Le chapitre 34 de Yé'hezkel constitue la Haftara de la Parachat Be'houkotay selon l'usage des communautés yéménites et italiennes. Ce chapitre prend place après la destruction du Beth Hamikdach, après la chute de la royauté de la maison de David : Tsidkiyahou eut les yeux crevés, Yékhanyahou était en exil, et voici qu'une prophétie est adressée aux bergers, aux dirigeants d'Israël, car ils furent les véritables responsables de cette situation. Les bergers représentent les dirigeants d'Israël, et le troupeau désigne le peuple d'Israël - « et vous êtes Mon troupeau » - le peuple d'Israël étant considéré comme le troupeau du Saint, béni soit-Il. Les bergers n'ont pas mené paître le troupeau là où il le devait, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas guidé le peuple d'Israël convenablement ; c'est pourquoi Hachem les a démis de leur charge. Le chapitre tout entier vient montrer la justice des décrets divins : le Saint, béni soit-Il, a destitué les bergers de leur royauté parce que leur conduite n'était pas intègre.
וַיְהִי דְבַר־יְהֹוָה אֵלַי לֵאמֹר׃ בֶּן־אָדָם הִנָּבֵא עַל־רוֹעֵי יִשְׂרָאֵל הִנָּבֵא וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם לָרֹעִים כֹּה־אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה הוֹי רֹעֵי־יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר הָיוּ רֹעִים אוֹתָם הֲלוֹא הַצֹּאן יִרְעוּ הָרֹעִים׃ - La parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme, prophétise sur les bergers d'Israël ; prophétise et dis-leur, à ces bergers : Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel : Malheur aux bergers d'Israël qui les paissaient ! N'est-ce pas le troupeau que doivent faire paître les bergers ?
Le Malbim souligne que l'injonction prophétique apparaît sous une forme double : « Prophétise sur les bergers d'Israël », puis à nouveau « Prophétise et dis-leur, à ces bergers ». En voici la raison : « Prophétise sur les bergers d'Israël » annonce une vision d'avenir, qui concerne les bergers appelés à les diriger plus tard. « Prophétise et dis-leur, à ces bergers » s'adresse aux dirigeants contemporains du prophète, qui ont eux aussi besoin de cet enseignement, pleinement applicable à leur cas. Le terme « Hoy » exprime une vive douleur, bien que d'autres y voient l'introduction d'un discours empreint de gravité et de solennité.
Il existe deux catégories de bergers. Il y a le berger dont la seule raison d'être est de faire le bien de son troupeau, dont l'unique préoccupation est de subvenir aux besoins de ses bêtes - ces hommes méritent véritablement le titre de « bergers du troupeau », car leur but absolu est de faire paître les brebis. C'est ainsi que le Saint, béni soit-Il, a choisi les guides d'Israël : « Il choisit David, Son serviteur, et le retira des parcs de brebis » - nos Sages enseignent qu'Hachem a mis David à l'épreuve par le soin du troupeau, de même qu'Il a éprouvé Moché Rabbénou par le troupeau, et Yaakov Avinou était lui aussi berger. À l'opposé, il existe un berger dont l'unique souci consiste en ce qu'il peut retirer du troupeau : il prend la toison, il prélève le lait. Chez un tel homme, ce sont les brebis qui le nourrissent, c'est le troupeau qui subvient à ses besoins et l'enrichit.
Parfois, ce rapport est réciproque : il fait paître le troupeau et le troupeau le nourrit - le chef dirige avec droiture et équité, et le peuple lui accorde en retour des avantages tirés de ses biens, à l'image du lait et de la laine. Le Malbim explique qu'aux générations passées, les dirigeants d'Israël appartenaient à la catégorie de ceux « qui les paissaient » - ils ne cherchaient aucun profit auprès de la communauté mais se consacraient exclusivement à paître le troupeau, leur unique visée étant le bien des brebis. Tel fut Moché Rabbénou, qui subit même un préjudice personnel pour avoir guidé le peuple d'Israël : « Efface-moi de Ton livre que Tu as écrit » - il était prêt à sacrifier sa propre personne pour eux, car il était authentiquement leur berger, et tout son être tendait à les conduire et à les combler de bienfaits.
C'est pourquoi le prophète s'écrie : « Malheur aux bergers d'Israël qui les paissaient ! » - où sont passés ces bergers d'autrefois dont l'unique mission était de guider le peuple d'Israël et de lui faire du bien ? De nos jours, la réalité est inversée : « N'est-ce pas le troupeau que doivent faire paître les bergers ? » - c'est désormais le troupeau qui fait paître les bergers, ce sont les dirigés qui pourvoient sans cesse aux besoins des dirigeants, alors que les dirigeants n'apportent rien au troupeau. C'est à partir de là que le prophète détaille tout au long du chapitre ce tableau accablant : comment l'unique obsession des chefs était de recevoir de la communauté et de lui confisquer tout ce qu'elle possédait, sans jamais rien lui donner en retour.
אֶת־הַחֵלֶב תֹּאכֵלוּ וְאֶת־הַצֶּמֶר תִּלְבָּשׁוּ הַבְּרִיאָה תִּזְבָּחוּ הַצֹּאן לֹא תִרְעוּ׃ - Vous mangez la graisse, vous vous revêtez de la laine, vous égorgez la bête grasse, et le troupeau, vous ne le faites point paître.
Vous consommez la graisse et le lait du troupeau, et vous vous revêtez de sa laine. « Vous égorgez la bête grasse » : ces bêtes saines et robustes, dont vous auriez pu apprécier la toison et le lait de leur vivant, vous choisissez de les abattre. Alors qu'il vous incombait de veiller sur elles et d'en prendre soin, vous, au contraire, « vous ne faites point paître le troupeau » - vous ne les guidez pas, vous vous bornez à les sacrifier en ne pensant qu'à votre profit personnel et à ce que vous pouvez en retirer. Quant à leur prodiguer du bien et à leur apporter un soutien, vous n'en avez nullement l'intention.
אֶת־הַנַּחְלוֹת לֹא חִזַּקְתֶּם וְאֶת־הַחוֹלָה לֹא־רִפֵּאתֶם וְלַנִּשְׁבֶּרֶת לֹא חֲבַשְׁתֶּם וְאֶת־הַנִּדַּחַת לֹא הֲשֵׁבֹתֶם וְאֶת־הָאֹבֶדֶת לֹא בִקַּשְׁתֶּם וּבְחׇזְקָה רְדִיתֶם אֹתָם וּבְפָרֶךְ׃ - Vous n'avez point fortifié les bêtes faibles, vous n'avez point guéri la malade, vous n'avez point pansé celle qui était blessée, vous n'avez point ramené l'égarée, vous n'avez point cherché celle qui était perdue, mais vous les avez dominées avec rigueur et avec dureté.
Ici, le prophète énumère la manière dont les bergers se sont comportés envers le troupeau, et combien cette conduite fut impitoyable. « נַּחְלוֹת » (celles qui s'affaiblissent) et « חוֹלָה » (la malade) semblent a priori identiques, mais le Malbim explique qu'il existe une différence entre ces deux termes : « נחלות » est à la forme passive (Nif'al), désignant une bête qui commence à tomber malade, qui n'est plus tout à fait bien portante ; c'est le début du mal, un état de fragilité qui nécessite d'être fortifié. Quant à « החולה », c'est celle qui a déjà sombré dans une véritable maladie et a besoin de guérison. Celles qui étaient affaiblies et demandaient du soutien, vous ne les avez pas fortifiées, et celle qui était malade et nécessitait des soins, vous ne l'avez pas guérie. « וְלַנִּשְׁבֶּרֶת לֹא חֲבַשְׁתֶּם » (et celle qui a une fracture, vous ne l'avez pas pansée) : celle qui s'était brisé un membre et dont il fallait soigner la fracture, vous ne l'avez pas pansée.
De même, le Malbim distingue la « נידחת » (l'égarée) de la « אובדת » (la perdue) : l'égarée est celle qui a été repoussée hors de son lieu, mais qui reste encore dans les parages, tandis que la perdue s'est totalement égarée et a complètement disparu, si bien qu'il faut partir activement à sa recherche. Vous n'avez pas ramené l'égarée à sa place, et vous n'avez pas cherché celle qui s'était perdue. Il apparaît donc que toute leur façon de conduire le troupeau ne visait nullement le bien des bêtes, mais se faisait à leur détriment.
Et telle en est la conclusion : « וּבְחׇזְקָה רְדִיתֶם אֹתָם וּבְפָרֶךְ » (c'est avec force que vous les avez dominées, et avec dureté). Le terme « רדייה » renvoie au fait d'exercer une domination tyrannique, un pouvoir brutal sur un peuple, et « בפרך » signifie que vous les avez asservies sans pitié. Leur unique but était de profiter de leur chair, et non de les diriger et de les conduire avec sollicitude et miséricorde, comme il conviendrait à un véritable berger.
וַתְּפוּצֶינָה מִבְּלִי רֹעֶה וַתִּהְיֶינָה לְאׇכְלָה לְכׇל־חַיַּת הַשָּׂדֶה וַתְּפוּצֶינָה׃ - Elles se sont dispersées faute de berger, et elles sont devenues la proie de toutes les bêtes des champs, et elles se sont dispersées.
Le troupeau, explique le Malbim, doit rester réuni, et il faut un berger pour veiller sur lui lorsqu'il est rassemblé : on mène toujours paître les bêtes en groupe. Or ici, non seulement certaines étaient égarées ou perdues, mais l'ensemble du troupeau s'est dispersé, « וַתְּפוּצֶינָה », car il n'y avait aucun berger ni personne pour prendre soin d'elles. Et à la suite de cette dispersion, « וַתִּהְיֶינָה לְאׇכְלָה לְכׇל־חַיַּת הַשָּׂדֶה » : toutes les bêtes sauvages ont pu fondre sur elles, faute de berger pour les protéger.
Pourquoi le verset répète-t-il « וַתְּפוּצֶינָה » une seconde fois ? Le Malbim explique : la première dispersion était survenue par manque de berger, et lorsque les bêtes des champs ont attaqué, le troupeau s'est dispersé davantage encore, une dispersion surajoutée à la précédente ; c'est pourquoi le verset réitère : « et elles se sont dispersées ».
יִשְׁגּוּ צֹאנִי בְּכׇל־הֶהָרִים וְעַל כׇּל־גִּבְעָה רָמָה וְעַל כׇּל־פְּנֵי הָאָרֶץ נָפֹצוּ צֹאנִי וְאֵין דּוֹרֵשׁ וְאֵין מְבַקֵּשׁ׃ - Mes brebis se sont égarées sur toutes les montagnes et sur toute colline élevée, et sur toute la surface de la terre Mes brebis se sont dispersées, sans que personne ne les réclame ni ne les cherche.
Il restait encore une chance qu'elles reviennent et se regroupent d'elles-mêmes. Mais lors de la seconde dispersion, quand les fauves ont surgi et qu'elles se sont enfuies au loin, elles sont montées sur les montagnes, et depuis les montagnes elles se sont éparpillées sur chaque colline élevée, vers les coteaux situés en contrebas. La montagne est le sommet, et au-dessous se trouve l'endroit moins élevé où s'étend la colline. C'est le sens de ce qui est dit dans Yirmeyahou (chapitre 50) : « Mon peuple était un troupeau égaré, leurs bergers les égaraient, les faisaient errer sur les montagnes ; ils allaient de montagne en colline, oubliant leur bercail » - en montant sur la montagne puis en descendant vers la colline, elles ont oublié leur lieu de repos, et leur dispersion est devenue immense, s'étendant dans toutes les directions. C'est là le sens de : « וְעַל כׇּל־פְּנֵי הָאָרֶץ נָפֹצוּ צֹאנִי » - elles se sont éparpillées si loin qu'elles ont fini par oublier l'endroit où elles devaient retourner.
Pourquoi cette double formulation ? Le Malbim explique : lorsque des brebis se perdent, le berger part d'abord à leur recherche (« בקשה »). S'il ne les trouve pas, il commence à interroger les passants : « N'auriez-vous pas aperçu des brebis dans les environs ? » Et lorsqu'il localise celui qui les a recueillies, il les lui réclame (« דרישה ») en produisant des signes distinctifs pour attester qu'elles lui appartiennent. La « bakacha » correspond à la quête directe, comme dans « וּבִקַּשְׁתֶּם וּמְצָאתֶם » (vous chercherez et vous trouverez) ou « בִּקַּשְׁתִּיו וְלֹא מְצָאתִיו » (je l'ai cherché mais je ne l'ai point trouvé). La « dericha », quant à elle, s'applique lorsqu'on se présente chez celui qui détient l'animal et qu'on fournit des signes d'identification, comme il est dit : « עַד דְּרֹשׁ אָחִיךָ אֹתוֹ וַהֲשֵׁבֹתוֹ לוֹ » (jusqu'à ce que ton frère le réclame et que tu le lui restitues), les Sages enseignant que la restitution d'un objet perdu s'effectue sur présentation de simanim. L'ordre naturel consiste donc à chercher d'abord, puis à réclamer ensuite. Or ici, le texte vient souligner l'indifférence la plus totale des dirigeants : nul ne réclame les bêtes, et nul n'a même pris la peine de sortir pour les chercher.
לָכֵן רֹעִים שִׁמְעוּ אֶת־דְּבַר יְהֹוָה׃ חַי־אָנִי נְאֻם אֲדֹנָי יֱהֹוִה אִם־לֹא יַעַן הֱיוֹת־צֹאנִי לָבַז וַתִּהְיֶינָה צֹאנִי לְאׇכְלָה לְכׇל־חַיַּת הַשָּׂדֶה מֵאֵין רֹעֶה וְלֹא־דָרְשׁוּ רֹעַי אֶת־צֹאנִי וַיִּרְעוּ הָרֹעִים אוֹתָם וְאֶת־צֹאנִי לֹא רָעוּ׃ - C'est pourquoi, bergers, écoutez la parole de l'Éternel ! Par Ma vie, dit le Seigneur Dieu, puisque Mon troupeau a été livré au pillage et qu'il est devenu la proie de toutes les bêtes des champs faute de berger, et que Mes bergers ne se sont point souciés de Mon troupeau, mais que les bergers se sont repus eux-mêmes sans faire paître Mon troupeau...
« Par Ma vie » constitue un décret scellé par un serment, et nos Sages enseignent qu'un tel décret ne saurait être révoqué. Quand Hachem prête serment, la chose s'accomplira quoi qu'il advienne. « Puisque Mon troupeau a été livré au pillage » : il n'y avait personne pour les guider, et toutes les bêtes des champs ont dominé sur elles ; la raison en est : « faute de berger », car s'il y avait eu un véritable berger, il les aurait conduites et dirigées en toute sécurité. Le statut de ces bergers est comparable à celui d'une personne qui aurait mené une bête vers un repaire de bêtes féroces ou de brigands, au sujet de laquelle la loi dispose qu'elle est coupable et pleinement redevable. Et même si l'on arguait que les nations assaillantes sont assimilées à des brigands armés (ce qui relève en principe de la force majeure, aness) - celui qui a lui-même conduit le troupeau dans un tel lieu de brigands ne peut invoquer la force majeure : pourquoi as-tu mené le troupeau en cet endroit ? De même, celui qui a purement et simplement abandonné le troupeau ne peut prétendre au cas de force majeure.
« Et que Mes bergers ne se sont point souciés de Mon troupeau » - ils auraient dû également fournir tous les efforts nécessaires pour les secourir, « avec des bergers et des bâtons ». La halakha établit en effet que si des troupes armées ou des prédateurs attaquent le troupeau, le berger a le devoir d'aller chercher du renfort ; des hommes munis de bâtons interviennent alors pour repousser par la force les loups ou les pillards. S'il est resté les bras croisés sans agir ainsi, il porte l'entière responsabilité de ce qui est arrivé au troupeau. Il en va de même ici : ils ne sont point allés à leur secours avec des bergers et des bâtons.
En particulier, précise le Malbim, leur statut juridique est celui d'un gardien rémunéré (chomer sakhar), car « les bergers se sont repus eux-mêmes » : ils ont tiré profit du troupeau. C'est analogue à ce que nos Sages ont relevé au sujet des fils de Yaakov partis « faire paître le troupeau de leur père » (lir'ot ett tsone avihem), où le mot « ett » est surmonté de points dans le texte massorétique, signifiant qu'ils étaient partis en réalité pour « se repaître eux-mêmes ». Au sens simple, ils allaient pourvoir à leurs propres besoins, à l'image de ce qui est décrit ici où le berger ne cherche pas le bien du troupeau, mais son propre avantage. Et dans une perspective plus profonde : par cette action pastorale même, ils ont finalement pourvu à leur subsistance future, car c'est dans ce contexte qu'ils prirent Yossef et le jetèrent dans le puits ; celui-ci descendit en Égypte, y devint gouverneur et assura leur subsistance, les tribus étant nourries grâce à son autorité. Il s'avère ainsi que dans toute cette démarche, ils n'ont fait que pourvoir à leurs propres besoins et, au terme du processus, s'assurer des vivres.
Quoi qu'il en soit, « les bergers se sont repus d'eux-mêmes » signifie que les dirigeants ne menaient que leur propre existence et ne veillaient qu'à leur propre confort. Et si l'on prétendait, face aux termes « faute de berger », que les bergers avaient peut-être décidé de démissionner, de ne plus assumer la responsabilité du troupeau et de rompre tout lien avec lui - que pourrait-on encore exiger d'eux ? Le texte répond : c'est inadmissible, car « les bergers se sont repus d'eux » ; ils ont prélevé sur le troupeau et en ont tiré profit, ce qui constitue une appropriation illégitime du dépôt (chlikhout yad). Or, dès lors qu'un gardien porte la main sur le bien confié, il en devient immédiatement responsable, tenu de le faire paître et de réparer tout dommage qui lui surviendrait. Par conséquent, après s'être nourris à leurs dépens et en avoir profité, ils avaient l'obligation formelle de leur assurer une protection - c'est pourquoi il est dit : « et Mon troupeau, ils ne l'ont point fait paître ».
לָכֵן הָרֹעִים שִׁמְעוּ דְּבַר־יְהֹוָה׃ כֹּה־אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה הִנְנִי אֶל־הָרֹעִים וְדָרַשְׁתִּי אֶת־צֹאנִי מִיָּדָם וְהִשְׁבַּתִּים מֵרְעוֹת צֹאן וְלֹא־יִרְעוּ עוֹד הָרֹעִים אוֹתָם וְהִצַּלְתִּי צֹאנִי מִפִּיהֶם וְלֹא־תִהְיֶיןָ לָהֶם לְאׇכְלָה׃ - C'est pourquoi, bergers, écoutez la parole de l'Éternel ! Ainsi parle le Seigneur Dieu : Me voici contre les bergers ! Je réclamerai Mon troupeau de leur main, Je les ferai cesser de paître le troupeau, et les bergers ne se repaîtront plus eux-mêmes ; J'arracherai Mon troupeau de leur bouche, et il ne leur servira plus de proie.
Pourquoi le verset répète-t-il : « C'est pourquoi, bergers, écoutez » ? Afin d'ôter tout prétexte par lequel ils prétendraient s'être désengagés et n'avoir plus assumé de responsabilité. Hachem leur dit : vous êtes les bergers ; dès lors que tu as prélevé sur le troupeau et en as tiré avantage, tu es leur berger et tu as des devoirs envers eux. À présent, le châtiment correspond point par point à chaque manquement : face au fait que Mon troupeau a été livré au pillage et à la dévoration, « Je réclamerai Mon troupeau de leur main », ils devront en payer le prix pour avoir manqué coupablement à leur devoir de garde (péchiah). Face à « et Mes bergers ne se sont point souciés de Mon troupeau », Il dit : « Je les ferai cesser de paître le troupeau », Je les démettrai de leurs fonctions et ne leur permettrai plus de guider Mon troupeau, c'est-à-dire que le Saint, béni soit-Il, leur retirera la royauté et la magistrature dont ils étaient investis, leur enlevant tout pouvoir souverain. Face à « et les bergers se sont repus eux-mêmes », ayant profité du troupeau pour leur propre compte, le décret tombe : « et les bergers ne se repaîtront plus eux-mêmes ». « J'arracherai Mon troupeau de leur bouche » : eux qui jouissaient du troupeau et consommaient sa chair sans rien lui prodiguer en retour, « et il ne leur servira plus de proie » : ils ne pourront plus jamais en tirer profit, car Je les écarterai définitivement de la direction du peuple d'Israël.
כִּי כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יֱהֹוִה הִנְנִי־אָנִי וְדָרַשְׁתִּי אֶת־צֹאנִי וּבִקַּרְתִּים׃ - Car ainsi parle le Seigneur Dieu : Me voici, Moi-même ! Je réclamerai Mon troupeau et J'en prendrai soin.
Ne pensez pas qu'au moment où Je leur retire les pasteurs, le troupeau sera totalement dépourvu de direction et que nul ne sera là pour le guider. Hachem dit : après avoir écarté leurs bergers, Je serai Moi-même leur berger - « Me voici, Moi-même, Je prendrai soin de Mon troupeau et Je l'examinerai ».
Dans la langue du Tanakh, le terme « bikour » porte toujours le sens d'un examen attentif, d'une inspection (bikoret). C'est là d'ailleurs l'une des méprises de l'hébreu moderne : on parle de « bikour 'holim » (visite aux malades), et l'on en a dérivé l'expression de « passer voir Untel », même lorsqu'il n'est pas malade. Au regard du Lachon Hakodech, cet usage n'est pas exact, car « bikour » provient de la racine évoquant le contrôle et l'examen. Lorsqu'un homme va visiter un malade, il ne s'agit pas simplement de passer lui demander des nouvelles, mais d'évaluer sa situation, de constater ce qui lui manque et de pourvoir à ses besoins. C'est précisément ce que fit Rabbi Akiva : il alla voir un de ses élèves qui se trouvait dans un état déplorable, il lui vint en aide, nettoya et remit la pièce en ordre, affirmant ensuite que quiconque ne visite pas les malades est considéré comme s'il versait le sang.
Il en va de même ici : « et Je les examinerai » (ouvikartim) - selon l'explication du Malbim, cela signifie discerner la condition et la nature de chaque chose, savoir ce qui leur manque, ce dont elles ont besoin et quelles sont leurs nécessités ; de cette façon, elles auront un berger responsable qui veillera à leur accorder ce qui leur est dû, et ce berger ne sera nul autre que le Saint béni soit-Il Lui-même. Deux notions se complètent ici : « ouvikartim », l'examen du troupeau dans sa globalité pour constater combien de bêtes manquent à l'appel, et « Je M'enquerrai de Mon troupeau » (vedarachti et tso'ni), Mon propre troupeau, signifiant que J'examinerai chez chacune d'entre elles ce dont elle a précisément besoin et ce que Je peux lui dispenser.
כְּבַקָּרַת רֹעֶה עֶדְרוֹ בְּיוֹם־הֱיוֹתוֹ בְתוֹךְ־צֹאנוֹ נִפְרָשׁוֹת כֵּן אֲבַקֵּר אֶת־צֹאנִי וְהִצַּלְתִּי אֶתְהֶם מִכׇּל־הַמְּקוֹמֹת אֲשֶׁר נָפֹצוּ שָׁם בְּיוֹם עָנָן וַעֲרָפֶל׃ - Comme un berger passe son troupeau en revue le jour où il se trouve au milieu de ses brebis dispersées, ainsi J'examinerai Mon troupeau, et Je les délivrerai de tous les lieux où elles ont été disséminées en un jour de nuée et de ténèbres.
« Comme un berger passe son troupeau en revue » - son propre troupeau en particulier. Lorsqu'un homme travaille pour l'entreprise d'un tiers, nous savons tous à quel point son implication reste mesurée et combien il a hâte de finir sa journée pour s'en aller ; mais lorsqu'il travaille pour sa propre affaire, il demeure sur place jusqu'à minuit sans que personne ne lui verse un supplément de salaire, car c'est sa propre entreprise. C'est en ce sens qu'Hachem déclare : Je les examinerai comme un berger qui veille sur son propre troupeau, qui s'en soucie du fond du cœur et pose sur lui un regard attentif.
« Le jour où il se trouve au milieu de ses brebis dispersées » - lorsque les bêtes se séparent du groupe et s'éloignent. Et quand cela arrive-t-il ? « En un jour de nuée et de ténèbres », c'est-à-dire un jour d'obscurité où le troupeau ne distingue plus l'endroit où se rassembler, si bien que les bêtes quittent leur place et s'éparpillent. Le berger entreprend alors aussitôt son inspection : il les compte, évalue les manques et part à la recherche de celles qui se sont égarées. De la même manière, Hachem affirme : ainsi J'examinerai Mon troupeau, et Je les délivrerai de tous les lieux où ils ont été dispersés en un jour de nuée et de ténèbres - que ce soit à cause des dirigeants aveugles qui les ont conduits dans l'obscurité tel un jour de brouillard épais, ou en raison des ennemis qui ont fondu sur eux. Cette époque ténébreuse a causé leur dispersion, mais Hachem annonce : Je vais les rassembler.
וְהוֹצֵאתִים מִן־הָעַמִּים וְקִבַּצְתִּים מִן־הָאֲרָצוֹת וַהֲבִיאוֹתִים אֶל־אַדְמָתָם וּרְעִיתִים אֶל־הָרֵי יִשְׂרָאֵל בָּאֲפִיקִים וּבְכֹל מוֹשְׁבֵי הָאָרֶץ׃ - Je les ferai sortir d'entre les peuples, Je les rassemblerai des divers pays et Je les ramènerai sur leur terre ; Je les ferai paître sur les montagnes d'Israël, dans les ravins et dans toutes les contrées habitées du pays.
En ce jour de nuée et de ténèbres, ils ont été dispersés parmi les nations, et beaucoup d'entre eux se sont retrouvés captifs au milieu des peuples, conformément au verset : « parce que Mon troupeau a été livré au pillage » et « que Mes brebis sont devenues une proie » - les conquérants s'étant acharnés à les dévorer sans retenue. Hachem dit alors : Je les arracherai à leur emprise, Je les rassemblerai des contrées où ils étaient disséminés, Je les ramènerai sur leur propre sol, en Erets Israël, et là-bas Je les ferai paître sur les montagnes d'Israël, au creux des vallées et dans tous les lieux habités de la terre.
בְּמִרְעֶה־טּוֹב אֶרְעֶה אֹתָם וּבְהָרֵי מְרוֹם־יִשְׂרָאֵל יִהְיֶה נְוֵהֶם שָׁם תִּרְבַּצְנָה בְּנָוֶה טּוֹב וּמִרְעֶה שָׁמֵן תִּרְעֶינָה אֶל־הָרֵי יִשְׂרָאֵל׃ - Je les ferai paître dans un bon pâturage, et sur les hautes montagnes d'Israël sera leur demeure ; là elles reposeront dans un bon enclos, et elles paîtront dans un riche pâturage sur les monts d'Israël.
Le Malbim explique que le troupeau a besoin de deux éléments essentiels : un pâturage où paître durant la journée, et un lieu de repos où les bêtes peuvent se coucher et passer la nuit, ce que l'on nomme l'enclos ou l'abri (névé). Ici, le Saint béni soit-Il promet que la pâture sera excellente et que cet abri se trouvera sur les montagnes - sur les hauteurs, là où elles seront pleinement protégées des brigands et des bêtes féroces, et où elles pourront reposer en paix.
D'ordinaire, sur les montagnes, l'herbe n'est guère grasse et l'abri y est peu commode, car l'ascension y est difficile et la végétation n'y atteint pas la qualité de celle des plaines, bien plus fertile. Mais ici, le Saint béni soit-Il en fait la promesse : leur enclos sera bon, elles s'y coucheront et s'y nourriront sans avoir besoin de redescendre vers les vallées pour trouver leur subsistance, car sur les montagnes mêmes Il leur dispensera un pâturage généreux et abondant, contrairement aux lois habituelles de la nature. Il s'ensuit qu'elles seront préservées et gardées, comme l'altitude le garantit naturellement, sans pour autant manquer de rien parmi tous les bienfaits dont Il les comblera.
La prophétie de Yé'hezkel au chapitre 34 constitue un véritable acte d'accusation contre les pasteurs d'Israël, les dirigeants du peuple, qui ont inversé les rôles : au lieu de paître le troupeau et de veiller sur lui, ils se sont repus eux-mêmes et ont profité du troupeau - mangeant sa graisse, se vêtant de sa laine, abattant les bêtes grasses, sans fortifier les faibles, sans soigner la malade, sans panser la blessée, sans ramener l'égarée et sans chercher celle qui s'était perdue, mais en les dominant avec rudesse et cruauté. C'est ainsi que les brebis se sont dispersées, devenant la proie de tous les fauves des champs, sans personne pour s'en enquérir ni les chercher. Face à cela intervient un décret scellé par serment : Hakadosh Baroukh Hou réclame Son troupeau de la main des pasteurs et leur retire la charge de le paître, les destituant de leur fonction et de la royauté. Il promet qu'Il sera Lui-même le Berger - Il cherchera Ses brebis et en prendra soin comme un pasteur qui inspecte son troupeau en un jour de nuée et de ténèbres ; Il les fera sortir d'entre les peuples, les rassemblera des différentes contrées pour les ramener sur leur terre, et les fera paître dans un bon pâturage et dans un havre de paix sur les montagnes d'Israël, dans un lieu qui les préservera et les protégera, où rien ne leur manquera.