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Chapitre 3 - Le retrait de tout appui de Jérusalem - 2e partie

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Le troisième chapitre d'Isaïe offre une description saisissante d'un processus de décomposition : le retrait de tout appui à Jérusalem et en Judée, l'effondrement des dirigeants et une déchéance morale menant inéluctablement à la ruine. Dans cette partie, nous entrons au cœur de cette dynamique : que se passe-t-il lorsque plus personne ne veut gouverner, quelle est la racine de cette dégradation, quelle est réellement la rétribution du juste et la punition de l'impie, pour aboutir enfin au long reproche adressé aux filles de Sion, à leurs parures et à leurs séductions. Nous suivrons l'ordre des versets à la lumière des explications du Malbim, enrichies des commentaires de Rachi, du Radak et de nos Sages.

Tu as un manteau, sois notre chef

כִּי־יִתְפֹּשׂ אִישׁ בְּאָחִיו בֵּית אָבִיו שִׂמְלָה לְכָה קָצִין תִּהְיֶה־לָּנוּ וְהַמַּכְשֵׁלָה הַזֹּאת תַּחַת יָדֶךָ׃ (ו) - Lorsqu'un homme saisira son frère dans la maison de son père, en disant : Tu as un manteau, deviens notre chef, et que cette ruine soit sous ton autorité ! (6)

Le Malbim explique : jadis, chacun courait après le pouvoir. Tout le monde voulait diriger, devenir chef, car c'était un honneur pour soi-même et pour toute sa famille. À présent, la situation est totalement inversée : un homme vient saisir son frère ou un membre de sa famille paternelle et lui dit : « Tu as un manteau » - tu portes des vêtements honorables, tu es digne de nous commander, et cela fera honneur à toi ainsi qu'à ta famille. Non seulement cela, mais « que cette ruine soit sous ta main » - toute cette insolence de la jeunesse, ce que nous avons lu : « Le jeune homme bravera le vieillard », c'est à toi d'y remédier. Tu as le pouvoir de changer les choses. Par conséquent, si tu ne répares pas la situation, la faute retombera sur toi.

Toutefois, le Malbim remarque qu'il y a là aussi une nuance d'ironie : regardez quel genre de dirigeant règnera en ces jours-là ! Le déclin sera si profond qu'il suffira à quelqu'un d'avoir un beau manteau pour être jugé apte à gouverner. On ne cherchera plus le fond, on ne cherchera plus l'intériorité. Il s'exprime avec aisance, il s'habille avec goût, il passe bien à l'image - c'est tout ce qu'il faut, mettons-le à la tête. « Tu as un manteau » : la simple possession d'un bel habit suffit à en faire un notable digne de conduire le peuple. Cela illustre bien la décadence : il n'y aura plus d'hommes de valeur et de substance, et seuls des êtres médiocres émergeront, dont le seul et unique mérite réside dans leurs vêtements.

Un adage plein de sagesse affirme : lorsque de petits hommes projettent de grandes ombres, c'est le signe que le soleil se couche. Au crépuscule, les plus petites choses paraissent démesurées. Quand on voit tout à coup un homme médiocre projeter une ombre immense, cela témoigne d'un déclin général, d'une situation dramatique à tous égards.

Rachi rapporte les propos de nos Sages selon une autre explication : « Tu as un manteau » - tu es riche en Torah, et elle est aussi claire et limpide à tes yeux qu'un manteau déployé, tu la maîtrises parfaitement. C'est pourquoi « sois notre chef » : viens nous enseigner. « Et que cette ruine soit sous ta main » - nos faux pas en matière de permis et d'interdit, d'impureté et de pureté, dépendent de toi. Si tu ne nous enseignes pas et ne nous guides pas, nous agirons forcément de travers.

Une autre explication aborde le domaine matériel : « Tu as un manteau » - tu possèdes des richesses et tu as la capacité d'habiller les pauvres qui vont nus tant leur misère est grande. « Et cette ruine » - le fait que des gens meurent de faim et n'aient rien à manger, sera « sous ta main », car tu as le pouvoir de les rassasier et de subvenir à leurs besoins. C'est pourquoi deviens notre chef.

La réponse : « Je ne serai pas chef »

יִשָּׂא בַיּוֹם הַהוּא לֵאמֹר לֹא־אֶהְיֶה חֹבֵשׁ וּבְבֵיתִי אֵין לֶחֶם וְאֵין שִׂמְלָה לֹא תְשִׂימֻנִי קְצִין עָם׃ (ז) - Il protestera ce jour-là en disant : Je ne serai point chef, et dans ma maison il n'y a ni pain ni vêtement ; ne m'établissez pas guide du peuple ! (7)

« Yissa » (il protestera) : Rachi précise que ce terme exprime ici un serment. Il leur jure qu'il n'acceptera pas cette charge. Selon l'explication spirituelle mentionnée plus haut : « Je ne serai pas chovesh » signifie : je ne fais même pas partie des habitués assidus (les « 'hovchei ») de la maison d'étude. « Et dans ma maison il n'y a ni pain ni vêtement » : je ne possède ni la saveur de la Mishna ni celle de la Aggada. En d'autres termes : vous croyez que je sais quelque chose ? En vérité, je ne possède rien. C'est une déchéance au sein même de la déchéance : on le prend pour un érudit, et il répond qu'il n'a absolument rien à leur offrir.

Et selon le sens littéral, Rachi explique : un « chovesh » est un juge, du terme « ma'hbosh », la prison. Le magistrat détient l'autorité d'incarcérer les coupables, et il leur déclare : je ne serai pas un dirigeant qui emprisonne autrui.

Le Malbim poursuit dans cette voie : autrefois, c'était un grand honneur d'être dirigeant, mais dans cette génération, on en arrivera à une situation où ce sera une bassesse. C'est pourquoi il leur répondra : je ne serai même pas un « panseur » (hovesh). Aux époques anciennes, celui qu'on honorait d'une charge d'autorité en tirait gloire et splendeur, car les effrontés étaient rares. Mais à présent, il dit : je ne serai pas un chef, mais tout au plus un gardien, un geôlier qui enferme en prison - car les audacieux et les transgresseurs se sont multipliés, comment donc pourrais-je diriger ? Et il ajoute : même geôlier je ne pourrai pas l'être, car si je dois me consacrer à réparer cette ruine et à mettre sous les verrous les criminels, les rebelles et les insolents, je devrai abandonner toutes mes affaires, et de quoi vivrai-je ? C'est le sens de « et dans ma maison il n'y a ni pain ni vêtement » - je serais contraint de perdre mes biens et de délaisser mes occupations pour redresser la situation du peuple. C'est pourquoi : « ne m'établissez pas chef du peuple ».

La racine de la chute : l'hypocrisie

כִּי כָשְׁלָה יְרוּשָׁלַ͏ִם וִיהוּדָה נָפָל כִּי־לְשׁוֹנָם וּמַעַלְלֵיהֶם אֶל־יְהֹוָה לַמְרוֹת עֵנֵי כְבוֹדוֹ׃ (ח) - Car Jérusalem a trébuché et Juda est tombé, car leur langue et leurs actes sont tournés contre l'Éternel, pour braver le regard de Sa gloire.

Jérusalem est la capitale royale, et lorsque la capitale trébuche, Juda tout entier, gouverné par elle, s'effondre de lui-même. Quand le dirigeant tombe, ceux qu'il dirige tombent également. Et quelle en est la raison ? « Car leur langue et leurs actes sont tournés contre l'Éternel ». Le Malbim explique qu'ils étaient hypocrites à deux égards : tant dans les devoirs envers le Ciel (bein adam la-Makom) que dans les relations envers le prochain (bein adam le-havero). Dans les mitsvot envers le Ciel, ils se faisaient passer pour des Justes alors qu'ils ne l'étaient pas : ils revêtaient un manteau de poils pour tromper, se montrant sous les traits d'un tsadik et d'un homme pieux, une sorte de faiseur de miracles, afin d'attirer les gens à leur suite. Par ses paroles et ses actes, un tel homme proclame que toute sa volonté n'est vouée qu'au service divin et que seule la volonté d'Hachem est devant ses yeux. Mais à quoi cela sert-il lorsqu'il défie le regard de la providence divine, comme si D.ieu ne voyait rien ? D.ieu ne voit-Il pas ce que tu racontes, et ne connaît-Il pas les secrets de ton cœur ?

הַכָּרַת פְּנֵיהֶם עָנְתָה בָּם וְחַטָּאתָם כִּסְדֹם הִגִּידוּ לֹא כִחֵדוּ אוֹי לְנַפְשָׁם כִּי־גָמְלוּ לָהֶם רָעָה׃ (ט) - L'expression de leur visage témoigne contre eux, et leur faute, comme Sodome, ils l'affichent sans la cacher. Malheur à leur âme, car ils se sont préparé du malheur !

Autre élément : on ne peut pas non plus tromper les hommes bien longtemps. L'hypocrisie et la flatterie, souligne le Malbim, se lisent sur le visage, et le visage témoigne de ce qui réside au fond du cœur. Il se voit sur les traits qui craint véritablement D.ieu et qui est un imposteur et un hypocrite. Tu t'imagines ne tromper qu'Hachem ? Même les hommes, tu ne parviens pas à les tromper.

Et troisième point : même si quelqu'un commet ses péchés envers le Ciel en cachette, « leur faute est comme Sodome » : les fautes envers le prochain sont des faits publics. Lorsqu'on spolie, qu'on nie la vérité ou qu'on vole, il est impossible de le faire en secret. On peut feindre d'être un tsadik et un homme pieux tout en ayant un cœur impie, mais on ne saurait dissimuler les torts causés à autrui. « Ils l'affichent sans la cacher » - ces transgressions dévoilent et proclament pour ainsi dire aux yeux de tous la perversité de ces dirigeants, comme s'ils agissaient ouvertement. Qui se méprendrait au point de te croire vertueux ? Et même si tu pensais pouvoir duper tout le monde, sache que tu ne fais que te nuire à toi-même - comme l'expliqueront les versets suivants.

Quant à l'expression « aneta bam » (témoigne contre eux) : le Malbim précise que la racine « 'anoh » apparaît sous plusieurs formes aux sens totalement différents. « La'anot et » signifie répondre à une question (« je lui ai répondu sur ce qu'il demandait »). « La'anot le- », comme dans « ve'anita ve'amarta », exprime une élévation de la voix. « La'anot be- » désigne l'affliction (inui), mais aussi le témoignage, comme dans « Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain » (lo ta'aneh vere'akha ed shaker). Or ici, « l'expression de leur visage témoigne contre eux » avec la préposition beit relève du témoignage : les traits mêmes du visage attestent déjà que cet homme est impie et imposteur, et que toute son attitude n'est que pure façade.

La droiture est un bien en soi

אִמְרוּ צַדִּיק כִּי־טוֹב כִּי־פְרִי מַעַלְלֵיהֶם יֹאכֵלוּ׃ (י) - Dites au juste que c'est un bien, car ils se nourriront du fruit de leurs actes.

Il arrive que l'on accomplisse une action juste et bonne par intérêt extérieur : pour être honoré, pour obtenir une récompense ou pour se voir confier un poste. On agit alors avec droiture non pas pour la droiture elle-même, mais par opportunisme. C'est à ce sujet que le prophète déclare : dites au tsadik que la droiture est un bien en soi, et non un simple instrument pour obtenir autre chose. C'est comparable à un homme qui plante un arbre : que recherche-t-il à travers cette plantation ? Des fruits. Il ne plante pas un arbre fruitier pour acquérir, grâce à ces fruits, une troisième chose. L'utilité de l'arbre réside dans ce qu'il produit en lui-même. De même, la valeur de la droiture réside dans le fait même que justice soit faite. « Car ils mangeront le fruit de leurs actes » - la droiture en elle-même constitue déjà le résultat attendu, elle est le fruit. N'y cherche aucun profit accessoire.

Malheur au méchant, mal à lui : le salaire de ses mains

אוֹי לְרָשָׁע רָע כִּי־גְמוּל יָדָיו יֵעָשֶׂה לּוֹ׃ (יא) - Malheur au méchant : le malheur l'attend, car le salaire de ses mains lui sera rendu !

Bien souvent, le méchant commet un acte en pensant qu'aucun dommage n'en résultera. Le prophète lui dit : tu te trompes. La méchanceté en elle-même constitue le mal. Le simple fait d'accomplir ce qui n'est pas bien est déjà, en soi, une mauvaise chose. C'est le sens de « Malheur au méchant, malheur à lui » : la pire des choses, c'est la méchanceté elle-même. Ne dis pas : « Au bout du compte, personne n'a été lésé, quel mal cela a-t-il fait ? » ; la faute elle-même, la corruption même de l'acte, est le véritable mal. C'est ce qui est dit : « Car c'est une chose mauvaise et amère d'abandonner l'Éternel ton D.ieu ».

Quelle est la récompense du juste ? Le simple fait que la justice existe dans le monde. Et quel est le mal causé par la méchanceté ? Le simple fait que le mal existe dans le monde : c'est la chose la plus terrible, sans même qu'on ait besoin de te dire qu'il y a un châtiment et que tu devras payer un prix.

Et au fond des choses, explique le Malbim : lorsqu'un homme commet une faute, il ne subit pas une punition extérieure, mais « le salaire de ses mains lui sera rendu ». Parabole : si vous avez roulé à une vitesse excessive, qu'un policier vous a arrêté et que vous avez reçu une contravention, la punition est extérieure à l'acte ; le dommage subi n'est pas intrinsèquement lié à l'action. En revanche, si, à D.ieu ne plaise, quelqu'un roule à une vitesse excessive, ne parvient pas à freiner à temps, a un accident et se blesse grièvement, la punition est-elle extérieure à la faute ? C'est exactement « le salaire de ses mains lui sera rendu » : on récolte ce que l'on a semé. Il n'y a personne venu de l'extérieur pour punir, ce n'est pas un policier qui dresse un procès-verbal, ni un fonctionnaire céleste qui consulte un registre pour infliger une amende. C'est l'homme lui-même qui se cause du tort.

Car en vérité, lorsqu'un homme commet le mal, il crée un ange destructeur, et ce destructeur a besoin de subsistance pour vivre. Que fait le Saint, béni soit-Il ? Il lui dit : « Voici ton dû : cet homme t'a créé, va vers lui pour qu'il te nourrisse. » Et comment ce destructeur se nourrit-il de l'homme et puise-t-il sa force en lui ? En le tourmentant. Il s'avère donc que celui qui nuit à l'homme n'est autre que l'homme lui-même, par l'œuvre de ses propres mains. C'est ce que dit le prophète : « Ta propre méchanceté te châtiera » - ce n'est pas une punition distincte. De même : « La folie de l'homme pervertit sa voie, et c'est contre l'Éternel que son cœur s'irrite » : la sottise de l'homme le pousse à dévier de son chemin, puis il subit des revers. Il emprunte une route semée d'embûches, tombe dans des fosses, et s'écrie ensuite : « Maître du monde, pourquoi m'as-Tu fait tomber ? » Pourtant, des panneaux avaient été disposés : la route goudronnée est ici, et là-bas se trouve un chemin rocailleux et périlleux, mais tu t'es obstiné à t'y aventurer !

C'est pourquoi il est dit précisément : « Malheur au méchant, malheur à lui ». Quel est le pire des malheurs ? C'est lorsqu'on se cause du tort à soi-même. Quand quelqu'un d'autre nous fait du tort, on peut s'en prendre à lui sans ressentir de culpabilité intérieure. On rapporte le cas d'un homme, que D.ieu préserve, grand fumeur, qui tomba malade et s'éteignit. Il avait prononcé une parole qui résume exactement ce point : « Ce qui me réconforte, c'est que je n'ai pas contracté un cancer du poumon, mais un autre cancer. » Pourquoi cela le réconfortait-il ? Parce que la chose la plus difficile à supporter pour un être humain est de se dire : « Quel insensé j'ai été, je me suis détruit moi-même ! » Il disait : cela n'a pas de lien direct, même une personne en bonne santé qui ne fume pas peut développer une leucémie ou d'autres maladies. Cet homme était sur le point de mourir, et ce qui l'apaisait, c'était de savoir qu'il ne s'était pas causé ce tort à lui-même. C'est là le sens de « Malheur au méchant, malheur à lui » : le plus grand malheur est que le méchant se détruit lui-même, car le salaire de ses mains lui est rendu, et cela constitue la plus grande des désolations.

L'enseignement de nos Sages : un juste bon et un méchant mauvais

Nos Sages enseignent : « Dites du juste qu'il est bon » - existerait-il donc un juste bon et un juste qui ne l'est pas ? En réalité, celui qui est bon envers le Ciel et bon envers les créatures, c'est un « juste bon » ; c'est à son sujet qu'il est dit : « Car ils mangeront le fruit de leurs actions », ce qui signifie qu'il jouit des fruits dans ce monde-ci, tandis que le capital lui reste préservé pour le monde futur. En revanche, celui qui est bon envers le Ciel mais n'est pas bon envers les créatures - qui ne s'entend pas avec autrui - est un juste qui n'est pas bon. De même pour : « Malheur au méchant, malheur à lui » - y a-t-il donc un méchant mauvais et un méchant qui ne l'est pas ? En vérité, celui qui est mauvais envers le Ciel et mauvais envers les créatures, c'est un méchant foncièrement mauvais ; celui qui est mauvais envers le Ciel mais n'est pas mauvais envers les créatures, c'est un méchant qui n'est pas mauvais. Et quant au méchant mauvais, le salaire de ses mains lui sera rendu dans ce monde-ci.

Nos Sages ont également dit : le mérite possède un capital et produit des fruits. Lorsqu'un homme accomplit une mitsva, il possède un capital et engrange aussi des dividendes, comme il est dit : « Car ils mangeront le fruit de leurs actions ». La transgression, quant à elle, a un capital mais ne produit pas de fruits, car il est dit : « Car le salaire de ses mains lui sera rendu » - ce que tu as fait, c'est exactement ce que tu recevras. À moins que la faute n'ait généré des fruits, comme dans le cas où un homme commet une union interdite et engendre un enfant : dans ce cas, la transgression porte également des fruits qui se développent par la suite.

« Mon peuple se joue de ses oppresseurs »

עַמִּי נֹגְשָׂיו מְעוֹלֵל וְנָשִׁים מָשְׁלוּ בוֹ עַמִּי מְאַשְּׁרֶיךָ מַתְעִים וְדֶרֶךְ אֹרְחֹתֶיךָ בִּלֵּעוּ׃ (יב) - Mon peuple se joue de ses oppresseurs et des créanciers dominent sur lui ; mon peuple, tes guides t'égarent et font disparaître la trace de tes pas.

Le Malbim explique ainsi l'agencement du verset : mon peuple se joue - c'est-à-dire se moque - des oppresseurs qui le pressurant, car des créanciers règnent sur lui (le terme nachim venant ici de nochim, les créanciers). La situation du peuple d'Israël s'était tellement dégradée que lorsque les percepteurs venaient réclamer l'impôt pour le roi, le peuple se moquait d'eux et disait : « Qu'êtes-vous venus prendre ? Cherchez donc, et si vous trouvez quoi que ce soit, prenez-le ! » Pourquoi ? Parce que les créanciers le dominaient déjà : il devait tant d'argent à tant de créanciers qu'il ne lui restait absolument rien. C'est une déchéance terrible : il n'a même plus de quoi payer l'impôt, accablé de dettes envers ses créanciers.

« Mon peuple, tes guides t'égarent » - ceux qui sont censés te placer sur la voie du bonheur, la voie droite, sont précisément ceux qui t'écartent du droit chemin. Et non seulement cela, mais aussi « ils ont englouti la voie de tes sentiers » - même la voie droite dont tu avais l'habitude, ils l'ont corrompue, au point que tu ne puisses plus y retourner, comme si elle avait été engloutie et avait disparu.

Le Malbim explique : la voie de la Torah est appelée une voie tracée, un chemin fixe et droit, duquel bifurquent des sentiers tortueux. Celui qui marche sur le chemin de la Torah avance sur une autoroute, tandis que celui qui s'en écarte s'engage dans des sentiers tortueux. Ces prétendus « guides » promettaient un bonheur immédiat et accessible - désirs matériels, plaisirs et affaires de ce monde - et l'ont ainsi détourné de la voie. Mais ils craignaient qu'il ne finisse par revenir vers le droit chemin ; ils ont donc également dégradé et déformé l'axe central lui-même. Ils s'assuraient ainsi que lorsqu'il réaliserait que ces sentiers tortueux ne mènent nulle part, il n'aurait plus d'endroit où retourner. Le sens profond en est le suivant : ils ont corrompu les fondements mêmes de leur foi. Tant que le peuple conservait les principes fondamentaux de la foi, même s'il s'égarait sur des chemins de traverse, il pouvait encore revenir sur la voie tracée, vers la foi en Hachem. Mais dès lors qu'ils eurent faussé leur esprit, leur intelligence et les fondements de la foi, la voie royale elle-même fut engloutie et détruite, rendant tout retour impossible.

Et le Malbim ajoute que la répétition « Mon peuple... mon peuple... » fait allusion à deux sortes de réussites. Vis-à-vis de la réussite matérielle - la richesse et la subsistance - il est dit : « ses oppresseurs sont des enfants, et des femmes dominent sur lui », montrant qu'ils n'ont aucun succès économique. Et vis-à-vis de la réussite intérieure et spirituelle dans le service divin, le verset déclare : « tes guides t'égarent », car ceux qui devraient te garantir le bonheur spirituel t'induisent en erreur et te promettent le bonheur dans les idoles et les faux cultes.

Debout pour plaider et dressé pour juger

נִצָּב לָרִיב יְהֹוָה וְעֹמֵד לָדִין עַמִּים׃ (יג) - L'Éternel se dresse pour plaider, Il se tient prêt à juger les peuples.

Le prophète annonce : lorsqu'Hachem voudra juger Son peuple pour la méchanceté de ses actes, il apparaîtra clairement que la responsabilité principale repose sur les anciens, les juges et les dirigeants, qui ont eux-mêmes perverti le peuple. C'est pourquoi, pour ainsi dire, un tribunal se tiendra pour les juger. « Il se tient prêt à juger les peuples » - pour les juger, y compris les chefs du peuple d'Israël, les magistrats et les anciens qui n'ont pas guidé le peuple sur la bonne voie. Et le Saint, béni soit-Il, sera en quelque sorte également le plaignant : le procureur ou demandeur est appelé le plaideur (« ba'al hariv »), car il y a un litige entre les parties, tandis que le magistrat est le juge (« dayane »). « L'Éternel se dresse pour plaider » - le Saint, béni soit-Il, se tient là pour accuser ces juges et ces anciens.

Le Malbim analyse précisément la nuance entre « nitsav » (se dresser) et « omed » (se tenir debout), une différence encore sensible en hébreu : « omed » est le simple contraire d'être assis, tandis que « nitsav » signifie s'affermir sur sa position, se tenir avec fermeté et résolution. Il en découle que tout « nitsav » est debout (« omed »), mais que tout « omed » n'est pas « nitsav » ; on peut se tenir debout de manière passive sans pour autant être fermement campé. De plus, « nitsav » exprime une posture d'affrontement, face à face, d'opposition ferme. C'est pourquoi, à propos du litige (« riv »), il est dit « nitsav » - le Saint, béni soit-Il, telle une partie plaignante venant exposer ses griefs, se dresse fermement face à l'accusé. En revanche, à propos du jugement (« din »), il est dit « omed » - car les justiciables comparaissent simplement debout devant le juge, et le magistrat les juge équitablement l'un comme l'autre, sans posture d'affrontement.

Les anciens et les princes

יְהֹוָה בְּמִשְׁפָּט יָבוֹא עִם־זִקְנֵי עַמּוֹ וְשָׂרָיו וְאַתֶּם בִּעַרְתֶּם הַכֶּרֶם גְּזֵלַת הֶעָנִי בְּבָתֵּיכֶם׃ (יד) - L'Éternel entre en jugement avec les anciens de Son peuple et ses princes : « C'est vous qui avez ravagé la vigne ! Le fruit du pillage du pauvre est dans vos maisons ! »

C'est le prolongement du verset précédent : avec qui l'Éternel entre-t-Il en jugement ? Avec les anciens de Son peuple et ses princes. À l'adresse des anciens, qui avaient la charge de guider le peuple dans les mitsvot envers D.ieu (bein adam laMakom), Il s'exclame : « C'est vous qui avez ravagé la vigne ». Le peuple d'Israël est comparé à une vigne, comme nous le verrons plus loin au chapitre 5 où il est appelé la vigne d'Hachem, et les fruits de cette vigne sont les mitsvot et les bonnes actions. Vous, les anciens, deviez être les gardiens de la vigne et veiller à ce que le peuple d'Israël accomplisse les mitsvot et les bonnes actions ; non seulement vous ne l'avez pas gardée, mais vous l'avez vous-mêmes dévastée et ruinée.

Et envers les princes, qui devaient diriger le peuple sur le plan judiciaire et légal, dans les relations interpersonnelles (bein adam le'havero), Il déclare : « Le fruit du pillage du pauvre est dans vos maisons ». Vous aviez la responsabilité de sauver le démuni de la main de son oppresseur ; non seulement vous ne l'avez pas secouru, mais vous l'avez vous-mêmes spolié. Ainsi, Hachem entre en jugement avec les anciens au sujet de la vigne, et avec les princes au sujet du pillage du pauvre.

Vous écrasez et vous broyez - et pourquoi ?

מַה־לָּכֶם תְּדַכְּאוּ עַמִּי וּפְנֵי עֲנִיִּים תִּטְחָנוּ נְאֻם־אֲדֹנָי יֱהֹוִה צְבָאוֹת׃ (טו) - Qu'avez-vous à écraser Mon peuple et à broyer la face des pauvres ? dit le Seigneur, l'Éternel Tsévaot. (15)

Le Malbim analyse avec précision la nuance entre « tedak'ou », issu de la racine désignant le fait de piler ou concasser, et « tit'hanou », qui signifie moudre. Lorsqu'on prend un élément de grande taille, on le pile d'abord pour le réduire en petits fragments, et ce n'est qu'ensuite qu'il devient possible de le moudre afin d'en faire de la farine ; il s'agit d'ailleurs de deux ustensiles distincts. Celui qui emploie un mortier et un pilon n'obtiendra jamais de la farine, mais seulement des grains concassés ; c'est au moulin que l'on obtient de la farine. D'un autre côté, un gros morceau ne peut absolument pas pénétrer entre les meules : il doit être préalablement broyé et affiné, sous forme de grains de blé ou d'orge, que l'on introduit alors dans le cercle intérieur pour qu'ils soient moulus. C'est pourquoi, avant de moudre, il est nécessaire de piler. C'est ainsi que l'on trouve : « et je le concassai en le broyant menu » - d'abord un broyage en petits éclats, puis une mouture. De même : « ils le moulaient au moulin ou le pilaient au mortier » : s'ils désiraient de la farine, ils le moulaient au moulin ; et s'ils ne voulaient pas de farine mais simplement le faire cuire, ils le pilaient au mortier, pour en faire du gruau par exemple, et le cuisaient dans une marmite.

Le sens allégorique est direct : au commencement, pour extorquer de l'argent, de l'or et des pots-de-vin, les dirigeants s'en sont pris à ceux qui possédaient des biens, aux riches, et ils les ont « pilés », car c'est une chose volumineuse que l'on pille et concasse pour en tirer profit. Mais une fois l'homme dépouillé, il est devenu pauvre, et ce qui a déjà été concassé ne peut plus l'être davantage. Que faire alors pour lui soutirer encore davantage ? On le moud. C'est là le sens de « et vous broyez la face des pauvres » : après l'avoir réduit à la misère par votre oppression, vous le broyez encore jusqu'à la poussière afin d'extraire de lui les tout derniers résidus qui lui restent.

Parce que les filles de Sion sont orgueilleuses

וַיֹּאמֶר יְהֹוָה יַעַן כִּי גָבְהוּ בְּנוֹת צִיּוֹן וַתֵּלַכְנָה נְטוּיוֹת גָּרוֹן וּמְשַׂקְּרוֹת עֵינָיִם הָלוֹךְ וְטָפֹף תֵּלַכְנָה וּבְרַגְלֵיהֶם תְּעַכַּסְנָה׃ (טז) - Et l'Éternel dit : Parce que les filles de Sion sont hautaines, qu'elles marchent le cou tendu et les yeux fardés d'œillades, qu'elles avancent à petits pas affectés et font tinter les ornements de leurs pieds. (16)

Ces deux versets s'articulent comme une question et sa réponse. « Qu'avez-vous à écraser Mon peuple et à broyer la face des pauvres ? » - pour quelle raison agissez-vous ainsi ? « Parce que les filles de Sion sont hautaines ». Hachem demande pourquoi ils oppriment Son peuple, et y répond pour ainsi dire Lui-même : à cause de vos femmes. Celles-ci vivaient dans l'arrogance et dilapidaient des fortunes considérables en bijoux, en parfums et en toutes sortes d'artifices futiles, exigeant de leurs maris qu'ils subviennent à leurs caprices. Pour s'aligner sur ces exigences démesurées, les hommes en étaient réduits à voler, spolier et accepter des pots-de-vin. C'est pourquoi, immédiatement après ce reproche, le prophète dresse l'inventaire minutieux de toutes les parures somptueuses dont elles se paraient.

À la lecture des versets suivants, on demeure confondu : c'est comme si le prophète se tenait à notre propre époque pour admonester Israël sur ses égarements. Et il n'est nul besoin de l'imaginer en pleine rue Allenby à Tel-Aviv : à bon entendeur, salut.

Rachi explique que ces propos visent les femmes des dirigeants du peuple : « Parce qu'elles sont hautaines » - leurs perruques et l'agencement de leurs tresses étaient dressés bien haut. « Les yeux fardés d'œillades » - deux explications sont avancées : soit du terme « sikour », qui signifie scruter de toutes parts afin de capter l'attention ; soit du terme « sikra », désignant le fard rouge, car elles se fardaient les yeux de teintes vives pour attirer les regards, un maquillage tapageur à base de rouge et de khôl. « Qu'elles avancent à petits pas affectés » (halokh vetafof telekhna) - Rachi précise que le terme « tafof » évoque ce qui flotte au-dessus d'autre chose : une femme élancée prenait soin de marcher aux côtés d'une compagne de petite taille ; désireuse d'attirer les regards, elle s'affichait ainsi pour paraître aussitôt plus grande et surplombante.

On peut suggérer une explication supplémentaire qui, bien qu'elle ne découle pas strictement de la grammaire de la langue sainte, reflète parfaitement la réalité observée : « tafof » renvoie au martèlement cadencé des pas. Nombreuses sont les femmes qui, en quête de visibilité, se chaussent de souliers et de claquettes retentissant au loin, si bien que la rue entière est informée de leur venue. Pourquoi cette étymologie n'est-elle pas rigoureuse ? Parce que le battement rythmé s'écrit en hébreu avec la lettre Tav, alors qu'ici « tafof » s'écrit avec un Tet - bien que les lettres Tet et Tav soient phonétiquement permutables.

Rachi rapporte encore qu'elles ajoutaient des perruques et des nattes de cheveux postiches, les entrelaçant à leur propre chevelure afin de lui donner une apparence imposante et touffue : celle dont les cheveux étaient clairsemés recourait à un postiche pour donner l'illusion d'une chevelure dense, opulente et fournie. Quant à l'expression « et font tinter les ornements de leurs pieds », elle signifie que lorsqu'elles croisaient de jeunes gens sur la place publique, elles les effleuraient du pied en signe de séduction coupable, comme pour leur asséner un léger coup de pied incitant à lever les yeux vers elles. Nos Sages proposent une autre explication : elles disposaient une essence parfumée dans leurs chaussures, et en arrivant près d'un jeune homme, elles écrasaient le récipient du pied pour faire jaillir le parfum et enflammer en lui le mauvais penchant. Tel est le sens de « 'akhas », qui évoque le serpent venimeux : Rachi note que cette séduction pénétrait en lui à la manière d'un venin. Il existe enfin une interprétation rattachant « tafof » au mot « taf », la petite enfance : elles déambulaient dans les rues en minaudant à la manière des petits enfants, ou bien l'adulte marchait près d'une fillette afin de se mettre en valeur.

Le châtiment : la gale sur le sommet de la tête

וְשִׂפַּח אֲדֹנָי קׇדְקֹד בְּנוֹת צִיּוֹן וַיהֹוָה פׇּתְהֵן יְעָרֶה׃ (יז) - Aussi le Seigneur frappera-t-il de gale le crâne des filles de Sion, et l'Éternel découvrira leur nudité. (17)

Ici commence la description du châtiment de ces femmes qui causèrent un dommage terrible et immense : tant en exigeant de leurs maris au point de les pousser à dépouiller les pauvres, qu'en attisant le feu du désir chez les hommes. « Veshifah » - dit le Malbim, vient de la racine de sapa'hat, une lèpre maligne. Et bien que sapa'hat s'écrive avec un samekh et veshifah avec un shin, ces deux lettres sont interchangeables, comme pour le mot 'heres qui s'écrit tantôt avec un shin, tantôt avec un samekh, ou comme ka'as qui apparaît dans le livre d'Iyov sous les deux graphies. C'est un phénomène très fréquent : des shin de la Torah se transforment en samekh dans la langue de nos Sages afin d'établir une distinction nette entre shin et sin - à l'instar de ta'arash qui figure toujours avec un shin dans la Torah, et toujours avec un samekh chez 'Hazal.

Dès lors, « et le Seigneur rendra galeux le sommet de la tête des filles de Sion » - Hachem leur infligera une lèpre maligne qui provoquera la chute de leurs cheveux sur le pourtour de la tête, les rendant chauves. Mesure pour mesure : parce qu'elles arboraient des chevelures magnifiques et déployées pour éveiller la convoitise, cet endroit même sera couvert de lèpre et de gale. Et « Il dénudera leur nudité » - explique le Malbim : cet emplacement jadis paré d'une abondante chevelure sera désormais souillé par la lèpre.

Il existe d'autres explications. Rachi rapporte que nos Maîtres ont rattaché « veshifah » au mot chif'ha (servante) - elles deviendront des servantes asservies et misérables. D'autres ont enseigné qu'Il multiplierait sur elles des familles entières (michpa'hot) de poux, « chefakh » évoquant la famille, ou encore que s'agrégeraient (yistap'hou) à elles d'innombrables poux. Remarquez bien que ce fléau frappe la tête, en correspondance exacte avec la faute qui siégeait sur la tête, à travers ces perruques et ces parures mentionnées par Rachi.

« Il dénudera leur nudité » - Rachi explique : Il videra leur récipient, le mot « pat » désignant un récipient, comme dans l'expression talmudique « patya oukhma » (marmite noire). Pourquoi ? Parce qu'elles disaient : « Qu'Il se hâte, qu'Il précipite Son œuvre ! » - je ne crains nullement la destruction ; cet officier païen, ce soldat étranger viendra, constatera combien je suis belle et fardée, et me prendra pour femme ; ainsi j'échapperai à la famine et aux châtiments. Lorsque les malheurs arrivèrent, les officiers de Nabuchodonosor les prirent effectivement pour femmes en raison de leur beauté - leur stratagème semblait avoir réussi. Mais le Saint, béni soit-Il, fit un signe, et elles se mirent à perdre un flux de sang de nidda, semblable à un liquide que l'on verse d'un vase dans un autre. Dès lors qu'elles furent frappées de ces écoulements, elles devinrent répugnantes à leurs yeux et ils les précipitèrent à terre depuis leurs chars. C'est en ce sens que le Targoum traduit : « Il leur retirera leur éclat et leur honneur ». Tel est le sens de « Il videra leur récipient », une allusion au liquide qu'on transvase, ainsi qu'au dévoilement honteux. En d'autres termes : vous pensiez échapper au décret, mais au contraire, tout ce qui faisait votre fierté, cette beauté extérieure, se transformera en répulsion aux yeux de l'officier païen, qui finira par vous rejeter avec dégoût.

Le retrait des parures

בַּיּוֹם הַהוּא יָסִיר אֲדֹנָי אֵת תִּפְאֶרֶת הָעֲכָסִים וְהַשְּׁבִיסִים וְהַשַּׂהֲרֹנִים׃ (יח) - En ce jour-là, le Seigneur ôtera la parure des anneaux de chevilles, des filets et des croissants de lune. (18)

Rachi explique : lorsque le Saint, béni soit-Il, ramènera Israël à Lui, Il ôtera d'eux la parure des anneaux de chevilles, afin qu'ils ne fassent plus reposer leur gloire sur l'artifice des ornements féminins et sur des futilités dégradantes. « Les 'akhasim » désignent les chaussures avec lesquelles elles faisaient tinter leurs pas, comme dans le verset « et font résonner leurs chevilles ». « Les chevisim » sont des résilles ornées qu'elles posaient sur la tête pour s'embellir. « Et les saharonim » - le Targoum Yonatan traduit sevakhya, une sorte de coiffe ouvragée.

Le Radak explique quant à lui que les 'akhasim étaient une sorte de clochettes attachées aux pieds : lorsqu'elles marchaient, leurs chaussures tintaient et attiraient tous les regards. Toutes proportions gardées, il y a des clochettes sur le Sefer Torah, et dès qu'on le sort de l'Arche, chacun l'entend et se lève ; de même, elles attachaient des clochettes à leurs pieds pour que chacun se retourne sur leur passage dans la rue. Pour le Radak, « les chevisim » s'apparentent à chevatsim, du mot michbetsèt et de la « tunique travaillée en damier » (ketonet tachbets), un vêtement au tissu finement quadrillé. Les « saharonim » sont des bijoux façonnés en demi-lune, en forme de croissant (sahar). Et toutes ces parures dont elles tiraient vanité et par lesquelles elles séduisaient, Hachem les leur retirera.

הַנְּטִפוֹת וְהַשֵּׁירוֹת וְהָרְעָלוֹת׃ (יט) - Les pendentifs, les bracelets et les voiles. (19)

« Les netifot » - le Targoum traduit 'onkaya, de la même racine que « colliers à ton cou », une chaîne suspendue à la gorge ; on la nomme netifot (gouttes) parce qu'elle retombe en descendant le long du corps. Soit dit en passant, pourquoi un géant est-il appelé 'anak ? Rachi l'explique d'après la Guémara : parce qu'ils « ceignent » le soleil par leur haute stature. Lorsqu'un homme de taille ordinaire lève les yeux vers un géant avec le soleil derrière lui, le disque solaire semble former une auréole brillante autour de son cou, tel un collier ('anak) entourant la gorge.

« Les cheïrot » - le mot chir désigne un bracelet ou un anneau, comme dans l'expression mishnaïque « l'animal peut sortir avec son anneau (chir) ». Et pourquoi l'appelle-t-on chir ? Parce qu'il forme une boucle continue, à l'image d'un chant (chir) où l'on énonce quelques phrases avant de revenir sans cesse au refrain ou à la même rime. Mais à l'origine, le chir est un anneau fermé, et les cheïrot désignent les bracelets qu'elles passaient à leurs bras.

« Les re'alot » - des voiles, semblables à ce que l'on appelle aujourd'hui une voilette, un voile recouvrant tout le visage à l'exception des yeux. À première vue, on pourrait s'en étonner : n'est-ce pas là un habit de pudeur ? Pourquoi le prophète le compte-t-il parmi les ornements condamnables ? Rachi répond : « et les re'alot - des voiles dont elles s'enveloppaient l'ensemble du visage à l'exception des yeux, afin d'inciter l'homme à désirer contempler ce regard ». Cet artifice était lui aussi employé pour capter l'attention, afin d'éveiller chez autrui le désir ardent d'entrevoir leurs traits cachés.

הַפְּאֵרִים וְהַצְּעָדוֹת וְהַקִּשֻּׁרִים וּבָתֵּי הַנֶּפֶשׁ וְהַלְּחָשִׁים׃ (כ) - Les parures de tête, les chaînettes de cheville, les rubans, les pendentifs sur le cœur et les boucles d'oreilles.

« Hapé'érim » - le Targoum Yonatan traduit par « kelilya » (couronnes), dans le sens de « pa'aré hamigba'ot » (les tiares des mitres), une parure qu'elles posaient sur leur tête. « Vehatsé'adot » - de la même racine qu'ets'ada, une sorte de jarretières ou de bracelets de cheville, des ornements portés sur les jambes. « Vehakichourim » - des rubans et attaches avec lesquels les jeunes filles nouaient leurs tresses et leurs nattes, confectionnés en or. « Ouvété hanéfech » - des bijoux portés à la hauteur du cœur. « Vehalekhachim » - des anneaux placés à l'oreille, une sorte de boucles d'oreilles, appelés lekhachim du mot lekhicha (chuchotement), car l'on chuchote à l'oreille de son prochain, et ces bijoux tirent ainsi leur nom de l'endroit où l'on murmure.

הַטַּבָּעוֹת וְנִזְמֵי הָאָף׃ (כא) - Les bagues et les anneaux de nez.

Les bagues au sens propre, et les anneaux de nez au sens propre.

הַמַּחֲלָצוֹת וְהַמַּעֲטָפוֹת וְהַמִּטְפָּחוֹת וְהָחֲרִיטִים׃ (כב) - Les robes de fête, les manteaux enveloppants, les étoles et les bourses.

« Hamakhalatsot » - « kitounya » dans le Targoum, la tunique, plus précisément le vêtement porté à même le corps, appelé makhalatsot car lorsqu'on le retire, on l'extrait (kholetso) du corps. « Hama'atafot » - Rachi explique qu'il s'agit des draps de lit, de la literie, et « vehamitpakhot » - des linges ou nappes. Quant au Radak, il explique que les ma'atafot sont un manteau ample dont elle s'enveloppait, et les mitpakhot, une sorte de foulard.

« Vehakharitim » - selon Rachi et le Targoum (« mekhakya » et « khoumaz »), il s'agit d'un corset, un accessoire particulier placé en face de la matrice ; et le terme makhoukh évoque aussi le sourire (khiyoukh), une connotation de séduction, de légèreté et d'inconduite. Le Radak, quant à lui, interprète kharitim dans le sens où l'on utilise aujourd'hui ce mot en hébreu : une poche, une sorte de petit sac ou de bourse ornée qu'elles portaient. Le Radak note d'ailleurs que la poche se dit en arabe « kharita », et il ne faut pas s'étonner de l'interversion fréquente entre le Het et le Khaf, faisant de kharitim l'équivalent de karitim. Le Radak cite également à ce propos le verset « Abats des bêtes et prépare » (tévokh tévakh ve-hakhên), rappelant qu'en arabe aussi, le cuisinier s'appelle « tabbakh ». Les langues sémitiques, comme on le sait, sont très proches - l'hébreu, l'arabe et l'araméen - et de nombreux mots s'éclairent d'une langue à l'autre.

וְהַגִּלְיֹנִים וְהַסְּדִינִים וְהַצְּנִיפוֹת וְהָרְדִידִים׃ (כג) - Les miroirs, les toiles fines de lin, les turbans et les voiles.

« Hagilyonim » - Rachi explique qu'il s'agit de miroirs, tout comme le Targoum traduit par « mekhazyata », et ils sont appelés gilyonim car ils révèlent (megalim) les traits du visage. Rachi rapporte une autre explication : leurs miroirs pouvaient être enroulés - comme une tenture réfléchissante que l'on déroule - d'où le terme de gilyonim (rouleaux). « Vehasedinim » - des toiles de lin dont elles se drapaient. « Vehatsenifot » - une sorte de coiffe en tissu, du verbe yitsnof (enrouler). « Veharedidim » - des sortes d'agrafes ou d'épingles servant à attacher et fermer le vêtement. Le Radak précise que toute cette malédiction, tout ce que dénombre ici Yéchayahou jusqu'à la fin de la section, s'est accompli à l'époque d'Akhaz. Et le prophète décrit à présent quel sera le châtiment.

Au lieu de parfum, la pourriture

וְהָיָה תַחַת בֹּשֶׂם מַק יִהְיֶה וְתַחַת חֲגוֹרָה נִקְפָּה וְתַחַת מַעֲשֶׂה מִקְשֶׁה קׇרְחָה וְתַחַת פְּתִיגִיל מַחֲגֹרֶת שָׂק כִּי־תַחַת יֹפִי׃ (כד) - Et au lieu de parfum, il y aura de la pourriture ; au lieu d'une ceinture, une corde ; au lieu d'une coiffure ouvragée, la calvitie ; au lieu d'un manteau de fête, un vêtement de sac ; un stigmate au lieu de la beauté.

« Au lieu de parfum, il y aura de la pourriture » - à l'endroit même où elles se parfumaient et appliquaient des essences sur leur corps pour séduire, la chair se décomposera au point qu'il sera impossible d'y mettre le moindre parfum ; la putréfaction s'y installera.

« Au lieu d'une ceinture, une plaie » (« Ve-ta'hat 'hagora nikpa ») - et les termes du Malbim sont saisissants : c'est l'endroit où « l'on serre étroitement ses vêtements ». Dès cette époque, il parle de celles qui portent des habits moulants. Cet endroit même qu'elles serraient à l'excès sera meurtri et lacéré, au point qu'elles ne pourront plus rien y attacher. En raison des blessures et des douleurs, il sera impossible de serrer les vêtements comme auparavant.

« Au lieu d'une coiffure ouvragée, la calvitie » (« Ve-ta'hat ma'assé mikché kor'ha ») - autre fait frappant qu'elles pratiquaient déjà à l'époque : elles figeaient leurs cheveux pour maintenir des boucles, un peu comme on applique aujourd'hui de la laque, du gel ou d'autres produits similaires. Et à la place de cette chevelure soigneusement apprêtée, il n'y aura qu'un crâne dégarni, sans un cheveu.

« Au lieu d'une parure de fête, une ceinture de sac » (« Ve-ta'hat petighil ma'hagoret sak ») - le Malbim remarque : « Petighil n'a pas son pareil », c'est-à-dire qu'on ne trouve aucun mot semblable dans tout le Tanakh. On rencontre certes ce terme dans le Tikoun ha-Tal et le Tikoun ha-Guechem, mais en dehors de cela, il est unique dans les Écritures. Le Malbim explique qu'il s'agit d'un mot composé : « patya » désigne un habit ou un ustensile, et « guil » la joie - un vêtement que l'on portait les jours d'allégresse, les jours de joie. Et à la place de cet habit festif viendra une ceinture de sac, vêtement de deuil et d'affliction. En araméen, « patya » désigne un récipient ou un objet, comme dans l'expression « patya oukhma », et les vêtements sont eux aussi appelés des « ustensiles » (kélim).

Rachi explique pour sa part que « petighil » se divise en deux mots : un organe qui procure la joie, faisant allusion à la matrice, et à cet endroit même sera noué un sac. « Car à la place de la beauté » (« Ki ta'hat yofi ») - le Malbim précise, suivant en cela l'enseignement de nos Sages, que « ki » est ici un terme autonome dérivé de la racine de la brûlure (mikhva, kviya) : une brûlure remplacera leur beauté, et chaque partie du corps qui rayonnait d'élégance sera marquée de cicatrices de feu. Quant à Rachi, il interprète « ki » comme une conjonction explicative (« car ») : car c'est là le sort qu'elles méritent, en lieu et place de cette beauté dont elles s'enorgueillissaient jadis.

Tes hommes tomberont par le glaive

מְתַיִךְ בַּחֶרֶב יִפֹּלוּ וּגְבוּרָתֵךְ בַּמִּלְחָמָה׃ (כה) - Tes hommes tomberont par le glaive, et ta vaillance dans la guerre.

« Metayikh » ne vient pas du mot « mort » (metim), car la première lettre porte un cheva, alors que pour désigner des morts, elle porterait un tséré. « Metayikh » signifie donc « tes hommes », comme dans « meté me'at », un petit nombre d'hommes, ou « nous vouâmes à l'interdit toute ville d'hommes (ir metim) ». Ainsi, tes hommes les plus faibles tomberont par le glaive à l'intérieur même de la ville et de leurs foyers ; tandis que « ta vaillance dans la guerre » désigne ceux qui étaient censés être les guerriers d'élite et aller au combat, qui, eux, tomberont sur le champ de bataille.

Remarquons la finesse du Malbim : le texte ne dit pas « tes guerriers (guiboreyikh) dans la guerre », mais « ta vaillance (guevouratekh) dans la guerre ». Quand un héros tombe au combat, le simple fait d'avoir combattu avec bravoure lui confère un titre d'honneur : il a certes péri, mais en héros. Ici, c'est tout l'inverse : la guerre révélera à quel point ils étaient faibles. Toute leur vaillance s'évanouira et s'effondrera dans la bataille, et l'on s'étonnera : sont-ce là les vaillants guerriers que nous admirions ? Sont-ce là les remparts sur lesquels nous comptions ? Ils ne valent absolument rien. Ce ne sont donc pas seulement les combattants qui tomberont dans la bataille, mais tout le prestige de la « bravoure » qui leur était attribué. Au jour du combat, il s'avérera que toute ta vaillance n'était qu'un trompe-l'œil, et qu'il n'y avait en toi aucune force véritable.

Ses portes gémiront et seront dans le deuil

וְאָנוּ וְאָבְלוּ פְּתָחֶיהָ וְנִקָּתָה לָאָרֶץ תֵּשֵׁב׃ (כו) - Ses portes gémiront et mèneront le deuil, et dépouillée, elle s'assiéra par terre.

« Ses portes gémiront et mèneront le deuil » - les portes de la ville de Sion seront plongées dans l'affliction. « Et dépouillée (ve-nikata) » - elle sera vidée de toutes les qualités, de tous les privilèges et de toutes les grandeurs qui faisaient sa renommée. Nous avons vu que le prophète égrène une succession de malédictions, une déchéance progressive, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne auprès de qui percevoir l'impôt, car tout est aux mains des créanciers et les habitants n'ont plus le moindre bien. Jusqu'à parvenir à cet état de dépouillement (« ve-nikata ») : un dénuement total et absolu.

Le Malbim ajoute ici une explication remarquable : les peuples de l'Antiquité avaient pour coutume de ne pas pleurer le guerrier tombé au combat, de peur d'affaiblir le courage du peuple. Bien au contraire, le jour de sa mort devenait un jour de festin et de réjouissance, montrant ainsi qu'il avait acquis une renommée éternelle et que là résidait sa félicité suprême ; et l'on punissait ses proches et sa veuve s'ils venaient à porter le deuil. Cette attitude rappelle celle de nos voisins : lorsqu'un des leurs périt au combat, on le glorifie, on célèbre sa mort par des fêtes et l'on distribue des friandises. Et quand ils voient nos soldats pleurer lors d'un enterrement, ils ricanent et se moquent, prétendant qu'ils pleurent comme des femmes. Chez eux, on fait tout le contraire : on fête l'événement en affirmant qu'il est mort en héros. Pourtant, comment est-il mort ? En lâche : il est allé se faire exploser dans un restaurant. Est-ce là de la bravoure ? Il a absorbé des stupéfiants pour s'engourdir l'esprit avant d'aller se faire sauter. Il n'y a là aucun héroïsme. Et pourtant, chez eux, pleurer sur un combattant reviendrait à insinuer qu'il a péri en vain ; c'est pourquoi, au contraire, ils se réjouissent et proclament que sa disparition est un titre de gloire.

C'est à ce propos que le prophète déclare : il viendra un temps où tous les hommes vaillants périront, et leurs veuves se lamenteront, « ses portes gémiront et seront dans le deuil » - les portes de cette femme devenue veuve, l'épouse du guerrier. En théorie, elle mériterait un châtiment, car le pouvoir royal punissait celle qui prenait le deuil pour son époux tombé au combat, comme si elle sous-entendait que le roi l'avait envoyé à la mort et que son sacrifice n'en valait pas la peine. Il était interdit de porter le deuil et d'ériger une tente de lamentation ; bien au contraire, il fallait se réjouir de sa mort, comme s'il avait eu le privilège de donner sa vie sur l'autel du roi. Pourtant, le prophète affirme : « היא ונקתה » - elle ne sera pas punie pour cela. Et pourquoi ? Parce que son deuil ne sera connu de personne et qu'aucun cœur ne faiblira à cause de ses larmes, car il ne restera plus personne pour venir s'endeuiller avec elle, et elle pleurera dans la solitude. Tous les héros seront morts et tous les combattants anéantis, au point que nul ne se souciera plus de savoir si son deuil risque de briser le moral du peuple, car il ne restera plus aucun cœur à faire fondre. Une crise si terrible qu'il n'y aura plus ni vaillants, ni forts, ni personne pour combattre. Une déchéance progressive, de chute en chute, jusqu'au degré le plus bas.

En résumé :

Ce chapitre dépeint un effondrement total : un pouvoir dont personne ne veut, au point qu'un simple « manteau » suffit pour devenir chef ; des dirigeants sollicités qui répondent « je ne saurais panser les plaies », car ils n'ont rien à offrir et rien à sacrifier ; une hypocrisie qui ne trompe ni le Saint béni soit-Il ni les hommes, car « l'expression de leur visage témoigne contre eux ». Au cœur de cette description, le Malbim nous enseigne un principe fondamental : la justice est bonne en elle-même, et son fruit réside dans l'existence même de la droiture dans le monde ; la méchanceté est mauvaise par essence, et son châtiment n'est pas comparable à une contravention infligée par un agent, mais relève du principe « l'œuvre de ses mains lui sera rendue » - l'homme se nuit à lui-même, et c'est là le plus grand des malheurs. De là, le prophète remonte à la racine de la spoliation : la convoitise des femmes et leur faste, qui ont poussé les princes à opprimer les riches et à broyer les pauvres. C'est pourquoi le châtiment s'abattra mesure pour mesure - la gale au lieu des tresses, la pourriture au lieu du parfum, la calvitie au lieu de la chevelure ouvragée, et le sac au lieu des parures de fête. Enfin, viendra la chute des héros et de leur bravoure réunies, jusqu'à ce que, « dépouillée, elle s'assoie par terre » - une descente continue, de degré en degré, jusqu'au tréfonds de l'abîme.