Le chapitre 55 résonne comme un appel solennel. Le Radak explique que ces paroles font référence à l'époque qui suivra la guerre de Gog et Magog, lorsque les nations du monde reconnaîtront elles aussi que le Saint, béni soit-Il, règne sur toute la terre, et sauront que Sa Torah est vérité. Elles monteront alors à Jérusalem pour étudier la Torah de Dieu, comme il est dit au début du livre : « Venez, montons à la montagne de l'Éternel... afin qu'Il nous enseigne Ses voies ». C'est à ces assoiffés de vérité, ainsi qu'au peuple d'Israël lui-même, que le prophète s'adresse dans l'appel qui ouvre ce chapitre.
הוֹי כׇּל־צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם וַאֲשֶׁר אֵין־לוֹ כָּסֶף לְכוּ שִׁבְרוּ וֶאֱכֹלוּ וּלְכוּ שִׁבְרוּ בְּלוֹא־כֶסֶף וּבְלוֹא מְחִיר יַיִן וְחָלָב׃ - Ô vous tous qui avez soif, venez vers l'eau ! Et même celui qui n'a pas d'argent, venez, achetez des vivres et mangez ; venez, achetez sans argent et sans rien payer, du vin et du lait !
Le mot « Hoy » est toujours une interpellation, un appel vibrant, comme dans le verset « Hoy, sauve-toi vers Sion ». Le prophète s'écrie : ô vous qui cherchez désormais à connaître la vraie foi, allez vers l'eau ! Or, l'eau est la métaphore par excellence de la Torah et de la sagesse, car tout comme le monde ne peut subsister sans eau, il ne peut exister sans Torah. C'est ainsi que nos Sages ont commenté les mots « le sixième jour, et furent achevés les cieux » : toute la création du ciel et de la terre était suspendue à ce fameux sixième jour, le 6 Sivan. Si Israël acceptait la Torah, le monde subsisterait ; s'il ne l'acceptait pas, les fondements de la terre s'effondreraient.
Tout comme l'assoiffé aspire à l'eau, l'âme du sage aspire à la Torah et à la sagesse. Son plaisir ne réside pas dans une portion de nourriture supplémentaire ; sa véritable satisfaction, c'est de dire : « j'ai un hidouch pour toi, j'ai une belle pensée, une idée qui vient de germer » - et cela le réjouit bien plus qu'un somptueux festin. Aujourd'hui, nous sommes encore attachés à la matière, mais dans les temps futurs, « ce ne sera pas la faim de pain ni la soif d'eau, mais le besoin d'entendre les paroles de l'Éternel » : l'aspiration sera tout entière tournée vers un enseignement de plus, un nouveau hidouch, une proximité plus grande avec Dieu.
« Et même celui qui n'a pas d'argent » : a priori, pour acquérir de l'eau et du pain, il faut de l'argent. C'est pourquoi le prophète précise que celui qui n'a pas de moyens ne doit rien craindre. Bien plus encore, le « vin et le lait », qui sont des mets bien plus raffinés que l'eau et le pain, lui seront également accordés sans argent et gratuitement. La Torah est comparée au vin : tout comme le vin réjouit le cœur, « les préceptes de l'Éternel sont droits, ils réjouissent le cœur » ; elle est aussi comparée au lait : tout comme le lait assure la subsistance du nourrisson, les paroles de Torah font vivre l'âme, qui ne saurait subsister sans elles. Et l'expression « achetez des vivres et mangez » s'applique à tous ces éléments : à l'eau, au pain, au vin et au lait - tout cela relève d'une véritable nourriture.
Le Malbim explique pourquoi la Torah et les mitsvot sont comparées au pain et à la nourriture : tout comme le corps physique subsiste grâce aux aliments matériels, l'âme a besoin de sa propre nourriture - la Torah, les mitsvot, la foi et le service divin. C'est le sens du verset : « Car ce n'est pas de pain seulement que l'homme vivra, mais de tout ce qui sort de la bouche de l'Éternel ». Et celui qui se prive de cette nourriture spirituelle tombe sous le coup de cette sentence : « les méchants, même de leur vivant, sont appelés morts ».
Pourtant, un tel homme a l'air vivant : que signifie donc cette mort ? Ce n'est qu'un mirage, une illusion. Une marionnette au bout de ses fils semble elle aussi vivante, et pourtant nous savons bien qu'il n'y a en elle aucun souffle. Il en va de même de l'homme impie dépourvu de Torah et de mitsvot : il n'a aucune vitalité véritable. Il paraît vivant, mais attendons l'heure de vérité, l'instant où l'âme se sépare du corps : la marionnette reste dans la tombe, et l'on verra alors s'il reste quelque chose. S'il a accompli des mitsvot, son âme subsiste et il est vivant ; s'il n'a pas accompli de mitsvot, son âme n'a plus d'existence, et il est mort.
Le Malbim fait remarquer que pour la subsistance du corps, il existe des éléments indispensables, des aliments de base sans lesquels la vie est impossible, même pour une courte durée : l'eau et le pain. Privé d'eau et de pain, un homme meurt en quelques jours ; mais s'il ne dispose que d'eau et de pain, il peut vivre soixante-dix ans. En revanche, il existe des aliments excellents et bienfaisants, mais non indispensables : le vin et le lait. Ils sont sains et nourrissants, riches en calcium, en antioxydants et en bienfaits divers, mais on peut parfaitement vivre sans eux. Il s'agit d'un surplus, d'un luxe. De plus, il y a une différence entre ce qui s'obtient gratuitement - car à l'époque, l'eau était gratuite - et le pain, qui exige déjà une dépense financière.
Il en va exactement de même, poursuit le Malbim, dans le domaine des croyances et des actes. Il y a des principes sans lesquels l'âme ne peut absolument pas vivre, et qui correspondent à l'eau : la foi en Dieu, la certitude fondamentale qu'il existe un Créateur ; ainsi que les exigences de la « morale universelle », c'est-à-dire les règles communes à tout ordre juridique - ne pas tuer, ne pas commettre d'adultère, ne pas voler, autant de devoirs que la simple raison humaine impose, même sans la foi en un Dieu suprême ayant révélé une Torah. Telle est l'eau, dont l'homme a besoin à chaque instant : à chaque seconde, il doit être limpide pour nous qu'il est interdit d'assassiner ou de voler, et qu'il y a un Créateur dans ce monde.
Et les éléments comparables au pain sont l'étude de la Torah et les mitsvot constantes : le respect du Chabbat, la pose des téfilines, les trois prières quotidiennes. Le pain est un aliment de tous les jours - on mange deux ou trois fois par jour, et l'on prie deux ou trois fois par jour ; quant à l'étude assidue de la Torah, elle doit s'étendre tout au long de la journée.
Au-delà de cela se trouvent le vin et le lait, qui procurent du plaisir. Ce sont, explique le Malbim, la connaissance des vérités intelligibles, l'approfondissement de la pensée et l'étude en profondeur de la Torah, l'étude du Ma'assé Merkava (les mystères du Char divin), ainsi que les mitsvot relevant de la piété surérogatoire (hassidout). Il y a une base à laquelle chacun est astreint : les téfilines, la prière, le Chabbat - c'est là le pain. Et il y a ceux qui accomplissent des actes d'exception, étudient avec une grande profondeur d'analyse (iyoun), saisissent les notions à leur source et à leur racine selon la sagesse de la vérité (la Kabbala) - et cela correspond au vin et au lait : non pas une subsistance élémentaire, mais un surcroît de délectation.
Pour comprendre le verset suivant, le Malbim rappelle ce que nous avons vu au chapitre 50 : « Pourquoi suis-je venu et n'y a-t-il personne, ai-je appelé et nul ne répond ? », « Le Seigneur D.ieu m'a donné une langue d'initiés », « Qui parmi vous craint l'Éternel ? ». Le prophète appelait le peuple à écouter, mais le peuple n'acceptait pas ses paroles et contestait avec lui. Tout particulièrement d'après ce que nous avons expliqué : écouter la voix du prophète engage, et ils ne voulaient rien qui les engageât, ils refusaient de renoncer à leurs désirs et à leurs plaisirs. En qui croyaient-ils alors ? En les faux prophètes.
Et les faux prophètes, dit le Malbim, leur prophétisaient pour une pièce d'argent. A priori, quel intérêt avait un faux prophète à contredire les paroles du véritable prophète, alors qu'il savait pertinemment qu'il mentait et qu'il en rendrait compte devant le Tribunal divin ? C'est que les faux prophètes étaient les charlatans ou faiseurs de miracles de l'époque : ils recevaient les gens contre rémunération pour leur prédire l'avenir. Et pour asseoir leur renommée, ils ne se contentaient pas de prédictions individuelles, ils émettaient des prophéties à l'échelle de toute la nation. Or, pour gagner en popularité, on n'annonce pas de mauvaises nouvelles - personne n'aime entendre cela. Ils prédisaient constamment des choses réjouissantes : Babel ne viendra pas et ne vous conquerra point. Alors que les vrais prophètes criaient que la destruction était imminente et que telle était la décision divine, eux disaient : ne vous effrayez pas, « l'Éternel a brisé le joug de Babylone ». Tsidkiya ben Kena'ana se fabrique des cornes de fer et proclame : « Avec celles-ci tu frapperas Aram ». Toujours des paroles rassurantes - afin d'endormir le peuple.
Soit dit en passant, c'est aussi la méthode de certains dirigeants de nos jours. Quand on veut rassurer la population, on lui raconte des histoires. Certains produits faisaient monter l'indice des prix ? On les a tout simplement retirés du calcul de l'indice, et celui-ci est resté bas. Le lac de Tibériade s'assèche ? On abaisse la ligne rouge, et voilà qu'il n'y a plus de problème. Les élèves échouent ? On abaisse le niveau d'exigence du baccalauréat. Les candidats au barreau échouent à l'examen ? On retire un chapitre complexe du programme, et Baroukh Hachem, nous voilà avec quantité d'avocats. Des évaluations prouvent que le niveau des jeunes est catastrophique ? Supprimons ces tests standardisés, ainsi personne ne saura qu'il y a un problème et tout le monde restera tranquille. On vend des illusions au peuple. Tel était le faux prophète d'autrefois : on racontait au peuple combien tout allait bien, et si la situation laissait à désirer, on promettait que dans deux ans tout irait pour le mieux. Un faux prophète ne pouvait pas asséner la vérité en face, car le peuple l'aurait rejeté : « J'ai déjà un prophète de vérité, pourquoi aurais-je besoin de toi pour m'annoncer des malheurs ? » C'est pourquoi ils flattaient le peuple, lui tenaient des discours agréables, et le peuple venait acheter leurs services et les rémunérer - pour une pièce d'argent.
לָמָּה תִשְׁקְלוּ־כֶסֶף בְּלוֹא־לֶחֶם וִיגִיעֲכֶם בְּלוֹא לְשׇׂבְעָה שִׁמְעוּ שָׁמוֹעַ אֵלַי וְאִכְלוּ־טוֹב וְתִתְעַנַּג בַּדֶּשֶׁן נַפְשְׁכֶם׃ - Pourquoi dépenseriez-vous de l'argent pour ce qui n'est point du pain, et le fruit de vos labeurs pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi donc, et mangez ce qui est bon, et que votre âme se délecte de mets savoureux !
C'est dans ce contexte que le prophète intervient et déclare : il y a des nourritures dont l'âme a soif comme de l'eau, il en est d'autres qui sont comparables au pain - la Torah et les mitsvot, et il y a aussi le vin et le lait - les vérités profondes de l'esprit et les mitsvot accomplies par piété pure. Tout cela, vous le trouverez auprès de moi sans argent et sans rien payer. Pourquoi donc dépenser de l'argent pour des faux prophètes, pour de vaines illusions, alors que je vous offre la vérité gratuitement ? Et que vous donnent-ils en retour ? Une chose qui n'apporte aucun pain à l'âme, qui ne la nourrit en rien. Bien plus encore : vous leur consacrez tout le fruit de votre labeur, tout ce pour quoi vous avez peiné, et vous recevez quelque chose qui « ne rassasie pas » - non seulement ce n'est pas du pain, mais ce n'est même pas propre à la consommation, au point qu'il est impossible d'en éprouver le moindre début de satiété.
« Écoutez-moi donc » - entendez mon appel : « Holà, vous tous qui avez soif, venez vers l'eau ! », et par là même « mangez ce qui est bon », consommez une nourriture véritable, digne de rassasier. Et pas seulement une nourriture nourrissante comme l'eau et le pain qui constituent le fondement élémentaire, mais aussi « et que votre âme se délecte de mets savoureux » - vous accéderez également à la dimension du vin et du lait. Ce que je vous transmets est la vérité, et je vous la donne gratuitement. À l'image de ce qu'ont enseigné nos Sages : « De même que J'ai enseigné gratuitement, vous aussi enseignez gratuitement », et les Maîtres d'Israël dispensaient la Torah sans salaire. Dès lors, pourquoi payer quand vous n'en tirez aucun profit réel ?
Le Radak rapporte au nom d'Ibn Ezra que le verset « Pourquoi dépenseriez-vous de l'argent pour ce qui n'est point du pain » fait référence aux sagesses profanes et étrangères, vers lesquelles les gens allaient pour acquérir de vaines spéculations. C'est à ce propos que le prophète leur lance : que vous apporteront ces sciences futiles dénuées de toute consistance ? Elles « ne rassasient pas » et ne méritent nullement le nom de pain, car elles ne sont profitables ni pour le corps ni pour l'âme. Mais plutôt « mangez ce qui est bon » - car « c'est un enseignement excellent que Je vous ai donné » ; « et que votre âme se délecte de mets savoureux » - cela s'applique à la vie du Monde futur. Car de même qu'il existe une délectation en ce monde-ci, il existe une délectation pour le Monde futur. D'après l'approche d'Ibn Ezra, la promesse formulée ici concerne donc également la vie du Monde à venir.
הַטּוּ אׇזְנְכֶם וּלְכוּ אֵלַי שִׁמְעוּ וּתְחִי נַפְשְׁכֶם וְאֶכְרְתָה לָכֶם בְּרִית עוֹלָם חַסְדֵי דָוִד הַנֶּאֱמָנִים׃ - Tendez l'oreille et venez à Moi, écoutez et votre âme vivra ; et Je conclurai avec vous une alliance éternelle, gage des grâces fidèles promises à David.
Le prophète leur dit : prêtez l'oreille pour entendre mes paroles, et venez à moi - et par cela, « votre âme vivra », cette âme accablée par la faim et la soif revivra, du fait que vous entendrez les paroles du D.ieu vivant. « Et Je conclurai avec vous une alliance éternelle » - Je vous accorderai des prophéties qui découlent de l'alliance que l'Éternel scelle avec vous à jamais. Et en vertu de quoi ? Non par notre mérite, mais grâce aux « bienfaits assurés promis à David », la bonté qu'Hachem a gardée pour David et ses mérites.
Et pourquoi mentionne-t-on précisément David ici ? Le Radak explique : le chapitre parle de la délivrance, et David désigne le Machia'h, comme il est écrit : « et David, Mon serviteur, sera leur prince à jamais ». Et cette alliance est qualifiée de « fidèles » (ne'emanim) - une alliance durable, fidèle et immuable. De plus, le roi David est aussi celui qui enseignera la Torah à la multitude, comme il est dit au début du livre : « Il sera l'arbitre des nations et le censeur de peuples nombreux » - le Machia'h enseignera la Torah à toutes les nations et jugera entre elles. C'est pourquoi : prêtez l'oreille et venez à moi, écoutez et votre âme vivra, et Je conclurai avec vous une alliance éternelle, les grâces fidèles et véritables de David - et non comme les faux prophètes qui vous promettent des chimères sans consistance.
הֵן עֵד לְאוּמִּים נְתַתִּיו נָגִיד וּמְצַוֵּה לְאֻמִּים׃ - Voici, Je l'ai établi comme témoin pour les peuples, guide et législateur pour les nations.
Rachi commente « témoin pour les peuples » - un chef et un grand au-dessus d'eux, qui les réprimande et témoigne de leurs voies devant eux. Le Radak explique que « témoin » (ed) a ici le sens de mise en garde, comme dans « j'en prends à témoin contre vous aujourd'hui » ou « si son propriétaire en a été averti » (vehou'ad). Cependant, il y a également une notion de témoignage au sens strict, car on ne peut avertir quelqu'un de façon purement informelle et isolée - on ne saurait condamner à la lapidation sur la base d'un avertissement sans témoins, il faut des témoins valables. Il s'avère donc que ces deux aspects sont liés : la mise en garde et la constitution de témoins attestant de cet avertissement. Tel est le sens ici : le Machia'h avertira les peuples, les réprimandera, et sera témoin entre Moi et eux pour tout ce que Je lui ordonne de leur transmettre. « Guide » (naguid) signifie dirigeant, et il sera un législateur pour les peuples, le prince de toutes les nations, qui devront suivre ses directives.
Le Malbim explique qu'il s'agit de David ou du descendant issu de ses reins, celui à propos duquel il a été dit : « les grâces assurées de David ». Deux rôles lui sont dévolus : premièrement, être un témoin qui met en garde les nations afin qu'elles délaissent leur mauvaise voie ; deuxièmement, être « guide et législateur pour les nations » dans les relations entre les peuples, pour instaurer la paix entre eux et régler les différends. Le Malbim ajoute que c'est là toute la différence entre un « témoin » (ed) et un « déposant » (oné) : le témoin est aussi celui qui avertit au préalable, tandis que le terme « oné » - comme dans « tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain » - désigne seulement celui qui dépose devant le tribunal sans avoir nécessairement averti. Ici, le Machia'h sera à la fois un avertisseur et un témoin appelant les nations à embrasser la vraie foi, ainsi qu'un guide et un législateur donnant des ordres auxquels tous obéiront pour faire régner la paix dans le monde.
הֵן גּוֹי לֹא־תֵדַע תִּקְרָא וְגוֹי לֹא־יְדָעוּךָ אֵלֶיךָ יָרוּצוּ לְמַעַן ה' אֱלֹהֶיךָ וְלִקְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל כִּי פֵאֲרָךְ׃ - Voici, tu appelleras une nation que tu ne connais pas, et des peuples qui ne te connaissaient pas accourront vers toi, à cause de l'Éternel, ton D.ieu, et du Saint d'Israël, car Il t'a glorifié.
Le sens littéral du verset selon Rachi : tu appelleras à ton service une nation que tu ne connais pas, et elle viendra te servir et accomplir ta volonté. Le Radak explique que ces paroles s'adressent au peuple d'Israël : « une nation que tu ne connais pas » - un peuple éloigné de la terre d'Israël, tu l'appelleras et il viendra, bien que jusqu'à présent tu ne le connaissais pas et qu'il ne te connaissait pas non plus. Cela se produira lorsqu'ils entendront les merveilles que le Saint, béni soit-Il, a accomplies pour nous : ils nous respecteront avec crainte et accourront pour se mettre à notre service. Et qui nous accorde cela ? « Et pour le Saint d'Israël, car Il t'a glorifié » - le Saint, béni soit-Il, qui nous a parés des miracles et des prodiges de la délivrance future, au point que même ceux que nous ne connaissions pas et qui ne nous connaissaient pas supplieront de venir nous servir, parce que le Saint, béni soit-Il, aura magnifié la grandeur d'Israël.
Le Malbim explique que ce verset est structuré en parallèle avec le verset précédent. En écho à « Je l'ai établi comme témoin pour les peuples », où le Machia'h avertit les nations d'adopter la vraie foi, il est dit : « Voici, tu appelleras une nation que tu ne connais pas » - tu inviteras une nation que tu ne connaissais pas jusqu'alors à venir embrasser la foi véritable. Et en écho à « guide et législateur pour les nations », où il édicte des lois concernant les relations entre les nations et leur ordonne de faire régner la paix, il est dit : « et des peuples qui ne te connaissaient pas accourront vers toi » - une nation qui ne te connaissait pas s'empressera de se soumettre à tes directives et d'exécuter tes ordres. Même s'il n'est pas d'usage dans le monde de recevoir des ordres d'un inconnu ou de quelqu'un que l'on ne tient pas pour grand, le peuple d'Israël sera si élevé et le Machia'h si grandiose que même une nation étrangère à notre égard accourra pour se conformer aux paroles du roi Machia'h.
Le Malbim ajoute que les hémistiches du verset fonctionnent en parallélisme croisé - selon la règle déjà évoquée : lorsque le verset comporte quatre volets, le premier correspond au troisième et le second au quatrième. « Voici, tu appelleras une nation que tu ne connais pas » - dans quel but ? « Pour l'amour de l'Éternel, ton D.ieu », afin de la rapprocher de la foi en Hachem. « Et des peuples qui ne te connaissaient pas accourront vers toi » - pour quelle raison ? « Et pour le Saint d'Israël, car Il t'a glorifié », en raison de la force et de la prééminence d'Israël, que le Saint, béni soit-Il, aura magnifié au point que tous se plieront à notre autorité et aux décrets du roi Machia'h. De plus, souligne le Malbim, le Saint, béni soit-Il, est toujours désigné comme « Saint d'Israël » en référence à la sainteté d'Israël : Il est notre D.ieu en vertu de notre sainteté et de notre élévation spirituelle.
דִּרְשׁוּ ה' בְּהִמָּצְאוֹ קְרָאֻהוּ בִּהְיוֹתוֹ קָרוֹב׃ - Cherchez l'Éternel tant qu'Il se trouve, invoquez-Le lorsqu'Il est proche.
Ce verset soulève une grande difficulté : que signifie « tant qu'Il se trouve » ? Y a-t-il un moment où Hachem ne se trouve pas ? Et que signifie « lorsqu'Il est proche » - y a-t-il un temps où le Saint, béni soit-Il, est distant et un autre où Il est proche ? Rachi l'explique ainsi : « Cherchez l'Éternel tant qu'Il se trouve » - avant le décret du jugement. Avant que le décret ne soit prononcé, D.ieu dit : cherchez-Moi ; car une fois le décret scellé, tu auras beau crier, rien n'y fera, car Il ne sera plus disposé à accueillir ta prière. C'est pourquoi : cherchez l'Éternel lorsqu'Il se laisse trouver, tant qu'Il est encore accessible pour vous.
Le Radak explique au nom de son père : « Cherchez Hachem là où Il Se trouve » - cherchez-Le d'une manière telle qu'Il Se laisse trouver par vous. C'est-à-dire que le sens n'est pas qu'Hachem Se trouve parfois présent et parfois non, à Dieu ne plaise ; Hachem est toujours présent, mais il faut Le chercher de telle sorte qu'Il Se révèle à vous. C'est comparable à un homme qui dit : « Je lui ai demandé et il ne m'a rien donné », tandis que son compagnon dit : « Je lui ai demandé et il m'a donné ». Comment as-tu demandé ? « Je lui ai dit qu'il était obligé de me donner » - assurément, il refusera. Et le second : « Je l'ai supplié » - et voilà, il a donné. Il a demandé d'une manière qui incite à donner. Il en va de même pour « invoquez-Le lorsqu'Il est proche » - de manière à ce qu'Il soit proche. Et de quelle manière ? En Le cherchant de tout son cœur. Comme nous concluons le jeûne de Yom Kippour : « Je T'ai appelé de tout mon cœur, réponds-moi, Hachem, je garderai Tes statuts ». Cherchez Hachem de tout votre cœur, et alors Il Se laissera trouver et Se tiendra proche de vous, comme il est écrit : « Hachem est proche de tous ceux qui L'invoquent, de tous ceux qui L'invoquent en vérité ».
Le Gaon de Vilna relève ici un point remarquable auquel beaucoup ne prêtent pas attention. Le verset « Hachem est proche de tous ceux qui L'invoquent » figure dans la prière d'Achré (« Achré Yochvé Vétekha »), et tous les versets d'Achré sont divisés en deux parties reliées par la conjonction « et » (la lettre Vav) au milieu : « Chaque jour je Te bénirai, et je louerai Ton nom à jamais », « Grand est Hachem et infiniment loué, et Sa grandeur est insondable », et ainsi de suite - à l'exception d'un seul verset : « Hachem est proche de tous ceux qui L'invoquent, de tous ceux qui L'invoquent en vérité ». Pourquoi n'est-il pas dit : « et de tous ceux qui L'invoquent en vérité » ? C'est que dans tous les autres versets, il s'agit de deux propositions distinctes : chaque jour je Te bénirai, et en outre je louerai Ton nom à jamais ; grand est Hachem et très digne de louange, et en outre Sa grandeur n'a pas de fin. Mais ici, on ne saurait dire qu'Hachem est proche de tous ceux qui L'invoquent, et qu'en plus Il est proche de ceux qui L'invoquent en vérité. Il s'agit ici d'une condition, c'est pourquoi il n'y a pas de « et » : « Hachem est proche de tous ceux qui L'invoquent » - et qui sont-ils ? « Tous ceux qui L'invoquent en vérité ».
On rapporte au nom du Gaon de Vilna qu'il dit à Rabbi 'Haïm de Volojine : il n'est pas écrit ici « Eliyahou » ni « 'Haïm » - ni Eliyahou de Vilna, ni 'Haïm de Volojine - mais « à tous ceux qui L'invoquent en vérité ». Quiconque L'invoque sincèrement, le Saint, béni soit-Il, est proche de lui. Et c'est précisément le sens de « invoquez-Le lorsqu'Il est proche » selon l'explication du père du Radak : invoquez-Le de manière à ce qu'Il soit proche de vous. Et de quelle façon ? En L'invoquant en vérité, du fond du cœur - alors, le Saint, béni soit-Il, Se tient proche de vous et exauce toute votre prière.
Le Targoum Yonatan explique : « Recherchez la crainte d'Hachem tant que vous êtes vivants, priez devant Lui tant que vous existez » - cherchez Hachem tant que vous êtes en vie, invoquez-Le tant que vous existez. Le Radak précise : fais téchouva de ton vivant, car c'est alors qu'Hachem est proche de toi et accessible pour toi. En effet, après le décès, « il n'y a ni œuvre, ni compte, ni connaissance, ni sagesse dans le Chéol où tu vas » - tout le pouvoir d'agir, de prier et de transformer la réalité n'appartient qu'au vivant.
Il y a cependant ici une nuance essentielle. On aurait pu commettre l'erreur de croire que le terme « lorsqu'Il Se trouve » se rapporte à l'homme : cherchez Hachem tant que vous vous trouvez dans ce monde, et de même pour « lorsqu'Il est proche » : tant que l'homme existe. Mais le Radak souligne que tel n'est pas le sens littéral, car le texte parle d'Hachem : « Cherchez Hachem », et « lorsqu'Il Se trouve » est formulé à la troisième personne. Or, la règle grammaticale veut qu'un pronom à la troisième personne renvoie au sujet mentionné immédiatement auparavant. Si l'on dit : « Il prendra, il apportera », celui qui arrive en cours de conversation ignore de qui il s'agit, mais celui qui a entendu juste avant qu'on parlait de Réouven comprend que tous ces pronoms renvoient à Réouven. Ici, le sujet explicite est le Saint, béni soit-Il, et « lorsqu'Il Se trouve » désigne donc la présence d'Hachem. Mais comment cela se peut-il, puisqu'Hachem est toujours présent ? C'est qu'Hachem Se trouve et Se tient proche de vous tant que vous vivez ; une fois que l'on n'est plus de ce monde, il devient impossible d'accomplir des mitsvot et de se rapprocher. La mort est un instantané : le degré de proximité avec Hachem atteint de son vivant demeure figé après la mort.
Le Metsoudat David explique « lorsqu'Il Se trouve » : tant que vous n'avez pas encore été exilés de votre terre, que la Chékhina réside parmi vous et que le Beth Hamikdach subsiste. Car par la suite, la Présence divine s'est déplacée d'un lieu à un autre, passant sur le chérubin puis vers le sanctuaire, jusqu'à ce que la Chékhina parte en exil, et il sera alors trop tard. Cherchez Hachem avant le départ de la Chékhina et avant votre propre exil, tant que le Saint, béni soit-Il, Se tient manifestement avec nous. De nos jours, Il est certes avec nous, mais sous le voile de la dissimulation ; à cette époque, on pouvait Le chercher alors qu'Il était présent de manière manifeste, ce qui aurait permis d'éviter l'exil.
Le Malbim rattache ce verset à l'ensemble du passage précédent : toute cette délivrance - le Machia'h qui sera un témoin pour les peuples, un guide et un législateur, « tu appelleras une nation que tu ne connaissais pas », « des nations qui ne te connaissaient pas courront vers toi » - dépend entièrement du fait que vous changiez vos actes et que vous recherchiez Hachem, béni soit-Il, par la téchouva et les bonnes actions. Cela comporte deux étapes. D'abord, « cherchez » : il faut veiller à ne pas abandonner le Saint, béni soit-Il, afin qu'Il ne nous délaisse pas non plus. Et comment ? En s'éloignant de la faute. Lorsqu'on s'écarte du péché, le Saint, béni soit-Il, réside avec nous en permanence - et c'est là « cherchez Hachem là où Il Se trouve », tant qu'Il est avec nous et devant nous.
Mais même si l'on a déjà fauté et qu'Il S'est pour ainsi dire éloigné - observez bien l'avertissement du Malbim - prenez garde à ce qu'Il ne s'éloigne pas davantage ; c'est pourquoi il est dit : « invoquez-Le lorsqu'Il est proche ». C'est comparable à un homme recevant chez lui un ami qui, pris de colère, se lève et claque la porte. Si l'on court immédiatement après lui pour le rattraper et lui demander pardon, on le rejoindra et on le fera revenir. Mais s'il est déjà parti et a pris le train, le faire revenir deviendra bien plus difficile. C'est pourquoi, dans un premier temps, cherchez Hachem là où Il Se trouve, tant qu'Il est encore chez vous, et veillez à ne pas L'éloigner par vos fautes ; et si, à Dieu ne plaise, Il S'est déjà éloigné, invoquez-Le sur-le-champ, lorsqu'Il est encore proche : dès qu'une faute a été commise, il faut immédiatement faire téchouva.
Comme nous l'avons mentionné au nom du saint Ari, si un homme commet une faute, il doit faire téchouva le jour même. Et pourquoi précisément le jour même ? Parce que chaque jour est confié à des anges préposés différents, et une fois que la faute s'est incrustée, il devient bien plus difficile de l'effacer. C'est pourquoi l'Ari affirme que si un homme subit une pollution nocturne, il doit s'immerger au mikvé et faire téchouva le jour même, et ainsi la faute s'efface aisément. Mais s'il remet à plus tard en disant : « De toute façon, j'irai au mikvé Chabbat », ou « Une fête approche bientôt, je m'immergerai à ce moment-là », il sera déjà trop tard et il deviendra très difficile d'en effacer l'empreinte. C'est pourquoi, même si l'on a trébuché, il faut invoquer le Saint, béni soit-Il, pour Le faire revenir tant qu'Il est encore proche, avant qu'Il n'ait eu le temps de S'éloigner, sans attendre le lendemain.
Le prophète appelle quiconque a soif à se diriger vers l'eau - vers la Torah, nourriture de l'âme, sans laquelle les impies sont appelés morts même de leur vivant. Le service divin comporte des degrés comparables à ceux de l'alimentation : l'eau représente la foi et l'éloignement des transgressions graves, qui sont un besoin de chaque instant ; le pain correspond à l'étude de la Torah et aux mitsvot quotidiennes et constantes ; le vin et le lait figurent la profondeur de l'étude analytique et les mitsvot accomplies avec ferveur et piété (hassidout), qui apportent un surcroît de délectation. Tout cela est offert gratuitement, alors que le peuple dépensait ses forces pour de faux prophètes qui ne lui vendaient que des illusions. Quiconque prête l'oreille et écoute verra son âme revivre, et une alliance éternelle sera conclue avec lui grâce aux bontés fidèles promises à David ; le Roi Machia'h servira de témoin, d'avertisseur, de guide et de législateur pour les nations, au point que des peuples qui ne nous connaissaient pas accourront vers nous pour l'honneur d'Hachem et du Saint d'Israël, car Il nous aura glorifiés. En fin de compte, tout dépend de nous : « Cherchez Hachem là où Il Se trouve, invoquez-Le lorsqu'Il est proche » - cherchez-Le d'une manière qui Le rende accessible, de tout votre cœur et en vérité, tant que vous êtes en vie, et veillez à ne pas L'éloigner ; et si vous avez trébuché, revenez sur-le-champ, tant qu'Il est encore proche.