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Chapitre 54 - Réjouis-toi, stérile, et ses enfants - 3e partie

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Introduction : Jérusalem qui n'a pas encore été consolée

Le chapitre s'ouvre sur une grande prophétie de consolation - « Réjouis-toi, stérile qui n'enfantais point » - la promesse que la communauté d'Israël, semblable à une femme stérile, chantera à nouveau de joie, se rassemblera et retournera sur sa terre. À partir de là, le prophète décrit une étape intermédiaire : certes, l'ensemble d'Israël retournera dans son pays, mais Jérusalem ne sera pas encore rebâtie ni rétablie. C'est de cette phase intermédiaire que traite le verset qui suit.

עֲנִיָּה סֹעֲרָה לֹא נֻחָמָה הִנֵּה אָנֹכִי מַרְבִּיץ בַּפּוּךְ אֲבָנַיִךְ וִיסַדְתִּיךְ בַּסַּפִּירִים׃ - Malheureuse, battue par la tempête, privée de consolation ! Voici que J'enchâsserai tes pierres dans le fard et que Je te fonderai sur des saphirs.

« Malheureuse, battue par la tempête » : l'assemblée d'Israël est dans la détresse, le cœur agité par tant de souffrances. Le Metsoudat David explique qu'il s'agit de Jérusalem : elle est comme une pauvre femme tremblant sous les assauts de la tempête, sans personne pour la consoler. Et lorsqu'il est écrit « Sion », l'intention est Jérusalem, selon l'expression « Levez-vous et montons à Sion ».

Le Malbim explique : la terre d'Israël a déjà été consolée, « car plus nombreux sont les fils de la délaissée », le peuple d'Israël est de retour sur sa terre - mais elle, Jérusalem, n'a pas encore reçu de consolation, elle n'a pas encore mérité d'être reconstruite. C'est à elle que le Saint, béni soit-Il, déclare : ne t'afflige pas, tu seras encore rebâtie et solidement établie.

« J'enchâsserai tes pierres dans le fard » : le Metsoudat David explique que les paveurs ont coutume de poser les dalles sur un lit de sable, comme on pose les bordures des trottoirs en étalant du sable avant d'y disposer les pierres. Le Saint, béni soit-Il, dit alors : chez vous, lorsqu'on posera les fondations de Jérusalem, on ne placera point de sable au-dessous, mais du fard - des pierres de Nofekh, des gemmes précieuses, et c'est sur elles que reposeront les dalles du sol. « Et Je te fonderai sur des saphirs » : les fondations mêmes des édifices seront constituées de pierres de saphir, des pierres parmi les plus précieuses.

Qu'est-ce que la pierre de saphir ? Le Radak rapporte au nom de Rav Saadia Gaon qu'il s'agit d'une pierre blanche ; Rabbi Avraham Ibn Ezra écrit que c'est une pierre rouge ; le Radak lui-même explique que c'est une perle noire ; et le Targoum Yonatan traduit « avné tavvan », de belles pierres précieuses, sans en préciser la couleur, tout comme pour « livnat hassapir » qu'il traduit par « une pierre précieuse ». En fin de compte, la couleur n'est pas l'essentiel : ce qui importe, c'est qu'il s'agit d'une pierre de grand prix. Il se peut d'ailleurs que toutes ces explications soient exactes : tout comme pour les fruits, où une même espèce peut présenter plusieurs nuances, les pierres d'une même variété peuvent également revêtir des teintes variées.

La réalité de notre époque : une terre délivrée et une Jérusalem dévastée

Les paroles du Malbim ici sont saisissantes, car nous sommes confrontés précisément à cette réalité : le peuple d'Israël est revenu sur sa terre, tandis que Jérusalem demeure en ruine, déserte, bafouée et humiliée. Certes, on a bâti le stade Teddy, on a érigé le palais de justice, et à Guivat Ram siège l'assemblée des hérétiques, mais la ville n'a toujours pas été consolée. Pour qui voit des étrangers impudents occuper le Mont du Temple, et sur le lieu le plus saint dresser leur maison de prière et d'impureté, que reste-t-il à cette pauvre affligée sinon se lamenter et refuser toute consolation ? Voici que la terre d'Israël a déjà entamé sa rédemption, tandis que moi, non seulement ma délivrance n'a pas commencé, mais on a encore accru mes ruines. C'est à ce sujet qu'intervient la promesse du verset suivant.

וְשַׂמְתִּי כַּדְכֹד שִׁמְשֹׁתַיִךְ וּשְׁעָרַיִךְ לְאַבְנֵי אֶקְדָּח וְכׇל־גְּבוּלֵךְ לְאַבְנֵי־חֵפֶץ׃ - Je ferai tes créneaux de rubis, tes portes de pierres flamboyantes, et toute ton enceinte de pierres précieuses.

Le « Kadkod » est une sorte de pierre précieuse (il existe d'ailleurs deux traditions de lecture : le dalet porte-t-il un cheva na' ou un cheva na'h ?). Et que sont les « chimchotayikh » ? Plusieurs explications ont été avancées : Rachi rapporte au nom d'Onkelos le terme « a'akh » (le bois), et de même dans le Targoum Yonatan, ce qui désigne les cadres de fenêtres en bois, qui seront faits d'une pierre précieuse. Menahem l'associe à la racine de « yechamechouna » (ils la serviront), c'est-à-dire que tes ustensiles d'usage courant seront taillés dans des pierres précieuses. D'autres l'expliquent par le mot « chémech » (soleil) : les ouvertures par lesquelles pénètre le soleil, devant lesquelles on a coutume de poser des vitraux colorés pour l'ornementation - le verset enseigne ainsi qu'on n'utilisera pas de simple verre, mais des fenêtres taillées dans de magnifiques gemmes protégeant des rayons du soleil. Le Midrach Téhilim propose encore une autre explication, fondée sur le verset « Car l'Éternel Dieu est soleil et bouclier » (cheméch oumaguen) : il s'agit des créneaux qui surplombent la muraille, à l'image des remparts de Jérusalem ; par abondance de richesse, même ces créneaux seront faits de pierres précieuses.

Les pierres flamboyantes (Avné ekda'h)

Le Targoum Yonatan traduit « le'avnei goumrin » - des braises (de même, « bisra agoumrei » désigne de la viande sur les braises, et le « mougmar » correspond aux aromates que l'on dépose sur les braises pour diffuser un parfum). Quel est le lien entre « ekda'h » et les braises ? En réalité, « ekda'h » se rapporte à la racine du feu, comme dans « vous qui allumez le feu (kod'hei ech), ceints d'étincelles » ou « car un feu s'est allumé (kad'ha) dans Ma colère ». Autrement dit : tes portes seront faites de pierres précieuses embrasées comme des torches, brillant telles des braises ardentes.

D'autres expliquent « ekda'h » au sens de forage ou d'excavation : des pierres si colossales que toute l'ouverture de la porte y est creusée - le vide du passage, les montants, le seuil et le linteau sont tous taillés dans le corps d'une seule et même pierre. C'est un prodige inouï. De nos jours, le plus gros diamant connu, que l'on attribue à la couronne britannique, a la taille d'un œuf. Nous ne connaissons aucune pierre précieuse plus grande que cela, et le prophète annonce qu'il y aura alors de telles pierres gigantesques.

Si tu n'avais pas vu, tu n'aurais pas cru

Il convient de rappeler ici l'histoire de ce disciple de Rabbi Yohanan. Rabbi Yohanan avait enseigné en public quelle serait la dimension des pierres de Jérusalem à l'avenir, de trente coudées sur trente coudées. Ce disciple s'en moqua : où trouve-t-on de pareilles choses ? Aujourd'hui, on découvre à grand-peine de minuscules diamants, de quoi parlez-vous donc ? Plus tard, il prit la mer et aperçut les anges du service divin en train de scier des pierres précieuses. Il leur demanda à quoi elles étaient destinées, et ils lui répondirent : pour Jérusalem. À son retour, il dit à Rabbi Yohanan : enseigne, mon maître, c'est à toi qu'il sied d'enseigner ! Rabbi Yohanan lui dit : vaurien, si tu n'avais pas vu, tu n'aurais pas cru ? Il posa son regard sur lui et le réduisit en un monceau d'ossements. Un homme qui manque de foi - le manque de foi est une chose terrible et redoutable.

On raconte qu'un bahour yeshiva âgé venait régulièrement chez le Hazon Ich pour s'entretenir d'étude de la Torah. Le Hazon Ich, selon son habitude envers quiconque venait débattre en limoud, se mettait à sa portée et lui parlait en toute simplicité. Chaque fois, ce jeune homme apportait avec lui une bouteille de vin, car verser du vin dans la gorge des talmidei hakhamim équivaut à offrir des libations sur l'autel. Une fois, ils évoquèrent un passage du Midrash, et le jeune homme déclara : « Il est évident que ce n'est pas au sens propre, ce n'est pas plausible. » Il y avait là un profond mépris envers les paroles de nos Sages. Le Hazon Ich lui en tint rigueur et s'exclama : « Comment cela, ce n'est pas au sens propre ? Si nos Sages décrivent qu'il en sera ainsi, c'est assurément ainsi au sens littéral ! » Il argumenta fermement avec lui, puis finit par lui dire : « Et la prochaine fois, n'apporte pas de vin. » En effet, le Hazon Ich veillait scrupuleusement à ne pas boire de vin touché par un individu aux conceptions douteuses. Choses redoutables : les paroles de nos Sages ne sont-elles donc pas dignes de foi à tes yeux ? As-tu besoin de preuves ? Te faut-il des anges pour te le montrer, sans quoi tu refuses de croire ?

« Et tout ton pourtour en pierres précieuses »

Le Radak explique : les « pierres de prédilection » (avnei 'hefets) sont des pierres que l'homme désire ardemment - non pas de la simple pierre de Jérusalem, mais des pierres fines et des perles. Et « tout ton pourtour » : non seulement Jérusalem elle-même, mais également les villes situées à la frontière. Le Radak ajoute qu'il est fort possible que la lettre lamed dans « le'avnei ekda'h » et « le'avnei 'hefets » soit un lamed d'attribution ou de transformation : non pas qu'on reconstruira avec de nouvelles pierres précieuses, mais que les pierres actuelles dont sont constituées les portes et l'enceinte se transformeront elles-mêmes en pierres d'ekda'h et en pierres de grand prix. Il se peut aussi que ces paroles soient à entendre au sens littéral, ou bien qu'elles illustrent par métaphore l'immensité de la richesse et de l'abondance dans les temps futurs, au point que si vous le désirez, vous pourrez même ériger les portes à partir de colossales pierres précieuses.

L'explication du Malbim : les pierres des tribus

Le Malbim explique que le « kadkod » correspond à la pierre de choham, et « tes fenêtres » (chimchotaikh) aux ouvertures ; toutes ces descriptions renferment de profondes allusions. L'esboucle (nofekh) est la pierre de Yéhouda et symbolise la royauté ; le saphir est la pierre d'Issakhar, ces hommes « experts dans la connaissance des temps », et symbolise la sagesse et la Torah. Et ces deux éléments en formeront le fondement : « Je sertirai tes pierres d'antimoine » - la royauté, « et Je te fonderai sur des saphirs » - la Torah.

La pierre de choham est celle de Yossef, signe de réussite et de richesse, comme il est dit : « L'Éternel fut avec Yossef et il devint un homme prospère ». C'est pourquoi elle correspond à la fenêtre orientée face au soleil : « Je ferai tes fenêtres de kadkod » - afin que le soleil du succès leur sourie. « Et tes portes en pierres d'ekda'h » : cette pierre est celle de Lévi, qui symbolise le service du Temple (avodah), et elle forme la porte : « C'est ici la porte de l'Éternel, les justes y entreront ». « Et tout ton pourtour en pierres précieuses » : toutes les autres tribus sont désignées sous une seule appellation générale, des pierres convoitées, sans mentionner de noms particuliers - pour faire allusion au fait que les autres tribus s'uniront en une seule entité et ne seront plus jamais divisées en deux royaumes.

Quatre causes de division - et la réponse du prophète

Le Malbim observe : la discorde et la division peuvent provenir de quatre causes - deux causes internes et deux causes externes. La première cause interne est la pauvreté. Lorsque l'on est pauvre, on lutte pour chaque sou ; que D.ieu nous en préserve, pendant la Shoah, les hommes se disputaient chaque morceau de pain. Quand règne l'indigence, le regard des hommes devient envieux, car ce que possède l'autre semble pris à mes dépens, et chacun cherche à dépouiller son prochain. Face à cela, le verset déclare d'emblée : « Voici, Je sertirai tes pierres d'antimoine et Je te fonderai sur des saphirs » - il y aura une opulence extraordinaire, et cette cause de discorde disparaîtra complètement.

La seconde cause interne est la divergence en matière de foi et d'opinions, comme ce fut le cas à l'époque du second Temple avec les Sadducéens et les Boéthusiens, ou comme on le constate parfois même parmi les personnes observant les mitsvot. C'est en réponse à cela qu'intervient le verset suivant.

וְכׇל־בָּנַיִךְ לִמּוּדֵי יְהֹוָה וְרַב שְׁלוֹם בָּנָיִךְ׃ - Et tous tes fils seront instruits par l'Éternel, et grande sera la paix de tes fils.

Tous tes enfants seront instruits par Hachem : chacun recevra l'enseignement et la foi d'Hachem Lui-même. Il n'y aura plus de controverse sur ce qu'Hachem attend de nous, sur la voie qu'Il choisit, sur le culte qui Lui est agréable, ni sur ce qui relève de l'absurdité ou de croyances interdites - tout ce qui constitue une source de discorde et de division. Lorsque chacun puise la foi auprès d'Hachem en personne, alors, tout naturellement, "grande sera la paix de tes fils". C'est précisément ce qu'annonçait Jérémie : "Nul n'enseignera plus son prochain ni son frère en disant : Sachez qui est l'Éternel ! Car tous Me connaîtront, du plus petit au plus grand d'entre eux" - nul n'aura besoin d'instruire son semblable, car notre maître sera le Saint, béni soit-Il, en personne. C'est aussi le sens de "Et ton maître ne se cachera plus" : le guide ne restera plus voilé dans son repli, mais il nous enseignera la Torah directement. Dès lors, plus de querelles, plus de divergences d'opinions, de méthodes ou de coutumes divergentes : tous serviront Hachem d'une seule et même manière.

Les deux causes extérieures : l'oppression et la terreur

Jusqu'ici, le prophète a écarté les deux causes internes : il n'y aura plus de pauvreté matérielle ni d'indigence d'esprit, de sorte qu'il n'y aura de différends ni pour des questions d'argent, ni pour des motifs idéologiques. Toutefois, une scission pourrait encore menacer le royaume pour deux raisons extérieures : l'ennemi qui vient piller nos biens, et l'ennemi qui cherche à nous ôter la vie. C'est face à ces deux périls que vient le verset suivant.

בִּצְדָקָה תִּכּוֹנָנִי רַחֲקִי מֵעֹשֶׁק כִּי־לֹא תִירָאִי וּמִמְּחִתָּה כִּי לֹא־תִקְרַב אֵלָיִךְ׃ - C'est par la justice que tu seras affermie : sois loin de l'oppression car tu n'auras rien à craindre, et de la terreur car elle ne s'approchera point de toi.

Sion sera rebâtie de pierres précieuses en vertu de ce qui a été développé : il n'y aura plus en son sein de division doctrinale ou d'écoles opposées, puisque tous seront instruits par Hachem, ni de querelles causées par la misère, car le Saint, béni soit-Il, répandra une bénédiction abondante. Le texte ajoute que le couronnement de cet édifice s'accomplira par la tsédaka - par les actes de bienfaisance envers autrui. C'est par ce mérite que l'on sera délivré des dévastateurs venus du dehors : "Par la justice (tsédaka) tu seras affermie", et alors "sois loin de l'oppression" - lorsque nous pratiquons la charité, nous n'avons rien à redouter de quiconque voudrait spolier nos biens. Car quand vient-on nous dépouiller ? Lorsque nos biens ne sont pas acquis de manière intègre.

Il y avait autrefois à Volozhin un délateur, un homme qui livrait des Juifs aux autorités et provoquait ainsi des dommages considérables. On se réunit chez Rabbi Haïm de Volozhin pour chercher une solution, et au fil de la discussion, l'un des participants, exaspéré, frappa violemment du poing sur la table. La table était encombrée de verres de thé et de café, de vaisselle de faïence et de porcelaine ; la nappe fut tirée, les ustensiles volèrent au sol avec un fracas terrible, et l'assemblée fut saisie d'effroi. Rabbi Haïm leur déclara calmement : Ne vous inquiétez pas, rien n'est brisé. Ils le dévisagèrent avec stupeur, car tout était pourtant tombé par terre. On souleva la nappe, et l'on découvrit que pas un seul récipient ne s'était cassé. Ils lui demandèrent : S'agit-il d'un prodige ? D'où le Rav le savait-il ? Il leur répondit : Je sais que mes mains sont nettes. Il n'y a pas chez moi un seul centime qui ne m'appartienne en toute rigueur ou qui soit entaché d'un soupçon d'injustice. Et lorsqu'on ne détient rien qui appartienne à autrui, aucun dégât ne peut nous frapper. La perte chemine toujours de pair avec le mensonge ; lorsque l'on bâtit sur la fausseté, la perte survient pour réclamer son dû. Mais quand tout repose sur la droiture, rien ne se brise et rien n'est endommagé. Puis il ajouta : Il est fort possible que le Ciel nous ait envoyé ce signe pour nous avertir : si vous voyez qu'un délateur a le pouvoir d'entamer vos ressources, c'est sans doute que votre argent n'est pas toujours entièrement casher ni acquis avec une parfaite honnêteté, ce qui donne prise à l'atteinte extérieure.

Tel est le sens de "C'est par la justice tu seras affermie" : tu désires que tes biens soient inviolables, que les ennemis du dehors ne puissent porter atteinte à ta fortune ? Cela s'obtient par la tsédaka. "Sois loin de l'oppression" : tu n'auras rien à redouter de la spoliation, et par là même tu te tiendras également à l'abri de la "terreur" (mehita), qui, d'après le Malbim, désigne l'ennemi qui cherche à nous tuer. Telles sont ces deux menaces extérieures : celui qui vient ravir nos biens et celui qui cherche à nous ôter la vie, et c'est par la tsédaka que s'achève l'édifice qui protège contre eux.

Notons bien cette précision : le Malbim souligne que "je te fonderai sur des saphirs" désigne les fondations, tandis que "tu seras affermie" (tikonnani) marque le couronnement de la construction. On retrouve cette même acception en maints passages des Écritures, où le verbe affermir signifie porter à son achèvement : "Bâtir une ville, affermir une cité" - bâtir correspond au commencement et affermir en représente l'achèvement ; "Par la sagesse une maison est bâtie, et par l'intelligence elle est affermie" - l'achèvement s'opère par l'intelligence. Dès lors, par quelle vertu cette édification trouvera-t-elle sa pleine réalisation ? Par la force des égards fraternels et des devoirs de l'homme envers son prochain.

Rachi explique "sois loin de l'oppression" dans le même esprit que "secoue ta poussière" : détache-toi et éloigne-toi de ceux qui t'oppriment. Selon l'Abarbanel, il s'agit d'un impératif moral : "sois loin de l'oppression" - retiens-toi d'opprimer ton semblable, ordre formel de fuir toute spoliation. Une autre explication se présente : en raison de l'immense abondance qui régnera alors, nous n'aurons plus à nous inquiéter des oppresseurs, car nous aurons tout le nécessaire et ne serons nullement tentés de dépouiller les autres.

הֵן גּוֹר יָגוּר אֶפֶס מֵאוֹתִי מִי־גָר אִתָּךְ עָלַיִךְ יִפּוֹל׃ - Certes, ils comploteront, mais ce ne sera point de par Moi ; quiconque complote contre toi tombera à cause de toi.

Commentaire de Rachi : qui craindra et qui tombera

Rachi explique : « Hen gor yagour » - celui avec qui Je ne suis pas redoutera et tremblera face aux décrets funestes, et c'est Séir, c'est-à-dire Édom. Qui aura peur de Moi ? Celui qui est « Éfès méoti », qui n'a rien de Moi, avec qui Mon lien est nul. « Mi gar itakh alayikh yipol » - quiconque se rassemble contre toi pour te faire la guerre et te provoquer finira par tomber sur toi au cours de la bataille.

Rachi cite ensuite le Midrach de nos Sages, enseignant que dans les temps futurs, on n'acceptera plus de convertis (guérim). La raison en est claire : le peuple d'Israël ne veut pas de convertis venus pour des avantages matériels, mais uniquement ceux qui s'engagent par une volonté sincère de se rapprocher de la Torah de vérité. C'est pourquoi, à l'époque de Salomon également, on n'acceptait pas de convertis, car c'était un âge d'or où l'argent et l'or étaient aussi abondants que des pierres à Jérusalem - vient-on pour cela ? De même, aux jours du Machia'h, on n'acceptera pas de convertis. Et où cela est-il suggéré dans le verset ? Celui qui a résidé (gar) avec toi dans ta pauvreté tombera vers toi dans ta richesse, et continuera d'habiter avec toi ; en revanche, celui qui n'a pas habité avec toi dans ton dénuement, à qui notre modeste condition ne convenait pas, ne se joindra pas à toi dans ton opulence, et nous ne le recevrons pas par la suite.

Commentaire du Radak

Le Radak interprète « yagour » au sens de rassemblement, comme dans le verset « yagorou alaï azim » (de puissants ennemis se rassemblent contre moi). Le Saint, béni soit-Il, déclare : les peuples qui se rassembleront contre vous au moment de la Délivrance, « Éfès méoti » - ce n'est pas Moi qui les ai envoyés, cela ne vient pas de Moi. Ce n'est pas comme lorsqu'ils se rassemblaient contre toi dans le passé, car c'était alors sur Mon ordre - San'hériv et Nabuchodonosor : « Malheur à l'Assyrie, verge de Ma colère », c'est Moi qui les avais amenés.

Le Radak soulève une difficulté : il est pourtant écrit explicitement dans Ézéchiel : « Je te ferai monter des confins du nord et Je t'amènerai sur les montagnes d'Israël », et « Je mettrai des crochets à tes mâchoires » pour l'inciter à venir - c'est donc bien le Saint, béni soit-Il, qui les amène ! Il répond : c'est précisément là tout le sens, car Dieu met dans son cœur l'intention de venir, non pour nuire à Israël, mais pour son bien, pour venger Israël de lui et des autres nations qui lui ont fait du tort. C'est ici, en Terre d'Israël, qu'Il exercera Sa vengeance contre lui, pour l'honneur de Son Nom, pour la gloire d'Israël et à son bénéfice, car leurs dépouilles et leur butin reviendront à Israël. C'est le sens de « Éfès méoti » : bien que leur dessein soit malveillant, ton malheur ne viendra pas de Moi ; leur venue n'a d'autre but que de te faire du bien. « Mi gar itakh alayikh yipol » - celui qui se rassemble pour venir te faire la guerre tombera sur toi, comme il est dit : « Tu tomberas sur les montagnes d'Israël », et l'on passera sept mois à ramasser les cadavres.

Commentaire du Malbim : « Mi gar itakh »

Le Malbim interprète le verset sur le ton de l'interrogation : est-il concevable que quelqu'un nous déclare la guerre sans que cela vienne de Moi ? Quelqu'un rassemblerait-il des forces contre nous sans que Je l'aie envoyé ? Et puisque sans Moi « le bouclier des héros a été souillé », c'est-à-dire que sans Ma volonté il n'y a aucune guerre possible, qui oserait t'attaquer (lagour itakh), te provoquer en guerre, ou qui « tombera sur toi » pour te dépouiller de tes biens ? Tout dépend absolument de Moi. Cela fait écho aux paroles précédentes : face à « éloigne-toi de l'oppression », répond « qui tombera sur toi », qui oserait venir t'opprimer ; et face à « la terreur », répond « qui t'attaquera », qui viendrait tuer le peuple d'Israël et qui en aurait la force ?

Le Malbim analyse avec précision la racine G-W-R (ג.ו.ר) : elle possède trois sens distincts dans les Écritures. Le premier exprime la peur, comme dans « Vayagar Moav » (Moab prit peur), et s'accompagne toujours de la préposition « mi- » (de/devant) - « devant les enfants d'Israël ». Le second exprime le regroupement et l'attroupement, comme dans « Yagorou alaï azim », et s'accompagne de la préposition « 'al » (sur/contre). Le troisième découle de la querelle et de la provocation au combat (téguer), comme dans « Al titgar bam mil'hama » (ne t'attaque pas à eux), et s'accompagne alors de la préposition « be- ». Or ici, nous rencontrons une tournure inédite : « Mi gar itakh », avec la préposition « ète » (avec). Le Malbim explique : l'emploi de « itakh » indique un affrontement mutuel, où les deux camps s'affrontent. Le prophète affirme donc : quiconque vient vous provoquer au combat, vous n'avez rien à craindre, car en définitive « il tombera sur toi » - soit vous l'emporterez et il succombera, soit selon le sens où une armée s'effondre devant son adversaire.

Le Malbim apporte une autre explication : celui qui te livrait autrefois la guerre tombera vers toi pour te prêter main-forte. Ces propos s'accordent admirablement avec le commentaire du Malbim dans le livre de Daniel concernant la guerre des temps futurs, où il décrit avec précision que ce conflit opposera Ichmaël aux nations d'Édom ; les nations d'Édom soumettront les peuples d'Ichmaël, et nous n'aurons absolument rien à faire. Ils viendront combattre ici et s'entre-déchireront. Cela correspond parfaitement à ce que nous observons à notre époque : d'un côté, les peuples d'Ichmaël se soulèvent, et de l'autre, les nations d'Édom interviennent et les combattent, et la bataille décisive se déroulera à Jérusalem. Même si l'on pouvait déduire des versets qu'Édom marcherait contre nous, le Malbim affirme qu'il n'en est rien : ils viendront briser Ichmaël et le renverser. Dès lors, le verset s'illumine : « Mi gar itakh » - celui qui jadis te livrait la guerre, c'est-à-dire Édom, « alayikh yipol » - se rangera à tes côtés pour t'apporter son aide, et ceux qui, à travers toutes les générations, nous combattaient se joindront à nous pour terrasser les ennemis qui se dressent contre nous.

הִנֵּה אָנֹכִי בָּרָאתִי חָרָשׁ נֹפֵחַ בְּאֵשׁ פֶּחָם וּמוֹצִיא כְלִי לְמַעֲשֵׂהוּ וְאָנֹכִי בָּרָאתִי מַשְׁחִית לְחַבֵּל׃ - Voici, c'est Moi qui ai créé le forgeron qui souffle sur les charbons ardents et fabrique une arme pour son ouvrage, et c'est Moi qui ai créé le destructeur pour anéantir.

« Le forgeron » (he-'harach) est l'artisan qui forge l'épée. Le Saint, béni soit-Il, dit : cet artisan fabrique l'arme, mais qui donc l'a créé, lui ? « Voici, c'est Moi qui ai créé le forgeron ». Et grâce à quoi opère-t-il ? Il « souffle sur les charbons ardents » - or ce feu de charbon, c'est aussi Moi qui l'ai créé ; non seulement l'artisan, mais également les moyens dont il dispose. Et par quelle force le feu agit-il ? Par le souffle du soufflet qui attise la braise afin de fondre le fer - et cela provient également de Moi. « Et fabrique une arme pour son ouvrage » - l'achèvement de l'outil et la matière dont il est constitué viennent aussi de Moi. « Et c'est Moi qui ai créé le destructeur pour anéantir » - c'est la matière même du fer avec laquelle on peut tuer et détruire, et la finalité elle-même, la destruction, provient également de Moi.

Dès lors, dit le Saint béni soit-Il : puisque la matière, l'agent, les moyens, la forme et la finalité - tout est l'œuvre de Mes mains, si Je ne désire pas détruire, qui pourrait détruire ? Si, à l'une de ces étapes, une force étrangère était intervenue, on aurait pu dire qu'elle a agi ; mais si, dans aucune d'elles, il n'existe d'autre force que Hashem béni soit-Il, qui pourrait agir à l'encontre de Sa volonté bénie ?

כׇּל־כְּלִי יוּצַר עָלַיִךְ לֹא יִצְלָח וְכׇל־לָשׁוֹן תָּקוּם־אִתָּךְ לַמִּשְׁפָּט תַּרְשִׁיעִי זֹאת נַחֲלַת עַבְדֵי יְהֹוָה וְצִדְקָתָם מֵאִתִּי נְאֻם־יְהֹוָה׃ - Toute arme forgée contre toi sera sans effet, et toute langue qui s'élèvera en justice contre toi, tu la condamneras ; tel est l'héritage des serviteurs de Hashem, et leur justice vient de Moi, parole de Hashem.

Puisque toutes les forces proviennent de Sa puissance bénie, il s'ensuit que « toute arme forgée contre toi sera sans effet ». Rachi explique que « kéli » désigne une arme de guerre, que l'on affûte et aiguise pour combattre contre toi ; et « youtsar » vient de la racine de « 'harvot tsourim » (épées de silex/aiguisées) et de « af tachiv tsour 'harbo », car on affûte l'épée. Le Radak, quant à lui, explique « youtsar » au sens de fabrication. Ainsi, toute arme fabriquée et aiguisée pour frapper le peuple d'Israël ne profitera point à son détenteur et ne te nuira pas. « Et toute langue qui s'élèvera en justice contre toi, tu la condamneras » - si quelqu'un cherche à l'emporter sur toi dans un débat ou un jugement, toi, l'assemblée d'Israël, tu le condamneras et le confondras. C'est-à-dire, explique le Malbim : qu'il s'agisse de celui qui veut nous détourner de notre foi par l'épée et d'une main forte, ou de celui qui tente de nous détourner par des controverses et des arguments - dans les deux cas, le prophète promet qu'il n'y parviendra pas. « Tel est l'héritage des serviteurs de Hashem, et leur justice vient de Moi » - c'est la récompense qu'ils recevront parce qu'ils sont les serviteurs de Hashem et en raison de leur justice, de leurs mitsvot et de leurs bonnes actions.

L'Épître au Yémen : les deux manières de combattre la Torah

Le Rambam commente ce verset dans son Épître au Yémen (Igueret Teïman). À son époque, de nombreux Juifs subissaient les persécutions des nations qui les contraignaient à abjurer leur foi, et certains donnaient leur vie même pour des préceptes n'exigeant pas le martyre absolu ; c'est pour les fortifier que le Rambam leur adressa cette lettre. Il écrit ainsi : « Et parce que le Créateur nous a distingués par Ses commandements et Ses statuts, et que notre supériorité sur les autres s'est manifestée à travers Ses principes généraux et Ses lois » - cette élévation qui nous vient de la droiture des jugements divins, comme il est dit : « Car quelle est la grande nation qui ait des statuts et des ordonnances aussi justes ? » - « toutes les nations ont conçu à notre égard une immense jalousie pour notre religion ». Toutes les persécutions infligées par les nations à Israël ne découlent que de cette jalousie, car la religion de vérité repose entre nos mains. « Et leurs rois ont exercé des pressions à cause d'elle, attisant contre nous la haine et l'inimitié, car leur véritable désir est de combattre Hashem et de Lui chercher querelle ; mais Il est Dieu, et qui pourrait Lui faire la guerre ? »

Le Rambam poursuit : « Et il n'y a pas eu d'époque, depuis le don de la Torah jusqu'à nos jours, où il ne se soit levé un monarque puissant, contraignant, conquérant ou violent, dont l'intention et le dessein premiers n'aient été de détruire notre Torah et d'abolir notre foi par la contrainte, par la victoire des armes et par l'épée, à l'instar d'Amalek, de Siséra, de Sanhérif, de Nabuchodonosor, de Titus, d'Hadrien et de tant d'autres semblables. Et c'est là le premier des deux mouvements par lesquels ils ont cherché à vaincre la volonté divine ». En d'autres termes : il existe deux mouvements, deux méthodes, par lesquelles les ennemis ont tenté de triompher du vouloir divin. La première consiste à vouloir anéantir notre Torah par l'épée et la contrainte.

« Et le second mouvement est celui des esprits les plus aiguisés des autres empires et des sages des autres peuples, tels les Romains (Édom), les Perses et les Grecs, qui se sont appliqués à renverser notre religion et à abolir notre Torah au moyen d'arguments polémiques et d'objections théologiques rédigées dans leurs écrits ». Les premiers viennent par le glaive - « la loi du Prophète par l'épée », les croisades : convertis-toi ou meurs. Les seconds sont bien plus subtils : ils avancent par des thèses, des preuves et des raisonnements philosophiques, et c'est pourquoi le Rambam mentionne précisément les nations raffinées et cultivées. « Et leur but en tout cela est d'annihiler la Torah et d'en effacer les traces par leurs traités, tout comme les tyrans cherchaient à le faire par leurs guerres » - leur dessein profond est identique.

« Mais ni l'un ni l'autre ne triomphera, car le Saint béni soit-Il nous a annoncé par l'intermédiaire d'Isaïe que tout oppresseur ou conquérant qui projettera de détruire notre Torah et d'abolir notre culte par les armes verra le Créateur briser ses engins de guerre, et il échouera ; et cela s'entend au sens figuré, signifiant que son dessein ne s'accomplira jamais » - cela ne veut pas dire que l'épée matérielle se brisera physiquement, mais qu'il ne remportera pas sa guerre spirituelle. « De même, tout contradicteur qui tentera d'invalider ce que nous possédons se verra débouté dans son argumentation, celle-ci s'effondrera et ne tiendra point debout », car ses propres arguments se retourneront contre lui. Tel est le sens de : « Toute arme forgée contre toi sera sans effet » - pour celui qui vient avec des armes de guerre ; « et toute langue qui s'élèvera en justice contre toi, tu la condamneras » - pour celui qui vient argumenter contre nous, nous le condamnerons et démontrerons la vanité de ses thèses ; « tel est l'héritage des serviteurs de Hashem, et leur justice vient de Moi, parole de Hashem ».

Et de fait, de nombreuses controverses publiques furent imposées au peuple d'Israël à travers les générations, en particulier à l'époque des Rishonim - la disputation de Nahmanide (Ramban), ou encore le Sefer HaVikoua'h qui relate des dizaines de débats face à des prêtres et théologiens, lorsque les souverains convoquaient les sages d'Israël pour qu'ils défendent la vérité de leur foi. Et en fin de compte, tous les contradicteurs furent confondus, sans qu'aucun débat ne vit leur triomphe. La raison en est simple, comme le disait un jour l'un des grands d'Israël : nous sommes peut-être de très mauvais avocats, mais nous avons le meilleur dossier du monde. Lorsqu'un dossier est limpide, étayé de preuves irréfutables, même un piètre avocat l'emporte, car le dossier parle de lui-même. En revanche, lorsque le dossier n'est que mensonge de bout en bout, le plaideur le plus habile ne parviendra jamais à faire illusion indéfiniment.

Et le Rambam ajoute : « Et malgré ces deux desseins, ils ont compris que cet édifice n'est pas aisé à détruire, et pourtant ils se sont ligués pour tenter d'ébranler les fondations d'un édifice ancré dans une assise inébranlable ». C'est-à-dire : ils ont bien constaté leur impuissance face à l'édifice de la Torah et de la foi d'Israël, et malgré cela, de nombreuses nations se sont coalisées pour en abattre les fondements. Or, une fondation posée à même le sol se renverse aisément, mais une fondation scellée dans les profondeurs de la roche, pour laquelle on a creusé des dizaines de mètres dans le sol, nul ne peut la déraciner. « Et par toutes ces entreprises, ils ne font qu'accroître leur peine et leur tourment, tandis que l'édifice demeure inébranlable, et la Vérité se rit d'eux et s'en moque » - le Saint béni soit-Il, qui est la Vérité même, Se rit d'eux et se moque « de ce qu'ils forment, dans la faiblesse de leur esprit, un projet sans aucune portée ». Tel cet oiseau qui prend des grains de sable sur le rivage et les jette dans les flots, et à qui demande ce qu'il fabrique, répond : j'assèche la mer ! Le spectateur s'assoit et sourit : continue donc, j'attends de voir le résultat... « Et c'est à ce sujet que le roi David, que la paix soit sur lui, dit par inspiration prophétique, en voyant leur dessein d'anéantir la religion de vérité et en voyant le Saint béni soit-Il Se rire d'eux : "Rompons leurs liens, rejetons leurs chaînes loin de nous ! Celui qui siège dans les cieux rit, Hashem se moque d'eux". Et nous continuons d'être mis à l'épreuve par ces deux factions, depuis l'époque de notre souveraineté jusqu'à nos jours d'exil » - car Hashem nous éprouve par l'une et l'autre : ceux qui viennent nous convertir par le fer, et ceux qui tentent de nous subjuguer par la rhétorique.

La troisième voie : la voie de la séduction

Mais il existe une troisième voie que le Rambam n'a pas abordée ici, et qui est malheureusement la plus redoutable des trois. Ni la voie du glaive, ni celle du débat et de la dialectique, mais la voie de la séduction et du compromis flatteur. Aujourd'hui, chacun le sait : lorsque l'on veut forcer quelqu'un en lui tordant le bras, il oppose une résistance et l'on échoue ; si l'on tente de le briser, il se raidit avec d'autant plus de force. La méthode consiste alors à l'amadouer et à le séduire - la main que tu ne peux briser, flatte-la et embrasse-la. C'est précisément ce que déclarait Yaakov : « Délivre-moi, de grâce, de la main de mon frère, de la main d'Ésaü ».

Rabbi Finkel disait : ce que Hitler, que son nom et sa mémoire soient effacés, ne nous a pas fait, l'Amérique nous l'a fait - avec la voie dorée qu'elle nous a ouverte, quelle assimilation ! Si l'on fait le compte de combien de Juifs ont été perdus pour le peuple juif, bien plus que ceux disparus pendant la Shoah ont été perdus sans retour. Ceux qui ont péri dans la Shoah sont morts en tant que Juifs, ils sont morts en sanctifiant le Nom divin, et nous n'avons aucune notion de leur immense niveau dans le Ciel ; mais ceux qui se sont perdus dans soixante-dix ou quatre-vingts pour cent d'assimilation, et en France ou dans d'autres pays d'Europe à des taux vertigineux - c'est une Shoah terrible et effroyable, non pas par le glaive, ni par la guerre, ni par l'esprit de conquête, mais par le « viens » : les convoitises, les plaisirs, prends, on t'accueille, on te donne, rattache-toi seulement à nous. « Partons, avançons, et je marcherai à tes côtés », dit Essav, et c'est de cela que Yaakov a le plus peur. C'est pourquoi, lorsqu'on nous dit aujourd'hui de toutes parts « mon frère », ce frère ne sonne pas bien à nos oreilles - nous nous souvenons d'un tel frère dans l'histoire, et cela s'est très mal terminé. « Sauve-moi donc de la main de mon frère ».

Celui qui vient nous détourner de notre foi dit : « Venez, nous allons vous ouvrir des filières adaptées, un service militaire raccourci sur mesure, de la nourriture casher, étudiez seulement un peu le tronc commun, un peu d'études générales, venez, faites un pas vers nous. » Mais cela ne servira à rien. Et quelle bonté le Saint, béni soit-Il, a déployée envers nous en installant au gouvernement des hommes venus pour nous faire la guerre, sans comprendre qu'ils ont provoqué exactement l'effet inverse ! Le plus redoutable pour nous, observants des mitsvot, c'est lorsqu'on nous approche avec des séductions, car il est difficile de résister à la tentation ; mais lorsqu'ils viennent en guerre - « nous allons vous briser, vous enrôler de force, vous mettre dans des camps, vous enfermer et vous infliger des sanctions pénales » - très bien, parlez-nous sur ce ton ! Quand on vient nous combattre, nous sommes forts. La dernière session d'incorporation a été la plus faible de toutes les promotions chez les 'Harédim. Depuis trois mille trois cents ans, nous rions des gens comme vous, et ils ont tous fini dans les poubelles de l'histoire. Quand on vient combattre un homme sur sa religion et sa foi, il se bat ; mais quand on lui dit : « J'ai pour toi un poste à responsabilités, un salaire, une voiture, un téléphone, sois seulement un peu plus souple, arrondis un peu les angles, sans même enlever ta kippa » - c'est là le vrai danger, on peut se laisser séduire. De même à l'époque de Morde'haï : bien qu'ils se soient prosternés devant la statue, lorsque Morde'haï est venu annoncer qu'il s'agissait d'une guerre ouverte, tous se sont levés, ont jeûné et sont revenus vers Hachem, béni soit-Il. Dans la guerre, nous sommes forts ; la séduction est l'épreuve la plus difficile.

Lorsqu'on raconta au 'Hatam Sofer que Napoléon avait accordé l'émancipation et promis l'égalité des droits aux Juifs, une profonde tristesse l'envahit. Il dit : quand on vient attaquer le Juif, il sait se défendre ; quand on vient effacer sa Torah, il sait se protéger et préserver son étude. Mais quand on nous accorde l'égalité des droits, quand on nous ouvre les bras - qui sait où cela mènera ! Et combien il avait raison : deux siècles d'assimilation issue des Lumières sont venus confirmer ses paroles. Telle est notre réalité : savoir ne pas succomber à la tentation, même lorsqu'on promet, qu'on octroie et qu'on attribue des budgets. Comme l'écrit le Rambam, il n'y a pas eu un seul souverain depuis le don de la Torah dont le dessein premier ne fut de contredire notre Torah - qu'il s'agisse de la « foule mêlée » de l'intérieur ou de rois venus de l'extérieur, la tendance reste identique : combattre Hachem et Son messie. Nous traversons une période de rude épreuve, mais la vérité finira par triompher ; on voit déjà l'édifice commencer à s'effriter, et d'ici peu il s'effondrera avec fracas, tandis que la vérité imposera sa voie.

En conclusion :

Le prophète dépeint Jérusalem comme « malheureuse, battue par la tempête, inconsolée » - la terre d'Israël s'est déjà repeuplée et ses enfants y sont revenus, mais Jérusalem demeure désolée et attend sa consolation. En réponse, le Saint, béni soit-Il, promet un édifice bâti d'antimoine et de saphirs, de rubis, d'escarboucles et de pierres précieuses, symbolisant la royauté, la Torah, la prospérité, le service divin et l'union des tribus. Le prophète écarte quatre causes de discorde : la pauvreté - par l'abondance de la bénédiction ; la divergence d'opinions - par « tous tes enfants seront disciples de Hachem » ; et les ennemis extérieurs venus s'en prendre aux biens ou aux vies - par « tu seras affermie par la justice ». Enfin, le texte garantit qu'il n'existe aucune force au monde qui ne provienne de Sa main, béni soit-Il, et c'est pourquoi « toute arme forgée contre toi sera sans effet, et toute langue qui s'élèvera en justice contre toi, tu la condamneras » - ni par le fer, ni par les plaidoyers, ni même par les douces séductions, bien plus pernicieuses encore, ils ne parviendront à déraciner l'édifice de la Torah ancré sur un socle de fidélité. « Tel est l'héritage des serviteurs de Hachem, et leur justice vient de Moi, oracle de Hachem ».