comble : sa bassesse et sa laideur, cette jungle où l'homme est un loup pour l'homme, où tu peux t'effondrer et mourir sur le trottoir sans qu'une seule personne ne daigne s'approcher de toi. Je connais cette course effrénée à l'argent, cette absence totale d'idéal digne de vous faire lever le matin. Toutes les valeurs sur lesquelles le pays s'est bâti - le sionisme, l'alyah, le défrichement de la terre, la renaissance nationale - tout s'est évaporé ; le post-sionisme a tout balayé. C'est un monde sans valeurs, où pour cent dollars les gens sont prêts à quitter le pays en abandonnant leur valise d'idéaux à ceux qui ont choisi de continuer à payer des impôts exorbitants. Tout ce fatras, je le connais par cœur.
Et il poursuivit : « Même si l'on venait me dire qu'il n'y a plus aujourd'hui de mitsva d'être religieux, et même si le Maître du monde décidait de ne plus accorder de récompense à ceux qui accomplissent Ses commandements, une chose m'est parfaitement limpide : dans ce monde-là, je ne remettrai jamais les pieds. En revanche, le jeune garçon 'haredi de Bnei Brak, le jeune homme de yéchiva - le monde laïque lui fait encore des clins d'œil. Il s'imagine encore que ces gens-là ont quelque chose à lui vendre, quelque chose de formidable à lui proposer. Lorsqu'il étudie à la yéchiva, préservé des ravages d'Internet et de toutes ces souillures, il mène une lutte authentique, car il croit sincèrement que ces désirs et ces plaisirs procurent un vrai bonheur ; il ignore à quel point ils vident l'être humain de l'intérieur. Sa récompense sera donc infiniment plus grande. Moi, je sais que tout cela n'est qu'illusion et futilité ; pour moi, l'épreuve n'existe même plus : il m'est évident que j'ai quitté un navire vide et troué pour aborder un rivage sûr, il m'est évident que telle est la véritable voie, un monde habité par le sens, la seule raison valable pour laquelle un homme ouvre les yeux le matin. Pour cela, je ne mérite plus de salaire extraordinaire. Mais celui qui s'imagine encore qu'ils ont un trésor à lui offrir, quelle épreuve herculéenne il affronte au quotidien, et quelle immense récompense il recevra ! » Rabbi Yaakov Galinsky conclut : « Sa réponse m'a bouleversé ; je n'aurais pu lui fournir d'explication plus lumineuse et plus juste - venant de quelqu'un qui avait vécu les choses de l'intérieur. »
Et ainsi s'accordent les deux approches. Selon nos Sages : d'abord au lointain, puis au proche, car grands sont les baalé techouva. Et selon Rachi : parfois précisément à celui qui se tient au loin, qui sert Hachem depuis toujours - car chez lui l'effort est parfois plus grand, et l'illusion du yetser hara prétendant qu'il y a là-bas quelque chose à gagner est plus forte ; tandis que le nouveau venu, arrivé depuis peu, sait bien qu'il n'y a rien là-bas, et sa lutte est donc moindre. Parfois la paix est accordée en premier à l'un, et parfois à l'autre.
וְהָרְשָׁעִים כַּיָּם נִגְרָשׁ כִּי הַשְׁקֵט לֹא יוּכָל וַיִּגְרְשׁוּ מֵימָיו רֶפֶשׁ וָטִיט׃ - Mais les impies sont comme une mer agitée qui ne peut s'apaiser, et dont les flots rejettent la vase et la fange.
Commençons par le Targoum : « Verachi'aya kiyama détari'h » - comme la mer ballottée d'un lieu à l'autre ; « dib'é lémena'h véla yakhel » - qui veut se reposer et ne le peut pas ; « ve'avdouhi mou'hé sayan vetin » - et dont les eaux produisent vase et boue (« seyen vetin », qui sont le limon et la fange). Notons au passage : certains pensent que la signature « S''T » (ס"ט) chez les Séfarades signifie « Séfarade pur » (Séphardi Tahor), mais c'est une erreur. Son origine se trouve ici : « Sin Tin », limon et boue. Un homme qui souhaite écrire sur lui-même qu'il n'est que poussière et cendre signe S''T - limon et boue.
Rachi explique : les impies ne font pas techouva. Plus tôt, nous avons vu que le Saint, béni soit-Il, appelle au repentir - « Paix, paix au lointain et au proche ! » - et s'adresse aussi bien aux éloignés qu'aux proches pour qu'ils reviennent à Lui ; or les impies ne reviennent pas. Et pourquoi sont-ils comparés à une mer agitée ? Les vagues semblent vouloir franchir et outrepasser leur limite - « et Il a fixé une limite à la mer ». La vague arrive sur la digue ou sur le rivage, se brise, se fracasse et recule ; puis une autre vague arrive, se brise et recule. Remarquez bien : la vague suivante voit ce qu'il est advenu de celle qui la précédait, mais cela ne la décourage pas, elle s'élance à sa suite pour aller se briser elle aussi. De même, l'impie voit son semblable châtié pour sa méchanceté, mais il ne renonce pas pour autant.
Et combien ces paroles résonnent avec la réalité. Chaque impie se lève à nouveau en pensant qu'il réussira. Ne lis-tu donc pas l'histoire ? Aucune nation n'a jamais réussi à détruire le peuple d'Israël ; tous les peuples qui ont voulu nous anéantir ont été effacés du cours de l'histoire et ont fini dans ses poubelles, tandis que le peuple d'Israël subsiste à jamais. Cela pousse-t-il une quelconque nation à y réfléchir à deux fois ? Cela incite-t-il l'Iran à réfléchir à deux fois avant de parler de la destruction du peuple juif ? Une vague après l'autre se dresse inlassablement. Il en va de même chez nous : de tout temps se sont dressés des partis portant sur leur bannière la haine - haine du judaïsme, enrôlement des étudiants de yéchiva, asservissement des orthodoxes - et tous se retrouvent dans les poubelles de l'histoire. Aucun parti ayant inscrit la haine et la guerre contre Hachem sur son étendard n'a subsisté dans la durée ; ils apparaissent à grand bruit, récoltent des sièges, puis s'évaporent. Et pourtant, rien de tout cela ne les décourage de renaître encore et toujours.
Et pourquoi ? « Car elle ne peut s'apaiser » - le mauvais penchant ne laisse aucun répit à l'impie de l'intérieur. Même lorsqu'il voit ce qu'il est advenu de ses prédécesseurs, cela ne l'amène pas à y réfléchir à deux fois, car cela bouillonne en lui et ne lui laisse aucun repos.
Nos Sages ont enseigné : la mer rejette sa fange et sa puanteur sur ses bords. Où se trouve la puanteur de la mer ? Sur le rivage. Tout déchet et toute ordure dans la mer, celle-ci les rejette sur la côte ; un cadavre en mer, à Dieu ne plaise, est rejeté vers le rivage. De même pour les impies : leur puanteur est dans leur bouche. Pharaon a dit : « Qui est l'Éternel pour que j'écoute Sa voix ? », Sanhrib a dit : « Quels sont, parmi tous les dieux de ces pays... », Nabuchodonosor a dit : « Je m'égalerai au Très-Haut ». Leur bouche est souillée, tous l'ouvrent largement avec arrogance contre le Maître du monde. De même que la mer rejette de ses eaux la vase et la fange, de même ils expulsent de leur for intérieur, par leur bouche, limon et souillure.
אֵין שָׁלוֹם אָמַר אֱלֹהַי לָרְשָׁעִים׃ - Il n'y a point de paix, dit mon Dieu, pour les impies.
Le Radak explique que le verset « Mais les impies sont comme une mer agitée » vient éclairer les versets précédents. Il a été dit : « Créateur du fruit des lèvres : Paix, paix au lointain et au proche... et Je le guérirai », et la guérison a été promise à celui qui était éloigné et qui a fait techouva pour se rapprocher ; mais quant aux impies, il n'y a rien à faire avec eux. Ils sont comme une mer agitée et ne font pas techouva, c'est pourquoi « Il n'y a point de paix, dit mon Dieu, pour les impies » : ce que J'ai dit plus tôt, « Paix, paix », ne s'appliquait pas à eux. Il n'est pas question ici de ceux qui s'obstinent dans l'impiété et multiplient les iniquités.
Comme nous le demandons dans la prière : « Et pour les hérétiques et les calomniateurs, qu’il n’y ait point d’espoir... et que tous les impies périssent à l’instant ». Pourquoi ne prions-nous pas plutôt pour qu'ils fassent techouva ? Parce qu'il arrive un stade où il est su qu'un tel individu n'aura plus le mérite de faire techouva. On raconte à propos du 'Hafets 'Haïm qu'un élève s'était montré insolent envers la gouvernante chargée de l'internat, et le 'Hafets 'Haïm l'expulsa de la yéchiva. On lui demanda : pourquoi ? Il répondit : l'effronterie (azout panim) - en aucun cas ! On lui dit : peut-être fera-t-il techouva ? Il rétorqua : il ne fera pas techouva. On lui demanda : d'où le Rav le sait-il ? Il répondit : parce qu'il est écrit « L'homme effronté va à la Géhenne » - or, s'il devait faire techouva, l'enseignement aurait dû dire « l'homme effronté va à la techouva ». Et il se trouve que c'est un enseignement explicite du Midrach : Rav Yehouda a dit, l'effronté va à la Géhenne parce qu'il est notoire qu'un effronté ne fait point techouva. De celui qui est pétri d'effronterie, il ne faut rien attendre en matière de repentir.
C'est à l'égard de ces impies qu'il est dit : « Il n'y a point de paix, dit mon Dieu, pour les méchants » - ils ne feront donc pas techouva et périront, selon la prophétie de Malakhi : « וְהָיוּ כָל זֵדִים וְכָל עֹשֵׂה רִשְׁעָה קַשׁ וְלִהַט אֹתָם הַיּוֹם הַבָּא » (« Et tous les présomptueux et tous les artisans d'iniquité seront comme du chaume, et le jour qui vient les embrasera »). Et que signifie « comme une mer agitée » (keyam nigrach) ? De même que la mer est rejetée à chaque instant vers son rivage, de même les impies ne trouvent point de repos face à l'agitation de ce monde jusqu'à leur mort. Le méchant ne connaît aucun répit : sans cesse en mouvement, perpétuellement agité, occupé de pensées sur la manière d'ajouter au mal, quel désir il n'a pas encore goûté, quel acte répréhensible il n'a pas encore accompli. Et jusqu'à quand ? Jusqu'au jour de sa mort, comme il est dit dans Iyov : « שָׁם רְשָׁעִים חָדְלוּ רֹגֶז » (« Là les méchants cessent de s'agiter ») - toute cette agitation perpétuelle et ces pensées infinies pour commettre le mal ne cessent qu'au moment d'entrer dans le monde de vérité.
Le Malbim explique pourquoi les impies ne reviennent pas et pourquoi « elle ne peut trouver de repos » : parce que tout ce que l'homme a vu et tout ce qu'il a fait imprime des représentations dans son cœur. Un jour, quelqu'un vint trouver un Tsadik et lui dit : « Rabbi, de mauvaises pensées m'assaillent constamment pendant la prière ». Le maître demanda : « Quelles pensées ? » L'autre répondit : « Toutes sortes d'images et de mauvaises choses que j'ai vues ». Il lui dit alors : « La question n'est pas de savoir pourquoi elles surgissent pendant la prière, mais pourquoi tu les as regardées au départ, leur donnant ainsi la possibilité de revenir te hanter pendant la prière ». Un homme qui s'est vautré dans la boue et la fange ne doit pas s'étonner, lorsqu'il veut se laver, de voir l'eau trouble ; d'où provient cette eau trouble ? De la boue et de la fange. Les impies, qui passent toute leur vie dans le mal, ne peuvent connaître de repos, car leur cœur fait constamment remonter de sombres représentations issues de tout ce qu'ils ont traversé et de toutes les pensées négatives qui les ont submergés.
Comme on le souligne souvent, il est très facile de faire techouva dans les actes extérieurs - commencer à mettre les téfilines, commencer à respecter le Chabbat. C'est la partie facile. Le plus difficile est d'effacer du « disque dur », de la mémoire, tout le passé - les comportements d'autrefois. Jadis, lorsque quelqu'un vous mettait en colère, vous réagissiez d'une certaine façon ; avez-vous réussi aujourd'hui à vous transformer de telle sorte que votre réaction soit différente ? Ce n'est pas simple du tout. De nombreux ba'alé techouva changent leurs actes mais ne corrigent pas leurs traits de caractère (midot), principalement parce qu'ils n'étudient pas la Torah. La différence entre un ba'al techouva qui fréquente assidûment les cours de Torah et celui qui ne le fait pas est manifeste. Lorsqu'on assiste aux cours de Torah, on prend conscience que le changement ne saurait être cosmétique. Porter ou non une kippa, laisser pousser ou non une barbe, cela s'avère très simple. Le plus ardu est de transformer les midot : l'attitude envers son épouse, le comportement avec ses proches, la façon de s'exprimer et de parler, les sentiments intérieurs. Celui qui s'est toujours cru tout permis doit commencer à comprendre que l'homme est appelé à l'humilité et à la discrétion. La transformation intérieure exige un labeur, et peu aiment travailler sur eux-mêmes ; il est tellement plus commode d'adopter des changements superficiels, de modifier l'apparence extérieure tout en restant exactement la même personne au fond de soi.
Et c'est ce que dit le verset : les méchants sont comme une mer agitée, car la tempête gronde en leur sein. Ce même souffle qui les a poussés à regarder ce qu'ils ont regardé et à faire ce qu'ils ont fait continue de faire sentir ses effets, et l'homme n'entreprend rien pour le surmonter, il n'introduit aucun contenu nouveau. Va assister à des cours de Torah, étudie le Moussar, fais entrer des contenus nouveaux ! Lorsque la sainteté entre, la profanité s'en va d'elle-même, c'est une loi absolue qui ne souffre aucune dérogation : la seule façon de chasser le profane est d'introduire le sacré. Mais s'il continue au contraire à consommer les mêmes choses qu'auparavant, les médias et toutes ces futilités auxquelles il reste relié comme par un cordon ombilical, on constate qu'aucun changement réel ne s'est produit. On pourrait formuler les choses ainsi : il existe des laïcs coiffés d'une kippa. Dans leur essence et dans toute leur attitude, ils sont demeurés laïcs, à ceci près qu'ils portent désormais une kippa. Et c'est parfois pire encore, car les gens disent : « As-tu vu comment ce religieux se comporte ? As-tu vu sa façon de parler, son accès de colère ? » Mais on ignore tout du chemin qu'il a parcouru ; on ne sait pas qu'il y a cinq ans, il en serait venu aux mains, alors qu'aujourd'hui, il s'est seulement emporté. Il ne s'agit pas de leur jeter la pierre - il est évident qu'un homme traverse bien des épreuves et accomplit des processus complexes -, mais il faut savoir que l'essentiel réside là : à quel point l'homme change-t-il véritablement ? Non pas combien d'isolements méditatifs (hitbodedout) tu as faits - c'est très beau et louable en soi -, mais à combien de cours de Torah tu as assisté, quelle quantité de Torah tu as fait pénétrer en toi pour évacuer toute cette boue et cette fange.
C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, déclare : à l'égard des justes et des véritables repentis - « Paix, paix à celui qui est loin et à celui qui est proche ! » ; et à l'égard des méchants - « Il n'y a point de paix, dit mon Dieu, pour les méchants ». Et de même qu'il n'y a point de paix dans leur esprit, qui brûle constamment en eux pour toute sorte de transgression, de même il n'y a point de paix dans tout ce qui leur appartient.
Pour conclure, une remarque sur la formulation exacte du verset : beaucoup emploient couramment l'expression « Il n'y a point de paix, dit l'Éternel, pour les méchants », mais le Min'hat Chaï a déjà fait observer qu'il s'agit d'une altération et d'une erreur absolue. Nulle part ne figure la formule « dit l'Éternel », mais toujours « אָמַר אֱלֹהַי » (« dit mon Dieu »), et il explique même d'où découle cette confusion. La version authentique et rigoureuse est donc : « אֵין שָׁלוֹם אָמַר אֱלֹהַי לָרְשָׁעִים » (« Il n'y a point de paix, dit mon Dieu, pour les méchants »).
La conclusion du chapitre nous enseigne que le courroux divin est limité : « pas à jamais » - par rapport au corps qui s'inscrit dans le temps, « et pas éternellement » - par rapport à l'âme qui transcende le temps ; car tout ce courroux n'est dû qu'au « péché de sa convoitise », et dès que disparaîtra l'égarement, le courroux s'estompera également. À la place de l'épreuve viendra la guérison, et au lieu du voile de la Face poindront la direction par la lumière de Sa face et des consolations pour lui et pour ceux qui prennent le deuil avec lui. Se créera alors une nouvelle parole de paix sur les lèvres, pour le lointain comme pour le proche - qu'il s'agisse du ba'al techouva qui s'est rapproché ou du juste qui est toujours resté proche. En revanche, l'impie qui refuse de revenir est comparé à une mer agitée : il ne tire aucune leçon de la vague qui l'a précédé, ne connaît aucun repos et sa souillure flotte à sa surface ; c'est à son sujet qu'il est proclamé : « Il n'y a point de paix, dit mon Dieu, pour les méchants ». Le véritable labeur ne consiste pas en un changement extérieur, mais dans le renouvellement intérieur : faire entrer la sainteté pour chasser le profane. Puisse Hachem nous accorder, à nous et à tous les égarés, le mérite de revenir vers Lui par une techouva complète, Amen ve-Amen.